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Discours politique
Arlette Laguiller, Discours à Nantes (19/04/2007)
   Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
   Quel que soit son résultat final, cette présidentielle ne changera pas
   la vie des classes populaires. Celle ou celui qui sera investi après le
   deuxième tour mènera la politique que le grand patronat estimera utile
   à ses intérêts.
   Oh, bien sûr, suivant qui sera élu, la justification ne sera pas la
   même ! Les mots seront différents mais le fond sera le même. Car, si on
   élit le président de la République et ceux qui détiennent le pouvoir
   politique, on n'élit pas ceux qui, grâce à leurs capitaux, dominent la
   vie économique et, par là même, la vie sociale et tout le reste.
   Au deuxième tour, il n'y aura le choix qu'entre deux candidats, entre
   le pire et le moins pire, mais pas vraiment le choix entre deux
   politiques.
   Le PS matraque sur le thème de ce qu'il appelle le "vote utile",
   c'est-à-dire voter pour Ségolène Royal dès le premier tour pour assurer
   sa présence au second.
   Nous ne pouvons pas deviner, bien sûr, qui sera présent au deuxième
   tour, mais il est quand même invraisemblable que Ségolène Royal n'y
   soit pas. Si le chantage du PS marchait, son seul résultat serait de
   réduire l'électorat d'extrême gauche et même celui de son futur allié,
   le PC, alors que Bayrou comme Le Pen feront le plein de leurs voix
   respectives. Moins Sègolène Royale prend des engagements sur les
   problèmes vitaux des classes populaires, plus le PS tente d'empêcher
   les critiques venant de sa gauche, en particulier venant de l'extrême
   gauche.
   Eh bien, la véritable menace sur le plan électoral pour les classes
   populaires réside justement là ! Si Ségolène Royal était élue, elle se
   servirait du résultat des votes pour s'aligner sur l'électorat de
   droite, encore plus que pendant la campagne. Elle serait d'autant moins
   gênée de reprendre la politique de la droite que ne s'exprimera pas une
   critique de son programme sur sa gauche. Il ne faut pas marcher dans le
   chantage !
   L'élection du président, c'est au deuxième tour que cela se passe. Et
   quel que soit celui qui sera élu, les classes populaires ont intérêt à
   ce que s'expriment au premier tour, sur ma candidature, tous ceux qui
   n'acceptent pas que Ségolène Royal, une fois élue, mène une politique
   de droite et ne donne aucune réponse aux problèmes essentiels des
   classes populaires : le chômage massif, la baisse du pouvoir d'achat et
   la crise du logement.
   Eh bien, pour ma part, j'affirme que, oui, il serait possible de
   préserver les travailleurs et l'ensemble de la société de ces
   catastrophes
   Les mesures qu'il serait nécessaire de prendre sont des mesures
   radicales mais simples, claires et parfaitement réalisables, sans même
   qu'aucune n'implique l'expropriation du grand capital et la
   transformation de la propriété privée des grandes entreprises en
   propriété collective.
   Que la droite ne se soucie pas de l'inexorable descente vers la misère
   de tous ceux qui vivent et travaillent sans exploiter personne, est
   dans l'ordre des choses. La droite défend ouvertement les intérêts du
   grand patronat, et elle trouve normal que les riches s'enrichissent en
   appauvrissant les autres. Elle trouve normal que les grandes
   entreprises mettent à la porte des centaines ou des milliers de
   salariés simplement pour voir le cours de leurs actions en Bourse
   gagner quelques points.
   Quand j'ai avancé ces mesures pour la première fois, lors de l'élection
   présidentielle de 1995, il y a douze ans déjà, alors que la crise
   n'était pas encore si grave, j'étais bien seule à en populariser
   l'idée. Certaines d'entre elles sont reprises aujourd'hui par d'autres
   candidats d'extrême gauche. Bien sûr, elles ne sont pas reprises, et je
   ne m'en étonne pas, par ceux qui ont une chance d'arriver au pouvoir.
   Dès que j'ai avancé ce programme de défense des travailleurs, à
   l'époque sous le nom de "programme d'urgence" ou de "plan d'urgence",
   j'ai dit qu'on ne pouvait compter ni sur la droite, ouvertement au
   service du grand patronat, ni sur la gauche, hypocritement servile
   envers lui.
   Il aurait fallu que ces mesures indispensables pour les travailleurs
   soient imposées, aussi bien au gouvernement qu'au grand patronat, par
   mouvement social assez puissant pour les faire reculer. Un tel
   mouvement ne s'est pas produit.
   En l'absence d'un coup d'arrêt, la dégradation sociale n'a jamais
   cessé. Le patronat a bénéficié du chômage pour contenir, voire faire
   baisser les salaires, pour accroître le rythme du travail, pour
   licencier et faire faire plus de travail avec moins d'ouvriers, pour
   aggraver l'exploitation. Et le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy,
   reprenant un plan préparé par Jospin, a finalement réussi à repousser
   l'âge de la retraite et a diminué les pensions pour à peu près tout le
   monde.
   Les gouvernements, ceux de droite bien sûr, mais aussi le gouvernement
   de la Gauche plurielle ont exécuté servilement les exigences du grand
   patronat. On a connu la dégradation de tous les services publics dont
   les plus rentables ont été livrés au privé, la flexibilité du travail,
   la généralisation des contrats précaires.
   Tout cela fait que, pour les travailleurs, si les choses ont changé
   depuis 1995, c'est en pire !
   Au cours des douze dernières années, le pouvoir d'achat des salariés a
   reculé et le chômage n'a pas diminué malgré les manipulations
   statistiques et les mensonges de ceux qui nous gouvernent. Et, quant à
   la crise du logement, elle s'est considérablement aggravée au cours des
   dernières années en raison de la spéculation immobilière qui a fait
   s'envoler les prix au point qu'une fraction croissante des classes
   populaires est mal, très mal ou pas du tout logée.
   Cela ne peut pas continuer comme ça ! Il y aura, tôt ou tard, une
   explosion sociale. C'est à ce moment-là qu'il sera important que le
   mouvement ne se trompe pas d'objectifs et ne prenne pas l'accessoire
   pour l'essentiel.
   Le programme sur lequel je demande aux électeurs populaires de se
   prononcer en votant pour ma candidature est un programme de défense des
   travailleurs pour empêcher qu'une fraction croissante de la principale
   classe productive de la société soit poussée vers la misère.
   Ce programme, même s'il ne s'attaque pas à la propriété privée des
   entreprises, implique cependant que l'on impose une autre utilisation
   des profits gigantesques que réalisent depuis plusieurs années toutes
   les entreprises, en particulier les plus grandes. Et, au contraire de
   ce qu'ont fait tous les gouvernements de droite comme de gauche au
   cours des dernières années, ce programme implique qu'au lieu de
   privilégier les intérêts de la classe capitaliste, on cherche à
   rétablir un peu l'équilibre en prenant sur les privilèges économiques
   des propriétaires de capitaux pour améliorer le sort des classes
   populaires.
   Il faut, en effet, financer les mesures favorables aux classes
   populaires par le budget de l'État alimenté par une augmentation
   sélective des impôts, une augmentation qui frappe plus fort les
   bénéfices des sociétés et les plus hauts revenus.
   Le budget de l'État joue de moins en moins un rôle de compensation des
   inégalités de revenus. C'est même l'inverse. Depuis plusieurs années,
   il donne bien plus aux groupes industriels et financiers que ce qu'il
   en reçoit en impôts. Qu'il soit seulement dit que, dans la même année
   2005, le montant total de l'impôt sur les sociétés a rapporté au budget
   la somme de 53 milliards d'euros, alors que rien que les aides
   publiques directes aux entreprises se sont montées à 65 milliards
   d'euros !
   Il n'y a aucune nécessité économique ou sociale d'avoir fait baisser
   l'impôt sur les bénéfices des sociétés des 50 % qu'il était sous
   Giscard, il y a trente ans, aux 33 % qu'il est actuellement ! Cette
   diminution n'a fait que contribuer à l'explosion des profits et à
   diminuer les ressources de l'État au détriment de tous les services
   publics utiles à la population. L'impôt sur les bénéfices pourrait et
   devrait être immédiatement ramené aux 50 % qu'il était auparavant ce
   qui ferait rentrer chaque année 27 milliards d'euros de plus dans les
   caisses de l'État.
   Par ailleurs, l'impôt sur le revenu des personnes physiques doit être
   modifié. Il est injuste que les revenus les plus élevés soient les
   moins imposés en proportion, à cause de la réduction du nombre des
   tranches et de la limitation des tranches supérieures de l'impôt,
   limitation à laquelle ont contribué tous les gouvernements.
   Donc, pour que le budget de l'État permette de rétablir le rôle des
   services publics et de construire les logements sociaux nécessaires, il
   faut rétablir l'impôt sur les bénéfices et les tranches supérieures
   supprimées de l'impôt sur le revenu.
   De plus, les plus riches bénéficient d'une multitude de dégrèvements
   d'impôt, pour l'emploi de personnel domestique, pour des
   investissements dans l'immobilier locatif, pour l'achat de navires de
   plaisance, pour les placements dans les DOM-TOM. L'ensemble de ces
   niches fiscales représenterait 40 milliards de manque à gagner pour les
   caisses de l'État. Il n'est que justice qu'elles soient supprimées !
   "Prendre sur le profit" signifie qu'on contraigne les plus riches à
   participer à l'effort nécessaire pour faire face à la crise sociale
   dramatique que représentent le chômage de masse, les bas salaires et la
   situation du logement.
   Si l'entreprise est créatrice de richesses, comme aiment à nous le
   rappeler les économistes - en général pour nier les droits des
   travailleurs -, ce n'est pas grâce aux propriétaires, mais grâce à ceux
   qui y travaillent, grâce à ceux qui font tourner les chaînes de
   l'industrie automobile, qui font couler le béton pour les constructions
   ; grâce aux manoeuvres ou aux chercheurs, grâce aux caissières de
   supermarchés et aux employés des banques.
   C'est pour cela qu'un programme de défense des travailleurs signifie
   nécessairement qu'il faut que les travailleurs, les salariés en
   général, puissent contrôler ce qui se passe dans leur propre
   entreprise, celle dont ils assurent collectivement le fonctionnement.
   Et, étant donné l'importance sociale de certaines entreprises qui
   jouent un rôle majeur dans l'économie, il faut que les consommateurs,
   que la population, participent à ce contrôle et aient accès à toutes
   les informations concernant ces entreprises.
   La première mesure à prendre pour permettre un tel contrôle est de
   supprimer les lois sur le secret commercial, bancaire et industriel qui
   interdisent aujourd'hui de divulguer ce que l'on sait d'une entreprise
   et de ses pratiques.
   Il faut que les employés, les comptables, les secrétaires, les
   ouvriers, les magasiniers, puissent dire si ce que les dirigeants des
   entreprises déclarent est vrai ou faux et qu'ils puissent vérifier si
   ce qu'on leur fait faire dans leurs entreprises correspond bien à ce
   qui est utile à la société.
   Ce dont je parle, c'est du contrôle de la comptabilité ordinaire,
   quotidienne, aussi bien des recettes que des dépenses et de leur
   nature. Le contrôle de qui sont les fournisseurs d'une entreprise et
   pourquoi on les choisit. Qu'achète-t-on à un sous-traitant et à quel
   prix ?
   Il est à la mode dans les grandes entreprises d'externaliser telle
   production ou tel service. Il faut pouvoir contrôler pourquoi. À qui
   cela profite-t-il et au détriment de qui ?
   Et dans le cadre du grand commerce, il faut contrôler quels sont les
   prix payés aux producteurs de viande, de légumes, de fruits, surtout
   aux petits producteurs. Quelle est la marge du grand commerce sur les
   produits de consommation courante non industrielle ?
   Et à quoi sert le profit dégagé ? Les défenseurs en de l'ordre
   capitaliste nous expliquent que le profit, c'est nécessaire parce que,
   suivant leur slogan d'il y a quelques années, "les profits
   d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois
   d'après-demain" ! C'est un mensonge ! Un des aspects majeurs de la
   crise économique dans sa phase actuelle est que, si les profits sont
   élevés, voire sans précédent, ils ne servent pas aux véritables
   investissements.
   Ce que les financiers et les bilans comptables appellent aujourd'hui
   les investissements, c'est seulement le fait de racheter tout ou partie
   d'une autre entreprise, concurrente ou pas, avec pour objectif
   principal de racheter son marché. Cette opération ne se traduit pas par
   la création de nouvelles usines, de nouvelles forces productives, mais
   seulement par une concentration financière. Elle ne se traduit pas par
   la création de nouveaux emplois, mais au contraire par des
   restructurations, par l'élimination de prétendus doublons et par des
   licenciements.
   La fusion récente de deux grandes entreprises en équipements de
   télécommunication, Alcatel et Lucent, en fournit l'illustration. Plus
   de 12.000 personnes se retrouvent sur le pavé, dont 1.500 en France.
   Airbus comme Alcatel-Lucent licencient des chercheurs, des ingénieurs,
   des techniciens, des travailleurs hautement qualifiés. Aucun diplôme ne
   protège du chômage et pour le patronat, un ingénieur est une unité
   comptable comme un ouvrier sur chaîne, qu'il jette à la porte, sans
   état d'âme, s'il n'en espère plus le profit escompté !
   Voilà pourquoi tout corporatisme, toute illusion que c'est en se
   cramponnant aux intérêts de sa catégorie que l'on se défend le mieux,
   est nuisible à nos propres intérêts. Par delà les catégories, par delà
   les barrières artificielles qu'on dresse entre travailleurs, c'est
   seulement ensemble que nous pouvons nous défendre !
   Pour en revenir au contrôle, élément essentiel d'un programme de
   défense de la population travailleuse, il faut aussi se donner les
   moyens de connaître les projets à court et à long terme de
   l'entreprise. Il est, par exemple, inadmissible que sa direction puisse
   préparer un plan de licenciements longtemps à l'avance et que les
   travailleurs n'en soient avertis que lorsque le couperet tombe.
   Le contrôle exige aussi qu'on puisse rendre publics, c'est-à-dire
   accessibles à tous, les revenus, les avoirs et les biens de tous les
   grands patrons, de leurs alliés, de leurs hommes de paille. Le contrôle
   est indispensable pour pouvoir imposer au patronat les mesures
   d'urgence destinées à résorber le chômage.
   Ce n'est ni exproprier, ni nationaliser les entreprises privées mais
   simplement les rendre transparentes en permanence pour la population.
   Ce contrôle est aussi de l'intérêt des autres classes populaires, les
   petits paysans, les petits pêcheurs, écrasés par les grandes chaînes de
   distribution et les artisans étranglés par les banques.
   Ce sont les grandes entreprises qui ont une responsabilité majeure dans
   la gravité du chômage. La liste est longue des plans sociaux annoncés,
   ceux qui sont déjà en cours, comme chez Airbus, Alcatel-Lucent, Kodak,
   Nestlé, ou encore à France Télécom, ceux qui sont prévus, comme chez
   ARKEMA, Michelin ou Peugeot-Citroën ou Renault.
   C'est le contrôle étroit, quotidien, par les travailleurs et la
   population concernée qui permettra de vérifier que les licenciements
   collectifs ne sont jamais justifiés et qui permettra de s'y opposer.
   L'on peut maintenir les emplois en prenant sur les bénéfices, soit ceux
   de l'année, soit sur ceux qui ont été accumulés dans les années
   précédentes.
   Et puis, il faut les 35 heures sans dérogation. Il faut les généraliser
   à toutes les entreprises, interdire les heures supplémentaires et
   remplacer celles qui seraient nécessaires par des embauches
   supplémentaires.
   Il faut remplacer tous les contrats précaires par des CDI et, pour
   éviter les temps partiels imposés, ne pas autoriser qu'un salaire
   puisse être inférieur au Smic même si le temps de travail est inférieur
   à 35 heures.
   Mais il n'y a pas que les mesures en direction des grandes entreprises.
   L'État lui-même a supprimé, au fil du temps, des centaines de milliers
   de postes dans les services publics ou dans l'administration, emplois
   qui contribuaient à la vie quotidienne des classes populaires.
   Les augmentations sélectives de l'impôt sur les bénéfices des sociétés
   et de l'impôt sur les hauts revenus dont j'ai parlé tout à l'heure
   devraient servir à inverser le mouvement et à créer des emplois utiles
   dans les services publics.
   En réformant l'impôt, l'État peut et doit embaucher immédiatement du
   personnel dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, à La Poste,
   dans l'Éducation nationale ou dans les crèches à construire.
   Le personnel hospitalier travaille à la limite de ses possibilités. Les
   heures supplémentaires, en principe récupérables, ne sont jamais
   récupérées. Bien des hôpitaux ne pourraient tout simplement pas
   fonctionner s'ils n'imposaient pas au personnel des horaires de travail
   usants. Et, malgré les sacrifices imposés au personnel on ferme des
   salles dans les grands hôpitaux des grandes villes. On ferme aussi des
   petits hôpitaux en province ou des maternités de proximité.
   Et puis, il faut aussi embaucher à La Poste. Les fermetures de bureaux
   de poste dans les villages non seulement gâchent la vie, celle en
   particulier des personnes âgées ou qui ont du mal à se déplacer, mais
   contribuent à la décomposition de toute la vie sociale. Dans les
   grandes villes, le facteur qui passait deux fois par jour, fait partie
   de lointains souvenirs. Se rendre dans un bureau de poste en ville,
   même pour une opération simple et quotidienne, devient une épreuve,
   tant les files d'attente sont longues et le personnel débordé.
   Il faut embaucher dans les transports en commun urbains et à la SNCF.
   Il faut embaucher et former des instituteurs, des professeurs, du
   personnel technique et médical dans l'Éducation nationale.
   Et puis, il faut embaucher dans un nouveau service public à créer, un
   office national du logement, qui prendrait en main la construction des
   logements HLM qui manquent. Car la situation du logement populaire dans
   ce pays constitue une véritable catastrophe sociale. Les chiffres sont
   aujourd'hui largement connus. Selon la Fondation Abbé-Pierre, il y a un
   million trois cent mille familles inscrites sur les listes d'attente
   des HLM, trois millions de personnes sont mal logées.
   La gravité de la crise est évidente. Il est inacceptable, il est
   scandaleux qu'au XXIème siècle, dans un des pays les plus riches de la
   planète, trois millions de personnes soient obligées de vivre dans des
   hôtels vétustes, dans des logements délabrés, dans des taudis infects,
   voire dans des caravanes, alors qu'il est possible, tout aussi bien sur
   le plan technique que sur le plan du financement, de construire le
   nombre de logements nécessaire pour résorber la crise du logement en
   trois ans !
   En 2005, les entreprises ont bénéficié de 65 milliards d'aides
   publiques directes, et depuis, cela a encore augmenté. En outre, il y a
   plus de 35 milliards par an d'aides indirectes passant par le biais de
   surfacturations de produits et de services achetés par l'État, de
   terrains viabilisés offerts aux entreprises qui daignent s'installer
   quelque part ou encore par le biais de multiples avantages par lesquels
   l'État favorise les entreprises. Cela fait au bas mot 100 milliards par
   an qui sont donnés à fonds perdus aux entreprises, c'est-à-dire à leurs
   propriétaires, sans que ce soit utile en quoi que ce soit à la
   collectivité sans que le chômage cesse d'augmenter.
   Et on continue à dépenser ainsi l'argent public, année après année,
   sous tous les gouvernements, alors que la crise du logement populaire
   est telle qu'elle devrait être une priorité nationale !
   Avec ces 100 milliards annuels, il est possible de construire un
   million de logements à 100.000 euros l'unité. Et si l'État embauche
   lui-même sans que les bétonneurs à la Bouygues prélèvent leur part de
   profit, il est probable que la construction coûte moins cher encore. En
   trois ans, le problème du logement populaire pourrait être réglé, en
   ayant non seulement satisfait les besoins immédiats, mais en les ayant
   dépassés en prévision de l'avenir pour faire aussi, par contrecoup,
   baisser les loyers du privé.
   En ce qui concerne le foncier, l'État ne doit pas accepter pour ses
   projets la hausse spéculative des dernières années. Il faut
   réquisitionner à prix zéro les immeubles, les hôtels et les taudis que
   les marchands de sommeil mettent en location. Les propriétaires ont
   suffisamment gagné d'argent en louant depuis des années leurs taudis à
   des prix prohibitifs !
   Et si c'est un office public qui centralise la gestion de la
   construction, il est possible de planifier de façon à éviter les
   ghettos, et de disperser les logements populaires en en construisant
   aussi dans les centres-villes.
   Quant à la baisse du pouvoir d'achat, depuis le blocage des salaires,
   elle concerne même ceux qui ont un emploi stable. Les salaires
   augmentent plus lentement que les prix et, surtout, les gouvernements
   successifs ont ajouté des prélèvements, comme la CSG ou le RDS, la
   hausse du forfait hospitalier, le non-remboursement ou le remboursement
   seulement partiel des médicaments ou des consultations médicales. Tout
   cela pèse sur le pouvoir d'achat.
   Il est indispensable d'augmenter tous les salaires de 300 euros net,
   rien que pour retrouver le pouvoir d'achat volé au fil des ans. Aucun
   salaire ne doit être inférieur à 1500 euros net par mois, pas plus
   qu'aucune retraite ou allocation pour handicapé. C'est un minimum pour
   vivre aujourd'hui !
   Voilà le programme absolument nécessaire pour arrêter la dégradation
   des conditions d'existence des classes populaires.
   Ce n'est bien sûr pas celui de Sarkozy, mais ce n'est pas non plus
   celui de Ségolène Royal. Et si Sarkozy peut aggraver encore les choses,
   Ségolène Royal ne pourra absolument pas les améliorer vraiment car elle
   laissera les mains entièrement libres au grand capital.
   Ce programme exige des mesures autoritaires. L'État bourgeois lui-même
   sait, en temps de guerre, prendre de telles mesures. Eh bien, la lutte
   contre le chômage, contre la misère exige une politique au moins aussi
   autoritaire car c'est une question de survie de toute la population.
   Un gouvernement qui aurait pour préoccupation d'arrêter la dégradation
   du sort des classes populaires pourrait appliquer ce programme. Mais il
   faudrait pour cela être décidé à affronter la bourgeoisie pour
   l'obliger à renoncer à une partie des privilèges qu'elle s'est
   appropriés au cours des vingt-cinq dernières années, au détriment des
   classes laborieuses. Aucun gouvernement de droite ou de gauche ne le
   fera naturellement car aucun d'eux ne voudra toucher un tant soit peu
   aux intérêts de la classe riche.
   Cela va de soi pour Sarkozy ou pour Bayrou qui est sa copie conforme
   sur le plan social. Je ne discuterai pas leur programme, ici : le
   simple fait, de la part de Sarkozy, de n'avoir rien d'autre à dire à
   ceux qui ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois qu'il
   faut "travailler plus pour gagner plus", alors que près de trois
   millions de personnes n'ont pas de travail du tout et qu'à peu près
   autant des précaires voudraient bien travailler plus, témoigne du
   cynisme de cet homme et de son mépris des classes populaires.
   Sur cette question, Le Pen, de Villiers, Sarkozy, ont tous le même
   programme, et Bayrou ne se distingue que dans les formulations. Et puis
   la droite vient de passer cinq ans au pouvoir, on a pu mesurer tous les
   dégâts de sa politique.
   Mais on a pu mesurer aussi auparavant que la gauche au gouvernement ne
   faisait guère mieux.
   Le gouvernement Jospin a pris un certain nombre de mesures, comme le
   PACS ou la CMU qui représentent des avancées non négligeables, mais des
   avancées qui ne coûtent rien à un patronat intouchable. Mais pas plus
   que la droite ne l'a voulu, la gauche n'a osé prendre des mesures qui
   pouvaient toucher si peu que ce soit aux privilèges exorbitants de la
   grande bourgeoisie.
   Et il suffit encore de voir la campagne de Ségolène Royal qui se garde
   bien de prendre des engagements et qui pourraient, dès maintenant,
   fâcher le patronat. Elle préfère ne pas être élue que faire ce choix.
   Même le Smic à 1500 euros, elle en parle de moins en moins. Et
   pourtant, il s'agit, pour elle, de 1500 euros bruts, c'est-à-dire 1254
   euros net seulement, et pas dès son arrivée à la présidence, mais
   seulement "dès que c'est possible" ou à la fin de la législature !
   Et pour les autres salaires, il n'y a que cette promesse vague de
   demander à ceux qu'elle appelle les "partenaires sociaux" d'entamer des
   négociations. On sait en quoi consistent les négociations entre les
   patrons et les syndicats : les patrons disent non et les syndicats
   enregistrent.
   Quant au chômage, à part les emplois-tremplins, si bien nommés pour
   dire qu'ils seront des sauts dans l'inconnu, il y a sa nouvelle
   trouvaille, le Contrat Première Chance, qui est le frère jumeau du
   Contrat Première Embauche de Villepin, rejeté grâce à la mobilisation
   de la jeunesse. Ce contrat déborde même le CPE sur son côté
   pro-patronal : on ne se contente plus de supprimer les charges pour les
   patrons, mais l'État paie aussi les salaires à leur place ! Quel est le
   petit patron qui ne va pas se débarrasser du plus vieux de ses salariés
   ou du dernier embauché pour engager un plus jeune à ce tarif-là ?
   Du côté du logement, la promesse de construire 120 000 logements par
   an, que contiennent les "cent propositions" de Ségolène Royal, ne
   permettrait à tous ceux qui sont sur les listes d'attente des HLM
   d'avoir un toit que d'ici dix ans.
   Si Ségolène Royal est élue, elle défendra, comme tous ses prédécesseurs
   de gauche comme de droite, les intérêts du grand capital. Mais ce
   faisant, elle ne pourra résoudre aucun des problèmes des classes
   populaires. Elle ne pourra rien pour résorber le chômage. Elle ne fera
   rien pour arrêter l'effondrement du pouvoir d'achat. Elle ne fera rien
   pour régler la crise du logement populaire.
   Avec elle à la présidence, comme avec n'importe qui d'autre, la classe
   ouvrière n'aura que ce qu'elle sera capable d'imposer elle-même.
   Depuis le début de cette campagne, Sarkozy louche vers l'électorat du
   Front National et Royal cherche à concurrencer Sarkozy sur son terrain.
   Tout cela représente un glissement à droite de l'ensemble. Ce qui finit
   par surnager dans tout ce concert, ce sont les idées réactionnaires
   formulées parfois de la pire des façons.
   Et si, contrairement à 2002, Le Pen ne sera pas présent au deuxième
   tour, ses idées réactionnaires, ses slogans rétrogrades, auront marqué
   toute la campagne électorale.
   Je voudrais revenir sur le débat à propos des drapeaux, de La
   Marseillaise et de l'identité nationale. De la droite jusqu'à la
   gauche, PC compris, on a entendu une surenchère de discours, la droite
   affirmant qu'il ne fallait pas laisser ce terrain à l'extrême droite,
   et la gauche qu'il ne fallait pas le laisser à la droite.
   Le PS comme le PC se justifient en rappelant les origines
   révolutionnaires du drapeau tricolore. Oh oui, il fût un temps, il y a
   plus de deux siècles où le drapeau tricolore était le drapeau de la
   révolution !
   Mais, depuis que la France bourgeoise est devenue la France
   impérialiste, c'est sous ce drapeau que les troupes françaises ont
   massacré lors de la conquête de l'Algérie, de Madagascar, de
   l'Indochine, puis qu'on a assassiné ceux qui osaient remettre en cause
   la domination coloniale française. Dans tous ces pays, le drapeau
   français n'est pas le symbole de la liberté, mais celui de l'oppression
   et des oppresseurs.
   Et puis, en France même, c'est sous ce drapeau qu'on a massacré les
   Communards et qu'on a tiré sur bien des grévistes et des manifestants,
   il n'y a pas si longtemps encore.
   Mais il n'y a pas à s'étonner que Ségolène Royal se l'approprie car son
   parti, le PS, est de ceux qui ont mené sous ce drapeau, la sale guerre
   d'Algérie qui a fait près d'un million de morts !
   Eh bien, pour notre part, nous ne reconnaissons pas ce drapeau comme le
   nôtre. C'est le drapeau des fusilleurs, et nous, nous sommes du côté
   des fusillés. Et notre drapeau n'est pas le drapeau tricolore, mais le
   drapeau rouge, le drapeau des ouvriers, le drapeau de la révolution !
   Toute la presse prétend, sur la base des sondages, que jamais depuis
   1969, les intentions de vote en faveur de la gauche, toutes tendances
   confondues, n'ont été aussi basses. Les dirigeants de la gauche
   réformiste y sont pour beaucoup, aussi bien par leur politique au
   gouvernement dans le passé que par leur alignement sur la droite dans
   la campagne présente, et, surtout, par leur refus de s'engager sur des
   objectifs susceptibles de changer la vie des classes populaires.
   Et puis, ne l'oublions jamais, si la droite est pour ainsi dire tout le
   temps majoritaire dans l'électorat, c'est parce qu'une partie
   importante du monde du travail, les travailleurs immigrés, sont écartés
   du droit de vote. La gauche avait pourtant promis de donner ce droit de
   vote au moins dans certaines élections mais, au gouvernement, elle ne
   l'a jamais fait.
   Alors, bien sûr, je suis pour que le droit de vote soit accordé aux
   millions de travailleurs qui vivent et qui travaillent dans ce pays, et
   à toutes les élections. Ce sera non seulement un geste démocratique
   élémentaire, mais aussi un renforcement politique du monde du travail
   et, surtout, des plus exploités. Et il va de soi que je suis pour la
   régularisation des sans-papiers.
   Mais demain, dans les luttes que les travailleurs seront obligés de
   mener pour imposer les objectifs susceptibles de changer réellement
   leur situation, il n'y aura pas de différence entre ceux qui ont une
   carte d'électeur et ceux qui n'en ont pas. Quelle que soit nos
   origines, on constitue une seule et même classe ouvrière dont le
   patronat est le seul adversaire, et ensemble dans la lutte, nous aurons
   le poids pour imposer une politique qui tiendra compte de nos intérêts
   Je sais bien qu'une grande partie de l'électorat populaire attend de
   cette présidentielle que Sarkozy soit écarté de la présidence. Ce
   souhait, je le comprends. Mais, au premier tour, ce n'est pas de cela
   qu'il s'agit.
   En votant pour ma candidature, vous voterez, bien sûr, contre Sarkozy
   et tout ce qu'il représente de soumission au grand patronat, de cynisme
   vis-à-vis des classes populaires.
   Vous voterez aussi, bien sûr, contre Le Pen et son ombre, de Villiers.
   Il faut que, face à l'électorat qui s'exprime sur le nom de ce
   millionnaire réactionnaire, xénophobe et anti-ouvrier, s'affirme un
   électorat qui défende fièrement les intérêts politiques et les valeurs
   de la classe ouvrière.
   Mais vous voterez aussi contre la politique que défend Ségolène Royal
   et qu'elle essaie de faire passer pour la seule politique opposable à
   la droite, alors qu'elle lui ressemble de plus en plus.
   Au premier tour, il faut avertir Ségolène Royal que, si elle est élue,
   elle n'a pas un chèque en blanc et que les travailleurs, les classes
   populaires, ne la laisseraient pas mener la politique de la droite sans
   réagir.
   En votant pour ma candidature, vous voterez pour que, face au camp
   patronal représenté aussi bien par les principaux candidats de la
   droite que par la candidate de la gauche, s'affirme le camp des
   travailleurs !
   En votant pour ma candidature, vous voterez pour que les objectifs que
   j'ai développés deviennent ceux des luttes à venir de tous les
   travailleurs !
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