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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Discours en Guadeloupe (22/03/2007)
   Voici un an, j'étais parmi vous, en Guadeloupe, sur cette terre de
   France à l'identité si forte, cette terre attachante qui me parle et
   que j'apprends à aimer, chaque fois, davantage. J'étais, à l'époque,
   parmi vous en tant que Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du
   territoire car il y avait beaucoup à faire. Je vous avais promis de
   revenir comme candidat à la Présidence de la République car j'avais
   l'intime conviction que nous ne nous étions pas tout dit. Nous ne
   sommes qu'au début d'un chemin commun.
   Et, ce soir, voir une salle si pleine, la sentir si chaleureuse est,
   pour moi, un formidable encouragement et, peut-être, la plus belle des
   promesses. Je considère votre présence à mes côtés comme une marque
   d'amitié et cette amitié me pousse à aller plus loin, à redoubler
   d'efforts pour gagner le combat d'aujourd'hui et me mettre à votre
   service pour porter un nouveau projet de société demain.
   Je sais qu'il y a ce soir, dans cette salle, des femmes et des hommes
   de droite mais aussi des Guadeloupéens qui ont d'autres sensibilités
   que je respecte. En fait, ce qui nous réunit ici, c'est notre farouche
   volonté de changement. J'ai conscience du fait que les sensibilités
   politiques en Guadeloupe ne s'identifient pas nécessairement au paysage
   politique métropolitain. C'est pour cela que je suis heureux que l'UMP
   ait pu se créer et trouver sa place en Guadeloupe, chère Gabrielle,
   comme je suis heureux qu'Objectif Guadeloupe se soit engagé, sans
   faille, pour porter nos idées communes, chère Lucette et cher Laurent.
   J'ai besoin de vous, Jean et Joël, de vous tous ! La Guadeloupe a
   besoin de vous tous, avec votre caractère - et Dieu sait que vous n'en
   manquez pas !-, votre énergie et votre sensibilité. Je veux que vous
   travailliez tous ensemble, dans la même direction, en gardant vos
   identités propres, comme vous avez su le faire pour m'accueillir
   aujourd'hui.
   Ceci est nécessaire pour gagner les élections mais, au-delà, ceci est
   important pour l'efficacité de notre action. Car, finalement, ce
   qu'attendent les Guadeloupéens, c'est que l'on réponde aux questions
   qui sont les leurs, à leurs problèmes quotidiens concrets. Les
   querelles de personnes les intéressent peu et j'ajoute qu'elles ont
   tendance à discréditer l'action politique dans son ensemble. Nous
   devons, avant tout, être efficaces, ne pas perdre de vue l'essentiel.
   Cette efficacité fait notre identité politique, notre singularité. Nous
   ne nous satisfaisons pas, comme d'autres, de formules creuses, de
   discours compassionnels et de symboles démagogiques tournés vers le
   passé.
   Je suis venu vous parler de l'avenir. Je suis venu parler à tous les
   Guadeloupéens quels que soient leur âge, leur sexe, leur appartenance
   ethnique ou religieuse. Je suis venu parler aux Guadeloupéens de la
   Grande terre, de la Basse terre, de la Désirade, des Saintes et de
   Marie-Galante. Mais je suis aussi venu parler aux habitants des
   collectivités d'outre-mer de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy dont
   le nouveau statut entrera très prochainement en vigueur, comme promis.
   Je suis venu parler à la Guadeloupe, les yeux dans les yeux, car la
   franchise est pour moi la plus grande marque de respect que je puisse
   vous donner.
   Durant l'année écoulée, j'ai beaucoup réfléchi aux problèmes de
   l'outre-mer, en général, et à ceux de la Guadeloupe, en particulier. Je
   vous ai écouté et, plus que jamais, je suis convaincu que notre
   priorité doit être tournée vers l'action pour le développement
   économique, l'emploi et l'amélioration des conditions de vie des
   Guadeloupéens. Nous devons construire une Guadeloupe plus forte, où
   chacun puisse trouver sa place. Une Guadeloupe qui ne laisse personne
   au bord du chemin et où l'avenir soit perçu comme une espérance et non
   plus comme une menace.
   Cette Guadeloupe, elle ne verra le jour qu'au prix d'une rupture dans
   nos modes de pensée et nos façons de faire. Et, en la matière, je le
   dis comme je le pense, l'effort à fournir est réciproque.
   Nous devons refaire du travail une valeur cardinale. C'est par le
   travail que les richesses se créent, que nos sociétés évoluent et
   qu'une solidarité efficace envers les plus faibles peut être organisée.
   L'assistanat est, pour moi, la plus insidieuse des aliénations.
   Parfois, j'entends que l'on prétend que je voudrais supprimer le RMI !
   Non, il n'en a jamais été question ! En revanche, je n'accepte pas que
   l'on bénéficie de la solidarité nationale sans obligation réciproque,
   sans effort. Les minima sociaux attribués à des personnes en âge de
   travailler sont là pour les aider à franchir une étape difficile. Cela
   peut arriver à chacun mais cela ne peut pas et ne doit pas devenir un
   moyen de subsistance à vie. C'est aussi une question de dignité ! Je
   veux que tout bénéficiaire d'un minimum social en âge de travailler ait
   une activité adaptée à sa situation, qu'il s'agisse de formation ou de
   travail d'intérêt général. Le but de cette activité doit être de
   retrouver un emploi car c'est en travaillant que les hommes et les
   femmes peuvent concevoir des projets et donner le meilleur à leurs
   enfants. C'est en travaillant que l'on peut vivre debout !
   Je veux aussi que le travail paye. Je veux être le Président du pouvoir
   d'achat. Le problème de la France, c'est que les salaires sont trop
   bas, que les prix sont trop élevés et que les prélèvements obligatoires
   sont trop pesants. Je veux que les heures supplémentaires soient toutes
   rémunérées 25% de plus que les heures normales, quelle que soit la
   taille de l'entreprise, et qu'elles soient exonérées de toutes charges
   fiscales et sociales afin qu'elles soient plus payantes pour les
   salariés et moins chères pour les entreprises. Quatre heures de travail
   en plus par semaine sans charges, c'est 1.980 euros net en plus à la
   fin de l'année pour tout salarié rémunéré au SMIC. Voilà la réalité !
   Voilà la récompense justifiée de l'effort que je veux mettre en place !
   Je veux être le Président de la valeur travail. Depuis 25 ans, tout a
   été fait dans notre pays pour dévaloriser le travail, décourager le
   mérite, discréditer la réussite. Il est injuste que ceux qui se lèvent
   tôt et ceux qui travaillent tard, ne soient pas mieux récompensés que
   ceux qui vivent des revenus de remplacement. Les 35 heures ont gelé les
   salaires et désorganisé le service public. Le travail sera au coeur de
   mon action. Je veux que chacun soit libre de choisir de travailler
   autant qu'il le veut. Je veux encourager le travail étudiant, aider les
   femmes à faire garder leurs enfants lorsqu'elles prennent un emploi,
   permettre à chacun de choisir l'âge de son départ à la retraite en
   autorisant le cumul entre un emploi et une retraite. Je veux que
   l'effort soit toujours mieux rémunéré que l'assistanat. Je veux offrir
   à chacun la possibilité de transmettre à ses enfants le fruit du
   travail de toute sa vie, grâce à la suppression des droits de
   succession pour tous les patrimoines petits et moyens.
   Alors, évidemment, les choses ne sont pas si simples lorsque l'on vit
   en Guadeloupe qui connaît un taux de chômage qui oscille entre 22 et 24
   %. C'est pourquoi l'État et les acteurs économiques doivent être au
   rendez-vous pour relever le défi de l'emploi. Et la Guadeloupe a du
   potentiel ! Elle a une jeunesse pleine d'énergie. Elle a une économie
   qui connaît un fort taux de création d'entreprises et, lorsque je
   parcours l'archipel, je sens que votre économie possède des bases
   solides. Dans le secteur agricole, vous avez su trouver des niches
   intéressantes, comme le melon, que vous exportez avec succès sur
   l'Europe en contre-saison. Je me rendrai, demain, au centre de
   conditionnement du melon du Moule, dans l'entreprise "Caraïbe
   Meloniers" pour me rendre compte, concrètement, de cette belle
   réussite. Mais vous avez aussi une puissante zone industrielle, à
   Jarry, qui n'a pas son équivalent en Outre-mer. Et votre potentiel dans
   le secteur du tourisme est toujours immense !
   Que faut-il faire pour que la Guadeloupe décolle vraiment ? Que faut-il
   faire pour que cet archipel, l'un des plus beaux du monde, connaisse
   enfin un développement, un épanouissement à la hauteur de son potentiel
   et de ses aspirations ?
   Il faut donner à la Guadeloupe tous les outils de son propre
   développement. Les Guadeloupéens savent travailler. En Guadeloupe, loin
   des clichés trop souvent véhiculés, on sait travailler, être dur à la
   tâche. Je sais qu'il y a, sur cette terre, une énergie qui ne demande
   qu'à être libérée. Mais, pour cela, il faut que nous tirions tous dans
   le même sens ! Les élus, les responsables administratifs, les acteurs
   économiques et les syndicats.
   Cessons de nous épuiser dans des querelles stériles qui, trop souvent,
   je le dis clairement, masquent des intérêts personnels ou catégoriels.
   Je trouve inacceptable que les Guadeloupéens soient régulièrement pris
   en otage dans des conflits au long cours. Encore une fois, le combat
   syndical est légitime mais il ne peut aboutir à remettre en cause la
   liberté du travail, à mettre en péril l'outil de production et à
   brouiller l'image d'une région entière. Les gens qui font cela scient
   la branche sur laquelle ils sont assis.
   C'est pour cela que je voudrais que l'on crée en Guadeloupe un lieu de
   résolution des conflits à froid. Un lieu dans lequel on pourrait avoir
   recours à des procédures de médiation de façon systématique et dans
   lequel pourraient être organisées des formations communes à l'ensemble
   des partenaires sociaux. Je suis convaincu qu'il est possible de
   construire une relation gagnant/gagnant si l'on fait les choses avec
   méthode et loyauté. Je me prends parfois à rêver d'une Guadeloupe où
   les partenaires sociaux s'engageraient pendant un an à tout faire pour
   éviter les conflits et à recourir à la seule négociation pour régler
   ceux qui menaceraient de se déclencher. Imaginez l'impact sur la
   croissance, sur l'emploi, sur l'image de votre département d'une année
   de vraie paix sociale ! Et si cette sagesse pouvait un jour prévaloir ?
   N'est-ce qu'un rêve ? Ne peut-on y travailler ? Sincèrement, cela ne
   vaut-il pas d'être essayé ?
   Pour ma part, je me suis engagé à instaurer, par la loi, un réel
   service minimum garanti pour les services essentiels à la personne,
   comme la santé ou les transports, en cas de grève. De même, je veux
   rendre obligatoire un vote à bulletin secret sur la poursuite de la
   grève, dès lors que le mouvement social excède huit jours.
   Mais tout ne sera pas résolu par la force de la loi. Je crois que,
   fondamentalement, les Guadeloupéens doivent se sentir plus proches de
   leurs entreprises, qu'il y ait une meilleure appropriation des réalités
   économiques. Pour cela, il faut qu'un réel effort soit fait dans les
   entreprises, les hôtels, les administrations, pour que davantage de
   Guadeloupéens occupent des emplois d'encadrement.
   L'apprentissage d'un vrai dialogue social est donc fondamental. Mais il
   n'est pas suffisant. L'État doit aussi aller plus loin dans son
   engagement pour la Guadeloupe. Si l'on veut résoudre vraiment le
   problème du chômage, il ne suffira pas de multiplier les emplois aidés.
   Il faudra créer plus d'activités, libérer les énergies, favoriser
   l'accès aux marchés extérieurs et renforcer l'attractivité de votre
   territoire.
   C'est dans cet esprit que je m'engage sur plusieurs propositions
   concrètes.
   Je préconise la création de "zones franches globales d'activités" dans
   les DOM. C'est ici, en Guadeloupe, que j'en ai parlé, pour la première
   fois, il y a un an. Je veux préciser ma pensée aujourd'hui.
   D'abord, soyons clairs, ces zones franches viendraient en complément de
   l'actuelle défiscalisation qu'il faut conserver. Il faut la conserver
   car la défiscalisation agit sur les coûts d'investissement, là où les
   zones franches agiront sur les coûts de fonctionnement. Il faut la
   conserver car la défiscalisation n'est pas un "ensemble de niches
   fiscales", c'est un outil de développement économique nécessaire à la
   croissance de territoires spontanément sous capitalisés.
   Depuis que j'ai lancé cette idée, en mars 2006, les acteurs économiques
   des quatre DOM ont répondu à mon appel et m'ont fait part de leurs
   attentes en la matière. Il ressort de nos échanges, durant ces derniers
   mois, un consensus sur l'idée de créer des zones franches globales au
   plan géographique mais ciblées sur certains secteurs d'activités. Il ne
   s'agit donc pas d'un privilège accordé à telle ou telle partie du
   territoire : la zone franche globale concerne la Guadeloupe tout
   entière !
   La zone franche de Guadeloupe pourrait comporter un premier dispositif
   pour les entreprises de tous les secteurs concernés par la loi de
   programme pour l'outre-mer. Il s'agirait de mesures d'exonérations
   partielles d'impôt sur les sociétés et de taxe professionnelle. Le taux
   d'exonération pourrait être, par exemple, de 50% pour chacun de ces
   impôts, sous un plafond à définir. Les économies ainsi réalisées
   devront être affectées au développement de l'entreprise.
   Par ailleurs, je propose un système d'exonération des droits de douanes
   pour les matières premières et les produits semi-ouvrés afin de
   favoriser les activités de transformation et donc d'intégration de
   valeur ajoutée localement. Enfin, je pense qu'il serait judicieux de
   mettre en place un mécanisme de crédit d'impôt majoré à l'exportation.
   C'est-à-dire que les entreprises qui feraient des dépenses de
   prospection commerciale en dehors de l'espace économique européen, en
   particulier dans leur environnement régional, pourraient bénéficier
   d'un crédit d'impôt, par exemple, de 66% de ces dépenses.
   En complément, pour quelques secteurs d'activités, considérés comme
   particulièrement porteurs par les acteurs économiques eux-mêmes et par
   les élus des territoires concernés, les exonérations d'IS et de TP
   seraient très fortement majorées. En Guadeloupe, ces secteurs
   stratégiques pourraient être, par exemple, celui des énergies
   renouvelables et du tourisme.
   Ces zones franches répondront donc, par le choix des secteurs
   concernés, à une stratégie précise et réfléchie d'amélioration de la
   compétitivité des entreprises exportatrices de biens ou de services, au
   service d'un projet de territoire.
   Par ailleurs, le développement économique ne peut se concevoir, dans le
   monde ouvert qui est le nôtre, sans que ne soit garantie la mobilité
   des personnes et des biens. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours
   pensé que la continuité territoriale entre l'outre-mer et la métropole
   est une priorité majeure. Dire que l'outre-mer, c'est la France, ne
   doit pas rester "une parole en bouche".
   Concrètement, pour moi, la baisse des tarifs est une nécessité absolue.
   Mais, de grâce, arrêtons les clichés sur l'économie administrée ! Si
   l'on veut que les prix baissent, il ne suffit pas de se contenter de
   dire que l'on va obliger les compagnies aériennes, qui sont des
   sociétés de droit privé, à le faire. Ce n'est juridiquement pas
   possible.
   Aujourd'hui, les prix trop élevés résultent, en partie, de la
   régulation du marché aérien. C'est la raison pour laquelle je viens de
   faire modifier les règles restreignant la concurrence. Dorénavant, les
   compagnies charters pourront vendre des vols "charters secs" sur
   l'Outre-mer, ce qui leur était interdit jusqu'à présent. C'est une
   première étape, même si d'autres mesures devront être prises un jour,
   telle que l'assouplissement des modalités de prise de congés bonifiés
   afin d'éviter l'engorgement des périodes de pointe.
   Dans le même esprit, faciliter la mobilité et les échanges, je crois
   que la réalisation d'un port en eau profonde est une priorité, de même
   que l'est l'organisation de véritables transports collectifs en
   Guadeloupe, y compris en privilégiant les alternatives à la route. Ce
   qu'engage la Réunion aujourd'hui, la Guadeloupe peut le faire demain !
   Je veux que, dans cette Guadeloupe de demain, tout le monde trouve sa
   place, je veux que vous puissiez offrir à vos enfants un avenir
   meilleur, un avenir ouvert et riche de promesses.
   L'éducation de la jeunesse guadeloupéenne est, à cet égard, une
   priorité fondamentale pour moi. C'est une priorité parce que la
   formation reste encore le meilleur passeport pour l'emploi et qu'elle
   est le moteur de l'égalité des chances et de la promotion sociale.
   Nous avons beaucoup à faire en la matière. Il faut, d'abord,
   réhabiliter les bâtiments scolaires qui sont trop souvent mal adaptés,
   lorsqu'ils ne sont pas vulnérables au risque sismique. Il faut,
   ensuite, diversifier les parcours car il n'y a pas qu'une façon de
   réussir ; je propose, notamment, de renforcer les moyens du Régiment du
   service militaire adapté qui a si bien réussi qu'il est, aujourd'hui,
   transposé en métropole. Je propose, aussi, de créer un véritable
   service d'orientation car c'est par une découverte précoce des métiers
   que l'on pourra convaincre chacun que la réussite est moins une
   question de filière que de passion de l'engagement.
   Il faut, enfin, inciter les Universités et les organismes de formations
   supérieurs à réorienter leurs offres d'enseignement vers des matières
   en relation avec les besoins concrets de la Guadeloupe. Lorsque des
   formations n'existent pas localement, il faut que des conventions de
   partenariat soient conclues avec les meilleurs établissements
   métropolitains et les plus grandes écoles, afin de permettre aux jeunes
   Guadeloupéens d'accéder à des enseignements d'excellence. C'est cela,
   concrètement, la vraie égalité des chances.
   D'une façon plus générale, il faut réinstaurer l'Autorité au sein du
   système éducatif. Je n'accepte pas que l'autorité des maîtres puisse
   être remise en cause par quelques trouble-fête. Pour moi, la scolarité,
   c'est aussi l'école de la vie en société ; on y apprend ses codes et
   ses valeurs fondamentales, comme celle du respect. Cela se traduit par
   des choses simples comme le fait que, lorsque le maître rentre dans la
   classe, les élèves se lèvent !
   Mais, soyons clairs, les familles ont aussi un rôle fondamental à jouer
   et je ne serai pas celui qui tiendra un discours déresponsabilisant à
   leur égard. Les parents sont les premiers responsables de l'éducation
   de leurs enfants. Ils doivent, par conséquent, pouvoir être plus
   impliqués dans l'organisation de la vie scolaire. Ils doivent aussi,
   lorsqu'ils éprouvent des difficultés passagères, être aidés dans leur
   rôle. C'est pour cela que je suis favorable aux expérimentations d'
   "école des parents".
   De même, il est fondamental que des systèmes de garde et d'aide aux
   devoirs soient organisés de façon systématique. Je sais qu'il y a, en
   Guadeloupe, beaucoup de familles mono-parentales et je connais leurs
   difficultés d'organisation pour rendre, chaque jour, compatibles les
   obligations professionnelles et l'éducation des enfants. Les
   solidarités familiales et de voisinage jouent parfois mais ce n'est pas
   toujours le cas et je veux aider et rendre hommage à toutes ces femmes
   seules qui élèvent leurs enfants dignement. Ces femmes, "poteaux
   mitans" de la société guadeloupéenne d'aujourd'hui, qui ont un rôle si
   crucial à jouer pour façonner la Guadeloupe de demain !
   Vous l'avez compris, je veux concentrer mon action sur la résolution de
   vos problèmes concrets, ceux que vous rencontrez au quotidien et pour
   lesquels vous avez souvent la désagréable impression que rien ne
   change. Lorsque j'entends certains vous parler de grands principes, je
   me demande si nous vivons dans le même monde, si nous percevons les
   mêmes choses, si nous rencontrons les mêmes personnes ? Moi, lorsque je
   sillonne la Guadeloupe, on m'interpelle sur les questions concrètes de
   l'emploi et du pouvoir d'achat mais aussi du logement, de la santé ou
   de la sécurité. Bref, sur toutes ces grandes questions qui font le
   quotidien des gens. Et, sans ignorer les autres sujets, il me semble,
   qu'il ne faut pas se tromper de priorités.
   Pour moi, les choses sont claires, il faut agir vite et efficacement
   dans trois directions : la sécurité, le logement et la santé.
   La sécurité, car c'est une condition première de l'exercice des
   libertés. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis 2002 sur ce sujet et
   la délinquance a baissé. La délinquance de voie publique a même baissé
   de 29% ! En matière de lutte contre l'immigration clandestine, l'effort
   qui a été fait est sans précédent : vote de dispositions de lois
   spécifiques à la Guadeloupe, signature d'accords internationaux,
   renfort en personnels et en matériels. Les résultats sont au
   rendez-vous puisque, entre 2002 et 2006, le nombre de reconduites à la
   frontière a augmenté de 180% ! Mais je sais qu'il y a encore beaucoup
   d'efforts à fournir.
   J'entends parfois dire que j'en fais trop, qu'il faut être plus souple
   sur ce sujet... Ceux qui tiennent ce discours ne doivent pas être
   beaucoup sortis de leurs bureaux parisiens. Ce que j'ai fait comme
   Ministre de l'Intérieur, je le continuerai à le faire, plus
   efficacement encore, comme Président de la République. Tous les
   Guadeloupéens que je rencontre me le disent : protégez notre île ! Cela
   ne veut pas dire le repli sur soi. Bien au contraire, la coopération
   dans le bassin caraïbéen est une nécessité absolue et, en la matière,
   nous pouvons faire plus et mieux. D'ailleurs, je me réjouis que Lucette
   Michaux-Chevry ait été missionnée sur cette importante question.
   Mais la maîtrise de notre immigration, le fait de pouvoir choisir qui
   entre ou n'entre pas sur notre territoire est quand même le moindre des
   droits d'un État souverain ! Je veillerai, d'ailleurs, à ce que les
   Armées soient davantage impliquées dans la lutte contre l'immigration
   clandestine car nous touchons bien là à une question de souveraineté
   nationale !
   Je créerai, aussi, un Ministère de l'immigration et de l'identité
   nationale qui aura compétence sur l'outre-mer, comme sur la métropole.
   Pour moi, soyons clair, l'identité n'est pas celle d'une race ou d'une
   ethnie ; cela n'aurait aucun sens ! Je parle d'une identité construite
   à partir de celles de territoires qui se sont compris et qui se sont
   aimés. D'une identité conçue comme un idéal, une façon d'être et de
   penser !
   Enfin, parallèlement, je m'attaquerai aux causes qui poussent ces
   malheureux sur nos rives, c'est-à-dire l'insuffisant développement de
   leurs îles. Je sais l'indignation que provoquent les difficultés de
   Haïti en Guadeloupe. Élu Président de la République, je prendrai une
   initiative, en liaison avec la communauté internationale, pour
   provoquer une conférence sur la paix civile et le développement
   économique de l'île.
   En matière de logement, il nous reste aussi beaucoup à faire. Je sais
   que le logement est l'un des principaux sujets de préoccupation des
   Guadeloupéens. Il n'y a pas assez de logements sociaux, trop de
   logements sont insalubres et beaucoup sont vulnérables au risque
   sismique.
   Face à cela, je veux que la relance de la construction de logement
   impulsée par l'actuel gouvernement se traduise concrètement dans les
   faits sans délais. Il y a beaucoup de projets, il est maintenant temps
   de les réaliser. Je pense, par exemple, au programme de rénovation de
   Pointe-à-Pitre/Les Abymes qui sera, avec 200 millions d'euros, le plus
   grand programme de France.
   Mais je sais que, dans beaucoup d'autres communes, les moyens font
   défaut pour faire face au colossal enjeu de la construction de
   logements. C'est pour cela que j'ai été le premier à avoir préconisé de
   définir un taux de défiscalisation plus favorable pour le financement
   du logement social locatif mais aussi pour le logement intermédiaire en
   accession à la propriété. Je propose, par ailleurs, la création d'un
   prêt foncier à taux zéro, permettant de ne payer le terrain qu'après
   avoir achevé de payer le bâti. Les Guadeloupéens souhaitent devenir
   propriétaires de leurs logements et je veux que ce rêve soit accessible
   à tous ceux qui vivent du fruit de leur travail !
   Le logement n'est pas juste "un sujet comme un autre". Il est l'élément
   de base du cadre de vie, il fait partie de la dignité de la personne et
   conditionne l'harmonie de la famille. Comment peut-on espérer créer les
   conditions d'une réelle égalité des chances si l'on laisse nos enfants
   de Guadeloupe vivrent dans des taudis ? Je n'accepte pas cette
   situation et je m'engage à en faire une priorité de mon action!
   De même, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures en matière de
   santé. Les plateaux techniques de la Guadeloupe sont performants mais
   il y a un certain nombre de secteurs où les insuffisances sont criantes
   ; je pense par exemple à la psychiatrie ou à la prise en charge des
   toxicomanes. Comment veut-on résoudre efficacement les questions de
   délinquance et sortir nos jeunes du fléau que représentent des drogues
   comme le crack, si l'on ne dispose pas de capacités suffisantes dans
   des lieux d'accueil spécialisés pour ces pathologies lourdes ? Le
   traitement de ces questions est, pour moi, une priorité. De même que
   l'est la question de la prévention et du traitement du sida. La
   Guadeloupe est la deuxième région française la plus touchée. Ce fléau
   n'est pas traité à sa juste mesure et ce n'est pas acceptable.
   Je serai, si je suis élu, le garant de la mise en oeuvre de ces
   politiques de marche vers l'égalité réelle. Je mettrai en place un
   comité interministériel qui devra, régulièrement et publiquement,
   dresser le bilan des politiques publiques conduites outre-mer.
   Mes chers amis,
   Je vous propose une transformation audacieuse mais réaliste de la
   Guadeloupe et de notre pays. Et, comme d'habitude, lorsque l'on veut
   faire bouger les choses parce qu'elles vont mal, il se trouve toujours
   de bons esprits pour expliquer que toute innovation serait pire
   encore... Pour ceux-là, il vaut mieux vivre avec l'échec que de risquer
   une solution. Je récuse leur vieux raisonnement qui nous a amenés à ne
   pas traiter le chômage à ses racines. Qui nous a amenés à partager le
   travail au lieu de le multiplier ! Qui nous a amenés à rationner les
   salaires au lieu de les augmenter ! Qui nous a amenés à ne pas traiter
   les délinquants comme des voyous ! Qui nous a amenés à ignorer les
   ratages de l'intégration ! Qui nous a amenés à ne pas oser maîtriser
   notre immigration ! Qui nous a amenés à choisir d'endetter nos enfants
   de peur de réformer l'État !
   Tout ce silence, toute cette peur d'agir, je n'en veux plus ! Je veux
   remettre à l'endroit la hiérarchie des valeurs qui nous a conduits à
   confondre liberté et permissivité, égalité et égalitarisme, fraternité
   et assistanat. En voulant cela, j'estime être coeur de notre héritage
   national et aux sources de la République.
   J'ai engagé cette campagne électorale avec la volonté de rester un
   homme libre. Libre de dire à haute voix ce que je crois au plus profond
   de moi-même. Libre de bousculer les habitudes et les tabous derrière
   lesquels se réfugient les illusions qui ont trop longtemps figé notre
   pays. Libre de faire partager mon énergie et ma confiance.
   Je n'ai jamais cessé de vous dire que nous devions être fiers de nos
   idées et de nos valeurs. Le sentiment patriotique, la valorisation du
   travail et du mérite, le goût de la liberté et de la responsabilité, le
   sens de l'autorité et du respect, l'esprit de justice et de dignité :
   voilà ce à quoi nous croyons !
   Dans cette campagne, je vous invite à laisser aux autres les petites
   querelles, les discours diviseurs et les idées dépassées. Pour ma part,
   rien ne me déviera de ma route et de mes objectifs. Je veux un débat de
   fond. Je veux imprimer du mouvement à mon pays. Je veux tracer des
   perspectives. Et pour cela, je veux m'adresser à tous car je récuse
   l'idée selon laquelle il y aurait un peuple de droite contre un peuple
   de gauche. Je récuse l'idée qui consiste à opposer le progrès
   économique et le progrès social. Je récuse l'idée suivant laquelle les
   travailleurs seraient les adversaires des entrepreneurs. On n'écrit pas
   l'avenir d'un grand pays comme la France avec des rancunes et des
   clivages, mais avec des élans collectifs.
   C'est pour cela que j'ai besoin de vous tous, de vous sentir avec moi,
   prêts à soulever des montagnes. Je crois en l'avenir de la Guadeloupe,
   je crois en l'avenir de la France, je crois en vous !
   Vive la Guadeloupe ! Vive la République ! Vive la France !
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