     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog
   Retour
Discours politique
Ségolène Royal, Discours à Toulouse (19/04/2007)
   Bonjour Toulouse !
   Merci, Jose Luis Zapatero de venir nous apporter la flamme et la
   chaleur de l'Espagne.
   Merci d'être là aussi nombreux, militants, citoyens, rassemblés,
   chaleureux. Encore trois jours avant le premier tour de l'élection
   présidentielle ! Aidez-moi, portez-moi, c'est vous qui m'avez faite et
   c'est avec vous que nous gagnerons.
   Je veux lancer ici, à Toulouse, un appel à la mobilisation.
   Venez voter, venez massivement voter, Françaises, Français, mes chers
   compatriotes, une page de l'histoire de France est en train de
   s'écrire, chacun, chacune doit contribuer à cette histoire et le
   premier message que je vous donne, c'est celui : la démocratie a besoin
   de vous, la République a besoin de vous car aujourd'hui elle est
   menacée par une fracture républicaine.
   Alors levons-nous vers ce vote conscient, levons-nous vers ce vote
   utile pour la France car la France a envie de changement, la France a
   besoin de se relever, la France a besoin d'être plus juste pour être
   plus forte, et c'est dès dimanche prochain que nous devons le dire à la
   face du monde !
   Merci à tous les élus de la ville, du Département et de la Région
   d'être là, à tous les responsables nationaux d'être ici rassemblés, à
   tous les socialistes au premier rang desquels François, notre premier
   secrétaire, aux radicaux, à Jean-Pierre Chevènement ; merci à Danielle
   Mitterrand de sa présence, elle qui mène depuis des années une lutte à
   l'échelle de la planète pour que tous les êtres humains puissent
   accéder à l'eau potable. Voilà une belle et juste cause que la France
   devra défendre !
   Et surtout merci à toi, Jose Luis, d'avoir pris sur les devoirs de ta
   charge le temps de venir jusqu'ici m'apporter un soutien qui, venant de
   l'ami espagnol, chef d'un gouvernement inventif et profondément
   réformateur, me va droit au coeur et fait honneur à tous ceux qui sont
   dans cette salle.
   Oui, je me bats, je me bats avec vous, d'abord pour être en finale, et
   ensuite pour faire gagner la France présidente !
   Et nous voici dans la ville rose, et la plus espagnole de toutes les
   grandes villes : Toulouse, terre d'accueil des républicains espagnols
   quand quatre généraux félons, comme le disait l'un de leur chant,
   écrasaient de l'autre côté des Pyrénées la légalité démocratique et
   l'aspiration d'un peuple à la liberté. La botte franquiste précéda de
   peu la botte nazie s'abattant sur l'Europe et nombre de ceux qui
   avaient combattu la dictature chez toi continuèrent la lutte chez nous.
   C'était des étrangers, c'était des immigrés, mais d'une exceptionnelle
   vaillance et nous les avons accueillis. Ils savaient, eux, lier
   solidement ensemble l'amour de la patrie et l'engagement
   internationaliste. Des brigades internationales aux maquis de la
   résistance française, l'histoire a scellé entre nous, quand il était
   minuit dans le siècle, d'une fraternité d'armes fondée sur un idéal
   partagé. Et c'est ici que je veux le rappeler à Toulouse.
   Ce fut ensuite à notre tour d'épauler les militants espagnols condamnés
   à l'action clandestine. Entre notre deux pays, les Pyrénées ne sont pas
   une barrière car en ce temps-là on y traçait ces chemins de la liberté
   qui préparaient au prix des plus grands risques les basculements de
   l'histoire à venir. L'Espagne démocratique est aujourd'hui, grâce à
   toi, solide, sur ses bases, et la voilà devenue pour nous une source
   d'inspiration, d'admiration même, tant elle bouscule hardiment les
   dogmes qui inhibent l'action publique. Elle inaugure les voies
   nouvelles pour faire vivre dans le monde d'aujourd'hui un socialisme du
   21e avec toi, Jose Luis Zapatero !
   Alors, c'est vrai, pour nous qui sommes engagés dans la dernière ligne
   droite d'un beau et rude combat qui va décider pour longtemps de
   l'avenir de la France, pour nous qui voulons que les Français aient un
   choix clair et ne soient pas une nouvelle fois frustrés de leur
   décision, ton appui aujourd'hui est la certitude que nous pourrons
   demain nous épauler pour aller de l'avant, c'est une chance et c'est
   une force.
   Je crois, moi, dans l'action politique, à la parole tenue. Tu es celui
   qui a respecté sa promesse et, conformément à l'engagement pris devant
   le peuple espagnol, tu as retiré les troupes du bourbier irakien. Je
   crois moi aussi également au desserrement des contraintes
   bureaucratiques qui étouffe l'intelligence des territoires. Bien sûr,
   nos traditions institutionnelles ne sont pas les mêmes et chacun doit
   chercher ses réponses dans le contexte qui est le sien, mais tu as
   décentralisé à l'espagnole et je suis pour ma part bien décidée à
   entamer une nouvelle étape de la régionalisation à la française pour
   accroître l'efficacité de la puissance publique tout en renforçant les
   égalités territoriales. .
   Et puis, tu l'as rappelé tout à l'heure, ton gouvernement a posé tous
   les actes fondateurs de la lutte contre le machisme avec un
   gouvernement paritaire, bientôt les conseils municipaux, bientôt les
   conseils d'administration des grandes entreprises, et tu as fait
   adopter une loi exemplaire contre les violences de genre.
   Ce fut pour moi une raison de plus d'entreprendre une loi cadre contre
   les violences faites aux femmes qui ne laisse aucune dimension de côté
   ; et puis tu as eu le courage de faire la réforme du mariage pour les
   homosexuels.
   En même temps, l'Espagne a renforcé les solidarités fondamentales et a
   prouvé qu'avec un gouvernement de gauche on pouvait réconcilier le
   progrès social et l'efficacité économique. Je crois moi aussi, par
   rapport à tout ce que tu as fait pour toutes les personnes en situation
   de dépendance, et tu me confiais tout à l'heure ta fierté à ce sujet,
   je crois aussi que le degré de civilisation et d'humanité d'une société
   se juge à la façon dont elle traite ceux de ses membres que l'âge ou la
   maladie fragilise et son aptitude à ne pas tenir compte de l'exclusion
   que révèle le handicap. Moi aussi, je veux que la France ne soit plus
   handicapante ou invalidante pour ceux, enfants, adultes ou anciens, qui
   ont en réalité tant à lui apporter, à condition qu'elle veuille s'en
   donner les moyens et qu'elle lance un regard différent sur tous ceux
   qui sont les plus fragiles.
   Nous partageons aussi hardiment cette conviction, celle d'engager nos
   pays dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la
   protection de la planète. Je veux aussi que la France prenne le
   tournant de l'excellence écologique et que cet engagement soit source
   de croissance, comme l'Espagne a décidé de le faire.
   Tu as montré que ton pays est devenu l'un des leaders mondiaux des
   énergies éoliennes et solaires, à nous de rattraper notre retard par
   rapport à un gouvernement français de droite qui n'a cessé, au cours de
   ces cinq dernières années, de freiner l'engagement du pays dans la
   révolution écologique, prisonnier des lobbies, des clientélismes, des
   conformismes, des puissances de l'argent ; et il faudra, dans ce
   domaine, rattraper notre retard. Nous ferons de la France le pays de
   l'excellence écologique !
   Tu as montré aussi que tu es un homme de courage, et demain nous aurons
   sans doute à coopérer dans la lutte contre le terrorisme. Tu es
   confronté à cette épreuve et tu as su toujours montrer comment chercher
   la paix sans abaisser la garde, et je crois que c'est la bonne façon de
   faire.
   Et puis, comme tu me l'as dit la dernière fois où je suis venue à
   Madrid, ce n'est pas toi qui dirais que les immigrés qui viennent
   travailler dans les entreprises espagnoles menacent l'identité
   nationale espagnole. Tu as su trouver les mots pour dire tout ce que
   leur travail apporte à l'Espagne : leur contribution à la croissance, à
   l'équilibre des comptes sociaux ainsi que leur droit au respect et à la
   dignité. Nous sommes l'un et l'autre partisans d'une juste régulation
   de l'immigration, mais nous partageons aussi cette conviction de fond :
   seules des politiques de co-développement efficaces, élaborés avec les
   pays d'émigration, en partenariat avec les pays du Sud de l'Europe, en
   dialogue constant avec la Méditerranée et avec l'Afrique permettront de
   mettre fin aux migrations de la misère et de faire émerger les pays
   pauvres vers la croissance à laquelle ils ont droit.
   Nous avons en effet une approche voisine du rôle de l'espace
   méditerranéen et de l'enjeu du développement de l'Afrique dans un monde
   où le marché, livré à lui-même, creuse inexorablement les inégalités
   entre pays riches et pays pauvres. Et nous refusons de penser les
   mutations de ce monde et leurs risques inédits dans les termes erronés
   et dangereux d'une supposée guerre des civilisations. Cette grille
   d'interprétation, c'est celle de tous les fanatismes et l'alibi de
   toutes les impuissances. Et nous, nous n'irons pas nous mettre à genoux
   devant George Bush. Nous défendrons, en Europe, l'émergence d'un monde
   multipolaire à l'abri des tentations impériales d'un autre temps. Et je
   salue l'initiative que tu as prise en lançant cette alliance des
   civilisations que boude aujourd'hui une droite française inconsciente
   de l'importance de ce dialogue ; mais demain, avec la France neuve,
   nous rejoindrons ce beau projet que tu as mis en mouvement.
   "On va gagner !"
   Oui, je sais...
   Et nous aurons demain à défendre ensemble les mêmes valeurs humanistes
   au sein de l'Europe. Je sais que toi aussi tu refuses cette vision que
   certains défendent : la traque du gène de la délinquance avant l'âge de
   trois ans, le déterminisme biologique de la pédophilie, l'énigme
   génocidaire du peuple allemand qui, nous dit-il : "échapperait à
   l'explication rationnelle et relèverait en somme de l'inéluctable",
   propos irresponsables qui font insulte au bon sens, à ce que la science
   nous a appris et au passage à l'amitié franco-allemande, et à la
   mémoire de ceux qui, outre-Rhin, résistèrent au nazisme et qui ne sont
   pas moins allemands que les autres.
   Mais, avec de telles théories, avec une telle vision du fatalisme et du
   déterminisme du candidat de l'UMP, pourquoi, s'il croit si peu à
   l'éducation et à la marge de manoeuvre du pouvoir politique, et à la
   façon d'échapper au fatalisme et au déterminisme, pourquoi, s'il y
   croit si peu, pourquoi y pense-t-il si fort alors pour lui-même, avec
   les oeillades lancées à l'extrême droite pour franchir ce qu'il appelle
   la dernière marche ?
   Son projet, c'est de prendre le pouvoir. Le mien, c'est de vous le
   rendre pour écrire avec vous l'histoire de France.
   Son projet, c'est lui ! Mon projet, c'est vous !
   Oui, mon projet, c'est vous parce que je veux que les pouvoirs publics
   et l'État fonctionnent bien et donnent à chacune et à chacun, d'où
   qu'il soit et d'où qu'il vienne, la possibilité d'apporter son action
   et sa pierre à la construction de cette France neuve que nous voulons
   voir se lever, chacun en est digne. Et, voyez-vous, l'immense force
   d'une grande démocratie, c'est de donner à chacun la certitude intime
   de son rôle indispensable au progrès de tous les autres. Voilà le
   projet que je vous propose de construire.
   La droite a mis le pays en déclin, ce qui lui permet aujourd'hui
   d'exploiter les nostalgies ou les peurs. Et tous les faits divers, vous
   l'avez vu, sont bons à être utilisés sans vergogne. Eh bien, moi, je
   vous appelle à refuser cela, à refuser ce repli de la France sur
   elle-même, cette tentation d'indifférence. Les conservateurs préfèrent
   toujours les pays tournés sur eux-mêmes car ensuite c'est beaucoup plus
   facile pour exploiter les divisions, les encourager afin de faire
   semblant de feindre ensuite de trouver les solutions. Oui, le pays est
   en déclin, mais le peuple français ne l'est pas ! Le peuple français
   n'est pas en déclin, il a de l'audace, de l'élan, de la volonté, de
   l'énergie.
   Jose Luis, vois-tu ce soir à Toulouse un peuple qui te semble en déclin
   ? Non !
   Est-ce que ce soir nous avons devant nous un peuple qui n'aurait plus
   confiance en lui-même ? Moi, je vois au contraire un peuple français en
   mouvement, en audace, en volonté de changement, un peuple qui a envie
   que la politique reprenne ses droits, et tous ses droits, un peuple
   français qui ne demande qu'à grandir, qu'à s'élever.
   Et, Jose Luis, tu pourras dire à nos amis Espagnols que les Français
   sont repartis de l'avant, qu'il y a en France une force, un
   enthousiasme qui ne demandaient qu'à être réveillés. Il est là, il se
   lève, entendez-le !
   Un souffle se lève. Ce vent debout, cet appétit d'ordre juste, ce désir
   de changement profond s'appelle la France présidente !
   La France présidente, c'est réconcilier les libertés individuelles et
   les garanties collectives à l'opposé du chacun pour soi pour que le
   bien né et que le meilleur gagne soient les seuls à l'emporter. La
   France présidente, c'est l'harmonie d'un destin personnel, épanoui dans
   une société solidaire. Chaque citoyen est un être irremplaçable, chacun
   d'entre vous et d'entre nous constitue une valeur unique. Non, rien
   n'est joué à la naissance. Non, et c'est la noblesse de la politique et
   de la politique à gauche, de considérer que rien ne doit être joué à la
   naissance, que le sort de chacun n'est pas verrouillé à l'avance par
   une sorte de loterie invisible.
   Nous affirmons tous ensemble que toute société juste et solidaire peut
   et doit conjurer, réparer, atténuer les fragilités de toutes sortes qui
   pèsent sur le début de la vie, voilà l'objectif que je vous propose.
   Et c'est le rôle de l'éducation, d'abord, de l'éducation, encore
   l'éducation, toujours l'éducation.
   C'est le rôle, ensuite, bien sûr, des services publics, et c'est
   surtout le rôle, enfin, d'une plus juste répartition des richesses pour
   faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital et que le
   capital rapporte moins que le travail, comme nous l'ont encore redit à
   l'instant les salariés d'Airbus en colère contre ces provocations des
   rémunérations insolentes des grands dirigeants des entreprises.
   Et, à Toulouse, comme j'étais tout à l'heure aux côtés de Martin Malvy,
   à Toulouse, c'est là que nous devons lui demander de rembourser.
   Demandez-lui ! Remboursez l'argent à l'entreprise !
   La France présidente, c'est celle qui réhabilite la valeur du travail.
   La droite a volé le mot, et en fait elle a fait tout le contraire. Ce
   n'est pas en précarisant le travail, ce n'est pas par le CPE, ce n'est
   pas par la baisse des salaires que l'on revalorise le travail, mais
   c'est au contraire en prenant les moyens de réaliser une société de
   plein emploi, en donnant d'abord du travail à ceux qui n'en ont pas, en
   gagnant la bataille contre le chômage de masse, en augmentant le SMIC
   et les bas salaires, en augmentant les petites retraites pour lutter
   contre la vie chère.
   La France présidente, c'est celle qui va savoir concilier l'agilité
   dont les entreprises ont besoin pour affronter la compétition mondiale
   et la sécurité nécessaire à laquelle les salariés ont droit, et nous le
   ferons en créant la Sécurité sociale professionnelle qui permettra de
   lutter contre le chômage tout en gagnant de la compétitivité
   économique.
   La France de la valeur travail, c'est celle qui paie le travail à son
   juste prix et qui ne laisse pas les travailleurs et les familles être
   obligés, pour joindre les deux bouts, d'accumuler les heures
   supplémentaires. C'est la France du pouvoir d'achat, pas celle de la
   vie chère et des sur-tarifications bancaires. Oui, les abus bancaires
   seront sévèrement réglementés pour que les banques cessent de faire
   leurs principaux profits sur le dos des catégories modestes et moyennes
   ; et elles seront priées de remplir leur vraie mission, à savoir
   prendre des risques pour que les entreprises, petites et moyennes, se
   développent. Voilà la responsabilité des banques, pas celle de
   sur-endetter les familles.
   Et puis il y a une manière beaucoup plus efficace de régler les
   déficits de nos comptes sociaux que d'en faire peser le coût sur les
   plus pauvres ou sur les classes moyennes en baissant les
   remboursements. Débloquer l'économie, c'est d'abord augmenter le nombre
   de ceux qui travaillent, Et donc ceux qui cotisent, c'est cesser les
   cadeaux clientélistes sans aucune contrepartie aux entreprises, c'est
   pratiquer la juste répartition des efforts, de la culture de
   l'efficacité. Et la France présidente, c'est celle de l'amélioration
   des conditions de travail, c'est la France où l'on dira haut et fort,
   enfin, qu'il n'y a pas de fatalité à tous ces accidents, à toutes ces
   maladies professionnelles dont le coût humain et financier est chez
   nous exorbitant. C'est une France qui n'acceptera plus les
   discriminations à l'embauche parce qu'on n'aura pas la bonne couleur,
   ne le bon nom, ni la bonne adresse, ni la bonne origine, et cette
   lutte-là sera le combat de la France présidente !
   Car, la France présidente, c'est celle qui prend soin de ses enfants,
   de tous ses enfants dans leur diversité car elle a compris que c'est là
   qu'est sa force, que c'est là qu'est son avenir, prendre soin de tous
   ses enfants tout en protégeant ses anciens et en leur garantissant une
   retraite décente et l'accès aux soins.
   La France présidente, c'est celle qui investit dans la formation, dans
   la qualification à tous les âges de la vie. La France présidente, c'est
   celle qui tiendra pour chacun la promesse scolaire de la République et
   qui n'acceptera plus que certains soient programmés pour réussir et les
   autres pour échouer.
   Elle tiendra sa promesse égalitaire.
   La France présidente sera aussi une France artistique et culturelle et
   qui gagnera le combat pour la démocratie culturelle, et elle prendra
   tous les moyens de remettre à l'école, les moyens que la droite lui a
   enlevés, et cela dès la prochaine rentrée scolaire. Elle apportera aux
   enseignants la reconnaissance du pays, les moyens d'accomplir leur
   noble mission, les conditions du respect qui leur est dû et elle
   apportera à chaque élève qui décroche le soutien scolaire individualisé
   gratuit dès la prochaine rentrée scolaire. Voilà le combat que nous
   gagnerons.
   La France présidente, c'est le parti pris de cesser d'opposer ce qui
   doit marcher ensemble : performance économique et performance sociale,
   excellence économique, excellence écologique. C'est cela la
   réconciliation de l'intérêt bien compris du pays, des salariés et des
   entreprises avec des règles du jeu nouvelles, claires et bien comprises
   de tous.
   La France présidente, c'est une France donc assurée d'elle-même et de
   ses solidarités, et donc capable de se tourner vers le monde tel qu'il
   est et de peser sur le cours de la mondialisation. Car le choix est
   clair : la mondialisation sera, soit un chaos, soit une chance : un
   chaos si nous laissons faire et si nous laissons aller, une chance si
   nous pesons de toutes nos forces pour remédier à l'échange inégal qui a
   spolié pendant tant d'années l'Afrique, une partie de l'Asie et
   l'Amérique du Sud.
   Une chance si la faim et la maladie reculent, si les médicaments sont
   partagés, si le savoir est partagé, si les cultures se mélangent et
   s'échangent, mais un drame, un terrible drame si chacun s'y replie,
   dresse des barrières, installe des miradors à ses frontières et si
   l'autre, au lieu d'être une opportunité, devient un intrus et, pour
   finir, un ennemi. Et ce monde-là, nous n'en voulons pas.
   À nous de construire, avec la France et avec l'Europe, les digues du
   nouveau monde dont nous avons tous besoins les uns, les autres. C'est
   évident !
   Oui, bien sûr, la France a besoin de tous les siens, elle doit être
   attentive aux plus vulnérables, à ceux qui vont bien comme à ceux qui
   se sentent tirés vers le bas et qui craignent de dévisser. C'est la
   France qui accompagne ceux qui prennent des risques, qui se lancent,
   qui créent, qui redonnent courage aux plus faibles, mais c'est aussi la
   France qui s'adresse à tous ses enfants délaissés, désaimés, parfois
   maltraités. C'est ainsi et ainsi seulement que nous surmonterons, et
   nous savons que nous réussirons à surmonter ces crises économique,
   sociale, écologique, éducative, politique et morale qui nous bloquent.
   Nous allons débloquer la France, la relever et lui dire qu'il est
   possible d'aller en avant.
   Je demande à tous les citoyens de gauche de se rassembler massivement
   dès le premier tour. Au-delà de la gauche, je demande à tous ceux,
   hommes et femmes qui partagent un certain nombre de principes, de
   principes fondamentaux auxquels je crois, et ces principes qui vont
   permettre à la France de se redresser et sans lesquels la France
   continuera à s'enfoncer dans le déclin, mais, je l'ai dit tout à
   l'heure, ce n'est pas une fatalité.
   Alors, je lance ici un appel à Toulouse, à ceux qui se retrouvent sur
   les valeurs qui sont les suivantes, et sur lesquelles vous allez me
   donner votre avis, je leur demande de se mobiliser dès le premier tour.
   Voulez-vous, je le demande à tous ceux qui réfléchissent à travers
   cette grande salle, aujourd'hui dans tous le pays je m'adresse à eux,
   ceux qui réfléchissent encore, je leur demande : souhaitez-vous oui ou
   non que les valeurs humaines l'emportent toujours sur les valeurs
   financières et sur les valeurs boursières ?
   À ceux et celles qui hésitent, je demande : pensez-vous, oui ou non,
   qu'il est possible de réformer la France sans la brutaliser ?
   Pensez-vous, celles et ceux qui hésitent, et je comprends leur
   hésitation parce que le choix est grave, il va engager la France pour
   les années qui viennent, et sans doute définir son visage pour une
   génération compte tenu de la profondeur des crises que j'ai évoquées
   tout à l'heure, alors, oui ou non, pensez-vous qu'il est possible de
   réconcilier les solidarités fondamentales, la liberté individuelle et
   l'efficacité économique ?
   Pensez-vous qu'il est enfin grand temps de remplacer la loi du plus
   fort par la loi du plus juste ?
   Et enfin, pensez-vous que vous avez quelque chose à dire, quelque chose
   à faire, quelque chose à construire pour qu'enfin un ordre juste
   remplace tous les désordres injustes qui créent tant de violence, de
   fragilité, de frustration et de colère ? Alors, si vous pensez tout
   cela, si vous vous rassemblez sur ces valeurs, alors je vous lance un
   appel : venez voter, soyez très nombreux dès dimanche prochain pour
   dire quelles valeurs et quel visage vous voulez donner à la France !
   Je veux que demain la France soit un pays apaisé, ayant confiance en
   lui, où tous les Français se reconnaissent et s'aiment en elle. La
   France présidente n'a pas le masque de la peur parce que la peur est
   l'ennemi irréductible de la liberté du citoyen. Un seul désir suffit
   pour peupler tout un monde. Et ce désir, c'est le nôtre, c'est le
   vôtre, c'est notre désir d'avenir.
   La France présidente, c'est vous. C'est une France mobilisée pour
   dépasser ses difficultés, pour engager les mutations nécessaires que
   l'on sait difficiles. C'est une France qui sait que l'être humain ne
   peut rien faire qu'en s'associant, qu'il n'y a as d'armure plus solide,
   ni d'outil plus merveilleux pour les grandes causes, et voilà à quoi je
   vous engage.
   Tous les problèmes ont été révélés au cours de cette campagne par des
   voix fortes, et la plus forte de ces voix, c'est la voix du peuple
   français qui s'est exprimé en prose, en vers, en musique, en parlant
   haut et fort dans les maisons, dans les rues, dans les fermes et dans
   les cafés, dans les halls, dans les salles, et ce soir à Toulouse, je
   vous ai écoutés, je vous ai entendus, et c'est parce que nous
   laisserons aussi après s'exprimer ces voix, et je vous demande cette
   parole que vous avez prise de ne jamais la lâcher parce que c'est comme
   cela que la sérénité reviendra dans la France que nous voulons.
   Je voudrais, avant de nous séparer pour nous retrouver dimanche
   prochain, dédier à Jose Luis Zapatero quelques phrases de l'un de nos
   plus grands poètes, Louis Aragon, qu'il a écrites en hommage à l'un des
   plus grands poètes espagnols, Frederico Garcia Lorca, assassiné par la
   milice fasciste à Grenade : "Un jour viendra, un jour d'épaules nues où
   les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute
   branche."
   Chers amis de Toulouse, ce jour viendra, il arrive, un seul désir
   suffit pour peupler tout un monde, c'est à ce jour que je vous appelle
   aujourd'hui car la victoire, comme disait François Mitterrand, vous ne
   la rencontrerez que si vous la forcez. C'est une affaire de volonté, de
   continuité, de clarté d'esprit dans la fidélité aux engagements. La
   chance, c'est vous qui la forgerez de vos mains.
   Alors, je vous le demande, forçons cette chance de nos mains pour que
   dimanche prochain nous puissions donner le premier signe à cette France
   qui a envie de se relever, et c'est pour cela que je me bats.
   C'est pour cela que je veux, ici, à Toulouse, avec votre élan, avec
   votre chaleur, au sens propre comme au sens figuré, avec votre énergie,
   avec votre audace, avec votre tendresse, devenir la présidente de cette
   France présidente, vive la République, vive la France !
   Haut de page
