Un regard moderne
Carnet de route au pays martyrisé, abandonné de tous... La Palestine
VIème Mission Civile de Protection du Peuple Palestinien
Par Agnès et Pierre

La Communauté Internationale, soumise à la volonté américaine, a refusé jusqu’à présent l’envoi d’une force internationale de protection du Peuple Palestinien. Face à la carence et à la lâcheté des pouvoirs politiques en place, des membres d’associations, de syndicats, de partis, ont décidé de concert avec les ONG palestiniennes (PNGO) et des ONG israéliennes opposées à l’occupation et à la colonisation de la Palestine, l’envoi chaque mois de Missions Civiles. Elles sont constituées de Citoyens qui se mettent à la disposition de ces partenaires pour protéger la population lors de ses actions pacifistes de résistance et témoigner au retour de ce qu’ils ont vu et entendu. Jusqu’à présent, les israéliens, soucieux de leur image de marque, n’osent pas trop maltraiter les occidentaux ni avoir affaire à eux.

Nous étions une centaine de français d’un peu toutes les régions, organisés en 6 groupes. Le nôtre, 11 personnes de la région marseillaise a séjourné en Palestine du 22 décembre au 3 janvier 2002. Durant notre présence dans la bande de Gaza, nous avons été rejoints par 6 Bordelais.

Pendant cette période, il y avait également une centaine d’italiens, près de 40 américains, quelques anglais, belges, danois... que nous avons côtoyés ponctuellement pour des actions communes. Nous n’avons pu effectuer tous ensemble la chaîne humaine pour la paix prévue le 31 décembre à Jérusalem. Elle fut interdite par l’Autorité Israélienne. De retour nous avons la lourde responsabilité de témoigner de ce que nous avons vu et de relayer le message que les Palestiniens nous ont confié.

23 Décembre

Après l’accueil aux aurores, à Tel Aviv, de Michel Warschawski, militant de Paix israélien, nous gagnons Jérusalem. Sur le trajet c’est la découverte des premières routes coupées par des gravats, des blocs de béton isolant les villages palestiniens les uns des autres, dominés par les puissantes colonies israéliennes (jusqu’à 35.000 habitants) entourées de murailles.

Nous rallions la Maison d’Orient. Ce lieu était celui de la présence officielle des Palestiniens à Jérusalem, leur administration en quelque sorte. Par une série de manoeuvres et de prétextes (fermeture provisoire pour travaux...) les Israéliens sont arrivés à leurs fins et ont expulsé les Palestiniens de cet édifice dont ils ont fermé l’accès par un mur en travers de la rue. Les Palestiniens en sont très humiliés et profitent au maximum du passage des Missions Civiles pour manifester. Ce matin, un arbre de Noël et une tente sont dressés devant le mur en présence de personnalités : M. Sari Musseibeh, Président de l’Université d’Al-Qods, le Pope orthodoxe Attalahana...

Pendant la mise en place les slogans en anglais alternent avec ceux des Palestiniens : et quelle force s’élève de cette litanie de slogans en arabe exprimant la révolte et la résistance ! L’armée israélienne, hommes et femmes fait face, dos au mur. L’atmosphère est tendue, un policier en civil menace une jeune Palestinienne de l’arrêter parce qu’elle entonne un slogan qui dénonce les crimes de Sharon.

Au YWCA [1] de Jérusalem, des militants du GIPPYWCA [2] donnent le ton de leur attente : « ..la lutte des civils européens a contribué à l’éradication de l’Apartheid en Afrique du Sud. C’est ce que nous espérons pour nous. Faites pression sur vos gouvernements pour l’application des lois et des accords qui ont été signés. »

En route pour Ramallah, c’est le premier contact avec les fameux « check-point » dont on a tant entendu parlé. Ce sont des barrages que les Israéliens ont établis sur les routes pour contrôler les entrées et sorties de leurs territoires ou tout simplement pour limiter ou empêcher la libre circulation des Palestiniens d’une ville à l’autre chez eux. Ces barrages sont tellement nombreux et géographiquement si pernicieusement placés que la vie économique est paralysée et que le déplacement des personnes est devenu un enfer. Les contrôles sont l’occasion de multiples humiliations, les dernières en date consistent à obliger les Palestiniens à se dévêtir...

Deux heures d’attente au Check Point de Qalandiya (c’est peu). Les soldats fouillent les coffres de voitures à la recherche d’Arafat qui est assigné à résidence à Ramallah !...

A l’occasion de l’arrivée de la Mission Civile, toutes les ONG et associations de Ramallah ont mobilisé avec succès pour une magnifique manifestation. Toute la ville dans une atmosphère festive exprime sa résistance avec banderoles, slogans, prise de paroles...(Cette joie ne cache pas le poids des souffrances endurées... Je suis interpellée par un homme, son visage de détresse me montre la trace des sévices qu’il a subis... il est complètement édenté).

Pour clôturer cette puissante manif, les Palestiniens ont demandé notre protection pour marquer leur résistance en approchant des chars qui bloquent une entrée de la ville à quelques centaines de mètres du QG d’Arafat espérant pouvoir symboliquement les faire reculer un peu.

La consigne : " Aux premières réactions des militaires, ralentir puis stationner le plus longtemps possible et ne reculer que lentement. Revêtus de nos tee-shirts blancs au logo de la Mission Civile de Protection, nous formons une chaîne devant les Palestiniens et avançons serrés. Surprise... un char s’avance aussitôt vers nous. Sans aucune sommation, les bombes lacrymogènes et balles enrobées de caoutchouc ont tôt fait de stopper le cortège. Quelques jeunes, ayant échappé au service d’ordre, se sont avancés près du char pour lui jeter des pierres. Ils sont la cible rapprochée de tirs et de lacrymos. Les ambulances font la navette... Trois enfants sont blessés par les balles enrobées, une dizaine sont pris de malaise par les gaz...

Nous sommes bien attristés pour les 3 blessés, tant que nous ignorons que leur état de santé n’est pas trop grave. Nous apprécions les quelques jeunes secouristes palestiniens bien rodés à ces évènements et qui nous distribuent des boules de coton humide dès les premières lacrymos.

Au total, les Palestiniens sont heureux d’avoir pu par notre présence faire cette action si importante pour eux sans qu’il n’y ait de morts ou de blessés graves comme d’habitude.

Chez Yasser Arafat vers 19 h. Propos très émouvants de simplicité et de chaleur humaine de cet homme fatigué pour nous décrire les souffrances du peuple. « Des milliers de familles ont perdu toutes leurs sources de revenus... Nous sommes interdits d’envoyer de la nourriture en certains endroits, nous sommes obligés d’en faire parvenir en fraude dans certains villages. Les Israéliens ont détruit des puits, bombardés des villages en utilisant des hélicoptères, des tanks et des armes interdites. Une association américaine a indiqué qu’ils avaient utilisé de l’uranium appauvri contre nous... Nos impôts sont remis aux Israéliens... Mais nous continuons la lutte... » Auparavant, nous lui avons proposé notre aide pour se rendre à la Messe de Minuit à Bethléem, déplacement qui lui est interdit. Cela le fait sourire. « Toutes les routes sont fermées » nous dit-il.

Photos de famille, embrassades... il n’y a plus d’estrade, de personnalités, de gardes militaires que nous ne puissions approcher sans réserve.

24 décembre

Dans le bus en direction de Abud, village palestinien situé au Nord Ouest de Ramallah, quelques américains nous accompagnent. L’un d’eux, juif, nous résume le sens de sa démarche : « En détruisant le Peuple Palestinien, Israël détruit l’âme du peuple juif » A l’approche du village, tout est dévasté, des oliviers centenaires ont été arrachés par les tanks israéliens. Nous sommes là ce matin pour participer à la plantation de nouveaux oliviers. La route d’accès à Abud est fermée par des blocs de pierre. Le bus n’ira pas au-delà.

Les villageois viennent à notre rencontre. Un tracteur arrive également avec une centaine de plants d’oliviers. La moitié du groupe de la mission civile plantera les oliviers avec les villageois tandis que l’autre moitié restera sur la route en couverture pour surveiller tous les mouvements des soldats et des colons. Une ambulance palestinienne veille aussi avec nous. La proximité des colons est dangereuse.

Les oliviers sont plantés sur des terrains répartis entre le village et une nouvelle colonie qui s’est implantée à 500 mètres environ. Les Israéliens ne tardent pas à se manifester : 2 jeeps de l’armée, puis une 3ème de la police prennent position à proximité sur la route. Un char s’approche, les tee-shirts blancs se mettent en formation pour protéger les planteurs... le char passe et va se poster sur une butte... Il fait un temps superbe. Pour un peu on oublierait la guerre et la violence tant l’accueil des villageois fait chaud au coeur...

Echange avec de vieux paysans. L’un offre de la sauge sauvage, signe d’hospitalité, et nous dit de l’emmener en France... un autre : « Priez pour moi ce soir à Bethléem, je n’ai pas le droit d’y aller, je suis chrétien ! » un troisième raconte les sévices subis en prison par lui-même ou par d’autres... Echange également avec le curé de la paroisse catholique de Abud.

-  Que se passera-t-il après notre passage ?
-  Il y aura de la répression bien sûr quand vous partirez
-  Alors, que faut-il faire ?
-  Il FAUT venir. Pour nous, c’est la seule façon pour que le monde sache ce que nous vivons.

Après les plantations, le village offre le repas... puis le prêtre nous accueille dans son église et offre le café et des chocolats...

A Bethléem La soirée de ce 24 décembre, renommée pour son habituelle animation festive dans la ville est plutôt terne. L’ambiance n’y est pas à cause de l’interdiction de venir faite à Arafat.

A l’approche de minuit la place de l’Eglise de la Nativité est en partie désertée malgré de faux bruits annonçant la venue d’Arafat. A la messe, les caméras de télévision se sont attardées sur le fauteuil vide d’Arafat. Dans son discours, le Patriarche dénonce les souffrances des Palestiniens imposées par l’occupation israélienne.

25 décembre

Au camp de réfugiés de Aida la visite à deux familles de victimes est très éprouvante. Mua’d Jawarish, 13 ans, a été tué au cours d’une manifestation pacifique ; Rania Karoufah, 23 ans, mère de 2 enfants, a été tuée par un char israélien qui avait pénétré à l’intérieur du camp de réfugiés.

Près de l’école bombardée des femmes clament leur colère « Le terroriste c’est Sharon. On n’a jamais vu pire que ce que Sharon fait depuis 6 mois. J’accuse tout le monde. Le silence est complice des atrocités commises ici. En octobre les Israéliens se sont installés dans l’Hôtel Intercontinental tout proche et ont fait feu sur tout ce qui bougeait. Ils ont visé les citernes d’eau au-dessus des maisons... Ils n’ont qu’une volonté : détruire, détruire, détruire »

Aujourd’hui, les réfugiés ont le projet de faire faire une frise par les enfants sur le mur qui entoure l’hôtel continental : « Il faut faire vivre les enfants, leur montrer autre chose que la guerre »

Traditionnellement les Palestiniens se rendent ce jour là de Bethléem à Jérusalem. Le libre passage à la sortie de la ville leur est interdit, ils en sont très humiliés. Ils profitent de la présence des Internationaux (Anglais, Américains, Suisses, Belges, Français) pour prolonger leur marche aux flambeaux dans la ville et poser un acte de résistance : tenter de passer sans contrôle le check point qui bloque le passage. Notre chaîne humaine, bien solide cette fois à cause du nombre entoure les Palestiniens... Le cortège se met en route... pas pour longtemps. Impossible de passer... les longues négociations échouent... 50 soldats arrivent en renfort et effectuent des manoeuvres d’intimidation difficiles à mesurer. Nous devons reculer en bon ordre et comme d’habitude, les militaires planqués derrière les vitres noires de leurs blindés filment le maximum d’individus.

26 décembre

Nous avons eu la chance de passer le check point d’Erez qui avait été fermé pendant le durcissement de ces dernières semaines. Pour entrer dans la Bande de Gaza, il faut passer à pied après avoir laissé les véhicules à l’entrée et en prendre un autre à la sortie. Après les longues formalités nous n’avons pas traîné pour quitter les lieux. Heureusement ! un deuxième groupe et un bus d’Américains ont été refoulés quelques minutes après et même brutalisés avec l’arrestation durant 3 heures de l’une d’entre eux.

Jabr est là pour nous accueillir avec un minibus. Il est directeur adjoint du PCHR3. Pendant le séjour à Gaza, nous découvrirons avec toujours plus d’admiration l’émouvante personnalité de cet homme comme celle des autres militants des droits de l’homme du PCHR3. Il a été emprisonné pendant 25 ans. Ces militants confient rarement leur passé héroïque mais leur souffrance surgit parfois dans leur regard.

Il nous emmène à quelques kilomètres de là à Beit Lahiya au nord de la bande de Gaza chez Saïd Daour, cultivateur. Sa ferme se trouve entre 2 blocs de colonies, à 1 km entre les deux. Elle vient d’être dévastée par les bulldozers de l’armée israélienne. Sa femme décrit la ronde infernale des engins qui sont venus tout détruire pendant plusieurs nuits en frôlant la maison. Les enfants étaient terrifiés. Toutes les terres cultivées (3 à 4 hectares) ont été dévastées avec interdiction de les faire revivre : orangeraies de 40 ans, palmeraie de dattiers dont certains étaient centenaires. Les bâtiments, hangars, serres, poulaillers, étables, laiterie, sont rasés... Un désert !... Les miradors ont ainsi la vue libre sur la maison. Le sinistre est sans précédent, dans cette exploitation, 10 familles vivaient principalement de l’exportation des fraises. Le peu qu’ils parviennent encore à produire pourrit sur place, les barrages leur interdisant de les commercialiser.

Avant de montrer ce désastre, Saïd nous accueille devant la maison par un copieux déjeuner : Le pain chaud qui sort d’un four de fortune accompagne olives, graines et épices... les fraises viennent d’être cueillies... Cet homme d’environ 60 ans, debout à côté de sa femme est impressionnant par sa solidité dans l’épreuve, sa parole longue et assurée répète à l’infini sa détermination à rester debout sur place... « Ils ont détruit nos arbres, nos serres, nos maisons, mais ils ne détruiront pas notre âme. Les Palestiniens ne meurent pas »

Non loin de là, les dernières maisons de Beit Laiya s’évanouissent dans un paysage dévasté. Un chemin de terre conduit au village de Siyyafah, coincé de près entre les colonies de Dugit et d’el Nisanit et isolé de tout. Bien avant d’y accéder, les habitants doivent traverser un check point interdit à tout véhicule, quelques ânes ont repris du service. L’endroit est sinistre et respire l’insécurité. En montrant un mirador un peu plus loin, Jabr nous dit « Ils savent déjà tout de vous, ce qui est écrit sur vos tee-shirts... Leurs moyens d’observation et d’enregistrement est très sophistiqué. » L’endroit est dangereux, il ne faut pas rester.

Un peu plus loin, nous rencontrons deux enfants et bavardons avec Kifah (qui veut dire combat) une petite fille de 10 ans de Siyyafah. La tendresse de Jabr la met en confiance dans cet endroit sinistre. Le check point n’est ouvert qu’entre 6 et 8 heures le matin et 13 et 16 heures l’après midi. En quittant l’école de Beit Lahiya à midi, elle doit attendre l’ouverture du check-point à 13 heures sans aucun abri lorsqu’il pleut. Elle fait au moins 2 km à pied sur les 6 qui la sépare de chez elle.

Un char vient manoeuvrer pour dominer le passage. Quelques villageois courent presque pour passer.

Puis, nous allons au camp de Jabaliya. La densité de sa population bat les records du monde. Beaucoup de civils ont été tués lorsque le commissariat a été bombardé par des missiles.

Rencontre avec le Comité des réfugiés et accueil au Centre des droits de l’Homme par Raji Sourani : « Soyez nos ambassadeurs... Les résistants ne sont pas des terroristes mais sont contre l’occupation. Quand Arafat a fait suspendre les actes kamikazes, la réponse de Sharon a été de tuer huit enfants..., aucune question ne lui a été posée. Quand les Palestiniens frappent, le monde entier condamne. Les enfants souffrent beaucoup de troubles psychologiques, ils n’arrivent pas à se concentrer ni à faire d’études... La Communauté Internationale donne de la nourriture aux Palestiniens mais donne l’industrie aux Israéliens...Pour le futur, le plus dangereux pour les Palestiniens, ce sont les colonies... de véritables forteresses ! »

27 décembre

A l’institut Tamer, créé en 1989 pour les enfants, au début de la première Intifada, son coordinateur Mamoud Balousheh présente l’essentiel des activités : écriture, lecture, expression libre, création et publication de livres pour enfants, création d’articles par les jeunes, incitation aux contacts vers l’extérieur... Privilégier le contact plutôt que la méfiance.

Parmi les soutiens le Ministère français de la Culture a arrêté ses dons.

Ce jour-là, c’est le Festival des enfants de l’institut. Cent-cinquante d’entre eux s’entassent autour d’un chanteur professionnel qui mène un rythme endiablé de danses traditionnelles. Malgré cette débauche de décibels qui entraînent beaucoup d’excitation, bien des visages restent fermés...

A la mairie de Gaza, Mahmoud Balousha, maire adjoint, accompagné de Maged Abu Rramadan, Directeur du Conseil des Citoyens est heureux de nous accueillir « Les accords entre les gouvernements ne durent qu’un temps mais ceux entre les peuples sont éternels. »

Il parle des conditions imposées par les Israéliens. « Le nord d’Al Qarara est coupé par les Israéliens on ne passe qu’entre 6h30 et 8 heures et entre 14 et 16h30. Cela demande des heures. Dernièrement, 10 personnes sont mortes de n’avoir pu atteindre à temps l’hôpital. »...

Après un passage à la bibliothèque municipale de Gaza Ville le Dr Haider Adul Shafi nous reçoit au siège du PCHR3... " Dès les bombardements, les Palestiniens se sont sentis isolés face au silence de la Communauté Internationale. Deux possibilités s’offraient à nous : soit se résigner et accepter les colonies, soit résister puisque nous n’avions aucun soutien. Nous avons choisi de RESISTER. Bien avant Sharon, la Communauté Internationale est coupable. Pour Sharon, la Communauté internationale donne un feu vert pour l’agression. Pour arrêter la violence, il faut une force d’intervention sur le sol même. C’est la volonté des palestiniens mais aussi de certains israéliens. C’est la seule façon de stopper la montée de la violence. Les Palestiniens sont sans défense. Sans une force d’intervention pour permettre les accords, pas de paix... Les accords entre palestiniens et israéliens n’ont jamais été concrétisés. Qui pourrait obliger de le faire si non une force d’interposition !

Les Missions Civiles sont importantes. Elles ne font pas partie de la conspiration du silence de leurs gouvernements. C’est le seul lien qui reste. Les Missions Civiles n’empêchent pas les agressions, mais elles sont moins violentes, moins oppressives pendant votre présence. Depuis le 11 septembre, il y a beaucoup de publicité autour des victimes. Les Missions Civiles peuvent témoigner qui sont les victimes.

Il faut faire pression sur vos gouvernements pour agir auprès des Etats Unis pour qu’ils imposent une force d’intervention ".

28 décembre

En route vers le sud de la bande de Gaza, le bus longe la côte un court moment, terriblement trop court ce bout de littoral, l’appel du large à la liberté n’a guère d’espace pour se faire entendre. L’envahisseur s’est accaparé 67% des 48 km de plage. Ce petit territoire de 45 km sur 10 où sont entassés 1.200.000 Palestiniens est coupée du nord au sud par une colonie israélienne (Neetzarim) qui contrôle les ressources d’eau souterraine, (les colonies s’établissent toujours là où il y a des ressources d’eau souterraine). Le conflit de l’eau est majeur.

Au Camp de réfugiés de Bureij (Directeur du comité : Hassan Gebril) et de Nussierat (Directeur : Mohammed Elhabadi) nous approchons une souffrance indescriptible d’ordre psychologique, économique et sanitaire. Tous les malheurs du monde se sont abattus sur cette population chassée de chez elle depuis si longtemps. Elle doit faire face à la pénurie, aux obstacles pour transporter malades et blessés. Certains ont du être emmenés en charrette sur des chemins de terre à cause des barrages de l’occupant. Certes l’UNWRA4 y a fait beaucoup pour l’amélioration de l’habitat mais depuis il y a beaucoup de dégradation.

Les enfants s’entassent à 58 par classes, (58 le matin et 58 autres l’après midi), sans espaces verts ni jardins. Ils essuient les tirs fréquents des hélicoptères. 11 enfants mortellement blessés avaient entre 11 et 16 ans.

« Les femmes en noir » femmes de prisonniers, clament leur résistance en réclamant chaque lundi la libération de leurs proches.

L’association « Afaq Jadida » au camp de Nussierat s’efforce depuis l’année 2000 d’aider les enfants à traiter leur peur et leur stress. Nous assistons à un mime : Un jeune, figurant les USA à l’aide d’une casquette américaine, tend la main droite, celle de la paix, mais sa main gauche est entièrement couleur de sang. Ces activités de théâtre tentent d’alléger la peur et la violence.

Il faudrait décrire longuement les dessins des enfants de l’atelier de peinture, en majorité des scènes de guerre bien sûr, très violentes même, mais aussi des rêves de maison !

Sur la route vers le sud, un feu rouge nous arrête soudain. La route coupe une autre route réservée aux colons. La priorité leur est réservée. Le passage n’est autorisé que dans la mesure où aucun colon ne se pointe à l’horizon... Les taxis palestiniens ne peuvent passer que si les chauffeurs sont accompagnés ; aussi, des enfants attendent sur le bord de la route pour prendre place à leur côté et gagner ainsi 1 shekel (0,27 €) par passage du poste de contrôle. Aucun palestinien n’a le droit de traverser cette zone à pied.

A partir de là, les Israéliens sont présents. La route principale est coupée. Un camp militaire et les colons encerclent la population qui vit sous la menace constante des tirs. Les hommes de la Sécurité palestinienne n’ont plus ni bureaux, ni poste de contrôle.. Tout a été détruit. Ils sont à la rue pour assurer leur service.

Le camp d’al Qarara (14.000 habitants dont 56% sont âgés de 1 et 18 ans) est cerné sur 3 côtés par la « ligne verte » (frontière avec les Israéliens, zone où l’occupant tire sur tout ce qui bouge, même les chèvres) et les colonies (Gush Katif).

34 maisons ont été détruites et les exploitations rasées. Leurs occupants survivent dans des tentes de l’ONU sur place. Entre eux et les colonies... un no man’s land de désolation. Et pourtant, au milieu de cette zone déserte, un groupe de maisons subit chaque nuit les tirs israéliens pour en faire fuir les habitants. Le Comité des Réfugiés ne peut plus les approcher.

Les Israéliens ont creusé quatre puits dans ce secteur pour pomper l’eau de source (la nappe phréatique est saumâtre). Un Palestinien en avait fait un lui aussi, ils ont attendu qu’il ait achevé son travail pour venir le détruire au bulldozer. Ceux-ci observent et suivent en effet tout ce qui se passe du haut des miradors, ils filment tout. Tous les habitants sont fichés. Toute arrivée d’étrangers leur est connue immédiatement pour alimenter leur fichier. Cette population côtoie la mort chaque jour mais leur résistance les enracine à leur terre.

En novembre 2000, 12 personnes d’une famille dont la maison avait été rasée avaient établi leur camp 200 mètres plus loin d’où ils ont été chassés une deuxième fois. Debout sur ces ruines, une femme en noir proclame sa lutte : « On a vécu 1947/48 puis 1967, on a toujours lutté, la lutte se renforce, on ne partira jamais. »

Nous allons à Rafah où les bombardements ont jeté à la rue 2700 personnes. Son gouverneur M. Sofyan Abdallah El-Agha nous dit combien la population voudrait sortir du malheur pour réapprendre à vivre en Paix, tandis que l’occupant fait tout pour briser leur volonté de continuer à exister par des tirs et des assassinats quotidiens. Des Palestiniens restent bloqués plusieurs jours à la frontière palestino-egyptienne qui est gardée par les Israéliens.

Sous escorte de la police palestinienne en raison de l’insécurité nous nous dirigeons vers l’aéroport. Un militant du PCHR3 sort ou rentre par la vitre du bus les pavillons français ou palestiniens selon l’opportunité que réclament ces lieux dangereux.

L’aéroport international de Gaza à Rafah inauguré en 1998 par Clinton a été bombardé en novembre 2001 durant 3 nuits... Pas âme qui vive... La jeep palestinienne reste à l’abri des bâtiments tandis que le bus approche la tour radar qui a été détruite. Il n’en reste qu’un énorme trou de bombe et une carcasse de béton armé...

Et la piste d’atterrissage... Bombardée comme l’ont dit les médias ? Bien pire... complètement labourée par les bulldozers qui ont méthodiquement creusé 17 tranchées perpendiculaires à la piste à 100 mètres les unes des autres... Seule, notre photographe se permet de sortir alors que nous attendons dans le bus... la menace de tirs israéliens est permanente à cet endroit. Nous sommes les premiers à le visiter depuis les destructions. Dire que l’aéroport a été financé par l’Europe, en particulier par l’Espagne je crois, et il n’y a eu aucune protestation ! ! !

Après un passage au centre culturel de Khan Younis, nous nous dispersons dans les familles pour se loger. A quatre, nous avons été accueillis par une famille de réfugiés dont il y aurait beaucoup à dire sur son accueil et sur son histoire. Leur maison légère est située à quelques 200 mètres des positions israéliennes qui n’hésitent pas à tirer sur les habitations.

Malgré quelques bruits de guerre, la nuit aura été particulièrement calme, peut-être à cause de notre présence.

29 décembre

La journée commence sur un site terrifiant. Jusqu’où ira le crescendo de l’horreur qui s’étale à nos yeux chaque jour ? Ici, au camp de Khan Younis nous découvrons un paysage apocalyptique... le mot n’est pas trop fort.

Des immeubles à étages qui avaient été financés par l’Autriche pour loger les réfugiés...seuls émergent du sol les structures de béton armé. Toutes ces ruines sont criblées de trous, comme si depuis, l’ennemi, qui est à quelques centaines de mètres, s’y était acharné.

A proximité de cet ensemble qui devait ressembler à nos HLM, les petites habitations ont disparu. Dans les entonnoirs que les bombes ont creusés, des tentes blanches de l’ONU sont dressées comme des fleurs dans la rocaille, mais la réalité ne laisse aucune place à la poésie... Les habitants restent sur place pour marquer leur détermination à résister mais aussi parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Sur une tente, une main mal assurée a écrit au feutre en anglais « Nous disons à Israël que nous n’avons pas peur. Nous sommes ici, ceci est notre terre. »

Plus loin une femme se tient debout à l’entrée de la sienne qu’elle a entr’ouverte aux quelques rayons de soleil réconfortants ce matin-là. A l’intérieur son fils handicapé d’une douzaine d’année gît sur le sol entouré d’un dénuement total. Quelques-uns uns fouillent les ruines de leur maison. Les toitures en tôle de fibrociment ont éclaté en 1000 morceaux... bonjour l’amiante !...

Lorsque nous nous enfilons dans une rue étroite en terre battue, où l’eau si précieuse s’échappe des canalisations crevées, chaque habitant voudrait nous faire entrer pour constater les dégâts dus aux tirs fréquents des Israéliens. Toitures percées, murs criblés d’impacts, réservoirs d’eau crevés quand ce n’est pas la visite d’un blessé qui reste handicapé.

Dans toute la Palestine, tant en Cisjordanie qu’à Gaza, les habitations sont coiffées de petits réservoirs noirs, cylindriques assez inesthétiques d’ailleurs. La distribution de l’eau dépendante des Israéliens est l’objet de coupuresfréquentes.Afind’assurerun peu de régularité à leur consommation, les habitants ont orné leur toit de ces réservoirs. Dans la rue où nous sommes, tous les réservoirsontété systématiquement percés par les tirs israéliens. Certains sont complètement déchiquetés, impossible à réparer par des moyens de fortune.

L’endroit est l’un des plus sinistres et cyniques que nous ayons vu. A deux cents mètres, la botte israélienne avance un à un les grands éléments de béton qu’elle emboîte à mesure comme des pales planches : sorte de chenille gigantesque qui avance sur les ruines au rythme des destructions...sous l’oeil du mirador... Perfection de technique que ces miradors suspendus à la flèche de grues mobiles et modernes. De ces cocons blindés, équipés de moyens sophistiqués, l’envahisseur scrute à loisir, enregistre et fiche la population qui refuse d’être intimidée par tant de violente arrogance.

Nous rejoignons le local du Comité des Réfugiés de Khan Younis où son directeur M. Abou Antar s’insurge contre le silence de la Communauté Internationale et plus particulièrement européenne.

" Israël a des moyens d’informations incroyables et il en profite auprès de la Communauté internationale. Un exemple : ils ont utilisé la photo d’un bébé palestinien tué en le représentant avec la Kippa pour faire croire que c’était un enfant israélien ! ! !

La vraie information c’est représenter les deux camps : l’un avec des moyens de combat gigantesques : hélicoptères, chars d’assaut, mirage F16, missiles... et l’autre avec seulement des enfants et des pierres. Israël poursuit la terreur malgré l’action d’Arafat pour arrêter le terrorisme. Aujourd’hui, on nous chasse des camps de réfugiés.

Qui est l’agresseur ? Qui est l’agressé ?

Qui sont les terroristes ? Qui sont les terrorisés ? "

Après le témoignage d’un père venu nous présenter son fils touché par balle à l’intérieur de la maison lorsqu’il était bébé une cassette vidéo nous fait revivre le martyr des enfants blessés et assassinés. Les agresseurs viennent détruire la nuit sans laisser le temps aux habitants d’emporter quoique ce soit. Ils tirent à partir d’hélicoptères sur les enfants, visant exprès les yeux. Quarante enfants de Khan Younis sont atteints d’incontinence chronique due aux troubles psychologiques.

A la Mairie, l’énumération des exactions féroces que subit la population se poursuit : 192 maisons détruites, des centaines d’hectares de terres agricoles saccagés. Ce sud de Gaza est la zone la plus touchée. La situation n’a jamais été aussi atroce depuis 1967.

16h00 nous nous dirigeons vers le check point d’el Mawassi.

Une première barrière jaune coupe la route. Une centaine de palestiniens attendent sur le côté gauche, lourdement chargés de colis, le bon vouloir des soldats pour passer. Certains sont là depuis 6 heures du matin. Pour ne pas compromettre leur passage, nous commençons par attendre sagement. L’atmosphère que nous découvrons est inimaginable. A 50 mètres en contre bas de la barrière, on devine des soldats à l’affût qui pointent leurs armes, en partie camouflés dans leur petit bastion situé à 5 mètres de haut. De là un trottoir grillagé mène à une sorte de guérite dont on ne voit que l’arrière.

De loin, nous ne voyons rien ni personne. Seul un haut-parleur diffuse des ordres... c’est irréel... On se croirait en pleine fiction ou soudain plongés dans les eaux concentrationnaires.

Une voix éraillée, déformée par la haine éructe des ordres en arabe : " Avancez, non, arrêtez...cinq par cinq... arrêtez... reculez... un par un... Quelques palestiniens parviennent à entamer ce parcours que nous ne voyons pas encore.

La voix se met à aboyer en anglais les mêmes ordres qu’en arabe, c’est pour nous : « Avancez... arrêtez... reculez... cinq par cinq... » Refusant de nous soumettre à cette séance de dressage, nous avançons tous ensemble, déterminés, revêtus de nos tee-shirts des Missions Civiles. Deux d’entre nous négocient notre passage avec les soldats perchés en hauteur. Enhardis par notre présence, quelques hommes et femmes lourdement chargés et entourés de nombreux petits enfants nous rejoignent malgré le crescendo des ordres de l’aboyeur. Sous ce déluge de menaces, elles doivent reculer avec leurs charges. Finalement, elles parviendront à passer 5 par 5.

Notre négociation échoue. Il est 17h30, le check point est fermé. Nous nous replions jusqu’à la barrière jaune et marquons notre insoumission en stationnant un moment. Avec la nuit qui tombe, l’insécurité et l’isolement nous enveloppent. Nous décidons de partir et de revenir le lendemain matin. Le coeur est lourd car nous sommes attendus à Al Mawassi.

E... nous offre l’hospitalité

Le moment le plus chargé d’émotion et de stupéfaction est pour nous deux la soirée où E. nous héberge pour la nuit. Nous sommes 5 à s’entasser dans sa vieille voiture pour atterrir par un itinéraire compliqué dans un très vaste appartement. Surprise : à part le salon où il y a quelques fauteuils, c’est un logement vide et sans vie.

Son désir, si coutumier aux Palestiniens, de bien nous accueillir ne parvient pas à éclairer son visage tendu d’un quelconque sourire.

Echanges des prénoms... il nous interroge un peu :

-  marié ? " etc...
-  et vous ?
-  seul, je vis seul.

Nous ne réalisons pas encore ce que recouvrent de tragédie et de souffrance ces simples mots. Nous avons tôt fait cependant de comprendre : ce bel homme, encore jeune, ce militant des droits humains est un homme traqué. Après plusieurs séjours en prison : 3 ans, 1 an, 7 ans... il se retrouve sur une liste d’hommes à abattre. Une liste de « terroristes. » Ce n’est pas un poseur de bombes, c’est un homme qui a dit non à l’occupation de son pays.

Les plus âgés d’entre nous se souviennent-ils encore ? Durant l’occupation de la France, le mot « résistant » n’existait pas dans la bouche des nazis ; ils ne parlaient que de terroristes quelles que soient leurs actions. Ici aussi, tout ce qui résiste est terroriste... « Les Missions Civiles Internationales ? » du Terro-tourisme ! ! !

-  J’ai une soeur à 20 km d’ici, je ne l’ai pas vue depuis un an
-  Pourquoi ?
-  Parce qu’au check-point ils me tueraient

. Nous comprenons vite là-bas comment ça se passe. Il y a deux ou trois semaines, il a perdu ainsi son meilleur ami. La voiture où il circulait avec quatre autres personnes qui n’avaient rien à voir avec lui a été criblée de balles par un hélicoptère. Le lendemain, nous en voyons la photo sur les murs du local des droits de l’homme avec tant d’autres images horribles des crimes commis. Les Israéliens ne prennent pas la peine de les arrêter et n’hésitent pas à massacrer tous ceux que le hasard fait proche de leur cible.

Nous avons devant nous en chair et en os un de ces si nombreux morts en sursis dans le monde pour lesquels modestement nous réclamons si souvent justice avec Amnesty International.

E..., tu es entré chez nous pour longtemps

30 décembre

Quand nous revenons le lendemain matin à 8h00 au check point d’el Mawassi, il y a beaucoup de palestiniens en attente. Leurs bagages : truelles, perceuses, outils divers... ce sont les ouvriers qui vont travailler pour les Israéliens. Ils nous disent de passer avant eux.

Cette fois, même si nous arrivons à passer, nous n’avons plus le temps de voir nos amis d’Al Mawassi. Nous privilégions l’action. Nous faisons une chaîne, serrés coudes à coudes, et nous avançons, résolument sans attendre les ordres. Deux cameramen de la Télé palestinienne sont avec nous.. Derrière la guérite, nous découvrons « la fouille », puis un tourniquet et enfin un poste de contrôle blindé où il faut présenter son passeport aux militaires. Les cameramen ne filment pas très longtemps. Ils sont interpellés pour contrôle des papiers, arrêtés et embarqués un peu plus loin. Du côté des soldats, il y a de plus en plus d’agitation. Des véhicules de l’armée arrivent puis des civils copieusement armés, arrogants et narquois : des colons. Nous découvrons enfin le personnage-aboyeur du haut-parleur : surprise... c’est un jeune branleur...

Nous faisons de l’occupation sur place pour obtenir la libération des cameramen. Nous entonnons notre litanie de slogans « free circulation » « stop occupation. ».. « free Palestine. »..

Des soldats viennent nous traiter de fous en se mettant l’index sur la tempe.

Un soldat donne l’ordre à l’un d’entre nous qui est d’origine algérienne de venir à lui. Nous nous y opposons en nous serrant devant lui. Il montre à distance son passeport français.

Pendant ce temps, le haut-parleur convoque quelques-uns uns des palestiniens qui attendent en arrière : surprise, derrière le petit guichet blindé ce n’est pas un militaire qui ramasse les passeports, mais un colon barbu et grassouillet. Quand il a son compte d’ouvriers, il a refermé le guichet. Les militaires, en renvoyant un palestinien au point de départ, lui ordonnent de nous dire de reculer si non, aucun Palestinien ne passera. L’homme, que nous ne connaissons pas, refuse. Quel courage !

Les colons sont de plus en plus agités et nous insultent en français. Nous avions eu pour consigne générale de ne jamais accepter de contact avec les colons, c’est trop dangereux et inutile. Aussi, avons-nous ignoré leurs invectives : « Les Français sont des nazis » « Chirac c’est Hitler. ».. L’un d’eux était tellement agité qu’il s’est fait reprendre par un militaire. Leurs phrases sont impeccables, sans accents... ce sont des français... eh oui !...saviez-vous qu’il y a des français parmi les colons ?... à Hébron, paraît-il, ce sont surtout des marseillais et des niçois !...

Ils relâchent un cameraman. Ses cassettes sont confisquées.

Après bien des discussions, son collègue est aussi relâché. C’est la condition que nous avons fixée. Nous pouvons repartir. Un colon vomit une bordée d’injures grossières en direction de celle d’entre nous qui avait négocié la libération de nos amis de la presse que nous encadrons pour remonter jusqu’au point de départ où attendent encore de nombreux palestiniens. Certains nous remercient par des applaudissements.

Le jeune cameraman risque d’être interdit de séjour dans la zone.

En reprenant la route vers Gaza où nous avons rendez-vous avec une association de prisonniers, nous apprenons que la veille l’armée israélienne a fait sortir les habitants d’el Mawassi de leurs maisons pour les fouiller.

Nous sommes reçus par les mères des prisonniers dont certains sont détenus depuis plus de 26 ans. Elles attendent avec impatience les négociations de Paix car elles entraînent toujours des libérations... Nos fils ne sont pas des terroristes, mais des combattants de la liberté...

La visite des prisonniers se fait par l’intermédiaire du croissant rouge. L’association se substitue aux familles qui ne peuvent voir leurs prisonniers. Les conditions d’incarcération sont très dures. Ils mettent les plus jeunes (entre 12 et 15 ans) avec des droits communs pour les terroriser et commettent des exactions sur les enfants. Les malades attendent très longtemps avant de pouvoir accéder à des soins. Celles et ceux qui sont gravement malades ne subissent pas d’intervention chirurgicale et ne peuvent avoir qu’un peu d’aspirine. Ils sont de 16 à 18 par cellules. On les arrose d’eau, on leur jette des gaz lacrymogènes dans les cellules. Des filles mineures sont torturées et laissées avec des droits communs. Pour les longues peines ils essaient de suivre des études, mais c’est interdit.

Indignation ! En 1999 une liste de prisonniers a été transmise à Chirac. La même démarche a été faite auprès de Kofi Anan. Il n’y a eu aucun retour.

Il y a énormément de difficultés pour voir les prisonniers. Les prisons sont situées en territoire israélien. La prison de Nefah se trouve dans le désert, le trajet est très long pour s’y rendre.

Les gens se mettent en route à 5 heures le matin et si tout va bien, ils sont de retour à 22h00. L’attente dans les bus peut varier de deux à huit heures environ sans possibilité d’aller aux toilettes. Les fenêtres sont fermées. Si des mères doivent faire descendre des enfants pour leurs besoins, ils envoient les chiens. Les visiteuses subissent des fouilles très complètes, doivent marcher pieds nus, se font bousculer. Fouille buccale, fouille intime sont pratiquées par de jeunes femmes israéliennes sadiques et arrogantes... Elles n’hésitent pas à envoyer des femmes nues dans la salle d’attente avec les hommes.

Beaucoup de femmes refusent de se soumettre à la violence de ces humiliations et ne peuvent visiter les prisonniers. Seules les vieilles personnes peuvent y aller. De plus, les conditions des visites sont très dures. Un grillage sépare les visiteurs des prisonniers, ils ne peuvent que s’effleurer du bout des doigts. Des dizaines de prisonniers sont en face de leurs visiteurs dans le brouhaha... durant 45 minutes, cela deux fois par mois quand les conditions sont normales. Au retour deux heures d’attente sont encore imposées sans raison. Le Comité de femmes dénonce ces exactions.

Le ministre délégué aux affaires des prisonniers nous rejoint.

Il a lui-même effectué 22 années de prison. Les sévices subis lui ont laissé des traces au visage et aux mains. Il nous décrit à son tour la situation. Il y a plus de 2 500 prisonniers. 1 300 durant la deuxième intifada. 160 enfants mineurs et 14 femmes sont incarcérées. Leur lot : tortures, agressions par les droits communs, entassement dans des cellules ou en isolement, gaz... Il n’y a pas de changement malgré les interventions internationales. Les malades mentaux sont abandonnés...

Cependant, ils poursuivent des négociations pour améliorer les conditions de détention. Depuis 1967, 500 000 personnes ont transité par les prisons, pour une population de 3 millions et demi habitants.

Beaucoup d’efforts sont déployés par les Palestiniens à la libération des prisonniers : aide à la poursuite des études, à l’apprentissage professionnel, bourses à la création, couverture sociale. Après une amélioration entre 1994 et 1999 lors des pourparlers de paix et des négociations, il y a eu relâche. Depuis la deuxième Intifada, il n’y a plus de libération, la situation a empiré. Depuis 1967, 143 détenus sont morts des suites des sévices en prison.

L’après-midi nous visitons la tente des droits de l’homme. Amnesty International est présent.

Nous signons des pétitions et inscrivons une pensée sur des feuilles de bristol.

18h00 nous rejoignons le PCHR

Pour la première fois nous en savons un peu plus sur chacun de nos hôtes qui se sont mis en quatre pour nous accueillir et nous piloter efficacement. Jabr..., Raji aujourd’hui directeur de cet institut des droits humains... tous ont fait de longs séjours de prison. Raji nous fait un rappel historique de tout ce qui a mené à la deuxième Intifada puis à la création du PCHR3 désormais indépendant, l’ancien centre ayant été fermé par les autorités.

Il nous redit combien la Convention de Genève est bafouée à cause des Etats Unis et du silence de la Communauté Internationale. Il dénonce la disproportion des deux camps : du côté palestinien il s’agit de manifestations spontanées, d’utilisation de pierres et de cocktails molotov. Du côté israélien : de la stratégie, d’armements lourds, hélicoptères, tanks, missiles, d’encerclement, de blocus des territoires occupés. « Il est ridicule de dire qu’Israël est victime. Tout le monde doit se rappeler que la détermination est un devoir pour un peuple qui veut être libre. Si la Communauté Internationale ne fait rien, il faut bien que le peuple le fasse lui-même. La Mission Civile de protection du peuple palestinien incarne une protection de fait. La population civile qui se met du côté des victimes c’est un support symbolique et psychologique. Ce n’est qu’un début dans les tentatives de solidarité. Notre combat doit être mieux entendu dans le futur. »

31 décembre

Hier, trois palestiniens ont été tués à Beit Anoun à proximité de Erez.

Retour vers Jérusalem. Avant l’arrivée du check point, nous voyons des centaines de palestiniens, rangés en colonne, faire la queue à l’entrée d’une colonie... Quel flash ! : ces hommes humiliés sont exploités par des descendants d’esclaves en Egypte ! ! !

Au check point d’Erez, les passeports sont acceptés, mais il faut attendre le bon vouloir des militaires de services... Une ambulance se présente... Elle doit faire demi-tour et prendre, elle aussi, la file...

Les pacifistes israéliens du « Guai Salon » ont organisé un rassemblement pour la Paix. Une manif assez modeste et timide parcourt la vieille ville de Jérusalem avant de s’épanouir dans les jardins d’une propriété religieuse à l’abri du statut de Territoire français. Un temps fort d’espoir de Paix s’éclate en prières, discours, musiques et chants vibrants de ferveur. Des soldats israéliens tentent de s’introduire illégalement dans ce petit territoire, un bref mouvement de foule parvient à les en dissuader. Ce soir la chaîne humaine, prévue de longue date autour de Jérusalem n’aura pas lieu. L’Autorité Israélienne l’a interdite.

En repartant vers Ramallah, le check point de Qalandiya est particulièrement encombré. Les soldats font vraisemblablement du zèle. Une ambulance se présente, la longue file d’attente s’est spontanément serrée pour la laisser passer... peine perdue, elle doit faire demi-tour et prendre place à la queue. Nous descendons des bus et allons occuper le check point incitant les militaires à laisser passer les voitures... La pollution des véhicules entassés à l’arrêt est irrespirable. Après une heure et demi de manifestation, le flux des voitures se normalise.

L’ensemble des Internationaux est reçu par Arafat. Après les prises de paroles des délégations, de la député européenne italienne Louisa Morgantini..., etc. Les paroles d’Arafat sont toujours un appel à la Paix. Il déplore que le Président d’Israël n’ait pas obtenu de Sharon la permission de faire la trêve d’un an qu’ils avaient tous deux souhaitée et déplore la mort de son « ami » Begin avec qui la paix aurait été possible. Que de concessions et de désir de paix pour en arriver à appeler « ami » un homme qui avait néanmoins rêvé en 1989 que Gaza soit englouti par la mer !

1 janvier

Un temps libre - ballade individuelle dans Ramallah.

Nous sommes interpellés par des palestiniens qui nous reconnaissent. L’ambiance est chaleureuse. En périphérie de la ville, un vendeur de falafels nous en offrent en signe de bienvenue... Des tags de résistance, des portraits de martyrs couvrent les murs...

Nous vient l’envie de retourner aux abords du PC d’Arafat pour voir si les chars sont toujours postés aux alentours... Nous retrouvons le même spectacle que lors de la manifestation du premier jour. Un tank est toujours là, barrant la route aux Palestiniens. Et puis...les gosses, fidèles au poste lançant des cailloux, incendiant des poubelles pour bénéficier d’un écran de fumée... Comme cela paraît dérisoire : ces gosses de 10, 11 ans au plus seraient menaçants pour les chars !... David et Goliath !... Quelle honte de leur opposer de vraies armes !

Nous restons en retrait de crainte d’exciter l’ardeur de nos jeunes amis...

Le soir, à la réunion bilan de la Mission française, il est constaté :

-  que cette campagne a marqué toutes les régions de Palestine, à part Naplouse et Jénine.
-  qu’elle permet aux Palestiniens d’enclencher un mouvement non-violent massif et à la population civile de gagner en autonomie.
-  qu’elle a aidé à centrer l’action à l’intérieur de la Palestine contre l’occupation, à coordonner les actions des différentes associations palestiniennes.

2 janvier

Cette veille du retour devait être consacrée à la visite des Colonies qui entourent Jérusalem et de la vieille ville. Au matin, Michel Warschawski nous apprend que Mustapha Bargoutti a été arrêté à la sortie de la Conférence de Presse qu’il tenait sur la Campagne des Missions Civiles Internationales en raison de sa présence illégale à Jérusalem. Mustapha est le leader du GIPP2.

Nous partons aussitôt au Palais de Justice près de la prison... Durant deux heures une cinquantaine d’Européens, - dont 2 députés européens : la Danoise Ulla Sandback et l’Italienne Luisa Morgantini - manifestent bruyamment pour réclamer la libération de Mustapha... Le temps est long, il fait froid. Des Israéliens qui passent en voiture se moquent de nous. Les fourgons de police amènent leurs lots de prisonniers.

15h00 Mustapha sera libéré au check point de al-Ram en dehors de la commune de Jérusalem. Il est emmené à vive allure par une voiture de la police. A nos cris de « Free Mustapha » il répond par la vitre ouverte : « Free, free, free, Palestine. »

Nous le retrouvons au check point, il répond aux questions de deux journalistes... Nous l’entourons amicalement... quand surgissent des soldats du check point. Sous les ordres d’un sergent, ils viennent arrêter de nouveau Mustapha Barghouti. Nous nous opposons physiquement en nous serrant autour de lui. Les soldats se trompent et embarquent Michel Warschawski qu’ils confondent avec lui et le relâchent peu après. Cette erreur a eu pour conséquence de nous affaiblir, quelques-uns uns du groupe ayant dû partir protéger Michel.

Le sergent est très agité, son visage sue la haine. Mustapha essaie en vain de lui parler calmement. Faisant bloc nous tentons de gagner du terrain pour emmener Mustapha jusqu’à la voiture qui pourrait l’emmener. Il s’ensuit une mêlée musclée. Les soldats nous agrippent, donnent des coups de pieds. Louisa Morgantini roule à terre, deux autres se retrouvent au sol. Des grenades offensives explosent... des lunettes aussi. Mustapha est saisi au col, sa chemise est déchirée. Nous sommes trop peu nombreux...il est traîné brutalement, embarqué dans un fourgon, visiblement choqué, il saigne au visage. Quel courage chez cet homme qui aura réussi rapidement à se ressaisir pour refuser de pénétrer dans les locaux de la Police des frontières et porter plainte pour arrestation illégale ! Il est relâché.

Pendant l’échauffourée, les soldats avaient aussi arrêté un journaliste palestinien, il est détenu sur place au poste du barrage. Nous ne quitterons pas les lieux sans lui. La détermination de notre petite chaîne humaine et la patiente et téméraire négociation de l’une d’entre nous l’emportent. Le journaliste est libéré, livide, du sang aux lèvres. Nous quittons les lieux avec lui sous les bombes lacrymogènes.

Qui sont donc ces fascistes que nous rencontrons ici comme à El-Mawassi, qui sont-ils les auteurs de tous ces crimes dont nous voyons tant de traces et de victimes, quelle folie leur a fait prendre pour modèle les bourreaux de leurs aînés ?

[1] YWCA - Young Women’s Christian Association

[2] GIPP - Grassroots International Protection for the Palestinian People qui fédère l’ensemble des ONG palestinienne

Mis en ligne le lundi 4 février 2002


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