     * Ecrits Ecrits
     * Demos Demos
     * Outils Outils
     * Blog Blog
   Retour
Discours politique
Nicolas Dupont-Aignan, Discours de clôture de NDA aux universités de rentrée
de DLR (09/09/2007)
   Mes chers Compagnons,
   Il me revient maintenant, comme c'est la tradition depuis quatre ans
   déjà, de conclure nos travaux.
   Ces universités de rentrée étaient consacrées, vous l'avez bien
   compris, à notre réorganisation interne puisque Debout La République
   est désormais un parti politique à part entière.
   Cette indépendance, vous étiez nombreux à l'avoir voulue.
   Cette réorganisation, nous en avons tous ressenti la nécessité car nous
   l'avons appris à nos dépens, les meilleures idées du monde ne peuvent
   convaincre si l'on n'a pas les moyens de les porter.
   Et je voudrais avant tout vous remercier de votre présence, de votre
   courage et de votre détermination durant cette année 2007 éprouvante !
   52 signatures m'ont manqué pour présenter aux Français une autre voie,
   un autre regard, un autre comportement politique. Je sais que votre
   déception a été grande. Et je vous remercie d'être encore plus nombreux
   que l'année dernière ! Vous n'êtes pas de ceux qui désertent. Vous
   n'abandonnez ni vos convictions, ni les Français. Je sais que vous
   croyez plus que jamais en cette certaine idée de la France qui nous a
   toujours rassemblés !
   Au lieu de vous être découragés, vous êtes aujourd'hui encore plus
   pugnaces. C'est pour moi un honneur autant qu'une joie.
   Merci aux fidèles de toujours qui lorsque quelques uns se sont
   éloignés, ont redoublé de leurs efforts.
   Merci à tous nos candidates et candidats aux législatives qui, dans un
   contexte très difficile, ont porté les couleurs de notre mouvement. Ils
   ont prouvé ainsi qu'en politique on doit toujours traduire en actes ses
   intentions. Ils ont semé pour l'avenir.
   Merci enfin aux jeunes qui sont en train de bâtir ce réseau Internet de
   la France libre.
   Au-delà de la confiance que vous voulez bien m'accorder, si vous êtes
   là aujourd'hui, représentant vos militants et adhérents, c'est parce
   que vous avez compris avant les autres dans l'océan de conformisme, de
   superficialité et de complaisance dans lequel a baigné notre pays tout
   l'été, combien notre démocratie a besoin de vrais débats, de
   propositions concrètes, de liberté. En un mot, vous voulez bâtir avec
   moi un parti politique libre pour une France libre : un mouvement
   indépendant, sérieux, sincère, audacieux aussi, levier d'un réel
   redressement du pays.
   Ce redressement les Français l'espèrent. C'est pourquoi après la
   désillusion de 81, l'ambiguïté de 88, l'occasion manquée 95 et le coup
   d'épée dans l'eau de 2002, notre pays ne peut plus se permettre une
   nouvelle trahison post électorale et nous avons le devoir impérieux de
   dire les choses, de montrer le chemin.
   Sachons tout d'abord reconnaître l'ampleur de la victoire électorale du
   Président de la République, la volonté de changement des Français.
   Mais cette confiance de notre peuple est temporaire et fragile car elle
   s'explique avant tout par la multitude des promesses de campagne et
   l'attente de vrais résultats.
   Le peuple français a trop de maturité politique pour être longtemps
   dupe des effets de manche. Ne l'oubliez pas, les commentaires
   enthousiastes sur la méthode, le ton, le style, la modernité ont
   toujours accompagné les victoires présidentielles et n'ont duré que le
   temps des roses.
   Nos compatriotes, dont beaucoup souffrent et ne se reconnaissent pas
   dans la vie des milliardaires du CAC 40, nouveaux héros du siècle,
   demanderont vite des comptes sur les sujets clés de la sécurité, de
   l'emploi, du pouvoir d'achat, de l'immigration, de l'école, de
   l'environnement. Et ils auront raison.
   C'est pourquoi, mes chers compagnons, la seule question qui doit nous
   préoccuper et à laquelle nous devons répondre simplement est la
   suivante : les bonnes mesures sont-elles prises pour obtenir les
   résultats promis aux Français ? Sert-on vraiment l'intérêt général ?
   A nous d'y veiller. Pour y réussir, sachons cependant éviter les deux
   pièges de la vie politique française :
   Gardons-nous tout d'abord des procès d'intention. Evitons les petites
   phrases, les critiques basses, stériles, faciles. Ne nous attachons pas
   trop à la forme du pouvoir, aux sympathies ou aux inimitiés.
   A l'opposé, ne cédons pas à l'étrange climat de complaisance du moment.
   N'imitons pas les courtisans, les flatteurs, les arrivistes qui ne
   veulent voir que l'écume de la vague. N'ayons jamais à nous reprocher
   d'avoir été des moutons de Panurge.
   Nous servirons notre pays, nous aiderons à sa réussite et nous
   recevrons à terme l'estime et le respect des Français en étant
   nous-mêmes, les plus objectifs possible, en faisant preuve de
   cohérence, en parlant du fond des choses. En un mot, en ne nous
   consacrant qu'à l'intérêt de la France et donc des Français !
   Loin des petites histoires politiciennes ou des coups médiatiques du
   jour, nous devons ainsi à Debout la République désormais indépendant :
   demander le respect des engagements,
   nous assurer que le gouvernement traite enfin à la racine les problèmes
   du pays,
   alerter l'opinion quand on raconte des histoires aux Français,
   soutenir les ministres qui font preuve de courage,
   proposer aussi des réformes car il ne peut y avoir de critiques
   constructives sans propositions alternatives.
   Pour résumer, faisons vivre notre démocratie, réveillons la car
   aujourd'hui elle est comme engourdie, anesthésiée, paralysée. Car oui,
   pour moi, comme pour vous, le culte de la personnalité, la puissance
   des réseaux, voire l'enchevêtrement des intérêts, ne sont pas dignes de
   notre démocratie et ne servent pas la France.
   L'enjeu n'est pas anodin, mes amis. A ceux qui sont encore sous
   hypnose, répondez tranquillement que votre liberté de parole est la
   meilleure garantie de la réussite de ce quinquennat et de la France.
   Notre pays justement, comment va-t-il en cette rentrée ? Est-il sur la
   bonne voie ? Dans le tourbillon des premiers mois à l'Elysée du nouveau
   Président, qu'en est-il exactement ? Le redressement amorcé est-il réel
   ou factice ?
   Fidèles à la ligne de conduite que je vous ai exposée il y a un
   instant, sachons reconnaître les bonnes choses mais osons aussi tirer
   le signal d'alarme contre les dérives qui pourraient compromettre
   l'oeuvre de redressement.
   Comme beaucoup de nos compatriotes, nous partageons le diagnostic posé
   par l'exécutif sur l'impossibilité pour notre pays de continuer sur la
   pente glissante et fatale de l'immobilisme.
   Oui dans un monde en plein bouleversement, la France a besoin d'un
   nouvel élan, de réformes, d'effort, de courage.
   La victoire de Nicolas Sarkozy témoigne de sa lucidité sur les deux
   crises françaises que je n'ai cessé d'ailleurs de pointer du doigt
   depuis dix ans. Celle tout d'abord de l'identité nationale, celle
   ensuite du déclassement économique et social symbolisé par les
   délocalisations. Son souhait de voir la France de retour, sa capacité à
   agréger des personnalités nouvelles autour d'une nouvelle ambition ne
   peuvent que séduire.
   Toute la question est de savoir si les décisions prises servent cette
   ambition affichée, s'il y a cohérence entre les discours et les actes,
   entre les promesses et les décisions.
   En cette rentrée, à cet égard, la situation de la France est plus
   paradoxale que jamais.
   Sous l'apparence trompeuse du consensus, de magazines people qui
   tiennent lieu d'Agora, on perçoit bien les signes d'une grande
   fragilité politique, économique et sociale.
   D'un côté en effet un nouveau Président, une nouvelle dynamique
   gouvernementale qui recueille une large confiance des Français. Mais de
   l'autre, un début de mandat marqué par une pratique du pouvoir et par
   des décisions qui ne peuvent qu'inquiéter les gaullistes sincères et
   réveiller un jour les Français, provoquer même leur colère.
   Au chapitre des bonnes nouvelles, citons la loi sur la récidive
   (attendue depuis des années, même si les peines plancher ne sont pas
   obligatoires), la loi sur le service minimum, la réduction des droits
   de succession, l'incitation à l'accession à la propriété, la limitation
   du regroupement familial (qui sera discutée à la rentrée), le crédit
   d'impôt recherche. Autant de réformes, je vous le rappelle, que nous
   proposions à Debout La République depuis des années.
   Mais comme je l'ai expliqué dans une intervention à l'Assemblée
   Nationale avant de m'abstenir sur la déclaration de politique générale
   du Premier Ministre, cette action positive du gouvernement est
   malheureusement minée par des orientations profondément contraires aux
   engagements de campagne.
   Le décalage entre les intentions et les orientations s'aggrave même de
   jour en jour au risque de s'apparenter, au mieux à un véritable double
   langage, au pire à du cynisme à grande échelle.
   Ainsi derrière l'agitation show-biz estivale, des choix essentiels ont
   été faits sans être d'ailleurs débattus ni même commentés. Outre que
   ces orientations ne servent pas l'idée que nous nous faisons de la
   France, elles mettent en péril par leur incohérence la stratégie de
   sortie de crise affichée par le Président et, par là même, la réussite
   de son quinquennat.
   C'est donc bien un devoir pour nous à la fois par conviction et par
   solidarité d'alerter, d'expliquer, de convaincre et de proposer une
   autre politique dans des domaines clés pour l'avenir du pays comme la
   politique européenne, la politique étrangère, la politique économique
   et la pratique institutionnelle. Permettez-moi de revenir sur chacune
   de ces quatre dérives auxquelles il faut d'urgence mettre un coup
   d'arrêt.
   La première concerne l'Europe
   Pendant la campagne Nicolas Sarkozy a repris avec énergie les thèses
   que je défends depuis dix ans. A savoir que la réorientation de la
   construction européenne est nécessaire au redressement de la France.
   Réforme de l'euro, révision de la politique de la concurrence, lutte
   contre un libre échange déloyal, ont donc été promis.
   De même, le candidat à la présidence s'est engagé à bloquer l'entrée de
   la Turquie afin d'éviter la dilution de l'Union. Enfin, lors du débat
   face à Ségolène Royal, il a reconnu la mort de la Constitution
   européenne.
   On pouvait ainsi espérer que le nouveau Président avait compris les
   raisons des échecs de ses deux prédécesseurs. La contradiction entre
   leur politique intérieure et le carcan européen de l'euro surévalué et
   des accords commerciaux déloyaux. Malheureusement, il n'a pas fallu
   attendre longtemps pour voir le Président renier ses engagements.
   Le sommet de Bruxelles de juin restera comme l'un des plus beaux tours
   de passe-passe politique. Le mini Traité n'a rien d'un traité simplifié
   ! Il s'agit seulement de la Constitution européenne ressuscitée (sans
   les symboles ni la partie III, déjà inscrite dans les autres traités).
   Cet accord est triplement scélérat.
   Scélérat, il l'est tout d'abord sur le fond car il reprend les pires
   dispositions de la Constitution, notamment Le passage à la majorité
   qualifiée des décisions dans une cinquantaine de secteurs et procédures
   de décision. Cela veut dire concrètement que les Français pourront se
   voir imposer une législation par une majorité d'Etats. On bascule dans
   la supranationalité mettant en péril la démocratie nationale. A titre
   d'exemple, les accords à l'OMC, exclusivement négociés je le rappelle
   par la Commission de Bruxelles, pourront être adoptés par une majorité
   d'Etats contre l'avis de la France. Il est d'ailleurs stupéfiant de
   voir le Président de la République menacer le matin M. Mandelson d'un
   veto, (Commissaire chargé de négocier à l'OMC, au nom de l'Union), pour
   l'après midi apprendre qu'il a accepté de priver son pays de ce même
   droit de veto ! Au-delà de la disparition finale du droit de veto, la
   Constitution bis met fin à l'égalité des droits de vote entre
   l'Allemagne et la France, officialise la primauté du droit
   communautaire - signant donc la fin du droit national - et menace
   frontalement l'unité de la République en reconnaissant par la Charte
   des droits fondamentaux le droit des minorités.
   Ce traité supranational est totalement contraire aux principes de
   l'Europe des Nations chère au Général de Gaulle. Il privera encore plus
   la France de toute marge de manoeuvre nationale, l'obligeant pour
   éviter d'être mise en minorité à détricoter son modèle laïc, démanteler
   ses services publics et abaisser ses exigences sociales et
   environnementales.
   Mais cet accord de Bruxelles est aussi scélérat dans la forme puisqu'il
   contourne et trahit même le vote souverain des Français du 29 mai 2005,
   le Président de la République ayant choisi la procédure parlementaire
   de ratification pour se soustraire au référendum. Il argue du fait
   qu'il avait prévenu qu'il n'y aurait pas de référendum. Il oublie de
   dire que pendant la campagne il évoquait, pour justifier cette
   ratification parlementaire, un mini traité très loin de la Constitution
   qu'il déclarait morte pour se concilier les électeurs du non.
   Enfin, la démarche est d'autant plus scélérate qu'en échange de
   l'acceptation de la Constitution bis, le Président n'a absolument rien
   obtenu de nos partenaires.
   La France ayant signé précipitamment l'accord de Bruxelles, ce qui
   devait arriver est arrivé. Toutes les demandes françaises ont donc été
   rejetées par l'Allemagne. On a ainsi appris au fil de l'été que le
   Président s'était fait moucher par les ministres des finances de l'euro
   à Luxembourg et qu'il reconnaissait en grande pompe à Toulouse sous le
   regard triomphant de Mme Merkel, l'indépendance de la Banque Centrale
   européenne. Enfin, le Président acceptait à la fin de l'été de
   poursuivre les négociations d'adhésion de la Turquie.
   En juin les journaux titraient Nicolas Sarkozy a sauvé l'Europe. La
   réalité est tout autre. Il a sauvé la petite bureaucratie de Messieurs
   Barroso, Trichet et consorts. Il a offert à l'Allemagne une position
   dominante au coeur de l'Union européenne au détriment de la France. Le
   Président a surtout raté l'occasion historique qu'il avait du fait de
   sa large victoire, suivant le NON massif au référendum, d'être le
   levier de la réforme de l'Europe.
   En vérité, le Président a préféré obtenir un succès facile au mois de
   juin pour briller dans des médias aux ordres plutôt que de se donner
   les moyens de réussir à négocier un accord équilibré permettant la
   réforme de l'euro et par voie de conséquence le retour de la croissance
   indispensable à la réussite du quinquennat.
   Car tous les économistes le disent : avec un euro, dont la valeur est
   supérieure à 1,30 dollars, qui asphyxie nos entreprises, avec un libre
   échange déloyal qui permet à la Chine et à l'Inde d'accroître toujours
   plus notre déficit commercial, on ne pourra ni relancer la machine, ni
   réussir les réformes audacieuses dont la France a besoin, ni enfin
   muscler l'Europe dans la mondialisation.
   Rien n'est cependant joué. Nous pouvons encore et nous devons alerter
   l'opinion sur la nécessité d'un référendum sur ce nouveau traité. C'est
   le sens de la pétition nationale que nous lancerons prochainement.
   Alors oui, mes amis, je vais vous demander de reprendre votre bâton de
   pèlerin. Nous aurons du travail à l'automne pour aller à la rencontre
   des Français et leur expliquer ce qui se trame avec des conséquences
   très concrètes sur leur vie quotidienne.
   Nous devons aussi rassembler toutes celles et tous ceux qui s'étaient
   battus en faveur du NON pour peser dans l'opinion. Je lance un appel
   solennel aux gaullistes, souverainistes, républicains. Je leur demande
   de cesser leurs chamailleries dérisoires. Je leur propose de se
   regrouper dans un grand rassemblement. Puisque, ouverture oblige, la
   droite des milieux d'affaires fraternise avec la gauche caviar,
   pourquoi la droite républicaine et sociale aurait-elle des complexes à
   travailler avec la gauche patriote ?
   Nous devons enfin, avec nos amis européens danois, anglais, allemands,
   tchèques, polonais et autres qui aspirent comme nous à bâtir une autre
   Europe, expliquer notre projet d'avenir :
   renégocier les traités pour respecter la diversité des Nations et
   permettre des coopérations à la carte en matière scientifique,
   industrielle, universitaire, culturelle, environnementale,
   réformer l'euro, ou en sortir si nos partenaires refusent, pour
   relancer la croissance,
   conditionner tout accord à l'OMC à la mise en place d'un droit de
   douane environnemental et social.
   Voilà les enjeux du début du XXIème siècle ! Et n'ayons pas de complexe
   car vous le savez, nous avons le soutien du peuple, le soutien des
   peuples, sinon pourquoi les dirigeants européens tremblent-ils à l'idée
   de consulter les leurs ?
   Sachez en tous les cas que je ne renoncerai pas à ce combat car il en
   va de la liberté des Français et d'une certaine idée de la civilisation
   européenne.
   Mais à cette dérive européenne s'ajoute malheureusement une autre
   dérive : celle de notre politique étrangère. Cela n'est d'ailleurs pas
   étonnant puisque la vision que nous avons de l'Europe est indissociable
   de la vision que nous avons du Monde.
   Depuis le Général de Gaulle, la politique étrangère de la France
   faisait peu débat dans notre pays car chacun de ses successeurs s'était
   attaché à conforter l'indépendance, j'allais dire le refus de
   l'alignement, de notre pays pour se mettre au service d'un humanisme
   universaliste, fidèle à notre tradition des Lumières.
   Cette politique étrangère a servi autant notre morale que nos intérêts.
   Dans un monde de plus en plus allergique à une mondialisation
   inégalitaire et dangereuse pour la survie même de la planète, la
   position de la France, même si elle exaspérait certains, était
   respectée, estimée, voire admirée.
   Le refus de l'intervention américaine en Irak a symbolisé aux yeux du
   monde la capacité de notre pays à incarner, à préfigurer un monde
   vraiment multipolaire.
   Il serait triste et contraire à nos intérêts de laisser dilapider cette
   exception française. A cet égard les premières orientations du nouveau
   Président ne peuvent qu'inquiéter.
   Pourquoi s'acharner à soutenir un Georges Bush qui a menti au peuple
   américain et au monde entier ? Dialoguons avec Hilary Clinton ou
   d'autres candidats qui reconnaissent que la France avait raison.
   Pourquoi engager davantage encore l'armée française en Afghanistan ?
   Pourquoi préparer dans la discrétion un retour complet dans l'OTAN et
   faire semblant de croire que cela est compatible avec l'émergence d'une
   défense européenne ?
   Pourquoi ce discours provocateur à Dakar sur la soi-disant incapacité
   de l'homme africain à se projeter dans l'avenir au moment où la Chine
   et les Etats-Unis tentent de nous remplacer en Afrique ?
   Il est légitime de se poser ces questions. Simples inflexions ou
   véritable tournant ? L'avenir le dira. A nous d'être vigilants.
   A cet égard, dès le 18 septembre, une nouvelle bataille se livrera au
   Parlement, celle de la langue française.
   Le Président Sarkozy a en effet décidé, à la faveur de la trêve
   estivale, de faire ratifier un accord international complètement
   insensé qui n'obligera plus à traduire en français les brevets
   s'appliquant dans notre pays. L'anglais suffira, à la grande
   satisfaction des multinationales françaises et étrangères. C'est une
   catastrophe pour notre économie, qui sera obligée, quand elle le
   pourra, de concevoir et travailler en anglais pour échapper à la traque
   procédurière des grandes entreprises internationales puisque pour la
   première fois l'Anglais fera foi devant nos tribunaux. C'est un très
   rude coup pour le français et la francophonie, dont l'exclusivité dans
   notre pays, instaurée par François Ier il y a près de 500 ans, sera
   battue en brèche !
   Si la France renonce à être elle-même, comment pourra-t-elle séduire le
   monde, lui offrir un visage différent. Je crois sincèrement que le
   Président Sarkozy fait fausse route en croyant que la modernité se
   calque sur un modèle américain lui-même déjà dépassé.
   Conformément à sa tradition, la France ne doit pas rougir de sa vision
   du monde, de son humanisme. Le XXIème siècle accouchera dans des
   conditions plus ou moins douloureuses d'un monde vraiment multipolaire.
   La mission de la France est de participer activement à sa définition et
   d'en devenir un acteur de premier plan. Il ne s'agit pas dans mon
   esprit de refuser la mondialisation mais de la réguler et de la
   maîtriser. Vous le savez, je tiens ce discours depuis longtemps mais
   nos adversaires m'ont toujours accusé d'archaïsme. Qu'aujourd'hui une
   personnalité consensuelle et compétente comme Hubert VEDRINE le
   préconise ouvertement dans son rapport remis au Chef de l'Etat,
   démontre que l'on ne doit jamais avoir peur d'avoir raison trop tôt !
   La France doit se battre pour l'émergence de cette nouvelle régulation.
   Elle doit incarner ce rejet de la mondialisation clochardisation pour
   anticiper, pour préparer une mondialisation humaine.
   C'est pourquoi, trois défis majeurs environnementaux, sociaux et
   culturels devraient nous mobiliser.
   Le défi de la protection de l'environnement tout d'abord qui ne peut
   être relevé qu'au niveau mondial. Les négociations à l'OMC constituent
   le levier essentiel. Nous devons bloquer par le veto tout accord qui
   n'inclurait pas le principe d'une norme environnementale mondiale. Les
   produits qui ne respecteraient pas un mode de fabrication propre se
   verraient imposer des droits de douane progressifs. On forcerait ainsi
   les producteurs qui délocalisent pour polluer à l'abri des regards à
   revoir leur stratégie et à respecter davantage l'environnement. Car ne
   vous y trompez pas, fermer le robinet pendant que vous vous brossez les
   dents ne sert à rien si au même moment la Chine s'apprête à polluer par
   habitant autant que les Etats-Unis.
   Le second défi majeur est celui de la pauvreté et des inégalités. Là
   aussi il faut pouvoir réguler le libre échange déloyal qui conduit aux
   pires injustices sociales. Un développement par grandes zones
   régionales de libre échange est la seule solution. A cet égard la
   France doit reprendre une vraie politique africaine et comme l'a
   d'ailleurs suggéré à raison le Président de la République sans vraiment
   en définir le contenu, mettre en oeuvre une communauté méditerranéenne.
   Enfin, il n'y a pas de politique étrangère forte sans une influence
   culturelle. La question de la langue française est cruciale. Augmenter
   les moyens de diffusion de nos médias, réorganiser l'audiovisuel
   extérieur, développer la francophonie constituent des priorités pour
   garantir la place de notre pays dans le monde.
   Aux grincheux de tout poil qui me regarderont, goguenards, me prenant
   pour un rêveur, je voudrais rappeler deux exemples, (l'un récent,
   l'autre très ancien).
   Au temps de l'esclavage, ceux qui bataillaient contre cette
   mondialisation sordide de la traite négrière étaient caricaturés comme
   des idéalistes. Ils ont pourtant gagné ! Il n'y a pas si longtemps,
   quand la France a proposé la charte de l'exception culturelle à
   l'UNESCO, beaucoup ricanaient sous cape. Aujourd'hui, une majorité de
   pays l'a adopté.
   Quand une idée est juste même si ses premiers soutiens paraissent
   faibles, sa force est en réalité immense.
   Alors oui, je persiste et signe, les Français ont besoin de la grandeur
   morale de la France pour être reconnus dans le monde. Le monde a besoin
   de l'indépendance d'esprit de la France pour imaginer un autre futur.
   Mais pour être debout, vous le savez bien, il faut en avoir la force.
   Et c'est bien là d'ailleurs que résidait la faiblesse des deux
   Présidences précédentes. On ne peut donner des leçons au monde avec une
   dette qui explose et des émeutes dans nos banlieues. La politique
   économique de notre pays est donc décisive pour réussir le redressement
   de la France. Or, là aussi, malgré les bonnes intentions de départ, des
   incohérences peuvent mettre en péril le redressement souhaité.
   Bien sûr, le nouveau Président a raison de vouloir sortir par le haut
   de la crise de notre économie, de refuser une déflation qui ne dit pas
   son nom. Comment ne pas approuver son discours sur le travail, sur
   l'effort, sur la compétitivité. Malheureusement là aussi les premières
   décisions ne peuvent qu'inquiéter ceux qui espéraient enfin un vrai
   changement.
   Je ne reviendrai pas sur l'incohérence de départ qui consiste à vouloir
   une relance de l'activité avec un euro surévalué. Comment, en voiture,
   accélérer avec le frein à main bloqué ? Déficit commercial, atonie
   industrielle, délocalisation des investissements hors zone euro, la
   croissance française ne décolle pas... elle plonge même tout simplement
   car l'euro asphyxie nos entreprises et dope les importations.
   Mais l'euro n'est pas seul responsable : la lourdeur des charges
   sociales, la fuite des capitaux, le dumping social et environnemental
   de certains pays aggravent la situation.
   Le Président de la République n'a cessé à juste titre pendant sa
   campagne de dénoncer ces freins.
   Pourquoi alors le paquet fiscal dont certaines mesures étaient
   nécessaires, comme la baisse des droits de succession, a-t-il été aussi
   excessif et déséquilibré privant ainsi le budget de 13 milliards de
   recettes ?
   Le résultat est là. Les Français ont le sentiment qu'on ne favorise
   qu'une catégorie d'entre eux et la TVA sociale, mesure absolument
   indispensable, qui a fait ses preuves au Danemark et en Allemagne est
   en train de passer à la trappe car elle devient dans l'esprit de nos
   concitoyens la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
   De même, j'ai toujours craint que l'allègement des charges sur les
   heures supplémentaires n'incite les entreprises, en cas de commandes
   supplémentaires, à faire travailler davantage ceux qui ont déjà un
   emploi plutôt qu'à recruter ! Je regrette que l'on n'ait pas retenu ma
   proposition d'exonérer de charges pendant cinq ans tout nouvel emploi
   créé par des entreprises de moins de dix salariés.
   Enfin il est choquant de constater que sur les 13 milliards de perte de
   recettes pour l'Etat, on n'ait pas gardé le moindre financement pour
   renforcer la participation des salariés dans les entreprises, seul
   moyen là aussi de conforter nos entreprises victimes des OPA et de
   partager les profits pour accroître le pouvoir d'achat.
   Une politique économique, pour réussir, doit être globale, cohérente et
   juste. Il est dangereux de démarrer par des cadeaux clientélistes pour
   imposer en fin de compte la rigueur. François Mitterrand avec la gauche
   en 1981 en avait fait l'amère expérience.
   Ce ne sont pas l'ouverture des magasins le dimanche et la scandaleuse
   proposition de dépénalisation des délits des chefs d'entreprises qui
   seront de nature à redonner confiance dans la libre entreprise et à
   restaurer la cohésion sociale sans laquelle il n'y a pas de
   développement durable.
   Pour notre part nous devons là aussi prôner ce que j'appelais pendant
   la campagne l'effort de tous au profit de tous.
   L'effort car ce serait mentir aux Français de dire que l'on s'en
   sortira sans efforts mais au profit de tous car je doute que notre pays
   puisse longtemps rester calme en ce temps où l'argent s'étale sans
   pudeur et où l'on demande toujours plus au plus modestes et toujours
   moins au plus favorisés.
   Alors oui, mes amis, expliquons l'intérêt de notre TVA emploi pour
   éviter les délocalisations, de la participation pour partager les
   profits, de la sécurité sociale professionnelle pour garantir la
   formation à tout âge.
   Veillons aussi à défendre nos services publics tout en les réformant.
   Réformer l'Etat certes, mais sans démagogie contre les fonctionnaires
   dont nous avons besoin. Enfin veillons par-dessus tout à préserver
   l'idéal républicain qui est la clé de voûte de notre société.
   Comment ainsi ne pas s'étonner de voir notre Président de la
   République, qui a réclamé pendant la campagne électorale le retour à
   l'esprit de l'école de Jules Ferry, tout à coup changer complètement
   son fusil d'épaule en proposant de réduire les horaires...
   Or, vous le savez tous, c'est par le renforcement de l'école publique
   que l'on redonnera une colonne vertébrale à notre société. Nous en
   avons déjà abondamment parlé.
   Toutes ces observations, je le reconnais souvent critiques, sur ces
   premiers mois renvoient à une interrogation plus large sur la pratique
   du pouvoir, sur l'avenir institutionnel de la France.
   Allons-nous vivre 5 ans dans cette sorte d'agitation permanente
   saturant l'espace public pour éviter tout débat ?
   Le Président sait tout, voit tout, fait tout. Il n'y a plus
   d'opposition, il n'y a plus de majorité. Il n'y a plus de Ministre, il
   n'y a plus de Premier Ministre.
   Il faut bien qu'une voix libre ose dire à Nicolas Sarkozy : Monsieur le
   Président, le pays avait besoin d'un nouveau souffle mais cette fois
   vous allez trop loin ! Ce n'est ni votre intérêt, ni celui de la
   France.
   la première raison c'est qu'en étant en première ligne sur tout, il ne
   peut y avoir de fusible. En prenant la place de ses propres ministres,
   de son Premier Ministre même, il les décrédibilise. En cas de
   difficulté, la présidence de la République, clé de voûte de nos
   institutions, sera affaiblie et perdra sa capacité de rebond.
   la seconde raison c'est que le plus grand homme qui soit ne peut pas
   tout faire. Comment incarner la France, définir les grandes
   orientations stratégiques, mener la politique étrangère, co-piloter
   l'Union européenne, en un mot bien présider quand l'on prétend tout
   arbitrer, tout surveiller sans compter le suivi des faits divers.
   Enfin, la troisième raison est qu'on a besoin d'une vraie démocratie
   avec ses débats et ses contrepouvoirs pour éviter les erreurs, enrichir
   les projets.
   En voulant museler son opposition, en rachetant par appartement ses
   leaders les plus faibles, le Président se rend-il compte qu'il
   affaiblit aussi sa majorité ?
   L'UMP semble tétanisée, évaporée au point de supprimer ce qui faisait
   sa fierté, l'élection de son Président par ses militants.
   J'appelle solennellement tous les gaullistes, tous les républicains à
   nous rejoindre car Debout la République va s'affirmer naturellement
   comme un espace de liberté de la vie politique française.
   Alors oui ce combat pour la liberté d'opinion, le débat d'idées, un
   système médiatique ouvert, transparent, je veux le mener avec vous.
   Agissons tout d'abord pour éviter que cette mauvaise pratique n'inspire
   la réforme institutionnelle en préparation.
   Une Commission de la réforme de la Vème République présidée par Edouard
   Balladur est en place.
   Il est question de la présidentialisation du régime. Mais de quoi
   parle-t-on réellement ? Un régime présidentiel démocratique est un
   régime où il y a des contrepoids. Le Président américain ne peut
   dissoudre puisque son gouvernement ne peut être censuré. Mais surtout
   le Congrès est doté d'importants pouvoirs. Si on va vers la
   présidentialisation, il faudrait alors renforcer les pouvoirs du
   Parlement, supprimer la dissolution, transférer certaines nominations
   dans les mains de l'Assemblée Nationale, supprimer les articles 16 et
   49 de la Constitution. En allant vers la présidentialisation tout en
   gardant les pouvoirs considérables de l'exécutif français (gouvernement
   compris) vis-à-vis du Parlement, on accoucherait à l'inverse d'un
   monstre constitutionnel.
   Ma préférence irait plutôt au maintien de la Vème République avec un
   rééquilibrage en douceur en faveur du Parlement (partage de l'ordre du
   jour, contrôle des affaires européennes), à la mise en oeuvre du
   référendum d'initiative populaire et enfin à l'instillation d'une dose
   de proportionnelle pour éviter le bipartisme que l'on veut nous
   imposer.
   Vous le comprenez donc mes amis, mes compagnons, notre tâche est
   lourde. Au moment où les Français croyaient en avoir enfin fini avec
   cette pensée unique malfaisante, celui en qui ils ont donné leur
   confiance ne semble plus avoir ni la volonté ni le courage de vraiment
   la combattre.
   Docilité à l'égard de Bruxelles et de Washington, politique économique
   de classe, pratique solitaire du pouvoir, si ces dérives devaient
   vraiment se poursuivre, la réaction des Français serait aussi terrible
   que leur déception.
   Mais heureusement rien n'est joué. A nous de tout faire pour éviter ce
   scenario. Rappelons au Président ses engagements, rééquilibrons nos
   institutions, insistons sur la nécessité de maintenir l'indépendance du
   pays.
   Raison de plus pour mieux nous organiser dès maintenant en nous
   appuyant sur un parti solide, cohérent et constructif, présent dans
   tous les départements.
   Car je crois, oui, qu'il est de notre devoir de bâtir une Europe
   respectueuse et forte de la personnalité des Nations qui la composent ;
   Car je crois, oui, qu'il est de notre devoir d'affirmer une politique
   étrangère indépendante au service de la liberté et de la prospérité des
   peuples de la terre ;
   Car je crois qu'il est de notre devoir de rappeler que le développement
   économique durable ne se bâtit pas sur les décombres de l'Etat ni sans
   un vrai partage social ;
   Car enfin, oui, je crois que notre démocratie mérite que chacun, à la
   bonne place, joue pleinement son rôle. L'autorité du Président doit se
   hisser à la bonne hauteur, le Parlement doit débattre en profondeur,
   les partis politiques doivent vivre et convaincre, les médias doivent
   être pluralistes et indépendants.
   A ceux enfin qui nous accuserons de jouer les Cassandre, répondez que
   les Français sont suffisamment lucides pour penser par eux-mêmes.
   Répondez aussi qu'il faut mieux prévenir que guérir et que de deux
   choses l'une : soit le Président corrige le tir, tire les leçons de ses
   dérives des premiers mois et nous aurons le plus grand bonheur d'avoir
   été utiles, soit il reste sourd et il nous faudra alors préparer
   l'avenir.
   Dans tous les cas en démocratie, chacun doit pouvoir jouer son rôle.
   Alors, dans vos régions respectives, jouez le vôtre. Structurez vos
   fédérations, gagnez des adhésions, préparez les élections, rassemblez
   les gaullistes, les républicains, les souverainistes, expliquez votre
   position à la presse, diffusez vos messages, réveillez vos concitoyens.
   Enfin et surtout, à ceux qui ont peur de la solitude politique, je veux
   dire très clairement que l'on n'est jamais seul quand on défend des
   causes justes et notamment une certaine idée de la France.
   Vous vous croyez seuls mais vous êtes des millions.
   Oui, mes amis, à vous d'aller parcourir nos départements et dire à ceux
   que vous rencontrez : Ecoutez dans ce tohu-bohu, il y a une petite voix
   différente qui essaye de se faire entendre Prêtez l'oreille, elle est
   porteuse du vrai changement. Elle veut aider à corriger le présent.
   Elle prépare l'avenir.
   C'est la voix de la France libre qui ne s'éteindra jamais et qui a
   besoin de vous.
   Haut de page
