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Discours politique
Arlette Laguiller, Discours à Grenoble (26/03/2007)
   Travailleuses, travailleurs, camarades et amis
   "L'identité nationale au coeur de la bataille présidentielle" titre un
   grand quotidien. Sous cette forme ou sous une autre, l'expression
   revient dans toute la presse.
   Cela fait bien longtemps que Sarkozy louche vers l'électorat de Le Pen
   et, depuis quelques semaines, décline l'expression "identité nationale"
   dans tous ses discours. Et voilà que Ségolène Royale s'y met à son
   tour, en mettant les bouchées doubles pour rattraper son retard. Elle
   fait chanter la Marseillaise à la fin de ses meetings et affirme qu'il
   faut que la gauche "reconquière cet hymne trop longtemps laissé au
   Front National". Sa dernière trouvaille est de proposer que chacun
   s'achète un drapeau tricolore et le brandisse le 14 juillet.
   Cet emballement nationaliste a aussitôt déclenché une réplique
   condescendante de Sarkozy : "Je ne lui en veux pas, je trouve que c'est
   important qu'elle comprenne". Quant à Le Pen, ironisant sur les deux,
   il se félicite : "je suis très content d'assister à cette démarche qui
   consiste à dire que Le Pen avait raison".
   Qu'une candidate qui se dit socialiste attire sur ce terrain les
   félicitations, fussent-elles ironiques, de Le Pen, est bien à l'image
   de cette campagne où chacun a les yeux fixés sur sa droite et en
   reprend les slogans en parlant de "reconquête" !
   Eh bien, pour ma part, je laisse bien volontiers La Marseillaise à ces
   gens-là. Oh, c'était un chant révolutionnaire pendant la Révolution
   française ! Mais l'histoire est passée par là et c'est en son nom et au
   nom du drapeau tricolore que la bourgeoisie française a mené ses
   guerres de conquête coloniale, des guerres d'oppression et de rapine
   contre les peuples, sans parler de l'écrasement des travailleurs de la
   Commune de Paris.
   Et l'identité collective dont je me revendique est l'identité sociale,
   mon appartenance à la classe ouvrière, au camp des travailleurs de
   toutes origines et de toutes nationalités
   Mais cette course au nationalisme n'est pas seulement nauséabonde,
   c'est aussi de la poudre aux yeux. Les petits drapeaux à agiter le 14
   juillet ne donneront pas de travail aux chômeurs, pas plus que les
   discours sur l'identité nationale ne font oublier ce qui manque sur la
   feuille de paye.
   Trois problèmes graves pèsent aujourd'hui sur la vie de toutes les
   familles ouvrières, et plus généralement sur les classes populaires.
   Ce sont la gravité du chômage, la baisse du niveau de vie et la
   difficulté croissante de disposer d'un logement convenable. Des
   problèmes, il y en a d'autres, bien sûr, comme l'accès aux soins,
   l'éducation des jeunes, l'environnement ou la galère des transports
   publics qui prolonge la journée de travail et sa fatigue. Mais ces
   problèmes, tout en étant importants, découlent en grande partie des
   premiers.
   Ni EADS dont dépend Airbus, ni Alcatel Lucent ne sont de petites
   entreprises, mais des mastodontes, avec des chiffres d'affaires
   colossaux et des profits qui sont en conséquence, même s'ils varient.
   Tous les deux procèdent pourtant à la suppression de milliers
   d'emplois.
   Campagne électorale oblige, les stars de la présidentielle s'agitent
   autour du cas d'Airbus, chacun y allant de sa proposition de
   réorganiser l'entreprise. Tous font mine de se préoccuper de l'avenir
   de l'entreprise, mais ils ne se préoccupent pas de l'avenir des
   travailleurs dont la direction se prépare à supprimer l'emploi, dont
   1500 en France !
   Mais ce n'est pas l'entreprise Airbus qui a des problèmes ! Elle a des
   commandes pour les cinq ans à venir ! Seulement, il est plus profitable
   pour les actionnaires de faire faire le même travail avec moins
   d'effectifs !
   Sarkozy se proclame libéral. Il affirme que l'État n'a pas à se mêler
   des décisions des patrons des entreprises qui doivent être libres de
   décider ce qu'ils veulent, y compris de licencier. Mais il est pour que
   l'État injecte de l'argent dans Airbus. L'idée ne lui viendrait
   évidemment pas de contraindre l'actionnaire privé Lagardère d'injecter
   de l'argent alors que l'entreprise lui a déjà rapporté bien plus que ce
   que sa part d'actionnaire lui a coûté.
   Mais c'est comme cela avec les patrons et leur porte-parole. Ils sont
   contre l'intervention de l'État, sauf quand il s'agit de recevoir de
   celui-ci.
   Quant à Ségolène Royal, elle propose que les régions entrent dans le
   capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les
   régions, les lander, ont une part dans le capital de cette entreprise.
   Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en
   Allemagne !
   Que l'argent public vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou
   qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les
   deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même
   que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront
   préservés.
   Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle
   est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le
   promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole,
   mais elle ne le promet même pas !
   Airbus et Alcatel-Lucent ne sont pas des exceptions. Bien d'autres
   entreprises, de Michelin à Peugeot-Citroën, en passant par France
   Télécom ou Arkema, suppriment des emplois ou se préparent à le faire.
   Voilà la principale cause du chômage.
   Au nombre de chômeurs, il faut ajouter également ceux qui n'occupent
   que des emplois précaires ou à temps partiel imposé et qui, de ce fait,
   n'ont pour vivre que des revenus inférieurs au Smic. Ce qui en fait des
   travailleurs pauvres et, pour certains d'entre eux, très pauvres.
   Être licencié et tombé dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui
   cela arrive et à leurs familles. Mais c'est aussi un immense gâchis
   social. Ces femmes et ces homes écartés de la production, ce sont des
   compétences, des énergies, du savoir-faire, qui sont laissés en friche,
   au détriment de toute la société. Et tout cela, à cause de l'aberration
   de l'organisation capitaliste de l'économie, de la concurrence entre
   les groupes industriels et financiers.
   Le logement est une autre catastrophe sociale depuis des dizaines
   d'années mais qui n'a jamais été aussi grave. Selon la Fondation Abbé
   Pierre, un million deux cents mille ménages sont sur listes d'attente
   de HLM, et ils risquent d'y rester encore longtemps vu qu'on ne
   construit de nouveaux logements sociaux qu'avec parcimonie.
   Et deux autres millions, sinon plus, sont logés dans des logements de
   fortune, chez des parents, dans des campings, voire des taudis infects.
   Et maintenant, la trêve hivernale terminée, les expulsions locatives
   vont recommencer. C'est révoltant, d'autant que, depuis quelques
   années, les loyers se sont véritablement envolés pour des raisons
   spéculatives.
   Alors, non seulement il faut interdire les expulsions, mais il faut
   aussi plafonner les loyers aux montants où ils étaient avant cette
   vague de spéculation.
   Le troisième problème est la détérioration inexorable du niveau de vie.
   Même pour ceux qui ont la chance d'avoir toujours travaillé en CDI, les
   salaires sont bloqués.
   Alors que les salaires sont bloqués, les prix continuent à augmenter.
   Et là aussi, bien au-delà de ce qui ressort des statistiques
   mensongères et des indices faussés du gouvernement ! Les indices Insee
   intègrent aussi bien des produits de consommation courante pour les
   classes populaires que des produits qu'on n'achète que rarement, voire
   pas du tout. Ce n'est pas parce que le prix des écrans plats a été
   divisé par deux en deux ans que cela compense la hausse du prix du kilo
   de viande, de légumes ou de fruits que l'on consomme tous les jours !
   Il suffit de faire ses courses pour constater la hausse des prix.
   À celle-ci, s'ajoute l'accroissement des prélèvements divers. La baisse
   des remboursements de Sécurité sociale, les forfaits non remboursables
   qui se multiplient, grèvent lourdement les budgets les plus modestes.
   Les salaires, même de ceux qui ne sont pas tombés dans la précarité,
   sont notoirement insuffisants, ne serait-ce que pour assurer un pouvoir
   d'achat comparable à celui d'il y a trente ans.
   Comme sont notoirement insuffisantes les pensions de retraite et
   l'allocation pour handicapés.
   Comment ne pas comparer cette évolution catastrophique de la situation
   des classes populaires avec les bénéfices des grandes entreprises et
   les revenus du capital ?
   Les profits des entreprises sont en croissance constante depuis
   plusieurs années. Ils ont avoisiné, l'an dernier, la somme sans
   précédent de 100 milliards d'euros, rien que pour les quarante
   premières entreprises cotées en Bourse ! Si, encore, ces profits
   étaient la source de forces productives, de moyens de production
   nouveaux, créateurs d'emplois et de biens de consommation à un niveau
   qui fasse baisser leurs prix, ils pourraient servir à quelque chose
   d'utile ! Mais ce n'est pas le cas. Depuis des années, les profits ne
   servent pas à l'élargissement de la production. Ils ne servent qu'à de
   faux investissements qui consistent à racheter tout ou partie
   d'entreprises qui existent déjà, phénomène de concentration qui non
   seulement ne crée pas d'emplois nouveaux, mais le plus souvent en
   supprime.
   Comme ils sont incapables d'élargir le marché ou, plus exactement,
   comme cela ne les intéresse pas si cela ne rapporte pas le taux de
   profit élevé qu'ils exigent, les groupes financiers sont en compétition
   les uns avec les autres pour se disputer des parts de marché en se
   disputant les entreprises existantes.
   Cette incapacité d'élargir la production et, par là même, de créer de
   nouveaux emplois est à la base de la crise actuelle. De plus, la
   rivalité autour des parts de marché alimente une spéculation financière
   permanente, dangereuse pour l'ensemble de l'économie.
   Toute l'économie est en permanence sous la menace des fluctuations de
   la Bourse.
   Alors, les candidats dits grands à l'élection présidentielle peuvent
   raconter ce qu'ils veulent, s'agiter sur scène, faire des promesses de
   camelot, leurs propositions doivent être jugées en fonction de leur
   capacité à résoudre, ou pas, les problèmes vitaux des classes
   populaires.
   On ne peut résoudre aucun de ces graves problèmes sans imposer une
   autre répartition des bénéfices des entreprises, qui profite cette fois
   à la collectivité.
   Pour mettre fin au chômage : il faut commencer par interdire tout
   licenciement collectif aux grandes entreprises sous peine de
   réquisition, c'est-à-dire expropriation sans rachat ni indemnité. Une
   fraction au moins des profits présents et accumulés dans le passé
   devrait servir à financer le maintien des emplois existants, voire à
   procéder à des embauches supplémentaires. Plutôt qu'user les uns au
   travail par des heures supplémentaires ou par l'augmentation du rythme
   de travail, pendant que d'autres sont laissés dans l'inactivité forcée,
   il faut répartir le travail entre tous avec maintien des salaires.
   L'État, de son côté, peut et doit créer des emplois dans les services
   publics qui se dégradent tous, faute d'effectifs en nombre suffisant.
   Il faut embaucher le personnel nécessaire dans les hôpitaux publics,
   dans les maisons de retraite, dans les transports publics, à
   l'Éducation nationale.
   Pour financer cet effort indispensable, il faut, en premier lieu,
   réorienter les dépenses budgétaires. Faut-il financer la Défense
   nationale, si mal nommée puisqu'elle ne sert en rien à la défense du
   pays mais seulement à des guerres extérieures, en Afrique ou en
   Afghanistan ? Ou augmenter les crédits de l'Éducation nationale ?
   Qu'est-ce qui est le plus utile à la société : financer la force de
   frappe nucléaire ou maintenir les hôpitaux et maternités de proximité ?
   La réponse va de soi.
   Tout en réorientant le budget de l'État vers des dépenses utiles à
   toute la population, il faut en augmenter les recettes. Il est
   scandaleux que la plus grande part des recettes de l'État provienne de
   la TVA et autres impôts indirects, qui ne sont pas progressifs et qui
   frappent surtout les classes populaires et, de fait, les plus pauvres.
   La part de l'impôt sur les bénéfices des sociétés ou sur les hauts
   revenus est, en revanche, de plus en plus modeste.
   L'économie marche sur la tête. Alors qu'on impose de plus en plus les
   classes populaires, on touche de moins en moins à la masse d'argent que
   constituent les profits.
   Si on veut répondre aux problèmes les plus urgents, il faut faire
   l'inverse. Il faut imposer bien plus fortement les bénéfices des
   grandes entreprises et les revenus des plus riches. L'impôt sur le
   revenu doit être fortement progressif et sans plafonnement et sans
   bouclier fiscal.
   Le simple fait de rétablir l'impôt sur les bénéfices de son taux actuel
   de 33 % aux 50 % du temps de Giscard obligerait les 40 entreprises les
   plus importantes du pays, celles du CAC 40, à payer 17 milliards
   d'euros d'impôt de plus, c'est-à-dire près du double du trou de la
   Sécurité sociale.
   La TVA, en revanche, devrait être fortement diminuée, voire supprimée
   sur les produits de consommation courante.
   Pour résoudre le problème du logement populaire : il faut créer un
   grand service public du logement qui se charge de construire d'urgence
   sous sa direction le nombre de logements nécessaires soit, au moins,
   deux millions en deux ans et sans passer par les bétonneurs privés. Il
   faut que l'État réquisitionne les terrains nécessaires, comme il sait
   le faire pour la construction d'une autoroute.
   Le montant total des "aides publiques aux entreprises" est estimé au
   bas mot à 65 milliards d'euros, même dans des documents
   gouvernementaux, voire 100 milliards. Ces aides ne servent en rien les
   intérêts de la collectivité. Elles sont purement et simplement ajoutées
   par les entreprises à leurs bénéfices. Cette somme pourrait et devrait
   être consacrée au financement de la construction de logements sociaux.
   Le problème des logements pour les trois millions de mal-logés de ce
   pays pourrait être résolu en deux ou trois ans.
   Pour stopper la dégradation du pouvoir d'achat : il faut augmenter tous
   les salaires d'au moins 300 euros mensuels et imposer un Smic à 1500
   euros net immédiatement. Et cette somme, ce n'est qu'un rattrapage.
   C'est cette augmentation de 300 euros que revendiquent les travailleurs
   de l'usine d'Aulnay du trust PSA Peugeot-Citroën en grève depuis quatre
   semaines. Et ils revendiquent aussi qu'aucun salaire ne puisse être
   inférieur à 1500 euros et l'embauche des intérimaires. Ils doivent
   avoir toute notre solidarité car ils ont le mérite d'avoir levé un
   drapeau de mettre en avant des revendications, qui concernent tous les
   travailleurs. Aucun salaire, aucune pension de retraite, aucune
   allocation, notamment pour handicapé, ne doivent être inférieurs à
   cette somme.
   Et puis, tous les contrats précaires doivent être transformés en
   contrats à durée indéterminée.
   Il faut, enfin, que toutes les mesures prises par Balladur et Fillon
   contre les retraités soient annulées. Évoquer la croissance du nombre
   de retraités par rapport à la population active, pour justifier la
   diminution des pensions et le report de l'âge de la retraite, est une
   escroquerie. La productivité ayant considérablement augmenté depuis un
   demi-siècle, augmenter la pension des retraités est possible à
   condition que les fruits du progrès ne soient pas accaparés par le seul
   patronat.
   Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou ni Ségolène Royal ne proposent
   une politique susceptible de répondre aux besoins des masses populaires
   sur ces trois problèmes vitaux que sont le chômage, le coût de la vie
   et le logement. Ce sont pourtant des exigences vitales, urgentes !
   Nicolas Sarkozy est l'homme du grand patronat et les classes populaires
   n'ont rien de bon à attendre de lui. Sa seule préoccupation est
   d'assurer aux possédants les meilleures conditions pour valoriser leurs
   capitaux et accroître leurs revenus.
   En guise de lutte contre le chômage, Sarkozy n'a rien d'autre à
   proposer que des réductions de charges des cadeaux fiscaux aux patrons
   afin de les "inciter" à créer des emplois. Une recette que tous les
   gouvernements ont utilisée, avec le résultat qu'on sait. Les patrons
   empochent les cadeaux, les ajoutent à leurs profits, sans créer des
   emplois.
   En guise d'augmentation du pouvoir d'achat, Sarkozy propose ce slogan
   "travailler plus pour gagner plus" ! C'est d'autant plus cynique que
   les près de trois millions de chômeurs complets n'ont pas de travail du
   tout. Leur proposer de "travailler plus" est une sinistre plaisanterie.
   Quant aux trois autres millions qui n'ont qu'un emploi précaire
   intermittent ou un temps partiel non choisi, combien d'entre eux
   voudraient pouvoir travailler même les 35 heures hebdomadaires contre
   lesquelles Sarkozy est en guerre ? Et puis, quelle est l'usine, la
   banque ou la grande surface où ce sont les ouvriers et les employés qui
   choisissent librement la durée de leur temps de travail ?
   On pourrait croire que cet homme, Sarkozy, vit dans la lune pour
   ignorer à ce point la réalité des entreprises et de la condition
   ouvrière. En réalité, ce n'est pas de l'ignorance, mais de la servilité
   à l'égard du grand patronat. Exonérer les patrons de charges sociales
   et fiscales sur les heures supplémentaires, comme le promet Sarkozy,
   est non seulement leur faire un beau cadeau, mais c'est une façon de
   les pousser à faire crever au travail leurs travailleurs et de ne pas
   embaucher.
   Il est criminel d'imposer des heures supplémentaires à ceux qui ont du
   travail. Ce qu'il faut faire, c'est empêcher le patronat de licencier
   ou de recourir aux contrats précaires. Il faut remplacer les heures
   supplémentaires par des emplois supplémentaires.
   Quant à Ségolène Royal, si certaines de ses propositions peuvent
   apparaître, si elles ne restent pas à l'état de promesses, comme des
   améliorations dans certains domaines, elle ne propose rien non plus qui
   puisse éliminer le chômage, assurer la hausse générale du niveau de vie
   et résoudre le problème du logement pour ceux dont les revenus sont
   faibles.
   Contre le chômage ? Elle propose aux jeunes "les emplois-tremplins que
   les Régions ont mis en place avec un objectif de 500 000
   emplois-tremplins". Cela ressemble aux emplois-jeunes qui ont, certes,
   dépanné des jeunes mais qui n'ont jamais été pérennisés.
   "Emplois-tremplins" dit bien ce que cela veut dire, c'est que c'est
   provisoire. Mais, pour la majorité des cinq ou six millions de chômeurs
   et de demi-chômeurs, de précaires, il n'y a aucun engagement, ni même
   aucune proposition.
   Contre la baisse du pouvoir d'achat ? Ségolène Royal propose 1500 euros
   brut comme salaire minimum, mais seulement pour la fin de son mandat,
   c'est-à-dire dans cinq ans ! Et rien pour les salaires autres que le
   Smic, si ce n'est une promesse de "négociations entre partenaires
   sociaux". Mais on sait que, dans ce genre de rencontres, réunissant
   patrons et syndicats, il n'y a rien à négocier et que quand les patrons
   disent non, les syndicats n'ont qu'à s'incliner.
   Pour le logement ? Ségolène Royal propose la construction de 120.000
   logements sociaux par an. Cela signifie qu'il faudra attendre dix ans
   pour que le million deux cents mille demandeurs qui sont sur liste
   d'attente de HLM aient satisfaction, et ceci sans compter les
   demandeurs ultérieurs, ni les 2 autres millions de mal-logés !
   Mais, en revanche, Ségolène Royal n'a pas l'intention d'arrêter les 65
   milliards d'aides aux entreprises. Elle n'a pas, non plus, l'intention
   de toucher au budget de la défense et, en particulier, à celui de la
   "force de frappe". Soit dit en passant, le fait de se déclarer pour la
   bombe atomique n'a pas empêché ni Sarkozy ni Royal de signer le "Pacte
   écologique" de Nicolas Hulot...
   Quant à Bayrou, il a un discours qui se veut différent de celui de
   Sarkozy. Mais, sur le plan social, ses propositions sont les mêmes.
   Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement ? Avant qu'à
   l'approche de l'élection, Bayrou éprouve le besoin de se démarquer de
   la majorité de droite, il en a fait partie pendant quatre ans ! Son
   parti, l'UDF, a voté toutes les mesures anti-populaires du
   gouvernement. Oh, il les a critiquées tout en les votant. Mais quand il
   les critiquait, il le faisait plutôt sur la droite. C'est ainsi, par
   exemple, que cette attaque en règle qu'a été la réforme Fillon contre
   les retraités, non seulement Bayrou l'a votée, mais à l'époque il avait
   critiqué le gouvernement parce qu'il considérait que celui-ci n'allait
   pas assez loin, en particulier parce qu'il ne touchait pas aux
   retraites des cheminots et des travailleurs d'EDF-GDF ! De plus, il
   estimait que l'impôt de solidarité sur la fortune, vous savez cette
   petite contribution à laquelle sont soumises les grandes fortunes,
   devait être plafonné.
   Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose.
   Mais on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le
   véritable pouvoir ne leur appartient pas. Président et ministres sont
   aux ordres et gèrent en fonction de ce que leur demandent ceux qui
   possèdent les capitaux, les propriétaires des plus grosses entreprises
   qui assurent le véritable pouvoir dans ce pays et que personne, à part
   une minorité d'actionnaires, n'a élus.
   Aussi je tiens à faire savoir, à affirmer, à convaincre le maximum
   d'électeurs des classes populaires dans cette campagne que, sans s'en
   prendre aux pouvoirs du grand patronat, on ne peut rien faire pour
   améliorer le sort des classes populaires, on ne peut même pas arrêter
   la dégradation de leurs conditions d'existence.
   Il faut imposer que la société, la collectivité, puissent avoir un
   contrôle sur les comptabilités de toutes les grandes sociétés. Il ne
   s'agit pas seulement de donner le bilan qu'elles donnent aux comités
   d'entreprise, il s'agit d'élargir les moyens des comités d'entreprise,
   leur droit de contrôler les comptabilités au jour le jour, mais aussi
   les comptes en banque de leurs dirigeants, de leurs principaux
   actionnaires et de leurs proches.
   Il faut supprimer le secret des affaires, le secret bancaire, pour que
   tout cela soit public, que la collectivité, la société civile, puissent
   jeter un oeil sur ce qui se passe dans les conseils d'administration,
   sur leurs projets à court terme ou à long terme qui peuvent concerner
   toute la population.
   Je prends les comités d'entreprise comme exemple. Mais il faudrait que
   soient enlevées toutes les barrières inventées dès la création des CE
   et aggravées au fil du temps, qui réduisent leur rôle à un cérémonial
   annuel où les patrons leur livrent une fois par an des chiffres
   mélangés et incompréhensibles. Il faut revenir sur les récentes lois
   qui les font élire une fois tous les quatre ans, ce qui les éloigne des
   travailleurs et les subordonne aux patrons. Il faut qu'ils soient élus
   chaque année.
   Il faut que leur mode de désignation soit bien plus large afin que non
   seulement les salariés des entreprises mais aussi les consommateurs et
   toute la population puissent participer à ce contrôle.
   Le dirigeant d'une entreprise connaît tout sur les revenus de ses
   salariés. La justice, c'est que les salariés connaissent tout sur les
   revenus de leur patron, et pas seulement sa paie théorique.
   Un plan de licenciement ou un plan de délocalisation sont étudiés des
   mois avant à l'avance.
   Eh bien, il faut que les travailleurs, que la population, soient
   avertis dès qu'une hypothèse de ce genre-là est évoquée pour pouvoir
   s'organiser et se défendre.
   Mais si ce contrôle existe, ils peuvent faire plus.
   Si l'on vérifie d'où vient l'argent, par où il passe, et où il va, si
   on vérifie si les investissements qui figurent au bilan ne sont pas de
   simples rachats d'autres entreprises, on verra qu'on peut satisfaire
   bien des revendications indispensables au monde du travail et, plus
   généralement, à la population. Et qu'on peut largement augmenter les
   salaires.
   Et puis, à chaque fois qu'une grande entreprise porte un mauvais coup à
   ses travailleurs, soit en supprimant des emplois, soit en bloquant les
   salaires, soit les deux, elle prétend qu'elle le fait au nom de la
   compétitivité sur le marché international. Mais le prix des
   marchandises comprend, outre celui des matières nécessaires à leur
   fabrication, non seulement le prix du travail, c'est-à-dire les
   salaires, mais aussi les dividendes des actionnaires. Où est-il donc
   écrit que c'est la masse salariale qu'il faut réduire pour baisser les
   prix ? Pourquoi pas les revenus du capital ? C'est sur les dividendes
   qu'il faut prendre de quoi baisser les prix ! Et si les dividendes
   présents ne suffisent pas, il faut prendre sur les dividendes accumulés
   sous la forme de fortunes privées.
   Ce ne sont pas les travailleurs, leurs emplois, leurs salaires, qu'il
   faut rendre flexibles, c'est au contraire la flexibilité des revenus du
   capital qu'il faut imposer !
   Alors, si je me présente, c'est pour dire aux miens, au monde du
   travail, qu'il ne faut pas être dupe des marionnettes politiques qui
   occupent le devant de la scène et qui nous jouent la comédie du
   pouvoir, alors que, derrière la scène, c'est le grand patronat qui tire
   les ficelles.
   Je sais que tous ceux qui, dans les classes populaires, en ont assez de
   l'arrogance de la droite, voudraient s'en débarrasser. Nombreux sont
   celles et ceux qui n'attendent pas grand-chose d'autre de l'élection
   que le plaisir de voir Sarkozy ravaler ses ambitions. Bien sûr que je
   comprends et je partage l'envie de se débarrasser et de Sarkozy et de
   la droite.
   Mais, la satisfaction de s'être débarrassé du gouvernement de droite,
   se révélera amère si le gouvernement de gauche qui lui succèdera
   reprend à son compte sa politique, comme cela est arrivé bien souvent
   dans le passé.
   Le PS appelle à voter utile dès le premier tour, c'est-à-dire à voter
   pour Ségolène Royal. Mais à quoi servirait le premier tour si les
   électeurs n'en profitaient pas pour exprimer ce qu'ils veulent, tandis
   qu'au deuxième tour ils ne pourront que voter pour le moins mauvais ou
   le moins pire des deux candidats. Il ne faut pas laisser passer
   l'occasion du premier tour pour affirmer les exigences des exploités et
   de la population.
   Le chantage au "vote utile" est destiné seulement à faire taire les
   exploités et leurs exigences. Il ne faut pas que, face au duo
   Sarkozy-Royal, la seule opposition vienne de la droite et de l'extrême
   droite, d'un Bayrou ou d'un Le Pen.
   Il faut que le camp des travailleurs lève son propre drapeau pour
   montrer que le choix politique ne se réduit pas à différentes nuances
   dans la façon de servir les intérêts du grand patronat.
   Je sais, bien sûr, que je ne peux pas être élue. Une candidate qui
   combat leur système n'a qu'une seule chance d'être élue : être portée
   par une très puissante lutte sociale, des grèves, des manifestations,
   par l'action collective de millions d'exploités. Mais, même élue dans
   ce genre de circonstances exceptionnelles, je ne pourrais rien faire
   sans que l'action de la classe ouvrière se prolonge bien au-delà des
   élections. Le pouvoir patronal, les puissances de l'argent, ne
   reculeront que devant la pression puissante de la masse des exploités,
   réunissant dans la même action ceux qui ont le droit de vote comme ceux
   qui, travailleurs immigrés, en sont injustement privés.
   Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd'hui.
   Mais voter pour ma candidature, c'est affirmer son accord avec le
   programme que je viens de développer et lui donner assez de crédit pour
   que les futures luttes sociales en reprennent les objectifs.
   Le vote pour ma candidature sera un vote de protestation venant
   clairement des classes laborieuses. Seul ce vote permettra aux
   électeurs de dire qu'ils en ont assez que la politique menée soit
   toujours favorable au grand patronat, aux banques, aux plus riches.
   Qu'ils en ont assez que, en raison des cadeaux faits à ces gens-là, on
   soit incapable de mettre fin au chômage, d'assurer un logement correct
   à tous et de donner des salaires permettant de vivre correctement à
   ceux grâce à qui les usines, les banques, les chaînes commerciales
   tournent et que l'économie fonctionne.
   Les votes, même s'ils sont nombreux, ne remplaceront pas les mouvements
   de lutte sociale indispensables, mais ils peuvent contribuer à le
   préparer en popularisant des objectifs et en donnant confiance.
   Aidez-nous ! Faites en sorte que soient nombreux ceux qui votent pour
   ma candidature. Ils montreront ainsi que, s'ils rejettent la droite,
   porte-parole et serviteur attitré du grand patronat, ils ne font pas
   pour autant confiance à la gauche qui a toujours trahi ceux qui l'ont
   élue par refus de toucher au grand capital et à ses intérêts.
   Et, surtout, il faut que les votes en ma faveur et qui contestent
   l'ordre social soient suffisamment importants pour que le grand
   patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état
   d'esprit des classes populaires. Il faut qu'ils aient des raisons d'y
   entrevoir les mouvements sociaux indispensables pour changer notre
   avenir à tous !
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