L’amère victoire de la révolution libyenne

Créé le 21-10-2011 à 15h59 - Mis à jour à 22h58      138 réactions

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Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur

Nous devons refuser, dans la saga des révolutions démocratiques, toute indulgence envers la brutale vengeance et la mise à mort expiatoire. Par Laurent Joffrin

Mouammar Kadhadi lors d'un déplacement en Italie, le 10 juin 2009 (AFP PHOTO / FILIPPO MONTEFORTE)

Mouammar Kadhadi lors d'un déplacement en Italie, le 10 juin 2009 (AFP PHOTO / FILIPPO MONTEFORTE)
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La mort, la mort toujours recommencée… La fin de Mouammar Kadhafi, saluée trop souvent sans réserve par les pouvoirs qui s’étaient compromis avec lui, laisse dans l’esprit de tous les démocrates un goût amer. On ne sait exactement comment a été tué le tyran déchu. Balle perdue ou exécution ? L’homme était en tout cas vivant quand il a été pris. Il appartenait, dès lors, à ceux qui luttaient pour des valeurs nouvelles, de lui conserver la vie. Accident ou vengeance ? Dans les deux cas, la Révolution libyenne a failli.

On dira que cet Ubu des sables, qui avait dressé son trône sur un puits de pétrole, imposait à la Libye un régime absurde et criminel, qu’il conjuguait avec impudence le crime, le stupre et la corruption, dans une dilatation bling-bling de la volonté de puissance. On dira qu’à l’heure du danger, il a retourné contre son peuple les armes qui lui avaient complaisamment vendues les puissances occidentales, ajoutant le massacre à l’indignité. On ajoutera qu’il n’était, au moment où l’aviation française l’a intercepté, qu’un fuyard couvert de sang, qui rejoignait ses comptes en Suisse dans un convoi de berlines aux vitres fumées, laissant ses derniers partisans faire preuve d’héroïsme à sa place. On dira, en un mot, qu’il n’a eu que ce qu’il méritait.

C’est là que réside la faute. Quel sens avait la révolution libyenne, sinon la lutte contre l’arbitraire, le refus des solutions expéditives, l’avènement de la loi, en lieu et place de la dictature ? Quel sens avait l’intervention des puissances alliées - hautement justifiée dès lors qu’il s’agissait de venir au secours d’un peuple opprimé - sinon la mise en place d’un état de droit qui proscrive, justement, les assassinats politiques et les exécutions illégales ? S’il l’on restait cohérent avec les principes originels, il fallait arrêter Kadhafi, le maintenir coûte que coûte en vie et le traduire, selon les formes régulières, devant un tribunal où il aurait répondu de ses crimes. Les moyens employés en l’occurrence contredisent directement les fins proclamées.

A l’exemple de Camus plaidant contre les exécutions capitales à la Libération, nous devons refuser, dans la saga des révolutions démocratiques, toute indulgence envers la brutale vengeance et la mise à mort expiatoire. Le procès de Kadhafi eût fait progresser l’enseignement du peuple et conforté, dans une société qui ne la connaît que de loin, de la logique de la liberté. Kadhafi était un criminel. Son exécution n’en demeure pas moins un crime. Elle n’offre aux Libyens qu’une leçon cynique : au lieu de la fermeté de la justice, on a choisi ou accepté l’éternel retour de la violence. Inquiétant début pour la démocratie libyenne.

Laurent Joffrin - Le Nouvel Observateur 

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Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur
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Jo Tape

Jo Tape a posté le 25-10-2011 à 17:03

J'aime l'imparfait ou le passé utilisé par M. Jofrin.
Cher Monsieur, la guerre, c'est la guerre, c'est la merde, c'est incontrôlable surtout qand on pousse des populations à se rebeller en dehors de toute organisation militaire structurée, et encore ...
Vous avez voulu la guerre contre Kaddhafi, vous l'avez eu. Ne vous plaignez pas maintenant de ce qui n'est qu'un désagréable incident de parcours, un "dégât collatéral" disent certains en de telles circonstances. La guerre en Libye n'est pas finie. Ce brasier a été allumé par quelques pyromanes inconscients de ce qui va maintenant inéluctablement se produire: une guerre civile larvée alimentée par ces tonnes d'armes "évaporées".
Sarkozy, Cameron, Obama, l'ONU, l'OTAN devraient être jugés à ce titre.
Un détail M. Jofrin, à l'avenir, oubliez de nous importuner avec ce que devrait être l'après Kaddhafi : vous auriez dû l'écrire AVANT.

Azouz Medjahed

Azouz Medjahed a posté le 24-10-2011 à 08:10

bonjour,quand on parle de la libye;il est a remarquer que ceux qui ont decider de l'intervention et ceux du cnt ne parlent que de kadafi,en oubliant (faisant passer en pertes et profits) les dizaines de milliers de morts, et a savoir combien de milliers de blesses? a ce point leur sort est insignifiant ?et pourquoi n'ont-ils pas a ce jour formés l'organe provisoire pour gouverner? l'avenir proche nous le dira ; c'est a ce moment-la qu'on saura ;qui sont les veritables responsables du martyr du peuple libyen ,des sequelles psychologiques de ces combats fraticides et des destructions qui ont ravages ce pays.faites tres attention;car ,.la memoire des peuples est indelibile

Erwann Meriadec

Erwann Meriadec a posté le 23-10-2011 à 21:44

William 7.32 le 22

Tu as bien compris qu'il s'agit de minables tentatives de camoufler deux exécutions, père et fils - une vraie boucherie, j'ai vu aussi les photos des coups de couteaux sur bras et torse, en plus des impacts de balles.
Je m'en tamponne, du sort de Kadhafi et consorts, vu le mal fait aux libyens pendant 42ans. Mais, vois-tu, il est inacceptable moralement de se mettre au même niveau justement, que ce monstre.
On ne peut pas être, en France, CONTRE la peine de mort ET pour des exécutions sommaires.
Bien entendu qu'à La Haye il aurait "étiré" le temps a maxima. On le sait. Mais des dossiers hyper-importants auraient été portés à la connaissance des peuples.
Là, que dalle.
C'est un peu trop facile.

CV Sothis

CV Sothis a posté le 23-10-2011 à 14:09

Selon Laurent Joffrin, le convoi militaire du dernier carré de Syrthe était constitué de limousines aux vitres fumées et, selon lui, il roulait en direction des banques suisses. Voilà des informations qui vont beaucoup impressionner les civils de Misratah qui ont pris les armes et qui, au prix de lourdes pertes, sont parvenus à libérer leur ville, puis ont réussi à faire tomber Syrthe après des combats acharnés. On raconte que, pour éliminer le groupe de snippers redoutables installé en haut d'un immeuble de l'avenue principale de Misratah, ces combattants ont progressé à l'intérieur des maisons en perçant les murs jusqu'à parvenir à l'immeuble, et qu'ils ont terminé dans un terrible corps à corps. Lire Camus n'était pas leur préoccupation principale. Le petit groupe de révolutionnaires qui a cerné Kadhafi, réfugié dans un tuyau lors d'un échange de tirs, puis s'est emparé de lui, venait de Misratah et n'était pas constitué de militaires professionnels. Kadhafi, blessé et saignant abondamment, mais vivant, a été ensuite brutalisé par eux, puis a reçu une balle en plein front tirée par l'un d'entre eux. Merci aux journalistes qui, au péril de leur vie, ont fait un beau travail sur le terrain, ce qui était leur façon d'aider les Libyens. Ils nous disent que dans leur immense majorité, les Libyens se réjouissent de la disparition de la menace que constituait un Kadhafi vivant, et qu'ils se fichent totalement de savoir comment il a été

falibade escapade

falibade escapade a posté le 23-10-2011 à 17:12

Sans lire Camus, on peut éviter de lyncher.
Un procès aurait refondé la Libye. Je pense qu'on est loin d'un régime démocratique.
Sinon, si les libyens se réjouissent, c'est l'essentiel.

CV Sothis

CV Sothis a posté le 23-10-2011 à 18:09

Certes, on peut éviter de lyncher et il n'est pas interdit de lire Camus. Il n'est pas interdit non plus de se renseigner sur la réalité de la guerre libyenne. C'est de la disparition de la menace que les Libyens se réjouissent, pas du lynchage de Kadhafi, ni des séquences de téléphones portables diffusées sur Internet. Faire de ces deux faits des actions "de la révolution libyenne", comme s'il y avait quelque part un pouvoir omniprésent qui s'appellerait "révolution libyenne", ne tient pas debout. Pour pouvoir "refonder" la Libye, encore faudrait-il que la Libye ait été fondée, ce qui n'est manifestement pas le cas. Les Libyens ne disent pas qu'ils ont un "régime démocratique", ils disent seulement qu'ils défendent leur peau dans le cadre d'une lutte révolutionnaire, ce qui n'est déjà pas mal. Ci-dessous la fin de mon texte, qui a été coupée.
Merci aux journalistes qui, au péril de leur vie, ont fait un beau travail sur le terrain, ce qui était leur façon d'aider les Libyens. Ils nous disent que, dans leur immense majorité, les Libyens se réjouissent de la disparition de la menace que constituait un Kadhafi vivant, et qu'ils se fichent totalement de savoir comment il a été éliminé, car ils ont des choses beaucoup plus importantes à faire. Dont acte, point barre.

falibade escapade

falibade escapade a posté le 24-10-2011 à 09:41

OK.
J'espère qu'ils réfléchiront après sur cette boucherie, cette vengeance similaire à la violence de leur ancien tyran.
Mais j'entends bien ce que vous dîtes.

Merci pour votre réponse.

Kangoo Durant

Kangoo Durant a posté le 23-10-2011 à 13:01

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27197

Helias Mohammedi

Helias Mohammedi a posté le 22-10-2011 à 15:49

je trouve indigne, honteux et scandaleux d'exiber le cadavre d'un homme fût il dictateur.Il fut un temps ou l'on executait sur la place publique devant une foule de curieux assoiffées de sang.Maintenant, les nouvelles technologies a la STEEVE JOBS nous mettent en lumière jusqu'ou peut aller l'horreur

falibade escapade

falibade escapade a posté le 23-10-2011 à 07:10

Exactement. On a vu jusqu'où peut aller l'horreur. Car c'est une horreur animale, lâche et sans effet car la vengeance en lynchant ne fera pas revivre les victimes. Les hommes sont fous !

FAB FOUR

FAB FOUR a posté le 22-10-2011 à 15:24

la Révolution Libyenne a failli ... rien que ça

comment pouvez vous écrire une telle ineptie cher Laurent Joffrin ???

Ayumi Hamasaki

Ayumi Hamasaki a posté le 23-10-2011 à 18:40

Ce n'est pas une ineptie. C'est juste vous que c'est trop subtil pour votre compréhension.

Attention à l'abus des points d'exclamation et d'interrogation, Fab Four, on vous l'a déjà dit: cette ponctuation d'excité trahit toujours le faible niveau intellectuel de l'intervention.

Ayumi Hamasaki

Ayumi Hamasaki a posté le 23-10-2011 à 19:17

Désolée pour la 2ème phrase de mon post de 18h40... petit problème d'édition et défaut de relecture. Il faut supprimer le mot "vous", et la phrase reprend son sens.

 
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