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Discours politique
Nicolas Sarkozy, Usine sidérurgique ArcelorMittal (04/02/2008)
   Monsieur le Président du Sénat,
   Monsieur le Président de la Chambre des députés,
   Monsieur le Premier ministre et Messieurs les Ministres,
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
   et, si vous me le permettez, mes chers amis,
   C'est avec une grande émotion que je prends la parole ici, dans ce lieu
   chargé d'une histoire qui a été douloureuse, mais qui témoigne
   aujourd'hui de la renaissance de la Roumanie, une Roumanie
   démocratique, une Roumanie européenne.
   L'histoire de la Roumanie illustre de façon exemplaire tous les
   tourments de l'Europe centrale. Vous avez vécu, au cours du siècle
   passé, tous les drames qui ont ravagé notre continent : vous avez connu
   les guerres, vous avez connu les dictatures, vous avez connu l'invasion
   étrangère, vous avez connu la Shoah. Et malgré tout, la Roumanie a
   résisté, la Roumanie est aujourd'hui libre, démocratique et européenne
   ; c'est dire si la France a confiance dans la vigueur de la Roumanie
   d'aujourd'hui. À travers toutes ces épreuves, le peuple roumain est
   resté fidèle à son identité, à ses racines, à ses idéaux. Jamais le
   peuple roumain n'a renoncé et, finalement, le peuple roumain a
   triomphé, en se libérant lui-même, par ses propres forces, de
   l'oppression. Cela n'a pas été simple, cela n'a pas été facile ; il y a
   eu de l'enthousiasme, il y a eu des désillusions.
   Mais que de chemin parcouru ! Aujourd'hui, la Roumanie est membre, à
   part entière, de l'Union européenne, membre, à part entière, de
   l'Alliance atlantique et membre, à part entière, de la francophonie,
   dont elle a accueilli le sommet en 2006. Sachez que la France est
   l'amie de la Roumanie, une amie fidèle, une amie totalement engagée,
   une amie qui ne vous trahira jamais.
   Alors, bien sûr, cette amitié est d'autant plus forte qu'elle est
   ancienne et profonde. Oui, M. le Président, cette amitié entre la
   France et la Roumanie trouve ses racines dans notre matrice latine
   commune, dans cette antique " Romanie ", qui réunissait les peuples du
   Mare Nostrum, dont vous portez le nom. Et notre amitié, entre la France
   et la Roumanie, s'est poursuivie à travers les âges, lorsque les
   principautés danubiennes étaient soutenues par la France royale puis
   par la France impériale, jusqu'à NAPOLÉON III et au traité de Paris
   qui, en 1856, leur rendait leur indépendance. Déjà, à l'époque, la
   France était à vos côtés. Cette amitié s'est forgée dans la fraternité
   des armes, pendant la terrible Grande Guerre, où nos deux peuples
   luttèrent côte à côte. Cette amitié s'est enrichie des échanges
   intellectuels denses entre nos deux pays, au point qu'on a dit que
   Bucarest était le Paris de l'Europe centrale, et les Roumains, les
   Français de l'Orient. C'est flatteur pour la France, j'espère que cela
   l'est aussi pour la Roumanie.
   Puis cette amitié a acquis une dimension nouvelle grâce à la visite
   d'État du général DE GAULLE, il y a quarante ans. Avec cette visite, le
   général DE GAULLE voulait transmettre au peuple roumain un message
   d'espoir. Il était convaincu, le général DE GAULLE, qu'un jour plus
   proche qu'on ne le pensait alors, le " rideau de fer ", le rideau de la
   honte finirait par tomber. Il était convaincu qu'un jour plus proche
   qu'on ne le pensait, les peuples d'Europe centrale seraient à nouveau
   libres et il n'y avait aucune raison d'affirmer que la liberté était
   pour l'Ouest et les dictatures étaient pour l'Est. Il était convaincu
   qu'un jour plus proche qu'on ne le pensait, la grande famille des
   Nations européennes serait à nouveau réunie dans une Europe vraiment
   européenne.
   En 1989, lorsque les peuples d'Europe centrale se sont levés pour faire
   souffler le vent de liberté sur le continent, la France tout entière
   s'est sentie profondément solidaire du peuple roumain. Dans le coeur
   des Français, votre combat contre la dictature faisait alors écho à
   notre révolution, deux siècles plus tôt. J'ai le souvenir de tous ces
   Français qui manifestaient dans nos rues leur soutien à votre
   révolution en mêlant les drapeaux roumains et les drapeaux français
   dans un même élan de fraternité. Cette fraternité s'est exprimée dans
   les innombrables jumelages de nos villes.
   Les entreprises françaises sont nombreuses à avoir investi en Roumanie.
   La France est désormais le troisième partenaire commercial de la
   Roumanie. La Logan de Dacia fait partie des dix voitures les plus
   vendues en France. Et la croissance économique très forte que vous
   connaissez est un atout pour la France comme pour l'Europe.
   Je suis fier, mes chers amis roumains, d'être le premier Président de
   la République française à me rendre dans une Roumanie qui est membre à
   part entière de l'Union européenne ! Prenez toute votre place dans
   l'Union européenne. Ce n'est pas simplement la Roumanie qui a besoin de
   l'Europe, c'est l'Europe qui a besoin d'une Roumanie démocratique,
   moderne, inventive, qui utilise tout son espace dans cette Europe que
   nous sommes en train de construire.
   Alors, la France et la Roumanie ne sont pas seulement des pays amis. La
   France et la Roumanie, ce sont surtout deux Nations qui ont choisi
   librement d'unir leur destin et de bâtir ensemble leur avenir.
   Désormais, nos peuples attendent de nous davantage que des discours et
   des déclarations d'amitié. Nos peuples attendent de nous des actes. Ils
   attendent que nous travaillions ensemble. Ils attendent que nous
   avancions concrètement main dans la main. C'est dans cet esprit que je
   suis venu signer à Bucarest aujourd'hui un partenariat stratégique
   entre nos deux pays. Par ce partenariat stratégique, nous allons
   renforcer concrètement les liens qui nous unissent. Les domaines de
   collaboration sont innombrables. Nous devons les regarder sans tabou et
   avec conviction.
   Je pense d'abord à l'énergie : l'Europe doit diversifier, sécuriser ses
   voies d'approvisionnement et promouvoir les énergies à faible teneur en
   carbone. C'est pourquoi nos deux pays soutiennent le projet de gazoduc
   Nabucco reliant le Caucase à l'Union européenne et c'est pourquoi nos
   deux pays ont fait le choix résolu de l'énergie nucléaire. Nous ne
   pouvons pas nous permettre d'être dans les mains de nos fournisseurs de
   gaz et de pétrole, aussi importants soient-ils. L'indépendance de nos
   pays passe par l'indépendance énergétique de la Roumanie et de la
   France. Le choix du nucléaire est un choix de collaboration majeure
   entre nos deux pays.
   Je pense également à la libre circulation des personnes au sein de
   l'Union. Nos deux peuples y sont légitimement attachés. La France a
   déjà ouvert plus de cent cinquante métiers à la libre circulation des
   travailleurs roumains et ce mouvement d'ouverture va se poursuivre.
   Mais, Mesdames et Messieurs, pour encourager le travail légal, nous
   devons lutter ensemble contre le travail illégal, pour encourager
   l'immigration régulière, nous devons lutter ensemble contre
   l'immigration clandestine. Nous devons, en Europe, nous doter des mêmes
   règles. Pour lutter ensemble, main dans la main, contre les réseaux
   sans scrupules qui exploitent l'illégalité de certaines migrations. Il
   n'y a pas d'autre façon pour favoriser la liberté de circulation des
   personnes que de lutter ensemble contre l'immigration illégale. Et la
   France aidera la Roumanie à reprendre l'acquis Schengen en vue de la
   prochaine entrée de votre pays dans l'espace Schengen. Je dis
   d'ailleurs avec beaucoup de force que la Roumanie ayant 2 500
   kilomètres de frontières extérieures de l'Union à garder, c'est le
   devoir de l'Union européenne que d'aider la Roumanie à faire face à
   cette surveillance qu'elle ne peut pas assumer seule tant les enjeux
   sont cruciaux, compte tenu de la place de la Roumanie sur l'échiquier
   européen.
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ici même, dans quelques
   instants, vous allez engager le débat sur la ratification du traité de
   Lisbonne. Dans le même temps, le Parlement français réuni en Congrès à
   Versailles va, je l'espère, adopter la révision de la Constitution
   française qui permettra la ratification, dans les jours qui viennent,
   de ce traité par la France. Je considère que ma visite à Bucarest, le
   jour même où le Parlement français et le Parlement roumain vont prendre
   des décisions historiques pour relancer l'Europe avec le traité de
   Lisbonne est un symbole remarquable de la proximité entre de la
   Roumanie et la France. Vous le savez, je me suis engagé de toutes mes
   forces pour que le traité de Lisbonne puisse aboutir. Ce texte est
   essentiel parce qu'il est d'abord une invitation à l'action. Nous ne
   pouvions pas continuer en Europe avec dix années d'errances
   institutionnelles. Grâce à ce traité de Lisbonne, nous allons pouvoir
   maintenant nous consacrer aux projets concrets. Et c'est primordial si
   l'on veut replacer les peuples au coeur de l'Union. C'est primordial si
   nous voulons convaincre, les Roumains comme les Français, que l'Europe
   est utile, que l'Europe est capable de relever les défis lancés par la
   mondialisation, que l'Europe n'est pas synonyme d'inaction et de
   torpeur. Seuls, les Roumains et les Français ne parviendront pas à
   affronter la mondialisation. Ensemble, nous serons beaucoup plus forts
   pour faire triompher le modèle européen.
   Alors, si nous sommes parvenus à ce traité de Lisbonne, c'est, bien
   sûr, grâce à la détermination de la présidence allemande, grâce à la
   mobilisation de la présidence portugaise. Mais c'est aussi parce que,
   tous ensemble, et les Roumains les premiers, nous avons recommencé à
   mettre la politique au service de l'Europe. L'Europe est trop
   importante pour n'être qu'une question technocratique. L'Europe ne doit
   pas être laissée aux seules mains des techniciens et des bureaucrates.
   L'Europe doit redevenir un lieu où l'on pense la politique, où l'on
   fait de la politique, où l'on affirme la politique, où l'on défend des
   choix politiques, c'est comme cela que de nouveau, les peuples d'Europe
   aimeront l'Europe et la soutiendront. Mesdames et Messieurs, nous avons
   décidé de forger ensemble le compromis qui permettrait à l'Europe de
   sortir de l'impasse. Le mot compromis n'est pas un gros mot. Lorsque
   l'on veut travailler à vingt-sept, il faut que chacun prenne le temps
   de s'écouter et de se comprendre.
   Et chacun doit bien le comprendre, l'idée européenne, pour être
   défendue et pour vivre, a besoin que chacun fasse un pas vers l'autre
   et cette visite à Bucarest, pour moi, à la veille de la présidence
   française de l'Union, est l'occasion d'écouter les autorités roumaines,
   pour mieux préparer notre présidence. J'ai pu avoir avec le président
   et le Premier ministre des entretiens utiles pour qu'ensemble, nous
   puissions associer la Roumanie à la présidence française. Je souhaite
   être à l'écoute de tous ses partenaires, à commencer par ceux qui nous
   ont rejoints récemment et je ne pense pas que, parce que vous avez
   rejoint récemment l'Union, votre voix devrait moins compter. Je ne
   pense pas qu'un pays qui rejoint l'Union doive passer un temps sans
   parler. Si vous n'avez pas rejoint l'Union avant, ce n'est pas de votre
   faute, c'est parce qu'un certain nombre de pays à l'Ouest vous avaient
   laissés tomber.
   Vous vous êtes libérés vous-mêmes et on ne va pas en plus vous demander
   d'attendre avant d'avoir le droit de prendre la parole dans la famille
   qui est la vôtre. La Roumanie, c'est l'Europe et la Roumanie doit
   prendre toute sa place dans l'Europe d'aujourd'hui. Voilà la position
   française à l'endroit de la Roumanie. Je voudrais vous dire que, dans
   mon esprit, il n'y a pas deux catégories de pays, les pays fondateurs
   et les pays nouveaux, les pays fondateurs qui auraient plus de droits
   et les pays nouveaux qui auraient moins de droits. À la minute où vous
   entrez dans l'Union, vous avez les mêmes droits que les autres.
   Mais je voudrais vous dire autre chose : j'ai fait l'éloge du compromis
   sans lequel il n'y a pas de construction et d'unité européenne, mais
   j'aimerais tellement que ce compromis ne se fasse pas sur le plus petit
   dénominateur commun. On doit avoir la culture du compromis et on doit,
   en même temps, porter une grande ambition. Le compromis n'est pas de se
   mettre d'accord sur le plus petit projet, le compromis, c'est d'avoir
   une grande ambition et d'essayer de comprendre ce que veut le
   partenaire.
   Nous devons être plus créatifs. Nous devons innover davantage, nous
   devons, ensemble, découvrir de nouveaux chemins pour avancer. Je
   voudrais en prendre quelques exemples et, dans le cadre de ma
   présidence, j'aimerais mettre en priorité les questions d'énergie et du
   climat. Mesdames et Messieurs, nous n'avons plus le temps d'attendre,
   la planète est au bord du gouffre. L'Europe ne doit pas commenter le
   désastre à venir, l'Europe doit montrer l'exemple. L'Europe doit être
   pionnière. L'Europe doit expliquer aux peuples du monde que nous ne
   pouvons plus continuer à sacrifier l'avenir de notre planète.
   L'Europe doit montrer que l'on peut avoir la croissance dont vous avez
   besoin pour augmenter le niveau de vie des Roumains et, en même temps,
   une croissance qui ne détruise pas les équilibres de la planète.
   L'Europe doit inventer une nouvelle croissance ; une croissance forte
   mais économe en énergie ; une croissance durable. Soyez certains que la
   présidence française fera tout pour parvenir à un bon accord sur la
   base des propositions de la Commission dans le cadre du paquet "
   énergie-climat " qu'il nous faut adopter. Mes chers amis, comment
   pourrions-nous dire aux Chinois, aux Indiens, aux Brésiliens qu'ils
   mettent en cause l'avenir de la planète si nous-mêmes, les Européens,
   ne sommes pas capables d'obéir à des règles que nous voudrions faire
   respecter par les autres ? Si nous voulons que les autres suivent notre
   exemple, nous devons être exemplaires en la matière.
   Deuxième axe d'action de la présidence française - je l'ai dit :
   l'immigration. C'est un défi majeur pour l'Europe. La libre circulation
   des personnes est un principe fondateur de l'Union européenne mais il
   n'est plus possible - je le dis avec toute la force de mes convictions
   - dans l'Europe d'aujourd'hui, d'avoir vingt-sept politiques
   d'immigration différentes. Car les décisions d'un pays ont des
   conséquences, parfois très lourdes, sur ses voisins. Nous devons fixer
   ensemble un cadre européen. Nous devons adopter un pacte européen de
   l'immigration qui établira des priorités et des principes communs, un
   pacte qui sera la base d'une véritable politique européenne de
   l'immigration. Je ne prendrai qu'un exemple : nous sommes vingt-sept
   pays en Europe, vingt-sept démocraties. Au nom de quoi un réfugié
   politique aurait-il le droit de déposer vingt-sept dossiers différents
   dans vingt-sept pays ? Je souhaite que, lorsqu'un pays d'Europe dit
   non, les vingt-six autres disent non et que, quand un pays d'Europe dit
   oui, ce soient les vingt-six autres qui disent oui. Ou alors pourquoi
   construire l'Europe si l'on n'est pas capable de porter les mêmes
   valeurs, les mêmes principes, la même politique d'immigration ?
   Troisième axe : l'agriculture, l'agriculture qui est tellement
   importante pour la Roumanie, comme pour la France ! Je souhaite que,
   sous présidence française, nous soyons en mesure de définir les grands
   principes qui fonderont la politique agricole commune de l'après 2013.
   Je veux me faire comprendre. À quoi cela sert-il d'appliquer des règles
   très sévères en matière de sécurité sanitaire aux agriculteurs
   européens si l'on continue à importer en Europe des produits agricoles
   qui viennent d'autres pays et qui ne respectent aucune des règles que
   nous faisons respecter à nos propres agriculteurs et à nos propres
   éleveurs ? Je demande la préférence communautaire pour les agriculteurs
   d'Europe, qu'ils soient roumains, français ou autres. C'est comme cela
   que l'on fera prévaloir et que l'on défendra la politique agricole
   commune.
   Enfin, dernier axe : je souhaite que l'Europe consacre davantage
   d'efforts à sa propre sécurité. Mesdames et Messieurs, mes chers amis,
   j'ai la conviction qu'il n'est pas possible que l'Union européenne soit
   l'une des régions les plus riches du monde et soit, dans le même temps,
   incapable d'assurer sa propre sécurité.
   Je veux poser la question de la défense européenne et j'affirme devant
   vous qu'il n'y a aucune contradiction entre l'appartenance à l'Alliance
   atlantique, entre l'amitié avec les États-Unis d'Amérique, qui sont nos
   alliés historiques, et la nécessité pour l'Europe d'assurer sa propre
   défense en complémentarité de l'OTAN. Comment voulez-vous que l'Europe
   se fasse respecter, que l'Europe se fasse entendre, que l'Europe existe
   sur la scène internationale si l'Europe n'est pas capable d'assurer par
   elle-même, en accord avec ses alliés, sa propre défense et sa propre
   sécurité ? Je souhaite d'ailleurs que la Roumanie et la France aillent
   très loin dans la collaboration entre ces deux Nations au service de
   notre sécurité commune. Je veux d'ailleurs remercier la Roumanie de son
   engagement au service de l'Europe y compris lorsque les intérêts de
   l'Europe sont à défendre en dehors de l'Europe.
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires, notre Union européenne a
   changé. Son élargissement à l'Europe centrale est un événement majeur
   de ce début de XXIe siècle. Cet élargissement est la victoire de la
   démocratie. Cet élargissement n'est pas terminé, nombre de pays, je
   pense notamment aux Balkans, et sans doute, à terme, à la Moldavie, ont
   vocation ainsi que la Serbie, à entrer dans l'Union européenne. Cet
   élargissement a transformé le visage de l'Europe en profondeur.
   La Roumanie a l'une des frontières extérieures les plus longues de
   l'Europe, puisque trois de ses voisins ne sont pas membres de l'Union
   mais aspirent, à terme, à le devenir ou à s'en rapprocher. La Roumanie
   a donc un rôle primordial à jouer dans les réflexions sur l'avenir de
   l'Europe, sur son élargissement, sur la politique de voisinage, sur la
   mer Noire et sur ses enjeux. Et moi-même, qui porte avec tant de force
   le projet d'Union de la Méditerranée, je serai le dernier à reprocher à
   la Roumanie de porter avec tant de force son ambition sur la mer Noire.
   Alors, il nous faudra trouver ensemble des réponses à la crise qui
   couve dans les Balkans occidentaux.
   La vocation européenne des pays des Balkans occidentaux est
   incontestable. Nous sommes au lendemain du second tour de l'élection
   présidentielle en Serbie et la question du statut définitif du Kosovo
   entre dans une phase décisive. Il est essentiel que l'Europe ne se
   divise pas sur cette question. Il est essentiel que, sur cette question
   européenne, la réponse soit d'abord une réponse européenne. La France
   doit y travailler, avec la Roumanie, ensemble, pour adresser un message
   d'apaisement à la Serbie, qui a vocation à appartenir à l'Union
   européenne.
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires, pour la première fois dans la
   très longue histoire de l'Europe dont il faut bien dire qu'elle est
   davantage faite de guerres que de paix, voici que les peuples de notre
   continent décident d'unir leurs destins dans une démarche pacifique.
   Cette démarche est absolument sans précédent. Jamais, sur notre
   continent, on n'a fait ce que nous avons fait ensemble depuis soixante
   ans. Jamais aucune région du monde dans l'histoire de l'Humanité tout
   entière n'a fait ce que les peuples d'Europe ont fait ensemble depuis
   soixante ans. Partout dans le monde, en Asie du Sud-Est ou d'Amérique
   latine, on regarde l'expérience européenne pour s'en inspirer.
   Mesdames et Messieurs, ceux qui nous ont précédés ont eu l'idée de
   l'Europe, ont réalisé l'Europe, ont élargi l'Europe. Soyons à la
   hauteur de leur ambition. Que notre génération ait autant d'ambition
   pour l'Europe que celles qui nous ont précédés en ont eu au service de
   la paix pour tourner le dos à la guerre. Ils ont fait l'Europe pour
   nous, avant nous et il nous revient de faire vivre l'Europe maintenant
   avec des projets concrets qui vont changer la vie de nos concitoyens.
   Et si nous le voulons, l'Union européenne peut devenir au XXIe siècle
   l'un des grands acteurs de ce monde multipolaire qui se crée sous nos
   yeux.
   Mesdames et Messieurs les Parlementaires, comme l'a écrit votre grand
   diplomate Nicolae TITULESCU, " quand il s'agit de la France et de la
   Roumanie, il est difficile de séparer le coeur et la raison ".
   Aujourd'hui, plus que jamais, l'amitié entre la France et la Roumanie
   est une réalité. Cette amitié est un atout pour notre Europe. Cette
   amitié montre le chemin d'une union qui respecte les identités et les
   valorise comme une richesse. Soyez fiers d'être Roumains comme je suis
   fier d'être Français. On ne construit pas l'Europe sur la négation des
   Nations mais sur leur addition et sur leur complémentarité, une Europe
   que nous voulons construire ensemble avec tous nos partenaires, qui
   n'aura pas peur de nos identités nationales et qui voudra rayonner dans
   le monde entier. Le dynamisme exceptionnel de la Roumanie d'aujourd'hui
   nous prouve que cette Europe de nos rêves a de beaux jours devant elle
   Vous l'avez compris, Mesdames et Messieurs, pour moi, fils d'un
   européen de l'Est, prendre la parole devant le Parlement roumain était
   un moment d'émotion intense. J'ai une grande ambition pour la
   collaboration, l'amitié entre nos deux peuples. J'ai une grande
   admiration pour ce que vous avez su faire lors des vingt dernières
   années où aucune souffrance ne vous a été épargnée. Mesdames et
   Messieurs, permettez-moi de vous dire du fond du coeur que l'Europe a
   besoin de la Roumanie, que la Roumanie doit avoir confiance en elle.
   Alors, si vous me le permettez, vive l'amitié franco-roumaine ! Vive la
   Roumanie ! Vive la France ! Et vive l'Europe ! Je vous remercie.
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