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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Parlement européen (13/11/2007)
   Monsieur le Président du Parlement européen,
   Mesdames et Messieurs les Députés,
   Monsieur le Président de la Commission,
   Mesdames et Messieurs,
   Je vous remercie de m'avoir invité à prendre la parole devant vous,
   dans ce lieu où bat le coeur démocratique de l'Europe. Je vous remercie
   de me donner l'occasion de le faire maintenant, au moment où, après
   avoir semblé vaciller, l'Europe se ressaisit et repart de l'avant. Je
   vous remercie de me permettre de renouveler devant vous l'engagement
   européen de la France et de vous dire que le " non " à la Constitution
   européenne n'était pas pour le peuple français l'expression d'un refus
   de l'Europe mais l'expression d'une plus grande exigence à son égard.
   Depuis le commencement, la construction européenne est portée par une
   espérance. Les peuples attendent maintenant, et c'est une
   responsabilité pour chacun de nous, que l'Europe soit à la hauteur de
   cette espérance : une espérance de paix, une espérance de fraternité,
   une espérance de progrès. Cette espérance, elle est née des grandes
   tragédies du XXe siècle. Cette espérance, elle est née du sang et des
   larmes versés par des millions d'hommes, de femmes et d'enfants. Cette
   espérance, elle est née d'une souffrance immense. C'est l'espérance que
   plus jamais les peuples d'Europe ne se feront la guerre, que plus
   jamais l'on ne verra sur le sol européen les entreprises de conquêtes,
   de domination, d'extermination qui ont mené nos Nations au bord de
   l'anéantissement matériel et moral.
   Si l'idée européenne a pu naître, c'est parce qu'un jour, de grands
   Européens se sont tendu la main par-dessus les frontières, frontières
   pour lesquelles tant d'hommes étaient morts, et que les peuples qui
   avaient trop souffert les ont suivis en décidant que la haine, c'était
   fini, et que maintenant il fallait l'amitié. Si la construction
   européenne est devenue possible, c'est parce que nos peuples, horrifiés
   par ce qu'ils avaient fait, parce nos peuples, ne voulant plus se
   battre, sachant au fond d'eux-mêmes qu'une nouvelle guerre serait
   fatale, nos peuples choisirent de s'aimer, de se comprendre, de
   travailler ensemble à se forger une destinée commune.
   Il faut prendre la construction européenne pour ce qu'elle est, une
   exigence morale, une exigence politique, une politique spirituelle. La
   construction européenne, c'est l'expression d'une volonté commune des
   peuples d'Europe qui se reconnaissent des valeurs, qui se reconnaissent
   une civilisation commune et qui veulent que ces valeurs et cette
   civilisation continuent à vivre.
   L'Europe, ce ne peut pas être qu'une machine. L'Europe, ce ne peut pas
   être une machine administrative. L'Europe, ce ne peut être une machine
   juridique, une machine à édicter des normes, des règlements, des
   directives, une machine à procédures et à règles. L'Europe ne peut pas
   être tenue à l'écart de la vie, à l'écart des sentiments et à l'écart
   des passions humaines.
   L'Europe n'est une réalité et elle n'a une chance d'exister que si,
   pour des millions d'hommes et de femmes, quelles que soient leurs
   convictions, elle est vivante, elle parle à leur coeur, elle est
   l'espoir d'une vie et d'un monde meilleurs. L'Europe sera un grand
   idéal, ou l'Europe ne sera plus.
   Quand les peuples disent " non ", il ne faut pas se dire que les
   peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit "
   non ". J'ai voté " oui ", mais nous savons tous que le " non " français
   et le " non " néerlandais exprimaient, hélas, bien davantage que le
   refus d'un texte, aussi important fût-il. Nous savons tous que ce refus
   était le signe le plus visible d'une profonde crise de défiance qu'il
   ne sert à rien de nier et à laquelle il faut apporter des réponses.
   Tous ceux qui aiment l'Europe doivent prendre au sérieux ce " non " de
   deux peuples fondateurs, de deux peuples qui ont toujours fait le choix
   de l'Europe. Dans ce " non " il y avait une angoisse, des millions
   d'hommes et de femmes qui s'étaient mis à désespérer de l'Europe.
   Pourquoi ? Parce qu'ils avaient le sentiment que l'Europe ne les
   protégeait plus assez, parce qu'ils avaient le sentiment que l'Europe
   était devenue indifférente aux difficultés de leur vie. Que ce
   sentiment soit injustifié est une autre question. Ce sentiment, je suis
   persuadé que des millions de femmes et d'hommes, quel que soit le pays,
   le partagent.
   Ce " non " fut désastreux. Il a plongé l'Europe dans la crise la plus
   grave de son histoire. Mais cette crise, qui pouvait défaire l'Europe,
   pouvait aussi lui être salutaire si elle amenait tous ceux qui étaient
   indéfectiblement attachés à sa cause à réfléchir : pourquoi une telle
   crise ?
   Depuis la création de la Communauté européenne du charbon et de
   l'acier, ce qui a été accompli en Europe est prodigieux. Nous sommes
   tous ici les représentants de peuples qui se sont haïs, qui ont cherché
   à se détruire, qui se sont combattus pendant des siècles pour certains.
   Au commencement, Paul-Henri SPAAK, ce grand Européen, premier président
   de la première assemblée parlementaire européenne, a dit ces phrases
   universelles et éternelles : " [Il ne faut] rien oublier -- car ce
   serait une profanation --, nous avons décidé de tenter la grande
   aventure qui doit, si elle réussit (...), nous permettre de sauver ce
   que nous avons en commun de plus cher et de plus beau. "
   Et pendant un demi-siècle, cette grande aventure a continué, malgré des
   difficultés innombrables. Les assemblées parlementaires ont joué un
   rôle décisif. Qu'il me soit permis de rendre hommage à tous ceux qui y
   ont siégé parce qu'ils ont été les représentants des citoyens de
   l'Europe, dans toute leur diversité.
   Cette diversité, je suis convaincu que nous ne devons pas la redouter.
   Cette diversité, nous devons la respecter comme notre plus grande
   richesse. La démocratie, c'est le débat. C'est la pluralité des points
   de vue. C'est le contraire d'un système où tout le monde est obligé de
   penser la même chose. On fera mourir l'Europe si on ne se réunit
   qu'autour d'une pensée unique où celui qui pense différemment serait
   vécu comme un mauvais Européen. Il n'y a pas de mauvais Européen, il y
   a l'Europe et nous devons emmener tout le monde dans cette Europe.
   Je crois à l'échange. Je crois à la discussion. C'est la raison pour
   laquelle j'ai toujours préféré la règle de la majorité à la règle de
   l'unanimité. Et ce n'est pas un petit engagement de la part d'un
   Président français. L'unanimité, c'est le système qui permet à quelques
   uns d'imposer leur loi à tous les autres. L'unanimité, c'est la
   certitude qu'on ne décidera jamais rien de grand, d'audacieux et qu'on
   ne prendra jamais aucun risque car avec l'unanimité on s'aligne sur
   celui qui veut le moins d'Europe. L'unanimité, c'est l'impuissance.
   L'unanimité, c'est l'impossibilité d'agir, c'est l'impossibilité de
   revenir sur ce qui a été décidé. C'est pour cela que j'ai soutenu
   l'extension de la règle de la majorité dans le traité simplifié.
   Je crois à la démocratie. Je crois que l'Europe doit être la plus
   démocratique possible. C'est pourquoi j'ai toujours considéré que l'on
   ne rendait pas service à la cause de l'Europe en refusant le débat, en
   étouffant les critiques, en taisant les divergences. Je suis convaincu
   que l'Europe doit avoir plus de débats, plus de démocratie et au fond
   plus de politique.
   Si l'Europe a pu sortir du blocage c'est bien parce qu'au sommet de
   Bruxelles les chefs d'État et de gouvernement, conscients de ce qu'ils
   avaient le sort de l'Europe entre leurs mains, ont pris une décision
   politique. À Bruxelles ce jour-là, la volonté politique de chefs
   d'États et de gouvernements différents a balayé tous les obstacles qui
   paraissaient jusque là insurmontables.
   La politique, c'était quoi ? C'était prendre acte de l'échec du projet
   de Constitution. La politique, c'était de proposer aux Français qui
   avaient voté " non " de négocier un traité simplifié pour débloquer
   l'Europe et de faire ratifier ce choix par le Parlement, comme je
   l'avais dit lors de la campagne présidentielle. J'ai été autorisé par
   le peuple français à faire ratifier le traité simplifié par le
   parlement. J'ajoute qu'il me semble curieux de dire que le Parlement
   européen est l'endroit où bat le coeur démocratique de l'Europe et de
   contester qu'une ratification parlementaire soit démocratique, parce
   que si l'Europe est démocratique au Parlement européen, la France est
   démocratique au Parlement français.
   La politique, c'était (et je veux leur rendre hommage) pour les pays et
   pour les parlementaires parmi vous qui avaient ratifié le projet de
   Constitution, d'accepter de rouvrir les négociations sur un autre
   projet moins ambitieux. Si nous avons pu débloquer l'Europe, c'est
   parce que les pays qui avaient voté " non " ont fait un effort, mais je
   veux rendre hommage à celles et ceux d'entre vous qui croyez à la
   Constitution d'avoir accepté de discuter d'un autre projet. L'Europe
   est sortie de la crise parce qu'il y a eu un mouvement de double bonne
   volonté et le traité simplifié, c'est une victoire politique de
   l'Europe sur elle-même. C'est une victoire de la conscience européenne
   qui s'exprime dans la politique.
   Alors maintenant (et je prends mes responsabilités) l'erreur serait de
   croire qu'avec le traité simplifié l'Europe a tout résolu, qu'on peut
   dormir tranquille et que plus aucune question ne se pose. Le traité
   simplifié résout la crise institutionnelle, mais il ne résout pas la
   crise politique et la crise morale l'Europe. Il permet à l'Europe de
   décider et d'agir. Mais il ne dit pas, le traité simplifié, dans quels
   buts et avec quelles finalités. Il ne dit pas ce que sera l'Europe de
   demain et comment elle contribuera à améliorer la vie des citoyens. Il
   ne donne pas de raisons à ceux qui avaient cessé de croire en l'Europe
   de reprendre confiance en elle.
   La question institutionnelle est réglée. Il reste maintenant à régler
   les questions politiques. Il faut les poser sans crainte et en débattre
   sans tabou.
   L'Europe a choisi la démocratie et dans une démocratie il faut pouvoir
   débattre de tout : de la politique budgétaire, de la politique
   commerciale, de la politique monétaire, de la politique industrielle,
   de la politique fiscale, de toutes les politiques quelles qu'elles
   soient ou alors ce n'est pas la peine de dire qu'on veut une Europe
   démocratique.
   L'Europe a choisi la démocratie et dans une démocratie nulle
   indépendance ne peut se confondre avec une irresponsabilité totale. Nul
   ne peut se prévaloir de l'indépendance de son statut pour se dispenser
   d'avoir à rendre des comptes, à s'expliquer et à être contrôlé.
   Dans une démocratie, la responsabilité politique est un principe
   universel, essentiel, incontournable. Alors dans la démocratie
   européenne, il faut pouvoir discuter des finalités et des objectifs de
   l'Europe. J'ai proposé que soit créé un Comité des sages pour réfléchir
   à l'avenir et que nous puissions débattre tous ensemble des différents
   futurs possibles de l'Europe, parce qu'il y a différentes voies, et je
   me demande comment nous pourrons choisir la bonne si nous refusons
   absolument d'en débattre.
   Dans la démocratie européenne il faut pouvoir débattre de l'identité
   européenne et des identités nationales. Il faut pouvoir discuter de la
   manière dont l'Europe construit son identité et la défend. Il faut
   pouvoir discuter de la manière dont l'Europe protège les identités
   nationales qui sont une richesse de l'Europe. Nous ne devons pas avoir
   peur des identités. Chercher à préserver son identité n'est pas une
   maladie. C'est quand les identités se sentent menacées, quand elles se
   sentent attaquées qu'elles se crispent et qu'alors elles deviennent
   dangereuses parce qu'agressives. Les peuples européens traversent une
   crise identitaire extrêmement profonde. C'est une crise qui est à la
   fois dans les Nations et dans cette idée de la civilisation que tous
   les Européens ont en commun et qui fait la véritable unité de l'Europe.
   C'est une crise qui est liée à la globalisation et à la marchandisation
   du monde.
   Commencer l'Europe par l'économie, par le charbon et par l'acier, par
   le commerce, ce fut un coup de génie des pères fondateurs. Mais la
   politique a pris trop de retard sur l'économie, et la culture plus
   encore. C'est une erreur d'avoir oublié l'Europe de la culture. Dans un
   monde menacé d'uniformisation, dans un monde dominé par la technique,
   où les valeurs marchandes tendent à l'emporter sur toutes les autres,
   l'Europe ne peut être l'Europe aux yeux de tous les Hommes que si elle
   défend des valeurs, des valeurs de civilisation, des valeurs
   spirituelles, que si elle rassemble toutes ses forces pour défendre la
   diversité culturelle. Mais que défendrons-nous en termes de diversité
   si nous n'avons pas préservé nos identités ?
   L'Europe doit faire en sorte de ne pas être vécue comme une menace
   contre les identités mais comme une protection, comme un moyen de les
   faire vivre dans l'ordre moral aussi. Les droits de l'Homme font partie
   de l'identité européenne. Partout dans le monde, chaque fois qu'un être
   humain est opprimé, qu'un Homme est persécuté, qu'un enfant est
   martyrisé, qu'un peuple est asservi, l'Europe doit se trouver à ses
   côtés parce que l'Europe des droits de l'Homme est fidèle à elle-même.
   Et c'est à l'Europe de porter la question des droits de l'Homme dans
   toutes les régions du monde.
   Dans la démocratie européenne -- j'ajoute que tous ceux qui ont fait
   l'expérience de renoncer à la défense des droits de l'Homme au bénéfice
   de contrats, n'ont pas eu les contrats et ont perdu sur le terrain des
   valeurs -- dans la démocratie européenne, le mot " protection " ne doit
   pas être banni. Si nous voulons un jour que les peuples ne soient pas
   exaspérés d'être victimes de la concurrence déloyale et des dumpings,
   si nous ne voulons pas que ces peuples réclament le protectionnisme et
   la fermeture, alors nous devons avoir le courage de débattre de ce que
   doit être une véritable préférence communautaire. Nous devons être
   capables de faire autant pour nous protéger que ce que font les autres.
   Nous devons être capables de nous doter des mêmes moyens d'agir que
   tous les autres.
   Si les autres régions du monde ont le droit de se défendre contre les
   dumpings, pourquoi l'Europe devrait-elle les subir ? Si tous les pays
   ont des politiques de change, pourquoi pas l'Europe ? Si d'autres
   Nations peuvent réserver une part de leurs marchés publics à leurs PME,
   pourquoi pas l'Europe ? Si d'autres Nations mettent en oeuvre des
   politiques industrielles, pourquoi pas l'Europe ? Si d'autres Nations
   défendent leurs agriculteurs, pourquoi l'Europe devrait-elle renoncer à
   défendre les siens ?
   L'Europe ne veut pas du protectionnisme, mais l'Europe doit réclamer la
   réciprocité. L'Europe ne veut pas du protectionnisme, mais l'Europe a
   le devoir d'assurer son indépendance énergétique et son indépendance
   alimentaire. L'Europe veut être exemplaire dans la lutte contre le
   réchauffement climatique, mais l'Europe ne peut pas accepter la
   concurrence déloyale des pays qui n'imposent aucune contrainte
   écologique à leurs entreprises. L'Europe est attachée à la concurrence.
   Mais l'Europe ne peut pas être seule au monde à en faire une religion.
   C'est pourquoi, au sommet de Bruxelles, il a été décidé que la
   concurrence était pour l'Europe un moyen et non une fin.
   L'Europe a fait le choix de l'économie de marché et du capitalisme.
   Mais ce choix n'implique pas le laisser-faire absolu et la dérive d'un
   capitalisme financier qui fait la part belle aux spéculateurs et aux
   rentiers plutôt qu'aux entrepreneurs et aux travailleurs. Le
   capitalisme européen a toujours été un capitalisme d'entrepreneurs, un
   capitalisme de production plutôt qu'un capitalisme de spéculation et de
   rentes. Oui, je l'affirme, l'Europe a un rôle à jouer dans la
   nécessaire moralisation du capitalisme financier. Et ce qui s'est passé
   avec la crise des subprimes, avec quelques spéculateurs qui mettent en
   cause la concurrence mondiale, l'Europe ne peut pas l'accepter.
   Sur tous ces sujets, nous avons des idées et des points de vue
   différents. Ce n'est pas une raison pour ne pas en parler. Nous devons
   en débattre jusqu'à ce que nous ayons réussi à rapprocher assez nos
   points de vue pour pouvoir bâtir une politique commune. Tous ces sujets
   seront au coeur des priorités de la présidence française.
   Il y en aura d'autres, des sujets : la refondation de la politique
   agricole commune, la question de la fiscalité écologique, la question
   des énergies renouvelables et des économies d'énergie, la question de
   la défense.
   Comment l'Europe pourrait-elle être indépendante et avoir une influence
   politique dans le monde ? Comment l'Europe pourrait-elle être un
   facteur de paix et d'équilibre si elle n'est pas elle-même capable
   d'assurer sa sécurité ? Que signifie pour chacun d'entre nous notre
   engagement européen si nous ne sommes pas capables de débattre de la
   construction d'une défense européenne et de la rénovation de l'Alliance
   atlantique ? Que signifie notre engagement européen si chacun de nous
   n'est pas capable de faire un effort pour la défense de tous ?
   Dans le traité de la CECA jusqu'au traité simplifié, les peuples
   européens ont tissé une solidarité. Elle se manifeste dans la politique
   régionale, mais elle doit s'exprimer dans la défense. Elle doit
   s'exprimer dans une politique européenne de l'immigration, dans une
   Europe où la circulation est libre entre les États membres. Cette
   politique ne peut être qu'une politique commune de l'immigration. On ne
   peut pas appartenir à l'espace Schengen et régulariser sans en informer
   les autres. Car la régularisation dans un pays a un impact sur tous les
   autres pays de l'espace Schengen.
   Lorsque j'ai été élu Président de la République, je me suis fixé comme
   priorité de remettre la France au coeur de la construction européenne.
   J'ai voulu que la France surmonte ses doutes en s'engageant davantage
   dans l'Europe. Je sais parfaitement que la France ne réussira pas à
   emporter la décision sur tous les sujets. Mais je veux que la France
   reprenne toute sa place en Europe. J'ai renoué le dialogue avec les
   institutions communautaires et je veux remercier le président BARROSO
   de la relation de confiance qu'il a permis d'établir entre la France et
   la Commission européenne. La politique de la France, désormais, c'est
   de travailler étroitement et en toute confiance avec les institutions
   européennes, le Parlement européen et la Commission européenne.
   Je déploierai tous mes efforts pour que chacun se reconnaisse dans
   cette vision, tous mes efforts pour que l'Angleterre ratifie le traité
   simplifié, parce que l'Europe a besoin de l'Angleterre, tous mes
   efforts pour m'engager fortement dans le dialogue avec les pays de
   l'Est qui avaient parfois le sentiment justifié qu'on ne les écoutait
   pas assez. Ce n'est pas parce que l'Histoire a condamné des peuples
   d'Europe à rejoindre l'Europe plus tard qu'ils ont moins de droits !
   Ils ont autant de droits que les pays fondateurs. C'est l'esprit
   européen. C'est ce que j'ai fait en proposant l'Union de la
   Méditerranée sans exclure personne, en prolongeant le travail fait à
   Barcelone. Mais si le travail fait à Barcelone avait suffit, cela se
   saurait. Il faut donc une nouvelle ambition.
   J'ai voulu que la France puisse de nouveau entraîner le dynamisme de
   l'Europe parce que, lorsque la France va bien, c'est toute l'Europe qui
   peut en profiter. Nul en Europe n'a intérêt à une France affaiblie,
   incapable de trouver en elle les ressorts de la croissance. Nul en
   Europe n'a intérêt à une France en déclin, à une France qui doute
   d'elle-même ou à une France qui aurait peur de l'avenir.
   J'ai engagé une politique de réformes. Ces réformes, il n'est pas de
   l'intérêt de l'Europe qu'elles échouent parce que c'est grâce à ces
   réformes que la France assainira ses finances publiques et que la
   France respectera ses engagements. Ces réformes, les Français les ont
   approuvées ; je leur ai tout dit avant les élections : c'est pour cela
   que je mènerai ces réformes au bout. Rien ne me détournera de mon
   objectif. Et c'est le meilleur service que la France peut rendre à
   l'Europe.
   Mesdames et Messieurs les députés, dans cette ville de Strasbourg, si
   chère au coeur des Français et désormais indissociablement liée dans
   l'esprit de tous les Européens à votre assemblée, au sein de votre
   Parlement, qui sait si bien faire vivre le débat démocratique, ici, à
   cette tribune où elle s'exprima tant de fois, j'ai une pensée pour
   Simone VEIL qui fut en 1979 la première présidente de la première
   assemblée parlementaire européenne élue au suffrage universel direct.
   Qu'il me soit permis de lui rendre hommage pour sa contribution à la
   cause de l'Europe et pour sa contribution à la cause des femmes. Elle
   s'est battue pour qu'on respecte leurs droits, pour qu'on respecte leur
   dignité. Votre Parlement a toujours été fidèle à cette ligne de
   conduite.
   Simone VEIL disait : " Quelles que soient nos différences de
   sensibilité, nous partageons la même volonté de réaliser une communauté
   fondée sur un patrimoine commun et un respect partagé des valeurs
   humaines fondamentales. C'est dans cet esprit que je vous invite à
   aborder fraternellement les travaux qui nous attendent ". Ces mots, je
   les fais miens.
   Ces mots sont des défis. Ces défis sont ceux que nos concitoyens
   attendent que l'Europe relève. Nous n'avons plus de temps à perdre --
   l'Europe en a tant perdu ces dix dernières années --, nous n'avons plus
   de temps à perdre pour faire en sorte que les peuples reprennent
   confiance dans l'Europe.
   Vous pouvez compter sur l'engagement européen sans faille de la France.
   Je vous remercie.
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