Mardi 18 octobre 2011 à 06h00
Par Anaïs Bard
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Bordeaux

Un passé qui passe mieux

La collection au musée d'Aquitaine, présentée depuis deux ans, ainsi que l'exposition dans le cadre d'Evento contribuent à combattre le tabou. Il n'est pas levé pour autant.

 « Bordeaux, le commerce atlantique et l'esclavage », une exposition sur un vieux tabou bordelais, devenu moteur de la fréquentation du musée d'Aquitaine.  Photo Quentin Salinier

« Bordeaux, le commerce atlantique et l'esclavage », une exposition sur un vieux tabou bordelais, devenu moteur de la fréquentation du musée d'Aquitaine. Photo Quentin Salinier

Là, derrière les murs du musée d'Aquitaine, quelques salles pour une histoire longtemps « oubliée » par Bordeaux. Des salles attendues et redoutées, qui ont fait parler d'elles avant, comme après leur ouverture. L'esclavage et la traite négrière. Un lourd fardeau mémoriel auquel la ville ne laissait qu'une « place anecdotique » dans le récit de son passé, notamment au musée d'Aquitaine. Le devenir de l'exposition consacrée au « Commerce atlantique et l'esclavage » dans le Bordeaux du XVIIIe siècle, plus de deux ans après son ouverture (en mai 2009), en dit long sur l'histoire de ce tabou bordelais.

Un filon pour le musée

Si certains craignaient que l'ouverture de ces salles ternisse l'image de la ville, après deux ans d'existence, les doutes se sont dissipés. Bordeaux, deuxième port négrier de France par ses 480 expéditions de traite entre 1672 et 1837, et ces 120 000 à 150 000 personnes déportées, propose une des rares expositions sur le sujet en France et attire des visiteurs.


« Il y a des gens qui viennent de loin. On a reçu des groupes de la région parisienne, de Toulouse, de Nantes » explique François Hubert, directeur du musée d'Aquitaine. Le nombre de visites au musée a augmenté de près de 30 % depuis la « rénovation » des salles XVIIIe après la médiatisation créée par leur ouverture. Loin d'être embarrassante pour l'image de la ville, ces salles sont quasiment devenues un produit d'appel pour le musée. « Je voulais la voir depuis un moment, je trouve salutaire que cette histoire soit portée à la connaissance de tout le monde », raconte Marie-Louise, 70 ans, qui déambule dans la collection. On sait tous ce qu'est l'esclavage, mais quand on voit les chaînes, ça se concrétise » dit Annick, parisienne en vacances à Bordeaux. Les commentaires griffonnés sur les livres d'or, eux, saluent en majorité cette reconnaissance. Un écrit revient souvent : « enfin ! ». Les Bordelais semblaient donc prêts à regarder ce passé en face…

« L'esclavage est devenu un sujet de société. L'époque est favorable, le public est demandeur de cette histoire »., dit le directeur. « Grâce en partie à ces nouvelles salles, on a grimpé dans le classement des musées de France », explique Sophie Ollé, adjointe du patrimoine et guide de l'exposition. Depuis l'ouverture, François Hubert multiplie les contacts avec d'autres conservateurs qui veulent suivre ce qui se fait dans « ce domaine » et organise même un colloque annuel (« Rencontres Atlantiques») sur le thème de l'esclavage réunissant de nombreux chercheurs.

La fin des rumeurs ?

Un Grand Théâtre fabriqué par des esclaves ; un entrepôt Lainé stockant des marchandises humaines ou, à l'inverse, l'absence d'esclaves à Bordeaux : tout faux. Ces rumeurs fantaisistes, et parfois contradictoires, courent toujours dans l'esprit des Bordelais. Probablement les restes d'un tabou, qui a trop longtemps pesé pour que l'histoire soit clairement connue.

On a recensé près de 4000 « nègres à talents », dans les maisons bordelaises au cours du XVIIIe siècle : des hommes ont bien été esclaves à Bordeaux. Les expéditions négrières furent la conséquence d'une prospérité commerciale née principalement du « commerce en droiture », de la richesse d'un port construite grâce à la main-d'œuvre des esclaves d'Outre-mer, propriétés d'exploitants coloniaux aquitains. Et les négriers ne livrèrent jamais leur cargaison humaine à Bordeaux. L'exposition, qui se veut historique, précise, a le mérite d'éclaircir le flou autour de ces questions, encore source de débats.

Entre les murs

Même s'il est bien affaibli par cette collection, le tabou rôde encore : les mots et la manière de raconter cette histoire sont parfois encore hésitants. « Le commerce triangulaire à Bordeaux ne représenterait que 5 % des échanges de l'époque. Enfin… Je ne dis pas ça pour minimiser l'esclavage », corrige Sophie Ollé au cours d'une visite guidée.

Beaucoup de visiteurs découvrent l'existence des ces salles au hasard et certains se demandent encore si elle est temporaire. Ce passé est bien révélé entre les murs du musée d'Aquitaine. Mais beaucoup pensent qu'il a encore du mal à en sortir.

Bordeaux · evento · Gironde

 
 
 

 

 
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