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Discours politique
Dominique Voynet, Discours au congrès de l'UNEF à Lille (24/03/2007)
   Chers amis, chers camarades,
   Je suis heureuse d'être aujourd'hui avec vous.
   Pour débattre de vos attentes, de vos revendications ; pour parler de
   l'avenir de l'Université.
   La jeune garde ça nous rajeunit pas ?
   Mais je suis ici aussi pour célébrer un anniversaire. On n'a pas cent
   ans tous les jours, je vous souhaite qu'il soit heureux et qu'il
   annonce, surtout, de belles victoires.
   Je suis candidate d'un mouvement politique d'à peine plus de vingt ans
   qui vous parle. Je m'adresserai donc à vous, si vous le voulez bien,
   avec le respect que l'on doit aux "vieilles maisons", mais aussi avec
   le zeste d' impertinence que l'on attend de la jeunesse.
   Cela ne nous empêchera pas de constater de larges plages d'accord entre
   nous. Mais je voudrais que nous n'en restions pas là.
   Vous interpellez les candidats à l'élection présidentielle ? Je veux
   vous répondre sans esquive. Sur le fond, y compris sur les questions
   les plus complexes. Car je crois fermement que si l'on veut faire
   honneur à la politique, on doit abandonner les promesses faciles, et se
   hisser à la hauteur des exigences de celles et ceux dont on sollicite
   le suffrage.
   Oh, je ne me fais pas d'illusion : pendant ces trois jours, vous allez
   voir, à cette même tribune, défiler candidats et porte-parole. Et tous
   vous diront combien ils comprennent vos problèmes, combien ils sont
   soucieux de vos préoccupations. Vous pourrez même en faire un jeu :
   comptez, dans les discours, combien de fois vous retrouverez quelques
   mots clés bien pratiques : malaise des étudiants, modernisation de
   l'université, reconnaissance du rôle de la recherche...
   Je doute hélas qu'ils s'engagent trop à découvert sur les solutions
   qu'ils préconisent, préférant s'en tenir à de prudentes généralités. Ce
   ne sera pas mon cas : je me méfie des solutions toutes faites, et je ne
   suis pas certaine qu'elles soient d'ailleurs souhaitables ; je sais ce
   que ces débats doivent conserver de nécessairement inachevé, de
   toujours en mouvement.
   Ce dont notre pays souffre, ce n'est pas de l'immobilisme dénoncé par
   ceux qui ne font des réformes qu'à coups de baton ;
   Je suis persuadée que notre pays veut bouger et que ceux qui disent que
   toute réforme y est impossible se trompent lourdement. Encore faut-il
   qu'on pose clairement les options possibles de changement, et qu'on
   puisse en débattre.
   Encore faut-il qu'on cesse de trahir les mots, et que régression ne
   soit pas qualifiée de réforme, qu'on ne déguise plus un abandon de
   l'Université en modernisation de l'enseignement supérieur !
   Je vais donc vous parler très franchement.
   À cet instant, et alors que l'UNEF célèbre son centenaire, il faut,
   d'abord, mesurer le chemin parcouru depuis un siècle.
   Un siècle.
   Si j'avais été étudiante en 1907, aurais-je bénéficié d'un tel statut,
   quand moins d' 1 % d'une classe d'âge accédait à l'enseignement
   supérieur ? C'était un privilège alors, et plus encore pour une femme ?
   Combien étaient-elles, en 1907, assises sur les bancs des facultés ?
   Et si j'avais été étudiante dans les années d'après guerre ?
   Ce que je sais de moi me dit que j'aurais été fière que mon syndicat,
   le vôtre aujourd'hui, obtienne la création d'une sécurité sociale
   étudiante, et créée même une mutuelle. J'aurai apprécié, j'en suis
   certaine, cette victoire de la solidarité, parce qu'elle allait
   permettre à beaucoup, pas tous des héritiers, de poursuivre leurs
   études dans de meilleures conditions.
   M'éveillant à la conscience politique, j'aurais sans doute été
   intriguée, dans ces années 1950, la grande UNEF de l'époque, cohabitent
   une gauche en plein mouvement, de laquelle je me serais sentie proche,
   et une droite violente et réactionnaire. On y croisait un certain
   président de Corpo Droit, toujours prêt aux coups de poing. Cinquante
   ans après, il est toujours là, et continue d'occuper hélas une place
   dans la vie politique.
   Je sais qu'il ne serait pas le bienvenu ici, et je n'arrive pas à le
   regretter...
   Si j'avais été étudiante dans les années 60, j'aurais sans doute, avec
   vos ainés, avec mes aînés, partagé les grands combats pour la
   décolonisation, de l'Algérie au Vietnam. Ces combats aboutirent à
   l'explosion libératrice de Mai 68, cette brèche singulière par laquelle
   tant de choses ont changé dans la société française, ce moment si
   particulier qui a marqué une génération et qui restera, aussi, dans
   l'histoire de l'UNEF.
   Je n'ai vécu mai 68 que par procuration, le mai dans le mai de mes
   parents. J'en ai tout de même connu les effets différés. Comme tous les
   jeunes de cette époque, dans ma vie personnelle. Nous la savions plus
   libre, plus audacieuse que celles de nos aînés. Cette liberté là a
   nourri mes premiers engagements : pour le droit des femmes, contre le
   militarisme, pour les télés locales, les radios libres, et bien sûr
   pour l'écologie, qui naissait à l'époque.
   Il est de bon ton aujourd'hui, à droite et parfois à gauche, de
   considérer ce mois de mai comme l'origine de tous nos maux. La
   dégradation de l'école ? La faute à 68 ! La délinquance ? La faute à 68
   ! Et tant d'autres clichés du même genre... Ceux - et celles ! - qui se
   nourrissent de cette amertume là ne nous disent pas s'ils
   souhaiteraient revenir à la France d'avant. Une France de l'ordre, au
   sens le plus conservateur du terme. La France où l'on débat sans fin de
   l'identité nationale, au son de la Marseillaise.
   Je n'ose pas penser qu'on puisse, surtout à gauche, croire que cet
   ordre là a quoi que ce soit de juste...
   Les étudiants sont la plaque sensible d'une société. Leurs
   indignations, leurs aspirations, leurs mobilisations ont souvent été
   dans l'Histoire et restent aujourd'hui, un carburant essentiel du
   changement social.
   C'est ainsi, chers amis, que la mise en mouvement des étudiants puis
   des lycéens a conduit à mettre en échec le funeste projet du CPE, degré
   supplémentaire dans la précarisation de la jeunesse.
   J'ai trouvé à l'époque particulièrement responsable, et au bout du
   compte efficace, de rechercher, malgré les différences d'approche, le
   maintien de l'unité des organisations syndicales, étudiantes,
   lycéennes, et de salariés. Le gouvernement a du reculer et je sais la
   part que vous y avez prise.
   Puisse cet exemple être utile à l'occasion d'autres mobilisations.
   Et puisse-t-il inspirer aussi la gauche "politique", celle des partis,
   où doit savoir s'accorder l'expression légitime des identités (et vous
   savez combien nous sommes attachés à la nôtre) avec la nécessité du
   rassemblement contre l'adversaire commun.
   Depuis des années, les questions de formation et d'éducation prennent
   plus de place dans le débat politique français.
   Dans les dernières années, en Allemagne par exemple, les conséquences à
   tirer d'une évaluation internationale qui montrait les faiblesses de
   l'enseignement secondaire ont été amplement discutées par l'ensemble
   des formations politiques.
   En France, rien de tel. Des centaines de parlementaires prêts à passer
   jours et nuits à discuter des dates d'ouverture de la chasse expédient
   le budget d'éducation en quelques heures.
   Le temps long, nécessaire à l'établissement d'un diagnostic partagé, à
   la mise en oeuvre de solutions majoritairement acceptées, semble,
   s'agissant d'éducation, incompatible avec le rythme politique. Il faut
   aller vite, et faire dans le visible.
   Dans l'enseignement supérieur, on a ainsi vu se succéder quantité de
   réformes ou de projets de réformes : parfois carrément régressives,
   lorsqu'elles venaient de la droite ; plus complexes à qualifier,
   lorsqu'elles venaient de la gauche.
   Mais, dans tous les cas, elles étaient imposées d'en haut, sans préavis
   ni discussion !
   De fait, elles se sont souvent trouvées remballées, devant les
   réactions d'indignation ou d'incompréhension qu'elles suscitaient,
   notamment parmi les premiers concernés, que vous représentez ici.
   D'où en retour la tentation de l'immobilisme.
   Elle fût très bien incarnée par l'un des candidats de cette élection,
   en son temps Ministre de l'Éducation Nationale, et dont le principal
   élément de bilan aura été de réussir à durer.
   Il est facile pour un homme ou une femme politique de dire oui, dans
   une campagne électorale, aux revendications exprimées par tels ou tels
   groupes sociaux. Facile si l'on ne pose jamais le problème de la
   cohérence de ces revendications entre elles, et des conflits qui ne
   manqueront pas de naître de toutes ces promesses contradictoires.
   Faire de la politique, au sens le meilleur du terme, c'est choisir des
   priorités, et les ordonner. Ce n'est pas empiler les urgences les unes
   sur les autres, découvrir tous les jours un nouveau sujet pour la
   première grande loi que l'on fera voter, décréter chaque matin la
   mobilisation générale sur la question du jour !
   Cette cohérence qui fait le sens de l'action publique, je la revendique
   et je la retrouve aussi dans les propositions de l'UNEF, qui concernent
   non seulement l'avenir de l'enseignement supérieur et les conditions de
   vie des étudiants et des étudiantes mais, au delà, toute la jeunesse.
   Quand on parle de la jeunesse, on en parle en général comme d'une
   classe sacrifiée, qui aura à gérer la dette publique, la dette sociale,
   la destruction de l'environnement, la relégation des quartiers pas
   desservis par des transports en commun, désertés par les services
   publics, sommés de payer la retraite des soixante-huitards dont je
   parlais tout à l'heure. Ou bien comme une classe dangereuse qui devrait
   être cantonnée, surveillée et mise au pas.
   On parle rarement de la diversité de la jeunesse. De ce qu'elle peut
   avoir en commun mais de ce qui fait aussi peut-être sa fragilité. On
   parle rarement des étudiants des quartiers. On ne parle jamais de tous
   ceux qui fréquentent des lycées agricoles, des centres de formation
   professionnelle, les centres de formation d'apprentis. Et j'aimerais
   dans ce moment qu'on convienne que les propositions qui méritent d'être
   discutées doivent l'être pour tous les jeunes, quelque soit leur pays
   d'origine, leur origine sociale, leur origine ethnique, leur origine
   territoriale ou le métier ou la formation à laquelle ils se préparent.
   Le premier accord que je voudrais marquer avec vous concerne bien
   évidemment l'effort budgétaire à consentir pour l'enseignement
   supérieur, qui va de pair avec celui qu'il faut effectuer pour la
   recherche.
   La Finlande est sortie brillamment des difficultés économiques dans
   laquelle elle était plongée il y a encore dix ans. Elle a prouvé qu'on
   pouvait concilier la baisse du chômage et préservation du modèle
   social, c'est donc possible, et ça passe notamment par un fort
   investissement en recherche et en innovation. La Finlande c'est aussi
   un pays dans lequel on refuse depuis toujours la sélection précoce et
   l'orientation précoce des étudiants, c'est un pays dans lequel on peut
   quitte l'école et y revenir et avoir une nouvelle chance.
   Je demande que le budget recherche soit porté à 3 % du Produit
   intérieur brut, ce qui suppose que l'on travaille sur la répartition de
   ce budget. Pour qu'on soit préparés aux nouveaux défis de l'époque.
   Je souhaite aussi que l'effort pour l'université permette d'affecter
   par étudiant une somme comparable aux standards européens, quelque par
   entre 12 000 et 13 000 Euros par an. Nous en sommes aujourd'hui trop
   loin.
   Les modèles de répartition devront être revus pour que les écarts trop
   importants subsistant aujourd'hui entre les filières - ingénieurs d'un
   côté, sciences humaines de l'autre ; classes prépa bien dotées,
   facultés sous-équipées de l'autre - que ces écarts soient revus.
   Les besoins sont immenses ; de la rénovation pédagogique à la
   maintenance des campus, des laboratoires aux conditions de travail des
   enseignants.
   Sur ce dernier point, je veux dire ici que, si l'on permettait aux
   enseignants de disposer effectivement d'un bureau dans leur
   établissement pour, par exemple, y recevoir leurs étudiants, le débat
   sur leur temps de travail pourrait se dérouler plus sereinement.
   De même, il serait plus facile de contractualiser le temps consacré à
   la recherche, celui donné aux cours, aux tutorats, et à
   l'administration, si l'on voulait bien tenir compte des voeux et des
   aptitudes de chacun. J'ai l'intuition qu'en revanche l'approche
   moralisatrice et pour tout dire un peu suspicieuse sur les 35 heures ne
   donnera pas de bons résultats.
   Je le dis aussi : il parait totalement surréaliste de rouvrir le débat
   sur une hausse significative des droits d'inscription, comme le
   souhaite le candidat de droite. Dans le contexte actuel, on voit mal
   comment une telle décision pourrait avoir d'autres effets que
   d'aggraver encore les inégalités existantes, déjà insupportables.
   Mon deuxième point de convergence avec vous, je crois qu'il est encore
   plus fort que le premier, concerne les conditions de vie des étudiants.
   Oui, c'est difficile aujourd'hui de faire des études en étant
   contraint, comme l'est la moitié d'entre vous, de trouver un petit
   boulot à côté, en fait ce n'est pas un petit boulot mais un petit
   salaire en général.
   Oui, l'accès au logement est aujourd'hui plus qu'un problème, une vraie
   galère, et particulièrement dans les grandes métropoles ;
   Oui, je suis frappée, comme femme politique et comme médecin, l'ampleur
   de la dégradation de la santé des étudiants, et j'entends bien vos
   alertes sur ce sujet : insuffisance de prévention, problèmes de vue et
   de dentition non prises en charge, recul de la contraception, mauvaises
   habitudes alimentaires et ravages de la malbouffe, états dépressifs mal
   connus liés, grande solitude aussi de certains, suicide, recrudescence
   des infections sexuellement transmissibles. ...
   Le système actuel des bourses est inadapté. Les montants sont trop
   faibles. Ils sont souvent, comme vous en avez peut-être fait la
   douloureuse expérience, payés des mois après la rentrée. L'étudiant ou
   l'étudiante doit alors se débrouiller entre la solidarité familiale
   quand c'est possible, la patience exaspérée d'un propriétaire, les
   agios d'une banque, un job à côté et toutes les galères.
   Alors oui, sans réserve, je soutiens votre revendication d'une
   allocation d'études pour tous les jeunes de 18 à 25 ans !
   Parce que je sais que beaucoup, beaucoup de jeunes hésitent à s'engager
   dans les études supérieures ou s'autocensurent en choisissant des
   filières courtes en dépit de leurs rêves.
   Je me réjouis sur ce sujet de voir que les Verts qui ont longtemps
   porté seuls ces idées, auxquels on a reproché pendant des années leur
   courage et l'indolence, sont aujourd'hui rejoins par d'autres candidats
   que certains veulent qualifier de grands candidats. Et moi je voudrais
   vous dire, les petits candidats, les grands candidats vous savez c'est
   compliqué, il y a des grands candidats qui portent des petites idées,
   des petits candidats qui portent des grandes idées... Ça se passe comme
   ça pour le football, on déplore la place du fric dans le foot mais les
   matchs qu'on veut voir c'est ceux de la Ligue des champions.
   On est un petit parti, on porte de grandes idées. On sera le parti de
   demain, à condition que vous ne succombiez pas à la tentation du vote
   utile, le seul vote utile c'est celui qui est fait avec les
   convictions, avec les idées auxquelles on croit.
   Alors, je reviens à l'allocation universelle, et qui viendrait en
   substitution des dispositifs existants. Elle supposera bien sûr comme
   contrepartie l'abandon de la demi-part fiscale dont bénéficiaient
   certains parents.
   Mais on comprend ici que c'est une question de justice sociale. Dans le
   débat bien vieux qui oppose ceux qui situent les étudiants en
   dépendance à la famille, et ceux qui les considèrent comme des adultes
   ayant droit à l'autonomie, nous sommes évidemment dans le deuxième
   camp, plus proche de l'Europe du Nord que de celle du Sud. Nous ne
   souhaitons que vous soyez condamnés à être des Tanguys !
   Tout ceci nous mène à la question, difficile, du logement. Dans la
   région parisienne, l'opérateur public, les oeuvres universitaires,
   couvrent à peine 5 % des besoins. Il faudra donc construire
   massivement, tout en diversifiant les solutions de logement pour
   répondre aux attentes de chacun tout en garantissant des loyers
   modérés. Que ce soit dans le public ou dans le privé, moi je suis pour
   l'encadrement des loyers. Je suis aussi pour qu'on relève la surface
   minimale proposée à des étudiants. 9m2 y compris la cuisine et les
   douches ce n'est pas réellement sérieux. Quand il s'agit de prisonniers
   on se mobilise pour que ça change. Pour les étudiants ça doit être la
   même chose.
   Toutes les solutions peuvent se discuter et se combiner, du recours au
   logement social, au cautionnement par les collectivités locales, déjà
   pratiqué, en particulier pour ceux qui sont amenés à prendre un
   appartement en colocation.
   La cohabitation avec d'autres générations, avec d'autres catégories de
   population, mais elle ne peut être que choisie par les uns et par les
   autres et non imposée.
   J'ajouterais enfin, au chapitre des conditions de vie, des
   préoccupations qui ne vous étonneront pas de la part d'une écologiste :
   de la nourriture de qualité, bio chaque fois quand c'est possible, dans
   les restaurants universitaires, une démarche de haute qualité
   environnementale dans les constructions et la rénovation, le campus
   relié au centre ville par des transports collectifs plutôt qu'envahi
   par des parkings, bourrés de voitures d'occasion et qui ruinent votre
   budget. Avec des plans de déplacement où les circulations douces
   trouvent toute leur place, avec un bilan carbone, agenda 21. Il se
   trouve que dans les Facs où ça a été fait ça a permis de baisser les
   factures de chauffage.
   Ce n'est pas du luxe mais doit être l'ordinaire de tous, dans une
   société qui se projette vers l'avenir. Un avenir où on devra vivre sans
   doute dans des conditions assez différentes de celles qu'on connaît
   aujourd'hui.
   J'en viens, et ce sera mon dernier point, à ce qui fait une des
   finalités de l'université, la plus sensible forcément pour les
   étudiants : la formation générale et professionnelle.
   Et là encore je suis d'accord avec vous sur la priorité à consacrer
   maintenant au cycle licence, pour éviter les déperditions, les
   redoublements et l'échec.
   Je ne crois pas deux minutes que la sélection à l'entrée de
   l'université soit une solution ; nous avons besoin, dans une société de
   la connaissance, que de plus en plus de jeunes accèdent à
   l'enseignement supérieur.
   Et qu'ils y réussissent au mieux leur parcours.
   Pour y parvenir, nous savons qu'une révolution pédagogique est à opérer
   : par le travail en petits groupes, par le tutorat , par
   l'apprentissage des outils du travail autonome.
   Le contenu des enseignements doit être repensé en fonction des
   nouveautés scientifiques, des nouvelles attentes sociales, des
   perspectives d'emploi. Dans certains cas, l'orientation doit pouvoir
   être retardée de manière à permettre à l'étudiant de choisir en
   connaissance de cause.
   Je pense aussi qu'il faut repenser les premiers semestres d'études, y
   introduire de la fluidité, de la liberté et de la pluridisciplinarité :
   pourquoi pas ne pas se spécialiser tout de suite, profiter de
   l'éventail de cours et de formations de l'université, et choisir
   ensuite en connaissance de cause ?
   Je pense que ce serait bien aussi de convenir qu'après avoir quitté
   l'université on pourrait y revenir. Dans mon parti on défend l'idée que
   chacun devrait bénéficier de onze années de formation payées par la
   collectivité. Quand on quitte l'école trop tôt, quand on quitte en
   échec, quand on sait un peu mieux ce qu'on veut faire quelques années
   plus tard on doit pouvoir reprendre son cursus.
   Il y a des pays où l'on admet qu'un diplôme est sanction d'un certain
   nombre de connaissances mais aussi des compétences acquises. Dans
   certains pays les entreprises n'hésitent pas à recruter par exemple
   pour animer des équipes techniques des diplômés d'histoire parce qu'ils
   savent que l'essentiel c'est d'avoir appris à apprendre, appris à
   s'orienter dans un monde complexe.
   Je souhaite que notre formation elle relève aussi de cette approche.
   Je souhaite un modèle adapté aux attentes et aux talents de chacun.
   Qu'on rouvre les vannes de l'innovation pédagogique avec de nouvelles
   filières liées aux enjeux écologiques, aux questions du genre ou du
   handicap...
   Cette "révolution" que vous souhaitez, et que je souhaite avec vous,
   n'est pas possible sans moyens ;
   Mais elle suppose aussi un changement de culture.
   On ne peut continuer à évaluer les enseignants uniquement sur leurs
   travaux de recherche, sans jamais prendre en compte la contribution
   qu'ils donnent à la pédagogie et à l'enseignement. Si cette mutation
   n'intervient pas, le risque est fort de voir l'université coupée en
   deux, avec la promotion de "collèges" à l'américaine, ne s'occupant que
   du premier cycle et sans appui sur la recherche.
   Ce ne serait pas un progrès.
   Je suis comme vous favorable à l'intégration des classes préparatoires
   dans les universités, dans l'attente d'une réflexion plus globale sur
   les relations entre les universités et les écoles.
   Je suis attachée comme vous au cadre national des diplômes.
   Je ne pense pas que l'État puisse s'abstenir de donner une garantie aux
   formations qu'il soutient.
   Pour autant, l'université doit être un espace de liberté qui ne peut se
   concevoir à l'image de l'école de Jules Ferry où tous les enfants
   apprenaient la même chose à la même heure.
   Je caricature un peu, et je sais que ce ne sont pas vos conceptions,
   mais je crois, avec certains spécialistes de l''éducation, que
   l'uniformité ne mène pas nécessairement à l'égalité.
   Et même qu'elle amène à l'expulsion de certains cursus alors qu'on peut
   apprendre de façon différente.
   L'une des missions de l'université est de préparer les jeunes à
   l'entrée dans la vie active. Et elle se doit d'y satisfaire. Tous les
   étudiants ne deviendront pas enseignants ou chercheurs, ni même
   fonctionnaires.
   La question du rapport au monde économique n'est donc pas taboue : il
   est de la responsabilité de l'université de former des individus dotés
   d'une bonne culture générale et professionnelle et d'anticiper sur les
   besoins sociaux de demain.
   Mais il faut dire des choses claires : dans cette période où le chômage
   reste à un niveau élevé, les pouvoirs publics ont la responsabilité de
   mettre fin au scandale des stages à répétition, dans lesquels les
   jeunes sont littéralement exploités, qui ont fini par constituer un
   système économique dont les jeunes sont les prisonniers.
   Je demande qu'une loi fixe une durée maximale pour les stages, et une
   rémunération minimale. C'est bien le moins en matière sociale. Je
   demande aussi que soit normalisée l'embauche, que la norme redevienne
   l'emploi et la rémunération et non le stage et l'exploitation.
   Je souhaite par ailleurs que le diplôme de doctorat soit reconnu à la
   place qu'il mérite, notamment dans les conventions collectives ; la
   France est peut-être un des rares pays où l'espérance en matière de
   salaire diminue si l'on poursuit ses études au-delà de la cinquième
   année ; c'est un paradoxe dont on se passerait bien.
   Un mot pour terminer sur cette institution qu'est l'université.
   Je pense qu'au cours de l'histoire on a pu se rendre compte que les
   pouvoirs publics se sont toujours un peu méfiés, et le curieux
   découpage des universités françaises intervenu après 1968 les met en
   position affaiblie à l'échelle internationale.
   Il n'est pas besoin d'être un adepte de la compétition tous azimuts
   pour le regretter. Je suis sur le principe favorable à des
   regroupements d'université, soit sous forme de fusion, soit sous forme
   de constitution de réseaux.
   Mais il y a deux conditions.
   La première, c'est que cela procède d'un mouvement volontaire ;
   La seconde, c'est que les instruments d'un gouvernance démocratique,
   avec la participation des enseignants, des étudiants et des personnels,
   soit maintenue, et j'oserais même dire approfondie.
   C'est l'occasion de vous dire que je ne suis pas personnellement
   hostile à l'idée d'une plus grande autonomie des universités, dès
   l'instant qu'elle s'exerce dans le cadre du service public de
   l'enseignement supérieur. Pour moi l'autonomie de l'université est une
   formule comme l'est celle de la VIème République : l'essentiel c'est
   pas le slogan, c'est le contenu.
   Regardons la réalité : les universités ne sont pas propriétaires de
   leurs bâtiments, elles n'ont pas la maîtrise complète du recrutement de
   leurs enseignants, ni celle de leur budget. Elles ne logent pas leurs
   étudiants, et de plus elles subissant dans le domaine de la formation
   la dualité avec les écoles, et dans celui de la recherche, la
   coexistence avec les organismes et le privé.
   Mon intuition est que cela doit bouger mais pas en instaurant une
   compétition sordide entre les uns et les autres. Vous êtes réticents à
   certains transferts de compétence. Regardons, regardons dans le détail
   dans ce qu'il est advenu dans les lycées.
   L'université de demain ne peut pas se penser uniquement dans le cadre
   national.
   Parce que dans un monde ouvert, de gros appétits financiers tendent à
   faire entrer l'enseignement supérieur dans des services qu'il faudrait
   libéraliser, c'est-à-dire considérer comme une marchandise, monnayable
   et échangeable, demain cotée en bourse, comme les clubs de foot. Cette
   tendance est évidemment forte aux États-Unis, mais aussi dans les pays
   émergents.
   Je pense très profondément que le seul cadre qui puisse nous permettre
   de résister à ce mauvais vent, c'est celui de l'Europe. C'est là que
   vivent les valeurs d une université attachée au "bien public", ouverte
   à tous.
   Alors c'est compliqué. Le processus de rapprochement des systèmes
   d'enseignement supérieur européen, initié à Bologne est chaotique ; Les
   bonnes inspirations sont parfois polluées par des politiques nationales
   réactionnaires menées, au nom de l'Europe, par certains gouvernements
   conservateurs.
   Je sais que vous agissez de manière de plus en plus coordonnée avec vos
   homologues des autres pays de l'Union.
   Je reprends quant à moi la revendication exprimée par de nombreux
   parlementaires européens d'une augmentation très significative du
   budget consacré aux programmes européens de mobilité et d'échange pour
   les étudiants. Je pense qu'on peut aller au-delà et que dans un monde
   de formation professionnelle on aurait besoin d'avoir ces programmes
   d'échange.
   Enfin, notre conception de l'université ouverte au monde cela va sans
   dire, un total accord avec vos propositions pour l'égalité de
   traitement entre étudiants étrangers et français.
   Vous savez bien que Les Verts ne sont pas absents de ce front là, du
   droit de vote des résidents étrangers à la régularisation des sans
   papiers. Je déplore que celui qui est encore pour deux jours Ministre
   de l'Intérieur ait introduit l'année dernière un médiocre débat
   politicien sur les conditions d'accueil des étudiants étrangers en
   France, semant ainsi la méfiance et le soupçon et donnant de notre pays
   une image presque aussi fermée que celle de l'Amérique d'après le 11
   Septembre.
   L'école, l'université ne sont pas épargnés par ces débats. Je voudrais
   ici redire notre soutien à cette enseignante de l'école à Paris qui a
   voulu protéger un enfant sans papiers de l'obstination policière.
   Alors je veux vous souhaiter un bon Congrès.
   Dans ce monde où l'esprit de compétition et de concurrence fait rage,
   je voudrais vous proposer de réfléchir à autre chose encore.
   D'abord, je sais que vous n'allez pas choisir votre vote en fonction
   des propositions qui vont être faites uniquement en matière
   d'éducation. Vous êtes des citoyens, vous vous intéressez à tout, c'est
   normal.
   Je connais la pression qui s'exerce sur vous : obtenir son diplôme dans
   le temps le plus rapide possible, pour se projeter dans le marché du
   travail.
   Je mesure à quel point tout cela peut pousser à l'individualisme, et
   combien cela peut marginaliser les plus faibles.
   J'oserai ici une comparaison : les alternatifs italiens ont inventé,
   pour parler d'une autre façon de se nourrir, plus en accord avec la
   planète qu'avec les supermarchés de la bouffe, le "slow food", plutôt
   que le "fast food".
   On pourrait aussi valoriser la "slow fac".
   Non pas pour y rester nécessairement dix ans, mais pour se donner le
   temps de respirer, de se cultiver, de cultiver la convivialité, de
   jeter un regard critique sur le monde et de s'engager pour des causes
   qui nous paraissent justes.
   Pour inventer simplement et modestement un certain art de la lenteur,
   pour mieux vivre dans un monde qui, si nous voulons qu'il reste
   habitable, devra radicalement changer. La science, la culture, la
   littérature, tout ce qu'on enseigne dans les universités doit aussi
   nous servir à cela, nous donner des lectures du monde qui nous
   permettent d'inventer d'autres chemins que ceux, standardisés, de la
   course au profit, de la bagarre de tous contre tous, du gaspillage
   frénétique.
   Nous avons à inventer la vie qui va avec le monde qui vient.
   C'est aussi le débat qui sous-tend cette élection présidentielle. Ce
   sont des conceptions très différentes de la vie sociale qui
   s'affrontent.
   C'est pas aux politiques de dire quel est le modèle puis aux gens de
   s'adapter, de soutenir ou des contester.
   Si on n'attend pas des étudiants qu'ils nous aident à inventer ce monde
   là alors il faut dire halte à tout.
   Ce rendez-vous le 22 avril, vous concerne d'abord comme citoyens,
   ensuite comme jeunes, enfin comme étudiants. J'espère que vous n'allez
   pas le rater.
   Je vous remercie.
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