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Discours politique
François Hollande, François Hollande, discours au Conseil national du 27
octobre 2007 (27/10/2007)
   Chers Camarades,
   Nous devons relever trois grands défis qui nous sont posés et pas
   simplement au terme d'une consultation électorale qui s'est dénouée
   comme chacun le sait, mais pour affronter les échéances qui viennent.
   Le premier défi est de savoir qui nous sommes, nous les socialistes,
   face à l'enjeu national qui, finalement, décide de beaucoup. Décide de
   notre rapport au monde, décide de notre engagement européen et décide
   aussi du contrat social que nous voulons promouvoir.
   Le second défi est celui de la mondialisation ; non pas simplement de
   savoir comment on la domine à l'échelle internationale -nous avons déjà
   nos réponses-, mais de savoir comment, justement en France et en
   Europe, nous l'appréhendons, nous la gagnons. Et non pas de la juger
   -nous l'avons fait entre nous à de nombreuses reprises : une ouverture
   au monde qui offre des retombées économiques, mais aussi qui
   déstructure des territoires et creuse des inégalités. Donc, c'est de
   savoir comment nous la dominons économiquement, comment nous pouvons
   être plus compétitifs en France et en Europe.
   Le troisième défi est celui de l'individu, en sachant bien que nous
   sommes le parti de l'émancipation personnelle, individuelle, que le but
   même du socialisme est de faire de chacune et de chacun un être en tant
   que tel, un citoyen pouvant à la fois connaître son bonheur privé et
   participer par son action à la solidarité qui fonde aussi sa propre
   réussite.
   Si nous parvenons à non seulement poser des questions mais à apporter
   des réponses sur ces trois sujets-là, je pense que notre rénovation
   aura été utile et n'aura pas été simplement la préparation de notre
   congrès.
   Trois textes peuvent en sortir :
   - Le premier, c'est une charte de citoyens du XXIè Siècle ; c'est une
   bonne issue pour le premier thème.
   - Le deuxième, c'est la déclaration de principes du Parti socialiste,
   dont la dernière mouture remonte à un congrès, celui de Rennes -je ne
   crois pas que l'on ait gardé du congrès de Rennes ce résultat. C'est
   dommage car cela peut servir pour d'autres échéances de congrès. Tous
   les socialistes avaient été d'accord pour adopter la déclaration de
   principes, mais n'avaient pas pu trouver au moment du congrès un
   Premier secrétaire. Il est vraiment, en même temps, que lorsque nous
   sommes d'accord nous ne le disons pas suffisamment. Déclaration de
   principes, cela veut dire qu'il va nous falloir revisiter celle que
   nous avions adoptée il y a maintenant plus de quinze ans et définir ce
   que l'engagement socialiste veut dire, le fondement même du socialisme
   aujourd'hui et demain.
   - Le troisième, c'est le programme fondamental. C'est une idée d'Alain
   Bergounioux. Au-delà même de la déclaration de principes, quelles sont
   les grandes orientations, les grands objectifs que nous nous assignons
   et pas simplement pour les 5 ans qui viennent, mais pour les dix ou les
   vingt ans et qui donne de la cohérence, de la force à notre action
   politique. Si nous pouvons le faire, nous aurons bien travaillé. Et
   cela n'empêchera pas les différences d'approche, les sensibilités ;
   nous avons à préparer un congrès et un congrès devra forcément, sur la
   base des motions, déterminer les orientations, les stratégies et le
   leadership ; mais, nous aurons préparé le socle commun.
   L'actualité récente nous sert pour mener à bien ce travail. Je prends
   trois illustrations :
   1 - Le déficit commercial de la France
   Il atteint un niveau historique. S'il n'y avait pas l'euro aujourd'hui,
   le franc aurait été sans doute dévalué à plusieurs reprises depuis 5
   ans et assurément depuis 6 mois. Mais, comme il n'y a plus cette
   contrainte-là, nous accusons un record historique quant à nos échanges
   extérieurs sans qu'il y ait de débat public là-dessus.
   Le projet de loi de finances pour l'année prochaine prévoit 35
   milliards d'euros de déficit du commerce extérieur. C'est 30 milliards
   -et c'est déjà considérable- pour l'année 2007. Qu'est-ce que cela veut
   dire ? Cela veut dire que la place de la France dans la mondialisation
   aujourd'hui n'est pas assurée. Cela veut dire que notre compétitivité,
   celle des entreprises, malgré tout ce qui a été accordé en termes
   d'avantages fiscaux, de baisses de cotisations sociales, de modération
   salariale, ne peut prendre toute sa place dans les échanges, dans la
   division internationale du travail.
   Très différente est la situation allemande ; particulière est la
   situation espagnole... Bref, nous avons, nous les socialistes, à régler
   cette question de la compétitivité de l'économie française.
   2 - Les polémiques sur l'immigration
   Elles sont justifiées et elles tirent leurs origines du fait de la 4ème
   loi sur ce sujet en à peine 5 ans. Elles renvoient aussi à une
   conception de l'identité nationale. Qu'est-ce qu'une Nation, si ce
   n'est de forger ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, ce qui
   fonde l'identité, ce qui fonde aussi une conception de la République,
   des principes -la laïcité. Nous en avons une illustration brûlante avec
   les tests ADN, et pas simplement ces tests, et le fichier ethnique.
   Nous avons donc le devoir de définir une politique d'immigration à
   partir de la conception que nous devons faire prévaloir de la Nation et
   de la République. L'immigration devient une conséquence d'un choix lié
   à une politique de la Nation et de la République.
   3 - La protection sociale
   Son avenir est de nouveau posé. Le déficit de la Sécurité Sociale,
   c'est 12 ou 13 milliards d'euros, la moitié pour l'assurance maladie,
   l'autre moitié pour les retraites. Ces problèmes sont devant nous.
   Comment les réglons-nous ? A partir de quelle participation
   individuelle ? De quelle responsabilité ? A partir de quelle solidarité
   Si nous n'avons pas cette discussion sur à la fois de ce qui relève des
   comportements de chacun et de ce qui relève de la solidarité -et donc
   de l'impôt et de la contribution publique-, nous serons toujours mal à
   l'aise. Et nous n'aurons pas, à ce moment-là, de discours
   compréhensible pour la société qui, à un moment et c'est ce qui s'est
   produit lors de l'élection présidentielle, pense qu'il est possible de
   s'en sortir individuellement. Et ne croyons pas que cette idée d'en
   sortir individuellement touche simplement les catégories supérieures ;
   ce serait trop simple même si, en définitive, cela a été le message que
   Nicolas Sarkozy leur a adressé une fois élu. Mais, quand on sait que la
   moitié des salariés de notre pays gagne moins de 1500 euros net par
   mois, quand on sait aussi le creusement des inégalités depuis au moins
   5 ans, et pas simplement entre les revenus du capital et ceux du
   travail, mais au sein même des revenus du travail, il faut comprendre
   que nous avons le devoir de dire à ceux qui sont les plus nombreux
   qu'ils peuvent certes attendre beaucoup de la Nation, beaucoup de la
   Nation, mais qu'ils doivent s'en sortir aussi individuellement par le
   travail. Et si on devait donner une identité au Parti socialiste : nous
   sommes le parti du travail, nous sommes le parti qui rémunère le
   travail, nous sommes le parti qui donne ou qui permet de donner du
   travail, nous sommes le parti qui réhabilite le travail, nous sommes le
   parti qui évite l'exploitation du travail. Voilà le sens aussi que nous
   devons donner à notre rénovation.
   LES ELECTIONS MUNICIPALES ET NOS ALLIANCES
   Nous sommes le parti dominant de la gauche et point besoin de faire le
   rappel chiffré. Près de 30 %, mais il se trouve que la gauche elle-même
   n'est pas majoritaire. C'est un problème. Et, même à 30 %, nous ne
   pouvons pas l'être seuls.
   Je demande donc que nous ne cédions pas -y compris à la veille de ces
   élections municipales où la tentation est grande- au vertige du parti
   unique qui pourrait faire ses listes seul, s'organiser seul -ce qui
   d'ailleurs ne nous prémunirait pas de quelques divisions entre nous. La
   tentative de gagner seuls peut vouloir dire le risque de perdre seuls.
   Il n'y aura de rénovation du Parti socialiste que si elle s'inscrit
   dans une refondation de la gauche elle-même. Cette question nous est
   posée : avec qui voulons-nous une bonne fois travailler ? Il faut le
   dire clairement. Et avec qui nous ne voulons pas travailler, cela va de
   soi.
   Il faut aussi dire à qui nous voulons nous ouvrir. D'abord aux
   citoyens, c'est mieux ; et aux adhérents plus nombreux, c'est encore
   davantage pour nous de force pour nous soutenir.
   Troisième question : quelle coalition, voir quel parti voulons-nous
   construire ensemble.
   Mais, ces interrogations doivent être également posées aux autres.
   Quelle union organiser au moment des élections, mais surtout au
   lendemain des élections ? Quelle structure bâtir ensemble ? Serait-ce
   simplement des rencontres, une fédération, une confédération. Il faut
   que nos partenaires répondent eux aussi à cette question. Et quel
   avenir pour chacune des formations politiques de la gauche.
   Au stade où nous en sommes, nous avons fait l'expérience du " comité
   riposte " ; il a riposté et s'est éteint. Nous avons maintenant
   l'obligation de réussir le " comité de liaison " ; il peut s'appeler
   autrement, mais qu'importe, il faut bien que régulièrement les forces
   de la gauche se parlent et travaillent. Et c'est à partir de cette
   relation régulière, respectueuse, confiante, qu'il faut aller plus loin
   et présenter le plus rapidement possible une alternative commune et
   déjà au moment des élections municipales.
   Pour les élections municipales, la stratégie c'est le rassemblement de
   la gauche et d'ailleurs nous aurons plus de listes d'union de toute la
   gauche qu'en 2001. Les Verts ont des démarches locales dans la moitié
   des villes de plus de 50 000 habitants -et peut-être y en aura-t-il
   davantage. Dans la moitié de ces villes, là où nous sommes présents,
   connaîtront des listes d'union de la gauche. Et nous aurons finalement
   limité le nombre de primaires.
   Avec le Parti communiste, nous devons avoir la même attitude : ouvrir
   largement nos listes, respecter le suffrage -lorsque les communistes
   sont en tête c'est normal, lorsque nous sommes très largement en tête
   depuis longtemps, c'est aussi normal.
   Je souhaite qu'il y ait donc pour ces élections municipales -et nous
   sommes aujourd'hui bien engagés dans ce sens- le plus de liste d'union
   possible.
   Reste la question qui revient : que faisons-nous avec le Centre ? Nous
   répondons toujours la même chose : nous avons posé des conditions,
   elles sont très simples : nous ne refusons jamais les concours lorsque
   l'on présente les mêmes contrats politiques, que l'on accepte nos
   alliés et que l'on est dans l'opposition à Nicolas Sarkozy. Chacun doit
   se déterminer. On me dit que le Modem n'est pas dans cette stratégie.
   J'en prends acte. Il nous arrive de pouvoir nous retrouver quelques
   fois, au-delà de la gauche. Je l'ai relevé sur les institutions et on
   en reparlera. Je ne me suis pas plains, sur l'immigration, qu'au-delà
   même de la gauche, il y ait eu au Centre ou même à l'UMP des hommes et
   des femmes qui refusaient les tests ADN ou le fichage ethnique. Et sur
   le financement des partis, le spectacle qui nous a été offert, livré
   gratuitement -enfin, jusqu'à nouvel ordre, faudra vérifier- de savoir
   qui allait vraiment payer la séparation entre le Nouveau Centre et
   François Bayrou, à travers un changement des règles qui sont celles du
   financement des partis, nous étions effectivement plus du côté de ceux
   qui disaient qu'on ne pouvait pas faire la rétroactivité de la loi et
   qu'on ne pouvait pas non plus changer les règles au prétexte d'arranger
   le pacte majoritaire ou ce qu'il en reste.
   Nous sommes lucides cependant ce qu'est la stratégie du Modem ou de
   François Bayrou. Il n'est pas dans une stratégie d'alliance avec nous ;
   il est dans une stratégie de préparation -et il en a bien le droit- de
   la prochaine élection présidentielle où il veut être candidat et si
   possible au second tour. Nous n'avons pas affaire à un partenaire, mais
   à un concurrent qui parfois peut se retrouver sur les mêmes positions
   que nous. Sans nous en plaindre, faisons attention néanmoins que ce ne
   soit pas à notre détriment.
   Les élections municipales sont le premier grand rendez-vous
   démocratique de l'après présidentiel. Cela ne peut pas être un
   troisième tour, ni même une revanche ou un rattrapage, parce que les
   élections municipales et cantonales constituent un scrutin avec des
   enjeux territoriaux que l'on ne peut pas transformer. Il faut donc
   accorder à ces élections leur signification, leur portée, leur
   singularité. C'est pour élire des maires et des présidents de conseils
   généraux ainsi que les conseillers municipaux et généraux qui vont
   avec.
   Il faut pourtant considérer qu'il y aura aussi une portée nationale, ne
   serait-ce que parce que Nicolas Sarkozy lui-même leur donner cette
   signification. Nous avons bien compris qu'il est en campagne. On peut
   dire qu'il l'est toujours, mais là nous devons considérer qu'il est
   redevenu car cette première élection de son quinquennat va déterminer
   la suite de son quinquennat et peut-être même le rythme de ses réformes
   ou de ce qu'il appelle ses réformes et la marche politique qui sera la
   sienne.
   C'est donc un enjeu majeur. Elle nous offre l'occasion d'être utiles à
   nos concitoyens. C'est comme cela qu'il faut se présenter aux
   suffrages. Nous ne sommes pas là uniquement pour recueillir une
   contestation. Nous sommes là pour exercer des responsabilités dans nos
   villes, dans nos départements, avec l'appui des régions que nous
   dirigeons (20 sur 22) pour changer une partie de la vie de nos
   concitoyens et améliorer leur sort.
   Nous présenterons donc avec le concours de la FNESR un projet national
   pour les élections locales. Ce texte sera adopté lors de notre
   convention du mois de décembre en même temps que nos listes.
   A cet égard, pour les listes, je tiens à vous rappeler qu'une
   commission électorale travaille, le conseil national aura aussi à se
   déterminer dans le débat qui va s'ouvrir. Nos listes respecterons bien
   sûr la parité pour les élections municipales, c'est la loi. Pour les
   élections cantonales, je souhaite que la parité soit dans le sens
   titulaire/suppléant mais que les titulaires ne soient pas seulement des
   hommes et des suppléants suppléantes. Sur ce sujet, alors que c'est de
   la responsabilité des fédérations, il va falloir exercer un peu plus de
   vigilance et d'autorité.
   Quant à la diversité, je ne ferai la leçon à personne ; mais j'en
   entends tellement demander qu'elle soit partout présente -et elle l'est
   plus souvent qu'on ne le dit. Cessons tout de même de nous battre la
   coulpe. Nous sommes le parti qui a présenté le plus de candidats issus
   de la diversité aux dernières élections régionales et aux dernières
   élections législatives. Pas assez, mais disons-le quand même. Sinon
   personne ne le dira à notre place. C'est pourquoi, le premier devoir
   des socialistes, si c'est possible, est de dire du bien d'eux-mêmes. Si
   toute la presse en disait tellement de nous, je préconiserais que l'on
   se retienne. Mais, comme ce n'est pas toujours le cas, dites du bien de
   ce que vous faites, de ce que vous pensez, de ce que vous engagez, de
   ce que vous réalisez et ne commencez pas par parler de vous comme vous
   n'oseriez pas parfois parler de la droite.
   Nous avons fait, sur la diversité, un certain nombre d'étapes utiles et
   il va falloir en faire d'autres et ce sera une obligation et une
   volonté que nous aurons à exprimer.
   LES DIFFICULTES DU POUVOIR
   Nicolas Sarkozy est en difficulté et nous devons le souligner.
   Difficultés sérieuses, profondes et qui viennent assez tôt, à peine six
   mois après l'élection présidentielle.
   La première difficulté est économique. La croissance sera inférieure à
   2 % en 2007 et encore davantage en 2008.
   La difficulté est financière : les déficits sont records, l'endettement
   progresse et il y a un moment où cela s'arrête.
   La difficulté est sociale, et pas simplement avec les salariés des
   régimes spéciaux, mais avec les fonctionnaires, les avocats, les
   médecins. Il y a un climat social qui devient lourd car des promesses
   ont été faites et les résultats ne sont pas là.
   La difficulté est politique : on l'a vu à travers des débats qui n'ont
   pas été faciles pour la majorité sur l'immigration ; on le voit
   aujourd'hui avec les franchises médicales. Des camarades qui ont
   participé au débat à l'Assemblée nationale me disaient qu'il y avait
   des expressions au sein de la majorité qui était sûrement silencieuse,
   mais surtout qui étaient celles de l'absence. Pas facile quand on est
   député d'aller voter un impôt sur les malades pour financer d'autres
   malades ! Là aussi, il ne sera pas commode pour le Président de la
   République de faire voter ainsi son groupe dans un contexte aussi
   impopulaire.
   L'épreuve de vérité arrive donc fatalement. Même si la stratégie de
   communication de Nicolas Sarkozy est d'en repousser l'échéance, en
   espérant que la magie des mots empêchera la fatalité de se produire,
   comme s'il pouvait retenir ce qui inévitablement va se produire, la
   réalité elle-même ne peut être façonnée par le verbe ou dissoute par le
   discours quand elle lui est contrainte ou contraire.
   La faute majeure qu'il a commise et elle le poursuivra tout au long de
   ses 5 ans, c'est le paquet fiscal qu'il a fait voter en juillet de
   cette année. Ce sera un boulet budgétaire (15 milliards d'euros pour
   2009, 9 milliards pour 2008). C'est aussi un fardeau économique. Chacun
   sait que les heures supplémentaires telles qu'elles ont été
   défiscalisées, déchargées, est une usine à gaz pour les entreprises et
   aucun pouvoir d'achat supplémentaire pour ceux qui, hélas pour eux, ne
   travailleront pas forcément davantage et même pour ceux qui
   travailleront plus.
   C'est enfin une faute sociale. Comment, après avoir fait des cadeaux
   qui consistent pour 2500 contribuables à pouvoir recevoir un chèque de
   100 000 euros -il y a même des relances pour retrouver les
   contribuables qui ne se seraient pas présentés. Quand on est dans cette
   situation où l'on fait des cadeaux aux plus favorisés et qu'on demande
   à tous les Français, quelle que soit leur condition sociale, de
   participer à l'effort, cela devient plus difficile.
   La question majeure en cette rentrée -et elle le sera aussi au moment
   des élections municipales- c'est le pouvoir d'achat. Les prix sont en
   hausse (prix alimentaires, prix des carburants, prix des loyers) et les
   salaires sont en berne. Tous les conflits qui se produiront dans les
   prochaines semaines seront des conflits sur le pouvoir d'achat. Et cela
   demeurera en 2008, car il n'a aucune marge de manoeuvre pour réaliser
   les promesses que Nicolas Sarkozy à faites.
   Et tout l'enjeu des élections municipales est de savoir si le plan de
   rigueur qui a finalement été occulté, masqué, dissimulé, va finalement
   apparaître.
   A nous d'en prévenir les Français, à nous aussi de faire en sorte que
   nos réussites à l'occasion de ces élections permettent d'en atténuer le
   coût.
   Le pouvoir a organisé des contre-feux. Le premier contre-feu à son
   impopularité sont les réformes liées aux régimes spéciaux. Bien sûr
   qu'il faut les réformer, bien sûr qu'il faut assurer pour tous les
   Français des conditions identiques pour les départs à la retraite ; en
   tenant compte néanmoins de deux principes : la négociation et la
   pénibilité, c'est-à-dire les différences d'espérance de vie comme
   critère.
   Mais ce que veut faire Nicolas Sarkozy, en passant jusqu'à l'épreuve de
   force comme hier en allant voir des cheminots pour exciter leur
   mobilisation, c'est créer une épreuve de force dans le pays pour, à ce
   moment-là, écraser, dominer, dire qu'il aura au moins réussi une de ces
   réformes tant vantées à travers la fin de ces régimes spéciaux, et nous
   mettre en difficulté.
   Cela ne nous met pas en difficulté. Etre clair sur les principes, oui ;
   sur les réformes quand elles sont justes et efficaces, oui à des règles
   simples, oui aussi au principe de pénibilité, oui considérons que
   l'égalité ce n'est pas l'uniformité.
   Et disons aussi qu'il faut que la négociation s'engage car je crois
   qu'il n'y a rien à espérer d'une épreuve de force ni pour les salariés
   ni pour les usagers qui auront à supporter ces conflits.
   Le deuxième contre-feu, c'est le grenelle de l'environnement. Il faut
   saluer la mobilisation des ONG, l'effort de dialogue. Il était
   nécessaire de le faire. Il faut regarder les intentions pour ce
   qu'elles sont, louables. C'est louable de vouloir lutter contre le
   réchauffement climatique ; c'est louable de vouloir plus de transports
   publics ; c'est louable de vouloir faire des isolations thermiques dans
   les logements ; c'est louable de vouloir limiter les émissions de CO2.
   Le problème, c'est qu'il y a du flou sur les sujets les plus sensibles
   - les pesticides, parce que l'on ne veut pas fâcher la principale
   organisation agricole ;
   - les OGM, parce que l'on veut attendre la période des semences ;
   - l'énergie, parce que l'on ne veut pas toucher au lobby routier
   Et, quand on regarde les moyens, on constate qu'ils ne sont pas au
   rendez-vous. Ni sur la politique des transports : rappelons que cette
   majorité qui a supprimé les crédits publics au transport collectif. Ni
   sur le bâtiment, les offices HLM demandent qu'effectivement on puisse
   soutenir leurs efforts d'isolation thermique, mais rien n'est prévu.
   Les manques sont aussi la fiscalité écologique : on dit que l'on va
   étudier la taxe carbone. Il faut là-dessus être sans illusion, quand le
   gouvernement dit qu'il va étudier, c'est comme quand il crée une
   commission. On reparlera donc de la taxe carbone et on sera là pour
   rappeler chacun à ses responsabilités.
   Ce qui est en cause, et notamment la veille des élections municipales,
   c'est de renvoyer vers les communes, les départements et les régions
   l'essentiel de l'effort. " Vous êtes pour le développement durable,
   très bien. C'est nous qui décidons, c'est vous qui payez ". Et bien,
   non ! Nous ferons notre devoir ; nous prendrons des engagements en
   matière écologique, de développement durable, de transport collectif ;
   mais nous ne pouvons pas mener une politique à la place de l'Etat.
   Notre opposition doit être triple :
   _ Une opposition à la méthode de Nicolas Sarkozy, faite d'escamotage,
   d'excuses, d'esbroufe ; ce n'est jamais de sa faute, c'est toujours de
   celle des autres.
   _ Une opposition fondée sur des résultats ; néanmoins, n'oublions pas
   que cette majorité est en place depuis 5 ans. La continuité est la
   règle entre la politique économique et sociale menée par le Président
   de la République et celle qui avait été menée avant lui par JP Raffarin
   et D. De Villepin sous l'autorité de Jacques Chirac.
   _ Une opposition sur le sens même de la politique : nous sommes le
   parti de la réforme, de la réforme juste, de la réforme efficace et il
   y avait une manière d'être efficace au lendemain de l'élection
   présidentielle : c'était de soutenir l'effort d'investissement,
   d'innovation et de recherche des entreprises pour créer de la richesse.
   Il y avait une politique de réformes à mener pour maîtriser les
   déficits, indispensable si l'on veut écarter la spirale de
   l'endettement. Il y avait une politique en termes de pouvoir d'achat :
   plutôt que de gaspiller 15 milliards d'euros, offrir et pas simplement
   aux catégories populaires mais aussi aux classes moyennes une politique
   qui parle pour eux, qui agisse pour les faire bénéficier d'une retombée
   de l'action collective.
   Nous avons à évoquer aussi deux sujets :
   - La question de la ratification du traité européen : nous devons être
   responsables et collectifs. C'est mon attitude. Responsables, parce que
   nous avons des engagements à faire vis-à-vis de l'Europe. Collectifs,
   parce que nous avons à chercher une solution ensemble, si elle est
   possible. Si elle ne l'est pas, il y a une règle dans ce parti, celle
   de la majorité.
   - Les institutions : nous venons d'être saisis des conclusions de la
   commission Balladur. Il y a quelques avancées, souvent d'ailleurs sur
   nos propositions (maîtrise de l'ordre du jour du Parlement, limitation
   du 49/3, saisine du Conseil constitutionnel par les citoyens). Mais
   beaucoup moins nombreuses que celles que nous avions nous-mêmes
   évoquées lorsque nous sommes allés devant la commission Balladur. Très
   timides sur la proportionnelle : ils sont tombés à 20 ; bientôt ce ne
   sera plus qu'un ! Timides sur la réforme du Sénat : on en parle pas.
   Pas davantage d'ailleurs du mode de scrutin. Timides aussi sur les
   nominations : ce serait simplement les commissions qui donneraient un
   avis, mais en aucune manière partager ce choix avec le Président de la
   République. Rien sur l'indépendance de la Justice, si ce n'est que l'on
   supprime le Conseil Supérieur de la Magistrature, pour le remplacer par
   une autre instance. Ce n'est pas cela qui fonde une politique
   d'indépendance de la Justice ; c'est comme pour le CSA, ils le
   suppriment pour établir un comité du pluralisme ! Cela ne suffira pas.
   Tout cela pour mieux faire passer le seul objet de la réforme pour
   Nicolas Sarkozy : SON omniprésidence, y compris d'aller venir devant le
   Parlement, pas simplement une fois par an en Congrès, mais quand il
   voudra devant l'Assemblée nationale et devant le Sénat. Il faut dire
   qu'on le comprend : il n'arrive pas à s'exprimer sans venir devant
   l'Assemblée nationale et le Sénat ! On ne l'a d'ailleurs pas entendu
   depuis six mois ; jamais à la télévision, jamais dans les journaux,
   jamais dans les déplacements ! Nous regardons cette réforme uniquement
   à l'aune des avancées des droits du Parlement et à aucun moment nous
   n'accepterons quelque renforcement du pouvoir présidentiel qui est déjà
   à son paroxysme.
   Nous avons beaucoup de travail à mener ensemble. Beaucoup de travail
   sur notre pensée et nous n'avons pas de temps à perdre là-dessus.
   Beaucoup de travail pour faire des élections municipales et cantonales,
   finalement, un rebond et bien plus, une espérance pour nos concitoyens.
   Et nous avons beaucoup de travail à faire au lendemain même des
   élections municipales pour refonder la gauche. Nous ne le ferons que si
   nous sommes ensemble, responsables de notre parti, fier de notre Parti
   socialiste, si nous le servons avec le seul souci de contribuer non pas
   à l'intérêt particulier de ce parti mais à l'intérêt général du pays.
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