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Discours politique
Jacques Chirac, CONFERENCE DE PRESSE, Jeudi 16 avril 1998 (16/04/1998)
   Mesdames et Messieurs les journalistes,
   Bienvenue à l'Elysée pour un point de presse, si vous le voulez bien,
   que nous allons consacrer entièrement aux questions européennes. Vous
   connaissez ma conviction sur l'Europe. L'Europe, ce sera une France
   plus forte et plus moderne.
   1998 sera une grande année pour l'Europe. Une Europe à laquelle les
   Français ont pris depuis très longtemps toute leur part. Bien sûr des
   personnalités éminentes ont rêvé, voulu, construit l'Europe, notamment
   le Général de Gaulle qui a imposé la mise en oeuvre du Traité de Rome,
   mais aussi bien sûr tous ses successeurs, dans une remarquable
   continuité. Mais rien n'aurait pu se faire, cela va de soi, sans
   l'adhésion et la volonté de nos compatriotes. L'engagement européen de
   la France a transcendé les querelles partisanes et les clivages
   politiques.
   La dernière étape en date, l'application des critères de Maastricht, a
   été accomplie, pour ce qui nous concerne, grâce aux efforts des
   Français. Je voudrais une fois de plus le souligner.
   J'ai dit que 1998 serait une année importante :
   - cette année verra en effet le lancement de l'euro, qui sera la
   monnaie des Européens. Le 2 mai, à l'occasion du Conseil européen,
   j'engagerai la France aux côtés de la plupart de nos partenaires.
   - 1998 a vu également le début de l'élargissement. C'est
   l'accomplissement d'un dessein historique : réaliser enfin l'unité de
   l'Europe, de tous les Européens, dans l'espace qu'ont défini la
   géographie, l'histoire et la civilisation européenne. C'est un devoir
   moral en faveur des peuples que la dictature communiste avait interdits
   d'Europe. C'est aussi une absolue nécessité si l'on veut enraciner sur
   notre continent à la fois la paix et la démocratie.
   - Cette année verra également la ratification du Traité d'Amsterdam
   qui, entre autres dispositions et, je le rappelle, à l'initiative de la
   France, affirme les exigences d'un modèle social européen et définit
   les conditions d'une lutte concertée contre le chômage.
   Beaucoup de gens s'inquiètent de ces évolutions. Vous le savez bien,
   mieux que quiconque, Mesdames et Messieurs les journalistes, pour vous
   en faire régulièrement, et heureusement, l'écho dans vos colonnes.
   C'est vrai, beaucoup de gens sont inquiets, je le sais.
   On a peur du changement de monnaie : comment cela se passera - t - il ?
   On craint l'effacement des frontières, l'ouverture des économies, la
   concurrence, le rôle des marchés financiers, la libre circulation des
   hommes, plus encore peut-être la libre circulation des capitaux.
   On craint qu'à la bureaucratie française s'ajoute une bureaucratie
   bruxelloise lointaine et tatillonne s'occupant de choses qui, à
   l'évidence, ne relèvent pas de sa compétence.
   On craint au fond la disparition de notre identité nationale, la mise
   en cause de notre culture, de nos traditions, certains disent même de
   notre langue.
   Je comprends parfaitement à la fois ces hésitations et ces peurs.
   Mais je les crois infondées et excessives si, naturellement, nous
   sommes suffisamment vigilants et actifs à Bruxelles et à Strasbourg et
   si nous sommes, c'est l'essentiel, sérieux dans la gestion de nos
   affaires nationales.
   De plus la vie nous apprend que rien n'est plus dangereux que de rester
   immobile dans un monde qui change.
   Aujourd'hui, de grands ensembles régionaux émergent partout dans le
   monde. On le voit en Amérique du Nord et au Mexique avec l'ALENA, en
   Amérique du Sud avec le MERCOSUR, qui va s'élargir probablement petit à
   petit à la totalité du continent ; on le voit avec la Chine bien
   entendu, on le voit avec l'Inde, avec l'ASEAN ; même l'Afrique commence
   à s'engager dans un processus d'intégration régionale. Tous ces
   nouveaux grands ensembles ne seront pas tendres avec nos intérêts.
   L'Europe doit relever ce défi. Elle a pris de l'avance. Seule son union
   lui donnera la force nécessaire dans la compétition qui inévitablement
   l'attend. Elle peut et doit, compte tenu de son potentiel, devenir la
   première puissance du monde multipolaire de demain.
   Vous savez, bien des choses dépassent aujourd'hui le cadre des Etats.
   Unis, nous pourrons lutter plus efficacement contre la corruption, la
   drogue, la grande criminalité. Unis, nous pourrons mieux maîtriser
   l'immigration. Unis, nous pourrons assumer les charges de plus en plus
   coûteuses qu'exigent la recherche scientifique en général et la
   recherche médicale en particulier. Unis, nous protégerons mieux notre
   environnement. Nous ne pourrons pas le faire seuls. Unis, nous
   défendrons mieux nos cultures, nos langues, nos valeurs.
   L'Europe est une grande aventure collective. C'est une aventure sans
   précédent. Chacun sait aujourd'hui que notre objectif commun est bien
   l'Europe des Nations. Il n'y a sur ce point aucun doute. La même
   conviction dans ce domaine anime aussi bien l'Allemagne et la France,
   les autres aussi bien sûr. C'est ce qui explique la priorité donnée,
   notamment par le Chancelier Kohl et moi - même, à la mise en oeuvre du
   principe de subsidiarité : aux Etats de faire ce qu'ils font bien ; à
   l'Europe d'agir elle - même lorsqu'elle peut le faire avec plus
   d'efficacité.
   Si aujourd'hui nous unissons nos forces pour créer et gérer une
   monnaie, c'est en réalité pour ne pas subir la loi des autres.
   Loin de disparaître dans l'Europe, la France, comme d'ailleurs les
   autres Etats membres, s'accomplira, j'en suis sûr, pleinement en étant
   européenne. C'est l'Europe organisée qui lui donnera la force et les
   moyens de faire valoir ses intérêts et de réaliser ses ambitions.
   Pour dissiper les peurs, pour gagner, une forte ambition européenne
   doit aller de pair avec une grande ambition nationale. Nous avons des
   atouts, les Français le savent : notre situation géographique, nos
   infrastructures, la qualité de notre appareil de formation, pour n'en
   citer que quelques uns. Mais nous avons aussi des handicaps, les
   Français les connaissent : trop d'impôts, trop de bureaucratie, trop de
   dépenses publiques. C'est pourquoi nous ne réussirons dans l'Europe
   qu'à condition de nous adapter. C'est vrai pour nous comme pour les
   autres.
   Des réformes sont nécessaires. Elles sont inévitables. Elles doivent
   être lancées ou poursuivies quand elles sont engagées.
   - La réforme de la Sécurité Sociale, lancée par le Gouvernement d'Alain
   Juppé, porte aujourd'hui, on le voit, ses fruits. Elle était
   indispensable.
   - La professionnalisation de nos armées, avec la restructuration de nos
   industries de défense, avec la création d'une industrie européenne de
   l'aéronautique et de l'espace, était inévitable.
   - La réforme de l'Etat, qui doit se recentrer sur ses vraies missions
   et notamment sur la sécurité et le respect de l'ordre public pour que
   la France ne soit pas soupçonnée d'être un Etat où la sécurité n'est
   pas assurée. Un Etat qui doit aussi se moderniser et se rapprocher du
   citoyen, en remettant de l'ordre dans des structures administratives
   devenues trop complexes et aussi en simplifiant les procédures.
   - L'adaptation de nos services publics à un monde de plus en plus
   concurrentiel. De ce point de vue, l'évolution de France-Télécom en est
   un exemple réussi.
   - La réforme de la Justice, pour la rendre plus rapide, plus proche des
   Français, plus indépendante et plus respectueuse des droits du
   justiciable.
   - La baisse des impôts, pour favoriser l'initiative et récompenser
   l'effort de tous ceux qui veulent agir, qui veulent créer pour réaliser
   leurs rêves et leurs ambitions.
   - La modernisation de notre vie démocratique, notamment pour faciliter
   la participation de tous, et surtout des jeunes et des femmes, de
   toutes celles et de tous ceux dont le métier n'est pas la politique et
   qui doivent aider à construire notre destin commun, le destin de la
   France.
   Voilà, pour l'essentiel, les réformes qui rendront la France plus
   tonique.
   L'Europe nous y incite. Elle nous incite à être allants et éveillés.
   C'est ainsi que nous tirerons tout le parti de la croissance qui
   revient et que nous pourrons réellement lutter contre le chômage.
   Nous ne pouvons pas faire, dans le domaine économique et social,
   cavalier seul. La France doit s'inspirer de ce que font les pays qui
   réussissent le mieux dans la lutte pour l'emploi.
   C'est pourquoi nous devons placer l'esprit d'entreprise au premier rang
   de nos préoccupations, réduire résolument les charges pesant sur
   l'emploi peu qualifié, promouvoir des formes nouvelles d'organisation
   du travail librement négociées, ramener progressivement la part de
   l'emploi public dans la moyenne européenne.
   Tout cela est nécessaire. Les Françaises et les Français en ont
   conscience. Ils voient souvent les choses avec plus de clairvoyance que
   bien des responsables. Il y a une aspiration profonde qui monte dans
   notre pays. Nous devons y répondre en prenant mieux en compte les
   préoccupations quotidiennes des Français.
   Nous le voyons bien, l'impératif aujourd'hui c'est : avancer, s'ouvrir,
   s'adapter, se réformer pour mieux saisir les chances de la France, pour
   mieux saisir les chances de l'Europe.
   Pour nous Français, la France, demain comme hier, est notre Patrie, un
   pays vivant, un pays fort qui veut trouver toute sa place, jouer tout
   son rôle, un pays qui veut gagner.
   Pour nous, comme pour tous les peuples de notre continent, il faut
   regarder l'avenir en face. L'Europe, qui a été longtemps notre horizon,
   est désormais notre vie quotidienne.
   Grâce à elle nous serons plus forts, chez nous comme sur la scène
   internationale. Nous serons d'autant plus forts que nous saurons nous
   affirmer comme une Nation volontaire et moderne. Voilà mon ambition et
   c'est pourquoi, en ouvrant ce point de presse, je vous indiquais ma
   conviction : l'Europe, je le répète, ce sera une France plus forte et
   plus moderne.
   Voilà quelques mots d'introduction avant de répondre à vos questions.
   Je souhaite que la solution intervienne, non pas avant, mais pour le 2
   mai. Ce n'est pas une obligation, mais ce serait psychologiquement
   préférable, notamment pour la mise en oeuvre de la réforme en question.
   Vous le savez, la France a un candidat, il s'agit de Monsieur Trichet,
   notre actuel gouverneur, et la France défendra son candidat. Dans
   l'état actuel des choses, je ne peux pas vous en dire plus. Je suis
   persuadé que la qualité de notre candidat sera prise en compte et
   qu'une solution très convenable interviendra.
   Deux référendums, on dit jamais 2 sans trois, on pourrait peut-être
   imaginer un troisième référendum. Prenez les choses dans l'ordre.
   S'agissant de l'euro, je me permets de vous rappeler qu'il a été
   l'objet d'un vaste débat et d'une procédure référendaire, puisque
   l'euro c'est le traité de Maastricht, et vous aurez le souvenir, je
   n'en doute pas, à la fois du débat et du référendum qui a adopté le
   traité de Maastricht. Alors je ne vois pas très bien au nom de quoi on
   pourrait, par un nouveau référendum, essayer de remettre en cause la
   légitimité de ce qui a été acquis par le premier. Alors vous me direz
   il y a Amsterdam. Mais ce n'est plus du tout l'euro. Vous nous dites "
   qui a apporté tant de modifications institutionnelles ", non, le Traité
   d'Amsterdam en apporte très peu. Mais Amsterdam exige néanmoins une
   réforme constitutionnelle, dans la mesure où certaines des mesures
   touchant à la libre circulation des personnes ne sont pas conformes à
   notre Constitution actuelle qui doit être à ce titre modifiée. Ce n'est
   pas une révolution, c'est, je dirais, une adaptation technique, qui ne
   me semble pas, a priori, justifier -si, peut-être un grand débat, et
   j'imagine que nous l'aurons, prochainement au Parlement- mais cela ne
   me semble pas justifier un référendum. Néanmoins c'est une décision que
   j'aurai à prendre. J'attends que le Gouvernement m'ait saisi des
   projets de lois correspondants, et comme vous le savez, conformément à
   la Constitution, il m'appartiendra de décider si la modification de la
   Constitution doit intervenir à l'issue d'un débat à Versailles, du
   Congrès, ou au contraire d'une consultation référendaire. Je me
   garderai bien de trancher tout de suite, je prendrai ma décision le
   moment venu. Mais, pour ne rien vous cacher, je ne suis pas convaincu
   qu'il y ait là véritablement motif à référendum ; mais enfin, c'est une
   réponse d'attente.
   L'essentiel, c'est que nous ayons été en mesure, ce qui est acquis
   depuis plus d'un an, de remplir les critères de Maastricht, et je le
   répète, non pas parce qu'il s'agissait de critères décidés à l'occasion
   d'un traité, mais parce que ce sont simplement des règles de bonne
   gestion. Pour l'avenir, nous devons bien constater que nous sommes
   encore à des niveaux de déficits élevés, les plus élevés de l'Europe,
   ce qui est un peu préoccupant. J'espère que -mais cela, c'est de la
   responsabilité du Gouvernement- ces déficits pourront être réduits.
   Il y a quelques règles de bon sens que tout gouvernement serait bien
   inspiré d'appliquer, en France comme ailleurs, et, parmi elles, le fait
   que la dépense publique ne doit en toute hypothèse pas augmenter plus
   que l'inflation. C'est une règle qu'il faut s'imposer, sinon, on
   s'endette. L'endettement est une évolution extrêmement dangereuse et
   perverse. La plupart d'entre vous doivent savoir, qu'actuellement, en
   France, nous payons chaque jour un milliard de francs pour régler les
   seuls intérêts de notre dette. C'est vous dire le poids que fait peser
   sur notre pays les décisions, je dirais un peu légères qui ont été
   prises dans le passé et combien il nous serait utile d'avoir ces sommes
   aujourd'hui pour accompagner une croissance qui revient, semble - t -
   il.
   Donc, les erreurs que nous avons commises dans le passé, nous devons
   nous efforcer de ne pas les commettre dans l'avenir, d'où la nécessité
   des critères de Maastricht, d'où la nécessité du pacte de stabilité,
   d'où la nécessité de ne pas augmenter la dépense publique plus que
   l'inflation.
   Cela, c'est un engagement que je prendrai sans aucune difficulté, cher
   monsieur. Je ne vois pas au nom de quoi nous sacrifierions nos acquis
   sociaux. Je me permets de vous rappeler, d'ailleurs, que la France a
   été le premier pays européen, il y a 2 ans, à l'occasion du G7 social
   de Lille, à dire qu'en toute hypothèse, l'Europe devait avoir un modèle
   social européen et que, pour ce qui la concernait, il n'était pas
   question de remettre en cause ses acquis sociaux. On peut moderniser
   les choses en permanence, mais sans remettre en cause les acquis
   sociaux. Je l'ai évoqué tout à l'heure, à la suite d'une initiative
   française qui était d'ailleurs une initiative parfaitement concertée
   entre le Gouvernement et moi - même, nous avons obtenu d'abord la prise
   en compte de ce modèle social européen et, ensuite, d'ailleurs, une
   action positive en ce qui concerne le domaine de l'emploi.
   Ce n'est pas tout à fait le sujet de mon point de presse. Cependant la
   présence, en France, de votre Président et le souci que nous avons tous
   pour ce qui concerne cette région, notamment le Kosovo et le Monténégro
   me conduisent à vous répondre : nous sommes très préoccupés de la
   situation dans cette région, de la situation économique et de la
   situation politique. Ce que vous a dit Monsieur Védrine hier, et dont
   j'ai pris connaissance, représente exactement la position de la France.
   Nous apporterons au Monténégro l'aide politique que justifient les
   efforts qu'il a fait, notamment dans le domaine de l'implantation de la
   démocratie. Nous avons demandé à la Communauté d'examiner les
   conditions dans lesquelles nous pourrions apporter une aide économique
   au Monténégro. Vous pouvez être rassurée, nous n'abandonnerons pas le
   Monténégro.
   Il y a des sujets qui font l'objet entre le Gouvernement et moi
   d'appréciations divergentes. Il en est d'autres sur lesquels il y a, je
   dirais, une appréciation commune. Tel est le cas de l'Europe. Donc je
   n'attends pas dans le propos que tiendra le Premier ministre de
   divergences de vues avec celui que je vous tiens. D'ailleurs, aux
   différentes négociations à l'occasion desquelles le Premier ministre
   m'accompagne, je n'ai jamais observé qu'il y ait eu la moindre réserve
   de sa part à l'égard des positions que je prenais. S'il y en avait eu,
   nous aurions réglé cela ensemble naturellement, sans leur donner de
   publicité. Tel n'a jamais été le cas.
   Je ne porterai pas de jugement sur la façon dont les partis politiques,
   à droite comme à gauche, s'organiseront pour ce qui concerne les
   élections européennes. En revanche, il y a un problème, c'est vrai, du
   mode de scrutin et j'ai eu l'occasion, dans les rencontres que j'ai
   eues récemment pour étudier les problèmes posés à notre vie politique
   et à sa modernisation, d'évoquer ce sujet avec tous les représentants
   des forces politiques républicaines.
   J'en ai tiré la conclusion, qui d'ailleurs était intuitivement mon
   sentiment, qu'il faut changer de mode de scrutin. Il faut le faire,
   bien entendu, le plus vite possible, de façon à ce que le nouveau mode
   puisse s'appliquer aux prochaines élections européennes. Tout
   simplement parce qu'aujourd'hui le Parlement européen a de véritables
   pouvoirs, en tous les cas des pouvoirs qui se sont accrus. Il a acquis
   notamment des pouvoirs législatifs. Donc il est indispensable que les
   élus européens soient véritablement représentatifs de la population, ce
   qui suppose qu'ils lui soient connus. Ce n'est évidemment pas le cas
   aujourd'hui où il s'agit plutôt d'élus inconnus et désignés. Alors
   comment faire cette réforme ? Il faut en discuter naturellement et je
   ne suis pas là pour trancher ce point. Je pense qu'il faut maintenir un
   système proportionnel. J'observe que d'ailleurs pratiquement tout le
   monde est de cet avis et que tous les pays européens ont retenu ce
   principe, puisque les Anglais, comme vous le savez, vont changer leurs
   lois pour adopter le scrutin proportionnel. J'imagine mal que la France
   puisse faire différemment. En revanche, il y a un problème de
   circonscriptions. Toute l'idée, je le répète, étant de faire en sorte
   que les parlementaires européens soient connus de leurs électeurs, les
   connaissent, et puissent être véritablement représentatifs. Alors est -
   ce qu'il faut faire des grandes régions, des régions moyennes ou des
   petites régions ? Cela est un problème technique qu'il appartiendra au
   Gouvernement d'étudier. Mais je crois que c'est comme cela qu'il faudra
   procéder.
   Monsieur Bachy, je me demande si votre intuition est tout à fait
   d'actualité. Il y a eu, c'est vrai, lorsque le problème s'est posé, non
   pas une interprétation différente des textes, bien entendu, nous avons
   chacun, à Matignon comme à l'Elysée, des spécialistes dans le domaine
   du droit, et notamment constitutionnel. Mais j'avais pensé que le
   Premier ministre me ferait parvenir les projets de lois et il pensait
   que je devais les lui demander. En réalité, pour dire la vérité c'était
   une époque où les perspectives étaient celles des élections régionales
   et au fond on n'avait pas véritablement approfondi la question. Alors
   depuis, j'ai dit au Premier ministre que je souhaitais, à un moment
   qu'il nous appartiendrait de définir en commun, recevoir ces projets de
   lois. Nous sommes convenus que la ratification devrait intervenir avant
   la fin de l'année, donc la réforme constitutionnelle également, par
   définition. Je lui ai dit que je lui demandais de bien vouloir préparer
   ces projets de lois. Il m'a dit qu'il le ferait, donc il me les
   enverra. C'est à partir de là que s'ouvrira le débat au Parlement, à
   l'Assemblée et au Sénat qui devront voter ces projets en termes
   identiques. Comme vous le savez, c'est ce que je disais à votre
   confrère de l'Humanité, ensuite j'aurai à prendre la décision d'un
   achèvement de la procédure par le référendum ou par le Congrès. Mais il
   n'y a pas d'ambiguïté.
   Je l'attendais. Vous avez voulu faire court, ce qui, naturellement, est
   une qualité pour quelqu'un qui pose une question. Mais alors du coup,
   il n'y a pas le moindre doute sur le terrain sur lequel vous voulez
   m'entraîner. Je vais vous dire une chose : c'est que Paris est depuis
   très longtemps l'une des principales capitales d'Europe et même du
   monde. J'ai essayé d'y apporter, en mon temps, mon propre effort et ma
   propre contribution. Mais ce dont je suis convaincu, c'est que Paris
   restera une grande capitale historique de l'Europe et du monde.
   Vous savez, c'est une réforme complexe et importante. Tous les experts
   - moi je ne suis pas un expert dans ce domaine- considèrent qu'une
   période de transition, dont ils ont estimé qu'elle devait durer 3 ans,
   était indispensable. Intuitivement, je veux bien le croire. Je ne dis
   pas que vous avez tort, je le répète, parce que je ne suis pas en
   mesure de vous le démontrer. Mais je suis frappé de voir que sur ce
   point il n'y a pas, me semble - t - il, d'hésitation parmi tous les
   experts de tous les pays membres. Donc, ce sujet n'a pas été l'objet
   d'une véritable discussion.
   Je crois qu'il faudra s'habituer et, après, la question qui peut se
   poser de façon plus aiguë, c'est de savoir de combien de temps on
   disposera pour rendre obligatoire la monnaie en euro. Alors là, je
   crois qu'il y a effectivement une discussion. Ce qui est prévu,
   actuellement, me semble - t - il, c'est 6 mois et c'est peut-être un
   peu long. Je l'affirme avec prudence.
   Vous savez il y a toujours eu un faux débat, je crois, sur les
   problèmes de transfert de souveraineté. Les transferts de souveraineté
   sont acquis par une décision propre de chaque Etat. C'est la volonté de
   mettre en commun certains moyens de façon à conduire une gestion mieux
   équilibrée de nos problèmes ou de nos intérêts. Un pas important a été
   fait pour la monnaie, je vous l'ai dit tout à l'heure. Ce pas était
   indispensable pour toutes sortes de raisons -que vous connaissez aussi
   bien que moi- mais, notamment, pour éviter de se voir imposer la loi
   des autres, il fallait que l'Europe, première puissance économique
   mondiale, ait une monnaie qui soit à l'égal du dollar américain. Cette
   réflexion n'étant pas le moins du monde agressive ; c'est simplement un
   équilibre qui était indispensable.
   Alors, est - ce que cela doit entraîner une union politique plus
   affirmée ? Je ne le crois pas. Ce n'est pas cela qui entraînera une
   union politique plus affirmée. Cela pourra être la réflexion commune
   des partenaires qui pourra conduire à une union politique plus forte.
   Pour le moment, je ne le vois pas, mais ce n'est certainement pas la
   naissance de l'euro. Mais bien entendu, tout dépend de ce que l'on
   appelle une union politique. Si vous me dites que l'euro conduira à
   l'obligation d'avoir une gestion plus sérieuse et plus commune,
   notamment de nos finances publiques, oui, fort heureusement. Nous avons
   payé assez cher dans le passé les différentes initiatives, parfois un
   peu démagogiques, des uns et des autres, dont les conséquences étaient
   supportées par tous. Alors, cela est vrai, mais il n'y a pas de lien
   plus important.
   Je voudrais dire d'abord que la réforme institutionnelle est
   indispensable et on ne peut pas imaginer que l'Europe s'élargisse
   complètement sans que les institutions aient été modifiées. Le système
   dont nous disposons, qui avait été conçu en réalité pour six, est de
   plus en plus inadapté à quinze et inapplicable au-delà. Je crois que
   tout le monde est d'accord sur ce fait. S'agissant ensuite des
   modalités de la réforme alors là, il y a naturellement des points de
   vue différents notamment, et on peut le comprendre, entre les pays les
   plus grands, sur le plan de leur population, les plus importants et les
   pays les plus petits sur le plan de leur population et cela c'est un
   vrai problème. Alors, vous savez quelle est la décision, c'est-à-dire
   que dès le Traité d'Amsterdam ratifié, c'est-à-dire certainement avant
   la fin de cette année, devra s'ouvrir la réforme institutionnelle.
   Donc, théoriquement nous n'avons pas commencé officiellement à en
   parler, en réalité nous avons commencé entre nous à évoquer
   naturellement ces problèmes. La position de la France dans ce domaine
   c'est que l'on ne peut pas envisager de faire entrer le ou les premiers
   candidats à l'adhésion avant que la réforme institutionnelle ait été
   faite. Alors, comme vous le savez la Commission considère, mais ces
   choses peuvent naturellement changer, que les premiers devraient entrer
   aux alentours de 2002 ou 2003, je souhaite d'ailleurs que cela puisse
   être plus rapide, si c'est possible, notamment pour la Pologne, la
   Hongrie, la République Tchèque et peut être d'autres, mais en tous les
   cas ce qui est sûr c'est que nous n'accepterons pas l'entrée sans que
   préalablement la réforme institutionnelle ait été faite, notamment les
   modalités d'élaboration de la décision.
   Vous savez, il y a des eurosceptiques dans tous les pays, en France
   comme ailleurs, et ils se fondent notamment sur les peurs ou les
   craintes que j'évoquais tout à l'heure et dont je disais que l'on peut
   les comprendre. Alors certains prennent des positions très fortes dans
   ce domaine et se donnent un peu volontiers des allures de statue du
   commandeur. Il faudrait leur dire de faire attention de ne pas devenir
   des statues de sel.
   Je voudrais d'abord dire, je l'évoquais tout à l'heure rapidement, que
   c'est un grand progrès qui, pour une large part, a pour origine une
   initiative de la France ; c'est un grand progrès que d'avoir pu mettre
   au point ces plans d'initiative pour l'emploi et je m'en réjouis. Vous
   évoquez le plan de la ministre du Travail et de l'Emploi ; ce n'est ni
   mon rôle ni l'occasion pour moi de porter un jugement. Je dirais
   simplement que la France, je l'ai dit tout à l'heure, ne peut pas faire
   cavalier seul et qu'il est important pour elle de s'inscrire dans un
   courant qui est le courant de l'ensemble des pays européens et, donc,
   si vous voulez absolument que je donne un conseil, je dirais de faire
   très attention d'être bien cohérent avec les autres sinon on pourrait
   avoir de mauvaises surprises.
   Sur le deuxième point, je vous dirais qu'en face de ce qui n'est pas un
   organe fédéral, mais un organe monétaire ayant les pouvoirs qu'ont
   actuellement, de façon totalement indépendante par rapport aux
   Gouvernements, les gouverneurs des banques centrales, il n'y aura pas
   de changement de nature dans ce pouvoir.
   J'ajoute que néanmoins, là encore, à l'initiative de la France, a été
   décidé un Conseil de l'euro qui donne dans les domaines qui sont les
   leurs, c'est-à-dire naturellement en dehors des taux d'intérêts, des
   pouvoirs de gestion de nos affaires financières aux gouvernements, plus
   précisément aux ministres des Finances. Donc il n'y a pas de changement
   de nature dans le système européen par rapport aux systèmes nationaux,
   depuis que l'on a heureusement fait les réformes nécessaires dans nos
   banques centrales pour éviter, là encore, des erreurs qui nous ont
   coûté si cher dans le passé.
   S'agissant du candidat français, j'ai dit ce que j'avais à en dire et
   je n'ai rien à ajouter. Par voie de conséquence, je ne ferai pas de
   commentaire sur la candidature de Monsieur Duisenberg. Je ne ferai
   aucun commentaire sur sa candidature. Je vous ai dit que nous
   soutiendrions le candidat français, évidemment.
   La réforme de la politique agricole commune n'a pas seulement pour
   objet de la rendre compatible avec le monde moderne, de la rendre
   compatible avec l'élargissement à des pays qui ont des terres agricoles
   potentielles importantes, mais aussi compatible - il ne faut pas
   l'oublier parce que ça va se passer en 1999, fin 99- avec
   l'Organisation mondiale du commerce. Si je le précise c'est parce que
   ça veut dire que la réforme de la politique agricole commune devra être
   terminée sensiblement avant l'ouverture, il y a donc une date butoir,
   de l'OMC. Alors dans cet esprit, la Commission a fait ses propositions.
   De mon point de vue, ces propositions ne sont pas acceptables en l'état
   et j'aurai l'occasion de le dire très clairement au Conseil européen.
   J'ai d'ailleurs tenu ici, il y a quelques jours, avant le Conseil des
   ministres de l'Agriculture précédent, une réunion avec le Premier
   ministre et le ministre des Finances, le ministre de l'Agriculture, et
   cetera, pour cadrer la position de la France. Ces propositions de
   baisse des prix ne sont pas acceptables en l'état, les baisses sont
   beaucoup trop importantes, et c'est particulièrement inadapté en ce qui
   concerne la France dans le domaine bovin, dans le domaine laitier et
   d'ailleurs aussi dans le domaine des oléagineux. Il ne faut pas oublier
   que la France représente, à elle toute seule, la moitié de la
   production européenne et que l'on ne peut pas imaginer qu'elle soit
   traitée à la légère ou par des gens qui connaîtraient mal ces
   problèmes.
   Deuxièmement, cette réforme ne tient pas compte de ce qui est pour nous
   un élément essentiel, c'est l'affirmation de la vocation exportatrice
   de l'Europe en matière agricole. C'est un point essentiel. Je sais
   qu'aujourd'hui on dit que les agriculteurs doivent tenir compte de
   l'environnement, et cetera. C'est très bien, mais les agriculteurs ne
   sont pas des jardiniers au profit des intérêts de citadins en quête de
   rêves. Ce sont des producteurs et donc il faut en avoir conscience. La
   position de la France dans ce domaine sera très ferme.
   Le problème n'est pas tellement dans l'équilibre des places pour lequel
   la France n'est pas mal placée, mais le problème est surtout de savoir
   s'il n'y a pas un risque, et moi je crois qu'il y a un risque, de voir
   le capital français, qui est si insuffisant, passer entre des mains
   étrangères. Et ça c'est le véritable risque. Nous le voyons déjà
   aujourd'hui par les investissements massifs qui sont faits chez nous
   par l'extérieur, ce qui a des quantités d'avantages, mais dont une
   partie importante consiste à acquérir, pour des étrangers, des
   entreprises françaises. Alors je ne suis pas contre le fait que des
   étrangers soient propriétaires d'entreprises françaises, mais je dis
   attention. Quand on est propriétaire on délocalise, non pas les
   entreprises naturellement, mais les centres de décisions. Et quand les
   centres de décisions sont délocalisés à l'étranger, alors il y a un
   risque fort qu'en cas de crise ce soient toujours les activités
   extérieures qui soient sacrifiées. Et donc il y a un vrai problème de
   renforcement du capitalisme français ; il va y avoir là une faiblesse
   importante qui est dangereuse pour nos activités et pour nos
   travailleurs.
   Je ne suis pas sûr que tout le monde connaisse la chose. Il s'agit de
   ce que l'on appelle le NTM, qui est avant tout une initiative
   personnelle de Sir Leon Brittan qui, tout seul, comme un grand, est
   allé négocier avec les Etats-Unis sans aucun mandat, et notamment aucun
   mandat du Conseil européen, une zone de libre-échange entre les
   Etats-Unis et l'Europe. C'est quelque chose d'important. D'abord parce
   qu'il est inadmissible qu'un commissaire aille négocier sans un mandat
   précis de la part du Conseil. Et il faut clairement l'indiquer de façon
   à ce que cela ne se reproduise plus. D'autant que Monsieur Brittan est
   un récidiviste, il nous avait déjà fait le coup à Blair House, dont
   nous n'avons pas gardé à proprement parler le meilleur souvenir.
   Ensuite parce qu'au-delà des principes et des responsabilités de
   chacun, il est tout à fait contradictoire d'affirmer que nous entrons
   dans un monde multilatéral, mondialisé, globalisé et dont les règles
   seront élaborées au sein de l'Organisation mondiale du commerce et que,
   néanmoins, l'Europe et les Etats-Unis, qui à eux seuls représentent 60
   % en gros du commerce extérieur, font chacun dans leur petit coin leur
   petite affaire en imposant, ensuite, par définition, au monde entier
   les intérêts qu'ils auront élaborés ensemble. C'est absurde. Et je veux
   dire que c'est indécent. Nous avons l'OMC, nous l'avons voulue, elle a
   été signée par tout le monde. Eh bien, c'est en son sein que doivent
   être négociés les accords commerciaux. Voilà les 2 raisons qui font que
   j'ai pris une position très hostile à cette initiative.
   Vous évoquez le Sommet euro-américain, vous savez qu'un sommet
   euro-américain, c'est un sommet entre le Président des Etats-Unis et le
   Président en exercice de la Communauté. C'est-à-dire que ce sera en
   réalité, cette année, un sommet entre Bill Clinton et Tony Blair,
   lequel représentera naturellement l'ensemble de la Communauté. C'est la
   raison pour laquelle j'ai indiqué très nettement, à l'occasion d'une
   rencontre que j'ai eue à Londres, pour le Sommet Asie/Europe, avec Tony
   Blair en sa qualité de Président, que la France ne pouvait pas admettre
   que ce point NTM figure à l'ordre du jour de la discussion
   euro-américaine. J'en ai parlé dans les mêmes termes au Président de la
   Commission, à Monsieur Santer. Et naturellement ce point ne sera pas à
   l'ordre du jour de ce Sommet. Il n'en reste pas moins que nous ne
   sommes pas contre l'idée de discuter avec les Américains de certains
   problèmes commerciaux. Nous sommes tout prêts à le faire, bien entendu,
   mais dans le cadre d'une mission donnée par le Conseil à la Commission
   et dans le respect des obligations que nous avons souscrites avec
   l'OMC.
   Je ne vais pas rallumer la vieille querelle entre l'approche fédérale
   ou l'approche confédérale de l'Europe, elle est dépassée depuis
   longtemps. D'ailleurs Georges Pompidou, qui était un homme de sagesse,
   disait, avec un oeil un peu piquant, que tout ceci n'avait pas de sens,
   et qu'en réalité, une fédération, c'était une confédération qui avait
   réussi, et il y a du vrai. Ce qui est plus sérieux, c'est
   qu'aujourd'hui, j'observe que tous les pays de l'Europe affirment
   clairement que leur conception de l'Europe, c'est une Europe des
   Nations.
   Il y a quinze jours, je revenais avec Helmut Kohl, dans un autocar qui,
   pendant une heure et demie, nous a ramenés de Bor à Moscou pour prendre
   notre avion, après avoir été voir le Président Eltsine. Il me disait sa
   conviction que c'était un concept aujourd'hui indiscutable, mais qu'à
   ce titre, j'ai évoqué cela tout à l'heure et je partage son sentiment,
   devaient être impérativement affirmées clairement les modalités
   d'application du principe de subsidiarité, car il est vrai que la
   Commission a délibéré et décidé dans des tas de domaines où elle
   n'aurait pas dû le faire.
   Il faut que dorénavant la règle soit claire : c'est une Europe des
   Nations où les Nations prennent les décisions qu'elles sont en mesure
   d'assumer le mieux, et où l'Europe prend les décisions qui concernent
   l'ensemble de façon à ce que celui - ci reste cohérent. Voilà quel est
   le point aujourd'hui de la réflexion.
   D'ailleurs, j'évoquais tout à l'heure le nom du Général de Gaulle et
   j'observe qu'il avait eu cette vision le premier : il fallait faire
   l'Europe et malgré l'opposition générale, quand il a repris le pouvoir
   en 1958, il a imposé la mise en oeuvre du Traité de Rome. Il a évoqué,
   à plusieurs reprises, sa vision de l'élargissement de l'Europe - il
   appelait cela l'Europe de l'Atlantique à l'Oural-. C'était une image
   naturellement, mais cela voulait bien dire toute l'Europe. Il a
   toujours dit, lui, le premier, que cette Europe ne pouvait être qu'une
   Europe des Nations. Chacune conservant son identité, mais toutes
   mettant ensemble une énergie cohérente pour progresser et s'affirmer
   dans le monde.
   D'abord, il y a une crise asiatique, nous la connaissons, elle a frappé
   l'Europe beaucoup moins qu'on ne l'avait craint lorsqu'elle a commencé.
   Si elle l'a frappé beaucoup moins, je crois qu'on peut dire que c'est
   justement à cause des perspectives de l'euro. L'euro a donné confiance.
   L'euro pour les grands marchés est une chose déjà quasiment acquise,
   qui inspire la confiance, donc qui garantit l'activité et l'emploi, si
   bien que les marchés n'ont pas été inquiets. Ils se sont dit : avec
   l'euro, l'Europe est solide, elle ne va pas vaciller, elle ne va pas
   être perturbée par la crise asiatique. Et c'est bien ce qui s'est
   passé.
   C'est grâce à l'euro que nous n'avons pas souffert davantage des
   conséquences de la crise asiatique. Je dirais, par parenthèse, que la
   crise asiatique doit encore être épongée. Il faudra un an, dix-huit
   mois. Mais je ne suis pas du tout, pour ma part, inquiet en ce qui
   concerne le développement économique et la croissance des pays d'Asie.
   Leurs fondamentaux sont bons, leur détermination est grande et cette
   crise qui leur aura coûté cher, leur permettra de repartir du bon pied.
   J'ai toute confiance dans la capacité des pays asiatiques à se
   développer et à reprendre les rênes.
   S'agissant du Japon, c'est vrai que le Japon connaît actuellement une
   période de difficultés, avec une croissance qui est pratiquement nulle.
   Et le gouvernement japonais doit -comment dirais - je- bousculer un
   certain nombre de conservatismes. Il n'y a pas que lui, c'est une règle
   générale. Enfin, dans une période de difficultés, cela pose des
   problèmes. Il a voulu le faire, dans le cadre d'une bonne concertation
   d'ailleurs avec la Communauté internationale, par la diminution des
   impôts. Je crois que c'était la seule solution. Et moi, je fais
   confiance au Premier ministre Ryu Hashimoto pour gagner cette bataille,
   je lui fais une confiance absolue.
   Je croyais avoir effleuré ce sujet. Je crois que les effets seront
   excellents sur l'Europe et très bons pour l'économie mondiale.
   Voilà, Mesdames et Messieurs, je vous remercie.
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