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Discours politique
Arlette Laguiller, Discours à Reims (11/04/2007)
   Travailleuses, travailleurs, camarades et amis
   Les principaux problèmes auxquels se heurtent les classes populaires
   depuis des années sont le chômage de masse qui touche pour ainsi dire
   toutes les familles ouvrières, la dégradation du pouvoir d'achat des
   salariés, même ceux qui ont un emploi stable et, à plus forte raison,
   ceux qui courent après des emplois précaires, et enfin la gravité de la
   crise du logement. Ces problèmes ne sont pas les seuls mais beaucoup
   d'autres en découlent.
   Il est urgent, vital, qu'une réponse efficace soit donnée à ces
   problèmes. Et, pourtant, les candidats qui ont une chance d'être élus
   amusent la galerie avec des gadgets.
   Les derniers en date des propos de campagne n'ont non seulement aucun
   rapport avec les problèmes réels des classes populaires, mais ils sont
   nauséabonds. Comment qualifier autrement les déclarations d'un Sarkozy
   affirmant que la pédophilie est inscrite dans les gênes, ou encore le
   discours ordurier de Le Pen qui s'en prend à Sarkozy -qui cherche
   pourtant à lui ressembler- en le traitant de candidat issu de
   l'immigration alors que, lui, il serait issu du terroir !
   Quelques jours avant, Sarkozy a inventé le "droit opposable à la garde
   d'enfant" ! Depuis que le gouvernement a trouvé l'expression "droit au
   logement opposable", elle commence à faire des petits. Le "droit au
   logement opposable" n'a pas fait surgir du sol un seul de ces logements
   sociaux qui manquent. Pas plus que le "droit opposable à la garde
   d'enfant" ne créera les milliers de crèches qui manquent et dont
   l'insuffisance pèse lourdement en particulier sur les femmes
   travailleuses.
   Alors, oui, il faudrait des milliers de crèches supplémentaires,
   réparties de telle sorte que l'on puisse en trouver en proximité de
   chez soi, car les femmes ne se contenteront pas de mots !
   Quant à Ségolène Royal, sa nouvelle trouvaille, c'est le "Contrat
   Première Chance". Ce contrat s'adresse aux petites entreprises
   artisanales ou commerciales qui emploient moins de dix salariés. Pour
   celles qui accepteraient d'embaucher un jeune qui débute, l'État
   paierait le salaire et les cotisations sociales pendant un an. En
   contrepartie, le commerçant ou l'artisan devrait embaucher ce jeune
   avec un "contrat stable et durable", mais, bien sûr, "s'il donne
   satisfaction". Ce serait, en somme, une longue période d'essai qui ne
   coûterait rien à l'employeur.
   Les candidats de droite proposent aux patrons de diminuer encore leurs
   cotisations sociales pour toute embauche, Ségolène Royal, elle, leur
   offre un salarié gratuit. On peut difficilement faire mieux. Quel est
   l'employeur qui refuserait l'aubaine qui lui serait ainsi offerte ?
   Quant à réduire le chômage des jeunes, l'effet sera nul. Car ces
   embauches en CP(C)E viendraient se substituer, pour les patrons
   concernés, à des embauches qu'ils auraient eu besoin de faire, voire
   même se substituer à des emplois existants.
   La proposition de Ségolène Royal ressemblait tellement à feu le
   "contrat première embauche" que les protestations ont fusé même dans le
   milieu des jeunes du PS. Du coup, Ségolène Royal modifie son projet. Ce
   contrat ne sera pas un contrat, mais un simple tutorat ; il ne durera
   pas un an, mais seulement trois mois. C'est en tout cas la dernière
   version, mais il y en aura peut-être d'autres. Mais ce n'est
   certainement pas une façon de combattre le chômage, pas même celui des
   jeunes.
   Alors, après avoir brodé pendant quelque temps sur l'identité
   nationale, sur le drapeau français à agiter le 14 juillet, voilà les
   nouveaux thèmes sur lesquels brodent depuis quelques jours les médias,
   chacun avec son petit commentaire. Voilà aussi les thèmes sur lesquels
   ils interrogent les autres candidats, alors que tout cela, c'est de la
   poudre aux yeux, qui n'a aucun rapport avec la vie réelle et avec les
   besoins réels des classes populaires.
   Or, la situation d'une bonne partie du monde du travail est
   catastrophique, et elle demande des solutions urgentes.
   Eh bien, j'affirme qu'un gouvernement représentant réellement les
   intérêts de la population pourrait s'attaquer immédiatement et
   efficacement à la crise du logement, au chômage massif et à la
   dégradation du pouvoir d'achat. Mais il faudrait qu'au lieu de
   privilégier les intérêts de la classe capitaliste, il cherche, un peu,
   à rétablir l'équilibre en prenant sur les privilèges de celle-ci pour
   améliorer la situation des classes populaires. Le financement pourrait
   en être assuré par une augmentation des impôts, mais une augmentation
   sélective, touchant les bénéfices des grandes sociétés et les revenus
   les plus élevés.
   Ce sont ces grandes sociétés qui portent une responsabilité majeure
   dans l'installation durable d'un chômage de masse. Alcatel Lucent pas
   plus qu'EADS dont dépend Airbus ne sont de petites entreprises, mais
   des mastodontes, avec des chiffres d'affaires colossaux et des profits
   qui sont en conséquence, même s'ils varient. Tous les deux procèdent
   pourtant à la suppression de milliers d'emplois.
   Airbus et Alcatel-Lucent ne sont pas des exceptions. Bien d'autres
   entreprises, de Michelin à Peugeot-Citroën, en passant par France
   Télécom, Arkema ou Valéo, suppriment des emplois ou se préparent à le
   faire. Voilà la principale cause du chômage.
   Par ailleurs, l'État a supprimé en vingt ans des centaines de milliers
   de postes, et sans doute beaucoup plus dans les services publics ou
   dans l'Administration, emplois qui contribuaient à la vie quotidienne
   des classes populaires, des bureaux de poste dans les villages, des
   hôpitaux et des maternités de proximité. Sans même parler des
   suppressions dramatiques de postes dans l'enseignement.
   Alors, quand le gouvernement ose affirmer que le chômage n'a jamais été
   aussi bas depuis plus de vingt ans, il ment ! Les organismes officiels
   eux-mêmes désavouent les chiffres du gouvernement. Eurostat, l'office
   statistique européen, vient de rectifier les chiffres. L'INSEE, lui,
   n'ose pas publier les siens pour ne pas contredire le gouvernement en
   pleine période électorale. Du côté de l'ANPE, il y a de plus en plus de
   témoignages pour montrer toutes les techniques utilisées pour rayer des
   chômeurs des listes.
   Mais, au-delà des statistiques, il y a tout simplement le témoignage de
   la vie de tous les jours, il y a ce que chaque travailleur constate :
   quand ce n'est pas dans sa famille, c'est chez les voisins, les amis.
   Être licencié et tomber dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui
   cela arrive et à leurs familles. Mais c'est aussi un immense gâchis
   social. Ces femmes et ces hommes écartés de la production, ce sont des
   compétences, des énergies, du savoir-faire, qui sont laissés en friche,
   au détriment de toute la société. Et tout cela, à cause de l'aberration
   de l'organisation capitaliste de l'économie, de la concurrence entre
   les groupes industriels et financiers.
   Le logement est une autre catastrophe sociale depuis des dizaines
   d'années, mais qui n'a jamais été aussi grave. Selon la Fondation Abbé
   Pierre, un million deux cents mille ménages sont sur listes d'attente
   de HLM, et ils risquent d'y rester encore longtemps, vu qu'on construit
   peu de nouveaux logements sociaux. Et deux autres millions, sinon plus,
   sont logés dans des logements de fortune, chez des parents, dans des
   campings, voire dans des taudis infects.
   Et maintenant, la trêve hivernale terminée, les expulsions locatives
   recommencent. C'est révoltant, d'autant que, depuis quelques années,
   les loyers se sont véritablement envolés pour des raisons spéculatives.
   Alors, non seulement il faut interdire les expulsions, mais il faut
   aussi plafonner les loyers aux montants où ils étaient avant cette
   vague de spéculation.
   Le troisième problème est la détérioration inexorable du niveau de vie.
   Même pour ceux qui ont la chance d'avoir toujours travaillé en CDI, les
   salaires sont bloqués.
   Alors que les salaires sont bloqués, les prix continuent à augmenter.
   Et là aussi, bien au-delà de ce qui ressort des statistiques
   mensongères et des indices faussés du gouvernement ! Les indices Insee
   intègrent aussi bien des produits de consommation courante pour les
   classes populaires, que des produits qu'on n'achète que rarement, voire
   pas du tout. Ce n'est pas parce que le prix des écrans plats a été
   divisé par deux en deux ans que cela compense la hausse du prix du kilo
   de viande, de légumes ou de fruits que l'on devrait consommer tous les
   jours ! Il suffit de faire ses courses pour constater la hausse des
   prix.
   À celle-ci, s'ajoute l'accroissement des prélèvements divers. La baisse
   des remboursements de Sécurité sociale, les forfaits non remboursables
   qui se multiplient, grèvent lourdement les budgets les plus modestes.
   Les salaires, même de ceux qui ne sont pas tombés dans la précarité,
   sont notoirement insuffisants, ne serait-ce que pour assurer un pouvoir
   d'achat comparable à celui d'il y a trente ans. Comme sont notoirement
   insuffisantes les pensions de retraite et l'allocation pour handicapés.
   Alors, les candidats dits grands à l'élection présidentielle peuvent
   raconter ce qu'ils veulent, s'agiter sur scène, faire des promesses de
   camelot, leurs propositions doivent être jugées en fonction de leur
   capacité à résoudre, ou pas, les problèmes vitaux des classes
   populaires.
   On ne peut résoudre aucun de ces graves problèmes sans imposer une
   autre utilisation des bénéfices des entreprises, une utilisation qui
   profite cette fois à la collectivité.
   Pour mettre fin au chômage, il faut commencer par interdire tout
   licenciement collectif aux grandes entreprises, sous peine de
   réquisition. Une fraction au moins des profits présents et accumulés
   dans le passé devrait servir à financer le maintien des emplois
   existants, voire à procéder à des embauches supplémentaires. Plutôt
   qu'user les uns au travail par des heures supplémentaires ou par
   l'augmentation du rythme de travail, pendant que d'autres sont laissés
   dans l'inactivité forcée, il faut répartir le travail entre tous avec
   maintien des salaires.
   L'État, de son côté, peut et doit créer des emplois dans les services
   publics, qui se dégradent tous, faute d'effectifs en nombre suffisant.
   Il faut embaucher le personnel nécessaire dans les hôpitaux publics,
   dans les maisons de retraite, dans les transports publics, à
   l'Éducation nationale.
   Pour financer cet effort indispensable, il faut, en premier lieu,
   réorienter les dépenses budgétaires. Faut-il financer la Défense
   nationale, si mal nommée puisqu'elle ne sert en rien à la défense du
   pays, mais seulement à des guerres extérieures, en Afrique ou en
   Afghanistan ? Ou faut-il augmenter les crédits de l'Éducation nationale
   ? Qu'est-ce qui est le plus utile à la société : financer la force de
   frappe nucléaire, ou maintenir les hôpitaux et maternités de proximité
   ? La réponse va de soi.
   Tout en réorientant le budget de l'État vers des dépenses utiles à
   toute la population, il faut en augmenter les recettes. Il est
   scandaleux que la plus grande part des recettes de l'État provienne de
   la TVA et autres impôts indirects. La part de l'impôt sur les bénéfices
   des sociétés ou sur les hauts revenus est, en revanche, de plus en plus
   faible.
   L'économie marche sur la tête. Alors qu'on impose de plus en plus les
   classes populaires, on touche de moins en moins à la masse d'argent que
   constituent les profits.
   Si on veut répondre aux problèmes les plus urgents, il faut faire
   l'inverse. Il faut imposer bien plus fortement les bénéfices des
   grandes entreprises et les revenus des plus riches. L'impôt sur le
   revenu doit être fortement progressif, et sans plafonnement, et sans
   bouclier fiscal.
   Le simple fait de rétablir l'impôt sur les bénéfices, de son taux
   actuel de 33 %, aux 50 % du temps de Giscard obligerait les 40
   entreprises les plus importantes du pays, celles du CAC 40, à payer 17
   milliards d'euros d'impôt de plus, c'est-à-dire près du double du trou
   de la Sécurité sociale.
   Pour résoudre le problème du logement populaire, il faut créer un
   office national du logement, qui se charge de construire d'urgence,
   sous sa direction, le nombre de logements nécessaires, soit, au moins,
   deux millions en deux ans, et sans passer par les bétonneurs privés. Il
   faut que l'État réquisitionne les terrains nécessaires, comme il sait
   le faire pour la construction d'une autoroute.
   Des documents gouvernementaux ont établi que le montant total des
   "aides publiques aux entreprises" est de 65 milliards. Mais, en
   comptant les aides déguisées qui ne sont pas comptabilisées dans les
   documents officiels, on peut estimer que le montant des subventions
   directes et indirectes atteint, voire dépasse les 100 milliards. Ces
   aides ne servent en rien les intérêts de la collectivité. Elles sont
   purement et simplement ajoutées par les entreprises à leurs bénéfices.
   Cette somme pourrait et devrait être consacrée au financement de la
   construction de logements sociaux. Le problème des logements pour les
   trois millions de mal-logés de ce pays pourrait être résolu en deux ou
   trois ans.
   Pour stopper la dégradation du pouvoir d'achat, le Smic doit être
   immédiatement porté à 1500 euros net mensuels. Aucun travailleur, aucun
   retraité, aucun handicapé ne doit percevoir un revenu inférieur au
   Smic, qui est un minimum pour vivre. Par ailleurs, tous les salaires,
   du public et du privé, doivent être augmentés de 300 euros par mois.
   Tous les contrats précaires doivent être transformés en contrats à
   durée indéterminée. Le travail à temps partiel imposé doit être
   interdit.
   Ces exigences ne sont pas arbitraires. Les 300 euros d'augmentation
   correspondant à peu près à ce que chaque salarié, même en CDI, a perdu
   en pouvoir d'achat.
   Il faut, enfin, que toutes les mesures prises par Balladur et Fillon
   contre les retraités soient annulées. Évoquer la croissance du nombre
   de retraités par rapport à la population active, pour justifier la
   diminution des pensions et le report de l'âge de la retraite, est une
   escroquerie. La productivité ayant considérablement augmenté depuis un
   demi-siècle, augmenter la pension des retraités est possible, à
   condition que les fruits du progrès ne soient pas accaparés par le seul
   patronat.
   Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou ni Ségolène Royal ne proposent
   une politique susceptible de répondre aux besoins des masses populaires
   sur ces trois problèmes vitaux que sont le chômage, le coût de la vie
   et le logement. Ce sont pourtant des exigences vitales, urgentes !
   Les classes populaires n'ont rien de bon à attendre de Sarkozy. Sa
   seule préoccupation est d'assurer aux possédants les meilleures
   conditions pour valoriser leurs capitaux et accroître leurs revenus. En
   guise de lutte contre le chômage, Sarkozy n'a rien d'autre à proposer
   que des réductions de charges, des cadeaux fiscaux aux patrons, afin de
   les "inciter" à bien vouloir créer des emplois. Une recette que tous
   les gouvernements ont utilisée, avec le résultat qu'on sait. Les
   patrons empochent les cadeaux, les ajoutent à leurs profits, sans créer
   des emplois.
   En guise d'augmentation du pouvoir d'achat, Sarkozy propose ce slogan
   "travailler plus pour gagner plus" ! C'est d'autant plus cynique que
   les près de trois millions de chômeurs complets n'ont pas de travail du
   tout. Leur proposer de "travailler plus" est une sinistre plaisanterie.
   Quant aux trois autres millions qui n'ont qu'un emploi précaire
   intermittent ou un temps partiel non choisi, combien d'entre eux
   voudraient pouvoir travailler même les 35 heures hebdomadaires contre
   lesquelles Sarkozy est en guerre ? Et puis, quelle est l'entreprise,
   l'usine, la banque ou la grande surface, où ce sont les ouvriers et les
   employés qui choisissent librement la durée de leur temps de travail ?
   Exonérer les patrons de charges sociales et fiscales sur les heures
   supplémentaires, comme le promet Sarkozy, c'est non seulement leur
   faire un beau cadeau, mais c'est une façon de les pousser à faire
   crever au travail leurs travailleurs et de ne pas embaucher.
   Il est criminel d'imposer des heures supplémentaires à ceux qui ont du
   travail. Ce qu'il faut faire, c'est empêcher le patronat de licencier
   ou de recourir aux contrats précaires. Il faut remplacer les heures
   supplémentaires par des emplois supplémentaires.
   Quant à Ségolène Royal, si certaines de ses propositions peuvent, si
   elles ne restent pas à l'état de promesses, apparaître comme des
   améliorations dans certains domaines, elle ne propose rien non plus qui
   puisse éliminer le chômage, assurer la hausse générale du niveau de vie
   et résoudre le problème du logement pour ceux dont les revenus sont
   faibles.
   Contre le chômage ? En plus du Contrat Première Chance, elle propose
   aux jeunes "les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place avec
   un objectif de 500 000 emplois-tremplins". Cela ressemble aux
   emplois-jeunes qui ont, certes, dépanné des jeunes, mais qui n'ont
   jamais été pérennisés. "Emplois-tremplins" dit bien ce que cela veut
   dire : que c'est provisoire.
   Pour la majorité des cinq ou six millions de chômeurs et de
   demi-chômeurs, de précaires, il n'y a aucun engagement, ni même aucune
   proposition.
   Contre la baisse du pouvoir d'achat, Ségolène Royal propose 1500 euros
   brut comme salaire minimum, mais seulement pour la fin de son mandat,
   c'est-à-dire dans cinq ans ! Et rien pour les salaires autres que le
   Smic, si ce n'est une promesse de "négociations entre partenaires
   sociaux". Mais on sait que, dans ce genre de rencontres, réunissant
   patrons et syndicats, il n'y a rien à négocier, et que quand les
   patrons disent non, les syndicats n'ont qu'à s'incliner.
   Pour le logement, Ségolène Royal propose la construction de 120.000
   logements sociaux par an. Cela signifie qu'il faudra attendre dix ans
   pour que le million deux cents mille demandeurs qui sont sur liste
   d'attente de HLM aient satisfaction, et ceci sans compter les
   demandeurs ultérieurs, ni les deux autres millions de mal-logés !
   Mais, en revanche, Ségolène Royal n'a pas l'intention d'arrêter les
   milliards d'aides aux entreprises. Elle n'a pas, non plus, l'intention
   de toucher au budget de la défense et, en particulier, à celui de la
   "force de frappe". Soit dit en passant, le fait de se déclarer pour la
   bombe atomique n'a empêché ni Sarkozy ni Royal de signer le "Pacte
   écologique" de Nicolas Hulot...
   Quant à Bayrou, il a un discours qui se veut différent de celui de
   Sarkozy. Mais, sur le plan social, ses propositions sont les mêmes.
   Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose.
   Mais on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le
   véritable pouvoir ne leur appartient pas. Président et ministres sont
   aux ordres et gèrent en fonction de ce que leur demandent ceux qui
   possèdent les capitaux, les propriétaires des plus grosses entreprises,
   qui assurent le véritable pouvoir dans ce pays et que personne, à part
   une minorité d'actionnaires, n'a élus.
   Pour la droite et l'extrême droite, la vocation des entreprises, leur
   mission même, c'est de rapporter le maximum de profit à leurs
   propriétaires et à leurs actionnaires. En conséquence, pour eux, tout
   ce qui est bon pour le profit est bon pour la société, même si
   l'accroissement des profits résulte d'une aggravation de
   l'exploitation, d'emplois supprimés pour les uns et d'usure au travail
   plus intense pour les autres ; même si l'accroissement des profits a
   pour contrepartie l'aggravation de la pauvreté des classes laborieuses
   Sarkozy est le porte parole du grand patronat et ni Bayrou ni Le Pen ne
   lui cèdent rien sur ce terrain.
   Mais voilà que Ségolène s'y met à son tour. D'après une interview
   donnée à l'hebdomadaire Challenges, elle veut "réconcilier la France
   avec l'esprit d'entreprise", et elle a ajouté "les profits sont
   nécessaires".
   Nécessaire, le profit ? Oui, nous expliquent doctement des
   commentateurs de tout bord, nécessaire pour assurer les
   investissements. Mais le problème réside précisément là. Alors que les
   grandes entreprises réalisent des profits colossaux, elles
   n'investissent même pas !
   Les profits ont avoisiné, l'an dernier, la somme sans précédent de 100
   milliards d'euros, rien que pour les quarante premières entreprises
   cotées en Bourse ! Mais ces profits ne sont pas, depuis des années, la
   source de forces productives, de moyens de production nouveaux,
   créateurs d'emplois et de biens de consommation à un niveau qui fasse
   baisser leurs prix. Ils ne servent que très partiellement à élargir la
   production. Ils servent surtout à de faux investissements, qui
   consistent à racheter tout ou partie d'entreprises qui existent déjà.
   Cela non seulement ne crée pas d'emplois nouveaux, mais le plus souvent
   en supprime.
   Élargir le marché n'intéresse pas les groupes capitalistes, car la
   production ne rapporte pas le taux de profit élevé qu'ils exigent. En
   se disputant les entreprises existantes, les groupes financiers se
   disputent des parts de marché.
   Cette incapacité d'élargir la production et, par là même, de créer de
   nouveaux emplois, est à la base de la crise actuelle. De plus, la
   rivalité autour des parts de marché alimente une surenchère permanente
   qui engloutit des milliards et, par là-même, contribue à accroître le
   poids de la finance et alimente la spéculation financière avec le
   risque de crises financières ou boursières. Toute l'économie est en
   permanence sous la menace des fluctuations de la Bourse. Voilà en
   substance pourquoi, malgré la croissance des profits, l'économie est
   organiquement incapable de répondre aux problèmes les plus graves qui
   pèsent sur les classes populaires.
   Aussi je tiens à faire savoir, à affirmer, à convaincre le maximum
   d'électeurs des classes populaires dans cette campagne que, sans s'en
   prendre aux pouvoirs du grand patronat, on ne peut rien faire pour
   améliorer le sort des classes populaires, on ne peut même pas arrêter
   la dégradation de leurs conditions d'existence.
   Il faut, avant tout, supprimer le secret des affaires, le secret
   bancaire, derrière lesquels se barricadent les conseils
   d'administration pour refuser tout contrôle, tout regard de la
   collectivité sur leurs affaires. Il faut que quiconque, travailleur ou
   consommateur, a eu connaissance d'un projet d'une entreprise nuisible à
   la collectivité, puisse le rendre public sans encourir la rigueur de la
   loi, comme actuellement.
   Il faut imposer que la collectivité puisse avoir un contrôle sur les
   comptabilités de toutes les grandes sociétés, sur tous leurs projets à
   court et à long terme. Il ne s'agit pas seulement de donner le bilan
   qu'elles donnent aux comités d'entreprise, il s'agit de contrôler les
   comptabilités au jour le jour, mais aussi les comptes en banque des
   dirigeants, des principaux actionnaires et des proches.
   Il faut imposer le contrôle des liens de chaque entreprise avec ses
   fournisseurs, avec ses sous-traitants, avec ses prestataires de
   services. Pourquoi une entreprise choisit-elle d'externaliser certaines
   de ses activités, comme c'est à la mode ? À quel prix, le sous-traitant
   ou le prestataire facture-t-il ses services ? Avec quels
   dessous-de-table ? À quel niveau se dégage le profit ? Et à qui va-t-il
   Comment se fait-il par exemple que les grandes chaînes de distribution,
   tout en comprimant les prix auquel elles achètent leur production aux
   petits producteurs, ne baissent pas les prix à la consommation ? Le
   dirigeant d'une entreprise connaît tout sur les revenus de ses
   salariés. La justice, c'est que les salariés connaissent tout sur les
   revenus de leur patron, et pas seulement sa paie théorique.
   Un plan de licenciement ou un plan de délocalisation sont étudiés des
   mois avant à l'avance. Eh bien, il faut que les travailleurs, que la
   population, soient avertis dès qu'une hypothèse de ce genre-là est
   évoquée pour pouvoir s'organiser et se défendre. Mais si ce contrôle
   existe, ils peuvent faire plus.
   Si l'on vérifie d'où vient l'argent, par où il passe, et où il va, on
   verra qu'on peut satisfaire bien des revendications indispensables au
   monde du travail et, plus généralement, à la population. Et qu'on peut
   largement augmenter les salaires.
   Alors, si je me présente, c'est pour dire aux miens, au monde du
   travail, qu'il ne faut pas être dupe des marionnettes politiques qui
   occupent le devant de la scène et qui nous jouent la comédie du
   pouvoir, alors que, derrière la scène, c'est le grand patronat qui tire
   les ficelles.
   Je sais que tous ceux qui, dans les classes populaires, en ont assez de
   l'arrogance de la droite, voudraient s'en débarrasser. Nombreux sont
   celles et ceux qui n'attendent pas grand-chose d'autre de l'élection
   que le plaisir de voir Sarkozy ravaler ses ambitions. Bien sûr que je
   comprends et je partage l'envie de se débarrasser et de Sarkozy et de
   la droite. Mais la satisfaction de s'être débarrassé du gouvernement de
   droite, se révélera amère si le gouvernement de gauche qui lui
   succèdera reprend à son compte sa politique, comme cela est arrivé bien
   souvent dans le passé.
   Le PS appelle à voter utile dès le premier tour, c'est-à-dire à voter
   pour Ségolène Royal. Mais à quoi servirait le premier tour si les
   électeurs n'en profitaient pas pour exprimer ce qu'ils veulent, tandis
   qu'au deuxième tour, ils ne pourront que voter pour le moins mauvais ou
   le moins pire des deux candidats ? Il ne faut pas laisser passer
   l'occasion du premier tour pour affirmer les exigences des exploités et
   de la population. Le chantage au "vote utile" est destiné seulement à
   faire taire les exploités et leurs exigences. Il ne faut pas que, face
   au duo Sarkozy-Royal, la seule opposition vienne de la droite et de
   l'extrême droite, d'un Bayrou ou d'un Le Pen.
   Il faut que le camp des travailleurs lève son propre drapeau pour
   montrer que le choix politique ne se réduit pas à différentes nuances
   dans la façon de servir les intérêts du grand patronat.
   Je sais, bien sûr, que je ne peux pas être élue. Une candidate qui
   combat leur système n'a qu'une seule chance d'être élue : être portée
   par une très puissante lutte sociale, des grèves, des manifestations,
   par l'action collective de millions d'exploités. Mais, même élue dans
   ce genre de circonstances exceptionnelles, je ne pourrais rien faire
   sans que l'action de la classe ouvrière se prolonge bien au-delà des
   élections. Le pouvoir patronal, les puissances de l'argent, ne
   reculeront que devant la pression puissante de la masse des exploités,
   réunissant dans la même action ceux qui ont le droit de vote comme ceux
   qui, travailleurs immigrés, en sont injustement privés.
   Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd'hui. Mais voter pour ma
   candidature, c'est affirmer son accord avec le programme que je viens
   de développer et lui donner assez de crédit pour que les futures luttes
   sociales en reprennent les objectifs.
   Le vote pour ma candidature sera un vote de protestation venant
   clairement des classes laborieuses. Seul ce vote permettra aux
   électeurs de dire qu'ils en ont assez que la politique menée soit
   toujours favorable au grand patronat, aux banques, aux plus riches.
   Qu'ils en ont assez que, en raison des cadeaux faits à ces gens-là, on
   soit incapable de mettre fin au chômage, d'assurer un logement correct
   à tous et de donner des salaires permettant de vivre correctement à
   ceux grâce à qui les usines, les banques, les chaînes commerciales
   tournent et l'économie fonctionne. Les votes, même s'ils sont nombreux,
   ne remplaceront pas les mouvements de lutte sociale indispensables,
   mais ils peuvent contribuer à les préparer en popularisant des
   objectifs et en donnant confiance.
   Aidez-nous ! Faites en sorte que soient nombreux ceux qui votent pour
   ma candidature. Ces voix seront autant d'encouragements pour tous ceux
   que la situation actuelle révolte, autant d'encouragements à ne pas se
   résigner, en leur montrant qu'une fraction de la classe ouvrière se
   prépare à imposer par la lutte, ce que la droite leur refuse et ce que
   la gauche n'est pas prête à leur accorder.
   Et, surtout, il faut que les votes en ma faveur et qui contestent
   l'ordre social soient suffisamment importants pour que le grand
   patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état
   d'esprit des classes populaires. Il faut qu'ils aient des raisons d'y
   entrevoir les mouvements sociaux indispensables pour changer notre
   avenir à tous !
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