14 décembre 2011 | Mise à jour 10h50 Le Point

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Le Point - Publié le 07/04/2011 à 15:53

Je ne me souviens pas de la première fois où j'ai pris de l'argent dans un distributeur automatique, ni de celle où j'ai payé à l'aide d'une carte de crédit.

Je ne me souviens pas de l'église et de la date où j'ai communié pour la dernière fois.

Je ne me souviens pas du jour de mai 1988 où François Mitterrand a été réélu président de la République.

Je ne me souviens pas de ce dont on parlait avec Richard Ducousset, vice-président d'Albin Michel, pendant nos déjeuners au Dôme (), de 1982 à 2011.

Je ne me souviens pas de l'intrigue des romans de Dostoïevski, sauf celle du "Rêve de l'oncle".

Je ne me souviens pas des noms de mes instituteurs et professeurs de lycée.

Je ne me souviens d'aucune des émissions de radio ou de télévision auxquelles j'ai participé entre 1986 et 2007.

Je ne me souviens pas des personnages des romans de Patrick Modiano, sauf René Meinthe dans "Villa triste".

Je ne me souviens pas de mes déjeuners avec Anthony Palou au Voltigeur (), café-restaurant qui fait l'angle de la rue de Bourgogne et de la rue de Grenelle, entre 1997 et 2002, mais je me souviens de la bouteille de vieille prune que l'ancien serveur laissait sur notre table après qu'Anthony et moi nous avions bu deux scotchs et deux bouteilles de bordeaux en mangeant et en devisant.

Je ne me souviens pas de mon divorce, mais je me souviens qu'en sortant du palais de justice ma première femme s'est évanouie et que, après l'avoir ranimée, je lui ai dit qu'on se remarierait peut-être un jour.

Je ne me souviens pas que mes enfants étaient des enfants.

Je ne me souviens pas de mon déjeuner avec Simone Gallimard chez elle en 1992, mais je me souviens qu'il y avait Gisela.

Je ne me souviens pas de mes rencontres en ex-Yougoslavie ou à Paris avec Aleksandar Tisma, Danilo Kis, Milorad Pavic et Dragoslav Mihailovic, pourtant écrivains serbes.

Je ne me souviens pas de l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République.

Je ne me souviens d'aucun ministre de Pompidou, sauf Michel Jobert, le plus petit.

Je ne me souviens pas du jour où j'ai joui pour la deuxième fois.

Je ne me souviens pas du Salon du livre.

Je ne me souviens pas du nom de la boîte new-yorkaise où Frédéric Berthet nous avait emmenés, Neuhoff et moi, en octobre 1986, mais je me souviens que j'en suis sorti le premier avec l'ex-épouse d'Andrzej Zulawski, qui m'a parlé du cinéaste pendant tout le trajet en taxi jusqu'à son hôtel, où je l'ai déposée en la priant de saluer Zulawski pour moi.

Je ne me souviens pas des rendez-vous importants où je ne suis pas allé.


11 Commentaires

david weber le 14/04/2011 à 09:29

Un conseil

Pour se faire la vie belle : faites en sorte que vos plus beaux souvenirs soient les plus récents.

Total Control le 12/04/2011 à 11:45

@ Beaubo Nobo

Moi personnellement, je préfère les fesses des femmes à leur décolleté. Q'une femme soit "plate" ne me gêne guerre...

Droit le 12/04/2011 à 08:57

Où est passé l'Homme...

... Je ne me souviens pas avoir déjà rencontré ou croisé sur les chemins, petits ou grands, l'Homme.

Je ne me souviens pas, l'avoir croisé (l'Homme) une seule fois, mais je me souviens avoir rencontré des soldats tuant des gens, dont je ne me souviens pas si l'Homme c'était eux.

Je ne me souviens pas, avoir croisé l'Homme une seule fois, mais je me souviens avoir rencontré, le Français, l'Américain, l'Anglais, le Sioniste, le Communiste, le Fasciste, l'Intégriste, le Rwandais, le Biafrais, le Juif, le Catholique, le Musulman, l'Évangéliste, le Bouddhiste, et des gens tristes.

Je ne me souviens pas de mon enfance parmi l'Homme, mais des coups de règle sur mes doigts à l'école et mes amis Algériens tués par la Guerre que leur faisait le Français.

Je ne me souviens pas de mon enfance parmi l'Homme, mais je me souviens de ce bateau au Port d'Alger en 1975, plein d'enfants Vietnamiens blessés par la guerre que leur faisait l'Américain, que nous allions accueillir et leur donner la main.

Non, je ne me souviens spas pas avoir rencontré l'Homme et je ne me souviens plus si l'Homme, il existe !

Mafalda le 11/04/2011 à 09:06

Il me souvient

En tapant sur les 24 conseils qui apparaissent en marge, on retrouve l'insolence ancienne de Patrick Besson, une joyeuse consolation aux moments difficiles qui ont suivi 2008.

Craignos le 09/04/2011 à 15:46

Avec les distributeurs automatiques...

... il ne faut pas oublier de se souvenir de son code confidentiel. Sinon, pas de sous venir.

margarita le 09/04/2011 à 15:44

Comme lui

C'est l'occasion de se dire nous aussi... Et heureusement, il y a parfois des bouteilles de vieille prune qu'on n'oublie pas !

k le 08/04/2011 à 21:12

Et alors ? On trie les souvenirs chacun à sa manière

Même la mémoire a ses raisons.

Pégase le 08/04/2011 à 09:33

Etre ou ne pas être !

Parfois, il vaudrait mieux ne se souvenir de rien et de profiter des quelques instants de bonheur que nous offre la vie. Passé heureux ou malheureux, notre mémoire l'a enregistré jusqu'à la fin de notre existence. Il est impossible de ne pas se projeter dans notre passé, c'est plus fort que nous. Mais Monsieur Besson, en énumérant votre liste de "je ne me souviens plus", il y a tout de même un semblant de souvenirs qui vous reviennent à l'esprit, alors, faites un petit effort.

Beaubo Nobo le 07/04/2011 à 22:12

Exploit !

Personnellement ma mémoire est telle que je peux réciter sans hésiter (et dans les deux sens !) tous les numéros de la rue de Vaugirard (la plus longue de Paris) depuis le 1 jusqu'au 419 inclus ! Qui dit mieux ?

Beaubo Nobo le 07/04/2011 à 19:59

Quand j'étais jeune

Quand j'étais jeune je me souviens que j'aimais bien les décolletés chez les femmes. "Et maintenant ?", me demanderez-vous. " C'est toujours pareil ", vous répondrais-je... ".

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