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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Intervention devant les parlementaires de la majorité
(03/10/2007)
   Mes chers amis,
   Je veux d'abord vous remercier du travail que vous avez accompli depuis
   le début de l'été. Il n'y a pas eu beaucoup de majorités dans le passé
   qui aient autant réformé en si peu de temps. Il n'y a pas eu beaucoup
   de majorités qui aient autant tenu de promesses en quatre mois. En
   général, quatre mois, c'est suffisant pour oublier les engagements de
   la campagne. Nous, ces quatre mois ont été suffisants pour confirmer
   les engagements de la campagne.
   Tenir les promesses de la campagne présidentielle, respecter les
   engagements pris, être fidèle à la parole donnée, c'est la seule
   manière de réhabiliter la politique, de réconcilier les Français avec
   la politique et de faire différemment ce que l'on a trop souvent fait
   dans le passé. On a trop souvent construit des majorités sur le
   reniement et d'une certaine façon sur le mensonge. On ne peut pas
   gouverner par le mensonge. On ne peut pas mentir aux Français. On ne
   peut pas leur dire : excusez-moi, vous m'avez élu sur un discours, je
   me suis horriblement trompé, je vais donc faire le contraire. On ne
   peut pas dire aux Français : c'est normal, on ment pendant la campagne
   et l'on renie sa parole, une fois élu.
   Les Français ne supportent pas, ne supportent plus qu'on leur cache la
   vérité, sous prétexte qu'ils ne seraient pas capables de l'entendre. La
   vérité, les Français la souhaitent, les Français la veulent. Ils sont
   prêts au changement, ils sont prêts à la réforme, ils sont prêts à la
   rupture. Que n'ai-je entendu lorsque j'ai prononcé le mot " rupture " !
   Tant de si savants conseillers qui, à l'époque, pronostiquaient
   l'erreur politique fatale qui allait fatalement me faire perdre les
   élections.
   Les Français sont prêts à l'effort. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils
   m'ont fait confiance. C'est pour cela qu'ils vous ont élus. J'ai
   parfaitement conscience que cette confiance n'est pas acquise une fois
   pour toutes. Pour la conserver, il faut la mériter. On ne peut pas, dès
   lors que l'on est élu, considérer que ce que l'on a dit durant la
   campagne n'a aucune importance et s'attendre à conserver cette
   confiance. Les gouvernements de gauche ou de droite qui ont renié leur
   parole ont perdu la confiance des Français. Les Français ne supportent
   pas que l'on fasse au lendemain des élections exactement le contraire
   de ce qu'on leur a promis la veille.
   C'est pour cela et pas pour autre chose que pendant si longtemps ils
   ont sanctionné toutes les majorités sortantes qui si souvent avaient
   fait le contraire de ce qu'elles avaient promis. Ce n'est pas la
   versatilité des Français qui est en cause mais leur lucidité. Une
   majorité qui se renie est une majorité qui est sanctionnée. C'est pour
   cela que pendant si longtemps tant de Français se sont tournés vers les
   extrêmes, non parce qu'ils adhéraient à leurs idées mais parce qu'ils
   voulaient exprimer par leur vote le rejet d'une politique dont ils
   avaient le sentiment qu'elle se moquait d'eux. C'est pour cela que tant
   de Français sont devenus si méfiants vis-à-vis des réformes, non parce
   qu'ils refusent le changement mais parce qu'ils ont le sentiment que
   ceux qui proposent les réformes cherchent à les tromper, et parce qu'en
   ne disant rien avant, on se condamne à ne rien faire après.
   J'ai voulu rompre avec cette façon de faire de la politique. Pendant la
   campagne, y compris contre certains de mes amis, j'ai pris tous les
   risques. J'ai voulu établir avec les Français une relation de
   sincérité, d'authenticité et de vérité. Pour que le vote des Français
   soit sans ambiguïté, que chacun sache à quoi s'en tenir et pour que le
   mandat que je recevais soit clair, j'ai dit aux Français : " Je ne vous
   mentirai pas, je ne vous tromperai pas. " Je n'ai pas cherché à être
   prudent. Je n'ai pas cherché à être habile. J'ai simplement voulu être
   sincère.
   Les Français m'ont fait confiance. Cette confiance, je ne la trahirai
   pas. Cette confiance, je ne laisserai personne la trahir. J'ai pris des
   engagements pendant la campagne présidentielle. Ces engagements sont
   aussi les vôtres. Ces engagements, les Français m'ont élu pour qu'ils
   soient tenus. Ces engagements, les Français ont élu la majorité
   présidentielle pour qu'elle les tienne. Que les choses soient donc
   claires pour tout le monde. Ces engagements, j'en suis comptable
   vis-à-vis des Français. Le gouvernement en est comptable. Chaque
   parlementaire de la majorité en est comptable.
   Pour le Président de la République, pour le gouvernement qu'il nomme et
   pour la majorité présidentielle, il ne peut y avoir qu'une seule ligne
   politique : celle que le peuple français, dans sa souveraineté, a
   choisie, celle qu'il a approuvée à deux reprises, au moment de
   l'élection présidentielle et au moment des élections législatives, dont
   je rappelle qu'elles se sont succédé.
   En ce moment où la conjoncture internationale est incertaine, en ce
   moment où la crise de confiance financière fait peser de lourdes
   incertitudes sur la croissance mondiale, je sais que certains ont des
   interrogations. Je sais que nombreux sont ceux qui, de bonne foi, se
   demandent si nous pourrons aller jusqu'au bout des réformes, jusqu'au
   bout de la rupture que nous avons promise aux Français. Je sais que
   certains craignent que face aux difficultés notre détermination
   faiblisse quelque peu.
   Je veux dire à tous ceux qui doutent, je veux dire à tous ceux qui
   prédisent un changement de cap devant le ralentissement de la
   croissance que nous poursuivrons la politique pour laquelle nous avons
   été élus, que nous la poursuivrons sans faiblir, que nous la
   poursuivrons jusqu'au bout.
   Nous ferons donc la rupture parce que la France en a besoin, parce que
   depuis vingt-cinq ans les problèmes s'accumulent, que cela ne peut pas
   durer et que l'on attend de nous que nous trouvions des solutions à ces
   problèmes. Nous ferons donc la rupture parce qu'il n'y a plus moyen de
   faire autrement, parce qu'il nous faut rompre avec les modes de pensée,
   avec les habitudes, avec les comportements du passé qui ont conduit
   notre pays dans la situation où il se trouve.
   La France ne va pas bien, c'est un fait. C'est même d'ailleurs pour
   cela que nous avons été élus. Car si la France allait bien, je suis
   persuadé que les Français auraient fait confiance à ceux qui leur
   promettaient la facilité et la dépense. Mais la France ne va pas bien
   et ce n'est pas parce qu'elle n'a pas les moyens d'aller mieux, ce
   n'est pas parce qu'elle manque de ressources, parce qu'elle manque de
   talents, ce n'est pas parce que les Français manquent d'intelligence,
   d'imagination, d'ardeur ou de volonté de travailler. Si la France ne va
   pas bien, c'est parce qu'elle gaspille ses ressources, c'est parce
   qu'elle ne valorise pas ses talents, c'est parce qu'elle décourage
   l'intelligence, l'imagination, l'ardeur et le travail des Français.
   Si l'État vit au-dessus de ses moyens, la France, elle, vit en dessous
   de ses moyens. Si l'État emprunte beaucoup, les Français quant à eux
   épargnent beaucoup. Le problème de la France, c'est qu'elle ne produit
   pas assez par rapport à ce qu'elle pourrait produire, c'est qu'elle ne
   travaille pas assez par rapport à ce qu'elle est capable de faire, par
   rapport à ses moyens, par rapport à son potentiel. Le problème de la
   France, ce n'est pas qu'elle vit au-dessus de ses moyens, c'est qu'elle
   vit en dessous de ses capacités.
   Je le redis : il manque à la France un point de croissance par an en
   moyenne pour pouvoir résoudre ses problèmes. Ce point de plus, il ne
   viendra pas tout seul. Ce point de plus, ce n'est pas la croissance
   mondiale qui nous le fournira. Le monde est en croissance depuis des
   années et ce point de croissance manque à la France. Alors, si la
   croissance mondiale ralentit quelque peu, ce sera plus difficile. Mais,
   même s'il y avait une croissance mondiale éclatante, ce n'était pas
   suffisant pour remettre la France au niveau.
   Ce point de plus nous ne l'obtiendrons pas en attendant les bras
   croisés que la conjoncture mondiale s'améliore, pour être un peu
   au-dessus de ce que la médiocrité nous conduirait à être. Et si la
   croissance va moins bien, on se satisfait d'être un peu en dessous de
   ce qu'on pourrait faire. Ce n'est pas la stratégie que j'ai voulu
   proposer au pays.
   Ce point de croissance de plus, nous l'obtiendrons avec les réformes
   que nous engageons pour être au niveau des pays qui réussissent le
   mieux dans le monde. Gouverner, ce n'est pas attendre. Gouverner, c'est
   agir. Le point de croissance qui nous manque pour que le pouvoir
   d'achat augmente, pour que le plein emploi soit atteint, pour que nos
   retraites soient assurées, pour que nos comptes publics puissent
   s'équilibrer, pour que nous puissions faire face à l'augmentation des
   dépenses de santé, au vieillissement, à la dépendance, pour que les
   enfants retrouvent l'espoir de vivre mieux. Ce point de croissance, il
   faut que nous allions le chercher. Et il ne faut pas aller le chercher
   à l'extérieur, il faut aller le chercher en nous-mêmes parce qu'il est
   à la portée de nous.
   La stratégie économique que nous proposons avec François FILLON et le
   gouvernement est simple. Elle repose sur une conviction absolue : les
   autres travaillent plus quand la France travaille moins. Là se trouve
   la clé du problème français. Revaloriser le travail, libérer le
   travail, encourager le travail, récompenser le travail, voici notre
   priorité, voici notre ligne, voici notre stratégie. Elle est en rupture
   totale avec ce qui a été proposé pendant tant d'années par tant de
   gouvernements à notre pays.
   Pour que les choses soient claires, je veux expliquer que ce n'est pas
   parce que la société va mal que la France ne travaille pas assez. C'est
   parce que la France ne travaille pas assez que la société va mal.Ce
   n'est pas parce qu'il n'y a pas assez de croissance que la France ne
   travaille pas assez. C'est parce qu'elle ne travaille pas assez qu'il
   n'y a pas assez de croissance.
   Ce n'est pas parce qu'il y a des déficits que la France ne travaille
   pas assez. C'est parce qu'elle ne travaille pas assez qu'elle accumule
   les déficits. Les déficits sont la conséquence d'un travail trop
   faiblement rémunéré, récompensé, valorisé dans notre pays. S'attaquer
   aux déficits sans s'attaquer à la production de richesses et à la
   capacité de travail de notre pays n'aurait aucun sens.
   Il ne faut pas confondre les causes et les conséquences. Cela fait
   vingt-cinq ans, gauche et droite confondues, que l'on cherche à agir
   sur les conséquences alors qu'il faut avoir le courage de s'attaquer
   aux causes. Nous voulons nous attaquer aux causes. S'attaquer aux
   causes, ce n'est pas faire des politiques d'austérité qui n'ont jamais
   rien résolu. S'attaquer aux causes, ce n'est pas infliger une nouvelle
   fois aux Français des politiques sacrificielles. S'attaquer aux causes,
   ce n'est pas chercher à réduire les déficits en augmentant les impôts
   alors qu'ils sont déjà beaucoup trop élevés.
   Si la solution était dans l'augmentation des impôts, nous serions le
   pays au monde qui compterait le moins de chômeurs et qui aurait la
   croissance la plus forte ! Depuis le temps que nous augmentons les
   impôts et que cela ne produit aucun résultat sur la réduction des
   déficits et la réduction de l'endettement, il est temps de se rendre
   compte que ce n'est peut-être pas la voie la plus intelligente à mener
   pour ceux qui ont de l'ambition pour l'économie française.
   Je veux aller plus loin et dire à tous ceux qui trouvent que la
   réduction des déficits n'est pas assez rapide (comment, en quatre mois,
   François, nous n'aurions pas supprimé l'endettement de la France et
   réduit son déficit ? Un comble quand même !) que nous n'assainirons pas
   les finances publiques si nous ne nous attaquons pas aux causes. Et
   s'attaquer aux causes, ce n'est pas chercher à rééquilibrer les comptes
   publics par le rationnement. S'attaquer aux causes, c'est réformer
   l'État, les administrations et les systèmes sociaux.
   Si l'on faisait une politique d'austérité, allons-y, si l'on étranglait
   un peu plus le pouvoir d'achat, si l'on coupait davantage encore dans
   les investissements, si l'on augmentait les impôts parce que la
   croissance ralentit, vous auriez alors le résultat : encore moins de
   croissance, au bout du compte plus de déficit et, de surcroît, vous
   bloqueriez les réformes.
   Regardez les entreprises ou les organisations qui se réforment et qui
   ont des résultats. Elles ont compris que pour réformer il faut
   investir. Faire à la fois l'austérité et la réforme, c'est se condamner
   à n'avoir aucun résultat comptable et, à l'arrivée, ne pas avoir la
   réforme, parce que tout processus de restructuration commence par la
   nécessité d'un investissement. Si l'on mettait toute la politique de
   réforme au service d'une politique comptable pour résorber les
   déficits, alors, je vous le dis, nous n'aurions au bout du compte ni la
   réduction des déficits ni les réformes.
   Si je me suis engagé à fusionner l'ANPE et l'UNEDIC, ce n'est pas pour
   faire des économies, mais pour être plus efficace dans l'accompagnement
   des chômeurs et pour leur trouver un travail, pour qu'ils trouvent un
   emploi, pour qu'ils aient plus de chances de se remettre à travailler
   et à gagner leur vie. L'objectif d'une politique de réforme n'est pas
   de faire des économies comptables, mais d'augmenter le nombre de nos
   compatriotes qui travaillent parce qu'en augmentant le nombre de nos
   compatriotes qui travaillent, on va augmenter la richesse produite en
   France, augmenter la croissance, les recettes et l'on réduira les
   déficits.
   Si je me suis engagé (nous en avons beaucoup parlé avec François et
   Éric WOERTH va conduire cette très difficile mission) à fusionner la
   Direction générale des impôts avec celle de la Comptabilité publique,
   ce n'est pas seulement pour faire des économies, c'est pour améliorer
   la qualité du service public, pour offrir davantage de mobilité aux
   fonctionnaires et de perspectives de carrière aux agents publics.
   Si je me suis engagé, avec Xavier DARCOS, à alléger les rythmes
   scolaires, ce n'est pas simplement pour faire des économies, C'est pour
   permettre à nos enfants de s'épanouir davantage, de trouver un meilleur
   équilibre de vie, d'apprendre mieux.
   Si nous nous sommes engagés avec François à passer en revue toutes les
   politiques publiques, ce n'est pas seulement pour faire des économies,
   c'est pour que nos politiques soient plus efficaces, pour que l'argent
   public soit mieux utilisé et pour que nous ayons davantage de
   résultats.
   L'objectif pour nous est d'installer partout la culture de
   l'évaluation, la culture du résultat, la culture de la qualité, pas
   celle du rationnement comptable parce qu'à l'arrivée, on n'a rien et
   l'on ne modernise pas un pays comme cela.
   L'objectif, c'est de mettre en place une politique d'effort où tout le
   monde a quelque chose à gagner et non une politique sacrificielle où
   tout le monde a quelque chose à perdre, hormis naturellement ceux qui
   la préconisent et qui ne se sentent jamais concernés par les sacrifices
   qu'ils demandent à tous les autres.
   De ce point de vue, permettez-moi de dire que, concernant le débat sur
   les salaires, je comprends que les Français en aient assez. On explique
   à tous les salariés d'une entreprise qu'il n'y a pas de quoi augmenter
   les salaires, ce qui n'empêche pas de faire une réunion du conseil
   d'administration pour débattre de la rémunération du dirigeant. S'il
   n'y a pas de quoi augmenter les salaires en bas, il n'y a pas de quoi
   augmenter les rémunérations en haut. C'est une politique que nous ne
   pouvons pas cautionner parce que toute politique doit être fondée sur
   l'équité.
   Que les choses ici aussi soient claires (si vous aviez comme cela me
   manque de ne pas pouvoir l'expliquer plus directement encore) : je n'ai
   pas été élu pour refaire éternellement les mêmes politiques.
   Croyez-vous que l'on n'en parle pas avec le Premier ministre, que l'on
   n'en débat pas avec le ministre de l'Économie et des Finances ?
   Je ne pense pas que ceux qui nous ont précédés, quelle que soit leur
   famille politique, étaient de mauvaise volonté ou n'étaient pas
   compétents. Ils avaient envie de réussir et ils étaient compétents.
   Pourtant, cela n'a pas marché ou pas suffisamment. Alors, que l'on ne
   nous demande pas de mettre en oeuvre les mêmes politiques, de revenir
   dans le moule de la pensée unique qui, quand même depuis vingt-cinq
   ans, préfère prendre les problèmes de la France par les conséquences
   plutôt que par les causes.
   Je crois à la nécessaire rigueur dans la gestion. Je crois que pas un
   euro d'argent public ne doit être gaspillé. C'est pour cela d'ailleurs
   que nous voulons engager une politique systématique jamais engagée de
   lutte contre la fraude. Si, je crois dans la rigueur de la gestion,
   mais je récuse la politique de la rigueur, qui est une politique
   d'austérité, une politique de sacrifices, une politique de baisse du
   pouvoir d'achat, une politique de hausse des impôts. La France ne peut
   pas se permettre une telle politique.
   Le ralentissement de la croissance ne rend pas nécessaire une telle
   politique, elle valide au contraire la politique que le gouvernement a
   mise en oeuvre. Le ralentissement de la croissance rend plus pertinent
   encore le paquet fiscal qui soutient le pouvoir d'achat, qui soutient
   l'activité, qui encourage le travail. Où sont les experts qui disaient
   au mois de juillet : " Cela va tellement bien, pourquoi vous soutenez
   le pouvoir d'achat, pourquoi vous soutenez l'investissement, pourquoi
   vous soutenez l'activité ? " Ceux-là mêmes qui nous disaient que ce
   n'était pas nécessaire de le faire en juillet nous proposent quoi
   aujourd'hui ? Le ralentissement de la croissance n'est pas un obstacle
   à la réforme, c'est une incitation à aller plus loin et plus vite,
   c'est une incitation à réformer davantage pour justement lever tous les
   freins à la croissance.
   Je veux dire une chose aux Français si vous le permettez, au travers
   des parlementaires qui les représentent : la réforme pour moi ce n'est
   pas une purge. Ce n'est pas une manière de faire payer par les Français
   des fautes dont ils payent déjà la facture et dont ils ne sont pas
   responsables. La réforme, je suis désolé, ce n'est pas une punition, ce
   n'est pas la politique par laquelle les élites font payer au peuple les
   fautes qu'elles ont elles-mêmes commises en leur temps. La réforme pour
   moi, et je prends mes responsabilités, ce n'est pas que la réforme des
   régimes spéciaux, c'est aussi une certaine contribution des stock
   options au financement de la protection sociale, parce qu'il ne peut
   pas y avoir de réforme acceptée s'il n'y a pas de souci de justice.
   La réforme, ce n'est pas une politique qui vient d'en haut, qui vient
   de la pensée unique. La réforme, c'est une politique qui exprime la
   volonté d'un peuple qui subit tous les jours les méfaits de
   l'immobilisme et du renoncement. C'est une politique qui exprime la
   volonté d'un peuple qui n'en peut plus du conservatisme et du
   conformisme. Dès que quelqu'un dans notre pays dit quelque chose qui
   sort un peu des idées battues, il est immédiatement dénoncé pour
   incompétence par tous ceux qui portent la pensée unique qui a conduit
   notre pays, depuis vingt-cinq ans, à avoir un point de croissance de
   moins que les autres. Ce n'est pas la politique que je souhaite que
   nous mettions en oeuvre.
   J'ai été élu pour appliquer ce que l'on appelle la volonté populaire.
   Je sais, le mot " populaire " ne plaît pas, mais à moi, il plaît
   beaucoup, comme le mot " travailleur " parce que le jour où l'on n'a
   plus parlé des travailleurs est le jour où l'on a considéré qu'il
   fallait mépriser le travail. Le jour où l'on n'a plus parlé au peuple,
   c'est le jour où l'on a commencé à mépriser le peuple. Je connais bien
   ce raisonnement : quand un homme de droite est populaire, on dit qu'il
   est populiste. Merci ! Si cela veut dire que l'on est compris du
   peuple, ce n'est déjà pas si mal parce que nous sommes là par la
   volonté du peuple et non par la volonté de tel ou tel qui fait des
   commentaires.
   Je ferai cette politique envers et contre tout quels que soient les
   obstacles que l'on essaiera de dresser sur notre route et le peuple
   tranchera. Il n'y a pas de plan d'austérité caché. Il n'y a pas de
   tournant de la rigueur en préparation. Vous savez pourquoi ? Parce que
   ce serait un renoncement et un reniement. Et je n'ai pas été élu pour
   cela.
   Il y a, en revanche, une volonté de réforme, une stratégie de réforme,
   une politique de réforme. Nous irons jusqu'au bout de cette volonté ;
   nous irons jusqu'au bout de cette stratégie ; nous irons jusqu'au bout
   de cette politique, quelle que soit l'évolution de la conjoncture
   internationale, quel que soit le rythme de la croissance mondiale parce
   que c'est notre volonté, parce que nous n'avons pas d'autre choix.
   Il faut en finir avec le manque de courage. Derrière ce manque de
   courage, il y avait ce raisonnement : il y a une politique de
   rationnement comptable, alors on ne peut pas faire la réforme, on la
   fera demain, quand cela ira mieux ; et quand, le lendemain, cela allait
   mieux, par hasard, on expliquait alors qu'on ne faisait plus la réforme
   puisque cela allait mieux ; quand cela ne va pas bien, il ne faut pas
   le faire car il n'y a pas de marge de manoeuvre et quand cela va mieux,
   il ne faut pas le faire puisque cela va mieux... Avec cela, on fait du
   sur-place.
   Moi je ne veux pas d'une politique qui consiste à acheter avec des
   allocations le silence de ceux qui avaient le plus à souffrir de
   l'immobilisme parce qu'avec des allocations sociales on ne vit pas, on
   survit. Je ne veux laisser personne au bord du chemin. Je veux, à ceux
   qui traversent une période difficile, offrir non l'assistance, parce
   qu'elle est dégradante pour la personne humaine, mais la possibilité de
   vivre dignement de son travail. Je veux que l'on aide ceux qui n'en
   peuvent plus, ceux que la vie a tellement éprouvés qu'ils n'ont plus la
   force de s'en sortir, mais je veux que les revenus de l'aide ne soient
   jamais supérieurs aux revenus du travail.
   Je ne vois pas pourquoi nous devrions renoncer à cela sous prétexte
   qu'il y a une crise financière, parce quelques spéculateurs ont conduit
   l'économie mondiale dans une forme d'impasse en faisant n'importe quoi,
   sans transparence, sans éthique, sans morale. Nous n'avons pas à payer
   pour eux. Alors, avec le Premier ministre et le gouvernement, je veux
   le dire à la majorité : il n'y aura pas de pause dans les réformes.
   Il n'y en aura pas parce que la France a trop attendu et parce qu'elle
   ne peut pas attendre. Et à ceux qui me diraient : " Nicolas, il y a des
   élections municipales... " Ah ? je n'avais pas remarqué ! Je leur
   dirais que si nous devons attendre pour réformer un pays que les
   élections soient passées, nous allons continuer à attendre longtemps.
   Et si nous attendons les élections, nous créerons un stress pour les
   Français qui comprendront que nous ne faisons pas avant les élections
   pour mieux matraquer après. Si nous ne le faisons pas avant, les
   Français diront : ils nous ont menti, ils ne font pas ce que nous leur
   avons demandé de faire.
   La fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC attend depuis vingt ans. La réforme
   des régimes spéciaux attend depuis quinze ans. L'autonomie des
   universités attend depuis vingt ans. La réforme du marché du travail et
   de la formation professionnelle attend depuis vingt à trente ans, au
   choix. La création d'un véritable volet insertion au RMI, c'est simple,
   elle attend depuis sa naissance, c'est-à-dire dix-sept ans. La réforme
   de la carte judiciaire, dont je n'ignore nullement qu'elle peut poser
   problème dans ou tel ou tel endroit, elle attend depuis cinquante ans.
   Et je peux continuer la liste...
   Il y deux stratégies possibles : celle qui consiste à attendre -- et à
   attendre, vous aurez le même résultat que toutes les autres majorités :
   la défaite -- ou celle que nous proposons avec le Premier ministre et
   le gouvernement, qui consiste justement à ne pas attendre. La réforme
   tout de suite.
   Nous allons ouvrir le plus grand nombre de chantiers possible et, de
   surcroît, en même temps. Pourquoi en même temps ? On parle de mon
   tempérament... Tu parles ! À cinquante-deux ans, il s'aplanit. J'ai été
   bien pire dans le passé pour ceux qui me connaissent... Ce n'est pas
   une question de tempérament ou d'impatience, c'est tout simplement un
   raisonnement : c'est pour que chaque réforme entraîne les autres, pour
   que les effets de chaque réforme soient amplifiés par les effets des
   autres, pour qu'il y ait une masse critique de réformes capable de
   faire bouger la société, d'enclencher une dynamique globale.
   Jean-Pierre RAFFARIN pourrait porter témoignage de ce débat que j'avais
   ouvert avec Jacques CHIRAC en 2002. Ce n'était d'ailleurs pas un débat
   indigne, c'est un débat intéressant. Faut-il faire toutes les réformes
   en même temps ou faut-il faire une réforme après l'autre ? Je suis
   clairement sur une stratégie de faire toutes les réformes en même temps
   pour créer la masse critique du changement parce que, lorsque vous
   faites une réforme après l'autre -- et la réforme des retraites que
   vous aviez conduite dans le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN avec
   François était remarquable -- une fois qu'elle est faite, est-ce que
   vous avez mobilisé moins de monde contre vous parce que vous n'en
   faisiez qu'une ? Les mêmes sont descendus dans la rue. Simplement,
   épuisé parce que l'on a fait une énorme réforme, on hésite
   naturellement avant d'engager d'autres chantiers.
   Je voudrais, de ce point de vue, dire que c'est ce que fait François,
   avec les ministres de son gouvernement, depuis quatre mois. Je voudrais
   dire les choses et me tiens prêt au rendez-vous du bilan. Pas un
   gouvernement, pas une majorité n'a déployé une telle activité
   réformatrice tous azimuts dans notre pays depuis 1958. D'ailleurs, pour
   les gaullistes que sont un certain nombre d'entre nous, qu'a fait le
   général DE GAULLE en 1958 si ce n'est d'engager un puissant mouvement
   de réformes tous azimuts ? Il avait parfaitement compris que, comme
   tout se tenait dans les sociétés modernes, l'on ne peut pas changer un
   bout du moteur sans toucher au reste.
   Alors, à tous ceux qui, à l'inverse, trouvent que cela ne va pas assez
   vite, je veux dire que, et c'est là où c'est difficile et où la
   stratégie politique doit être extrêmement précise, la réforme doit être
   en même temps rapide et expliquée, que nos convictions doivent être
   fortes, inébranlables, mais, en même temps, que les modalités de la
   réforme doivent être discutées et négociées. Une réforme qui n'est pas
   comprise ou qui n'est pas acceptée est vouée à l'échec. On l'a connu
   dans notre majorité dans le passé. J'ai connu un Parlement qui
   applaudissait debout une réforme en tout point excellente, saluée par
   tous les experts. Et, quand l'hiver est venu, les experts avaient
   disparu et les parlementaires se sont trouvés confrontés à la réalité
   du terrain : cette réforme avait été comprise des experts mais pas du
   peuple. Et ce n'est pas un petit problème et ce n'est pas une petite
   question et ce n'est pas contradictoire avec ce que je viens de dire.
   Il faut que nous allions vite mais il faut en même temps expliquer.
   Je veux la réforme. Je veux qu'elle soit une rupture. Mais je ne veux
   pas une rupture qui brutalise une société qui n'en n'a pas besoin. Je
   ne veux pas d'une réforme qui humilie. Il faut une réforme au service
   des Français, qui s'accomplisse avec les Français et pas contre eux.
   Des réformes qui soient vécues par les Français comme des progrès, non
   comme des reculs. Nous ne faisons pas les réformes pour les faire
   reculer ou remettre en cause les acquis sociaux. Nous les faisons pour
   qu'il y ait plus de pouvoir d'achat, plus d'emploi et plus de
   croissance.
   Nous n'allons pas nous laisser caricaturer dans une réforme qui serait
   punitive. La réforme est une promesse au service d'un avenir meilleur
   et non pas une menace. La réforme rassure, si elle inquiète, c'est
   qu'on a été incapable de l'expliquer. Alors, je n'ai pas l'intention de
   me cacher. Les réformes, j'irai moi-même les expliquer aux Français.
   J'irai à la rencontre des ouvriers, j'irai dans les usines. J'irai à la
   rencontre des cheminots, des électriciens, des gaziers. J'irai à la
   rencontre des fonctionnaires, car ce ne sont pas eux qui sont coupables
   du statut dont ils ont hérité. Ce n'est pas parce qu'il faut faire la
   réforme des régimes spéciaux, que Xavier conduit excellemment, que nous
   voulons avec François leur reprocher quoi que ce soit. On peut être
   cheminot et aimer son travail, être électricien ou gazier et aimer son
   travail. Ils ont hérité d'un statut, il se trouve que justement pour
   protéger ce statut, il faut réformer. Là où ils cotisaient trente-sept
   années et demie, il faudra cotiser quarante ans. Nous ne le faisons pas
   pour nous, mais pour eux, pour assurer la pérennité de leur retraite.
   Comprenez-moi bien, on le fait, mais je ne veux pas les désigner comme
   des ennemis.
   Je veux dire aux ouvriers que le gouvernement sera à leurs côtés parce
   que ce fut une erreur considérable de toutes les majorités que de
   laisser les ouvriers et les usines de côté. Notre devoir est de
   travailler pour eux. N'en déplaise à certains experts, le problème du
   pouvoir d'achat, cela compte et un gouvernement digne de ce nom doit
   parler au nom de celui qui travaille dur, qui gagne peu et qui doit se
   reconnaître dans la politique que mène le gouvernement.
   Je veux dire aux cheminots, aux employés de la RATP, aux employés d'EDF
   qu'ils ne sont pas des adversaires. Il n'y a pas pour moi une France
   qui bloque et une France qui avance. Il y a des Français égaux en
   droits et en devoirs dont le gouvernement a la responsabilité de
   s'occuper.
   Je veux dire aux fonctionnaires qu'ils sont des citoyens à part
   entière, que nous les respectons et que nous ne chercherons jamais à
   dresser les Français les uns contre les autres. Il n'y a pas une France
   brillante, qui serait la France du privé et une France à la traîne, qui
   serait la France du public. Ce n'est pas notre conception des choses.
   C'est justement pour cela que le Premier ministre a proposé de revoir
   les modalités de gestion du statut de la Fonction publique.
   Je ne veux fuir aucune question. Je n'avais pas peur avant d'être
   Président et la peur n'est pas un sentiment qui me vient naturellement.
   Pourquoi voulez-vous que j'aie peur alors que je suis devenu Président
   ? Le rôle du président de la République, c'est de rassembler les
   Français, pas de les diviser. Le rôle du président de la République,
   c'est d'unir et pas de les opposer. J'ai été chef de parti, j'ai aimé
   plus que d'autres la politique, j'ai participé à d'innombrables débats.
   Mais, aujourd'hui, je suis Président de tous les Français. Chef de
   l'État, j'incarne la Nation, ceux qui ont voté pour moi et ceux qui
   n'ont pas voté pour moi.
   Les Français ne peuvent être unis et ne peuvent être rassemblés que si
   les efforts sont partagés, si l'équité est respectée. La France, c'est
   tous les Français. Je veux donc être le Président de tous les Français
   et pas le président d'une partie d'entre eux, pas le président de ceux
   qui ont voté pour moi. C'est d'ailleurs la logique des institutions de
   la Ve République. Il faut gagner le premier tour, et quand vous avez
   rassemblé près de 11 millions de Français sur votre nom, vous n'avez
   rien fait, il faut encore aller en chercher 10. C'est une façon de le
   dire, mais il faut le faire ! Et une fois que vous les avez rassemblés,
   il faut penser aux 64 millions, y compris à ceux qui n'ont pas voté
   pour vous et qui n'en sont pas moins Français.
   Cet engagement, cette haute idée de la fonction présidentielle qui est
   au-dessus des partis, qui est au-dessus des clans, je ne la trahirai
   pas. L'idée que je me fais de la fonction présidentielle exclut toute
   forme de sectarisme de la part de celui qui est en charge des destinées
   du pays. Imaginez la responsabilité que prendrait un chef de l'État au
   service d'un clan, au service d'un parti, fût-il le sien, au service
   d'une secte, au service d'une petite partie de la Nation.
   Je souhaite, si vous me le permettez, que chacun d'entre vous, femmes
   et hommes politiques, réfléchisse, juste réfléchisse, au fait que, pour
   un Président de la République, l'ouverture n'est pas un choix mais un
   devoir. Je ne veux pas d'un État PS, je ne veux pas d'un État UMP. Le
   mal que nous ont fait dans le passé les attaques portées sur notre
   famille est un mal dont nous ne nous remettrions pas demain et dont
   nous ne nous sommes pas remis hier.
   C'est mon devoir, pas simplement un choix, de veiller à l'impartialité
   de l'État. C'est mon devoir de tendre la main à tous ceux qui veulent
   travailler pour la France. C'est mon devoir de tout faire pour que tous
   les talents puissent être mis au service du bien commun, au service du
   projet que les Français ont approuvé. Les Français ont approuvé un
   projet politique qu'est le projet présidentiel. Mais au service de ce
   projet, je dois aller chercher tous les talents pour faire vivre une
   démocratie irréprochable. Si je ne fais pas cela, je me comporte alors
   en chef d'une majorité, pas en chef de l'État. Si je ne fais pas cela,
   j'applique une Constitution qui est celle d'un autre pays, pas la
   constitution de la Ve République.
   Je m'y suis engagé, je le ferai parce que c'est mon devoir. Et, au
   fond, qu'attend-on de nous ? Que l'on amène à la politique d'autres
   personnes. 85 % des Français ont voté et je devrais me comporter comme
   si je ne parlais qu'à 53 % d'entre eux ? Je dois dire aux 47 autres
   pour cent de circuler, que personne ne m'intéresse, ni personnalités ni
   idées (" Partez, vous êtes moins Français que les autres pour cinq ans
   ") ? Il y a une stratégie. Il y a un projet présidentiel. Les Français
   ont tranché. Mais au service de cette stratégie et de ce projet, il
   faut aller chercher le plus largement possible.
   C'est la même chose pour les institutions. Dans mon projet
   présidentiel, j'ai dit aux Français que nous allions construire une
   démocratie irréprochable. On me dit que cela n'intéresse pas : à
   voir... J'ai donc demandé à Édouard BALLADUR de bien vouloir réfléchir
   à l'évolution de nos institutions et faire des propositions.
   Moi, je souhaite davantage de pouvoirs pour le Parlement. Cela fait
   trente ans que l'on en parle, trente ans qu'on ne le fait pas. Cela
   fait trente ans que des générations de députés et de sénateurs se
   demandent bien souvent à quoi ils servent. Cette question, personne ne
   peut me dire ici qu'elle ne se pose pas. Elle se pose en France,
   spécialement quand les parlementaires voyagent et voient le pouvoir des
   parlementaires d'autres pays. Cette question, il va falloir y répondre
   et donner davantage de pouvoirs au Parlement.
   Je me suis engagé, après l'épouvantable scandale d'Outreau, à ce que
   l'indépendance de la justice soit garantie. Qui peut douter que la
   justice est indépendante ? Les exemples sont multiples. Mais je me suis
   engagé pour que la justice soit responsable. Il n'y a pas de pouvoir
   qui puisse s'exercer sans exercer aussi des responsabilités.
   J'ai parlé avec François de la démocratie sociale. Qui peut me dire que
   la démocratie sociale fonctionne tellement bien que l'on ne doive même
   pas en parler, que les critères de représentativité sont merveilleux
   (critères de représentativité qui datent du lendemain de la guerre) ?
   Cette question se pose. Nous allons donc créer les conditions d'une
   véritable démocratie sociale.
   Je vais même aller plus loin. Je limiterai mon propre pouvoir de
   nomination en tant que Président de la République parce que je pense
   qu'on ne grandit pas la fonction présidentielle en procédant à des
   nominations de complaisance ou de connivence. C'était ma conviction
   avant les élections, c'est ma conviction après les élections.
   J'associerai donc le Parlement aux principales nominations qui sont
   dans la main du Président de la République parce que le Président de la
   République a un grand pouvoir et qu'il doit être capable de le
   partager.
   Il ne s'agit pas d'en finir avec la Ve République ; on se demande bien
   pourquoi, cela fait un demi-siècle qu'elle permet à la France d'être
   gouvernée. Il ne s'agit pas de fonder la VIe République, je me suis
   toujours méfié des agités qui voulaient la VIe République, c'est-à-dire
   qui voulaient la mort de la Ve, sans nous expliquer exactement ce que
   serait la VIe. En quelque sorte, on aurait les inconvénients sans les
   avantages.
   Mais je voudrais que la République redevienne l'affaire de tous. Il
   faut tirer les conséquences de toutes les évolutions dans la pratique
   et de toutes les modifications juridiques qui, au fur et à mesure que
   le temps a passé, ont transformé la lettre et l'esprit de nos
   institutions, non sans introduire parfois dans leur fonctionnement des
   ambiguïtés voire des incohérences. On ne peut pas continuer de faire
   comme si le quinquennat n'avait rien changé à la pratique et à
   l'équilibre de nos institutions. On peut penser ce que l'on veut du
   quinquennat et du septennat, mais nous sommes passés du septennat au
   quinquennat sans en tirer absolument aucune conséquence sur la pratique
   et le fonctionnement de nos institutions.
   Respecter la Ve République, c'est adapter ses institutions à la
   nouvelle réalité. On ne peut pas continuer de faire comme si la
   démocratie à l'ère de la révolution numérique fonctionnait de la même
   manière que du temps de l'ORTF -- et encore, je suis gentil !
   D'ailleurs, qu'est-ce qu'a été le gaullisme si ce n'est la rupture avec
   toutes les habitudes du passé ? Avez-vous jamais entendu le général DE
   GAULLE parler de cette chose stupide, " le retour aux sources " ? À
   chaque fois qu'il a eu le pouvoir, il a tourné le dos à ce qui se
   passait (la politique coloniale, la politique sociale, la politique
   monétaire), il a même créé le nouveau franc, la politique
   institutionnelle. Était-ce la tradition de faire élire le président de
   la République au suffrage universel ? À chaque fois il a innové,
   inventé, bousculé.
   Justement, au nom du gaullisme, être fidèle au fondateur de la Ve
   République, ce n'est pas garder comme dans du formol une Constitution
   où l'on ne modifierait aucune des virgules, alors même que l'on ne
   s'est pas rendu compte qu'en passant du septennat au quinquennat, on
   changeait beaucoup, et beaucoup plus profondément qu'on nous l'avait
   dit d'ailleurs, la réalité du fonctionnement de nos institutions.
   Je me suis engagé à donner aux Français la fierté de la France. C'est
   le fameux débat sur l'identité nationale, la fierté d'être Français.
   C'est ce que je m'efforce de faire, c'est ce à quoi le gouvernement de
   François FILLON travaille. La fierté d'être Français, c'est d'abord la
   fierté d'être le citoyen d'un pays qui pourra, je l'espère, donner à
   nouveau au monde l'exemple du dynamisme, de la créativité, de
   l'imagination, de la foi en l'avenir, un pays où tout devient possible
   et pas un pays où l'on ne peut rien faire. La fierté d'être Français,
   c'est la fierté d'être le citoyen d'un pays qui est encore capable de
   donner au monde l'exemple d'un art, d'une intelligence qui rayonne de
   façon universelle.
   Mais la fierté d'être Français, c'est la fierté de voir la France
   revenir sur la scène du monde pour y jouer le rôle auquel la destinent
   son histoire et son prestige.
   Ne nous cachons pas la vérité, le non français au référendum avait
   bloqué l'Europe et avait mis la France d'une certaine façon à côté de
   l'Europe. Grâce au traité simplifié, voici la France réconciliée avec
   l'Europe et l'Europe avec la France. Je l'avais promis, c'est fait.
   Voyez le drame du Darfour qui bouleverse nos compatriotes. Depuis
   quatre ans, tout était bloqué. Le Conseil de sécurité vient de voter à
   l'unanimité l'envoi d'une force hybride à la fois côté Soudan et côté
   Tchad.
   Voyez les infirmières bulgares. Qu'ai-je entendu sur cette affaire-là ?
   Leur situation était parfaitement sans issue. Cela faisait huit ans et
   demi que l'on susurrait à l'oreille du guide : " Pensez aux infirmières
   " puis on repartait dans son pays. Les infirmières aujourd'hui sont
   libres. Nous l'avions promis, c'est fait. J'irai demain en Bulgarie et
   cette libération a un peu fait pour l'image de la France en Bulgarie.
   Voyez l'Union méditerranéenne. Cette idée semblait à beaucoup une
   chimère. Mais la France la porte et elle avance. J'y mettrai toute mon
   énergie, toutes mes forces, toute ma volonté, l'Union méditerranéenne
   se fera et la France sera fière de ce que nous aurons fait parce qu'en
   tournant le dos à la Méditerranée, nombreux étaient ceux qui pensaient
   tourner le dos au passé. Nous avons tourné le dos à notre avenir parce
   que la Méditerranée, cela compte dans l'histoire de France.
   Voyez la Turquie. J'ai vu Monsieur ERDOGAN à New York. Je lui ai dit :
   il y a tant de gens qui vous promettent l'entrée dans l'Europe et qui
   pensent le contraire. D'ailleurs, si tous étaient d'accord, pourquoi
   cela ne s'est pas fait ? La France, elle assume et préfère le
   partenariat à l'adhésion. C'était respecter la Turquie que de lui dire
   la vérité et d'essayer de trouver des solutions pour que les Turcs ne
   soient pas humiliés. Mais nous ne pouvons payer la stabilité de la
   Turquie de la déstabilisation de l'Europe.
   Voyez le succès de la France à l'Assemblée générale de l'ONU. Qui porte
   la question du partage de la rente ? Quand j'étais ministre des
   Finances, en 2004 (ce n'est quand même pas le Moyen Âge), le baril de
   Brent valait 42 dollars, il est à plus de 82. Cela coûte-t-il plus cher
   de sortir un baril de pétrole aujourd'hui qu'il y a trois ans ? Et le
   prix de vente a doublé. La question de la rente et de son partage doit
   être posée devant la scène internationale, dans le même temps où des
   pays sont obligés d'avoir cinq ou six heures sans électricité. C'est la
   France qui porte ce discours.
   J'ai également dit au nouveau directeur général du FMI, un Français,
   que je lui écrirais dès le début novembre pour demander au FMI de se
   saisir de cette question du partage de la rente parce que nous ne
   construirons pas la paix dans le monde sur l'injustice dans le monde.
   Souvenons-nous toujours que la France n'est fidèle à elle-même que
   lorsqu'elle cherche à être plus grande pour tous les Hommes et pas
   simplement pour elle. La France est respectée, la France est écoutée,
   en Europe et dans le monde. Nous ne sommes pas à la fin d'une histoire,
   mais au commencement. Cette histoire, c'est notre histoire à tous, pas
   l'histoire des uns contre les autres. Chacun d'entre nous y a sa part.
   Chaque Français doit pouvoir s'y reconnaître, y retrouver une part de
   soi-même.
   Quel était le génie du général DE GAULLE quand il a fait le RPF ?
   C'était que le RPF, c'était le métro à six heures du soir, c'était
   qu'il était capable de parler aux élites dirigeantes comme au peuple.
   Quel a été le drame de l'histoire de la droite républicaine et du
   centre ? C'est de se couper du peuple et de laisser le peuple, pendant
   vingt ans, être représenté par les extrêmes. Quel est le drame de la
   gauche ? C'est d'oublier de parler des travailleurs et de ne penser
   qu'aux statuts. Voilà les travers dans lesquels il ne nous faut pas
   tomber. Voilà le lien que nous devons garder avec le peuple français.
   C'est pour cela que je veux m'adresser à chacun des Français. C'est
   pour cela que je me sens comptable de mon action vis-à-vis de chacun
   d'eux, quel que soit son âge, son territoire ou son passé politique.
   Avec François FILLON, à qui je veux dire mon amitié et ma confiance
   totale, avec le gouvernement à qui je veux dire que je suis très fier
   de ce qu'ils font, y compris ceux qui sont différents. Et si nous les
   avons choisis, c'est justement parce qu'ils sont différents parce que,
   si c'est pour faire comme partout des petits pois, de même couleur,
   même calibre, même absence de saveur, ce n'est pas avec cela que vous
   rassemblez un pays comme la France, qui a tant de fromages, disait le
   général DE GAULLE.
   C'est cela la diversité. Comment avons-nous fait de l'UMP une réussite
   ? Et nos amis du Nouveau Centre ne m'en voudront pas de le dire, nous
   l'avons fait le jour où les Français se sont dit : " Tiens, dans cette
   famille-là, il y a des gens comme moi ! " N'abandonnez pas ce message,
   de la diversité, de la multiplicité. Et contrairement à ce que beaucoup
   imaginent, c'est la diversité qui permet l'unité. L'unité ne résiste
   pas à l'uniformité. Et contrairement à ce que beaucoup disent, les
   sociétés sont mortelles par la consanguinité pas par l'ouverture. C'est
   la consanguinité, la fermeture, le repliement qui ont détruit des
   civilisations entières, pas l'ouverture, pas la main tendue, pas la
   volonté de bonne foi de refuser tout sectarisme.
   Vous croyez, pour François comme pour moi, qu'il est simple d'animer
   des équipes différentes ? C'est beaucoup plus simple d'avoir des gens
   qui ont fait les mêmes écoles, qui ont la même formation, les mêmes
   convictions, le même costume et la même destinée. C'est beaucoup plus
   simple la première semaine, parce qu'à la deuxième, les Français se
   rendent comptent que ce n'est pas un gouvernement pour toute la France.
   Et nous avons voulu, avec François, faire un gouvernement pour toute la
   France. Et notre famille politique doit rester ouverte à toute la
   France. C'est le message que je voudrais vous faire passer.
   Nous avons besoin de vous, nous avons besoin de votre confiance, nous
   avons besoin de votre soutien, nous avons besoin de vos débats.
   Personne, et certainement pas moi qui aime tellement les débats, ne
   vous reprochera d'avoir des débats même s'il y a manière et manière de
   les conduire. Il n'y a aucun problème pour que l'on ait des désaccords
   sur le fond d'une question, mais on doit les avoir en assumant une
   unité entre nous.
   Vous savez, je suis très conscient des devoirs qui sont les miens et le
   premier d'entre eux est de ne pas décevoir. C'est une responsabilité
   qui pèse sur mes épaules. Mais je vous l'ai déjà dit, quand vous m'avez
   choisi pour être candidat, je m'étais engagé devant vous à ce que l'on
   gagne et j'avais pris cette responsabilité de ne pas vous décevoir.
   Quand j'ai été élu Président de la République, je m'étais engagé à ce
   que l'on aille jusqu'au bout des réformes et nous irons jusqu'au bout
   des réformes. On me dit qu'il y a des difficultés. Ah bon ? Je ne m'en
   étais pas rendu compte... Vous croyez que pensais que j'allais passer
   cinq ans, tranquille, dans un fauteuil à attendre ? Je sais qu'il y a
   des difficultés, qu'il y a des épreuves à affronter, mais on est là
   pour cela.
   Je suis conscient du devoir qui est le mien et je vous demande d'être
   conscients du devoir qui est le vôtre et qui est de répondre à
   l'attente des Français. On forme une équipe, chacun à sa manière. L'un
   est président, l'autre Premier ministre, d'autres sont ministres,
   parlementaires, mais nous formons une équipe. Et à l'arrivée, mes chers
   amis, ce sera le succès de tous ou l'échec de chacun. À l'arrivée, mes
   chers amis, on n'ira pas voir celui qui était de telle tendance ou de
   telle autre, on ira voir les résultats. Les gens diront : est-ce que
   vous avez bien travaillé pour la France, est-ce que vous avez bien
   travaillé ensemble ?
   Je serai fidèle à nos engagements, je me dévouerai chaque minute, je
   m'engagerai totalement. D'ailleurs, je vais vous dire une chose, je ne
   sais pas faire autrement. Et à l'arrivée, les Français jugeront. Moi,
   j'aime passionnément la France. Nous allons essayer de faire le mieux
   possible pour nos compatriotes. Rien ni personne ne nous arrêtera. Les
   Français, juges ultimes, jugeront le moment venu.
   En attendant, permettez-moi de vous dire mon estime, mon amitié et, si
   vous me le permettez, mon affection.
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