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Discours politique
Arlette Laguiller, Discours à Lille (05/04/2007)
   Travailleuses, travailleurs, camarades et amis
   Oui, la situation des travailleurs de la région du Nord-Pas-de-Calais
   est représentative de la situation de l'ensemble du monde du travail,
   et sur certains points en pire.
   Le chômage de masse, avec toutes ses conséquences dans tous les
   domaines sur la vie sociale, sur la vie personnelle de tant de familles
   ouvrières, sur leur santé même. Et pendant qu'une partie du monde du
   travail maintenue au chômage est poussée à la misère, dans les
   entreprises les patrons font crever au travail ceux qui ont la chance
   d'avoir un emploi.
   La pauvreté est visible dans tous les quartiers populaires, dans toutes
   ces zones qui étaient industrielles et qui sont aujourd'hui laissées en
   friche, le matériel comme les hommes.
   Les classes populaires ont besoin de réponses urgents sur au moins
   trois des problèmes les plus vitaux dont découlent tous les autres, le
   chômage, l'écroulement du pouvoir d'achat et la situation dramatique du
   logement. Pourtant, les candidats que l'on qualifie de "grands" parce
   qu'ils ont une chance d'être au second tour, amusent la galerie avec
   des gadgets.
   Pour Sarkozy, le dernier en date de ces gadgets est la TVA sociale.
   Elle consiste, en résumé, en ceci qu'il veut abaisser encore plus les
   cotisations sociales des entreprises et compenser les baisses des
   recettes que cela représente pour la Sécurité sociale par une
   augmentation de la TVA. Cette idée n'a pu germer que dans la tête d'un
   homme dévoué corps et âme au grand patronat. Elle consiste en dernier
   ressort à faire payer deux fois les travailleurs. En supprimant les
   charges patronales, il réduit en fait les salaires dont les charges
   sociales font partie ; en augmentant la TVA, il augmente l'impôt le
   plus injuste qui soit, l'impôt sur la consommation qui n'est pas
   proportionnel, que les plus pauvres paient au même taux que les plus
   riches et qui, en conséquence, pèse surtout sur les pauvres.
   Quant à Ségolène Royal, son nouveau gadget, c'est le "Contrat Première
   Chance". Ce contrat s'adresse aux petites entreprises artisanales ou
   commerciales qui emploient moins de dix salariés. Pour celles qui
   accepteraient d'embaucher un jeune qui débute, l'État paierait le
   salaire et la cotisation sociale pendant un an. En contrepartie, le
   commerçant ou l'artisan devrait embaucher ce jeune avec un "contrat
   stable et durable", mais, bien sûr, "s'il donne satisfaction". Ce
   serait, en somme, une longue période d'essai qui ne coûterait rien à
   l'employeur.
   Voilà la variante "socialiste" du Contrat Nouvelles Embauches, avec un
   an seulement pour la période d'essai, mais entièrement financée par
   l'État. Une belle aubaine pour les employeurs ! Cela les incitera à
   embaucher sous ce contrat ceux dont ils ont besoin.
   Mais en quoi cela créera-t-il des emplois supplémentaires ? Et,
   surtout, en quoi cela débouchera-t-il sur un emploi "stable et
   définitif" ?
   Bayrou, lui, mérite une mention spéciale pour son gadget qui est la
   suppression de l'ENA. Vous parlez d'une décision qui va changer la face
   du monde !
   Alors, après avoir brodé pendant longtemps sur l'identité nationale,
   sur le drapeau français à agiter le 14 juillet, voilà les nouveaux
   thèmes sur lesquels brodent depuis quelques jours les médias, chacun
   avec son petit commentaire. Voilà aussi les thèmes sur lesquels ils
   interrogent les autres candidats alors que tout cela, c'est de la
   poudre aux yeux qui n'a aucun rapport avec la vie réelle et avec les
   besoins réels des classes populaires.
   Or, la situation d'une bonne partie du monde du travail est
   catastrophique, et elle demande des solutions urgentes.
   Eh bien, j'affirme qu'un gouvernement représentant réellement les
   intérêts de la population pourrait s'attaquer immédiatement et
   efficacement à la crise du logement, au chômage massif et à la
   dégradation du pouvoir d'achat. Mais il faudrait qu'au lieu de
   privilégier les intérêts de la classe capitaliste, il cherche, un peu,
   à rétablir l'équilibre en prenant sur les privilèges de celle-ci pour
   améliorer les classes populaires. Le financement pourrait en être
   assuré par une augmentation des impôts, mais une augmentation sélective
   touchant les bénéfices des grandes sociétés et les revenus les plus
   élevés.
   Ce sont ces grandes sociétés qui portent une responsabilité majeure
   dans l'installation durable d'un chômage de masse. Alcatel Lucent, dont
   vient de parler ma camarade, pas plus qu'EADS dont dépend Airbus ne
   sont de petites entreprises, mais des mastodontes, avec des chiffres
   d'affaires colossaux et des profits qui sont en conséquence, même s'ils
   varient. Tous les deux procèdent pourtant à la suppression de milliers
   d'emplois.
   Airbus et Alcatel-Lucent ne sont pas des exceptions. Bien d'autres
   entreprises, de Michelin à Peugeot-Citroën, en passant par France
   Télécom, Arkema ou Nestlé, suppriment des emplois ou se préparent à le
   faire. Voilà la principale cause du chômage.
   Par ailleurs, l'État a supprimé en vingt ans des centaines de milliers
   de postes, et sans doute beaucoup plus dans les services publics ou
   dans l'Administration, emplois qui contribuaient à la vie quotidienne
   des classes populaires, des bureaux de poste dans les villages, des
   hôpitaux et des maternités de proximité. Dans les administrations en
   contact avec le public, c'est pareil, et il faut de plus en plus de
   temps pour obtenir une carte d'identité, un passeport, une carte grise
   ou un document officiel quelconque. Sans même parler des suppressions
   dramatiques de postes dans l'enseignement.
   Alors, quand le gouvernement ose affirmer que le chômage n'a jamais été
   aussi bas depuis plus de vingt ans, il ment ! Les organismes officiels
   eux-mêmes désavouent les chiffres du gouvernement. Eurostat, l'office
   statistique européen vient de rectifier les chiffres. L'INSEE, elle,
   n'ose pas publier les siens pour ne pas contredire le gouvernement en
   pleine période électorale. Du côté de l'ANPE, il y a de plus en plus de
   témoignages pour montrer toutes les techniques utilisées pour rayer des
   chômeurs des listes.
   Mais, au-delà des statistiques, il y a tout simplement le témoignage de
   la vie de tous les jours, il y a ce que chaque travailleur constate,
   quand ce n'est pas dans sa famille, c'est chez les voisins, les amis.
   Être licencié et tomber dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui
   cela arrive et à leurs familles. Mais c'est aussi un immense gâchis
   social. Ces femmes et ces hommes écartés de la production, ce sont des
   compétences, des énergies, du savoir-faire, qui sont laissés en friche,
   au détriment de toute la société. Et tout cela, à cause de l'aberration
   de l'organisation capitaliste de l'économie, de la concurrence entre
   les groupes industriels et financiers.
   Le logement est une autre catastrophe sociale depuis des dizaines
   d'années mais qui n'a jamais été aussi grave. Selon la Fondation Abbé
   Pierre, un million deux cents mille ménages sont sur listes d'attente
   de HLM, et ils risquent d'y rester encore longtemps vu qu'on ne
   construit peu de nouveaux logements sociaux.
   Et deux autres millions, sinon plus, sont logés dans des logements de
   fortune, chez des parents, dans des campings, voire des taudis infects.
   Et maintenant, la trêve hivernale terminée, les expulsions locatives
   recommencent. C'est révoltant, d'autant que, depuis quelques années,
   les loyers se sont véritablement envolés pour des raisons spéculatives.
   Alors, non seulement il faut interdire les expulsions, mais il faut
   aussi plafonner les loyers aux montants où ils étaient avant cette
   vague de spéculation.
   Le troisième problème est la détérioration inexorable du niveau de vie.
   Même pour ceux qui ont la chance d'avoir toujours travaillé en CDI, les
   salaires sont bloqués.
   Alors que les salaires sont bloqués, les prix continuent à augmenter.
   Et là aussi, bien au-delà de ce qui ressort des statistiques
   mensongères et des indices faussés du gouvernement ! Les indices Insee
   intègrent aussi bien des produits de consommation courante pour les
   classes populaires que des produits qu'on n'achète que rarement, voire
   pas du tout. Ce n'est pas parce que le prix des écrans plats a été
   divisé par deux en deux ans que cela compense la hausse du prix du kilo
   de viande, de légumes ou de fruits que l'on consomme tous les jours !
   Il suffit de faire ses courses pour constater la hausse des prix.
   À celle-ci, s'ajoute l'accroissement des prélèvements divers. La baisse
   des remboursements de Sécurité sociale, les forfaits non remboursables
   qui se multiplient, grèvent lourdement les budgets les plus modestes.
   Les salaires, même de ceux qui ne sont pas tombés dans la précarité,
   sont notoirement insuffisants, ne serait-ce que pour assurer un pouvoir
   d'achat comparable à celui d'il y a trente ans.
   Comme sont notoirement insuffisantes les pensions de retraite et
   l'allocation pour handicapés.
   Alors, les candidats dits grands à l'élection présidentielle peuvent
   raconter ce qu'ils veulent, s'agiter sur scène, faire des promesses de
   camelot, leurs propositions doivent être jugées en fonction de leur
   capacité à résoudre, ou pas, les problèmes vitaux des classes
   populaires.
   On ne peut résoudre aucun de ces graves problèmes sans imposer une
   autre utilisation des bénéfices des entreprises, qui profite cette fois
   à la collectivité.
   Pour mettre fin au chômage : il faut commencer par interdire tout
   licenciement collectif aux grandes entreprises sous peine de
   réquisition. Une fraction au moins des profits présents et accumulés
   dans le passé devrait servir à financer le maintien des emplois
   existants, voire à procéder à des embauches supplémentaires. Plutôt
   qu'user les uns au travail par des heures supplémentaires ou par
   l'augmentation du rythme de travail, pendant que d'autres sont laissés
   dans l'inactivité forcée, il faut répartir le travail entre tous avec
   maintien des salaires.
   L'État, de son côté, peut et doit créer des emplois dans les services
   publics qui se dégradent tous, faute d'effectifs en nombre suffisant.
   Il faut embaucher le personnel nécessaire dans les hôpitaux publics,
   dans les maisons de retraite, dans les transports publics, à
   l'Éducation nationale.
   Pour financer cet effort indispensable, il faut, en premier lieu,
   réorienter les dépenses budgétaires. Faut-il financer la Défense
   nationale, si mal nommée puisqu'elle ne sert en rien à la défense du
   pays mais seulement à des guerres extérieures, en Afrique ou en
   Afghanistan ? Ou augmenter les crédits de l'Éducation nationale ?
   Qu'est-ce qui est le plus utile à la société : financer la force de
   frappe nucléaire ou maintenir les hôpitaux et maternités de proximité ?
   La réponse va de soi.
   Tout en réorientant le budget de l'État vers des dépenses utiles à
   toute la population, il faut en augmenter les recettes. Il est
   scandaleux que la plus grande part des recettes de l'État provienne de
   la TVA et autres impôts indirects, qui ne sont pas progressifs et qui
   frappent surtout les classes populaires et, de fait, les plus pauvres.
   La part de l'impôt sur les bénéfices des sociétés ou sur les hauts
   revenus est, en revanche, de plus en plus faible.
   L'économie marche sur la tête. Alors qu'on impose de plus en plus les
   classes populaires, on touche de moins en moins à la masse d'argent que
   constituent les profits.
   Si on veut répondre aux problèmes les plus urgents, il faut faire
   l'inverse. Il faut imposer bien plus fortement les bénéfices des
   grandes entreprises et les revenus des plus riches. L'impôt sur le
   revenu doit être fortement progressif et sans plafonnement et sans
   bouclier fiscal.
   Le simple fait de rétablir l'impôt sur les bénéfices de son taux actuel
   de 33 % aux 50 % du temps de Giscard obligerait les 40 entreprises les
   plus importantes du pays, celles du CAC 40, à payer 17 milliards
   d'euros d'impôt de plus, c'est-à-dire près du double du trou de la
   Sécurité sociale.
   Pour résoudre le problème du logement populaire : il faut créer un
   grand service public du logement qui se charge de construire d'urgence
   sous sa direction le nombre de logements nécessaires soit, au moins,
   deux millions en deux ans et sans passer par les bétonneurs privés. Il
   faut que l'État réquisitionne les terrains nécessaires, comme il sait
   le faire pour la construction d'une autoroute.
   Des documents gouvernementaux ont établi que le montant total des
   "aides publiques aux entreprises" est de 65 milliards. Mais, en
   comptant les aides déguisées qui ne sont pas comptabilisées dans les
   documents officiels, on peut estimer que le montant des subventions
   directes et indirectes atteint, voire dépasse les 100 milliards. Ces
   aides ne servent en rien les intérêts de la collectivité. Elles sont
   purement et simplement ajoutées par les entreprises à leurs bénéfices.
   Cette somme pourrait et devrait être consacrée au financement de la
   construction de logements sociaux. Le problème des logements pour les
   trois millions de mal-logés de ce pays pourrait être résolu en deux ou
   trois ans.
   Pour stopper la dégradation du pouvoir d'achat, le Smic doit être
   immédiatement porté à 1500 euros net mensuels. Aucun travailleur, aucun
   retraité, aucun handicapé ne doit percevoir un revenu inférieur au Smic
   qui est un minimum pour vivre. Par ailleurs, tous les salaires, du
   public et du prié, doivent être augmentés de 300 euros par mois. Tous
   les contrats précaires doivent être transformés en contrats à durée
   indéterminée. Le travail à temps partiel imposé doit être interdit.
   Ces exigences ne sont pas arbitraires. Les 300 euros d'augmentation
   correspondant à peu près à ce que chaque salarié, même en CDI, a perdu
   en pouvoir d'achat.
   Et je tiens à assurer de toute ma solidarité les travailleurs de
   PSA-Citroën à Aulnay qui sont en grève depuis un mois sur ces objectifs
   qui sont, en réalité, communs à tout le monde du travail : 300 euros
   net d'augmentation pour tous, pas de salaires inférieurs à 1500 euros
   net, embauche en CDI de tous les intérimaires ! Ils ont levé un drapeau
   que, tôt ou tard, l'ensemble des travailleurs lèveront car imposer ces
   revendications est le seul moyen d'arrêter la dégradation de notre
   niveau de vie.
   Il faut, enfin, que toutes les mesures prises par Balladur et Fillon
   contre les retraités soient annulées. Évoquer la croissance du nombre
   de retraités par rapport à la population active, pour justifier la
   diminution des pensions et le report de l'âge de la retraite, est une
   escroquerie. La productivité ayant considérablement augmenté depuis un
   demi-siècle, augmenter la pension des retraités est possible à
   condition que les fruits du progrès ne soient pas accaparés par le seul
   patronat.
   Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou ni Ségolène Royal ne proposent
   une politique susceptible de répondre aux besoins des masses populaires
   sur ces trois problèmes vitaux que sont le chômage, le coût de la vie
   et le logement. Ce sont pourtant des exigences vitales, urgentes !
   Les classes populaires n'ont rien de bon à attendre de Sarkozy. Sa
   seule préoccupation est d'assurer aux possédants les meilleures
   conditions pour valoriser leurs capitaux et accroître leurs revenus. En
   guise de lutte contre le chômage, Sarkozy n'a rien d'autre à proposer
   que des réductions de charges des cadeaux fiscaux aux patrons afin de
   les "inciter" à créer des emplois. Une recette que tous les
   gouvernements ont utilisée, avec le résultat qu'on sait. Les patrons
   empochent les cadeaux, les ajoutent à leurs profits, sans créer des
   emplois.
   En guise d'augmentation du pouvoir d'achat, Sarkozy propose ce slogan
   "travailler plus pour gagner plus" ! C'est d'autant plus cynique que
   les près de trois millions de chômeurs complets n'ont pas de travail du
   tout. Leur proposer de "travailler plus" est une sinistre plaisanterie.
   Quant aux trois autres millions qui n'ont qu'un emploi précaire
   intermittent ou un temps partiel non choisi, combien d'entre eux
   voudraient pouvoir travailler même les 35 heures hebdomadaires contre
   lesquelles Sarkozy est en guerre ? Et puis, quelle est l'usine, la
   banque ou la grande surface où ce sont les ouvriers et les employés qui
   choisissent librement la durée de leur temps de travail ?
   Exonérer les patrons de charges sociales et fiscales sur les heures
   supplémentaires, comme le promet Sarkozy, est non seulement leur faire
   un beau cadeau, mais c'est une façon de les pousser à faire crever au
   travail leurs travailleurs et de ne pas embaucher.
   Il est criminel d'imposer des heures supplémentaires à ceux qui ont du
   travail. Ce qu'il faut faire, c'est empêcher le patronat de licencier
   ou de recourir aux contrats précaires. Il faut remplacer les heures
   supplémentaires par des emplois supplémentaires.
   Quant à Ségolène Royal, si certaines de ses propositions peuvent
   apparaître, si elles ne restent pas à l'état de promesses, comme des
   améliorations dans certains domaines, elle ne propose rien non plus qui
   puisse éliminer le chômage, assurer la hausse générale du niveau de vie
   et résoudre le problème du logement pour ceux dont les revenus sont
   faibles.
   Contre le chômage ? En plus du Contrat Première chance, elle propose
   aux jeunes "les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place avec
   un objectif de 500 000 emplois-tremplins". Cela ressemble aux
   emplois-jeunes qui ont, certes, dépanné des jeunes mais qui n'ont
   jamais été pérennisés. "Emplois-tremplins" dit bien ce que cela veut
   dire, c'est que c'est provisoire.
   Pour la majorité des cinq ou six millions de chômeurs et de
   demi-chômeurs, de précaires, il n'y a aucun engagement, ni même aucune
   proposition.
   Contre la baisse du pouvoir d'achat, Ségolène Royal propose 1500 euros
   brut comme salaire minimum, mais seulement pour la fin de son mandat,
   c'est-à-dire dans cinq ans ! Et rien pour les salaires autres que le
   Smic, si ce n'est une promesse de "négociations entre partenaires
   sociaux". Mais on sait que, dans ce genre de rencontres, réunissant
   patrons et syndicats, il n'y a rien à négocier et que quand les patrons
   disent non, les syndicats n'ont qu'à s'incliner.
   Pour le logement, Ségolène Royal propose la construction de 120.000
   logements sociaux par an. Cela signifie qu'il faudra attendre dix ans
   pour que le million deux cents mille demandeurs qui sont sur liste
   d'attente de HLM aient satisfaction, et ceci sans compter les
   demandeurs ultérieurs, ni les 2 autres millions de mal-logés !
   Mais, en revanche, Ségolène Royal n'a pas l'intention d'arrêter les
   milliards d'aides aux entreprises. Elle n'a pas, non plus, l'intention
   de toucher au budget de la défense et, en particulier, à celui de la
   "force de frappe". Soit dit en passant, le fait de se déclarer pour la
   bombe atomique n'a pas empêché ni Sarkozy ni Royal de signer le "Pacte
   écologique" de Nicolas Hulot...
   Quant à Bayrou, il a un discours qui se veut différent de celui de
   Sarkozy. Mais, sur le plan social, ses propositions sont les mêmes.
   Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose.
   Mais on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le
   véritable pouvoir ne leur appartient pas. Président et ministres sont
   aux ordres et gèrent en fonction de ce que leur demandent ceux qui
   possèdent les capitaux, les propriétaires des plus grosses entreprises
   qui assurent le véritable pouvoir dans ce pays et que personne, à part
   une minorité d'actionnaires, n'a élus.
   Pour la droite et l'extrême droite, la vocation des entreprises, leur
   mission même, c'est de rapporter le maximum de profit à leurs
   propriétaires et à leurs actionnaires. En conséquence, pour eux tout ce
   qui est bon pour le profit est bon pour la société, même si
   l'accroissement des profits résulte d'une aggravation de
   l'exploitation, d'emplois supprimés pour les uns et d'usure au travail
   plus intense pour les autres ; même si l'accroissement des profits a
   pour contrepartie l'aggravation de la pauvreté des classes laborieuses
   ! Sarkozy est le porte parole du grand patronat et Bayrou ne lui cède
   rien sur ce terrain.
   Mais voilà que Ségolène s'y met à son tour. Oh, lorsqu'elle s'exclame,
   dans une interview à l'hebdomadaire Challenges, qu'elle veut
   "réconcilier la France avec l'esprit d'entreprise", elle n'est pas
   d'une grande originalité même à la direction de son parti ! Pierre
   Bérégovoy, Premier ministre de François Mitterrand, en son temps,
   voulait "réconcilier les Français avec la Bourse". Si Ségolène Royal a
   insisté : les profits sont nécessaires".
   Nécessaire, le profit ? Oui, nous l'expliquent doctement des
   commentateurs de tout bord, nécessaire pour assurer les
   investissements.
   Mais le problème réside précisément là. Alors que les grandes
   entreprises réalisent des profits colossaux, elles n'investissent même
   pas !
   Les profits ont avoisiné, l'an dernier, la somme sans précédent de 100
   milliards d'euros, rien que pour les quarante premières entreprises
   cotées en Bourse ! Mais ces profits ne sont pas, depuis des années, la
   source de forces productives, de moyens de production nouveaux,
   créateurs d'emplois et de biens de consommation à un niveau qui fasse
   baisser leurs prix. Ils ne servent que très partiellement à élargir la
   production. Ils servent surtout à de faux investissements qui
   consistent à racheter tout ou partie d'entreprises qui existent déjà.
   Cela non seulement ne crée pas d'emplois nouveaux, mais le plus souvent
   en supprime.
   Élargir le marché n'intéresse pas les groupes capitalistes car la
   production ne rapporte pas le taux de profit élevé qu'ils exigent. En
   se disputant les entreprises existantes, les groupes financiers se
   disputent des parts de marché.
   Cette incapacité d'élargir la production et, par là même, de créer de
   nouveaux emplois est à la base de la crise actuelle. De plus, la
   rivalité autour des parts de marché alimente une surenchère permanente
   qui engloutit des milliards et, par là-même, contribue à accroître le
   poids de la finance et alimente la spéculation financière avec le
   risque de crises financières ou boursières. Toute l'économie est en
   permanence sous la menace des fluctuations de la Bourse.
   Voilà en substance pourquoi, malgré la croissance des profits,
   l'économie est organiquement incapable de répondre aux problèmes les
   plus graves qui pèsent sur les classes populaires.
   Aussi je tiens à faire savoir, à affirmer, à convaincre le maximum
   d'électeurs des classes populaires dans cette campagne que, sans s'en
   prendre aux pouvoirs du grand patronat, on ne peut rien faire pour
   améliorer le sort des classes populaires, on ne peut même pas arrêter
   la dégradation de leurs conditions d'existence.
   Il faut, avant tout, supprimer le secret des affaires, le secret
   bancaire, derrière lesquels se barricadent les conseils
   d'administration pour refuser tout contrôle, tout regard de la
   collectivité sur leurs affaires. Il fatu que quiconque, travailleur ou
   consommateur, qui a eu connaissance d'un projet d'une entreprise
   nuisible à la collectivité puisse le rendre public sans encourir la
   rigueur de la loi, comme actuellement.
   Il faut imposer que la collectivité puisse avoir un contrôle sur les
   comptabilités de toutes les grandes sociétés, sur tous leurs projets à
   court et à long terme. Il ne s'agit pas seulement de donner le bilan
   qu'elles donnent aux comités d'entreprise, il s'agit de contrôler les
   comptabilités au jour le jour, mais aussi les comptes en banque des
   dirigeants, des principaux actionnaires et des proches.
   Il faut imposer le contrôle des liens de chaque entreprise avec ses
   fournisseurs, avec ses sous-traitants, avec ses prestations de
   services. Pourquoi une entreprise choisit-elle d'externaliser certaines
   de ses activités, comme c'est la mode ? À quel prix, le sous-traitant
   ou le prestataire facture-t-il ses services ? Avec quels
   dessous-de-table ? À quel niveau se dégage le profit ? Et à qui va-t-il
   Comment se fait-il par exemple que les grandes chaînes de distribution,
   tout en comprimant le prix auquel elles achètent leur production aux
   petits producteurs, ne baissent pas les prix à la consommation ?
   Le dirigeant d'une entreprise connaît tout sur les revenus de ses
   salariés. La justice, c'est que les salariés connaissent tout sur les
   revenus de leur patron, et pas seulement sa paie théorique.
   Un plan de licenciement ou un plan de délocalisation sont étudiés des
   mois avant à l'avance.
   Eh bien, il faut que les travailleurs, que la population, soient
   avertis dès qu'une hypothèse de ce genre-là est évoquée pour pouvoir
   s'organiser et se défendre. Mais si ce contrôle existe, ils peuvent
   faire plus.
   Si l'on vérifie d'où vient l'argent, par où il passe, et où il va, si
   on vérifie si les investissements qui figurent au bilan ne sont pas de
   simples rachats d'autres entreprises, on verra qu'on peut satisfaire
   bien des revendications indispensables au monde du travail et, plus
   généralement, à la population. Et qu'on peut largement augmenter les
   salaires.
   Alors, si je me présente, c'est pour dire aux miens, au monde du
   travail, qu'il ne faut pas être dupe des marionnettes politiques qui
   occupent le devant de la scène et qui nous jouent la comédie du
   pouvoir, alors que, derrière la scène, c'est le grand patronat qui tire
   les ficelles.
   Je sais que tous ceux qui, dans les classes populaires, en ont assez de
   l'arrogance de la droite, voudraient s'en débarrasser. Nombreux sont
   celles et ceux qui n'attendent pas grand-chose d'autre de l'élection
   que le plaisir de voir Sarkozy ravaler ses ambitions. Bien sûr que je
   comprends et je partage l'envie de se débarrasser et de Sarkozy et de
   la droite. Mais, la satisfaction de s'être débarrassé du gouvernement
   de droite, se révélera amère si le gouvernement de gauche qui lui
   succèdera reprend à son compte sa politique, comme cela est arrivé bien
   souvent dans le passé.
   Le PS appelle à voter utile dès le premier tour, c'est-à-dire à voter
   pour Ségolène Royal. Mais à quoi servirait le premier tour si les
   électeurs n'en profitaient pas pour exprimer ce qu'ils veulent, tandis
   qu'au deuxième tour ils ne pourront que voter pour le moins mauvais ou
   le moins pire des deux candidats. Il ne faut pas laisser passer
   l'occasion du premier tour pour affirmer les exigences des exploités et
   de la population. Le chantage au "vote utile" est destiné seulement à
   faire taire les exploités et leurs exigences. Il ne faut pas que, face
   au duo Sarkozy-Royal, la seule opposition vienne de la droite et de
   l'extrême droite, d'un Bayrou ou d'un Le Pen.
   Il faut que le camp des travailleurs lève son propre drapeau pour
   montrer que le choix politique ne se réduit pas à différentes nuances
   dans la façon de servir les intérêts du grand patronat.
   Je sais, bien sûr, que je ne peux pas être élue. Une candidate qui
   combat leur système n'a qu'une seule chance d'être élue : être portée
   par une très puissante lutte sociale, des grèves, des manifestations,
   par l'action collective de millions d'exploités. Mais, même élue dans
   ce genre de circonstances exceptionnelles, je ne pourrais rien faire
   sans que l'action de la classe ouvrière se prolonge bien au-delà des
   élections. Le pouvoir patronal, les puissances de l'argent, ne
   reculeront que devant la pression puissante de la masse des exploités,
   réunissant dans la même action ceux qui ont le droit de vote comme ceux
   qui, travailleurs immigrés, en sont injustement privés.
   Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd'hui.
   Mais voter pour ma candidature, c'est affirmer son accord avec le
   programme que je viens de développer et lui donner assez de crédit pour
   que les futures luttes sociales en reprennent les objectifs.
   Le vote pour ma candidature sera un vote de protestation venant
   clairement des classes laborieuses. Seul ce vote permettra aux
   électeurs de dire qu'ils en ont assez que la politique menée soit
   toujours favorable au grand patronat, aux banques, aux plus riches.
   Qu'ils en ont assez que, en raison des cadeaux faits à ces gens-là, on
   soit incapable de mettre fin au chômage, d'assurer un logement correct
   à tous et de donner des salaires permettant de vivre correctement à
   ceux grâce à qui les usines, les banques, les chaînes commerciales
   tournent et que l'économie fonctionne. Les votes, même s'ils sont
   nombreux, ne remplaceront pas les mouvements de lutte sociale
   indispensables, mais ils peuvent contribuer à le préparer en
   popularisant des objectifs et en donnant confiance.
   Aidez-nous ! Faites en sorte que soient nombreux ceux qui votent pour
   ma candidature. Les voix qui se porteront sur ma candidature seront
   autant d'encouragements pour tous ceux que la situation actuelle
   révolte à ne pas se résigner en leur montrant qu'une fraction de la
   classe ouvrière se prépare à imposer par la lutte ce que la droite leur
   refuse et que la gauche n'est pas prête à leur accorder.
   Et, surtout, il faut que les votes en ma faveur et qui contestent
   l'ordre social soient suffisamment importants pour que le grand
   patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état
   d'esprit des classes populaires. Il faut qu'ils aient des raisons d'y
   entrevoir les mouvements sociaux indispensables pour changer notre
   avenir à tous !
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