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Discours politique
Ségolène Royal, Discours à Limoges (29/03/2007)
   Chers amis de Limoges et de la région Limousin, nous voici maintenant à
   quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle. Ce soir
   est un jour particulier, un jour particulièrement émouvant, parce que
   je vois ici de nombreux amis de cette région voisine, et surtout parce
   que François, à l'instant, vient de me passer la parole.
   Avec le talent que vous lui connaissez, il a tracé les grandes lignes
   qui font notre identité politique, notre identité de gauche, et donc
   l'enjeu majeur de cette élection présidentielle. Et puis, si ce soir
   aussi est un soir particulier, c'est aussi peut-être parce que j'ai le
   sentiment profond qu'il n'y a jamais eu autant de liens entre
   l'histoire de cette région et ce qui va se jouer dans quelques
   semaines.
   Ce moment majeur de l'histoire de France où le peuple est appelé aux
   urnes pour redéfinir le contrat républicain, le contrat social, pour
   choisir les valeurs à partir desquelles vous voulez que la France se
   relève, pour rebâtir les fondements de la maison France, qui a été bien
   abîmée au cours de ces dernières années.
   Je pense profondément que la crise politique et la crise démocratique,
   la crise économique, la crise sociale est tellement forte que nous
   avons l'immense responsabilité de redéfinir les valeurs auxquelles nous
   tenons, les nouvelles règles du jeu que nous voulons mettre en place,
   les urgences auxquelles nous voulons rapidement répondre, et enfin, la
   façon dont nous voulons relever les défis de l'avenir, à l'heure où la
   mondialisation fait peur, à l'heure où chacun se demande si la
   politique sert encore à quelque chose, à l'heure où la montée des
   insécurités de toutes sortes nous oblige à inventer les nouvelles
   sécurités qui me permettront demain de dire à la France : n'ayez pas
   peur des autres, n'ayez pas peur de votre voisin, ne vous dressez pas
   les uns contre les autres, n'ayez pas peur des autres pays du monde,
   mais au contraire, tournons-nous résolument vers l'avenir et vers les
   autres pour construire ensemble un monde meilleur. Voilà l'enjeu de
   l'élection présidentielle.
   Vous le savez bien, citoyens de cette région, et les élus aussi, avec
   lesquels nous étions tout à l'heure, Alain Rodet, Jean-Paul Denanot,
   Marie-Françoise Perol-Dumont, oui, comme je le disais tout à l'heure,
   jamais il n'y a eu autant que ce soir un lien aussi étroit entre
   l'histoire de cette région, donc l'histoire de notre pays, et les
   valeurs sur lesquelles je vous appelle à vous rassembler. Oui, ici,
   nous sommes sur une terre rebelle, une terre d'insoumission dans les
   campagnes et dans les usines, et ça ne m'étonne pas que vous ayez
   chanté tout à l'heure avec autant d'émotion le Chant de partisans.
   Oui, Limoges est fière de sa mémoire ouvrière et de son ancrage à
   gauche. C'est ici que sont nées les coopératives, l'économie sociale et
   solidaire.
   Oui, ici, vous êtes des fils et des filles défenseurs d'une République
   démocratique, laïque et sociale. Oui, ici plus qu'ailleurs, on n'a pas
   oublié les exploits du Maquis. Et c'est là que je veux en venir. Vous
   n'avez pas oublié les exploits du Maquis et de Georges Guingoin. Je
   voulais vous rappeler qu'il y a à peine trois ans, en 2004, il avait
   signé avec Lucie Aubrac, qui vient de nous quitter, et Stéphane Essel,
   et d'autres grands résistants, un appel.
   Un appel à retrouver l'esprit de la Résistance, un bel appel contre le
   recul des droits sociaux, contre la montée des injustices et contre
   tout ce que la droite démolit en ce moment.
   Ce bel appel se terminait par ces mots : créer, c'est résister, et
   résister, c'est créer.
   C'est à cela que je vous invite. C'est à ce même élan que je vous
   invite.
   C'est cela que nous voulons créer aujourd'hui pour la France de demain
   : c'est résister et c'est imaginer l'avenir.
   Je voudrais illustrer cette belle devise, que je fais mienne
   aujourd'hui à Limoges, à partir de deux problèmes qui se posent ici
   dans la région, mais qui ont un écho de dimension nationale : d'abord
   la bataille pour le service public. Vous le savez, ici, les agents de
   l'ANPE sont en grève. Les maires des communes rurales sont inquiets
   pour la disparition des écoles et les nouvelles suppressions de postes.
   Je vous le dis ici, à Limoges, la République nouvelle que je veux
   construire, la 6e République, sera la République des services publics
   garantis.
   Et je le dis aux agents de l'ANPE, ici à Limoges, qui viennent de
   déclencher une grève, une grève importante, parce qu'ils se dressent
   contre la privatisation de ce service public, et ils ont raison.
   Partout les citoyens doivent se lever contre la privatisation des
   services publics. Nous n'avons jamais eu autant besoin aujourd'hui de
   ces liens de solidarité qu'incarnent les services publics pour mener la
   bataille pour l'emploi.
   Alors oui, la France neuve que j'appelle, c'est une France qui résiste
   et qui imagine. Résister, c'est-à-dire maintenir les services publics,
   imaginer, cela veut dire les réformer. Dans le pacte présidentiel que
   je vous propose, c'est une bataille efficace contre le chômage, et en
   particulier par la réforme de toutes les aides à l'emploi qui seront
   désormais confiées aux régions, mais l'État garantira l'égalité entre
   les différents Territoires.
   Cette bataille que nous conduirons, je le dis aux fonctionnaires et aux
   agents de l'ANPE, nous confierons également aux régions la gestion du
   service public de l'emploi, parce que ce sont elles désormais qui
   auront les aides à l'emploi, les aides à la formation professionnelle,
   et désormais, l'accompagnement individualisé de ceux qui recherchent un
   emploi. Voilà comment la bataille sera efficace.
   Et ça ne sert à rien d'en rabattre sur les services publics, bien au
   contraire.
   La seconde bataille pour l'emploi sera la bataille pour l'emploi des
   jeunes, car je n'accepte pas que dans une France qui veut se relever,
   on ait un taux de chômage le plus élevé d'Europe. C'est chez nous que
   les jeunes qualifiés et diplômés attendent le plus longtemps l'accès au
   premier emploi. C'est pourquoi, dans le pacte présidentiel que je vous
   propose, et que vous avez construit avec moi, parce que j'ai entendu
   les inquiétudes, les souffrances, les impatiences, les colères aussi de
   toutes celles et ceux qui ont le sentiment de ne compter pour rien, des
   parents et des grands-parents qui s'inquiètent pour les jeunes, alors
   qu'ils ont souvent fait des efforts financiers considérables pour les
   conduire vers la qualification et vers les métiers, et je l'affirme
   ici, je le redis ici à Limoges : le combat contre le chômage des
   jeunes, le combat pour le droit d'accès au premier emploi pour les
   jeunes sera un combat permanent, un combat engagé, une mobilisation de
   tous, avec les entreprises. Elles seront appelées à nouer un nouveau
   pacte avec les pouvoirs publics. Les jeunes pourront bénéficier des
   emplois-tremplins, et nous en créerons suffisamment. Je ne veux plus
   qu'en France un jeune qualifié ou un jeune diplômé reste au chômage
   pendant plus de six mois. Nous mobiliserons pour cela tous les moyens.
   Il n'est pas acceptable que, d'un côté, les entreprises qui reçoivent
   des fonds publics demandent aux jeunes, pour leur donner leur première
   chance, d'avoir une expérience professionnelle, mais de l'autre,
   refusent de leur tendre la main et de leur donner l'occasion de faire
   leurs preuves. Ceci doit changer. Cela changera. C'est ce que j'appelle
   les nouvelles règles que nous devrons mettre en place, ces règles du
   gagnant-gagnant, ces règles du donnant-donnant. Je veux substituer à
   ces logiques de confrontation, de la guerre de tous contre tous, de
   ceux qui se débrouillent en laissant les autres sur le bord du chemin
   et que le meilleur gagne, non, ce n'est pas la France que nous voulons.
   Nous voulons une France des solidarités, une France où la puissance
   publique intervient, où elle crée des droits nouveaux, mais où, en
   contrepartie, elle demande à chacun et à chacune d'entre vous de donner
   le meilleur de lui-même. C'est comme cela que la France reprendra la
   main, j'en suis sûre, j'en suis convaincue, et je compte sur vous pour
   cela.
   Le deuxième exemple que je voudrais illustrer devant vous, c'est la
   rencontre que nous avons eue tout à l'heure, avec Alain Rodet et
   Marie-Françoise, auprès des ouvrières de France Textile. On parle
   souvent des patrons en France pour en dire le plus grand mal, et on a
   raison lorsque l'on voit un certain nombre de patrons voyous, de ceux
   qui délocalisent, de ceux qui font des licenciements boursiers ou des
   licenciements de confort, de ceux qui ne respectent même pas les
   rudiments du dialogue social, de ceux qui empochent les aides publiques
   avant de mettre la clé sous la porte, mais il y a d'autres patrons, et
   c'est à eux que je veux m'adresser, ces chefs de petites et moyennes
   entreprises, comme on les a rencontrés tout à l'heure, tout près d'ici,
   à Textile France, de salariés, qui ont été trois fois licenciés, et
   qui, à un moment, se sont dit : nous n'allons pas baisser la tête, nous
   n'allons pas encore subir cette humiliation, nous allons reprendre à
   bras le corps notre destin en mains.
   Et même sur un secteur que l'on dit durement touché par les
   délocalisations, le secteur de l'industrie textile, eh bien, ils ont
   réussi à remonter la pente, ils ont réussi à recréer une centaine
   d'emplois, et je veux que cet exemple-là, comme j'en vois partout sur
   les territoires où je me rends, je veux que cet exemple-là devienne la
   référence dans la France qui va retrouver une nouvelle croissance
   durable, pour à nouveau sortir du chômage, pour créer des activités, de
   la valeur ajoutée et distribuer des salaires.
   La façon dont cette entreprise a réussi s'appuie sur les valeurs
   fondamentales et sur les réformes profondes que je vous propose dans le
   pacte présidentiel.
   D'abord, la qualité du dialogue social. Il est temps que la France
   sorte de cet archaïsme et puisse faire émerger un syndicalisme de
   masse, un syndicalisme responsable, qui permettra d'anticiper les
   mutations, qui permettra de créer le respect à l'intérieur de
   l'entreprise, qui permettra de répartir avec justice les fruits de la
   croissance de l'entreprise, qui permettra de sécuriser les salaires et
   les emplois. Car je crois tout le contraire de la droite : je n'est pas
   par la précarité que nous relancerons la machine économique, mais bien
   au contraire, c'est en sécurisant les salariés, en les associant en
   amont aux décisions de l'entreprise, comme cela se fait dans les pays
   du nord de l'Europe.
   Pourquoi n'y a-t-il en France que 8 % d'adhésions aux organisations
   syndicales, 80 % dans des pays comme la Suède ? Et c'est dans ces pays,
   où les bas salaires sont les plus élevés, c'est dans ces pays où il y a
   le moins de conflits sociaux, c'est dans ces pays où il y a aussi le
   moins de chômage. C'est pourquoi dans la réforme profonde des
   institutions, il y a une réforme volontaire, audacieuse, pour que la
   France change dans le domaine des relations sociales et pour que nous
   puissions enfin réaliser une véritable démocratie sociale dans
   l'entreprise, qui nous rendra collectivement beaucoup plus efficaces.
   C'est à cela que je vous appelle également.
   Le deuxième pilier de la relance économique, qui est aussi très bien
   illustré dans cette entreprise, c'est l'investissement massif dans la
   recherche et dans l'innovation. C'est l'idée que c'est par la qualité,
   par la matière grise, par la formation professionnelle que nous
   pourrons rester compétitifs, et que nous pourrons, comme je l'ai dit
   tout à l'heure, relever la tête et reprendre la main. Là aussi, dans le
   pacte présidentiel que je vous propose, nous investirons massivement
   les fonds publics dans les entreprises qui en ont vraiment besoin. Nous
   encouragerons par la fiscalité le réinvestissement des bénéfices de
   l'entreprise dans l'entreprise, nous remettrons à niveau ce qui a été
   dramatiquement abandonné par la droite : la recherche, l'enseignement
   supérieur, l'innovation, et nous devrons le refaire en remettant à
   niveau la recherche aussi au niveau européen.
   Enfin, il nous faudra définir des politiques industrielles communes, et
   là aussi, la France mérite beaucoup mieux que ce qu'elle a. Ici aussi,
   nous avons des pôles de compétitivité dans cette région qui ont été
   lamentablement abandonnés par l'État. Et demain, en réconciliant la
   France avec les entreprises, en rapprochant l'enseignement supérieur,
   la recherche et les entreprises, nous réussirons à nouer un nouveau
   pacte économique, social et environnemental qui nous permettra de
   redresser la France et de la retirer vers le haut.
   J'entends bien les objections ici ou là, et peut-être ici, certains
   d'entre vous se posent aussi ces questions. On me dit : Mais ce pacte
   présidentiel coûte cher. Alors, je vous le dis fermement : qu'est-ce
   qui coûte cher ? Ce qui coûte cher, c'est le chômage. Ce qui coûte
   cher, c'est la précarité. Ce qui coûte cher, c'est l'échec scolaire. Ce
   qui coûte cher, c'est toutes les formes d'insécurité. Ce qui coûte
   cher, c'est de ne pas pouvoir se loger. Ce qui coûte cher, c'est
   d'avoir peur de l'avenir. Ce qui coûte cher, c'est, comme je
   l'entendais tout à l'heure dans l'entreprise que je vous citais, ce qui
   coûte cher, c'est comprendre l'inquiétude des petites retraites et des
   bas salaires, et cette ouvrière qui part à la retraite et qui me dit :
   "Ça fait 40 ans que je travaille, et je vais partir à la retraite avec
   une retraite de 600 euros par mois, c'est-à-dire à peine plus que le
   minimum vieillesse." Et on viendrait me reprocher de vouloir relever
   tout de suite les petites retraites et les bas salaires ! Mais ce n'est
   que justice ! Et non seulement ce n'est que justice, mais c'est aussi
   un levier de l'efficacité économique.
   Car ce qui déprime un pays, c'est cela : c'est la peur de l'avenir. Et
   cette peur de l'avenir, on la sent aujourd'hui à tous les niveaux de la
   société. Je l'ai dit tout à l'heure, on la sent chez les jeunes, qui
   ont du mal à s'insérer dans le monde du travail, on la sent chez les
   parents, qui se demandent si leurs enfants vont encore pouvoir réussir
   à l'école à égalité des chances, on la voit chez les entreprises aussi,
   sous-traitantes, qui sont pressurées par les maisons mères, celles du
   CAC 40, celles dont les centres de décision sont en dehors de nos
   frontières. On la sent aussi, cette inquiétude, chez les agriculteurs
   qui voudraient bien pouvoir continuer à créer des activités et à
   installer des jeunes, et cette réforme-là aussi nous la ferons, pour
   que nos territoires ruraux restent vivants.
   Ce sont toutes ces inquiétudes qui dépriment collectivement la France
   et qui donnent à chacun le sentiment d'être irrésistiblement tiré vers
   le bas. Alors voilà l'enjeu de l'élection présidentielle, c'est d'en
   finir avec ces inquiétudes, c'est de renouer partout le lien social,
   c'est de donner à chacun une vision de son avenir, une espérance
   d'avenir, c'est de garantir partout d'abord que les familles vont bien
   fonctionner et seront aidées au moment où elles en ont besoin et que
   les parents vont pouvoir assumer leur autorité parentale, ensuite que
   l'école va bien marcher et la rentrée scolaire se fera ; après avoir
   cet été, si les Français me font confiance, rétablir les moyens
   scolaires et les postes que la droite vient de supprimer.
   Bien sûr, ce n'est pas quand un pays n'est pas assuré de son avenir
   qu'il faut en rabattre sur l'éducation, bien au contraire, la
   principale bataille de la France, aujourd'hui, c'est la matière grise,
   c'est la formation, c'est l'éducation, encore l'éducation, toujours
   l'éducation. C'est de se dire que si chacun, là où il est, a la
   possibilité de déployer ses talents, alors c'est collectivement que
   nous en serons tous bénéficiaires. C'est cela cette bataille et c'est
   pourquoi je remettrai les priorités dans l'ordre des choses.
   Et la priorité dans l'ordre des choses, c'est celle que je viens de
   vous dire, parce que tout se tient, les familles, l'éducation, ensuite
   la valeur du travail. La valeur travail, ça consiste en quoi la valeur
   travail ? Ça consiste d'abord à lutter contre le chômage. Et quand
   j'entends le candidat de la droite proposer aux salariés d'avoir le
   choix de travailler jusqu'à 70 ans alors qu'il y a déjà tant de chômage
   chez les salariés. Non, pas de "hou !" dans mes réunions ; parce que ce
   sont des enjeux de fond, des choix fondamentaux, que les Français nous
   regardent, qu'ils nous regardent, qu'ils savent qu'ils ne Doivent pas
   se tromper, que c'est un choix d'avenir qu'ils ont à faire. Oui, nous
   n'avons pas la même conception de ce que les uns et les autres nous
   appelons la valeur travail. La valeur travail, c'est d'abord donner du
   travail à tous, la valeur travail, c'est d'abord revaloriser les bas
   salaires, c'est sécuriser par des contrats durables - et je félicite
   les jeunes de leur lutte contre le CPE -, la valeur travail, c'est de
   faire en sorte, une bonne fois pour toutes, la gauche l'a souvent
   promis et pas vraiment réalisé, et nous devrons le faire, la valeur
   travail c'est de faire en sorte que le travail soit moins taxé que le
   capital.
   La valeur travail, c'est de faire en sorte aussi que toute personne qui
   retrouve un emploi ne perde pas de revenus par rapport à une personne
   qui vit des revenus de l'assistance. Et ça aussi, je l'ai entendu tout
   à l'heure. L'une des salariées, l'une des ouvrières me l'a dit, qui vit
   juste au SMIC ou juste au-dessus du SMIC et qui se rend compte qu'avec
   les différents droits sociaux attachés aux revenus de l'assistance,
   parfois quelqu'un qui travaille gagne moins que quelqu'un qui voudrait
   bien d'ailleurs travailler. Eh bien, dans le pacte présidentiel, il y a
   le revenu de solidarité active, c'est-à-dire que désormais toute
   personne qui sort des de revenus de l'assistance et qui retrouve un
   travail verra également son revenu augmenter, c'est-à-dire pourra
   garder un certain nombre d'avantages liés à la situation antérieure
   pour que plus personne ne soit laissé sur le bord de la route, et en
   particulier pour que tous ceux qui cherchent un travail et qui en
   retrouvent un ne soient pas découragés. Je ne suis pas favorable à une
   société de l'assistanat. La gauche, ce n'est pas cela. La gauche, c'est
   la dignité du travail.
   La société que je vous propose, c'est une société du donnant/donnant où
   chacun aura le sentiment que ce qui est donné par la responsabilité
   publique, que ce qui est donné à ceux qui en ont le plus besoin, que
   cette exigence de maintenir les liens de solidarité s'accompagne aussi
   en retour d'un effort de la part de ceux qui reçoivent. Et c'est aussi
   le sens de l'allocation pour les jeunes. Je leur ai dit sans démagogie
   : je ne veux pas qu'il y ait des jeunes en situation de précarité et
   qui, à cause de cette précarité, échouent dans leur formation et dans
   leurs études parce que leurs parents trop modestes n'ont pas les moyens
   de subvenir correctement à leurs besoins. Je veux donc améliorer, parce
   que je crois que c'est façon aussi d'aider les jeunes à choisir une
   bonne orientation, un métier qui leur plaise et de s'insérer dans le
   monde du travail. Ils seront donc aidés par l'amélioration d'un système
   de bourses, mais en contrepartie il leur sera demandé bien sûr, en tout
   premier lieu, de travailler pour réussir leurs études. Ensuite, il leur
   sera bien sûr demandé de choisir des orientations professionnelles qui
   leur permettent de déboucher sur un emploi et, enfin, il leur sera
   demandé, et ce sera vrai aussi, pas seulement pour les jeunes qui
   reçoivent cette aide, mais d'une façon générale, pour tous ceux qui ont
   envie de construire une société solidaire, il leur sera demandé par
   exemple de faire du soutien scolaire auprès des enfants qui en ont le
   plus besoin.
   Et je voudrais à ce sujet vous dire, parce que j'entends à la fois
   mettre en place ces nouvelles règles où chacun sera au clair sur ses
   droits et sur ses devoirs, c'est cela que j'appelle l'ordre juste.
   C'est comme cela que l'on met en place des préventions efficaces, et en
   particulier je le répète, la première des préventions contre la
   délinquance, c'est l'investissement dans l'école, dans la réussite
   scolaire, dans la formation et dans l'emploi. Et comme le disait très
   justement Victor Hugo : "Une école qui ouvre, c'est une prison qui
   ferme."
   Alors tous ces jeunes qui n'ont parfois pas eu la chance d'être
   suffisamment bien encadrés, de comprendre les règles d'organisation
   d'une société qui veut être accueillante à tous les siens, d'où qu'ils
   viennent, dans la diversité de leurs talents, c'est cela aussi la force
   de la France, c'est d'accueillir la diversité de ses talents à
   condition qu'ils aient la conviction profonde que tout est fait pour
   lutter contre toutes les formes de discrimination. C'est cela aussi la
   République nouvelle que j'appelle de mes voeux.
   Et puis il y a une autre inégalité contre laquelle nous devons
   farouchement lutter, et parmi celles que je veux évoquer ce soir je
   veux évoquer aussi celle-ci, c'est l'inégalité devant la culture : la
   République nouvelle sera la République de l'art et de la culture. Là
   aussi, le chantier est immense. Il y a eu tant de recul au cours de ces
   dernières années, et je l'ai senti dans tous les débats participatifs,
   la soif de culture, la volonté et l'envie d'accéder à la beauté et les
   inégalités cruelles devant l'accès à la culture. Songez donc : 80 % des
   Français n'ont jamais, ni les moyens, ni l'occasion, d'assister à un
   spectacle vivant.
   Alors comment se peut-il qu'il y ait d'un côté tant de chômage dans les
   professions du spectacle et de la culture, et de l'autre une telle soif
   culturelle parmi les jeunes, parmi les citoyens en général, et parmi
   tous ceux qui ont pris la parole ? Et la France qui se relève est une
   France culturelle, une France qui donne à chacun le droit d'accès à une
   pratique culturelle, à tous les enfants le droit d'accès à la beauté, à
   tous les citoyens le droit d'accéder au spectacle vivant. Oui, je veux
   une démocratisation culturelle profonde parce que, dans
   l'investissement dans la matière grise dont je vous parlais tout à
   l'heure, l'investissement dans la valeur humaine, l'investissement dans
   l'intelligence collective, celle qui est aujourd'hui si cruellement
   bridée, celle qui est bloquée, celle qui est tirée vers le bas parce
   que, lorsque l'on entend certains discours de la droite on se rend
   compte que, ce qui est flatté, ce n'est pas le beau côté de la personne
   humaine, c'est toujours exciter les peurs, les jalousies, c'est
   toujours une façon de dresser les gens les uns contre les autres.
   J'entends dire qu'on ferait voter les grévistes contre les
   non-grévistes, ceux qui auraient le droit d'avoir des heures
   supplémentaires et les autres, ceux qui devraient travailler au-delà de
   70 ans et ceux qui sont au chômage, ceux qui sont agressés et qui ont
   vu la sécurité reculer ; ceux qui vont bénéficier des allégements
   fiscaux dans le programme de la droite et ceux qui verront les services
   publics reculer.
   Non, je sais, parce que je vous ai écoutés, que vous ne voulez pas
   d'une France qui se délite et qui abandonne les principes fondateurs de
   la République qui a fait notre force. Cette République, nous devons lui
   redonner toute sa portée, toute son ambition, toutes ses exigences,
   nous devons la remettre debout et je pense que nous y arriverons. Nous
   y arriverons parce que je sais que c'est ce que vous voulez. Je sais
   aussi que ce sera difficile la première année, la droite nous laisse un
   pays en mauvais état, avec d'importants déficits, de la dette, mais je
   crois que, si nous faisons ce que nous avons dit, et nous le ferrons
   parce que j'ai écouté pour agir juste et pour tenir parole, le pacte
   présidentiel est un projet cohérent qui s'appuie non seulement sur des
   valeurs, je vous l'ai dit, sur des règles du jeu neuves et claires où
   chacun saura ce qu'il a à faire dans cette France qui veut à nouveau
   bouger et se redresser, mais aussi des décisions rapides, immédiates,
   qui répondront aux urgences, et je l'ai dit et je le répète, aux
   urgences de la lutte contre le chômage, aux urgences de la défense du
   pouvoir d'achat, aux urgences des moyens à rendre à l'école et la
   formation, à l'urgence écologique aussi ; à la nécessité aussi de faire
   revenir la France à la table de l'Europe.
   Oh, je sais, dans cette région, quel a été le résultat du référendum.
   Et ce que je veux vous dire, ce que les Français ont voulu dire, c'est
   qu'ils voulaient une Europe qui protège davantage, une Europe qui donne
   des garanties, une Europe qui se protège contre les délocalisations. Et
   c'est cette Europe là, avec un volet social important, qui n'acceptera
   plus les compétitions vers le bas, vers les pays à bas salaires, qui
   aura le courage de redéfinir des politiques communes, qui réinvestira,
   comme je l'ai dit tout à l'heure, dans la matière grise, dans
   l'innovation et la recherche, mais qui surtout cessera de faire preuve
   de naïveté parce que, lorsque l'on voit les États-Unis proclamer
   l'ultra-libéralisme, en fait ils se protègent et ils savent comment le
   faire. Et l'Europe devra sortir de cette naïveté, l'Europe devra mettre
   en place un volet social efficace, l'Europe devra lutter pour que le
   jeune diplômé puisse rester sur son territoire et déployer tous ses
   talents. Et ce combat-là aussi, il est devant nous, il est urgent. La
   France va présider l'Union européenne au 1er juillet 2008, il y a des
   propositions qui ont été faites par les Partis socialistes européens,
   et en particulier pour que les pays européens adoptent l'idée d'un
   salaire minimum, l'idée d'une protection sociale commune, l'idée de
   l'égalité salariale entre les hommes et les femmes. Et là aussi on en
   est loin. L'idée d'un système de retraite digne pour tous.
   Et c'est vous dire que la France doit jouer puisque, ces valeurs-là,
   vaille que vaille, nous les avons toujours défendues et nous allons les
   reconstruire là où la droite les a détruites. Alors, c'est aussi par
   rapport à ce message universel aussi que nous devons redresser la
   France parce que nous sommes regardés dans le reste du monde. Le reste
   du monde regarde ce qui va se passer. Le reste du monde aussi, comme
   vous, attend un changement, et un changement profond, et en particulier
   les pays les plus pauvres qui attendent aussi une réduction des écarts
   entre les pays riches et les pays pauvres, seule façon de mettre fin
   aux migrations de la misère.
   Et nous avons une responsabilité, nous avons imposé à ces pays des
   modes de développement qui aujourd'hui les ruinent petit à petit, alors
   que dans les pays chauds, et en particulier les pays africains, ils
   sont au-dessus d'eux l'énergie solaire, l'énergie gratuite. Et quand on
   voit le sous-équipement de ces pays, on se dit : mais qu'ont fait les
   pays industrialisés ? Qu'ont fait les anciennes puissances coloniales
   après avoir pillé les ressources ? Elles n'ont même pas été capables de
   donner à ces pays l'occasion de saisir leur chance et leurs atouts par
   rapport à ce qu'ils avaient. C'est ce combat aussi que nous voudrons
   conduire.
   Et c'est pourquoi ce combat, je vous demande, dans cette dernière ligne
   droite, de le conduire. C'est à vous qu'il appartient de vous en
   saisir. C'est vous la France présidente parce que c'est vous qui allez
   vous mettre en mouvement. Et quand j'entends des interrogations sur
   l'identité nationale, mais moi je ne me pose pas ses questions. Il
   était temps, pour toutes les femmes et les hommes de progrès de se
   réapproprier les symboles fondamentaux.
   Il était temps de ne pas laisser à l'extrême droite la Marseillaise, le
   chant de toutes les libertés, le chant de toutes les résistances aux
   injustices, ce champ contre toutes les oppressions, repris dans tous
   les pays du monde et dans tous ceux qui luttent contre les oppressions,
   ce chant que Louise Michel, qui avait connu, elle aussi, vous le savez,
   durement la privation des libertés, faisait entonner à ses élèves le
   matin et le soir et, comme elle l'écrivait, à chaque fois elle ne
   pouvait pas s'empêcher de pleurer.
   Et donc ce chant, c'est bien sûr le chant de notre identité. Mais nous,
   hommes et femmes de gauche, nous sommes aussi tournés vers les autres
   et nous ne demandons pas aux Français d'où ils viennent, aux citoyens
   qui sont sur notre sol, aux étrangers qui nous apportent leur force de
   travail, on ne leur demande pas d'où ils viennent, mais où ils veulent
   aller ensemble.
   Et c'est ce cela que je vous demande aujourd'hui, c'est de savoir où
   nous voulons aller ensemble. Et nous voulons aller ensemble vers
   davantage de justice, nous la voulons cette France plus juste, nous la
   voulons cette France plus forte, nous la voulons cette France qui
   reprend confiance en elle.
   Alors, c'est à vous de vous en saisir, c'est à vous d'aller vers les
   autres, c'est à vous de construire cette France présidente. C'est à
   vous.
   Vive la République, vive la France, et c'est à moi de vous écouter !
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