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Discours politique
François Bayrou, Discours à Saint-Etienne (26/03/2007)
   Mes chers amis, je suis très heureux et très ému. Je suis très heureux
   de voir cet immense hall rempli par votre présence amicale et
   chaleureuse. Je suis très ému de l'accueil que vous m'avez réservé tout
   au long de la traversée de cette immense salle. Je suis heureux de la
   présence de mes amis parlementaires qui sont les uns et les autres
   venus me rejoindre.
   Je commencerai par Claire Gibault, député européen, Thierry Cornillet,
   député européen, Anne-Marie Comparini, député du Rhône et ancienne
   présidente de la région, Gilles Artigues, député de la Loire, Michel
   Mercier, sénateur et président du Conseil général du Rhône, Muguette
   Dini, sénateur du Rhône, François Rochebloine, député de la Loire,
   François Sauvadet, député de la Côte d'Or et porte-parole de l'UDF et
   je veux associer Jean-François Barnier qui sera, dimanche prochain, élu
   conseiller général.
   Je veux dire à Azouz Begag à quel point son propos est magnifiquement
   éloquent, du fait de sa maîtrise de la langue française, de son
   expression, de sa richesse, de son émotion -tu nous as montré à quel
   point, en effet, tu en avais la maîtrise et la force- mais ce n'est pas
   seulement pour cela, ce n'est pas seulement pour ton soutien. C'est
   aussi pour ce que tu as fait, depuis l'année où tu es membre du
   gouvernement. C'est aussi pour les valeurs que tu as défendues, pour la
   vérité que tu as faite entendre, sans peur et sans reproche.
   Sans peur et sans reproche, les hommes de courage comme toi,
   d'engagement comme toi, de brio comme toi, d'indépendance comme toi,
   ces hommes sont précieux dans l'équipe que nous allons former au
   service de la France.
   Merci, Azouz. Je le dis d'autant plus que cette équipe, comme vous le
   voyez, est en train de s'étendre, de se renforcer tous les jours, de
   marquer de nouveaux points, puisque, ce matin, le ministre de la
   Recherche du gouvernement, François Goulard, a décidé qu'il s'engageait
   avec nous, lui qui vient de l'UMP et, désormais, de mettre son
   expérience au service de cette nouvelle équipe que nous sommes en train
   de constituer pour la France.
   Ainsi, ceux qui, il y a encore quelques jours ou quelques semaines,
   prétendaient que cette idée de faire travailler ensemble des gens
   venant de camps différents était idéaliste ou utopique, que ce n'était
   pas réalisable et que, naturellement, je ne trouverai personne pour
   être interlocuteur et partie prenante de cette grande aventure, ceux-là
   en sont pour leurs frais.
   En quelques semaines, des hommes sont venus de la gauche avec une
   expérience professionnelle aussi importante que celle de Jean
   Peyrlevade, l'homme qui a sauvé le Crédit Lyonnais de la faillite qui
   lui était promise, des gens qui ont occupé des responsabilités aussi
   lourdes au sein de l'appareil d'État que ceux qui ont signé, sous des
   pseudonymes différents, mais qui sont transparents pour tout le monde :
   Spartacus ou les Gracques, personnalités reconnues de tous ceux qui, en
   France, ont fait vivre la République depuis des années, viennent de la
   gauche.
   Puis, il y en a qui viennent des milieux écologistes. Corinne Lepage,
   par exemple, a décidé de nous rejoindre et d'être avec nous.
   Puis, il y en a qui viennent de la société civile indépendante, bien
   que de responsabilité ministérielle, comme Azouz Begag qui s'est
   adressé à vous à l'instant.
   Puis, il y en a qui viennent carrément de l'UMP, comme François
   Goulard, ministre qui s'est prononcé ce matin et d'autres encore, parce
   que je ne doute pas, je sais que ce mouvement est en train de s'étendre
   et que des dizaines et des dizaines de femmes et d'hommes d'expérience
   et d'engagement sont sensibles à ce que nous disons.
   Quelques-uns se sentent encore verrouillés par les états-majors, mais
   vous verrez que, au fur et à mesure que les semaines passeront, nous
   allons découvrir que, de plus en plus, de femmes et d'hommes se sentent
   libres dans notre pays, parce que votre engagement les aura libérés. On
   leur aura montré que c'est possible et, parce que c'est possible,
   alors, ils vont le faire et ils vont le faire avec nous.
   Cette équipe de France est en train de prendre corps sous nos yeux,
   cette nouvelle équipe de France qui n'est pas la guerre d'une France
   contre l'autre, la perpétuelle guerre à laquelle, depuis vingt-cinq
   ans, nous sommes habitués, la guerre du PS contre l'UMP, de l'UMP
   contre le PS. C'était, hier, le RPR et l'UMP. Aujourd'hui, quels que
   soient les noms différents que ces familles politiques ont eu au
   travers du temps, il y a une autre guerre à livrer en France que celle
   de l'UMP contre le PS. Je suis décidé à livrer cette guerre.
   Ce n'est pas une guerre des étiquettes de partis. Nous avons à livrer
   la guerre aux vrais ennemis. Les vrais ennemis, ce sont le chômage,
   l'échec de l'éducation, l'exclusion, la pauvreté, les fins de mois
   difficile, l'inquiétude et le souci des familles. Le vrai ennemi, c'est
   quand notre pays est en train de perdre sa substance, est en train de
   perdre ce qui faisait sa fierté. Tout cela, ce sont des ennemis. Les
   ennemis ne sont pas dans le champ politique. Ce sont les échecs répétés
   que les politiques ont infligés, depuis vingt-cinq ans, à la société
   française. C'est contre cela que nous voulons nous battre.
   Comme il y a alternance des interprètes, je suis aussi heureux de
   saluer ceux qui traduisent cette intervention en langage des signes à
   l'intention des sourds et des malentendants qui sont là.
   Voilà la guerre que nous voulons livrer. Nous ne devons pas nous
   tromper d'ennemis et je crains que, dans cette campagne, on soit, en ce
   moment, en train de se tromper d'ennemis ou plus exactement d'inventer
   des ennemis imaginaires.
   La manière dont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont partis dans une
   surenchère, dans un dérapage imprévu, pour ne pas dire incontrôlé,
   autour des thèmes de l'identité nationale, pour l'un, du drapeau et de
   son utilisation, pour l'autre, cette manière de rendre l'identité de
   notre nation, non pas affectueuse comme elle devrait l'être, mais
   obsessionnelle, bizarre, ne répond pas aux attentes profondes du pays.
   Je témoigne que je n'ai jamais de ma vie rencontré quelqu'un qui me
   dise que son problème ou son souci était, aujourd'hui, la nation et le
   drapeau. Nous sommes une nation debout, nous sommes une nation fière
   d'elle-même. Nous sommes une nation équilibrée. Nous aimons l'équilibre
   de la France et ses valeurs, ses valeurs républicaines. Nous aimons que
   ses valeurs républicaines soient des valeurs qui nous rassemblent et
   pas des valeurs qui nous opposent. Nous ne mettons pas la nation dans
   les signes extérieurs qui sont ceux de la nation. Nous ne confondons
   pas l'affection pour la nation et l'obsession de l'identité nationale.
   Chaque fois que, dans un pays, on a posé de cette manière obsédante,
   les questions d'identité, les questions de l'exaltation des drapeaux et
   des manifestations patriotiques, chaque fois, c'est que le pays allait
   mal et cela n'a jamais été des moments heureux de notre histoire.
   Moi, je n'ai pas de problème avec la nation. Je suis bien dans la
   France. Je suis bien dans la France qui est équilibrée, heureuse et qui
   reçoit l'affection de ceux qui y participent et qui la forment.
   Je demande que l'on s'intéresse, non pas à cette obsession des signes
   d'identité de la France, mais à ce qui empêche, aujourd'hui, la France
   d'être heureuse, c'est-à-dire au chômage, à l'échec des systèmes
   éducatifs, à la difficulté de notre économie, au problème des fins de
   mois, au malaise des Français et non pas au malaise de la France, car
   la France se portera bien dès l'instant où l'on aura répondu au
   problème des familles et des citoyens français dans leur vie de tous
   les jours.
   En disant cela, je me sens autant et plus Français, bien dans notre
   Histoire dont nous devons conserver les enseignements, bien dans notre
   langue, dans la langue française pour les Français et dans la langue
   française pour les autres. Je pense à la francophonie. J'aime la
   défense de la diversité culturelle. J'aime que nous ayons une langue à
   partager avec d'autres peuples du monde. J'aime même que cette langue
   respecte les différences des traditions, des patrimoines culturels qui
   existent dans notre pays.
   J'aime aussi que nous ayons la richesse des cultures régionales dans
   notre pays. J'aime que nous considérions que la France est un
   rassemblement et pas une exclusion. C'est une réunion et pas une
   division. La France est un pays qui rassemble les siens pour accomplir
   son destin. Après tout, son destin national est bien de s'adresser au
   monde et d'avoir une vision universelle et pas une vision uniquement
   refermée sur nous-mêmes. Tel est le sens de notre histoire et tel est
   celui que je défendrai, si je suis élu président de la République.
   Et je dis ceci avec la mémoire de ceux qui ont été les plus grands
   Français de notre histoire. Jamais le général de Gaulle n'a laissé
   dériver l'amour de la patrie vers des obsessions qui touchent à son
   identité, jamais. Il a pris le plus grand soin d'éviter que l'un dérive
   vers l'autre. Jamais les grands Français de notre histoire ne se sont
   ainsi laissés entraînés à faire des signes de notre identité quelque
   chose qui nous divise et qui excite les passions des Français entre
   eux.
   Je sais très bien pourquoi on le fait. On le fait, mes chers amis, vous
   le savez bien, pour des raisons électorales. On le fait, parce que l'on
   croit qu'il y a un certain électorat et que, cet électorat qu'il faut
   atteindre, on l'atteint mieux quand on excite sa passion que quand on
   fait appel à son ouverture d'esprit et à sa raison.
   Eh bien, je fais, avec vous, le pari inverse, le pari contraire. Je
   veux réunir les Français en leur parlant de choses positives et
   heureuses et non pas les exciter en les poussant les uns contre les
   autres, en les divisant et en faisant en sorte qu'ils refusent ce qui
   est le fond de leur identité, c'est-à-dire les valeurs qui nous font
   vivre ensemble.
   Voyez-vous, tous les problèmes que nous avons devant nous, tous les
   problèmes que nous avons à résoudre exigent un pays bien dans sa peau,
   pas un pays constamment crispé sur lui-même, dans la fermeture, qui se
   ferme et qui rejette les autres.
   Regardez comme il est étrange que cette espèce de surenchère ait eu
   lieu le jour même où l'on fêtait le cinquantième anniversaire de la
   naissance de l'Europe avec le cinquantième anniversaire de la signature
   du traité de Rome. Il y a la quelque chose qui, me semble-t-il, devrait
   nous donner à réfléchir.
   C'est la France qui a bâti le projet d'Union européenne. Elle l'a fait
   en montrant, non pas ce qui la séparait des autres, mais ce qui lui
   permettait de se réunir avec les autres. La France l'a fait après la
   plus terrible des périodes de son histoire. Je veux rappeler que
   François Mitterrand disait cette phrase terrible et juste : " Le
   nationalisme, c'est la guerre."
   Nous avons vécu, en 75 années, trois conflits qui ont amené à
   l'exigence de l'Europe et je me reconnais dans ceux qui ont porté ce
   projet de réunion des pays européens.
   Nous avons eu la guerre de 70 avec la défaite. Nous avons eu la guerre
   de 14 avec un million et demi de morts français. Je suis d'un petit
   village dans les Pyrénées qui comptait, le jour où la guerre a été
   déclarée, 350 habitants. Sur le monument aux morts de mon village, il y
   a 36 noms dont le mien.... 36 garçons sur une population de 350
   habitants. Combien d'habitants à Saint-Etienne ? 183 000... C'est comme
   s'il y avait 18 000 garçons morts à Saint-Etienne dans les quatre
   années qui viennent... Et les jeunes, tous les étudiants de
   Saint-Etienne... Cela a été la plus épouvantable saignée voulue pour
   que les uns prennent le pas sur les autres, les Allemands d'un côté
   contre les Français de l'autre avec, naturellement, toute l'exaltation
   et les drames que cela a représentés.
   J'ai vu les portes fermées sur les familles demeurées sans enfant. J'ai
   vu ce qu'a été, dans la vie des jeunes femmes, en particulier le fait
   qu'il n'y ait plus aucun compagnon qui puisse partager leur destin. Ce
   n'est pas si vieux.
   J'ai été élevé, en partie, par une vieille dame adorable, très
   intelligente, couturière, qui s'appelait Trésia. Je la trouvais très
   belle. Elle était borgne et boiteuse et je la trouvais très belle,
   pleine d'esprit. Elle savait toutes les fables de la Fontaine qu'elle
   nous récitait à sa machine à coudre.
   Trésia, il lui est arrivé quelque chose que je veux simplement vous
   raconter pour vous dire ce que la guerre a été pour les gens, pour le
   peuple. Elle était fiancée, en 1914, avec un jeune homme qui est parti
   à la guerre et il a été tué en 1915. Elle s'est retrouvée avec son
   fiancé mort. Quelque deux ans après, elle s'est fiancée avec son frère
   et il a été tué à la guerre, en 1918. L'un après l'autre, ses deux
   fiancés ont été tués et il n'y avait plus de garçons dans le village.
   Elle a fini par épouser, 20 ans après, le père de ces deux garçons,
   devenu veuf. Tous les garçons étaient morts dans le village, sauf ceux
   qui ont eu la chance d'être versés dans l'artillerie au lieu d'être
   versés dans l'infanterie et c'est parce que mon grand-père était versé
   dans l'artillerie au lieu de l'être l'infanterie que je suis devant
   vous aujourd'hui. Autrement, il aurait aussi disparu.
   Les deux États-majors, les deux gouvernements avaient décidé que, cette
   fois-ci, ce serait, comme on disait, la der des ders et que ce serait
   la der des ders, parce qu'on aurait enlevé à l'autre pays ses forces
   vives.
   Puis, vingt-cinq ans ont passé, on a négocié un mauvais traité. On a
   voulu écraser l'autre au moment de la Libération et, là, on a eu de
   nouveau une guerre et, là, ce ne sont pas les jeunes garçons de l'autre
   pays que l'on a tués ; c'est pire, c'est une certaine idée de l'homme.
   On est allé jusqu'à l'extermination des Juifs et de quelques autres,
   les tziganes et les homosexuels, simplement parce que l'on considérait
   qu'il fallait en débarrasser l'humanité.
   Soixante-quinze ans d'horreur. On a failli tout perdre et, alors, des
   hommes qui sont, j'ose le dire, mes amis, même si je ne les ai pas
   connus dans cette vie, des hommes généreux et modestes -je pense à
   Robert Schumann, à Jean Monnet- dont le nom honore l'Humanité, que je
   vais saluer chaque fois que je passe à côté de leur tombe, ces
   hommes-là ont décidé qu'on allait arrêter avec toutes ces histoires et
   qu'on allait, désormais, pas seulement faire la paix, mais aller plus
   loin que la paix, c'est-à-dire bâtir pour tous les Européens une maison
   commune, dans laquelle nous allions pouvoir habiter en considérant que,
   désormais, la maison nous accueillerait tous et que nous ferions de
   plus grandes choses ensemble que nous n'en avions fait les uns contre
   les autres.
   Tout le monde croyait que c'était impossible, mais ils l'ont fait. Ils
   ont réalisé ce projet et c'est parce qu'ils l'ont réalisé que,
   désormais, nous sommes, la France, l'Allemagne, les 27 pays de
   l'Europe, devenus parmi les pays les plus prospères de la planète.
   Je suis fier de ces hommes-là, d'être dans ce sillon et dans ce
   message. Je veux que nous soyons dans cette construction. Je veux que
   la France soit un pays qui tende les mains par-dessus les frontières et
   non pas un pays qui se referme et qui tourne le dos aux autres.
   Je veux que la France soit bien dans la construction et non pas dans la
   restriction et c'est pourquoi je dis que la fierté d'être Français,
   c'est la fierté de réunir, de rassembler, de comprendre les autres et
   d'aller jusqu'au bout du destin généreux que nous avons décidé de
   donner à notre pays, de donner les uns avec les autres et de donner de
   la France au monde, car c'est un message universel.
   C'est un grand choix que celui de considérer que notre pays est un pays
   positif et pas un pays qui, perpétuellement, ressasse, que l'on amène
   perpétuellement à ressasser les thèmes qui ont été, c'est vrai,
   introduits à force de faiblesse dans la vie politique française par
   tous les Le Pen de la création et auxquels, nous, républicains, devons
   résister et non pas céder.
   Le rôle des républicains est de résister à ces thèmes et non pas de
   marcher dans le sens de ces thèmes ou, alors, où est notre héritage ?
   Où sont nos valeurs ?
   Les républicains de droite, les républicains du centre et les
   républicains de gauche, leur vocation, leur devoir, leur volonté, ce
   n'est pas de céder à cet entraînement, à cette faiblesse, d'aller dans
   le sens de cette division, mais de résister au nom des principes
   humanistes qui sont les nôtres et qui ont été le projet de société de
   la France et de la République française.
   Oui, je m'adresse aux républicains et je m'adresse même aux
   républicains de gauche. C'est vrai, ce n'est pas ma famille. J'ai
   toujours été de la famille du centre, mais comment ne pas se poser de
   questions quand on voit la gauche française, avec sa tradition et ses
   valeurs, s'engager dans la voie de cette course/poursuite et de cette
   surenchère. Cela ne ressemble pas à la gauche française et, notamment,
   cela ne ressemble pas à la gauche qui a vécu les dangers et les
   risques.
   Si quelqu'un a envie de voir de quoi il s'agit, je l'invite à relire
   l'éditorial que Léon Blum a donné aux Populaires au mois d'août 1933,
   au moment où s'est posée cette grande question de savoir si le
   socialisme, en France, avait des valeurs universelles ou s'il fallait
   qu'il se replie sur des valeurs nationalistes. Cette question s'est
   posée.
   Je me reconnais dans les républicains, et même les républicains de
   gauche, qui ont fait le choix de défendre ces valeurs et de ne pas se
   laisser entraîner dans cette surenchère, malgré la difficulté des
   temps.
   Ceci est le bien commun de tous les républicains quel que soit le camp
   d'où ils viennent. Je veux que nous soyons du côté des résistants, de
   ceux qui aiment la patrie, de ceux qui aiment la France, de ceux qui
   aiment la nation, mais qui, parce qu'ils l'aiment, refusent d'en faire
   une obsession et d'enfumer les esprits avec le perpétuel ressassement
   de ses signes et de ses exaltations.
   Il y a quelque chose que nous devons à notre pays, c'est l'équilibre.
   Il y a quelque chose que nous devons à notre pays, c'est qu'il soit
   paisible, apaisé et qu'au lieu d'en exciter l'identité ou les signes
   d'identité, nous acceptions, au contraire, de considérer que son
   identité est dans son équilibre, dans son ouverture et sa générosité.
   J'ai voulu que cette journée soit consacrée à l'industrie. Dans cette
   campagne électorale, on ne parle pas de l'industrie, on ne parle pas
   des ouvriers.
   Eh bien, moi, je considère qu'il est digne de notre pays que l'on place
   la question de l'industrie au coeur de la campagne électorale et que
   l'on parle aux ouvriers de leur métier, de leur destinée, de leur
   vocation, qu'ils aient la reconnaissance qu'ils méritent de la nation.
   Voyez-vous, dans la Loire, j'ai voulu voir les deux visages des
   problèmes et de la chance que représente l'industrie française. J'ai
   voulu voir ces deux visages et, d'abord, le visage sombre. Nous sommes
   allés visiter à Rives de Gié, l'entreprise Duralex. C'est un des plus
   grands verriers, une des plus grandes marques de verrerie. Il y a 102
   ouvriers à l'entreprise Duralex. Ils ont été rachetés par un
   investisseur originaire de Turquie, vivant en Turquie, et ce monsieur a
   décidé de fermer l'entreprise, la verrerie et le four, au mois de
   septembre. Depuis cette période, ces 102 ouvriers sont sans nouvelles
   de leur directeur qui est parti, de leur administration qui est partie.
   Ils touchent leur salaire à la fin du mois, mais ils disent : " Ce
   n'est pas une question d'argent. Comment peut-on nous laisser sans
   aucune nouvelle du destin qui sera le nôtre ?"
   J'ai voulu être à côté d'eux, parce que je considère que la mission
   d'un homme qui se présente à la présidence de la République et, un jour
   peut-être, la mission du président de la République, c'est d'être du
   côté de ceux qui souffrent et pas seulement du côté de ceux qui ont la
   chance que tout aille bien pour eux.
   Je suis du côté du monde du travail. Je trouve normal, bien et juste
   que nous rendions au monde du travail l'hommage qui lui est dû. Je
   trouve normal, bien et juste que nous disions qu'il n'est pas normal
   que la décision d'un tribunal de commerce traîne, comme elle traîne
   dans cette affaire de Duralex depuis plusieurs mois, depuis le mois de
   septembre.
   Il n'est pas normal et il n'est pas juste de laisser une centaine de
   personnes sans aucune idée de ce que leur avenir pourra être,
   s'asphyxier avec l'usine fermée, l'électricité coupée. Ils sont là à
   attendre qu'un jour quelqu'un décide pour eux sans rien leur dire.
   Dans la République française et dans la République que nous voulons, il
   n'est pas acceptable que l'on ait des comportements de cet ordre. Il
   faut le dire à tous ceux qui, administration, tribunal de commerce,
   responsables économiques, ont quelque chose à manifester dans des
   affaires de cet ordre. On a une considération minimale que l'on doit
   aux personnes, même quand on rencontre des difficultés économiques.
   Nous sommes là pour défendre cette considération que l'on doit aux
   citoyens et spécialement aux citoyens qui travaillent.
   Je suis donc allé leur dire que, oui, il fallait mettre au clair la
   situation de l'entreprise, oui, il fallait que le tribunal de commerce
   prenne son jugement, oui, il fallait voir s'il n'y a pas des
   repreneurs.
   Je trouve que, en France, trop souvent, on est un peu en défaut dans
   l'accueil des repreneurs. Je trouve que, quand une usine ferme, il faut
   accepter que des repreneurs viennent et que les pouvoirs publics
   poussent.
   J'ai vécu, dans le Pas-de-Calais, la fermeture de trois unités sur
   quatre d'une très grosse entreprise papetière fabriquant du papier,
   avec la disparition de centaines d'emplois. Il y avait des repreneurs,
   mais on a refusé de leur vendre, après avoir, dans un premier temps,
   permis aux ouvriers de penser que, s'ils trouvaient des repreneurs,
   naturellement, on leur laisserait la place. Eh bien, lorsque les
   repreneurs sont arrivés, toutes les portes se sont fermées devant eux.
   En réalité, on n'a pas voulu qu'il y ait de reprises parce qu'on
   voulait que le marché soit contrôlé par un petit nombre de
   fournisseurs.
   Je trouve que ce n'est pas normal. Je pense que, quand des emplois sont
   en jeu et un outil industriel, si des repreneurs existent, il faut leur
   faire la place. Nous devons être plus ouverts, plus accueillants à des
   reprises d'entreprise, parce qu'il y en a qui réussissent.
   Je prends le deuxième cas ou la deuxième visite que nous avons faite
   dans les forges que nous avons visitées en 1992, c'est-à-dire il n'y a
   pas si longtemps. Il y a 15 ans, l'entreprise était au bord de la
   faillite -Je ne sais pas si M. Romany, le chef créateur et fondateur de
   cette entreprise, est là. Il m'a dit qu'il viendrait au meeting. S'il
   est là, je le salue- cette entreprise avait 26 salariés. Elle allait
   fermer, déposer le bilan. Elle était à bout de souffle et, à cette
   époque, personne n'aurait parié un sou, un "kopeck", sur la survie
   d'une entreprise de forge en France avec le contexte industriel qui
   était le nôtre et qui était déjà celui d'une mondialisation en train de
   se former. Tout le monde aurait parié que, la forge, cela se passerait
   désormais ailleurs.
   M. Romany est arrivé et il a dit : " On ne peut pas laisser fermer un
   outil, même petit, même fragile comme celui-là." Aujourd'hui, 15 ans
   après, l'entreprise compte 350 salariés et elle est la première forge
   française. Il y a un développement formidable avec un chiffre
   d'affaires de 80 M£. C'est une entreprise prospère, en plein
   développement, en pleine dynamique, qui réussit à gagner des parts de
   marché, non pas en écrasant les salaires comme d'autres pays le font,
   mais simplement en offrant à ses clients quelque chose que les autres
   ne peuvent pas offrir. Ils ont décidé d'offrir la qualité maximale, la
   rapidité maximale et la réactivité maximale. Ils arrivent à produire
   des pièces immenses -certaines font 4 m de diamètre- pour les avions,
   la fusée Ariane, tous les grands clients industriels, en moins d'un
   mois, alors que leurs concurrents les plus rapides le font en trois
   mois.
   Ainsi, parce qu'ils ont la rapidité, parce qu'ils ont la réactivité,
   parce qu'ils savent aller plus vite et travailler mieux que les autres
   entreprises, ils se développent au lieu de fermer.
   Nous avons là la voie pour l'avenir de l'industrie française et il faut
   la regarder comme telle. Nous ne sommes pas un pays qui n'a plus
   d'avenir industriel. Nous avons un grand avenir industriel, si nous
   sommes décidés à travailler plus vite, plus exactement mieux, avec plus
   de qualité et plus de réactivité que les autres. Cela est le destin
   industriel de la France.
   Je ne veux pas que la France devienne un pays sans usines. Je veux que
   la France soit un pays avec des usines, un pays avec des industries, un
   pays avec la colonne vertébrale. Et ceci exige un certain nombre de
   choses dont je voudrais très rapidement parler devant vous.
   Cela exige, d'abord, que notre pays ait une politique industrielle. Je
   suis pour qu'il y ait, dans le prochain gouvernement, même resserré, un
   ministère de l'Industrie qui assume la vocation industrielle de la
   France et pas seulement la vocation de pays de services, quelqu'un qui
   pense aux usines, quelqu'un qui pense aux ingénieurs, quelqu'un qui
   pense aux ouvriers, quelqu'un qui pense à la recherche, qui va dans le
   sens de l'industrie. C'est un signe et c'est un signe très important.
   Quand il faut livrer une bataille, il faut des généraux qui aient la
   bataille à l'esprit et qui soient décidés à porter jusqu'au bout,
   c'est-à-dire jusqu'à la victoire, le combat qu'il est nécessaire de
   mener, premièrement.
   Deuxièmement, il faut que l'Europe s'occupe réellement de politiques
   industrielles et pas qu'elle considère que sa seule vocation est d'être
   un marché ouvert aux quatre vents.
   Je ne suis pas pour le protectionnisme au sens où il faudrait refermer,
   autour de nos pays, toutes les frontières, mais je suis pour la loyauté
   dans la concurrence. Or, ce n'est pas la loyauté dans la concurrence
   quand on exige de nos producteurs de respecter des normes, par exemple,
   environnementales que les autres ne respectent pas. Si l'on demande, si
   l'on impose des normes aux producteurs de nos pays et aux producteurs
   français, alors, il faut que tout le monde les respecte et que l'Europe
   se charge de faire respecter aux autres les exigences qu'elle impose
   aux nôtres.
   C'est vrai en particulier, et ce sera une grande question, en matière
   monétaire. C'est une question compliquée. Bien sûr, ce n'est pas un
   sujet de meeting, mais il se trouve qu'il y a, à la surface de la
   planète, des déséquilibres monétaires extrêmement lourds, mais ce n'est
   pas de la faute de l'euro, comme on le dit. L'euro est une monnaie
   équilibrée -la preuve, c'est que tout le monde a confiance en son
   avenir- de manière que nous avons des taux d'intérêt qui nous
   permettent d'investir, qui sont parmi les plus bas de la planète.
   Pour moi, ceci est extrêmement important. C'est une chose indispensable
   que nous puissions, pour consommer, pour construire une maison, pour
   emprunter, pour investir dans nos usines, trouver des taux d'intérêt
   qui soient assez bas pour que l'investissement soit utile et
   indispensable.
   C'est d'ailleurs vrai, je le dis au passage, pour ceux qui, comme moi,
   se préoccupent de la dette de notre pays. On a laissé s'accumuler sur
   les épaules des plus jeunes que nous avons là -et j'ai fait le serment
   d'en parler tous les soirs, dans tous les meetings et toutes les
   émissions- une dette honteuse, 1 200 Md£, que les générations qui
   viennent vont devoir rembourser.
   C'est devenu à un tel point que la totalité de l'impôt sur le revenu
   des Français sert à payer l'intérêt de la dette. Ceci n'est pas
   responsable, n'est pas sérieux. C'est une exigence, selon moi, pour le
   prochain gouvernement et pour le président de la République qui sera
   élu, de mettre un terme à cette honte.
   Mes chers amis, ce qui nous sauve, ce qui réussit à alléger un peu le
   fardeau que nous avons au-dessus de nos épaules, c'est que nous pouvons
   réemprunter pour refinancer notre dette pour l'étaler sur une plus
   longue période.
   Savez-vous que l'État français emprunte, en ce moment, sur les marchés
   financiers, pour refinancer notre dette, à 50 ans, à 3,85 %. Faut-il
   que le monde ait confiance dans notre monnaie pour nous prêter, à 50
   ans, à un taux aussi bas que 3,85 %.
   Ceci est un bienfait de la monnaie qui est la nôtre, mais il n'est pas
   normal qu'il y ait des monnaies complètement sous-évaluées. C'est le
   cas, en particulier, pour le yuan, la monnaie chinoise, qui est très
   sous-évaluée par rapport à l'euro, ce qui est un problème pour
   l'équilibre des échanges sur la planète.
   Il faudra que, de manière sereine, calme et équilibrée, nous ayons,
   dans notre pays et en Europe, une réflexion sur comment faire
   comprendre au gouvernement chinois qu'il faut un équilibre pour que la
   concurrence soit équitable, qu'elle soit loyale et qu'elle permette à
   chacun de vivre sans que les uns soient en situation d'écraser les
   autres.
   Ceci est une exigence pour notre avenir. Je suis pour que l'Europe
   s'occupe de protéger l'industrie européenne et, à l'intérieur,
   l'industrie française. Il faudra le rappeler de toutes les manières à
   ceux qui sont en charge du destin de l'Europe dont le prochain
   président de la République française. Pour cela, il faut que l'Europe
   existe.
   Deuxièmement, si nous voulons avoir une économie, une industrie capable
   de relever les défis, capable, comme l'a fait cette entreprise que je
   citais à l'instant, de se porter au premier plan, au premier rang de ce
   qu'exige, désormais, le marché du monde, si nous voulons cela, alors,
   il y a une chose à faire, qui est indispensable, qui est essentielle,
   qui est la clef de tout : il faut que nous fassions le serment d'avoir,
   désormais, au terme de quelques années, les jeunes les mieux formés de
   la planète.
   J'ai la conviction absolue que tous les problèmes passent par
   l'éducation, que ce soit les problèmes de la compétitivité de notre
   pays, de l'égalité des chances, de la lutte contre les discriminations,
   de la formation, de la sensibilité à ces grands problèmes que sont, par
   exemple, le réchauffement climatique, de la science et de la recherche,
   de l'adaptation aux diverses carrières qu'il va falloir conduire dans
   une vie, de la culture, de la résistance qu'il faut opposer aux
   pulsions mauvaises qu'il y a dans les peuples.
   Tout cela, la connaissance de l'histoire, la connaissance de la langue,
   la connaissance des arts, la connaissance de techniques et sciences de
   l'avenir, passe par l'éducation.
   J'ai décidé de faire de l'investissement dans l'éducation, non pas une
   des priorités, mais la priorité des priorités de la législature qui
   viendra et de l'exercice de la responsabilité qui sera la mienne, si je
   suis élu président de la République française.
   Évidemment, l'éducation, cela demande de très grands efforts. Cela
   demande un premier effort, dont je vous prie de réfléchir à
   l'importance, qui est qu'il faut soutenir les éducateurs et non pas
   perpétuellement les prendre pour cible, pour bouc émissaire et les
   critiquer.
   Voyez-vous, quand j'étais ministre de l'Éducation nationale, ce qui a
   été un moment heureux de ma vie, j'avais une question qui me
   travaillait, qui me tarabustait et cette question était celle-ci : on
   nous disait que la réussite dépendait de la situation de famille, qu'au
   fond réussissaient les enfants issus de milieux favorisés et échouaient
   les enfants issus de milieux défavorisés. C'était cela que l'on
   considérait comme la règle, mais comment se faisait-il que des enfants
   issus de milieux défavorisés réussissaient parfaitement bien et des
   enfants issus de milieux favorisés échouaient ?
   Alors, j'ai fait appel à des sociologues intelligents -bien que ceci
   soit un pléonasme ! Puisque, par nature et par définition, tous les
   sociologues sont intelligents ; enfin, ceux-là étaient, en tout cas,
   des sociologues intelligents- qui ont fait une enquête. Ils sont
   arrivés à une conclusion que je n'ai jamais oubliée et que je vous
   transmets. Cette conclusion était celle-ci : réussissaient les enfants
   dans les familles desquels l'école était estimée, soutenue et défendue
   et échouaient les enfants dans les familles desquels l'école était
   critiquée, mal vue, méprisée.
   Eh bien, selon moi, il en est de même pour un pays. Les nations dont
   les enfants réussissent sont celles qui considèrent que l'école est la
   clef de leur avenir et la défendent comme telle, y compris auprès de
   leurs enfants et de leur opinion publique et, malheureusement, les pays
   dont les enfants réussissent moins sont ceux qui prennent
   perpétuellement pour cible leur éducation au lieu de la soutenir, de
   l'aider, de la défendre et, même, de l'aimer.
   C'est un grand effort, mais pour cet effort, je protégerai les moyens
   de l'Éducation nationale. Je l'ai dit, il va falloir faire des
   économies. Il va falloir réduire le déficit et la dette, mais, pour
   moi, l'argent que nous mettons dans l'éducation doit être préservé et
   défendu, parce que ce n'est pas réellement une dépense, c'est un
   investissement au service de la nation.
   En échange, je demanderai à l'Éducation nationale de fixer, avec nous,
   des objectifs que nous évaluerons tous les ans, afin de voir s'ils sont
   remplis et s'ils trouvent les résultats qu'ils méritent.
   Le premier de ces objectifs, qui est d'une simplicité républicaine,
   sera celui-ci : plus aucun enfant ne doit, au moment où il entre en
   sixième, se trouver sans savoir lire et écrire. C'est un objectif de
   redressement national, de redressement républicain. Je sais que cela
   demande un très gros effort. Je sais très bien que, dans notre société,
   ce n'est plus la lecture qui est mise en valeur, mais l'image. Je sais
   très bien que les jeunes, les enfants, spécialement ceux dans les
   maisons desquels il n'y a pas de livres, passent l'essentiel de leur
   temps devant un écran, que ce soit un écran de télévision, de jeux
   vidéo, de console. Cependant, si l'on n'a pas la maîtrise de la lecture
   et de l'écriture au moment où l'on entre en sixième, on ne rattrape
   jamais ce retard. C'est de la non-assistance à personne en danger.
   Je veux que, dans notre pays, en cinq années, on aille vers
   l'illettrisme zéro. Cela veut dire aussi avoir le calme dans toutes les
   écoles, dans tous les quartiers, le calme républicain, la discipline
   républicaine, que l'on puisse faire des études et pas se trouver en
   insécurité.
   Cela veut dire aussi l'égalité des chances, l'excellence dans tous les
   quartiers. Que dans tous les établissements, toutes les familles aient
   la certitude que, là, si l'on est motivé, si l'on a le potentiel, comme
   l'on dit, si l'on veut réussir à toute force, si l'on sait faire les
   efforts nécessaires, on va pouvoir trouver une éducation aussi bonne
   qu'au lycée Henri IV où tout le monde de la société favorisée voudrait
   scolariser ses enfants.
   Ceci a été l'école républicaine : le calme partout, l'excellence
   partout et même la possibilité d'obtenir, d'où que l'on vienne, quel
   que soit l'établissement, la même proportion de places dans les classes
   préparatoires aux grandes écoles que si l'on était, par exemple, dans
   le lycée le plus favorisé du centre-ville, le plus désiré de la ville
   la plus cultivée de France. Je veux que tout le monde ait les mêmes
   chances.
   Cela veut dire aussi des moyens pour l'université. Je ne vais pas
   m'étendre, mais puisque les étudiants de Saint-Etienne sont là....
   Naturellement, il va falloir faire un très gros effort pour
   l'université, un effort de moyens, un effort d'encadrement, un effort
   d'accompagnement des jeunes qui entrent, un effort d'orientation pour
   qu'ils ne se trouvent pas largués comme ils le sont quelquefois ou
   souvent en première année, un effort d'insertion et de formation
   professionnelle, car l'on sait, maintenant, que le diplôme ne garantit
   plus l'emploi. Tout cela est un vaste, un immense effort de
   reconstruction.
   Je dis aux universitaires, qui sont là, qu'il va aussi falloir changer
   la gouvernance des universités, parce qu'il y a quelque chose qui ne va
   pas dans la gouvernance des universités françaises. C'est un immense
   effort.
   C'est pareil pour la recherche. Je pourrais continuer ainsi pendant des
   heures sur la dimension des efforts, qui sont devant nous, pour
   reconstruire notre pays, non pas dans le renfermement qu'il soit d'un
   bord ou de l'autre, non pas dans les vieilles recettes -elles ont
   toutes échoué- mais dans un effort positif, optimiste, qui veut, au
   contraire, que l'on identifie chacune des questions qui sont devant
   nous et elles sont nombreuses. Je les ai évoquées, c'est le déficit, la
   dette, l'emploi, l'exclusion, le fait qu'il y ait de plus en plus de
   personnes qui sont sur le bord de la route, de plus en plus de
   personnes qui sont au chômage après 50 ans, de plus en plus de jeunes
   diplômés qui ne trouvent pas de chances, le réchauffement climatique,
   l'Europe.
   Tout cela sont d'immenses chantiers devant nous et aucun de ces
   chantiers ne pourra trouver de réponse si l'on reste, comme depuis des
   années, dans la guerre stupide du Parti Socialiste contre l'UMP et de
   l'UMP contre le Parti Socialiste.
   C'est mon dernier message de cette soirée, mais c'est probablement le
   plus important. Il y a des candidats qui vous proposent de continuer à
   faire, comme depuis 25 ans, dans la caricature et dans l'outrance, en
   essayant perpétuellement de dépasser l'un sur un côté et l'autre sur un
   autre, en essayant perpétuellement d'aller chercher les mêmes thèmes et
   les mêmes mots, non pas de proposer des projets différents, mais
   simplement d'aller chatouiller l'électorat dans le sens qu'ils croient
   être celui de ses attentes.
   Moi, je crois qu'ils se trompent profondément sur les attentes qui sont
   celles de l'électorat. Cette guerre est stupide. Elle nous a conduits
   où nous en sommes. Quand les uns sont au pouvoir, les autres n'ont de
   cesse que de démolir toutes les propositions de ceux qui gouvernent et,
   quand il y a alternance, ceux qui arrivent démolissent ce qu'avaient
   fait ceux qui s'en vont. Ceci a conduit la France à l'impasse.
   Je veux que nous sortions de cette impasse. Je veux que nous tournions
   la page sur ces 25 années qui ont été, au total, 25 années d'échec,
   d'enlisement pour un pays qui mériterait d'être le pays le plus
   rayonnant, le plus entreprenant et le plus envié de la planète au lieu
   de s'enfoncer dans la profondeur des classements sur tous les sujets.
   Nous sommes un grand pays bien dans sa peau, un grand pays qui a envie
   de construire et pas de se replier, un grand pays qui a envie de
   reprendre le chemin qui a été celui de ses succès. Le redressement
   exige -un vieux mot de l'histoire française- le rassemblement et, élu
   président de la République, je constituerai un gouvernement avec des
   hommes venant d'un bord et de l'autre, différents, compétents,
   acceptant de travailler ensemble et de se mettre ensemble au service de
   notre pays.
   Élu président de la République, je demanderai aux Français de donner à
   ce gouvernement de rassemblement pour le redressement, ce gouvernement
   qui sortira de la guerre stérile des uns contre les autres, la majorité
   nouvelle, la majorité ouverte, la majorité centrale qu'il mérite pour
   faire travailler ensemble des gens qui viennent de la droite, des gens
   qui viennent du centre, des gens qui viennent de la gauche et qui
   partagent ensemble les valeurs républicaines qui sont celles dont notre
   pays a besoin.
   Voilà le programme que nous avons devant nous. Voilà l'avenir que nous
   allons construire ensemble.
   Vive la République et vive la France.
   Mes chers amis, pour nous, ce n'est pas une nouveauté, nous chantons la
   Marseillaise tous les soirs après nos meetings et nous en connaissons
   les paroles !
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