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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Discours à Montpellier (03/05/2007)
   Mes chers amis,
   C'est ici, en Languedoc, que finit cette campagne qui fut longue, qui
   fut rude, qui fut passionnée, et dont tous les Français ont senti à
   quel point elle était importante, à quel point elle était lourde de
   conséquences.
   Tous les Français ont eu ce pressentiment que ce qui allait se passer
   serait décisif, que cela ne pouvait pas se passer sans eux, que trop de
   rendez-vous avaient été manqués dans le passé, que trop de choix
   avaient été différés, que trop de retards avaient été accumulés et que
   maintenant la France avait trop attendu, qu'elle ne pouvait plus
   attendre, qu'elle ne pouvait plus en rester là.
   Et le peuple qui ne disait plus rien, le peuple qui gardait pour lui sa
   déception et sa colère, le peuple qui était découragé, qui n'allait
   plus voter que par devoir ou qui s'abstenait à chaque scrutin de plus
   en plus, le peuple s'est levé, le peuple a repris la parole et a dit :
   "Je ne laisserai personne décider à notre place". Voilà le message du
   premier tour.
   Dans ce Languedoc, où tant de peuples et de religions se sont affrontés
   et mêlés les uns aux autres, où dans les luttes qui furent si féroces
   et les passions si vives, vous vous êtes forgés un caractère vigoureux,
   prompt à s'opposer et prompt également à défendre les libertés.
   Michelet a parlé du Languedoc de façon définitive : "C'est une bien
   vieille terre que ce Languedoc. Vous y trouverez partout les ruines
   sous les ruines, les Camisards sur les Albigeois, les Sarrasins sur les
   Goths, sous ceux-ci les Romains, les Ibères".
   Dans cette bien vieille terre, la vôtre, où s'entassent les ruines, les
   peuples, les histoires, dans votre terre ravagée par la Croisade des
   Albigeois, les guerres de religions, les invasions ;
   Dans cette bien vieille terre, où se mélangent depuis si longtemps les
   souvenirs des morts et les espoirs des vivants ;
   Dans cette bien vieille terre, où l'on prie, où l'on se bat, où l'on
   travaille depuis tant de siècles ;
   On sait ce qu'est l'élan d'un peuple qui se lève. Vous êtes mieux
   placés que d'autres pour parler de la puissance d'un peuple qui a
   toujours refusé d'être esclave et qui a toujours su dire non, non au
   renoncement, non à la fatalité, non à tout ce qui, de près ou de loin,
   pouvait vous asservir.
   C'est ici, sur cette terre charnelle, qui a connu tant de violence et
   tant de tragédies que j'ai voulu aller jusqu'au bout de cette vague
   populaire qui depuis des mois monte des profondeurs du pays et porte en
   elle un immense espoir de renouveau.
   Je n'ai pas l'intention de trahir les espérances du peuple français qui
   m'a mis en tête au premier tour de l'élection présidentielle.
   C'est ici, dans Montpellier, que je suis venu pour la dernière fois de
   cette campagne à la rencontre de ce peuple français dont j'ai appris à
   partager les joies et les peines, et qui dans trois jours va décider de
   son destin.
   C'est à vous de décider.
   Depuis 4 mois, depuis ce fameux 14 janvier où à la Porte de Versailles
   j'ai dit à mes amis que je devais aller à la rencontre des Français,
   même de ceux qui n'avaient jamais été mes amis, ceux qui n'avaient
   jamais appartenu à la même famille politique que moi, ceux qui
   n'avaient jamais voté pour moi, ceux qui m'avaient combattu.
   Depuis qu'a commencé à se créer entre les Français et moi ce lien
   profond qui s'établit dans une campagne présidentielle entre le peuple
   et celui qui aspire à devenir l'homme d'une nation, la France a cessé
   pour moi de n'être qu'une idée pour devenir presque une personne, qui
   souffre, qui espère, qui a des sentiments, qui a des valeurs, qui a une
   identité.
   L'identité nationale française a un sens pour moi.
   La France, c'est une multitude de petits pays, de cultures, de
   croyances, d'histoires, de destinées qui se sont mélangées pour se
   fondre en une seule. C'est une multitude de volontés individuelles qui
   se sont unies pour en faire une seule. La France a une âme, un
   caractère, une sensibilité.
   Pendant 4 mois je suis retourné sur tous ces lieux qui pour moi comme
   pour tous les Français ont toujours symbolisé la France parce qu'ils
   incarnent tous une part mystérieuse d'elle-même.
   Je suis retourné sur tous ces lieux sacrés où j'étais allé jadis sans
   ressentir cette émotion que j'ai ressentie au cours des dernières
   semaines.
   Pour la première fois de ma vie, au Mont Saint-Michel, je me suis senti
   proche des moines qui avaient défié l'océan et le sable pour adresser à
   Dieu l'une des plus belles prières que les hommes aient jamais adressé
   au Ciel. Le Mont Saint-Michel n'est pas simplement un lieu magique.
   Moi, je me suis senti partie prenante dans cette prière venue du fond
   des âges et j'ai senti que dans cette flèche de pierre dressée vers le
   Ciel, comme dans les flèches de toutes les cathédrales, il y avait là
   l'âme de la France. Parce que l'âme de la France est dans ce long
   manteau de cathédrales que les siècles d'histoire nous ont léguées.
   Pour la première fois de ma vie, en retournant à Verdun, je n'ai pas
   regardé le champ de bataille, les croix blanches du cimetière alignées
   à l'infini et l'ossuaire de Douaumont comme on regarde un lieu chargé
   d'histoire.
   Je n'ai pas cherché à imaginer ce qu'avaient été ces batailles
   terribles, même si j'ai ressenti ce qu'avait pu être l'horreur de ces
   affrontements et leur dimension tragique.
   J'ai senti tout le malheur, toute la douleur qui s'était concentrée
   au-dessus de ces milliers de tombes, de ces milliers de morts dont les
   corps étaient tellement déchiquetés qu'ils n'avaient plus de noms et
   dont innombrables furent ceux que l'on a jamais retrouvés parce qu'ils
   avaient été engloutis dans la boue.
   J'ai senti dans ce malheur, dans cette douleur, qu'il y avait sur le
   sacrifice de nos compatriotes du début du XXe siècle, qu'il y avait là,
   à Verdun, l'âme de la France. Une âme construite dans la douleur et le
   sacrifice des générations qui nous ont précédé pour que nous soyons
   libres.
   À Colombey, où j'étais allé si souvent depuis 30 ans, j'ai eu
   l'impression que je venais pour la première fois. Dans ce petit
   cimetière pareil au cimetière de tant de nos villages, lorsque je me
   suis recueilli devant l'humble tombe du Général De Gaulle, j'ai senti
   que dans ce petit village était l'âme de la France parce que s'y
   trouvait la dépouille d'un grand homme qui a beaucoup fait pour la
   France : le Général de Gaulle.
   Sur les plages du débarquement, j'ai senti l'âme de la France. À Rouen
   où Jeanne fut menée au bûcher, j'ai senti l'âme de la France. À Toulon,
   à Nice, à Bordeaux, à Nantes, à Tours, à Poitiers, à Saint-Quentin, à
   Clermont-Ferrand, à Lille, à Strasbourg, à Lyon, à Toulouse, à Nice, à
   Marseille, innombrables furent les villes que j'ai visitées, toujours
   j'ai senti l'âme de la France parce que j'y ai rencontré des Français
   qui aimaient profondément leur pays, leur patrie, leur nation.
   Voilà la France à laquelle je veux m'adresser.
   À Nîmes où, il y a un an, j'ai prononcé mon premier discours sur la
   France, en me souvenant des camisards et des persécutions, des femmes
   protestantes enfermées dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes sur
   l'ordre de Louis XIV. En me souvenant de toutes ces souffrances, j'ai
   senti à travers cette ancienne souffrance, qui ne s'est jamais éteinte,
   souffler l'histoire de l'âme de la France.
   Dans les campagnes avec les paysans, à Châteauneuf-du-Pape avec les
   viticulteurs, dans les laboratoires, dans les écoles, dans les
   hôpitaux, dans les maisons de retraite, à Lorient avec les pêcheurs,
   dans les Ardennes avec les ouvriers, partout où je suis allé à la
   rencontre des Français, à la rencontre de la France, à la rencontre de
   son passé, de son présent et de son avenir, j'ai senti la volonté d'un
   pays qui ne voulait pas mourir et qui ne voulait pas s'excuser d'être
   fier de son histoire.
   À Montpellier, où rôdent encore les ombres de Rabelais et de Jean
   Moulin, je sens l'âme de la France, je sens sa vitalité, je sens sa
   jeunesse, je sens son énergie, je sens son espérance.
   Si près de Sète et de son cimetière marin. Moi, j'ai appris, il y a
   bien longtemps : "Midi le juste y compose de feu La mer, la mer,
   toujours recommencée (...) Fragment terrestre offert à la lumière (...)
   Composé d'or, de pierres et d'arbres sombres La mer fidèle, y dort sur
   mes tombeaux !" Nous sommes aussi les héritiers de cela, c'est aussi
   cela l'âme de la France. Ce n'est pas n'importe quel pays, où l'on peut
   se permettre de lire un poème dans une réunion politique à la fin du
   deuxième tour de la présidentielle, c'est la France !
   Je me souviens des poèmes que l'on m'apprenait dans ma jeunesse et qui
   exprimaient l'âme même de la France. La France, tout au long de cette
   campagne, elle ne m'a pas quittée.
   Quel que soit le sujet dont j'ai parlé, au fond, je n'ai parlé que
   d'elle.
   Je n'ai pensé qu'à elle.
   Je n'ai fait campagne que pour elle.
   C'est ce que les Français attendaient : qu'on leur parle de la France.
   C'est ce que les Français demandaient : qu'on leur explique ce que l'on
   voulait faire pour la France.
   Car cela faisait bien longtemps que l'on ne parlait plus de la France.
   Cela faisait très exactement depuis mai 68 que la nation n'était plus à
   la mode. Progressivement, la nation avait fini par ne plus avoir aucune
   place en politique.
   On avait enseigné à la dénigrer, à la détester, à la haïr.
   Il y avait la repentance qui demandait aux fils d'expier les fautes
   supposées de leurs pères et même de leurs aïeux ou de leurs ancêtres.
   Il fallait expier l'histoire de France, il fallait expier les
   Croisades, les révolutions, les guerres, la colonisation. Tout, il
   fallait tout expier.
   En mettant à vif les mémoires blessées, en cultivant la rancoeur par
   une surenchère dans le culte des origines, en manipulant à des fins
   politiciennes la souffrance et les frustrations, on ne récolte pas la
   fraternité mais la violence et la haine. Je veux tourner leur tourner
   le dos, ce n'est pas cela la France.
   La France ne s'est pas bâtie sur l'oubli. Nul n'a oublié les peines,
   les souffrances et les malheurs.
   Félix Eboué, gouverneur des colonies et premier résistant de la France
   d'Outre-Mer, n'avait jamais oublié qu'il était le petit-fils d'un
   esclave noir de Guyane.
   À Béziers, à Carcassonne, dans l'Ariège, nul n'a oublié la croisade des
   Albigeois, Simon de Montfort et les légats du Pape criant : "tuez-les
   tous, Dieu reconnaîtra les siens !" Les protestants des Cévennes n'ont
   pas oublié les persécutions.
   Les vendéens n'ont pas oublié les colonnes infernales.
   Les républicains espagnols qu'on a parqués dans des camps n'ont rien
   oublié.
   Les enfants juifs qui ont vu leurs parents conduits au Vel d'Hiv par la
   police de Vichy n'ont rien oublié.
   Non, nul n'a rien oublié des peines, des souffrances et des malheurs,
   mais pour tous l'amour de la France a été le plus fort. Il était
   d'autant plus fort qu'il était constitué sur des douleurs que l'on
   avait eu le courage de surmonter.
   Il n'y a pas d'avenir dans la haine de son pays.
   Il n'y a pas d'avenir dans la repentance.
   Il n'y a pas d'avenir pour un pays dont les citoyens n'ont pas la
   fierté chevillée à l'âme et au coeur.
   La France, ce n'est pas l'oubli de ce que l'on est, c'est la foi dans
   un destin commun plus forte que la haine et la vengeance.
   À Aigues-Mortes, les femmes protestantes enfermées dans la Tour de
   Constance ont gravé sur les murs de leur prison "Résister" Aucune
   d'entre elles n'a écrit alors "mort à la France" Malheureusement, on le
   voit aujourd'hui sur certains murs. Je veux lui tourner le dos.
   On ne bâtira rien sur la haine, ni la haine des autres ni la haine de
   soi. Je veux dire à la jeunesse de France : "La France est votre pays
   et vous n'en avez pas d'autre, même si vos parents ou vos
   grands-parents sont venus d'ailleurs. La haïr c'est vous haïr vous-
   mêmes.
   La France est à vous. Elle est votre héritage. Votre bien commun. Ne
   lui demandez pas d'expier ses fautes. Ne demandez pas aux enfants de se
   repentir des fautes des pères."
   En 1962 le Général de Gaulle a dit à Adenauer cette phrase
   extraordinaire : "De tant de sang et de larmes, rien ne doit être
   oublié, mais chacune renonçant à dominer l'autre, la France et
   l'Allemagne ont discerné ensemble quel était leur devoir commun".
   La France n'a pas dit à l'Allemagne : "Expiez d'abord, nous verrons
   après !". De Gaulle a dit à la jeunesse allemande : "je vous félicite
   d'être de jeunes Allemands, c'est-à-dire les enfants d'un grand peuple
   qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes".
   Ainsi parlait l'homme qui a réconcilié l'Allemagne et la France.
   Aux peuples de nos anciennes colonies, et dans cette région cela veut
   dire quelque chose, nous devons offrir non l'expiation mais la
   fraternité. Et à tous ceux, d'où qu'ils viennent, qui veulent devenir
   Français, nous offrirons, en plus de la fraternité, l'égalité et la
   liberté.
   Alors, c'est vrai, il y a dans notre histoire des erreurs, des fautes,
   des crimes, comme dans toutes les histoires de tous les pays. Mais je
   le dis parce que je le pense, candidat à la présidence de la République
   française : nous n'avons pas à rougir de l'histoire de France.
   La France n'a pas commis de génocide, elle n'a pas inventé la solution
   finale. Elle est le pays qui a le plus fait pour la liberté du monde.
   Elle est le pays qui a le plus fait rayonner les valeurs de liberté, de
   tolérance et d'humanisme.
   Nous devons être fiers de notre pays, de ce qu'il a apporté à la
   civilisation universelle, à l'idée d'humanité.
   Nous pouvons être fiers d'être les enfants d'un pays de liberté et de
   démocratie.
   Nous sommes les enfants de la patrie des Droits de l'Homme.
   Et nous pouvons légitimement faire partager cette fierté à nos propres
   enfants.
   Nous pouvons leur raconter l'histoire de France sans rougir.
   Nous pouvons leur raconter que tous les Français pendant la guerre
   n'étaient pas pétainistes, qu'il y avait aussi des Français qui se
   battaient dans les maquis, qu'il y avait des Français qui risquaient
   leur vie dans la Résistance, qu'il y avait des Français qui se
   battaient dans les rangs de la France libre, qu'il y avait des Français
   qui cachaient des Juifs dans leurs propres maisons, dans leur propre
   famille. On les appelle les Justes, ils sont l'histoire de France.
   Nous pouvons raconter à nos enfants que, dans les colonies, les colons
   n'étaient pas tous des exploiteurs, que beaucoup d'entre eux n'ont
   jamais exploité personne et que si le colonialisme était un système
   porteur d'injustice et de violence, beaucoup de Français étaient partis
   dans les colonies en pensant sincèrement oeuvrer pour un projet de
   civilisation.
   Ces Français-là ont bâti des ponts, des hôpitaux, des écoles, ils ont
   cultivé une terre aride, ils ont travaillé toute leur vie. Et un jour,
   ils n'ont plus eu le choix qu'entre la valise et le cercueil, ils ont
   dû quitter la terre où ils étaient nés. Cette terre, ils aimaient,
   c'était la maison de leur enfance, c'était le peu de biens qu'ils
   possédaient.
   Je suis venu ici, en Languedoc, à Montpellier, demander que ces femmes
   et ces hommes soient respectés parce qu'ils le méritent. Comme méritent
   d'être respectés les harkis qui ont dû quitter leur pays pour ne pas
   être égorgés parce qu'ils avaient servi fidèlement la France. La France
   les a abandonnés. La France a envers eux une dette qu'elle n'a pas
   réglée. Je veux que cette dette soit réglée parce que c'est une dette
   d'honneur et une nation ne doit pas transiger avec l'honneur,
   spécialement quand il s'agit de la nation française. Car quand la
   nation française transige avec l'honneur, c'est qu'elle renie son
   identité républicaine, démocratique et historique.
   Oui, si je suis président de la République, j'en finirai avec le
   dénigrement de l'histoire de France et je demanderai que la France soit
   respectée pour ce qu'elle est, pour ce qu'elle a vécu, pour ce qu'elle
   a construit et pour ce qu'elle représente dans le monde.
   La France, c'est la laïcité, c'est l'égalité des droits et des devoirs,
   c'est l'égalité de l'homme et de la femme, c'est la liberté de
   conscience.
   La France c'est la liberté d'expression.
   Ces valeurs, je le dis tout simplement, ne sont pas négociables.
   Ces valeurs sont au coeur de notre identité nationale.
   Ces valeurs, nul ne peut prétendre vivre en France s'il n'est pas
   décidé à les respecter.
   Comme nul ne peut prétendre vivre en France sans se donner la peine
   d'apprendre et de parler le Français et sans respecter les moeurs, les
   lois, les coutumes et les valeurs du pays qui l'accueille.
   En France, la caricature est libre.
   En France, on enseigne Voltaire dans les écoles.
   En France, je n'accepterai jamais que l'on puisse menacer de mort un
   philosophe. Je n'accepterai jamais que l'on retire une pièce de
   Voltaire de l'affiche d'un théâtre parce que le directeur a reçu des
   menaces de mort de la part de groupuscules fanatiques. Ce sont eux qui
   céderont, pas la République.
   Si Voltaire ne plaît pas, que ceux que Voltaire gêne quittent le
   territoire de la République française. Voltaire, c'est important pour
   nos enfants.
   En France, on ne s'installe pas sans papiers.
   En France, on ne travaille pas clandestinement.
   En France, on ne fait pas venir sa famille quand on n'a pas de quoi la
   loger et quand on n'a pas de quoi la faire vivre avec les revenus de
   son travail.
   La France, ce n'est pas un pays qui a commencé hier ni avant-hier.
   Celui qui veut vivre en France doit admettre que l'histoire de la
   France a commencé bien avant lui.
   Alors, je vais prendre mes responsabilités. La France, c'est deux mille
   ans de valeurs de civilisation chrétienne que la morale laïque a
   incorporées.
   Valeurs de la civilisation chrétienne et morale laïque : la France,
   c'est une synthèse.
   La France, c'est une République une et indivisible où le
   communautarisme n'a pas sa place.
   La France est un pays où nul ne saurait être jugé sur la couleur de sa
   peau ou sur sa religion. Où nul ne saurait être enfermé dans ses
   origines ou dans ses croyances.
   Le communautarisme, c'est le contraire de la République, c'est un
   enfermement, c'est le champ libre à des formes d'apartheid et aux
   ghettos, c'est la porte ouverte à la loi des bandes et des tribus. Le
   communautarisme, c'est la ségrégation et la violence.
   La France, c'est une nation qui a toujours eu besoin d'un État fort qui
   fasse réellement son métier, qui domine les féodalités, les
   corporatismes et qui fasse prévaloir l'intérêt général sur les intérêts
   particuliers.
   L'État, c'est Philippe le Bel, c'est Richelieu, c'est Louis XIV, c'est
   Napoléon, c'est Clemenceau, c'est De Gaulle.
   Depuis 30 ans, au fur et à mesure que l'État s'alourdissait, se
   bureaucratisait, s'endettait, son autorité déclinait.
   Depuis 30 ans, alors que l'État avait de plus en plus de mal à trouver
   sa place entre la décentralisation, l'Europe et les marchés, une
   idéologie de l'impuissance publique abaissait la politique en
   proclamant qu'elle ne pouvait rien à rien, que la politique c'était
   fini, que l'État c'était fini, que la République c'était fini, que la
   nation c'était fini.
   En abaissant l'État, on a abaissé la politique et laisser monter les
   corporatismes, les communautés, les tribus et les bandes.
   En abaissant l'État, en l'appauvrissant, on abaisse la République et
   l'on met en péril l'unité de la nation, sa cohésion.
   En faisant de l'État une force d'inertie, une force de conservatisme,
   on a rendu la France immobile, parce qu'en France c'est l'État qui a
   toujours été le levier du changement et de la modernisation.
   En France, un État fort est la condition nécessaire de l'ouverture, de
   la liberté, de la décentralisation, parce qu'en France l'État c'est ce
   qui protège, c'est ce qui unit, c'est ce par quoi la nation exprime une
   volonté collective, un projet collectif, ce par quoi elle prépare
   l'avenir, ce par quoi elle investit.
   Une demande de nation, de République et d'État, voilà ce qu'il y a
   derrière la demande de politique qui s'est exprimée tout au long de la
   campagne. Plus de nation, plus de République, plus d'État. Voilà ce
   qu'il y a derrière la demande de France.
   On n'avait pas le droit de parler de la nation, de parler de la
   République, de parler de l'État, depuis que l'idéologie de mai 68 avait
   pris le pouvoir intellectuel, le pouvoir médiatique et même le pouvoir
   politique.
   L'idéologie de mai 68 a imposé sa pensée unique, son politiquement
   correct. Si on parlait de la nation on était immédiatement traité de
   nationaliste. On n'avait pas le droit de parler de la République parce
   qu'alors on était un jacobin. Et il ne fallait pas parler de l'État
   sinon, on était un dirigiste et un étatiste.
   Je veux pouvoir parler de la nation sans être traité de nationaliste.
   Je veux pouvoir parler de la République sans être traité de jacobin.
   Je veux pouvoir parler de l'État sans être traité de dirigiste.
   Comme je veux pouvoir parler de la protection sans être traité de
   protectionniste.
   Je veux pouvoir parler de l'ordre sans être traité de conservateur.
   Je veux pouvoir parler de l'autorité sans être accusé d'autoritarisme.
   Je veux pouvoir parler de la moralisation du capitalisme sans être
   accusé d'être anticapitaliste.
   Je veux pouvoir critiquer Mai 68 sans être traité, un comble, de
   pétainiste.
   Je veux pouvoir parler des problèmes des Français sans être accusé de
   démagogie.
   Je veux pouvoir parler au peuple de France, je veux pouvoir être le
   porte-parole du peuple français.
   Je veux parler au nom de ce peuple que l'on veut tenir à l'écart de
   tout, de ce peuple que l'on ne veut plus écouter, que l'on ne veut plus
   entendre.
   Je veux parler au nom de cette France exaspérée, de cette France dont
   la vie est devenue si lourde, si dure, si pénible, dont personne ne
   cherche plus à comprendre et à partager la souffrance.
   Je veux être le candidat de cette France qui souffre et non celui des
   appareils, celui des notables, celui des élites qui prétendent penser
   et décider à la place du peuple.
   Le Général de gaulle a voulu l'élection du président au suffrage
   universel non pas pour organiser les combines entre appareils partisans
   mais pour donner la parole au peuple de France, c'est ce que nous
   sommes en train de construire.
   Je veux être le candidat du peuple pour élever la politique en lui
   donnant cette dimension populaire qui est la seule susceptible de la
   rendre humaine.
   Je veux être le candidat du peuple parce que dans une démocratie il n'y
   a pas d'autre légitimité pour la politique que la légitimité populaire.
   Je ne veux pas rassembler des partis. Je veux rassembler les Français.
   Je ne veux pas rassembler un camp. Je veux rassembler le peuple
   français au-delà des clivages partisans.
   Je veux rassembler sur des valeurs et sur des convictions, parce que
   pour moi les valeurs et les convictions sont plus importantes que les
   étiquettes. Voilà pourquoi la future majorité présidentielle sera le
   plus large possible pour faire place à tous les Français qui veulent
   construire l'avenir de la France.
   À la coalition hétéroclite de l'extrême gauche, des Verts, des
   chevènementistes, des communistes, des socialistes, qui voudrait bien
   s'élargir vers le centre et qui n'est soudée que par le sectarisme et
   le sentiment de haine à mon égard qui les anime ; à cette coalition de
   sectaires, moi je veux opposer le rassemblement ouvert, tolérant et
   respectueux du peuple de France. Voilà deux projets bien différents.
   Aux manoeuvres d'appareils, je veux opposer une certaine idée de la
   nation, de la République et de l'État.
   Aux calculs électoraux, je veux opposer la sincérité du sentiment
   national, de l'amour de la République et du sens de l'État.
   À la haine, je veux opposer la fraternité et le respect de celui qui ne
   pense pas comme moi et qui ne vote pas comme moi.
   Au sectarisme, je veux opposer l'ouverture d'esprit et la tolérance
   pour des idées qui ne sont pas les miennes.
   Je veux défendre mes idées, je veux défendre mes convictions, je veux
   défendre mon projet, mais je veux le faire sans haine, sans mépris,
   sans arrogance et sans violence.
   Je veux défendre mon projet dignement, le défendre courtoisement, le
   faire en ayant toujours en tête qu'il s'agit d'un débat entre citoyens
   d'une même nation, qui partagent le même patrimoine de valeurs
   universelles, qui sont citoyens de la même République, qui n'ont au
   fond rien de plus précieux que cette capacité à vivre ensemble, que ce
   désir de vivre ensemble que leur ont forgé les générations qui nous ont
   précédées.
   Voilà pourquoi je pense que la politique ce n'est pas la guerre, que la
   politique c'est la tolérance, le respect, l'ouverture, la compréhension
   et l'accueil.
   Nous ne devons jamais oublier, et je le dis à ma concurrente, que nous
   avons en commun une même histoire, une même culture, une même langue.
   Nous ne devons jamais oublier que notre destinée est commune et que le
   sort de chacun d'entre nous dépend du sort de tous.
   Nous ne devons jamais confondre la politique avec la guerre. Pour aucun
   Français, un autre Français ne devrait jamais être un ennemi sauf quand
   il trahit la France, quand il renie son idéal et ses valeurs.
   Dans la forêt de Fontainebleau, sur le monument à la mémoire de Georges
   Mandel, érigé à l'endroit où il fut tué par la Milice, se trouve gravée
   cette simple phrase : "Ici est mort Georges Mandel assassiné par des
   ennemis de la France" Parce que les miliciens français qui l'avaient
   assassiné étaient devenus des ennemis de la France en se mettant au
   service de l'occupant et en tuant d'autres Français. Ce n'était pas la
   France, mais des ennemis de la France.
   Or, tout le monde le sent bien, la crise d'identité que traverse notre
   pays est si grave, la remise en cause de la République si profonde,
   l'abaissement de l'autorité si visible, que notre capacité à vivre
   ensemble, notre capacité même à nous supporter sont menacées.
   Faute que soit assurée la transmission d'une culture commune, sans
   cette culture commune, on ne peut pas se parler et encore moins se
   comprendre.
   Faute d'une morale partagée, le mot "morale" ne me fait pas peur et je
   trouve que dans le projet de l'école de la République, la morale
   devrait retrouver une place première.
   Faute d'un minimum de règles, de normes, de codes, qui doivent
   communément admis et respectés.
   Faute que la citoyenneté soit fondée aussi sur des devoirs et pas
   seulement sur des droits.
   Faute de n'avoir pas su endiguer la montée de la précarité.
   Faute de s'être donné les moyens de nous protéger contre les excès de
   la mondialisation, la concurrence déloyale, les dumpings, la France est
   travaillée par des angoisses, par des peurs qui rendent peu à peu les
   Français ennemis les uns des autres.
   Quand chacun commence à avoir le sentiment qu'il ne peut survivre qu'au
   détriment des autres, alors la République se défait, la nation
   s'affaiblit et le spectre de la lutte de tous contre tous commence à
   hanter les esprits et à miner la société.
   C'est ce qui nous attend si nous ne changeons pas.
   J'appelle donc tous les Français de bonne volonté, tous les Français
   qui aiment la France et ce qu'elle représente pour les hommes, qui
   aiment la République et qui se font une haute idée de l'État, à s'unir
   à moi selon la belle expression du Général de Gaulle "pour construire
   une République fraternelle." Une République où chacun, même le plus
   humble, le plus fragile, le plus blessé par la vie, le plus dépendant,
   le plus souffrant trouvera sa place.
   Une République fraternelle où chacun quelle que soit sa situation,
   quelle que soit sa faiblesse sera reconnu comme un citoyen à part
   entière.
   Où la personne dépendante, où la personne atteinte de la maladie
   d'Alzheimer, où le malade, où celui qui est frappé par la dépression,
   où celui qui a tout perdu, où la femme martyrisée, où la mère qui élève
   seule ses enfants, où le fils d'immigré, où celui qui habite un
   quartier dit défavorisé, où celui qui habite dans un canton rural
   éloigné de tout, où tous, dans cette République fraternelle, je veux
   qu'ils puissent jouir d'une pleine citoyenneté.
   Où je veux que tous aient le même droit à la considération et au
   respect qui est dû, ou qui devrait être dû aux citoyens d'une
   République comme la nôtre, dans un pays comme le nôtre, qui en mettant
   la fraternité au même rang que la liberté et l'égalité a osé dire au
   monde, comme Antigone : "Je suis née pour partager l'amour, non pour
   partager la haine".
   C'est cela le message éternel de la France.
   Dans mon esprit, il ne peut pas y avoir de demi mesure : respecter
   l'homme c'est respecter chaque homme sans exception.
   Si je suis président de la République, personne ne restera sur le bord
   du chemin. Car chaque Français aussi cabossé par la vie a droit à sa
   dignité, au respect de ce qu'il est. Il a le droit à une formation, à
   un travail, à une rémunération pour vivre debout du fruit de son
   travail et non pas de l'assistanat.
   En toute circonstance, chacun doit garder l'estime de lui-même, voilà
   ma conception de la politique.
   La fraternité pour moi ce n'est pas seulement des allocations, ce n'est
   pas seulement la réhabilitation des immeubles et même l'aide aux
   territoires.
   La fraternité c'est d'être avec les personnes. C'est d'être avec les
   victimes. Mais c'est d'être aussi avec les condamnés quand les
   conditions de détention sont indignes de la République.
   C'est d'être aux côtés de tous ceux qui ont besoin d'être accompagnés
   dans leurs parcours de formation, de logement, d'emploi.
   C'est d'être avec les jeunes parents pour les aider à élever leurs
   enfants.
   Avec le jeune qui a besoin d'une deuxième chance.
   Avec l'immigré qui sincèrement veut devenir Français.
   Mais la fraternité ce n'est pas le refus de lutter contre l'immigration
   clandestine qui met tant de malheureux à la merci des exploiteurs, qui
   condamne tant de pauvres gens à vivre dans des conditions sordides,
   parce qu'il est impossible de pouvoir accueillir dignement en France
   toute la misère du monde.
   Je serai le président de la République qui dira à tous ceux qui vivent
   la peur au ventre que leur pays a besoin d'eux et qu'elle ne les
   abandonnera pas.
   La fraternité, pour moi, c'est que les accidentés de la vie soient
   secourus. C'est que les malades puissent avoir une vie sociale normale,
   qu'ils puissent se loger, travailler, emprunter aux mêmes conditions
   que les autres, avec s'il le faut une caution publique.
   Je veux mettre un terme à ce scandale absolu qui impose au malade une
   visite médicale et un emprunt plus cher parce qu'il est plus risqué
   pour le banquier de lui prêter de l'argent.
   Je ne veux pas d'une société où les travailleurs sont si pauvres qu'ils
   ne peuvent pas se loger.
   Je ne veux pas d'une société qui laisse des hommes et des femmes mourir
   sur le trottoir.
   Je ne veux pas d'une société où la pauvreté est tolérée comme une
   fatalité, où le chômage est supporté comme un mal nécessaire.
   Je m'engage sur le plein emploi à la fon de mon quinquennat si les
   Français me choisissent. Il est venu le temps d'appliquer la culture du
   résultat.
   Je veux lutter contre le chômage par la revalorisation du travail, par
   l'augmentation du pouvoir d'achat, par l'incitation à travailler plus
   pour gagner plus, parce que c'est le travail qui crée le travail et
   parce que les 35 heures ont été une stupidité économique et une erreur
   sociale.
   Pour bâtir une république fraternelle nous devons faire avant tout
   reculer la violence, parce que ce sont les plus faibles et les plus
   vulnérables qui en sont les premières victimes.
   À la violence gratuite je veux opposer la sévérité de la sanction et
   l'éducation qui donne des repères. Si la société ne sanctionne pas la
   violence gratuite, elle expose alors les plus vulnérables à la
   violence.
   La famille joue un rôle décisif dans le développement intellectuel,
   moral et affectif de l'enfant. Si pour les familles qui ne s'occupent
   pas de leurs enfants, qui les laissent traîner dans la rue, qui les
   laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l'obligation de
   les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la
   responsabilité des parents puisse être mise en cause et
   qu'éventuellement les allocations familiales soient mises sous tutelle.
   Je m'engage aussi, si je suis élu, à aider les familles qui en ont
   besoin à élever leurs enfants.
   Mais pour être de bons éducateurs il nous faut donner l'exemple.
   Nous n'avons aucune chance d'inculquer le courage à nos enfants si nous
   manquons nous-mêmes de courage.
   Je me souviens de cette famille à La Courneuve qui pleurait la mort
   d'un petit garçon de onze ans. Le jour de la fête des pères, deux
   bandes rivales s'affrontaient, à la cité des 4000, au pied de
   l'immeuble. Ce petit garçon a pris une balle perdue. C'est ce jour-là
   que j'ai parlé du Karcher. Je ne le regrette pas.
   Je demande à chacun de bien réfléchir à cette question : si cela avait
   été son fils, son quartier, son immeuble et que le ministre de
   l'Intérieur arrive, que lui aurait-il demandé d'autre que d'enlever les
   bandes, les voyous et les assassins d'un petit garçon de onze ans qui
   ne demandait qu'à vivre ?
   Un jour, j'ai utilisé le mot "racaille" en réponse à l'interpellation
   d'une habitante d'Argenteuil qui désignait ainsi ceux qui rendaient la
   vie impossible dans son quartier et qui l'obligeaient à vivre dans la
   peur. On me l'a reproché. Je ne regrette rien car je serai toujours du
   côté de cette habitante d'Argenteuil et je n'accepte pas qu'elle puisse
   vivre dans la peur.
   C'est mépriser la jeunesse que de lui parler par euphémismes sous
   prétexte qu'elle ne serait pas capable de regarder la réalité en face.
   Quels éducateurs serions-nous si les voyous ne peuvent même pas être
   appelés des voyous ?
   Quels éducateurs serions-nous si nous laissons croire à nos enfants que
   tout est permis ?
   Quels éducateurs serions-nous pour si nous nous laissons aller à toutes
   ces petites lâchetés qui peu à peu ruinent l'autorité de l'État ?
   On m'a reproché de vouloir sévir contre les délinquants.
   Mais quels éducateurs serions-nous si nous devenions incapables de
   punir les délinquants qui le méritent ?
   Quels éducateurs serions-nous si nous cherchions toujours à excuser le
   crime ou le délit ?
   Quels éducateurs serions-nous si nous devions fermer les yeux sur
   toutes les fraudes ?
   Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les
   fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents
   assument leurs responsabilités pour que les jeunes, un jour,
   comprennent la nécessité d'assumer les leurs.
   On me dit qu'il ne faut pas créer de tension, qu'il ne faut pas donner
   de prétexte aux casseurs, qu'il faut à tout prix éviter de créer les
   conditions de l'affrontement.
   Veut-on pour cela que la police se dérobe ? Qu'elle ferme les yeux ?
   Qu'elle laisse les voyous libres d'agir ? Qu'elle n'interpelle pas les
   fraudeurs ?
   Comment allons-nous élever nos enfants ?
   Quelle éducation allons-nous leur donner ?
   Quelles valeurs allons-nous leur transmettre si nous acceptons cette
   idée folle que toute présence policière est une provocation ? Cette
   idée est absurde.
   Quels éducateurs allons-nous être si nous interdisons aux policiers de
   poursuivre les délinquants de peur qu'il leur arrive un accident ?
   Quels éducateurs serions-nous si le fait d'être mineur excuse tout ?
   Si nous laissons le petit voyou devenir un héros dans son quartier,
   faute de sanction susceptible de faire réfléchir ceux qui seraient
   tentés de l'imiter ?
   Si l'on tolère les petits trafics grâce auxquels l'adolescent, scandale
   des scandales, gagne davantage que son père qui travaille à l'usine ?
   Voilà une insulte aux travailleurs de France.
   On me reproche d'exciter la colère. La colère de qui ? La colère des
   voyous ? Des trafiquants ? Mais je vais vous faire une confidence, je
   ne cherche pas à être l'ami des voyous. Je ne cherche pas à être
   populaire parmi les fraudeurs, les trafiquants et les délinquants.
   Et je vais plus loin en affirmant qu'un Président de la République qui
   ne veut pas regarder en face le problème de l'insécurité, qui ne veut
   pas regarder en face le problème de la violence et dont la seule
   préoccupation est de ne pas faire de vague ; je dis que celui-là serait
   un démagogue et un irresponsable parce que la première mission d'un
   Président de la république, c'est de veiller à l'application de la loi
   et de protéger les honnêtes gens.
   Je ne mettrai jamais sur le même plan la victime et le délinquant.
   Je sais bien qu'il y a une violence qui vient de ce que l'on n'a ni les
   mots, ni les moyens de comprendre et d'exprimer ses sentiments. La
   réponse à cette violence c'est la culture et l'effort sur soi-même.
   Je me souviendrai toujours de ce jeune de banlieue qui m'a dit : "Ce
   n'est pas avec l'école, ce n'est pas avec le sport que nous avons un
   problème, c'est avec l'amour." Ne pas être en mesure de trouver les
   pensées, les mots, les gestes de l'amour, il n'y a rien de pire, rien
   qui incite davantage à la violence contre l'autre ou contre soi-même.
   Qu'avons-nous d'autre pour répondre à ce cri angoissé d'une jeunesse
   désemparée par ses propres sentiments, par ses propres pulsions, sinon
   la littérature, la poésie, l'art, la philosophie. La culture n'a jamais
   été une garantie contre la barbarie, contre la bestialité, mais elle
   est la seule chose que nous ayons à leur opposer.
   Quand nous donnerons accès aux grandes oeuvres de l'esprit à tous les
   enfants et plus seulement à quelques-uns, quand tous les enfants
   devenus adultes pourront écrire à leur ancien instituteur : "Merci,
   Monsieur, de m'avoir rendu curieux de ce qui est beau", alors, j'en
   suis sûr, il y aura moins de brutalité, moins de sauvagerie, moins de
   violence et notamment moins de violences faites aux femmes et aux
   filles de ce pays.
   Il y a aussi dans la société une violence qui vient du sentiment
   d'injustice. Il ne faut pas sous estimer le désespoir d'une jeunesse
   condamnée à vivre moins bien que ses parents, dont les diplômes ne
   valent rien sur le marché du travail, qui est obligée de vivre chez ses
   parents parce qu'il n'y a pas d'emploi pour elle, dont les rêves se
   brisent sur le chômage et sur l'impossibilité d'acquérir une
   indépendance financière.
   Je veux m'inquiéter de cette rancoeur parce que je sais qu'elle
   s'accumule dans une jeunesse qui se sent victime de discrimination, qui
   éprouve le sentiment que la couleur de sa peau, le quartier où elle
   habite comptent plus que ses qualifications et ses compétences.
   Il faut s'inquiéter de la colère qui grandit contre une République qui
   ne tiendrait pas ses promesses d'égalité et de fraternité.
   Nous devons donc apporter une réponse à tous ceux qui souffrent des
   blocages de notre société et qui ont le sentiment terrible que
   quoiqu'ils fassent, ils ne pourront jamais s'en sortir.
   Pour que la République soit respectée il faut qu'elle soit
   irréprochable, qu'elle inscrive ses principes dans la réalité et pas
   simplement sur ses monuments,
   Je veux être le Président d'une France qui comprenne que l'Europe est
   la seule chance pour éviter la mort d'une certaine idée de l'homme,
   pour que cette idée demeure vivante dans le dialogue des civilisations
   et des cultures.
   Et je veux le redire ici, à Montpellier : je veux être le Président
   d'une France qui fera comprendre à l'Europe que son avenir, son destin
   même, se trouve en Méditerranée.
   Je veux être le Président d'une France qui va engager la Méditerranée
   sur la voie de sa réunification après douze siècles de déchirements et
   de division.
   Jamais peut-être n'a-t-il été aussi nécessaire, aussi vital pour
   l'Europe et pour le monde, d'engager la construction de la Méditerranée
   comme fut engagée, il y a soixante ans, la construction de l'Europe.
   C'est à cet endroit et à ce moment précis, en Méditerranée, chez vous,
   que le choc des civilisations devient une menace réelle pour
   l'humanité.
   C'est là, autour de cette mer baignée de lumière, où depuis deux mille
   ans la raison et la foi dialoguent et s'affrontent.
   C'est là, sur vos rivages où l'on mit pour la première fois l'homme au
   centre de l'univers.
   C'est là, en Méditerranée, que va se jouer notre avenir.
   Si nous n'y prenons garde, les valeurs communes à toutes les
   civilisations dont nous sommes les héritiers vont perdre la bataille de
   la mondialisation.
   Dans le monde se dessinent de vastes stratégies continentales. Il faut
   que tous nos regards se tournent vers cette Méditerranée, car nous
   avons fait une erreur en les tournant exclusivement vers le Nord et
   vers l'Est. Nous avons oublié le Sud, intellectuellement,
   culturellement, moralement, politiquement, économiquement.
   Que la Méditerranée cessât d'être un lieu d'où jaillissait pour nous la
   richesse, la culture et la vie, qu'elle cessât de représenter une
   promesse pour ne plus constituer qu'une menace, n'est pas pour rien
   dans la crise d'identité et la crise morale que nous traversons. Nous
   avons renié la Méditerranée, nous avons ouvert ainsi les conditions
   d'une formidable crise d'identité dans un pays qui est d'abord une
   puissance méditerranéenne, c'est l'identité de la France.
   Il faut dire les choses comme elles sont : en tournant le dos à la
   Méditerranée, l'Europe et la France ont cru tourner le dos au passé.
   Elles ont en fait tourné le dos à leur avenir.
   Car l'avenir de l'Europe est au sud.
   Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s'est rétréci quand
   s'est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l'Europe sur
   les routes de l'Orient. Le rêve qui attira vers le sud tant d'empereurs
   du Saint Empire et tant de rois de France. Le rêve qui fut le rêve de
   Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc.
   Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu'un rêve de
   civilisation.
   C'est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu'il nous
   faudra envisager les relations de l'Europe et de la Turquie. La Turquie
   n'a pas sa place dans l'Union européenne, elle a sa place dans l'Union
   méditerranéenne.
   Peut-être beaucoup d'entre vous se souviennent du magnifique poème de
   Victor Hugo sur l'enfant grec de l'île de Chio ravagée par la guerre.
   On apprenait ce poème jadis à l'école. Rappelez-vous : "Ami, dit
   l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus, je veux de la poudre et des
   balles."
   Qu'il me soit permis de dire pour la Méditerranée qui vous est si chère
   : Quand l'enfant grec cessera de détester l'enfant turc, quand l'enfant
   palestinien cessera de haïr l'enfant juif, quand l'enfant chiite
   cessera de maudire le sunnite, quand l'enfant chrétien tendra la main à
   l'enfant musulman, quand l'enfant algérien ouvrira les bras au
   Français, quand l'enfant serbe deviendra l'ami du Croate, la
   Méditerranée redeviendra le plus haut lieu de la culture et de l'esprit
   humain et elle pèsera de nouveau sur le destin du monde.
   Voilà mon ambition pour la Méditerranée !
   Et qu'il me soit permis de dire à la fin de cette campagne : Les
   enfants de la Méditerranée ne sont pas condamnés pour l'éternité à la
   vengeance et à la haine. Pour l'enfant grec et l'enfant aux yeux bleus,
   je veux que cette poudre et ces balles appartiennent au passé. Voilà le
   destin et l'avenir de la Méditerranée.
   Je rêve qu'un jour tous les fils dont les familles sont françaises
   depuis des générations, tous les petits-fils d'Italiens, de Polonais et
   de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques, protestants,
   juifs ou musulmans qui habitent ce pays qui est le leur, puissent
   partager la même fierté d'être Français, les mêmes rêves et les mêmes
   ambitions.
   Je rêve qu'ils aient le sentiment, qu'ils n'ont pas toujours
   aujourd'hui, de vivre dans le même pays avec les mêmes chances, les
   mêmes droits et les mêmes devoirs.
   Voilà le rêve que je fais pour la France.
   Alors, il nous reste deux jours.
   Deux jours pour dire adieu à l'héritage de 68.
   Deux jours pour renoncer au renoncement.
   Deux jours pour que jaillisse des tréfonds du pays une énergie
   nouvelle.
   Deux jours pour que se lève le grand mouvement populaire qui emportera
   tous les obstacles, toutes les hésitations, toutes les peurs, toutes
   les angoisses.
   Deux jours pour se débarrasser de la pensée unique, du politiquement
   correct.
   Deux jours pour libérer la pensée et l'action.
   Deux jours pour que soient créées les conditions du renouveau français.
   Deux jours pour que le doute soit vaincu.
   Deux jours pour que tout devienne possible.
   Deux jours pendant lesquels j'ai besoin de votre ardeur, de votre
   amitié, de votre enthousiasme, de votre énergie, de votre force.
   Deux jours pour que nitre famille unie se tourne vers la majorité
   silencieuse et lui dise : oui, c'est possible.
   Deux jours Madame Chirac pour vous dire merci de votre amitié, de votre
   présence.
   Deux jours, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, François Fillon,
   Brice, pour dire à la France que nous sommes unis car nous n'avons
   qu'une seule volonté : faire triompher la République et la nation
   française !
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