     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog
   Retour
Discours politique
François Hollande, Discours de Francois Hollande – Meeting de Limoges du 29
mars 2007 (29/03/2007)
   Chers Amis, Chers Camarades,
   Il m'est arrivé comme député de la Corrèze et comme maire de Tulle
   d'accueillir le Président de la République. Mais, là, je vais
   accueillir la prochaine Présidente de la République. Et je le fais au
   nom d'une région, la région la plus à gauche de France ; une région qui
   a su résister à tout, et parfois même au pire, et qui fera que ce sera
   ici, en Limousin, que Ségolène ROYAL fera son meilleur résultat en
   France.
   Vous êtes venus nombreux, très nombreux. Partout où je vais, et surtout
   où Ségolène va, il y a des foules considérables qui se rassemblent
   parce que, les uns et les autres, nous avons conscience de vivre un
   moment important. Non pas pour nous-mêmes, non pas pour les familles
   politiques qui sont ici rassemblées, mais pour la France et, au-delà
   même de la France, pour l'Europe. Et, avec beaucoup d'immodestie, je
   veux aussi dire que le monde nous regarde et se pose la question de
   savoir quel sera le prochain visage de la France, quelle sera la France
   qui sera issue du vote du 6 mai prochain. Il faut que le visage de la
   France soit celui de Ségolène ROYAL.
   Je sais qu'il y a, à 24 ou 25 jours, encore tant d'incertitudes, parce
   qu'il y a tant d'indécisions, et que rien n'est acquis, qu'il peut se
   produire le meilleur comme le pire, que tout dépend de nous. Il va
   falloir mener la plus belle des campagnes présidentielles ; il va
   falloir secouer l'indifférence, lutter contre le scepticisme, refuser
   le fatalisme. Il va falloir répondre à la formidable espérance qui est
   aujourd'hui portée sur nous, à l'attente trop longue depuis ce jour
   terrible du 21 avril 2002 d'un véritable choix pour décider de notre
   avenir. Ce choix vient enfin et sera fait le 22 avril prochain. Alors,
   le 22 avril, forts de savoir ce qu'il ne faut plus faire, on votera
   pour Ségolène ROYAL.
   Mais il faut mériter la confiance de nos concitoyens ; il ne faut pas
   prétendre à des victoires qui ne sont pas encore acquises. J'en vois
   certains qui déjà se voient tout en haut de l'affiche, s'imaginent déjà
   là où ils ne seront jamais, inventent même des ministères odieux pour
   l'un, farfelu pour l'autre. Le temps, aujourd'hui, n'est pas à former
   des ministères ; le temps aujourd'hui est à organiser le suffrage pour
   qu'il se prononce librement, souverainement sur son avenir et son
   destin. Je vous appelle à faire confiance aux Françaises et aux
   Français, à les respecter et à considérer que ce sont eux, et eux
   seuls, qui doivent détenir le pouvoir essentiel dans une démocratie qui
   est de décider du prochain Président de la République.
   L'enjeu dans cette élection est simple : le changement. Le changement,
   parce que les Françaises et les Français l'attendent, le veulent,
   l'espèrent . Il faut donc le produire et il n'y a qu'une candidate pour
   porter le changement : c'est Ségolène ROYAL. Elle est le changement,
   elle le représente. Non pas simplement parce qu'elle est une femme, il
   y a d'autres femmes qui sont aujourd'hui candidates à l'élection
   présidentielle, mais parce que c'est elle et elle seule qui peut
   devenir demain, au nom de la gauche tout entière, la prochaine
   Présidente de la République. Je veux pour mon pays que ce soit une
   socialiste qui devienne la première Présidente de la République
   française.
   Elle est le changement, elle porte le changement, parce qu'elle a voulu
   une autre méthode, une autre démarche que celles que nous engagions
   précédemment. Nous pensions, je le pensais sans doute, que parce que
   nous étions socialistes, il n'y avait qu'entre socialistes que nous
   devions élaborer un programme et le présenter aux Français. Nous
   savions peut-être mieux que les Français puisque nous sommes
   socialistes. Mais elle nous a dit qu'il faut aussi et d'abord écouter
   les Français, prendre leur avis, entendre leur colère, traduire leurs
   aspirations et prendre, si c'est nécessaire et cela l'était, leurs
   propositions. C'est ainsi qu'a été construit le pacte présidentiel de
   Ségolène ROYAL.
   Elle est donc le changement. Elle l'est parce qu'elle a su rassembler
   les socialistes, et c'était finalement le plus simple à faire. Je les
   connais tellement les socialistes : quand ils se chamaillent, ils sont
   insupportables, mais quand ils sont rassemblés, ils sont imbattables.
   Elle a aussi rassemblé la gauche. Merci aux Radicaux de gauche d'avoir
   compris que, cette fois-ci, leur candidate était Ségolène ROYAL. Merci
   au Mouvement Républicain et Citoyen d'avoir compris que cette fois-ci
   il ne fallait pas faire comme en 2002 et se rassembler derrière
   Ségolène ROYAL pour la victoire. Elle a su rassembler le " oui " et le
   " non " pour forger une identité européenne, celle qui nous rassemble,
   parce que nous aimons la France sans qu'il nous soit besoin de dire que
   ceux qui l'aiment moins que nous doivent quitter le territoire . Il
   nous suffit d'aimer tous les Français et toutes les Françaises, même
   ceux qui ont décidé de vivre ici, en France, et qui en ont bien le
   droit dès lors qu'ils respectent les valeurs de la République. Nous
   aimons la France sans, pour autant, la concevoir étriquée, repliée,
   fermée sur elle-même. Nous la voulons ouverte, généreuse, solidaire et
   nous la voulons européenne et internationaliste.
   Ségolène ROYAL veut une France forte et elle a raison. Il faut que la
   France soit plus forte pour créer davantage de richesses, soit plus
   forte pour porter plus haut l'effort de recherche et d'enseignement
   supérieur. Il faut que la France soit plus forte dans sa cohésion, dans
   sa capacité de vivre ensemble, tous ensemble.
   Oui, il faut que la France soit plus forte avec des entreprises et des
   salariés reconnus ; oui, il faut que la France soit plus forte pour
   qu'il y ait du travail pour tous et non pas simplement pour
   quelques-uns qui devraient travailler toujours plus pour gagner pas
   forcément davantage.
   Mais il faut aussi que la France soit plus juste, juste dans la
   répartition des fruits de la croissance, que ce ne soit pas toujours
   pour les mêmes, que les bénéfices des entreprises puissent être
   distribués et pas simplement aux actionnaires, mais aussi aux salariés.
   Il faut que la France soit juste pour régler une nouvelle fois la
   question des retraites au nom de la solidarité entre générations. Il
   faut que la France soit juste pour qu'il y ait un accès de tous à la
   santé, à l'école de la République, au logement. Il faut une France qui
   n'ait pas peur de ceux qui vivent ici, qui n'ait pas peur des plus
   jeunes, qui n'ait pas peur de l'espérance de vie qui s'allonge ; il
   faut une France qui ait confiance en elle, et elle n'aura confiance en
   elle que si elle est juste et forte. Voilà le message que nous devons
   porter autour du pacte présidentiel ; voilà le message du changement.
   Si l'on pense -et je le pense- que c'est Ségolène ROYAL qui est la
   force du changement, il faut voter dès le premier tour de l'élection
   présidentielle . Je sais bien que d'autres dans le champ de la
   démocratie peuvent aussi imaginer être le changement. Il y en a dans
   cette campagne qui se veulent plus à gauche que nous ; c'est possible,
   même si cela mériterait vérification. Il y a des familles politiques
   qui sont présentes à gauche, à l'extrême gauche ; dans cette élection,
   pas moins de 6 à côté de Ségolène ROYAL.
   Il y a même trois trotskistes ; comment se fait-il qu'ils n'aient pas
   trouvé la synthèse ! Nous sommes prêts à leur dire qu'il est possible
   de ne présenter qu'une candidature. Etait-il écrit dans les livres du
   grand Léon Trotski qu'il fallait, à chaque élection présidentielle en
   France, présenter trois candidats, dont un paraît-il qui défend les
   communes rurales ? J'ai beaucoup de sympathie pour les communes
   rurales, mais si, maintenant, les trotskistes ont oublié la Commune de
   Paris, le combat révolutionnaire pour finir simplement sur la défense
   de l'identité communale, c'est qu'il y a eu, à mon avis, un vice de
   construction !
   Mais, il faut que cette gauche existe, et notamment nos amis Verts, nos
   amis communistes que nous rassemblerons ensuite au second tour de
   l'élection présidentielle. Mais s'ils avaient voulu eux-mêmes prétendre
   à être au second tour, ils ne s'y seraient pas pris ainsi, ils ne s'y
   seraient pas mis à six ; s'ils se sont mis à six, c'est pour permettre
   à la septième -Ségolène ROYAL- d'être, elle, au second tour de
   l'élection présidentielle.
   Autant je souhaite que Ségolène ROYAL soit au plus haut le 22 avril
   prochain, autant nous aurons besoin de toute la gauche pour battre la
   droite et changer la vie ici dans notre pays.
   Mais, on me dit qu'il y aurait un autre candidat du changement . Il
   s'avance dans le flou et dans la brume. Il vient, nous dit-on, du
   centre ! Vous ne pouvez pas l'avoir reconnu puisque lui-même d'ailleurs
   ne sait pas d'où il vient, qui il est vraiment et où il va. C'est un
   voyageur sans bagage ; il était de nulle part, peut-être n'est-il même
   pas de ce monde. C'est un voyageur sans programme. On lui demande ses
   propositions, mais il n'en a aucune. Quel courage ! Il n'a pris aucun
   risque, il ne décevra personne. Quand on n'a pas de proposition,
   finalement, on ne peut pas décevoir qui que ce soit. Mais, ne pas avoir
   de propositions, c'est en définitive accepter le statu quo et la
   politique actuelle. Il est sans programme, mais il est aussi sans
   parti... Mais il veut en créer un au lendemain de ce que pourrait être
   une possible élection. Il est sans allié, même s'il nomme quelques fois
   certains d'entre nous avec des conditions très difficiles à réunir. Il
   veut, par exemple, un Delors jeune ; il n'a pas encore cité tel ou tel
   d'entre nous parce que nous sommes pas encore assez vieux ; une femme,
   il voudrait un homme... Bref, chaque fois qu'un socialiste pourrait
   être cité, il se récrie de socialiste. Et, celui que vous avez reconnu
   répond : " mais je vous ai pas adressé la parole, vous n'êtes pas
   concerné ; ce n'est pas à vous que j'ai posé la question, c'est à votre
   voisin ". Le voisin s'étonne, lui aussi... Ses alliés, on les connaît
   bien. Ce sont ceux avec lesquels il a gouverné, il a voté partout, dans
   toutes les assemblées, c'est-à-dire l'UMP, la droite. Mais, il est
   aussi sans mémoire. Il l'a perdue et il ne sait pas -mais mettez-vous à
   sa place, ce n'est pas facile- qu'il a soutenu Giscard, été avec R.
   Barre et appuyé la candidature d'E. Balladur... Il ne se souvient de
   rien. Même pas qu'il était avec Alain Juppé au gouvernement en tant que
   Ministre de l'Education nationale. Il a perdu de vue le 1,5 million de
   personnes qu'il a mises dans la rue quand il voulait remettre en cause
   les lois laïques de financement de l'école.
   Je dois convenir de ma faiblesse. Je le croyais député à Paris depuis
   1986, alors qu'il était -en définitive- agriculteur dans le Béarn. On
   l'avait vu dans je ne sais quelle voiture officielle... On s'était
   trompé. Il était sur son tracteur dans un concours de laboure. Mais, en
   fait, et plus sérieusement, que nous dit-il ? Il dit qu'il veut faire
   comme Chirac en 1995, c'est-à-dire faire croire qu'il n'est pas
   vraiment de droite, qu'il a trouvé à côté de lui un qui était plus à
   droite -ce qui est toujours possible ; à l'époque c'était Edouard
   Balladur que soutenait Nicolas Sarkozy et François Bayrou... On l'a
   retrouvé ! Cette manoeuvre, convenons-en, a marché en 1995 ; à l'époque
   Jacques Chirac disait qu'il était contre la fracture sociale, que la
   feuille de paye n'était pas l'ennemi de l'emploi et qu'il fallait même
   réquisitionner des logements vacants pour les donner aux sans-logis,
   aux sans toits parce qu'il avait rencontré l'Abbé Pierre. On se
   souvient de cette manoeuvre, et moi, je ne veux plus la vivre à
   nouveau. Je me souviens qu'il y avait des femmes et des hommes de
   gauche, sincères, qui disaient qu'il fallait, pour écarter Balladur,
   voter pour celui qui prétendait lutter contre la fracture sociale.
   Aujourd'hui, si on veut écarter la droite, toute la droite, il n'y a
   pas besoin d'aller chercher tel ou tel au sein de la majorité sortante,
   il suffit de prendre le bulletin de Ségolène ROYAL et de faire le seul
   changement possible.
   Le vote utile dès le premier tour, le vote nécessaire pour le
   changement n'est pas un vote pour empêcher celui-ci, pour écarter
   celui-là . Ce n'est pas un vote contre la droite, c'est un vote pour le
   changement, pour que notre pays avance, pour le progrès, pour les
   conquêtes, pour les réformes indispensables, pour la justice, pour
   l'égalité, pour que nous écrivions ensemble une nouvelle page de notre
   histoire. Nous ne voulons pas simplement résister, écarter, rejeter.
   Nous voulons être les continuateurs de ce qu'a toujours fait la gauche
   depuis 1936 jusqu'à aujourd'hui : changer, changer encore et donner à
   la France toutes ses chances d'être une Nation plus juste, plus
   humaine, plus forte, plus responsable, plus libre. Voilà ce que nous
   voulons faire ensemble.
   Mais, dans toute démocratie, à un moment comme celui-ci, il y a une
   force du changement -celle que nous soutenons, à laquelle nous
   participons aujourd'hui- et un candidat de la continuité. On le
   cherche, il se cache parce qu'il ne veut pas être le candidat sortant.
   Mais, il y a bien un candidat sortant lorsqu'il est soutenu par tous
   ceux qui ont dirigé le pays. D'abord par Jacques Chirac qui lui-même,
   sans doute sortant, n'a pas voulu rentrer. Il nous a dit qui était son
   candidat ; il l'a dit dans ce qu'il faut bien appeler son meilleur
   discours puisque c'était le dernier. Son candidat, donc, c'est Nicolas
   Sarkozy. L'a-t-il fait pour son bien ? Je n'en sais rien. J'ai mon
   hypothèse. Il l'a fait tout en nous mettant en garde et le mettant en
   garde. Car, quand il a dit qu'il fallait ne pas céder à l'extrémisme,
   s'adressait-il à nous ? Nous qui avions, le 5 mai 2002, et ce fut aussi
   douloureux pour nous qu'honorable, préféré encore voter pour notre
   adversaire dans la République pour écarter l'ennemi de la République.
   Nous savons, nous, ce qu'est le combat contre l'extrémisme. Alors, à
   qui s'adressait l'avertissement de Jacques Chirac, si ce n'est à celui
   qui, il y a quelques jours, a fait cette proposition de " Ministère de
   l'Immigration et de l'identité nationale " ? La menace est là.
   Nicolas Sarkozy est aussi soutenu, et là il n'y peut rien, par tous les
   ministres du gouvernement actuel. Dominique de Villepin lui a même dit
   " bon courage "... Là aussi, attention, c'est peut-être à double
   tranchant ! Quelle chance aussi d'être soutenu par Jean-Pierre
   Raffarin, Alain Juppé et par tous ces ministres, encore dernièrement
   Jean-Louis Borloo... Au prix de quoi, qu'importe d'ailleurs il est
   numéro deux du gouvernement, plus exactement il l'était. Il a recouvré
   sa liberté. Quel courage que celui de Nicolas Sarkozy ! Il a enfin
   quitté le Ministère de l'Intérieur ! Il a pu enfin prendre le train,
   mais pas à la Gare du Nord ! Il a même dormi à l'hôtel ! Quelle
   témérité !
   Mais celui-ci est soutenu par tout le gouvernement ; il a été numéro
   deux du gouvernement, Ministre de l'Intérieur ; il est président de
   l'UMP. Il est donc responsable de la politique telle qu'elle a été
   menée depuis cinq ans. C'est, convenons-en, un fardeau. Ce n'est pas
   simple pour lui. Mettez-vous une seconde à sa place ! Porter les
   résultats que l'on connaît, ou plus exactement cette absence de
   résultat que l'on connaît : un chômage qui ne baisse que dans les
   statistiques quand on ne reporte pas à plus tard la publication de
   statistiques notamment après l'élection présidentielle ; cette
   précarité qui s'est développée ; ces inégalités qui se sont creusées ;
   ces retraites qui ont été amputées ; l'accès à la santé qui a été remis
   en cause ; les crédits de l'école qui ont été réduits ; le service
   public qui a été privatisé...
   Voilà son bilan ; il est lourd : une croissance qui s'est affaiblie ;
   une dette publique qui a atteint un niveau record ; un déficit
   commercial historique. Nous comprenons donc que ce n'est pas simple
   d'être le candidat sortant et qu'il se cache. Il faut donc le
   démasquer. Il porte la responsabilité de l'échec. Alors, comment le
   candidat qui porte l'échec pourrait demain assurer la réussite du pays
   Et, s'il est au moins un domaine où il ne pourra pas exonérer sa
   responsabilité, c'est précisément celui de la sécurité puisqu'il a été
   Ministre de l'Intérieur . Il avait demandé à être jugé sur ses
   résultats. Parlons-en de ses résultats. Les violences aux personnes ont
   augmenté de 14 % depuis 2002 et atteignent aujourd'hui un niveau record
   ; jamais il n'y a eu autant de voitures brûlées que depuis 2002 ;
   jamais il n'y a eu trois semaines d'émeutes urbaines qui ont fait tant
   de mal et pas simplement à l'image de la France à l'étranger, mais à
   l'image de ce que nous sommes : une grande République qui doit regarder
   tous ceux qui vivent ici à l'égal des autres et qui voyait là une
   haine, une violence qui altérait même le principe du vivre ensemble et
   de la laïcité. C'est sa responsabilité, parce que cela fait cinq ans
   qu'il mène cette politique. Pas moins de sept lois ont été votées sur
   la sécurité, sur l'immigration. Il a lui-même supprimé la police de
   proximité, pour en reconnaître les bienfaits trop tard. Il a supprimé
   les crédits à la prévention et usé de provocations verbales inutiles,
   blessantes et qui expliquent d'ailleurs qu'aujourd'hui, celui qui a été
   Ministre de l'Intérieur -il y a encore quelques jours- ne peut plus
   aller dans certains quartiers de la République, tant il risque de
   déchaîner la violence.
   Son bilan est là ; il l'a devant les yeux. Ce qui s'est passé à la Gare
   du nord fut pour nous tous, notamment pour lui, une blessure. Quand il
   n'est plus possible pour la police d'effectuer un contrôle sans
   déchaîner une émeute, quand les contrôleurs eux-mêmes sont mis en cause
   dans leur travail, quand il y a un tel climat d'affrontement, de haine
   même, entre concitoyens, quand des usagers sont effrayés, quand des
   commerçants se cachent pour ne pas voir leurs biens altérés et quand
   des agents de service public voient des équipements détruits, c'est une
   blessure dont la responsabilité revient à Nicolas Sarkozy. Il ne
   faudrait pas qu'aujourd'hui il utilise son échec, car échec il y a,
   pour justifier encore sa politique du tout répressif.
   Nicolas Sarkozy a dit, hier soir, qu'il se situait du côté des
   victimes. Il est du côté des responsables, c'est différent. C'est lui
   qui fut Ministre de l'Intérieur depuis 2002. Mais, imaginez que nous
   soyons en 2002, au coeur de l'élection présidentielle, et que se passe
   ce qui s'est passé à la gare du nord, vous verriez comme la droite nous
   ferait procès ! Elle nous a fait procès pour des faits bien moindres en
   2002 ; elle a fait la campagne de 2002 sur la question de la sécurité,
   au risque d'ailleurs et cela s'est produit de favoriser l'extrême
   droite.
   Nous n'utiliserons pas ces moyens ; nous ne manipulerons en aucune
   manière les chiffres ou les situations. Nous n'instrumentaliserons
   aucun fait-divers. Nous n'utiliserons pas le discours de la démagogie,
   de la peur, de la récupération, car c'est notre conception -nous la
   gauche ; nous sommes du côté du droit, de la loi et de la République et
   d'aucun autre côté. Aujourd'hui encore, nous ne laisserons pas se
   dévoyer le débat public, mais nous ne nous laisserons pas non plus
   insultés. Car, quand Nicolas Sarkozy dit qu'il est le candidat des "
   honnêtes gens ", ceux qui ne voteront pas Nicolas Sarkozy, et ils
   seront majoritaires, sont aussi des honnêtes gens ! Nous ne distinguons
   pas les Français selon leur bulletin de vote, pas davantage selon leur
   couleur de peau, leurs origines ou leur confession.
   Nous considérons les Français, même quand ils ne pensent pas comme
   nous, comme des citoyens à part entière . Il n'y a pas les bons d'un
   côté et les mauvais de l'autre. Il n'y a pas les vertueux d'un côté et
   ceux qui ne le sont pas d'un autre. Il y a simplement des citoyens dans
   la République qui demandent à être respectés et nous demandons à être
   respectés, parce que nous sommes aujourd'hui la force du changement et
   nous serons demain aux responsabilités du pays.
   Nicolas Sarkozy est donc le candidat sortant . C'est le candidat du
   bilan. C'est le candidat de la droite dure. Il a bien voulu, là aussi,
   essayé de cacher son identité. Il a même convoqué Jaurès -sur la foi de
   fiches des renseignements généraux pas à jour. Il a même été cherché
   Blum, car il pensait que Blum avait fait les 40 heures considérant
   ainsi que c'était mieux que les 35 heures ! Mais, cela n'a pas duré
   longtemps d'aller chercher dans le patrimoine de la gauche. Soyons
   d'ailleurs fiers de cet hommage du vice à la vertu. Soyons fiers que
   les personnes que l'on cite aujourd'hui soient justement celles qui ont
   fait la Nation telle qu'elle est aujourd'hui et qui n'ont jamais perdu
   leur identité de gauche. S'ils viennent dans notre histoire, c'est que
   notre histoire qui est celle du peuple français est belle et qu'elle
   mérite hommage. Mais, quand on cite Jaurès, quand on cite Zola -et pas
   parce qu'il était un exilé ; d'ailleurs il faut le dire à Nicolas
   Sarkozy : si Zola est parti de France, ce n'est pas pour des raisons
   fiscales comme d'autres, c'est parce qu'il défendait Dreyfus... Cela
   change tout-, quand on cite Blum, il est interdit après de courir après
   Jean-Marie Le Pen pour capter ses suffrages au nom d'un grand Ministère
   de l'identité nationale et de l'immigration.
   Face à ce candidat de la droite dure qui promet le démantèlement de la
   protection sociale avec sa franchise santé et ses régimes de retraite
   par capitalisation, qui promet le démantèlement du droit du travail
   avec son contrat à rupture par consentement mutuel avec l'employeur,
   qui prône l'augmentation des heures supplémentaires pour augmenter
   soi-disant les salaires alors que, pour augmenter les salaires, il
   suffit d'augmenter le SMIC et les bas salaires et de faire une grande
   négociation pour que le pouvoir d'achat soit revalorisé sans qu'il soit
   besoin de travailler davantage, qui veut démanteler l'Etat, les
   services publics, qui veut diminuer le nombre de fonctionnaires, nous
   devons porter maintenant le pacte présidentiel de Ségolène ROYAL.
   Le risque, dans cette élection, ce n'est pas le changement mais la
   continuité en pire. Le risque, c'est la confusion ; le risque, c'est la
   confrontation avec le monde du travail, avec la jeunesse, les
   quartiers. Battez-vous, soyez conscients du moment dans lequel nous
   sommes. Vous êtes les héritiers, et notamment ici en Limousin, de longs
   combats. Vous avez génération après génération participé aux grandes
   conquêtes, aux grandes victoires. Vous appartenez à une terre de
   résistance, de fierté ; une terre qui s'est battue pour ses idées. Vous
   êtes à un moment où vous pouvez écrire une nouvelle page de cette
   histoire-là.
   Et, si vous êtes conscients que nous sommes sûrement dans l'élection
   présidentielle la plus importante depuis 1981, que nous sommes aux
   portes d'un nouveau cycle de réformes, de progrès, d'avancées, de
   liberté ; si vous êtes à ce point-là convaincus, il faut que vous soyez
   encore ce soir l'équipe de campagne de Ségolène ROYAL. Il faut que vous
   luttiez, autant que vous le pourrez, contre l'indécision, le doute qui
   font que, jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure, vous devez
   passer le message.
   Je suis maire d'une très belle ville et je tiens moi aussi des bureaux
   de vote les dimanches d'élection. C'est toujours un moment émouvant de
   voir cette foule de citoyens qui se lève de bon matin pour faire son
   devoir électoral. Merci à tous les jeunes qui se sont inscrits sur les
   listes électorales, fin 2006, pour participer à cette fête
   démocratique. Je les vois arriver donc : je vois d'abord arriver les
   convaincus, ceux qui depuis longtemps ont mis le bulletin en bon ordre
   -j'allais dire en ordre juste- plié dans la poche, savent ce qu'ils ont
   à faire, ne passent pas dans l'isoloir, prennent l'enveloppe, y mettent
   le bulletin, me serrent la main en me disant : " on ne vous a pas
   oublié "... Il est vrai qu'il y a des dimanches où ils ne m'avaient pas
   oublié, mais je leur pardonne parce qu'il y a des jours où, aussi, il
   m'avait choisi. Et j'en vois d'autres encore qui viennent sans savoir
   ce qu'ils vont faire, regardant avec inquiétude tous ces bulletins
   disposés, cherchant le regard (j'essaye de capter le leur sans pour
   autant les influencer), prennent tous les bulletins, se réfugient dans
   l'isoloir, les posent devant eux et essayent de se souvenir d'une
   phrase, d'un argument, d'un mot qui emportera leur décision. Ils
   mettront le bulletin dans l'enveloppe et, si vous avez fait votre
   travail, il se pourrait bien que ce soit Ségolène qui arrive en tête
   même au premier tour de l'élection présidentielle. Quinze jours après,
   si nous avons bien fait passer le message, si nous avons donné les
   meilleurs arguments, si nous avons montré que nous étions la force du
   changement, alors ils remettront le même bulletin dans une autre
   enveloppe et ce sera la France présidente, la première femme Présidente
   de la République que nous accueillerons la prochaine fois à Limoges.
   Haut de page
