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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Discours du Président de la République au salon SPACE
(11/09/2007)
   Monsieur le Président,
   Monsieur le Ministre,
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
   Mesdames et Messieurs,
   C'est une joie sincère pour moi de vous retrouver à l'occasion de cette
   vingtième et unième inauguration du SPACE, auquel je suis déjà venu, en
   compagnie de Michel BARNIER, dont je veux saluer l'engagement pour
   défendre les intérêts de l'agriculture auprès de la Commission et de
   nos partenaires européens.
   En répondant à votre invitation, j'ai voulu dire à tous nos concitoyens
   que la France a besoin de ses agriculteurs et de ses entreprises
   agro-alimentaires. Je veux donc vous remercier pour le travail que vous
   accomplissez chaque jour au service de l'économie de notre pays, qui
   contribue puissamment à l'équilibre de nos territoires.
   La France doit être fière de ses agriculteurs et de ses campagnes. Les
   territoires ruraux, longtemps victimes de l'exode rural, connaissent
   aujourd'hui une augmentation de leur population. Quant à l'agriculture
   française, elle a opéré depuis la seconde guerre mondiale une
   révolution sans précédent, évoluant en l'espace de cinquante ans
   davantage qu'en plusieurs siècles, et se hissant au premier rang
   européen et au deuxième rang mondial.
   Je veux dire mon estime à Jean Michel LEMETAYER qui vous représente
   avec tant de force et d'énergie, je le sais, mon estime à la FNSEA qui
   oeuvre pour défendre la place de l'agriculture française en Europe. La
   France a besoin d'organisations syndicales qui construisent l'avenir.
   Je veux le remercier de son invitation qui me donne donc l'occasion de
   m'exprimer sur la place de l'agriculture dans notre pays et sur la
   manière dont j'entends porter une nouvelle ambition pour ce secteur,
   qui est à mes yeux, stratégique. Je suis très heureux de le faire en
   Bretagne, une région où, s'appuyant sur les ténacités et les qualités
   de courage, de travail, et d'anticipation de sa population,
   l'agriculture a toujours joué ici un rôle déterminant. Pierre
   MEHAIGNERIE, longtemps Ministre de l'Agriculture, ne me contredira pas.
   Mesdames et Messieurs, je vais donc vous parler avec franchise.
   Pendant longtemps, on a parlé au monde agricole en égrenant de vaines
   promesses à l'aune de négociations communautaires, on refusait
   d'admettre la réalité, tout en sachant l'issue prochaine : certaines
   filières ont pu tirer le meilleur parti de la politique agricole
   commune, tandis que d'autres se trouvent devant de très lourdes,
   Monsieur le Président, difficultés.
   Parce que je vous respecte, parce que nous partageons les mêmes
   valeurs, je n'ai d'autre choix aujourd'hui que de vous tenir le langage
   de la vérité, qui est le langage que je tiendrai tout au long de ces
   cinq années de mon quinquennat, à tous les Français.
   La vérité c'est que notre agriculture européenne fait face à des
   difficultés toujours croissantes :
   D'abord les aléas climatiques qui se multiplient en Europe et dans le
   monde. Je pense tout particulièrement aux agriculteurs de Martinique et
   de Guadeloupe, qui ont vu le 17 août dernier leur travail anéanti par
   l'ouragan Dean.
   Je pense aux crises sanitaires, dont Michel BARNIER me parlait encore
   dans l'avion en venant -- la fièvre aphteuse, l'influenza aviaire, la
   fièvre catarrhale, l'ovine -- qui perturbent profondément les marchés
   européens et occasionnent des pertes croissantes et une crise de
   confiance à l'égard des consommateurs.
   Ensuite, l'Europe est confrontée à une évolution de plus en plus
   désordonnée des prix agricoles. Qui aurait pu prétendre l'an passé que
   le prix de la poudre de lait augmenterait de 70% ? Que celui du blé
   augmenterait de plus de 50% ? Ces variations n'existent dans aucun
   autre secteur économique. Elles sont à l'origine de difficultés
   importantes pour les éleveurs de veaux de boucherie, pour les éleveurs
   de porcs, pour ceux de la volaille et cela crée aujourd'hui des
   inégalités croissantes de revenus entre agriculteurs.
   Ces inégalités, on les retrouve pour vos anciens. Et là aussi j'ai
   envie de dire la vérité. Les retraites moyennes agricoles sont de moins
   de 400 euros par mois. Et ce n'est pas parce que les agriculteurs
   manifestent moins, en tout cas les retraités, que cette injustice est
   plus acceptable. Qui peut dire que c'est une situation digne et
   équitable, alors que le métier est par ailleurs si rude ? Et je pense
   aussi aux veuves. Oui, la vérité, c'est qu'il existe des régimes
   spéciaux de retraite qui ne correspondent pas à des métiers forcément
   pénibles et qu'il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas
   à un régime spécial de retraite. C'est la vérité.
   Je vais changer cette situation parce qu'elle est indigne. La
   revalorisation des petites pensions et le maintien du pouvoir d'achat
   des retraités agricoles seront au coeur de la deuxième étape de la
   réforme des retraites en 2008. Je dirai ce que je pense de régimes
   spéciaux le 18 de ce mois. Un peu de méthode ne nuit pas à la solution
   d'un problème.
   Enfin, l'agriculture doit aussi faire face à une raréfaction du foncier
   agricole. En France, on perd 60 000 hectares de terres cultivables
   chaque année. Est ce admissible quand on sait que la planète attend de
   la France qu'elle produise plus ? Car c'est bien de cela dont il s'agit
   ! La France doit produire davantage.
   Regardons les choses en face : les capacités de notre planète sont déjà
   très largement exploitées, et pourtant il y a 800 millions de personnes
   qui meurent de faim. D'ici à 2050, il y aura trois milliards d'êtres
   humains en plus. Le changement climatique s'accélère, la question de
   l'eau devient chaque jour plus lancinante. Face à la raréfaction des
   énergies fossiles, l'après-pétrole a déjà commencé. Ce sera l'un des
   grands problèmes du siècle. Il se trouve que l'agriculture en Europe
   est au coeur des défis du XXIe siècle.
   L'agriculture n'est pas une nostalgie, l'agriculture n'est pas
   seulement une tradition. L'agriculture ce n'est pas le passé,
   l'agriculture est au coeur des défis de la planète de ce siècle : le
   défi alimentaire, le défi environnemental et le défi énergétique. Voilà
   trois défis où l'agriculture est au coeur, voilà trois raisons
   d'espérer dans l'avenir de l'agriculture.
   Ma conviction, c'est que ces défis, la France est l'un des pays les
   mieux placés au monde pour les relever. Ce qu'il nous faut, c'est quoi
   ? Une nouvelle ambition pour l'agriculture en France et en Europe.
   Je veux construire une agriculture de premier plan en France et en
   Europe.
   Pour des raisons d'indépendance et de sécurité alimentaires :
   l'approvisionnement des européens ne peut pas dépendre de pays
   étrangers, au surplus exposés à des crises sanitaires ou des aléas
   climatiques sur lesquels nous n'avons aucune maîtrise.
   Pour des raisons économiques ensuite : parce qu'avec 39,3 milliards
   d'euros d'exportations, 1,6 millions emplois, une balance commerciale
   qui dépassera les 9 milliards d'euros cette année, on ne va quand même
   pas abandonner un secteur économique, car l'agriculture, est un secteur
   économique qui nous crée un excédent commercial, alors que l'on a tant
   d'autres secteurs qui nous créent des déficits commerciaux. Cela serait
   quant même une drôle d'idée que de tourner le dos à un secteur qui nous
   permet d'exporter. L'agriculture, la pêche, l'industrie
   agro-alimentaire de notre pays sont des piliers essentiels de notre
   économie, ce sont des secteurs qui créent des richesses. Ils
   constituent un atout vital pour notre croissance économique.
   Pour des raisons d'équilibre de territoires ensuite. Notre agriculture
   est la base de l'équilibre et de la vitalité du monde rural. Un monde
   rural où l'on ne produirait plus, je dis les mots tels je les crois et
   je les pense, c'est un monde que l'on condamnerait. Le tourisme c'est
   formidable. Mais il n'y a pas de tourisme dans des régions où il n'y a
   plus de production et plus d'activité économique. Ce n'est pas le
   tourisme ou la production. C'est la production et le tourisme. Sans
   production il n'y a plus rien.
   Pour des raisons environnementales enfin : l'urgence de la lutte contre
   le réchauffement climatique exige que nous progressions rapidement dans
   l'utilisation des énergies renouvelables. Or, notre agriculture peut y
   contribuer de trois manières.
   Les biocarburants d'abord.
   L'exploitation de la biomasse ensuite.
   La chimie verte enfin : le papier issu du chanvre, le plastique produit
   avec de la fécule de pomme de terre, les solvants avec du tournesol...
   Notre pays a tous les atouts pour exceller dans ces disciplines qui
   doivent concilier la puissance agricole, la puissance industrielle et
   la puissance scientifique.
   Pour cela, je souhaite, et je n'ai pas changé depuis la campagne
   électorale. Et si un certain nombre de mes amis peuvent en porter
   témoignage, je veux que nos agriculteurs puissent vivre des prix de
   leurs produits plutôt que des subventions qu'on leur alloue.
   La pensée unique me rappelait sans cesse pendant la campagne électorale
   que jamais les agriculteurs ne pourraient vivre de leurs prix, du fruit
   de leur travail. Aujourd'hui je dis à mes propres amis les faits m'ont
   donné raison. Je n'aime pas la notion de découplage qui fait que moins
   on produit, plus on touche de subventions. Ce n'est pas la conception
   que je me fais de l'agriculture française et du travail d'un
   agriculteur. Parce qu'un agriculteur c'est un producteur qui veut être
   rémunéré pour son savoir-faire, qui ne veut pas simplement être un
   assisté.
   Pour la première fois depuis quarante ans, les prix mondiaux sont
   supérieurs aux prix européens dans de nombreuses productions. Cela
   n'était pas la peine de me traiter de démagogue, lorsque j'affirmais
   que la préférence communautaire devrait nous permettre de garantir des
   prix dignes aux producteurs. Ce que la volonté politique a refusé hier,
   ce sont les marchés qui l'imposent aujourd'hui. C'est donc que la
   question des prix est au coeur de la solution du problème agricole.
   Certains nous recommandaient d'attendre. Attendre ! Voilà la stratégie
   que l'on propose à notre pays depuis des décennies. Attendre la
   prochaine élection, attendre le prochain évènement, attendre le
   prochain Président. A force d'attendre, on ne fait qu'accumuler du
   retard. Alors là il fallait attendre. Attendre les conclusions du bilan
   de santé de la PAC en 2008. Attendre la négociation sur le budget de la
   PAC en 2009. Attendre la négociation sur l'avenir de la PAC en 2013.
   Moi je pose la question, pourquoi devrions-nous attendre ces rendez
   vous pour poser les principes d'une PAC renouvelée ? Je l'assume, je
   veux la rupture, la rupture avec le malthusianisme, la rupture avec le
   conservatisme, la rupture avec l'immobilisme, la rupture avec
   l'attentisme. Qui oserait se lever ici pour me dire l'année prochaine,
   cela sera plus facile de négocier ? Dans deux ans, cela sera plus
   facile de négocier. Dans trois ans, cela sera plus facile de négocier.
   Ma stratégie ce n'est pas d'attendre pour repasser "la patate chaude"
   aux autres. Ma stratégie c'est de faire ce que les Français m'ont
   demandé de faire : résoudre les problèmes pour mettre la société
   française dans une situation de modernité dans le monde d'aujourd'hui.
   La PAC a été un formidable outil de modernisation. Mais les aides
   publiques représentent aujourd'hui près de la moitié du revenu des
   agriculteurs, parfois davantage. La réglementation tatillonne,
   d'origine française et communautaire, et les contrôles multiples ont
   transformé le travail de la terre en une gestion quotidienne de la
   paperasserie administrative. Et ainsi, le piège se referme sur nous. On
   ne veut pas vous donner des prix, ne vous inquiétez pas, dormez
   tranquille braves gens, on va vous donner des subventions. Une fois que
   l'on vous a donné des subventions, on vous dit, cela coûte trop cher,
   donc on fait des contrôles. Pour renforcer les contrôles on fait de la
   paperasse. Cela tourne ainsi, on n'est plus agriculteur, on répond à
   des papiers. On s'excuse de surcroît de faire un métier dont on a
   besoin. Je ne veux pas de cette orientation.
   Alors la PAC, je la souhaite nouvelle, parce que je n'ai pas
   l'intention de laisser tomber les agriculteurs qui ne veulent pas être
   des assistés, des agriculteurs qui ne veulent pas vivre de subventions,
   des agriculteurs qui ne veulent plus être contrôlés sur la longueur du
   poil de leurs animaux !... Si l'on cherche à créer des nouveaux
   emplois, j'ai des idées, mais pas dans ce secteur. Je veux dire la
   longueur du poil de l'animal. Je le dis, là encore, c'était : "vous
   comprenez, mais Nicolas, il ne faut pas parler de cela parce que c'est
   un tabou. Ah bon, eh bien on va en parler.
   La PAC telle qu'elle existe aujourd'hui ne peut pas répondre aux défis
   de l'après 2013. Tout le monde le sait, personne ne le dit. Dormez
   tranquille, 2013 c'est loin. Quand 213 arrivera qu'est ce que l'on fera
   ? Qu'est-ce que feront vos enfants ? Et qu'est-ce que vous ferez
   vous-même ? Et ce n'est pas une discussion technique, dans le cadre du
   bilan de santé de la PAC, sur les fameux "droits à paiement unique", le
   "découplage" ou la "modulation" des aides qui permettra de répondre à
   ces objectifs. A force de truffer la politique agricole commune de
   termes incompréhensibles, plus personne ne porte d'ambitions. Sans
   qu'elle signifie un rejet du passé la refondation de la PAC est
   indispensable pour rendre de nouveau légitime cette politique.
   Je veux donc préparer à l'occasion de la présidence française de
   l'Union européenne un nouveau cadre politique pour notre agriculture en
   Europe, basée sur des principes fondamentaux.
   La politique agricole commune doit répondre à quatre objectifs :
   * assurer l'indépendance et la sécurité alimentaire de l'Europe.
   Objectif stratégique essentiel et nous n'avons pas à nous excuser de
   vouloir nourrir les Européens de façon indépendante et saine.
   * contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux
   * préserver les équilibres de nos territoires ruraux
   * participer à la lutte contre les changements climatiques et à
   l'amélioration de l'environnement.
   Voilà, les principes fondamentaux.
   La PAC, je dois prendre mes responsabilités, doit être établie selon un
   principe indiscutable de préférence communautaire, qui recouvre des
   objectifs rénovés, des outils et un budget ambitieux pour répondre à
   ces objectifs. Qu'on ne s'y trompe, je serai intransigeant sur cette
   question lors des prochaines discussions sur le budget communautaire.
   La préférence communautaire, ce n'est pas un gros mot. D'ailleurs, si
   l'on ne préfère pas l'Europe, je me demande pourquoi on l'a fait,
   l'Europe. J'ajoute qu'avec le Traité simplifié, j'ai suffisamment
   contribué à la relance pour ne pas à m'excuser de défendre
   l'indépendance alimentaire de la même Europe.
   Premièrement, j'y reviens, il faut que nos agriculteurs puissent vivre
   des prix de leurs produits, de leur production et de leur travail, par
   une véritable politique communautaire de stabilisation des marchés.
   Notre environnement évolue. Il nous faut donner aux chefs d'entreprise
   que vous êtes les moyens de vous prémunir des conséquences désastreuses
   des risques climatiques et sanitaires. Pour ce faire, je demande à la
   Commission européenne de mettre en place sans délai un dispositif
   performant de gestion des risques et des aléas. Parallèlement, j'ai
   demandé à Michel BARNIER de définir avec Christine LAGARDE, avant la
   fin de l'année, les conditions d'une généralisation des mécanismes de
   gestion des risques, à l'ensemble de nos exploitations, à partir de
   l'expérience de l'assurance récolte. Dans le même esprit, je souhaite
   que l'on créé un fonds d'intervention sanitaire qui permettra par
   exemple de répondre aux préoccupations qui sont les nôtres en matière
   de fièvre catarrhale ovine.
   Vivre des prix et de la production, c'est aussi mieux s'organiser. Je
   souhaite renforcer l'organisation commerciale de l'offre, en
   particulier dans le secteur ovin, dans le secteur des fruits et légumes
   et du vin, et assurer le développement des interprofessions. Je
   souhaite conforter le tissu d'industries agro-alimentaires en vous
   permettant d'y prendre des participations par l'intermédiaire de fonds.
   Pour ce faire, je demande à Michel BARNIER de prendre l'initiative d'un
   mémorandum que nous transmettrons avant la fin de l'année à la
   Commission européenne pour s'adapter et pour adapter le droit de la
   concurrence dans un esprit de responsabilités des organisations
   commerciales et dans l'intérêt des consommateurs.
   Vivre des prix signifie aussi que chacun doit jouer le jeu de la
   concurrence. On nous parle aujourd'hui d'augmentation de certains prix
   alimentaires à la consommation, alors que cela fait plus de dix ans que
   les prix à la production ont diminué. Est il admissible qu'en près de
   40 ans, les prix agricoles ayant été divisés par deux, ceux de nos
   aliments n'ont baissé que de 14%. La plus-value est bien passée quelque
   part ! La réponse est que ce n'est pas admissible et que l'Etat
   interviendra.
   C'est pourquoi dans le cadre de la réforme de la loi Galland, que j'ai
   demandé au Gouvernement d'engager, un cadre spécifique sera réservé aux
   produits agricoles afin que les agriculteurs bénéficient d'une juste
   rémunération. Il n'y a pas de contradiction entre une valorisation
   correcte des produits et une baisse générale des produits de grandes
   marques.
   Tu as dit qu'être agriculteur ou être Procter and Gamble, ce n'est pas
   la même chose. C'était bien vu, parce que c'est vrai.
   Je souhaite que la PAC participe aussi à renforcer l'innovation et la
   recherche dans le domaine agro-alimentaire.
   Deuxièmement, il nous faut soutenir une agriculture qui participe au
   développement durable de notre pays, et assure la qualité sanitaire de
   nos produits par une véritable politique d'alimentation.
   En matière alimentaire, les Français sont de plus en plus exigeants sur
   la qualité nutritionnelle des produits et leur sécurité sanitaire. Nous
   prendrons une initiative communautaire pour renforcer les contrôles aux
   frontières de l'Union européenne pour s'assurer que les produits
   agricoles et agro-alimentaires importés sont au niveau de ceux produits
   en Europe. Moi, je ne comprends pas cela. On ne peut pas imposer des
   règles à nos producteurs et, en même temps, faire rentrer, en Europe,
   des produits qui viennent de pays où il n'y a pas de traçabilité et de
   respect minimum de règles alimentaires. La concurrence doit être la
   même pour tous. Si nos producteurs et nos éleveurs doivent respecter
   une réglementation pour assurer la sécurité alimentaire, je demande que
   les importations en Europe soient soumises aux mêmes règles. Si on
   n'est pas au même niveau, on n'est pas accepté sur le marché européen.
   La qualité de l'environnement est la préoccupation quotidienne des
   agriculteurs. Avec le Grenelle de l'Environnement, je souhaite aller au
   fond des débats sans tabou. Dans ce domaine, les chantiers sont
   multiples et ils nous offrent autant de leviers pour agir avant la fin
   de l'année, et confirmer le mouvement engagé par les agriculteurs
   eux-mêmes vers une agriculture durable.
   Il est indispensable de définir un nouveau plan de réduction de
   l'utilisation des engrais et des pesticides, afin de préserver la santé
   de leurs utilisateurs. Je voudrais d'ailleurs dire à l'ensemble de la
   communauté internationale que les agriculteurs sont les premières
   victimes et non pas les premiers coupables.
   Je souhaite par ailleurs engager un véritable plan de valorisation de
   la biomasse qui permettra d'accompagner les exploitations agricoles
   vers une plus grande autonomie énergétique.
   Enfin, la recherche publique en biotechnologies constitue un élément
   essentiel du développement de notre agriculture. En matière
   pharmaceutique par exemple, 1 médicament sur 6 est issu du génie
   génétique et 60% des nouveaux médicaments font intervenir les
   biotechnologies. Il faut renforcer dans les domaines de l'alimentation,
   de la chimie verte et des biotechnologies, la recherche.
   Enfin, la France se battra en Europe pour qu'une véritable politique de
   cohésion territoriale soit mise en oeuvre :
   Je souhaite renforcer le soutien assuré au développement des
   territoires, engager une réforme des soutiens aux productions
   valorisant l'herbe. Je veux conforter les bassins de productions
   menacés et les zones de handicaps naturels par une véritable démarche
   de développement territorial.
   Il nous faut poursuivre la politique d'aide à la création d'entreprises
   agricoles, car ce sont bien des entreprises. Il se trouve qu'elles sont
   agricoles mais elles sont d'abord des entreprises, de formation par
   l'enseignement d'excellence qu'est l'enseignement agricole, et
   d'installation des jeunes qu'il convient de poursuivre avec vigueur,
   Monsieur le Président. Parce qu'à quoi servirait-il de dire que
   l'agriculture a un avenir, si les jeunes ne peuvent plus s'installer ?
   Nous avons besoin de jeunes agriculteurs en masse, chaque année, pour
   assurer l'avenir de notre agriculture. Tout ceci me permet de dire
   qu'un agriculteur sur deux qui part à la retraite et qui n'est pas
   remplacé, c''est incompatible avec une demande mondiale de produits
   agricoles qui va augmenter et à laquelle la France doit pouvoir
   répondre.
   Ce cadre politique servira de base aux prochaines discussions sur
   l'avenir de la PAC. La révision générale des politiques publiques nous
   permettra, dès 2008, de moderniser nos structures et d'améliorer les
   services rendus aux agriculteurs.
   La France va donc prendre très vite l'initiative sur la scène
   internationale pour porter ce nouveau cadre. Les conditions sont
   réunies : la France a regagné sa place en Europe.
   Le traité simplifié sur lequel nous nous sommes mis d'accord le 23 juin
   dernier, témoigne du renouveau de l'esprit européen, du renouveau d'une
   volonté européenne commune, d'une volonté plus forte que les égoïsmes
   nationaux, plus forte que les susceptibilités nationales. Cette volonté
   est bien sûr nécessaire pour engager une véritable discussion sur
   l'avenir de la PAC.
   Mes chers amis, je ne me résigne à rien, je n'accepterai pas que
   l'Europe soit bureaucratique et technocratique, je veux qu'il y ait de
   la responsabilité politique, je veux que nous autres, les responsables
   politiques, arrêtions de nous cacher derrière une bureaucratie pour
   s'excuser de ce qui fut notre lâcheté. Parce que si la Commission a
   fait des choses qui ne vous plaisaient pas, c'est parce que, un moment
   donné, des responsables politiques l'ont accepté. Cela ne sert à rien
   d'accuser les uns, quand on n'est pas capable d'assumer sa propre
   responsabilité. S'il y a des problèmes, j'en assumerai la
   responsabilité. Je veux que l'on arrête d'en faire un bouc émissaire.
   Je veux prendre des initiatives fortes pour reconstruire une politique
   agricole en assumant les choix, difficiles parfois, qu'il faudra faire.
   Je souhaite que la France ouvre dès le début de la présidence française
   de l'Union européenne, c'est-à-dire deuxième semestre 2008, une
   discussion sur les principes fondateurs de la politique agricole
   commune de 2013, à l'occasion d'un grand débat d'orientation sur
   l'avenir des politiques communautaires et de leurs financements.
   Ce travail, Michel, il faudra le préparer dans le cadre des assises de
   l'agriculture avec les organisations professionnelles agricoles.
   En second lieu, les négociations au sein de l'OMC doivent repartir sur
   des bases saines et des objectifs clarifiés. Je m'opposerai fermement à
   tout accord qui ne servira pas les intérêts de notre pays, parce que
   c'est le mandat que j'ai reçu.
   Je le dis clairement : si l'Europe renonce à défendre son agriculture
   de production, son alimentation, si l'Europe renonce à protéger la
   qualité sanitaire et environnementale quand toutes les autres régions
   du monde se défendent et se protègent, si l'Europe renonce à agir et se
   contente de subir quand la chambre des représentants américains vote la
   continuité des mécanismes actuels de soutien, alors à quoi cela sert il
   de construire une politique agricole ? Je ne serai pas l'homme de
   l'abandon. Que les choses soient claires. Je crois dans la
   mondialisation. Je crois dans la concurrence. Je crois dans l'économie
   du marché. Mais je demande la réciprocité et la fin de la naïveté.
   L'état des négociations doit nous conduire à mener une réflexion
   approfondie au niveau de l'Union européenne, mais sans doute aussi à
   l'OMC, sur l'avenir de la négociation, car il est difficile de
   continuer comme si de rien n'était. Nous nous éloignons toujours un peu
   plus de nos objectifs de départ dans ce cycle. Je ne vais pas employer
   la langue de bois. Les pays émergents considèrent qu'ils n'ont que des
   droits et aucun devoir dans le système commercial multilatéral. Or la
   réussite du cycle passe d'abord par eux.
   Après sept ans de négociations, il convient peut-être de réfléchir à la
   meilleure manière de sortir de la logique actuelle de la négociation,
   afin d'y réintroduire des sujets importants pour l'Union, comme les
   règles relatives à la défense commerciale, l'investissement et la
   suppression des obstacles non tarifaires.
   Je dis les choses de la façon la plus claire : dans cette négociation
   internationale, la France exige de la réciprocité, la France exige de
   l'équilibre, la France exige de la préférence communautaire. Je l'ai
   dit à un homme pour qui j'ai amitié et admiration, José Manuel BARROSO,
   je l'ai dit à un certain nombre de nos grands partenaires : l'Inde, le
   Brésil, la Chine, l'Argentine. L'Europe ne fera plus preuve de naïveté.
   Je le dis comme je le pense. Des grandes nations émergent, elles
   veulent les droits des grandes nations, mais elles doivent accepter les
   devoirs des grandes nations. On ne peut pas avoir les droits sans les
   devoirs.
   Je pense que l'on ne peut plus continuer à imposer à nos entreprises
   agricoles le dumping environnemental, le dumping social, le dumping
   fiscal, et maintenant le dumping monétaire.
   Mes chers amis, vous l'aurez compris, je veux avec vous porter une
   nouvelle ambition pour l'agriculture en Europe. Je veux une agriculture
   de production, de premier rang, où chaque agriculteur puisse vivre
   dignement de son travail.
   Je voudrais vous dire très simplement que je suis effectivement issu
   d'un milieu urbain, que j'y ai fait toute ma carrière politique.
   Mais ce n'est pas parce que l'on est urbain, que l'on n'est pas capable
   d'être à l'écoute du monde agricole. Parce que les valeurs qui sont les
   vôtres, ces valeurs qui irriguent en profondeur la société française,
   le travail, la ténacité, le courage, la liberté, le pragmatisme, le
   souci de construire et le souci de transmettre, je les partage ces
   valeurs au plus haut degré.
   Vous connaissez ma détermination à respecter les engagements que je
   prends.
   Je sais qu'en conjuguant vos énergies, vos talents, vos imaginations,
   la France agricole peut regarder le futur avec confiance.
   La France a un lien charnel avec son agriculture, avec sa terre. Le mot
   "terre" a une signification française et j'ai été élu pour défendre
   l'identité nationale française. Et dans cette identité nationale
   française, il y a le rapport des Français avec la terre, avec leurs
   ancêtres, avec leurs grands-parents. Toutes les familles de France ont
   des grands-parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé la
   terre. L'agriculture a façonné nos paysages. L'agriculture a donné à
   notre patrie une partie de son âme. C'est avec ses convictions à
   l'esprit que nous allons ensemble oeuvrer pour l'avenir.
   Croyez bien que je dirai toujours ma part de vérité. Je crois en votre
   avenir. Je vous défendrai mais je vous demanderai aussi de laisser de
   côté des frilosités et des habitudes qui ont porté atteinte à la
   modernité de l'agriculture française. Je serai pour vous un partenaire
   exigeant mais loyal. Je ne vous mentirai pas. Je ne vous trahirai pas
   pour une raison simple, c'est que je n'ai pas l'intention de vous
   décevoir. Je vous remercie.
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