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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Discours à Issy-les-Moulineaux (18/04/2007)
   Mes chers amis,
   À quatre jours du vote, votre ferveur me laisse penser qu'une volonté
   populaire est en chemin. Et cette volonté ne se laissera ni freiner, ni
   impressionner par quiconque.
   Votre accueil me touche profondément. J'ai une grande ambition : je
   veux être le candidat du peuple français, de tout le peuple de France.
   Je veux remercier André Santini. Vous devez savoir qu'avec André, ce
   n'est pas qu'une longue histoire d'amitié qui nous lie, c'est aussi une
   certaine conception de la politique.
   Je voudrais vous dire quelque chose d'important.
   Pour moi, la politique, c'est une façon d'aimer la vie, de croire à ses
   beautés, de croire aux rencontres, de croire à l'énergie positive qui
   est en chacun, de croire qu'il existe, malgré toutes les difficultés et
   les déconvenues, une grâce humaine qui est plus forte que tout le
   reste.
   Lorsque André Santini a décidé de me soutenir, je ne me suis pas
   seulement dit : c'est l'un des membres les plus importants de l'UDF, je
   me suis dit que l'aventure présidentielle était aussi une affaire de
   sentiment.
   On ne se lance pas dans une telle aventure avec un coeur étroit, petit
   et froid. J'aime la France de toutes mes fibres. J'aime les Français
   comme on aime sa famille.
   Certes, cette famille est complexe, parfois rebelle, parfois
   conservatrice, parfois conciliante, parfois sévère - y compris à mon
   égard ! - mais c'est ma famille, la France, et je l'aime telle qu'elle
   est et je veux la représenter telle qu'elle est.
   Sachez que votre force me donne de l'énergie.
   Sachez que votre confiance m'engage.
   Sachez que vos espoirs nourrissent une formidable espérance qui peut
   tout changer.
   Elle peut tout changer car l'espérance, c'est la part d'étincelle qui
   existe en chaque individu qui ne veut pas renoncer et qui veut
   continuer à y croire. Croire que l'avenir peut cesser d'être une menace
   pour redevenir une promesse. Malgré les obstacles, malgré les
   injustices, malgré les blessures de la vie.
   L'espérance, c'est la part d'audace qui inspire ceux qui bâtissent des
   cathédrales, qui vont à la conquête des étoiles, qui repoussent les
   frontières de la connaissance, qui brisent les chaînes de la servitude
   ou les habitudes.
   Le goût de la liberté et du dépassement de soi, parfois jusqu'au don de
   soi, est le propre de l'homme et la condition de son accomplissement.
   Je récuse le nivellement par le bas car il étouffe la flamme des êtres
   libres qui veulent vivre debout. Le nivellement ne fait pas partie de
   mes valeurs.
   Pour moi, tous ceux qui veulent aller plus loin et plus haut doivent
   être valorisés, épaulés, encouragés, car ils se grandissent et, avec
   eux, ils grandissent la France. Voilà pourquoi je crois au travail, à
   l'effort, à l'innovation, à la récompense au mérite. Voilà pourquoi la
   passion de ma vie c'est l'action. Si je veux que les Français me
   fassent confiance, c'est pour agir et pas pour subir. Voilà le message
   que nous voulons donner à la France.
   L'espérance, c'est la part d'amour qui inspire ceux qui, malgré la
   barbarie, malgré l'humiliation, veulent encore regarder l'humanité avec
   foi.
   Je veux dire à Simone Veil, que je la considère comme un exemple de
   courage et de dignité.
   Je ne reçois pas à la légère le soutien d'une aussi grande dame, qui a
   vécu ce qu'elle a vécu, qui a fait ce qu'elle a fait. Je veux lui dire
   que son appui m'oblige plus que n'importe quel autre.
   Simone Veil, je la connais bien, elle est un miracle. Elle est sortie
   vivante de la Shoah.
   Elle a fait de sa vie politique un don. Elle incarne toutes les raisons
   d'espérer en un avenir meilleur et d'agir pour qu'il advienne.
   "Puisse l'histoire des camps de concentration retentir pour tous comme
   un sinistre signal d'alarme", écrivit Primo Lévi, qui, lui aussi,
   traversa l'enfer pour témoigner que l'âme des hommes pouvait sombrer
   dans la folie et la haine.
   Simone, je vous aime. Le pire, c'est que c'est vrai ! Entre nous, c'est
   une longue histoire tout de même.
   Elle a dit que nous pouvions avoir des différences. Mais bien sûr,
   Simone Veil est une femme libre, je me veux un homme libre. Je ne
   demande pas à ceux qui me soutiennent de penser, sur tout, la même
   chose que moi. Je leur demande de se rassembler pour s'additionner,
   avec leur identité, pas de renoncer à ce qu'ils sont.
   Ai-je dit aux amis de l'UDF qui m'ont rejoint de renoncer à ce qu'ils
   étaient, non, je leur ai dit de rester ce qu'ils étaient parce que
   l'avis du peuple français ce n'est pas de nier les contradictions qui
   peuvent exister au sein du peuple français, c'est de les surmonter.
   Ça ne m'intéresse pas d'avoir des soutiens qui abandonnent leur
   identité pour me soutenir, parce que ce n'est pas l'idée que je ma fais
   de la liberté.
   Simone Veil est une femme libre, c'est en femme libre qu'elle a décidé
   de me soutenir et, moi, je reste un homme libre vis-à-vis de l'ensemble
   des Français, parce que le président de la République n'est pas l'homme
   d'un parti ou d'un camp, c'est l'homme de la nation, de toute la
   nation.
   Voilà le message que je voulais dire ici à Issy-les-Moulineaux à tous
   les Français, de toutes les conditions.
   Et je dis avec mon coeur, pour moi, qui a commencé dans la vie
   politique bien jeune, je n'ai pas oublié 1975 et Nice. Je n'ai pas
   oublié qu'en rentrant de Nice, un homme, qui était dans le département,
   qui avait un accent un peu bizarre, m'avait repéré. Je veux dire à
   Charles Pasqua que ça me fait plaisir qu'il soit présent ce soir. Pas
   pour des raisons politiques, mais pour des raisons personnelles.
   Parce que de 1975 à 2007, je mesure le chemin parcouru. Jamais je
   n'aurais pu parcourir ce chemin si à un moment ou à un autre, alors que
   Sarkozy était un nom bizarre, il y avait un petit nombre de gens qui
   ont su peut-être discerner, dans ce jeune qui n'aimait pas obéir,
   derrière l'immensité de ses défauts, la petite capacité à faire de la
   politique.
   Aujourd'hui, je vous le dis, je n'ai pas trahi l'idée que je me faisais
   de la politique, lorsque j'étais au fond de la salle et que je rêvais
   d'être un jour sur cette tribune.
   À ce moment-là, quand je rentrais dans la salle de mon premier meeting
   à Boulogne pour Jacques Chaban-Delmas, je rêvais de changer les choses,
   d'éprouver une émotion collective, de parler de la France et de
   l'incarner.
   32 ans après, je n'ai pas changé, je suis le même, jamais je n'ai
   regretté le choix que j'avais fait à l'époque.
   Nous entamons un siècle nouveau, un siècle sans ressemblance dont nous
   cherchons les repères. N'oublions jamais que le combat entre le bien et
   le mal, entre la raison et la sauvagerie, ne finit jamais. C'est un
   combat profondément politique. C'est mon combat.
   C'est un combat intime car c'est en chacun de nous que se joue
   l'honneur ou la chute de la condition humaine.
   L'espérance, c'est le souffle qui emporte les peuples qui savent que le
   grand livre de l'histoire n'est jamais clos. Il y a trois jours,
   j'étais à Colombey-les-deux-Églises, j'y étais allé la première fois en
   1977. J'ai senti à ce moment-là, devant cette immense croix de
   Lorraine, je crois que c'est la première fois que j'étais là-bas sous
   un soleil éclatant, nous y sommes allés tant de fois au mois de
   novembre.
   Je pense que l'histoire appartient à tous ceux qui s'en saisissent. Et
   la question posée à cette élection présidentielle est celle-ci :
   allons-nous subir la mondialisation ou l'organiser et la modifier ?
   La mondialisation est un fait. Vous-mêmes et vos enfants vous aurez à
   la connaître. Moi, je vous propose qu'ensemble nous pesions sur elle,
   pour l'organiser à notre façon et non pas pour la subir.
   Qu'a voulu le Général de Gaulle sinon agir pour refuser de subir.
   J'ai également ressenti à Colombey, devant l'humble tombe où il est
   enterré avec sa femme et sa fille, que la France est une cause sacrée
   qui domine toutes les autres. Et à tous ceux qui s'étonnent que j'aie
   voulu mettre l'identité nationale française au coeur du débat
   politique, je voudrais dire simplement : qu'est-ce qu'un candidat à la
   présidence de la République française quine parlerait pas de la France
   Qu'est-ce que la France, que veut dire être français ? Sont les
   premières questions de cette élection présidentielle.
   Puis, la troisième leçon du gaullisme, c'est que l'on ne sert jamais si
   bien la France qu'en comprenant les changements du monde, pas en les
   refusant.
   C'est dans cette idée que je voudrais m'inscrire.
   Je m'oppose à ceux qui disent que la politique ne sert plus à rien, à
   ceux qui sont en proie à la désillusion, à ceux qui pensent que tout a
   été dit et tout a été fait.
   Dieu sait que François Mitterrand était un homme ayant beaucoup de
   qualités, mais qu'il a été petit lorsqu'il a dit que tout avait été
   essayé contre le chômage. C'est faux, tout n'avait pas été essayé.
   La politique ne peut rien pour ceux qui ne veulent rien.
   La politique ne peut rien pour ceux qui ne pensent rien.
   La politique ne peut rien pour ceux qui n'imaginent rien.
   J'ai eu des débats avec un certains nombre de mes amis et c'était
   légitime. Lorsque j'ai employé le mot rupture, je ne l'ai pas employé
   pour blesser quelqu'un, mais pour que chacun d'entre nous soyons
   conscient de la situation politique dans laquelle est notre pays. Un
   Français sur deux qui ne vote plus, parce qu'ils n'y croient plus. Et
   le quart de ceux qui votent le font pour les extrêmes. Et l'on voudrait
   me convaincre qu'il faut continuer à faire de la politique comme on en
   fait depuis si longtemps ?
   Mais les mêmes causes produiront les mêmes effets.
   Alors je regardais les autres candidats. Fantastique ! Épuisés par le
   premier tour, voici qu'ils n'ont plus rien d'autre à dire que du mal de
   moi. Mais si je n'existais pas, il faudrait m'inventer !
   Des idées contre le chômage, ils n'en ont pas.
   Des idées sur l'immigration, ils n'en ont plus.
   Des idées sur l'Europe, ils y ont même renoncé.
   Leur seule idée : faire barrage à Nicolas Sarkozy !
   Tellement persuadés qu'ils sont que je serai au second tour. Merci de
   cette preuve de confiance. Formidable espérance, voici que mes
   adversaires les plus sévères sont persuadés que je serai au second
   tour, moi, je n'en suis pas persuadé.
   Devant les Français qui ont tant de problèmes, face à cette France
   tellement exaspérée, face à cette France du "non" à laquelle je veux
   m'adresser car je ne veux pas la culpabiliser mais la convaincre, face
   à cette France qui s'abstient, qui vote pour les extrêmes, est-ce que
   l'on voudrait faire croire que la seule menace en France, le seul
   problème quotidien en France serait de vouloir diaboliser un candidat ?
   Formidable cette gauche mondaine, qui aime tellement l'école publique
   qu'elle n'y met plus ses enfants ; qui parle en détail des quartiers où
   naturellement elle n'habite plus depuis longtemps ; et qui n'emploie
   même pas le mot de travailleur puisqu'elle a tourné le dos aux ouvriers
   qu'elle a trahis de puis si longtemps.
   Voici d'ailleurs la bonne nouvelle de la campagne, quand j'ai parlé de
   Jaurès et de Blum, François Hollande, que j'avais connu plus avisé,
   s'est risqué à être scandalisé par cette captation d'héritage. Je ne
   l'avais jamais vu défendre l'héritage avec un tel enthousiasme :
   Bienvenue au club !
   Je croyais qu'il était contre l'héritage...
   Moi, j'ai parlé de Jaurès et de Blum, parce que j'aime Jaurès quand il
   dit que le nom de Dieu ne lui fait pas peur, parce que c'est ma
   conception de la laïcité, qui est le respect des croyances et non pas
   l'adversaire des religions.
   J'aime Blum, le grand Blum, pas celui de 1936, celui de 1920 qui, seul,
   au congrès de Tours, sans télévision, sans radio, imagine déjà que le
   communisme conduira au stalinisme.
   Je renvoie Blum à la figure de tous ces intellectuels qui allaient dans
   les années 60 et 70 en Union soviétique louer le marxisme léninisme
   sans rien voir de la dictature qui s'installait là-bas...
   La gauche de Blum et de Jaurès parlait des travailleurs parce qu'elle
   respectait le travail.
   La gauche d'aujourd'hui parle des statuts parce qu'elle a trahie les
   travailleurs et qu'elle ne respecte pas le travail. Voilà la
   différence.
   Et lorsque j'étais encore hier dans une usine, devant plusieurs
   centaines d'ouvriers, je me disais en moi-même : même pas une petite
   manifestation... ! Ce qui m'étonne, c'est de ne plus rencontrer ceux
   qui devraient être avec les ouvriers.
   Une France sans ouvriers, sans paysans, sans artisans, serait une
   France appauvrie économiquement, socialement, culturellement, parce que
   si les usines partent, tout le reste partira aussi.
   Voici que le monde ouvrier se tourne vers nous parce que la valeur du
   travail est centrale
   Alors, dans cette campagne, la demande des Français est une quête de
   sens. Que voulez-vous ?
   On me dit que la société s'est "droitisée", pas du tout. Nous avons
   commis l'erreur pendant 20 ans de nous battre sur des mesures
   techniques, sans jamais expliquer les raisons pour lesquelles nous les
   présentions.
   On présentait une réforme de l'impôt sur le revenu, que nul ne
   comprenait parmi notre électorat. Quant à nos adversaires, avant même
   que nous l'ayons déposée, ils menaient le combat du cadeau fait aux
   riches.
   Pourquoi cette période est-elle terminée ?
   Parce que moi je ne me bats pas sur un programme fiscal, j'explique un
   système de valeurs et le programme fiscal n'en est que la conséquence.
   Je dis d'abord aux Français où je veux aller et ensuite comment nous
   irons.
   Lorsque j'ai proposé la suppression des droits de succession, c'est
   parce que je crois à la famille et au travail. Quand on a travaillé
   toute sa vie, il est normal de laisser à ses enfants le fruit d'une vie
   de travail en franchise de droits de succession.
   On m'a dit alors : mais et l'égalité des chances ?
   Mais l'égalité des chances, ce n'est pas détruire le patrimoine de
   celui qui a mis une vie entière à le créer. L'égalité des chances,
   c'est pour l'enfant qui naît dans une famille où il n'y a pas de
   patrimoine, d'avoir les mêmes chances que celui né dans une famille où
   il y a un patrimoine.
   On ne va tout de même pas s'excuser d'avoir eu des parents qui ont
   travaillé toute leur vie, même pas un petit RMI, même pas une période
   de chômage.
   Et je veux dénoncer un scandale pour les femmes. Lorsqu'il y a des
   problèmes dans le couple, que le mari a fraudé le fisc, la femme, qui
   n'y est pour rien, se trouve solidairement responsable de la fraude du
   mari. Devant le fisc, la femme, qui n'y peut rien, est responsable.
   En revanche, si le mari décède, que la femme reste seule, on va lui
   demander de payer des droits de succession de biens que le fisc avait
   indiqué qu'ils étaient les siens ! C'est une injustice car on ne peut
   pas, à la fois, être solidaire face au fisc et devoir payer des droits
   de succession sur ce qui vous appartient ! Voilà une véritable
   injustice que je veux dénoncer.
   D'ailleurs, parlons-en des injustices, parce qu'elles ne sont pas
   celles que l'on dit.
   Je n'aime cette injustice qui lorsque vous demandez un emprunt vous
   fait passer une visite médicale. Gare à vous si vous n'êtes pas en
   bonne santé ! Sinon, on vous expliquera que vous aurez moins le droit
   d'être logé que si vous étiez en bonne santé. On vous fera venir dans
   un petit bureau, à côté, pour vous entendre dire que vous êtes malade,
   mais vous n'y êtes pour rien... Puis, on vous dit que cela peut
   s'arranger, mais que ça vous coûtera plus cher. Si c'est cela la
   justice, je ne l'accepte pas, parce que celui qui est malade n'a pas à
   payer plus cher l'emprunt pour loger sa famille.
   Dans cette campagne, j'ai voulu défendre la valeur du travail parce que
   cinq pays en Europe ont construit le plein emploi. Pourquoi ce qu'ils
   sont capables de faire, ne pourrions-nous pas le faire ? Par quelle
   magie serions-nous condamnés à avoir deux fois plus de chômeurs que les
   autres ?
   Aucun de ceux qui ont le plein emploi n'ont choisi le partage du temps
   de travail. C'est la seule qualité quez je reconnaisse aux 35 heures et
   elle n'est pas mince : c'est la seule idée pour laquelle il ne soit pas
   besoin de déposer un brevet pour la protéger. Même sans brevet,
   personne ne vient vous la prendre.
   Le partage du temps de travail, les travailleurs français l'ont payé
   par des salaires qui n'ont pas augmenté. Et moi, l'homme de droite, je
   veux dire que le salaire n'est pas l'ennemi de l'emploi.
   Je comprends parfaitement que quelqu'un qui travaille toute sa vie, qui
   est depuis 36 ans dans une usine, qui travaille toute la journée et qui
   est payé 1250 Euros par mois, soit profondément scandalisé de voir dans
   son immeuble quelqu'un d'assisté qui, à la fin du mois, dispose de la
   même somme que lui. C'est un scandale qui n'est pas acceptable. Les
   salaires sont trop bas.
   Un certain nombre de mes amis, je les comprends, m'avaient reprochés
   l'expression, et pourtant j'ai voulu la reprendre, de "patrons voyous".
   Je veux m'en expliquer devant vous et ne pas fuir le débat.
   Quelle serait ma crédibilité de dénoncer les voyous si je ne dénonçais
   que celui des quartiers et pas certains comportements qui font honte.
   Je n'accepte pas que nos idées soient travesties et caricaturées par
   une infime minorité qui, au nom de nos idées, sert en vérité la gauche,
   en caricaturant le combat politique qui est le nôtre.
   J'accepte tout à fait les grosses rémunérations. Je considère comme
   normal que celui qui travaille plus que les autres gagne davantage. Que
   celui qui prend plus de risque que les autres en aient la juste
   récompense. C'est normal. Mais je n'accepterai jamais que celui qui a
   conduit l'entreprise à la ruine ou qui l'a conduite à un plan de
   licenciement de 10 000 postes parte avec un chèque de plusieurs
   millions d'Euros dans la poche. Ça, ce ne sont pas nos valeurs !
   Je ne rendrai pas ce service à la gauche, de considérer comme non
   choquant ce qui l'est en vérité.
   Si je suis président de la République, je rendrai illégaux les
   parachutes en or pour une simple raison : la grosse rémunération
   rémunère le gris risque. S'il y a un parachute en or en cas d'échec, il
   n'y a plus de gros risque, donc il n'y a plus besoin de grosse
   rémunération.
   C'est simple et ce sont les valeurs qui sont les nôtres. La grosse
   rémunération elle est pour celui qui est révocable ad nutum, parce
   qu'il assume l'échec et le succès.
   Lorsque j'ai sauvé Alstom, les salariés, en 2004, je suis allé à
   l'usine de la Rochelle, puis à celle de Valenciennes et de Belfort,
   j'ai demandé aux ouvriers d'accepter l'augmentation zéro des salaires
   en 2004. À La Rochelle, un ouvrier est sorti et m'a dit : regardez moi
   bien dans les yeux, vous nous demandez un effort, mais si vous
   réussissez et que ça va bien, ce seront les mêmes qui en profiteront ou
   pourra-t-on compter sur vous à ce moment-là pour avoir une augmentation
   de salaire ?
   Cet homme avait raison, il faut être juste et en 2006, alors qu'Alstom
   est aujourd'hui une réussite, j'ai demandé bien sûr aux dirigeants
   d'Alstom, qui l'ont fait, de donner une augmentation de salaire aux
   salariés. Parce que nous ne pouvons pas avoir des salariés qui paient
   quand ça va mal et qui n'en profitent pas quand ça va bien ! Ce n'est
   pas mon système de valeurs.
   Et que les choses soient claires entre nous, je ne veux pas vous
   trahir, je veux dire les choses avant. Je suis choqué qu'au sein de
   groupes de plusieurs milliers de personnes, au sein d'un conseil
   d'administration, on puisse se distribuer des plans de stock-options
   entre quelques-uns, alors que dans la conception de l'entreprise qui
   est la mienne, le dernier des salariés de l'entreprise contribue lui
   aussi à la richesse de cette entreprise, à sa promotion et à sa
   croissance.
   Je ne défendrai pas une politique qui ne sera pas profondément juste.
   De ce point de vue, le mot protection ne me fait pas peur. Je veux
   pouvoir dire que l'État français doit protéger sans être accusé d'être
   protectionniste. Protéger, bien sûr.
   J'étais hier en Lorraine, j'ai visité les mines et, le soir, nous avons
   fait un magnifique meeting à Metz.
   J'ai voulu dire une chose et un journaliste a écrit que je frisais la
   démagogie, je connais ce raisonnement, quand on est populaire et de
   droite, on est populiste, quand on est populaire et de gauche, on est
   proche du peuple... Va comprendre la différence !
   J'ai voulu dire à cette Lorraine, où des millions de gens sont morts
   pour qu'elle reste française, que nous l'avions bien fait souffrir avec
   la sidérurgie et que nous avions eu tort. Parce qu'après la
   restructuration minière, on a expliqué à la Lorraine que la sidérurgie,
   c'était foutu, fini, fichu. Que l'acier ne valait plus rien. On a l'air
   malin, maintenant, que l'acier explose, qu'il se fabrique en Inde, que
   les profits sont considérables et que nous manquons d'acier en France.
   Ce fut une erreur, nous avons martyrisé une région parce que nous
   n'avons pas imaginé l'avenir. Parce que le marché, auquel je crois,
   voit à court terme et pas forcément à long terme.
   Si le Général de Gaulle avait dû s'en tenir au seul marché, il n'aurait
   pas engagé la France dans la filière nucléaire et nous n'aurions pas
   aujourd'hui 50% de notre électricité indépendante. Voilà la réalité des
   choses.
   Je le dis d'ailleurs avec la plus grande force, je n'ai pas encore
   accepté la façon dont un grand de la chimie en France, Pechiney, a
   disparu sans que les autorités politiques n'aient levé le petit doigt
   pour empêcher cette disparition.
   On m'a dit alors que je n'étais pas si libéral que ça... Qu'est-ce que
   cela veut dire ?
   Lorsqu'il a fallu sauver Alstom, que Siemens trouvait si peu attrayante
   qu'elle voulait la racheter, j'ai demandé à la Commission européenne de
   m'aider, s'il n'y a plus qu'un seul groupe, aidez-moi, ne serait-ce que
   pour la concurrence. La Commission aurait dû m'aider, elle m'a un peu
   combattue. Je n'ai pas compris, parce qu'il fallait garder Alstom en
   France.
   Un de mes collaborateurs avait fait une note parfaite, deux jours après
   mon arrivée au ministère des Finances. Cette note était impeccable,
   rien ne dépassait, tout était logique et implacable, c'était fini,
   fichu, foutu.
   J'ai fait venir ce garçon, qui avait fait toutes les écoles, il avait
   été premier partout, sauf où il avait été deuxième, il avait dû avoir
   soit un chagrin d'amour soit une grave maladie, c'est la même chose,
   manque de concentration !
   Je lui ai dit que sa note était remarquable, il m'a cru, je lui ai
   alors demandé de refaire la même note en pensant que dans les 25 000
   employés d'Alstom, il y avait son père, pour voir si, à ce moment-là,
   il traiterait Alstom de la même façon.
   Cela ne m'a pas gêné, et je le dis à mes amis car il y a eu des
   troubles dans la majorité, nous avons levé 10 milliards d'Euros pour
   que les banques garantissent les marchés. Il a fallu que l'État rachète
   22% d'Alstom. Avec Patrick Devedjian, nous l'avons rachetée 800
   millions en 2004. L'État l'a revendu 2,2 milliards deux ans après.
   Je me moque de ne pas avoir été le parfait libéral en 2004 parce que,
   pour moi, ce qui compte, c'est d'être pragmatique, efficace et d'avoir
   des résultats. Voilà la seule leçon politique à retenir.
   Bien sûr, il nous faut une politique industrielle. Quel sera l'avenir
   de la France si nous n'en avons pas ?
   Et se pose alors la question immense de l'Europe.
   Certains de mes propres amis me disent de regarder les sondages et, tel
   le serpent devant le charmeur, de ne plus bouger. Ceux-là ne
   comprennent pas que l'on ne gagne pas une élection en regardant les
   sondages, mais en parlant avec son coeur, en livrant ses convictions,
   en se battant jusqu'à la dernière minute, en n'ayant pas peur, en
   affirmant ses convictions.
   Et peu importe, que tel ou tel, un jour ou l'autre, ne soir pas en
   accord avec moi, je suis candidat pour faire partager ma vérité, ma
   conception de la politique.
   Ce n'est pas : Je suis votre chef, donc je vous suis ! Une autre a dit
   cela : mes idées sont les vôtres, au revoir ! On ne dirige pas la
   cinquième puissance du monde ainsi !
   Sur l'Europe, j'ai l'ambition de réconcilier les Français avec l'idée
   européenne.
   Comment ?
   L'Europe n'est pas un choix pour nous, c'est une obligation.
   Il y a trois mois, je me suis rendu à Verdun. Verdun, ce n'est pas le
   Moyen Âge. En neuf mois, 300 000 morts. 24 millions de bombes. 162 000
   morts français, 140 000 morts allemands. Pendant neuf mois, ils ont
   vécu l'enfer.
   Mes chers amis, cela s'est passé en Europe, sur notre continent, deux
   peuples parmi les plus civilisés du monde, français et allemand, se
   sont bagarrés, on voulu s'exterminer.
   Ce n'était pas le Moyen Âge, c'était le XXe siècle. Ce n'était pas une
   lointaine contrée asiatique, c'était chez nous.
   De tout ce massacre, alors que Churchill disait : plus jamais ça et
   nous n'avons pas beaucoup de temps, après lequel chacun se préparait au
   troisième conflit mondial, un petit nombre d'homme ont eu cette idée
   extraordinaire de faire la réconciliation.
   J'ai été élevé par mon grand père, que j'aimais par-dessus tout, il me
   parlait des Allemands, qu'il n'a jamais appelé "les Allemands", il les
   appelait comme on les appelait dans les familles et il y avait le
   choix... Et le Général de Gaulle, avec Schumann et Adenauer a eu le
   courage insensé, alors que les blessures étaient si profondes dans
   chaque famille de France, de dire que nous allions nous réconcilier.
   Le Général de Gaulle n'a pas demandé aux Allemands de s'excuser. Il a
   dit aux jeunes allemands : vous êtes les enfants d'un grand peuple, qui
   a parfois commis de lourdes fautes, nous allons maintenant nous
   réconcilier.
   Et ils ont bâti l'Europe et nous avons eu la paix. Et le continent qui
   était le plus barbare, où l'on s'était le plus battu est devenu le
   continent de la paix. Le continent qui avait vécu la Shoah,
   l'extermination systématique des Juifs et de tous ceux qui étaient
   différents parce qu'ils étaient différents, ce continent a connu la
   paix.
   Je ne serai pas celui qui jouera avec l'idée européenne, je défendrai
   cette idée parce que l'Europe, c'est la paix.
   On a tort de ne pas parler de Verdun, du voile noir pendant cinquante
   années sur Strasbourg, l'Alsace et la Lorraine. Parce que cela aurait
   pu être vos enfants, parce que cela aurait pu être vous. Parce que
   c'est arrivé à eux et parce qu'ils ont surmonté cela, nous sommes là,
   nous.
   Comment l'Europe, qui a été imaginée pour protéger, est-elle ressentie
   comme une menace par tant de nos compatriotes ?
   Je ne suis pas de ceux qui montre du doigt ceux qui ont voté "non".
   J'ai voté "oui" à tout. Je ne suis pas de ceux qui vont dire que les
   55% de ceux qui ont voté "non" au referendum n'ont pas compris. Non,
   c'est une France qui souffre, qui proteste, qui ne comprend plus où on
   la conduit.
   Qu'est-ce qui s'est passé ?
   Je veux d'abord une Europe qui aura des frontières. L'Europe n'a pas
   vocation à être une sous région de l'ONU. Je suis attaché au projet
   politique des pères fondateurs, d'une Europe intégrée, politique, pas
   simplement d'un grand marché.
   Voilà la raison pour laquelle j'ai toujours été opposé à l'entrée de la
   Turquie dans l'Europe, parce qu'avec son entrée, c'en sera fini du
   projet politique européen. La question n'est pas de ne pas aimer les
   Turcs, grande civilisation et grand pays, mais je ne serai pas celui
   qui ira expliquer aux écoliers français que les frontières de l'Europe
   c'est l'Irak, la Syrie et qui viendra leur expliquer que nous avons
   fait du Hezbollah ou des Kurdes, des problèmes européens.
   Quand j'ai parlé de cela, avant même d'avoir fini ma phrase, on m'a
   traité de xénophobe.
   On ne peut donc plus rien dire et plus avancer une idée ?
   La Turquie n'a pas sa place en Europe parce c'est en Asie Mineure et si
   l'Asie Mineure, c'était l'Europe, ça se saurait ! mon raisonnement est
   peut-être trop compliqué, mais, quand même, la géographie, ça compte et
   les pays qui changent d'adresse sont rares...
   Une Europe avec des frontières et que les mots de préférence
   communautaire ne soient pas vécus comme des gros mots. Si nous ne
   voulons pas de la préférence communautaire, pourquoi faisons-nous
   l'Europe ?
   Si nous prenons l'exemple de l'agriculture, le jour où l'Europe ne se
   soucie plus de son indépendance alimentaire, où elle accepte de laisser
   tomber ses agriculteurs, vous verrez que le prix des denrées
   alimentaires sera fixé par un trader à Londres et par un autre à New
   York. Et alors, les prix, dont on nous explique qu'ils doivent baisser
   augmenteront parce qu'il ne restera plus qu'une seule agriculture au
   monde, l'agriculture américaine. Il n'y a aucune raison pour laisser
   tomber l'agriculture européenne et française.
   Concernant les négociations OMC, je ne comprends pas. Quand les
   Américains décident d'une politique systématique, leur permettant de
   réserver aux PME les commandes publiques, ils ont le droit, et si
   l'Europe voulait le faire, elle n'en a pas le droit. Je demande pour la
   France le même droit que les États-Unis d'Amérique. Il n'y a aucune
   raison que nous ne puissions pas faire ce que les autres font.
   Je suis pour la concurrence et l'ouverture des marchés, mais je veux la
   concurrence loyale.
   Nous avons signé le protocole de Kyoto, chaque Français, grâce au
   nucléaire, produit 20% d'émission de gaz à effet de serre de moins que
   les autres européens. Je veux que les produits importés en provenance
   de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto soient taxés, cela
   s'appelle la taxe carbone, car il n'y a aucune raison d'accepter le
   dumping environnemental.
   J'ai osé demander à ce que nous réfléchissions à la TVA sociale, j'en
   connais tous les risques, mais nous ne pouvons pas continuer à taxer le
   travail systématiquement, parce que sinon il n'y aura plus de travail
   pour les Français.
   Il faut imaginer autre chose, chercher autre chose. Les Allemands l'ont
   fait, les Danois aussi. Et c'est la France qui a inventé la TVA dans
   les années 60, je demanderai à nos partenaires européens d'imaginer et
   d'expérimenter la TVA sociale, comme nous avons imaginé et expérimenté
   la TVA dans les années 60. Parce que je veux que nos importations
   financent la protection sociale des Français, sinon nous n'arriverons
   pas à nous en sortir.
   J'ai voté pour l'Euro et je ne le regrette pas. Mais nous n'avons pas
   fait la deuxième monnaie du monde pour refuser de nous en servir au
   bénéfice de l'emploi et de la croissance.
   Lionel Jospin disait en 2002 : un homme qui parle de la monnaie est un
   irresponsable. Au nom de quoi ? La monnaie est un instrument au service
   de la croissance et de l'emploi.
   Je demande à ce que nous fassions avec l'Euro ce que les Américains
   font avec le Dollar.
   Depuis huit mois, le Dollar s'est déprécié de 35% par rapport à l'Euro.
   Nous n'avons pas fait l'Euro pour que l'on ne puisse plus construire un
   seul avion sur le sol européen, parce que la dévaluation compétitive du
   Dollar empêche Airbus de vendre ses avions.
   Dire cela, ce n'est manquer de respect à personne. C'est juste poser la
   question.
   Souvenez-vous, Clinton, il y a une petite dizaine d'années, ce génie de
   la communication, va voir les Chinois, la Chine, cet empire
   extraordinaire, pour leur dire que ce qu'ils font avec le Yuan ce
   n'était pas bien et leur demander de le réévaluer. Les Chinois ont
   répondu au président des États-Unis d'Amérique : Merci d'être venu,
   revenez quand vous voulez, quant au Yuan, c'est notre affaire, pas la
   vôtre.
   La Chine se sert du Yuan comme d'un instrument de promotion de ses
   produits et de sa croissance.
   Et quand les japonais se sont retrouvés empêtrés dans dix années
   consécutives de récession, ils ont porté leurs taux d'intérêts à zéro,
   ils ont utilisé le Yen comme un fantastique instrument pour doper leur
   croissance.
   Vous pourrez me dire que c'est loin, alors regardons de l'autre côté du
   Channel, que fait Gordon Brown avec la Livre sterling ? Au plus petit
   ralentissement de la croissance anglaise, il baisse les taux
   d'intérêts, en accord avec la Banque centrale d'Angleterre, il met les
   taux d'intérêts plus bas, manipule la politique des changes. À
   l'arrivée, le Royaume-Uni a 1% de croissance de plus que nous chaque
   année.
   Nous n'avons pas fait l'Euro pour refuser de nous en servir.
   Alors, ce n'est pas parce que nous aurions une autre politique
   monétaire, que nous pourrions faire l'économie des réformes de
   structures. Je suis favorable à l'indépendance de la banque centrale, à
   la réforme des structures, mais l'Euro n'appartient pas à Monsieur
   Trichet. C'est une affaire trop importante pour être la propriété d'un
   seul homme. Après tout, peut-être n'a-t-il pas raison sur tout ?
   Mes chers amis, je suis persuadé que nous pouvons faire une synthèse.
   L'autre jour, un journaliste, sans doute avec beaucoup de bonnes
   intentions, m'a dit que j'avais été sifflé, qu'à la gare du Nord, cela
   ne s'était pas bien passé pour moi. je ne savais pas que j'avais des
   amis gare du Nord, je me suis renseigné et j'ai découvert que j'avais
   été sifflé par les voyous, les casseurs, par tous ceux qui l'avaient
   saccagée.
   Franchement, c'est un honneur, ce ne sont pas mes amis, je confirme. Et
   je n'ai pas vocation à représenter cette catégorie de la population.
   Nous sommes quand même le seul pays au monde où une petite élite trouve
   des excuses à un multirécidiviste, qui ne paie pas son ticket de métro,
   qui, non content de ne pas le payer, frappe les agents de sécurité de
   la RATP. On lui trouve des excuses, une émeute s'en suit et à longueur
   d'émission de télévision on pose la question du fossé entre les jeunes
   et la police.
   Je me suis dit que j'avais raté un épisode ! Il y a un truc que je n'ai
   pas compris !
   Quel fossé ? Y a-t-il un pays au monde où on considère comme anormal
   que la police interpelle un fraudeur ? La fraude, c'est l'impôt payé
   par les plus pauvres. Ce que le fraudeur ne paie pas, c'est vous qui le
   payez.
   Au nom de quoi, devrions-nous, nous, payer nos tickets, accepter les
   contrôles et baisser la tête quand il y a un casseur ?
   Au nom de quoi devrions-nous considérer qu'il est normal de frapper un
   policier ?
   Moi, je veux être un président de la République qui parle au mon des
   honnêtes gens, qui défend ceux qui paient leur ticket, ceux qui ne
   fraudent pas, qui défendent la police qui n'a pas à se faire agresser
   par des voyous.
   On se demande vraiment en quoi casser une gare améliore leur situation
   D'ailleurs, j'ai une suggestion à faire : que ceux qui trouvent amusant
   de brûler les voitures brûlent la leur plutôt que celle du voisin. Ce
   fera le même feu, mais ça ne leur fera peut-être pas le même effet...
   J'ajoute, puisque nous sommes en Ile-de-France, que la décision prise
   par le Conseil régional d'Ile-de-France, de la gratuité des transports
   pour le Rmiste, est invraisemblable. Je suis au RMI, je ne paie pas, je
   reprends un emploi courageusement, j'en suis récompensé par le fait de
   payer ce que je ne payais pas avant. C'est ce qu'ils appellent
   encourager le travail !
   Le Rmiste a le droit à une formation pour avoir un métier et pour
   sortir le plus vite possible du RMI, pas pour être enkysté dans la
   situation d'un assisté, parce que l'assisté finit par perdre l'estime
   de lui-même. Or, chacun a droit à la dignité parce que chacun a une
   utilité sociale pour peu qu'on lui demande.
   Si je suis élu président de la République, avant la fin de l'été 2007,
   j'aurais réglé le problème des multirécidivistes. 5% des délinquants
   font 50% de la délinquance. Cela ne peut plus continuer.
   Dimanche, j'ai rencontré la mère de la petite de Marseille, torturée
   pour lui faire avouer le code de sa carte bleue, où il y avait 1,75
   Euro. Cette petite avait 23 ans, elle a été lapidée et torturée par des
   barbares de 17 ans, qui étaient des multirécidivistes. Voulez- vous
   m'expliquer ce que cela change pour la victime d'avoir été martyrisée
   par des mineurs ou des majeurs ?
   Je serai le président de la République qui ne mettra pas sur le même
   plan la victime et le délinquant, parce que cette situation ne peut pas
   durer.
   Dans le même temps, nous ne pouvons pas accepter la situation de nos
   prisons. D'abord, parce qu'il s'y trouve un certain nombre de malades
   qu'il faut soigner. Il faudra, dans chaque région, créer un
   hôpital-prison pour les soigner.
   Et sil faut également penser à la réinsertion, nous ne pouvons pas
   continuer à accepter la situation d'impunité des mineurs dans laquelle
   nous nous trouvons.
   A-t-on encore le droit de débattre ? J'ai posé la question de savoir
   quelle était la part de l'inné et de l'acquis. Franchement, cette
   question, des savants de France se la pose.
   Avant même que j'aie fini, déjà j'étais accusé de je ne sais quoi, je
   me suis rassuré parce que c'était par je ne sais qui, donc sans
   beaucoup d'importance en vérité.
   Si une campagne électorale ne sert pas à poser des questions, si nous
   naissons tous égaux, tous les mêmes, cela veut donc dire qu'il n'y
   aurait pas d'inégalités à corriger ?
   Moi, je pense le contraire, je pense qu'il faut donner plus à celui qui
   part de plus loin sur la ligne de départ de la vie.
   Mais surtout, je voudrais tellement que la politique retrouve ses
   lettres de noblesse, qu'elle redevienne ce lieu naturel du débat, où
   l'on puisse y affirmer des idées. Parler de l'identité de la France
   sans être un nationaliste, parler de la nécessité de maîtriser
   l'immigration sans être un raciste, parler de protection sans être un
   protectionniste, parler des sujets qui font le quotidien des Français.
   Ce qui me donne le plus d'optimisme, c'est que si la France était ce
   qu'elle était, avec ce que l'on dit d'elle, et ce que je dis depuis le
   début de la campagne, je ne devrais pas être là aujourd'hui.
   Moi, je me suis mis sous la protection du peuple français. Je parle au
   peuple, je parle à ceux qui vont voter, je ne parle pas aux partis, je
   ne parle pas aux élites, je ne parle pas aux corps intermédiaires.
   Que chacun fasse ce qu'il veut. J'ai bien vu que Michel Rocard se
   dépêchait de se faire inviter à dîner... J'ai bien vu que François
   Bayrou, et c'est son droit, que j'ai connu de droite est aujourd'hui de
   gauche. Mais il faut qu'il prévienne ses électeurs parce qu'il a changé
   si vite, peut-être ses électeurs vont-ils être désorientés. Ils n'ont
   pas voté pour lui pour qu'il fasse alliance avec la gauche. Je veux
   également parler aux électeurs du centre, de l'UDF, qui se sentent
   légitimement trahis aujourd'hui.
   Ils n'ont pas compris l'esprit de la présidentielle de la Ve
   République. L'élection présidentielle dans la Ve République, c'est un
   homme, une femme, un candidat, une candidate, qui parle au peuple. Pas
   des partis politiques qui essaient sur le tapis vert de récupérer ce
   que le peuple ne va pas leur donner. Extraordinaire spectacle, avant
   même qu'ils ne sachent s'ils sont qualifiés pour le second tour, ils
   s'agacent, s'énervent et s'inquiètent. Il faut vite se rencontrer,
   méfions-nous du peuple, organisons notre coalition avant que le peuple
   ne se prononce.
   Cela promet si jamais on leur confiait les responsabilités. Quelle
   drôle de stratégie. Ils sont candidats au premier tour et huit jours
   avant se disent : vite, embrassons-nous et serrons-nous, nous sommes si
   peu nombreux dans cette pièce, nous aurons plus chaud ensemble que
   seuls.
   Mais ils se sont trompés de République et d'élection ! À huit jours,
   voici qu'ils sont tellement confiants dans leur sort, donne-moi la main
   grand frère s'il te plaît, ça ira mieux ensemble...
   Ne vous laissez pas voler votre décision. Imaginez les combinaisons
   avant, pensez à ce que seraient les combinaisons après.
   Ils nous promettent la VIe République, c'est le retour à la IVe,
   c'est-à-dire à la république des combines, des partis et des partisans.
   Voilà la réalité qui nous est présentée. Extraordinaire, il faut tout
   entendre !
   Maintenant, vous savez ce qu'est un homme de conviction, qui vous dit,
   avec la force de ses convictions, en vous regardant droit dans les yeux
   : Si Ségo est au second tour, je serai le candidat de la droite ; si
   Sarko est au second tour, je serai le candidat de la gauche. Bonjour
   les dégâts ! Heureusement qu'il nous dit qu'il a des convictions, car
   qu'est-ce que ce serait s'il n'en avait pas ?
   Si je suis au second tour, je ne changerai pas, je continuerai à dire
   la vérité, ma vérité, à proposer un projet, avec une majorité très
   largement ouverte.
   Mais je veux surtout dire aux Français que tous ont leur place dans le
   projet politique que je propose à la France. Tous.
   Je veux dire à ce jeune des quartiers, s'il veut sen sortir, que nous
   lui trouverons une formation, un contrat, une rémunération et un
   emploi. Je ne le laisserai pas s'abandonner à l'oisiveté.
   À ces jeunes, de ces quartiers, je leur donnerai leur chance, mais la
   chance par le travail.
   Je leur dirai : si tu te lèves tôt le matin, la République t'aidera, si
   tu ne veux pas te lever, la République te combattra.
   Voilà le discours du respect pour les jeunes de nos quartiers.
   Je dirai à toutes les familles de France qu'elles ont le droit d'être
   propriétaire de leur logement parce que l'État se portera caution,
   parce que nous aurons le crédit hypothécaire et parce que je ne veux
   pas entendre parler d'une stratégie qui réduit le logement à la seule
   dimension du logement social. Le logement social est capital, mais il
   n'y a pas que cela dans la vie.
   Jeune étudiant, je rêvais d'être propriétaire de la chambre où
   j'habitais. Je me disais, si un jour j'arrive à en être propriétaire,
   rien ne pourra plus m'arriver parce que la propriété c'est la sécurité.
   Je veux que chaque jeune français puisse être propriétaire de son
   logement parce qu'alors, on respecte son immeuble, son quartier et on
   aime ses voisins. Voilà la France que je souhaite.
   Oui, mes chers amis, J'aime la France et je déteste la repentance,
   parce que haïr son pays c'est se haïr soi- même. Je voudrais d'ailleurs
   dire à tous ceux-là qu'ils se trompent. On ne peut pas aimer un pays
   que l'on a appris à haïr.
   Voilà pourquoi j'ai voulu parler de l'identité, parce que la France
   n'est pas une race, ni une ethnie. La France est une multitude de
   petites patries qui en ont fait une grande.
   Quand je suis arrivé en Martinique, le poète de la négritude, Aimé
   Césaire, ce génie, ma parlé avec des mots forts de l'identité
   martiniquaise. Et en moi-même, je me disais, pourquoi c'est grand,
   noble et fort de parler de l'identité martiniquaise, pourquoi ne
   serait-il pas noble, fort, grand de parler de l'identité nationale
   française ?
   Je suis fier d'être français.
   Bien sûr que le système colonial est injuste, mais je n'accepte pas que
   l'on assimile nos compatriotes qui sont allés en Algérie à ce système
   injuste. Il y a eu en Algérie des Français qui l'ont aimée, ont
   travaillé la terre, ont éduqué, soigné, bâti et construit. Et, un jour,
   à ces Français-là, on leur a dit c'est la valise ou le cercueil.
   La France a une dette d'honneur à l'endroit de ces Français que nous
   avons laissé tomber. Et à ceux qui ne me croiraient pas, qu'ils
   relisent Camus et ils verront ce qu'est un Français qui aimait
   l'Algérie !
   Mes chers amis, voilà, nous sommes à quelques jours. Soit vous
   considérez que ce combat est le vôtre, que vous êtes la majorité
   silencieuse et que cette majorité silencieuse, pour une fois, va se
   faire entendre. Pour une fois, elle ne va pas se laisser dicter sa
   position, ses idées, son attitude.
   Ce combat n'est pas le mien, à moi tout seul, sur cette tribune. Ce
   n'est même pas celui de mes amis ici présents, c'est le nôtre.
   Il s'agit de vos enfants, Il s'agit de votre pays, Il s'agit de votre
   patrie, Il s'agit de la France, Il s'agit de l'avenir et de la société
   dans laquelle vous voulez vivre.
   Et bien, mes chers amis, vous avez un bulletin de vote, c'est de vous
   dont dépend tout cela.
   Moi, il ne me reste plus que deux choses à dire, mais je voudrais vous
   les dire du fond du coeur :
   Vive la France !
   Et par-dessus tout : Vive la République !
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