(Ce texte, la carte qui l'accompagne, ainsi que les trois articles - Tunisie, Egypte et Syrie - que nous publions cette semaine sur les révoltes arabes sont parus dans le "Nouvel Observateur" du 19 octobre 2011).
Après le "printemps arabe", l’hiver des désillusions ? La chute de Ben Ali puis, dans la foulée, la destitution de Moubarak nous avaient plongés dans une sorte d’euphorie communicative. Avons-nous été aveuglés par le bonheur de voir d’un coup balayés tant de préjugés sur ces sociétés jusqu’alors réputées condamnées soit à l’immobilisme, aux dictatures héréditaires, à la corruption endémique, soit à la régression, à l’implosion, à l’islamisme féodal ? Peut-être. Car dix mois plus tard, la fête semble déjà lointaine. Pour ne pas dire oubliée.
En Egypte, le dernier massacre des Coptes a éclipsé l’allégresse œcuménique des journées folles de la place Tahrir, comme il sème le doute sur l’attitude de l’armée (voir le reportage de Claude Guibal que nous publions ce vendredi). A la veille des élections en Tunisie, les sondages pointent le risque d’une confiscation de la "révolution du jasmin" par les islamistes (voir le reportage de Christophe Boltanski que nous publions ce jeudi). En Syrie, non contents de réprimer avec férocité les manifestants de l’intérieur, les sbires du régime d’Al-Assad s’en prennent maintenant aux opposants à l’étranger (voir l’article de Sara Daniel que nous publions ce samedi).
L’immense espoir soulevé par ce nouveau printemps des peuples se heurte à des réalités complexes, diverses, souvent inquiétantes. Celles de pays où le courage des manifestants, leur appétit de vivre, leur soif de changement ont souvent, à leur corps défendant, réveillé les démons de haines rancies, tribales, claniques, religieuses, en excitant aussi la convoitise de groupes radicaux placés en embuscade.
Les régimes déchus en avaient longtemps joué pour se maintenir. Les dictatures encore en place ne se privent pas de les exacerber car elles y voient leur salut. Etait-ce prévisible ? Certes. Est-ce dangereux ? Oui. Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme ou se réfugier dans une forme de nostalgie de l’ancien ordre établi ? L’avenir n’est pas écrit. Et l’histoire reste en marche.
Henri Guirchoun – Le Nouvel Observateur

Infographie Mehdi Benyezzar-Le Nouvel Observateur



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