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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Rencontre avec les Ultramarins de métropole (31/03/2007)
   Mes chers amis,
   Je suis profondément touché de vous voir si nombreux ce soir. Cela me
   fait chaud au coeur de sentir votre soutien, de savoir que je peux
   compter sur vous. Pour moi, l'accès à la plus haute fonction de l'État
   n'est pas une fin en soi. Si je mène ce combat, c'est que j'ai l'intime
   conviction que les choses ne peuvent plus continuer comme avant.
   Que vous soyez de sensibilité de droite ou de gauche, peu importe ! Ce
   qui nous réunit, ce soir, dépasse ce genre de considérations. Parce que
   ce qui nous fédère, c'est, tout simplement, l'amour de l'outre-mer. Je
   ressens votre volonté de changement dans la façon de faire de la
   politique. Parler avec franchise, considérer que les mots engagent pour
   l'avenir et que, par conséquent, on ne peut pas promettre tout et son
   contraire ; voilà ce que vous attendez !
   Ce soir, je sais qu'il y a, dans cette salle, une majorité de Français
   originaire d'outre-mer qui vivent depuis longtemps en métropole. Mais
   il y a, aussi, de nombreux compatriotes d'outre-mer qui ont fait le
   chemin pour nous rejoindre et je veux les saluer. C'est important car
   on ne peut pas séparer les Ultramarins de métropole de ceux restés au
   pays, comme s'il s'agissait de deux catégories de populations
   totalement différentes! Les familles, bien que séparées, restent des
   familles, les étudiants viennent suivre leur cursus et repartent, les
   fonctionnaires changent d'affectations... Les échanges sont donc
   incessants. Et c'est cela qui fait l'originalité d'un grand pays comme
   la France. Nous devons être, tous, fiers de former une communauté en
   mouvement qui est rassemblée par une communauté de valeurs.
   Ce soir, je veux m'adresser à vous en tant que Français. Je ne suis pas
   de ceux qui entretiennent les communautarismes. Je le rappelais la
   semaine dernière, en Martinique : la France n'est ni une race, ni une
   ethnie. C'est une façon d'être, de vivre, c'est un idéal, une
   espérance. C'est donc à vous tous que je veux parler, du fond du coeur
   et sans fard. À vous tous, Français à part entière !
   Cela fait maintenant longtemps que je m'investis sur les questions de
   l'outre-mer. Je n'ai pas attendu les dernières semaines de la campagne
   présidentielle pour commencer à m'intéresser à vous. Non, mon
   engagement est un engagement de long terme parce que je sais que votre
   identité est complexe et, qu'en vérité, il y a autant d'identités et de
   réalités qu'il y a de collectivités d'outre-mer.
   Le projet que j'ai proposé pour l'outre-mer est un projet sérieux. Il
   n'est pas un simple catalogue de mesures. Il propose une stratégie et
   n'hésite pas à être sélectif pour être crédible. Il est le fruit d'une
   expérience personnelle acquise au cours de nombreux voyages effectués
   durant ces deux dernières années. Il est, aussi, le fruit de nombreuses
   rencontres qui m'ont enrichi et, parfois, ont modifié ma perception des
   choses.
   Lors de la convention du 12 juillet dernier, organisés dans le cadre de
   l'UMP et exclusivement consacrée à l'outre-mer-une première -j'ai eu
   l'occasion de dessiner les axes de mon projet pour la France
   d'outre-mer. Depuis, ce projet a été enrichi et précisé mais ma
   philosophie n'a pas changé. Pour moi, l'outre-mer n'est pas un
   "problème", "un dossier" ou une "charge budgétaire". L'outre-mer est
   pour la France un formidable atout, une fenêtre ouverte sur le monde.
   C'est un potentiel humain, écologique et économique extraordinaire pour
   notre nation !
   L'outre-mer, ce sont trois millions et demi de Français, dont un
   million qui vivent en métropole ! L'outre-mer, c'est le poumon
   écologique que constitue la forêt guyanaise, ce sont les plus beaux
   lagons du monde en Calédonie, en Polynésie ou à Mayotte ! L'outre-mer,
   c'est un domaine maritime de plus de 11 millions de km2 qui fait de la
   France la deuxième puissance maritime du monde et ce sont
   d'extraordinaires réserves minières ! L'outre-mer, c'est, enfin, la
   France des trois Océans, la France de plain-pied dans la mondialisation
   ! La Réunion, dans l'Océan indien, est aux portes de l'Afrique et aux
   confins de la péninsule indienne. La Guadeloupe, Saint-Barthélemy,
   Saint-Martin et la Martinique relient, dans l'Arc antillais, les deux
   Amériques. La Guyane est en Amazonie, alors que les îles de
   Saint-Pierre et Miquelon sont tournées vers le Canada ; la
   Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française, dans
   l'Océan Pacifique, sont à proximité de l'Asie et de l'Australie.
   J'aimerais que chaque Français prenne conscience de la chance que nous
   avons d'avoir un territoire si vaste, aux cultures si diverses. Mais
   cette réalité ne doit pas occulter les difficultés rencontrées : celles
   du chômage, de l'insécurité, du logement insalubre ou des problèmes de
   santés non résolus. Et c'est pour cela que toute mon énergie, je la
   consacrerai à la résolution des problèmes concrets rencontrés par nos
   concitoyens d'outre-mer. Je veux être le Président qui s'attaquera aux
   vrais problèmes du quotidien, tels qu'ils sont exprimés par nos
   concitoyens sur le terrain, et non tels qu'ils sont perçus par quelques
   personnes bien établies à Paris. Je ne crois pas que la priorité pour
   l'outre-mer soit l'évolution institutionnelle de tel ou tel territoire
   ou bien encore l'organisation de festivals en tous genres. Les vrais
   problèmes sont ailleurs.
   C'est pour cela que mes priorités opérationnelles s'articulent autour
   de trois idées simples :
   - Il nous faut continuer à reconnaître à la fois les spécificités et la
   diversité de l'Outre-mer,
   - Il nous faut définir des priorités autour des questions de sécurité
   et de développement économique, avec des choix précis et une
   concentration des efforts sur les secteurs réellement porteurs,
   - Il nous faut développer une solidarité, qui ne se confonde pas avec
   l'assistanat, et qui soit au service de l'égalité des chances.
   Ces axes m'ont permis de décliner de multiples propositions que vous
   connaissez pour la plupart. Ces propositions ont été étudiées avec
   minutie et sont réalistes. Je n'en rappellerai que quelques-unes.
   En matière de sécurité, je veux impliquer davantage les forces armées
   dans la protection de nos territoires contre l'immigration clandestine
   massive ou les grands trafics de drogue car je pense qu'il s'agit là
   d'un véritable enjeu de souveraineté nationale. Je veux, aussi,
   remettre à niveau les prisons en outre-mer car trop souvent elles ne
   sont pas dignes.
   En matière économique, je veux tout faire pour créer les conditions
   d'un vrai décollage économique de nos collectivités d'outre-mer. Ceci
   est, à mes yeux, fondamental car ce n'est que par le développement
   d'activités endogènes que l'on créera de l'emploi et des richesses. Ce
   ne n'est que par le développement économique que l'on sortira les
   territoires d'outre-mer d'une relation d'assistanat dont les
   Ultramarins ne veulent plus eux-mêmes !
   Je connais mieux maintenant le caractère fier des Français d'outre-mer
   et je sais qu'ils aspirent, avant tout, à pouvoir vivre du fruit de
   leur travail, debout ! C'est pour cela que j'ai fait de nombreuses
   propositions fortes et précises en matière économique. Je veux, en plus
   de la défiscalisation, créer dans les DOM des zones franches globales
   d'activités ciblées sur des secteurs porteurs. J'ai eu à de multiples
   reprises l'occasion d'expliquer le contenu de ces zones franches ; je
   n'y reviens donc pas.
   Pour les territoires où l'État ne dispose plus de la compétence
   fiscale, je souhaite que la solidarité nationale s'exerce différemment.
   Je veux que l'on se concentre sur la réalisation des infrastructures
   nécessaires au développement économique. Je pense, par exemple, à la
   réalisation d'une piste longue à l'aéroport de Pamandzi, à Mayotte, qui
   permettra d'exporter davantage de fret et de développer le tourisme ou
   bien, encore, au soutien des projets miniers de la Nouvelle-Calédonie.
   Je veux aussi développer, partout, une logique de pôle d'excellence
   alliant entreprises, laboratoires de recherche et Universités, à
   l'image de ce qui a été réalisé à la Réunion avec le pôle de
   compétitivité "Qualitropic".
   Mon ambition pour l'outre-mer est à la fois simple et précise : je
   souhaite mettre au coeur de mon projet chaque femme et chaque homme.
   Notre priorité doit être tournée vers le développement, l'emploi et
   l'amélioration des conditions de vie des Ultramarins.
   Pour cela, il faut refaire du travail une valeur centrale. Car c'est en
   travaillant davantage que nous créerons davantage de richesse et que
   nous pourrons organiser une solidarité plus efficace envers les plus
   faibles. J'ai toujours pensé que l'assistanat était la pire des
   politiques que ce soit en outre-mer ou en métropole. L'assistanat
   aliène les hommes sans même qu'ils s'en aperçoivent. Je veux construire
   une relation entre la puissance publique et les Français fondée sur le
   respect de la dignité. Et cela passe par le fait de donner à chacun un
   travail et de ne pas créer de droits qui ne soient assortis de devoirs.
   Contrairement à ce que l'on entend parfois, cela ne veut pas dire que
   j'ai l'intention de supprimer le RMI ! Pas du tout ! Cela veut dire que
   pour les personnes en âge de travailler, les minima sociaux doivent
   être transitoires. Le but doit rester la reprise d'activité.
   Concrètement, je veux que tout bénéficiaire d'un minimum social ait une
   obligation effective d'activité, qu'il s'agisse d'une formation ou d'un
   travail d'intérêt général.
   Le corollaire de tout cela, c'est qu'il faut que le travail paye ! Je
   veux être le Président du pouvoir d'achat. Le problème est général :
   les salaires sont trop bas en France alors que les prix ont augmenté.
   Il faut donc redonner du pouvoir d'achat à ceux qui travaillent, qui se
   lèvent tôt le matin. Les Français d'outre-mer savent travailler. J'ai
   visité de nombreuses entreprises performantes à la Réunion, en
   Guadeloupe ou en Martinique. J'ai visité, en métropole, des hôpitaux et
   des commissariats où les Français d'outre-mer sont là, tôt le matin et
   tard le soir. Vous savez mieux que quiconque ce que travailler signifie
   et je ne laisserai personne caricaturer votre image !
   Je veux, pour tous ces travailleurs, que les heures supplémentaires
   soient toutes rémunérées 25% de plus que les heures normales, quelle
   que soit la taille de l'entreprise, et qu'elles soient exonérées de
   toutes charges fiscales et sociales afin qu'elles soient plus payantes
   pour les salariés et moins chères pour les entreprises. Quatre heures
   de travail en plus par semaine sans charges, c'est 1.980 euros net en
   plus à la fin de l'année pour tout salarié rémunéré au SMIC. Voilà la
   réalité concrète !
   En matière d'éducation, il est aussi urgent d'agir plus efficacement!
   Nous n'avons pas le droit de brader l'avenir de nos enfants.
   L'outre-mer compte une population jeune très importante. 50% de la
   population a moins de 20 ans à Mayotte, 50% de la population a moins de
   25 ans en Guyane et en Nouvelle-Calédonie ! C'est un atout si nous
   relevons le défi de la qualité de l'enseignement. C'est pour cela que
   je veux donc renforcer les moyens dédiés au système éducatif pour
   répondre aux besoins de scolarisation et de formation de la jeunesse
   ultramarine. Dans les collectivités qui subissent une forte pression
   démographique et migratoire, il faut assurer la scolarisation de tous
   les enfants dans des conditions acceptables et promouvoir des formules
   d'écoles de la 2ème chance pour lutter contre l'échec scolaire. Je
   souhaite également favoriser une meilleure articulation entre la
   formation et l'emploi pour offrir un avenir à tous les jeunes, grâce à
   l'enseignement professionnel mais aussi en favorisant les conventions
   avec les plus grandes écoles de métropole. Car la jeunesse de
   l'outre-mer a droit à l'excellence !
   D'une façon plus générale, je veux réinstaurer l'Autorité au sein du
   système éducatif. Je n'accepte pas que l'autorité des maîtres puisse
   être bafouée par quelques trouble-fête. Pour moi, la scolarité, c'est
   aussi l'école de la vie en société ; on y apprend ses codes et ses
   valeurs fondamentales, comme celle du respect. Cela se traduit par des
   choses simples comme le fait que, lorsque le maître rentre dans la
   classe, les élèves se lèvent !
   Le logement est aussi une question fondamentale à mes yeux. Je sais
   que, dans beaucoup de communes d'outre-mer, les moyens font défaut pour
   faire face à l'enjeu de la construction de logements neufs. C'est pour
   cela que j'ai été le premier à avoir préconisé de définir un taux de
   défiscalisation plus favorable pour le financement du logement social
   locatif mais aussi pour le logement intermédiaire en accession à la
   propriété. Tous les Français, qu'ils soient de métropole ou d'outre-mer
   souhaitent devenir propriétaires de leurs logements et je veux que ce
   rêve soit accessible à tous ceux qui vivent du fruit de leur travail !
   Le logement n'est pas juste "un sujet comme un autre". Il est l'élément
   de base du cadre de vie, il fait partie de la dignité de la personne.
   Comment peut-on espérer créer les conditions d'une réelle égalité des
   chances si nous laissons nos enfants d'outre-mer vivre dans des
   habitations insalubres ?
   La santé est un autre volet fondamental de la condition humaine. Il ne
   peut y avoir deux poids et deux mesures en matière de santé. Les
   plateaux techniques sont souvent performants en outre-mer. Mais les
   structures sont parfois encore insuffisantes ; je pense notamment à la
   Guyane. Il y a, de plus, un certain nombre de secteurs dans lesquels
   les insuffisances sont criantes ; par exemple, la psychiatrie ou la
   prise en charge des toxicomanes aux Antilles.
   Voilà quelques-unes de mes priorités pour l'outre-mer. Il y aurait bien
   d'autres sujets à aborder mais je voudrais maintenant en venir aux
   questions qui concernent plus directement les Ultramarins qui vivent en
   métropole.
   Cela fait longtemps, là aussi, que je réfléchis aux problèmes qui sont
   les vôtres. J'ai beaucoup écouté les différentes associations qui vous
   représentent. Je n'ai pas toujours été d'accord sur toutes les
   revendications exprimées mais j'ai pris conscience qu'il fallait faire
   plus et mieux pour prendre en compte la réalité de ce que vous vivez.
   Je veux remercier, ce soir, Patrick KARAM dont le franc-parler a su, à
   plusieurs reprises, me convaincre. Je veux aussi le remercier car il a
   su, avec Marie-Dominique AESCHLIMANN, vous rassembler en un puissant
   réseau de comités de soutien dont je mesure la valeur. Merci, aussi, à
   Léon BERTRAND, qui a fédéré tous les élus d'outre-mer qui me
   soutiennent parfois au-delà des traditionnels clivages politiques. J'ai
   besoin de vous, de vous tous, sans exception !
   Loin de vos territoires d'origine, je sais que votre positionnement
   dans la société française n'est pas toujours facile. Je sais que vous
   êtes soucieux de défendre votre identité française à part entière, en
   même temps que votre spécificité.
   Mes amis, natifs ou originaires d'outre-mer, m'ont souvent décrit ce
   que vous ressentiez comme l'expression d'un triple sentiment : un
   sentiment d'éviction, d'amalgame et d'abandon. Sentiment d'éviction
   lorsque vous constatez, malgré votre nombre, votre "invisibilité" dans
   la sphère publique, politique et médiatique. Sentiment d'amalgame
   lorsque certains prétendent, à tort, vous associer à une communauté
   noire d'origine africaine. Sentiment d'abandon, parfois, lorsqu'en
   métropole depuis longtemps, vous ne vous sentez pas tout à fait
   intégrés mais que, "de retour au pays", vous n'êtes pas, non plus, tout
   à fait chez vous... Je pense qu'il y a là un vrai sujet qu'il faut
   aborder sans démagogie mais avec énergie. C'est d'ailleurs pour cela
   que j'ai souhaité faire ce qu'aucune autre formation politique n'avait
   fait jusqu'à maintenant : désigner dans l'organigramme du parti que je
   dirige un Secrétaire national, Marie-Dominique AESCHLIMANN,
   spécifiquement dédié aux Ultramarins de métropole.
   Après avoir entendu vos messages portés, notamment, par la
   "Coordination nationale des comités de soutien des originaires
   d'outre-mer", je veux vous faire un certain nombre de propositions
   concrètes ce soir.
   Je sais que la question identitaire est importante à vos yeux. Elle
   l'est aussi aux miens. Car je suis convaincu que l'on ne peut être
   passionnément Français que si l'on a su demeurer intensément soi-même,
   avec ses racines locales, son histoire, sa culture, voire sa langue. Ma
   conviction, c'est que, dans une démocratie mature, la République peut
   et doit faire davantage de place aux identités et cultures d'Outre-mer
   car, en réalité, elles font partie de nous-même.
   C'est la raison pour laquelle je suis favorable à l'enseignement des
   langues et cultures régionales dans leurs territoires d'origine et que
   je suis même favorable à leur enseignement en métropole lorsque que la
   demande est suffisamment importante pour justifier un investissement du
   système éducatif. N'oublions pas que le, les créoles constituent
   l'ensemble de langues régionales le plus important de France par le
   nombre de locuteurs...
   C'est aussi pour cela que le devoir de mémoire est, à mes yeux,
   important. Il permet de construire l'avenir sur de nouvelles bases. Il
   n'y a plus de faux-semblants et de non-dits : l'Histoire est regardée
   en face. Le Président de la République a fixé au 10 mai la journée
   nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. La nation,
   dans son ensemble, peut désormais prendre conscience de ce qu'a été
   l'esclavage et de l'importance de lutter contre toutes les formes
   modernes de cette infamie. Mais je sais qu'il y a d'autres dates
   importantes pour les domiens de métropole concernant la mémoire de
   l'esclavage, comme par exemple celle du 23 mai. Je saurai, le moment
   venu, faire inscrire dans l'Histoire ces dates importantes.
   Il faut, parallèlement à cela, combler le déficit de reconnaissance
   symbolique des ultramarins. Cela peut prendre plusieurs formes.
   Cela peut consister à corriger le déficit d'image de l'Outre-mer et des
   Ultramarins dans les médias. Le paysage audio-visuel est certainement
   en partie responsable du fait que l'Outre-mer soit mal connu et que son
   image soit souvent caricaturée. C'est la raison pour laquelle
   j'intégrerai, dans les missions du CSA, celle de la promotion de
   l'Outre-mer dans tous ses aspects culturels, historiques et
   géographiques. Il ne s'agit pas, seulement, de la présentation
   quotidienne de la météo des collectivités d'outre-mer. Il s'agit,
   surtout, de veiller à la recherche d'un équilibre dans le traitement
   des sujets d'actualité mais aussi des émissions de fond.
   Combler le déficit de reconnaissance, c'est aussi promouvoir davantage,
   à talent égal, des originaires d'outre-mer dans la sphère
   administrative aux postes d'autorité. C'est dans cette logique que,
   comme Ministre de l'Intérieur, j'ai déjà nommé, dans le corps
   préfectoral, plusieurs Hauts fonctionnaires talentueux venant de
   l'Outre-mer et, notamment, trois Préfets et six Sous-préfets. C'est la
   même dynamique qui doit nous animer en politique mais sans démagogie !
   Combler le déficit de reconnaissance symbolique, c'est, enfin, mettre
   en lumière les grands hommes et femmes que l'Outre-mer a donné à la
   France. C'est la raison pour laquelle j'ai fait changer le nom de
   l'aéroport de la Martinique, le 16 janvier dernier, pour le baptiser du
   nom d'Aimé CESAIRE. Je l'ai fait malgré les réticences administratives
   car jamais le nom d'un personnage vivant n'avait été donné à un
   équipement de ce type. Je l'ai fait car je crois que c'est justice
   vis-à-vis du grand poète et de l'homme d'engagements et de paix qu'est
   Aimé CESAIRE. C'est une façon de rappeler aux Français ce que notre
   culture, notre identité nationale doit à l'Outre-mer.
   Mais l'identité, il ne suffit pas de la reconnaître, il faut la faire
   vivre, lui permettre de s'épanouir ! Je crois que la création d'un lieu
   consacré à l'Outre-mer pourrait contribuer à cet épanouissement. L'idée
   d'une "Maison de l'Outre-mer" a souvent été évoquée mais n'a jamais été
   suivie d'effets. Je pense pourtant que, bien conçu, un lieu
   spécifiquement consacré à l'Outre-mer pourrait avoir tout son sens. Ce
   serait un lieu de conservation et de valorisation des richesses des
   différentes collectivités d'outre-mer mais aussi un lieu de rencontre
   et de sociabilité pour des communautés souvent éparpillées. Ce pourrait
   être, par la même occasion, un centre d'affaires pour des responsables
   économiques et politiques qui ne cessent de voyager dans le but de
   développer leurs territoires.
   Enfin, sur un plan plus pratique, je crois qu'il ne faut pas se cacher
   que les Français d'Outre-mer ont à faire face à de nombreuses
   difficultés en métropole que l'on ne soupçonne même pas. Ces
   difficultés économiques et sociales sont réelles et souvent différentes
   de celles rencontrées par les Français issus de l'immigration.
   Elles sont de plusieurs ordres. Il peut s'agir, dans certains cas,
   comme lors de la recherche d'un emploi, de véritables discriminations
   fondées sur la couleur de peau. Il peut aussi s'agir de simples
   problèmes administratifs liés au particularisme de la situation
   objective des Ultramarins. Ces problèmes administratifs spécifiques se
   traduisent par de sérieuses difficultés dans la recherche d'un logement
   ou dans la réalisation de certaines démarches bancaires. Le rapport
   annuel de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour
   l'équité (HALDE) de 2005 soulignait, par exemple, les discriminations
   fréquentes en matière de logement que subissent les étudiants
   ultramarins vivant en métropole, du fait que les bailleurs exigent que
   leur caution soit domiciliée en métropole.
   Quelles que soient leurs origines, ces discriminations sont
   inacceptables et doivent être combattues avec force. Mais leur
   identification et leur résolution demandent une capacité d'analyse et
   d'intervention forte et constante. C'est la raison pour laquelle je
   souhaite créer une "Délégation interministérielle pour la cohésion
   sociale et l'égalité des chances des Français d'Outre-mer et d'origine
   ultra-marine".
   La mission du Délégué interministériel consistera à identifier tous les
   types de discriminations objectives rencontrés et à proposer des
   solutions concrètes pour y remédier. Cette Délégation
   interministérielle aura pour but d'assurer une égalité réelle des
   Français d'Outre-mer devant les services publics et les services privés
   à la personne : logement, services bancaire et téléphonique notamment.
   Elle aura aussi comme mission la lutte contre les discriminations à
   l'embauche ou celles relatives à la promotion sociale dans le secteur
   public et le secteur privé. Elle pourra, enfin, faire des propositions
   en matière de lutte contre les discriminations de nature culturelle :
   apprentissage des langues régionales d'outre-mer en métropole, présence
   des Français d'Outre-mer dans les médias audiovisuels, promotion et
   diffusion des cultures d'Outre-mer en métropole.
   Sans attendre les premiers travaux de la Délégation interministérielle,
   je veux formuler, dès à présent, quelques propositions qui me
   paraissent prioritaires et sur lesquelles je m'engage.
   Pour favoriser l'égalité des chances des étudiants d'origine
   ultramarine, je veux créer une "Maison des étudiants de l'Outre-mer".
   Elle sera probablement située dans l'actuelle Cité universitaire
   internationale. Les premières démarches sont déjà engagées.
   Par ailleurs, je m'assurerai personnellement que les opérateurs
   immobiliers respectent la législation que l'actuel Gouvernement a
   introduites pour interdire les refus des cautions provenant de
   l'outre-mer. Ces refus représentaient un obstacle inacceptable au
   logement des Ultramarins en métropole et notamment au logement des
   étudiants ! Or, même après le changement de législation, il semblerait
   qu'un certain nombre d'opérateurs ne jouent toujours pas le jeu. Cela
   entrave la mobilité des étudiants et les échanges entre l'outre-mer et
   la métropole. Je ne laisserai pas cette situation perdurer. On est en
   France ou on ne l'est pas!
   Pour lutter contre les discriminations, je veux, d'ailleurs, mettre en
   place des formations spécifiques pour les policiers et les gendarmes
   afin qu'ils puissent combattre plus efficacement toutes les formes de
   discriminations. Ces discriminations sont parfois très insidieuses et
   discrètes mais, pourtant, elles sont bien réelles ! Cela justifie, à
   mon sens, de spécialiser des fonctionnaires de la police de notre
   République car les discriminations et les racismes sont le cancer de
   notre société.
   Je veux, enfin, tout faire pour que, malgré les distances, les liens de
   familles puissent subsister entre les Ultramarins qui vivent en
   outre-mer et ceux qui vivent en métropole. Ce qui est en jeu, c'est le
   maintien de la cohésion des familles et l'égalité des chances des
   jeunes en cours de formation.
   C'est la raison pour laquelle je considère depuis déjà bien longtemps
   que la continuité territoriale, aérienne et numérique, est une absolue
   priorité. Et je n'ai pas attendu pour agir puisque, en tant que
   Ministre, je me suis engagé pour cette cause comme aucun Ministre de
   l'Intérieur ne l'avait fait jusque là. En matière de continuité
   aérienne notamment, je viens de faire modifier les règles qui
   restreignaient jusque là la concurrence sur les destinations des
   Départements d'outre-mer. Dorénavant, les compagnies charters pourront
   vendre des vols "charters secs", sans séjour d'hôtel associé, sur
   l'outre-mer. Cela leur était interdit jusqu'à présent. C'est une
   première étape concrète, même si d'autres mesures devront être prises.
   La modification des modalités de prise de congés bonifiés est une autre
   piste intéressante. Mon intention n'est évidemment pas de remettre en
   cause les congés bonifiés, bien au contraire ! En revanche, je pense
   que le système actuel est trop rigide et qu'il se retourne parfois
   contre l'intérêt des Ultramarins eux-mêmes. Je propose un dispositif
   "gagnant/gagnant", qui aurait pour effet de mieux étaler les périodes
   de congés et, donc, de favoriser une baisse des tarifs des billets
   d'avion. Il consiste à laisser les agents choisir la durée de leurs
   congés et à leur attribuer un chèque, d'un montant équivalent à un
   tarif moyen de haute saison, dont ils pourront conserver le solde pour
   leurs dépenses de vacances. Ainsi, tout le monde y gagnerait : l'agent,
   l'administration, qui ne jouerait plus les "agents de voyage", et même
   les compagnies aériennes, qui verraient leur clientèle mieux répartie
   dans le temps.
   J'ajoute, pour être complet sur cette importante question des congés
   bonifiés, que je souhaite simplifier et uniformiser les critères
   d'attribution de ces congés car il n'est pas normal que l'octroi de ce
   droit dépende de l'appréciation discrétionnaire de chaque
   administration ou établissement public.
   Enfin, je pense qu'il faut revoir la façon dont la mobilité et la
   promotion sont organisées dans la fonction publique entre la métropole
   et l'outre-mer. La mobilité des fonctionnaires est une bonne chose mais
   je crois qu'il faut savoir adapter nos exigences au contexte
   particulier de l'outre-mer. Certains concours nationaux doivent être
   organisés localement afin de pourvoir des postes locaux. En revanche,
   je vais être honnête : je pense qu'il ne serait pas conforme aux
   principes républicains que ces recrutements soient réservés aux seuls
   domiens. Imaginerait-on que les domiens soient écartés des concours
   organisés en métropole? Je suis pour le volontarisme mais contre une
   logique de quotas qui se retournerait contre les Ultramarins eux-mêmes
   en créant un doute sur la réalité de leurs mérites. Vous n'attendez pas
   la charité, vous demandez l'égalité des chances ! Voilà ce pourquoi je
   me bats depuis le début!
   Mes chers amis,
   Je n'ai fait ce soir que tracer, à grands traits, mon projet pour vous.
   Ma plus grande frustration, durant cette campagne, est de ne pas avoir
   pu me rendre dans tous les territoires d'outre-mer où, pourtant,
   j'étais attendu. Je pense à Mayotte, à la Polynésie, à la
   Nouvelle-Calédonie, à Saint-Pierre et Miquelon, ainsi qu'à Wallis et
   Futuna. C'est pourquoi je me suis adressé directement à ces territoires
   en envoyant aux populations une longue lettre personnelle précisant mes
   principaux engagements pour eux.
   Ce soir, si vous me le permettez, je voudrais dire aux Mahorais, aux
   Polynésiens, aux Calédoniens, aux Wallisiens et Futuniens, aux
   Saint-Pierrais et Miquelonais que je pense à eux. Qu'ils ont, dans mon
   coeur, la même place que les autres Français d'outre-mer, c'est-à-dire
   une place toute particulière. Je sais que vous avez plus besoin de moi
   que d'autres Français et je ne vous oublierai pas.
   Ma personnalité est différente de celle des hommes politiques que vous
   avez connus. Je ne suis pas un adepte des grands discours
   compassionnels ; je ne suis pas, non plus, un adepte des déclarations
   d'amour le matin, le midi et le soir, qui finissent par perdre tout
   leur sens.
   L'engagement total dans l'action, la volonté d'apporter des idées
   neuves et le refus de la fatalité, c'est ma façon... peut-être plus
   authentique... de vous aimer.
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