VertigO - La revue en sciences de l'environnement sur le WEB, Vol 4 No 3 , décembre 2003

IMPACTS DU BARRAGE DES TROIS GORGES SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DE LA CHINE

Par PHILIPPE SAVOIE, - Détenteur d'un diplôme universitaire en Spécialisation Géographie de l'Université de Moncton, Canada,
Courriel : eps7810@UMoncton.CA


Résumé : L'eau douce, ressource que nous pensions inépuisable, est rare et souvent difficile à prélever. Selon les plus récentes données, moins de 1 % de toute l'eau douce sur la planète est facilement accessible à l'être humain. Mais cette faible proportion pourrait suffire si la répartition géographique de cette ressource était mieux équilibrée sur la planète. Actuellement, 1,2 milliard d'habitants, soit un sur cinq, n'a pas accès à cette eau douce si vitale. Le manque d'eau est également lié à la croissance démographique et à la pollution. Cette réalité est particulièrement vraie dans le cas de la République populaire de Chine. Avec une population de plus d'un milliard et une augmentation de douze millions de personnes par année, la Chine ne peut fournir de l'eau douce de qualité à tous ses habitants. Depuis la réforme économique de la fin des années 1970, les villes, les industries et les agriculteurs déversent sans relâche d'énormes quantités d'eau non traitée dans l'environnement, ce qui contribue à contaminer les réserves d'eau douce de ce pays. Cette pollution engendre de graves conséquences environnementales et économiques qui s'additionnent aux catastrophes naturelles qui frappent régulièrement le pays. Pour remédier à cette problématique complexe, de grands projets tels que la construction du barrage des Trois Gorges, qui sera le plus grand barrage au monde, ont été mis de l'avant. Ce projet fait l'objet d'une analyse dans une perspective de développement durable pour la Chine. Celle-ci permet de rendre compte des impacts sociaux, économiques et environnementaux que ce méga projet occasionne.
Mots clés : accès à l'eau, barrage des Trois Gorges, Chine.

Abstract : Fresh water, resource that we thought inexhaustible, is rare and often difficult to take. According to most recent data' less than 1% of all fresh water on the planet is easily accessible to human beings. But this small proportion could be enough if the geographical distribution of this resource were better balanced on the planet. At present, 1,2 billion inhabitants, one out of five, does not have access to this so vital fresh water. The lack of water is also related on the demographic growth and pollution. This reality is particularly true in the case of the People's Republic of China. With a population of more than one billion and an increase of twelve million people per year, China cannot provide fresh water of quality to all its inhabitants. Since the economic reform of the end of the 1970's, the cities, the industries and the farmers pour without slackening enormous quantities of untreated water in the environment, which contributes to contaminate the fresh water reserves of this country. This pollution generates serious environmental and economic consequences which are added to the natural disasters that strike the country regularly. To cure these complex problems, great projects such the construction of the Three Gorges dam, which will be the largest dam in the world, were initiated. This project is the subject of an analysis in the scope of sustainable development for China. This analysis accounts for the social, economic and environmental impacts this mega project causes.
Keywords: access to water, stopping of the Three Gorges, China.


Introduction

L'eau douce est une ressource que nous pensions inépuisable, mais elle est en fait rare et souvent difficile à prélever. Sur Terre, 97,5 % de l'eau est salée, ce qui signifie qu'il reste seulement 2,5 % d'eau douce. Toutefois, près de 69 % de cette eau douce est congelée dans les glaciers du Groenland, de l'Antarctique et dans les neiges éternelles et seulement 0,26 % est facilement accessible à l'être humain (Shiklomanov, 2000). Néanmoins, même cette faible proportion disponible pourrait suffire si elle n'était pas si mal répartie sur la planète. Actuellement, un être humain sur cinq n'a pas accès à une eau douce de qualité et selon des experts, cinq milliards d'êtres humains pourraient ne pas avoir accès à l'eau potable si rien n'est fait d'ici 2025 (Caramel, 2001). C'est pourquoi il est important de réduire la consommation en eau et d'améliorer les techniques d'irrigation. Cependant, cette lutte pour l'accessibilité sera très difficile dans les pays en voie de développement (Jardonnet, 2002). Cette lutte est d'autant plus cruciale qu'il a été démontré que la pénurie d'eau ainsi que sa mauvaise qualité constituent les deux principaux facteurs de mortalité dans le monde (Jardonnet, 2002).

Sur le territoire de la République populaire de Chine, la pénurie d'eau potable est très importante. Cinquante millions d'habitants éprouvent au quotidien de la difficulté à s'en procurer. À Beijing, la capitale, ainsi qu'à Tianjin, une des plus grandes métropoles, les nappes phréatiques risquent d'être épuisées d'ici quinze ans à cause du pompage excessif. Cette pratique, bien qu'efficace, a comme conséquence d'affaisser le sol à certains endroits. Pour remédier à ces problèmes de grande envergure, les autorités chinoises ont choisi d'avoir recours à de grands projets, dont la construction du barrage des Trois Gorges est l'exemple le plus explicite. Lorsqu'il sera complété, ce barrage sera le plus grand au monde. De cette réalisation découleront divers projets qui seront d'une grande importance pour les populations de la Chine.

Historique

Située en Eurasie, la Chine est baignée au sud par la mer de Chine méridionale et à l'est par la mer de Chine orientale. C'est un pays immense, peuplé par l'une des plus anciennes civilisations du monde. Ayant une superficie de 9 326 410 km2, ce pays arrive au troisième rang après la Russie et le Canada. À l'ouest et au nord, la topographie est marquée par des hautes terres continentales montagneuses, des déserts et des forêts. Dans la partie nord, les cours d'eau, peu nombreux, coulent dans des lits ensablés et sont difficilement navigables. Par contre, à l'est et au sud, les sols sont plus riches et humides. Il y a de nombreuses collines, des plaines fertiles ainsi que quelques fleuves et rivières. On y retrouve le Yangtsé, qui est le troisième fleuve en importance au monde, après l'Amazone et le Nil. Le fleuve Yangtsé se dirige vers l'est et traverse la Chine du Sud. Il est très large et profond, et la navigation y est très importante. Prenant ses sources sur le plateau du Qinghai-Tibet, ce fleuve permet aux régions avoisinantes de cultiver le blé, le coton ainsi que le riz. Le Yangtsé passe au nord du Sichuan par les célèbres Trois Gorges qui sont en ordre Qutang, Wu et Xiling.

Début du XXe siècle

C'est dans son plan de développement pour l'industrie en 1919 que Sun Yat-Sen, le fondateur de la république de Chine, eut l'idée de dompter le fleuve Yangtsé (Nahapetian, 2002; Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000). Sun Yat-Sen estimait qu'un barrage aux Trois Gorges permettrait un meilleur usage des ressources du fleuve et améliorerait la navigation. C'était une idée très avant-gardiste pour l'époque, mais la guerre civile qui faisait rage dans le pays mit un terme au projet. Puis, en 1932, le parti politique chinois, Guomindang, créait un comité de construction qui devait étudier la faisabilité du projet.

Quatre ans plus tard, la société pour la protection des eaux du Yangtsé engageait un ingénieur d'origine autrichienne pour étudier la question. Cependant, la guerre qui faisait rage dans le pays poussa l'ingénieur à leur conseiller d'ajourner la réalisation d'un projet d'une si grande importance.

En 1944, le gouvernement chinois fit appel à un expert américain des grands barrages. Celui-ci leur conseilla de construire un barrage à 25 kilomètres en amont de Yichang. De cette façon, le niveau d'eau atteindrait non pas une hauteur de 13 mètres mais de 200 mètres. Le débit d'eau, plus important, engendrerait alors une production d'électricité de près de 18 200 MW. Ce projet fut accepté, préfigurant le projet de barrage actuel.

En 1946, les autorités chinoises et le bureau américain signèrent un contrat très avantageux pour les Américains, car ceux-ci obtinrent la conception du barrage. Cependant, une autre guerre civile, ainsi qu'une grave crise économique, éclata et le projet fut encore une fois suspendu (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000).

Après la fondation de la nouvelle Chine

En 1949, la République populaire de Chine, dirigée par Mao Zedong, relança le débat sur la construction d'un barrage aux Trois Gorges, en réponse à des inondations meurtrières. L'urgence du projet se fit ressentir une nouvelle fois lorsque d'autres inondations causèrent la mort de 30 000 personnes et en laissèrent 19 millions d'autres sans abris en 1954 (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000). Quatre ans plus tard, Mao Zedong fit préparer activement le projet. Le nouveau ministère des Eaux et de l'énergie électrique qui en fut chargé annonça que l'étude, la conception et la construction du barrage nécessiteraient de 15 à 20 ans de travaux. Le début de la construction du barrage fut fixé à la période 1962-1963. Pendant ce temps, 10 000 scientifiques se mirent à l'étude des problèmes relatifs au barrage et plus de 2 600 rapports furent rédigés en 1958 et 1959.

Le Grand Bond en avant et le triomphe du radicalisme maoïste furent des moments clés dans l'origine de l'idéologie du projet. Cependant, le fait que la Chine fut de plus en plus isolée à cause des risques d'une guerre avec l'URSS occasionna un manque de compétences technologiques et obligea les dirigeants à mettre à nouveau un frein au projet (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000).

Après la réforme économique

L'idée d'un barrage aux Trois Gorges ne fut pas abandonnée et revint à l'avant-plan à la fin des années 1970 lorsqu'un manque flagrant d'électricité dû à la réforme économique handicapa le développement économique de la Chine centrale. L'année 1979 marqua vraiment un tournant dans la réalisation du barrage, car le ministère des Eaux approuva officiellement le choix de 1959. C'est alors que le futur site du barrage des Trois Gorges fut confirmé (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000).

Puisque les Américains avaient de sévères réserves au sujet de la construction du barrage, les Chinois se tournèrent vers les Canadiens à qui ils confièrent les études de faisabilité en 1982 et 1983. Après plusieurs controverses, le Premier Ministre Li Peng, en 1986, promit une nouvelle étude de faisabilité. Deux ans plus tard, le résultat de cette étude fut favorable au projet de barrage. Fait à noter, la hauteur prévue du barrage, qui était alors de 175 mètres fut augmentée de 10 mètres (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000). L'année suivante, en 1989, Li Peng et Jiang Zemin, en forçant tous les obstacles, firent adopter le projet des Trois Gorges. Le projet fut voté à l'Assemblée nationale Chinoise le 3 avril 1992 et le début de la construction commença un an plus tard, soit en 1993.

Au début de l'année 2000, le mur de la centrale avait déjà atteint une hauteur de 80 mètres. La production d'électricité est prévue pour le début de l'année 2003 et, si les délais sont respectés, le barrage sera terminé en 2009 (Bethemont, J. & Bravard J-P. 2000).

Le Projet des Trois Gorges

Situé en Chine centrale dans la province de Hubei, près de la ville de Yichang, le barrage des Trois Gorges est le plus grand chantier du monde en ce qui a trait au contrôle des eaux. Même s'il n'est pas le plus grand barrage du monde de par sa hauteur et de la capacité de son réservoir, sa productivité hydroélectrique dépasse largement celle du barrage d'Itaïpu au Brésil (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000).

Selon la planification prévue, la construction du barrage des Trois Gorges devait s'échelonner sur une période de 17 ans, soit de 1993 à 2009. Selon les promoteurs du projet, plusieurs de ses composantes seront extrêmement utiles au développement de la région des Trois Gorges, par exemple les deux centrales et le lac de retenue. De plus, de nouvelles installations serviront à la navigation commerciale, soit un élévateur à navires ainsi que cinq écluses.

Une fois complété, le barrage des Trois Gorges sera d'une longueur totale de 2 309 mètres et s'élèvera à une hauteur de 185 mètres, soit 5 mètres au dessus du niveau maximal du réservoir (Sanjuan, 2001 et Béreau, 2000). Le barrage des Trois Gorges possédera plusieurs composantes. Tout d'abord, le déversoir, qui aura une longueur de 483 mètres, sera situé au centre du barrage, c'est-à-dire au milieu du chenal et au niveau du lit naturel du Yangtsé. Sa plus basse partie, percée de 23 ouvertures, se situera à une hauteur de 90 mètres. La partie la plus haute se trouvera à 158 mètres et elle sera percée de 22 vannes, permettant ainsi le déversement du trop-plein d'eau.

La centrale hydroélectrique sera séparée en deux par le déversoir. Celle de gauche s'étendra sur près de 644 mètres et possédera 14 turboalternateurs tandis que celle de droite, plus courte de 59.5 mètres, sera dotée pour sa part de 12 turboalternateurs. L'ensemble des turboalternateurs aura une puissance de 18 720 MW, soit 23 % supérieure à celle de l'ensemble des centrales du Complexe La Grande, qui est de 15 244 MW (Hayer, 2001). Il est prévu que le barrage des Trois Gorges fournira à lui seul 10 % de la consommation chinoise en électricité.

Actuellement, il est impossible pour des navires de 10 000 tonnes de remonter le fleuve Yangtsé jusqu'aux Trois Gorges; seuls des navires de 3 000 tonnes et moins peuvent le faire. Mais cette situation va changer, puisqu'une série d'écluses à double voie et à cinq niveaux est Actuellement taillée dans le granite des trois Gorges. Chaque caisson mesurera 208 mètres de long et 34 mètres de large avec une hauteur d'eau minimale de 5 mètres, permettant ainsi à des navires de 10 000 tonnes de se rendre à Chongqing. Des navires de 3 000 tonnes pourront même monter sur le lac réservoir grâce à un élévateur conçu pour lever de tels bâtiments. Cet élévateur est en fait un compartiment étanche de 120 mètres de longueur, 18 mètres de largeur et 113 mètres de hauteur. La construction du barrage permettra la navigation sur le Yangtsé de six à neuf mois par année (Sangjuan et Béreau, 2000; Merchez et Puzin 1999).

En 2003, le niveau de la retenu atteindra une hauteur de 135 mètres. Lorsque le barrage sera achevé en 2009, il atteindra une hauteur de 185 mètres, alors que le niveau du fleuve aura monté de 44 mètres. Le bassin de retenue atteindra approximativement 600 kilomètres de longueur et retiendra environ 4 milliards de mètres cubes d'eau. Le coût de ce barrage s'élèvera alors à 12 milliards de dollars US. 55 % de cette somme aura été consacré à la construction du barrage et 45 % au déplacement de la population. Mais ces coûts risquent d'être dépassés. Néanmoins, les experts chinois estiment que les dettes pourront être remboursées en 2014 -2015 (Lafontaine, 2000; Sangjuan et Béreau, 2000).

Les aspects environnementaux, économiques et sociaux du projet

Trois principaux objectifs justifient la construction du barrage des Trois Gorges. Premièrement, la régularisation des crues dévastatrices du fleuve Yangtsé. Deuxièmement, l'augmentation de la charge des navires afin d'améliorer le transport maritime. Enfin, la production d'électricité grâce au formidable potentiel hydraulique du Yangtsé.

Ces dernières années prouvent sans aucun doute que ces trois objectifs sont d'une extrême importance. Par exemple, la centrale hydroélectrique ainsi que les systèmes implantés pour faciliter la navigation aideront des villes comme Shanghai et Chongqing à se développer. Le système de régularisation des crues aidera la population en aval en empêchant des inondations aussi meurtrières que celles connues en 1998 et en 2002 sur le Yangtsé. Autre fait intéressant, la croissance démographique en Chine étant très importante, le manque d'eau devient plus en plus flagrant. C'est aussi l'une des raisons avancées quant à l'urgence de faire un barrage de cette ampleur.

Cependant, bien qu'il soit d'une grande nécessité pour le développement économique de la Chine, ce projet a des conséquences majeures liées à l'érection du barrage et la mise en eau du réservoir. Ces conséquences sont d'ordre environnemental, social et économique.

Aspects environnementaux

La protection de l'environnement prend une place de plus en plus importante dans nos sociétés. Longtemps négligées, les considérations environnementales revêtent aujourd'hui une très grande importance lors de la réalisation de tout projet pouvant avoir des conséquences néfastes sur les écosystèmes aquatiques et terrestres. Dans les sections qui suivent, les conséquences écologiques du barrage des Trois Gorges seront discutées.

Inondations

En Chine centrale, sur le fleuve Yangtsé, les inondations sont des événements courants depuis des milliers d'années. Deux événements peuvent occasionner des inondations. Il y a d'abord la fonte des neiges dans les montagnes du Tibet ainsi que les précipitations des mois d'été. Ces deux composantes mises ensemble peuvent occasionner des inondations très importantes. On dénombre au moins une inondation majeure à chaque décennie. Certaines de ces inondations sont parfois catastrophiques au point de vue humain et environnemental. En observant la figure 1, on note une dizaine d'inondations entre 1981 et 2002, dont deux très importantes en 1996 et 1998.

Bien qu'elle fut légèrement plus meurtrière, l'inondation de 1996 vient au second rang en ce qui concerne l'impact total de la dévastation. L'inondation de 1998 fut de loin supérieure à celle de 1996, car elle a occasionné plus de pertes matérielles et a considérablement détruit l'environnement. On estime d'ailleurs que cette inondation est la plus importante du 20e siècle (Sanjuan, 2001 et Béreau 2000). On note sur la figure que le nombre de décès reliés aux inondations est à la baisse après l'année 1998. Est-ce là une conséquence de l'effet régulateur du barrage des Trois Gorges? Le projet des Trois Gorges étant trop récent, il n'est pas possible pour le moment de répondre à une telle question.

Le couvert végétal

Le barrage au Trois Gorges a déjà permis d'irriguer des zones arides et a amélioré l'environnement écologique. Grâce au projet, le reboisement des terres de Yichang a pu être possible. La couverture végétale du district de Yichang a augmenté de 0,5 %. La superficie aménagée des surfaces touchées par la déperdition du sol et des eaux couvre 90 kilomètres carrés.

Par contre, le bassin de retenue, d'une longueur comparable au Lac Supérieur, engloutira une zone fertile où sont cultivées près de 40 % des produits agricoles de la Chine ce qui est un peu moins encourageant.

Cependant, même si bon nombre des terres arables seront englouties, les villes établies sur le bord du fleuve ne risqueront plus de faire face à la violence du fleuve. Grâce au barrage, les cultivateurs ne risqueront plus de voir leurs récoltes anéanties par les crues.

Figure 1. Nombre de décès suite aux inondations dans la région du Yangtsé, 1981-2002

Il y a toutefois un problème d'envergure qui se pose alors en aval. Le ralentissement des courants fluviaux provoquera l'appauvrissement du couvert végétal, entraînant ainsi l'érosion graduelle du sol. Une fois la construction du barrage terminée, les terres ne pourront plus être fertilisés par les sédiments en suspension dans l'eau du fleuve car il y aura absence d'inondation. Certains cultivateurs devront faire appel à des engrais chimiques pour cultiver leurs terres. Ces engrais, qui n'étaient pas utilisés auparavant dans la région, se déverseront dans le fleuve par ruissellements. Le niveau de pollution du fleuve Yangtsé augmentera, ce qui pourra avoir des conséquences néfastes sur l'environnement.

Catastrophes naturelles

Les eaux du fleuve Yangtsé étant riches en sédiments, il est fort probable qu'une grande quantité de matériaux sédimentaires se déposeront au pied du barrage et provoqueront éventuellement la montée du lit du fleuve. La raison pour laquelle il y a tant de sédiments dans ce fleuve est simple : quelques kilomètres en amont du barrage, se trouvent le plateau de Tibet. Ce plateau, terriblement exploité, fait face à un grave problème de déforestation. Les sols asséchés par la désertification sont très friables. Lorsque les eaux du Yangtsé passent dans cette zone, elles se saturent de sédiments et deviennent de couleur jaune (Douglas, 1992). Bien que la conception du barrage doit certainement tenir compte de ce phénomène, cette accumulation de sédiments pourraient néanmoins provoquer une forte pression sur la structure de béton et augmenter ainsi le risque de fissurer le barrage (Haller, 2000). Sans compter qu'à long terme ses sédiments vont remplir le réservoir et réduire le potentiel hydroélectrique de l'ouvrage.

Figure 2 : Création d'un réservoir de Yichang à Chongqing.

En Chine, des séismes d'une magnitude de 7 sur l'échelle de Richter surviennent assez régulièrement (Sangjuan et Béreau 2000). Si par malheur le barrage cédait, suite à un séisme majeur, les conséquences seraient extrêmes. L'eau dévalerait en cascade directement sur les villes de Wuhan et de Changsha. Selon les responsables de la compagnie des Trois Gorges, le barrage est un projet central et il est fort improbable que se répète un évènement similaire à l'effondrement d'un barrage survenu en 1975 sur un affluent de la rivière Yangtsé. Cet incident déplorable avait alors causé la mort de 240 000 personnes.

Conséquences écologiques

Une fois le barrage achevé en 2009, le réservoir engloutira un grand nombre de villes, villages et de bourgs. En observant la Figure 2, on remarque deux couleurs à la rivière. La couleur la plus foncée représente le lit naturel du fleuve et le contour en bleu pâle représente le bassin de retenue qui atteindra les berges de la ville de Chongqing. On est à même de constater qu'en plusieurs endroits, l'eau inondera les vallées adjacentes au Yangtsé.

Le risque que le réservoir se transforme en dépotoir est très grand. La proximité de villes importantes près du réservoir constitue un problème. Par exemple, la ville de Chongqing, qui se trouve au-dessus du réservoir déverse d'énormes quantités de produits nocifs telles que des hydrocarbures et du mercure, ce qui s'avère catastrophique pour l'environnement. Par ailleurs, la mise en eau du réservoir aura pour conséquence l'engloutissement de près de 1 300 mines de charbon, 300 000 mètres de latrines rurales, des milliers de tombes ainsi que 2,9 millions de tonnes de détritus de tous genres (Daweide, 2002). Comme l'eau du réservoir sera plutôt calme, ces substances s'y entasseront dans le fond.

Il faudra également décontaminer le sol avant d'accueillir l'eau du réservoir. Si les inspections démontrent que la dépollution du terrain à inonder n'est pas complète, il sera essentiel de retarder la mise en eau du barrage. Cela coûtera cher et la dernière phase du barrage devait être payée par le début de la production électrique. Le gouvernement chinois a décidé en 2001 de débloquer 900 millions de dollars US pour la dépollution du réservoir.

Qu'est-ce que le sol comporte de si polluant? Il y a sur le territoire 178 décharges d'ordures, 300 000 mètres carrés de toilettes publiques, plus de 41 000 tombes et 1 500 abattoirs. Certaines tombes qui datent de la guerre entre la Chine et le Japon (1937-1945) sont contaminées par le bacille du charbon, un microorganisme extrêmement toxique et dangereux pour les êtres vivants. Pour les gens qui seront affecté au nettoyage des fausses communes, il y aura un risque accru de contracter ce bacille. Les tombes doivent être vidées et exposées à l'air libre avant la montée de l'eau, mais si pour une raison ou pour une autre, elles n'étaient pas nettoyées avant la mise en eau du réservoir, de graves problèmes de contamination pourraient survenir.

Que deviennent les espèces sauvages?

Selon différents écologistes, l'avenir écologique des Trois Gorges serait passablement menacé (Bravand, 2000 et Nahapetian, 2002). Le ralentissement du courant fluvial engendrera une baisse d'apport en nourriture, ce qui ne sera pas sans affecter toute la chaîne alimentaire. En outre, la disparition de plusieurs espèces de poissons, d'animaux et de plantes médicinales rares est à craindre. C'est notamment le cas du dauphin du Yangtsé, le Baiji, qui est Actuellement une espèce en voie de disparition (Nahapetian, 2002, Hanly 2000 et Wuhan 1997). Ce dernier devra faire face à des eaux beaucoup mois profondes en aval du barrage et risque de ce faire gravement blesser et même tuer par des hélices de bateaux. De plus, dû à l'absence des fluctuations saisonnières, la température de l'eau retenue par le barrage va monter, ce qui aura pour effet de diminuer la qualité du territoire occuper par le Baiji (Nairi Nahapetian, 2002).

Toutefois, il y a de l'espoir. On prévoit construire une réserve naturelle dans le secteur des Trois Gorges. Cette initiative est très importante pour cette région du Yangtsé, car la biodiversité y est étonnante et est considérée par les spécialistes comme une banque naturelle de gènes d'espèces sauvages. Des milliers d'espèces de plantes et d'animaux y ont été recensées. En tout, 55 espèces animales se trouvant sur la liste des espèces protégées y ont été répertoriées, dont le tigre de Chine du Sud, le Rhinopithèque et l'esturgeon de Chine. De plus, un nombre impressionnant de plantes vasculaires ont aussi été identifiées. Suite à la réalisation du projet des Trois Gorges, cette région deviendra l'un des plus grands écosystèmes de terres humides de la Chine, ce qui aura comme conséquence d'augmenter considérablement le nombre d'oiseaux aquatiques (Article internet intitulé " Une réserve naturelle sera construite dans la région des Trois Gorges du Yangzi ").

Aspect social

Bien que le barrage des Trois Gorges soit conçu pour desservir les besoins de la Chine centrale, ce projet est loin de faire l'unanimité. Le déménagement et la réinstallation de centaines de milliers de personne loin de leur milieu de vie et de travail est un sujet extrêmement sensible provoquant des réactions diversifiées.

Le déracinement d'une population

Ce qui attire le plus l'attention lorsque l'on parle du barrage des Trois Gorges, c'est le déplacement massif de plusieurs centaine de millier de personnes. En tout, le lac de retenue engloutira 6 villes et en inondera partiellement 13 autres. De plus, 4 500 villages et hameaux, 140 bourgs ruraux et 657 industries disparaîtront sous les eaux. Comme l'expliquent Merchez et Puzin (1999) dans leur article, en simulant la montée de l'eau, on remarque que Wuxia une ville comptant 15 000 habitants sera entièrement submergée par le lac artificiel. Par contre, dû à la variation de l'altitude de la région, certaines villes seront submergées seulement en partie. Cette situation entraînera de graves problèmes sociaux, car les gens vivant au bas des villes sont très peu fortunés. Cette relocalisation forcée a débuté il y a déjà 5 ans. Les gens touchés ont été placés dans des campements de fortune en attente d'une maison bien à eux. Daweide (2002) pense que le fait de déménager les populations est une occasion pour eux de commencer une nouvelle vie dans de nouvelles installations. Il stipule qu'un grand nombre d'appartements ayant une grandeur de 80 mètres carrés et possédant l'eau courante, une cuisine et des toilettes seront à la disposition de la population déplacée.

La figure 3 permet de visualiser l'ampleur des déplacements : les cercles représentent les villes qui seront partiellement submergées et les étoiles, celles qui seront entièrement submergées. Les régions les plus durement touchées sont celles qui se trouvent à proximité des rivières adjacentes au fleuve Yangtsé. Pour chacune des villes illustrées sur la figure 3, le tableau 1 donne le nombre de personnes déplacées. On remarque que pour les villes de Wanxian, Yunyang, Kaixian et Chongqing, plus de 100 000 personnes ont été ou seront déplacées. Quant aux 267 000 personnes peuplant les villes de Zigui, Xingshan, Yunyang et Fengdu, elles ont toutes été entièrement déplacées sur de nouveaux sites, soit en amont, soit en aval du barrage, voire sur la rive opposée du Yangtsé.

Bien loin de chez soi

Une somme de 5 milliards de dollars US est prévue pour le déplacement des populations. Cependant, cette somme avait été calculée pour 1,3 millions de personnes à déplacer alors qu'il y a maintenant 1,8 millions de gens qui doivent l'être. La plupart des gens n'ont pas été ou ne seront pas nécessairement déplacés près de leur lieu d'origine (Figure 4). Prenons, par exemple, les populations qui seront dirigés vers les provinces de Sichuan et Shangxi. Ces provinces de l'ouest de la Chine sont aux prises avec de sérieux problèmes économiques.

Ceux qui sont dans des villes de la province de Guangxi sont aussi à plaindre, car celle-ci est au prise avec une pauvreté extrême. Il est prévu de trouver des emplois aux gens déplacés, mais cela ne sera pas tâche facile, car selon les statistiques officielles, le Guangxi connaît le plus fort taux de chômage de la Chine. Ces gens, qui avaient déjà de la difficulté à subvenir à leurs besoins, se verront installés dans une région encore plus pauvre.

Figure 3 : Population expropriée de la zone des Trois Gorges.

Les gens qui seront déplacés vers Shandong seront un peu plus choyés et ceux-ci devraient avoir un peu moins de difficulté à s'adapter à leur nouvel environnement. Même s'ils seront localisés dans un endroit très différent de leur lieu d'origine, ils auront au moins accès à un cours d'eau majeur, le fleuve Jaune. De plus, ils seront beaucoup plus près de Beijing, la capitale de la Chine.

Enfin, un autre groupe de personnes sera déplacé vers Shanghai. Certes, celles-ci seront dépaysées, mais ils auront la chance d'avoir accès à la ville sans avoir à payer le " Hukou ". Ceci représentera un énorme avantage pour eux, car le prix de ce passeport est environ deux années de salaire pour un Chinois moyen.

Tableau 1. Villes du centre de la Chine submergées, 2000 - 2009. Source : http://www.china.org.cn/Beijing-Review/Beijing/BeijingReview/French/2000Jun/bjr2000-26f-17.htm

Figure 4. Destination des populations déplacées.

Malgré toutes les difficultés que la relocalisation comporte, elle peut néanmoins être un bon moyen pour qui veut recommencer une nouvelle vie. Certaines personnes relocalisées dans différents lieux se seraient déjà harmonisées avec leur nouvelle société et leur niveau de vie ainsi que leur productivité auraient augmentés (Daweide, 2002). Par contre on sait que des familles qui ont été déménagées dans la province de Anhui en 2000 sont mécontentes. Leurs maisons sont trop petites et la terre insuffisante (Daweide, 2002). De façon générale, les personnes déplacées doivent se réadapter à un environnement tout à fait différent de celui qu'elles ont connu pendant une grande partie de leur existence et ce n'est pas toujours facile à vivre.

L'adaptation à un nouveau paysage

Un problème d'adaptation se pose alors. Les paysans qui vivent dans des vallées éloignées des grands centres urbains ne connaissent pas les avancés technologiques et même des ressources aussi rudimentaires que l'électricité. Pour eux, c'est une véritable révolution. Ils sont propulsés dans un monde totalement inconnu. Qui plus est, ces cultivateurs qui subsistaient essentiellement grâce à l'agriculture voient leurs terres se faire engloutir, ce qui doit être un véritable crime pour eux.

L'attitude des autorités chinoises face aux différents problèmes encourus consiste à minimiser les désagréments causés aux centaines de milliers de personnes qui sont ou seront déplacées en les comparant aux bénéfices anticipés pour des centaines de millions d'autres qui profiteront de la construction de la centrale électrique.

Pertes d'importance historique

Les Trois Gorges jouent un grand rôle dans l'identité culturelle chinoise (Nahapetian, 2002). Lorsque les touristes internationaux se rendent dans ce majestueux endroit, ils ne peuvent que se rappeler la célèbre histoire des trois Royaumes. Le barrage des Trois Gorges peut alors être vu comme une grave erreur commise à l'endroit de l'identité culturelle de toute une civilisation. Le sol des Trois Gorges est très riche en fossile. En 1968, les restes du plus ancien homme fossilisé ont été découverts (Li, 1990). À cet égard, certaines pertes seront irremplaçables. Lorsque le barrage sera achevé, l'eau du réservoir inondera plusieurs richesses culturelles et patrimoniales. Plus de 118 villes et 44 sites archéologiques parmi les plus légendaires de Chine, ainsi que 8 000 sites qui n'ont pas encore été exploités (Nahapetian, 2002).

Les nombreux vestiges et monuments historiques que comportent les Trois Gorges sont des temples, des logements, des portiques commémoratifs, des puits, des passerelles de bois et des gravures sur pierre, etc.. Ils seront, selon le plan établi, protégés sur place, transférés dans des endroits plus élevés, photographiés ou filmés (Grenier et Poix, 1997).

Un projet de musée, pour protéger le plus possible les vestiges de civilisations anciennes, est en construction dans la ville de Chongqing. En outre, " Le Musée des Trois Gorges de Chine " pourra abriter 300 000 objets historiques. Évidemment, malgré de grands efforts, les autorités chinoises ne pourront pas sauver de l'inondation tout ce qui devrait l'être (Grenier et Poix, 1997).

Les retombés économiques

Le projet des Trois Gorges apportera d'énormes retombées économiques à la République populaire de Chine. Il aura un impact positif sur la navigation, aidera l'industrie touristique de la région, permettra de produire une énorme quantité d'électricité et sera un élément clé pour le projet de l'adduction de l'eau vers les régions de la Chine au nord du Yangtsé.

Augmentation de la navigation

La ville de Chongqing voit l'arrivée du barrage comme une délivrance. Cette ville, qui se trouve à l'écart des autres centres urbains, est le plus grand centre industriel et commercial du sud-ouest. Son développement a subi un ralentissement dû, notamment, à la limitation de la navigation sur le fleuve Yangtsé.

C'est à partir de 2003 qu'on pourra naviguer à nouveau sur le fleuve puisque les écluses seront alors opérationnelles. Le lac de retenue sera suffisamment profond pour accueillir des navires de fort tonnage De plus, comme toutes les habitations auront été détruites avant la montée de l'eau, il n'y aura aucun risque pour les embarcations de s'y heurter. Un autre point positif est qu'il sera possible de naviguer sur le fleuve jusqu'à neuf mois par année. Non seulement ce sera très avantageux pour l'économie de la région des Trois Gorges, mais le tourisme sera encore plus important, car bon nombre de personnes seront très intéressées à visiter le grand barrage.

Le tourisme

Au fil des années, le tourisme occupera une place de plus en plus importante dans le développement de la région. Depuis 1993, de nombreuses infrastructures touristiques ont été mises en place pour satisfaire les touristes.

Déjà, trois nouveaux sites touristiques ont été créés depuis le début de la construction du barrage des Trois Gorges. Le premier site s'appelle la zone de dérivation. L'endroit à visiter est à une vingtaine de kilomètres du barrage. On peut y admirer de célèbres paysages qui s'étalent des deux côtés du fleuve Yangtsé. Le deuxième site touristique est dans la région de Sixi. Celui-ci se concentre sur l'horticulture et possède une flore précieuse avec plus de 300 espèces de bambous. Enfin, il y a, dans la région de Zigui, le mont Phénix. Il permet aux touristes d'avoir une vue panoramique sur les travaux du barrage.

La surélévation du niveau de l'eau sur les affluents du fleuve Yangtsé formera plus de 120 îles. Ainsi, bon nombre de sites jusqu'alors difficiles, voire impossibles d'accès deviendront visitable par les touristes.

De plus, trois quais à vocation touristique seront construits sur le réservoir et ce, pour satisfaire la demande croissante. En effet, de nombreux voyageurs souhaitent voir le plus grand barrage au monde. Selon l'Ambassade de Chine en France, ces trois (3) quais, qui seront construits en amont du barrage à Maoping, Taipingxi et Xiakou, accueilleront approximativement 2,2 millions de touristes par année. Bien qu'elle était déjà grandement visitée, la région risque, selon les promoteurs, d'avoir une forte croissance touristique dû à ses paysages pittoresques et à la présence du barrage des Trois Gorges. Par conséquent, pour arriver à satisfaire tous ces nouveaux touristes, il faudra construire de nouveaux hôtels et de nouvelles infrastructures de support.

Production d'électricité

La production d'électricité qui a débuté en janvier 2003 est produite par 26 turbines. Celles-ci procurent de grandes quantités d'énergie aux villes, facilitant le développement. Certaines villes aussi éloignées que Shanghai attendaient avec impatience la réalisation du projet, car elles faisaient face à un manque d'électricité néfaste à leur développement. La centrale hydroélectrique a une puissance de 18 720 MW. Chacune des turbines de la centrale des Trois Gorges a un poids de 420 tonnes, une hauteur de 5,4 mètres et un diamètre de 10 mètres. Individuellement, elles sont assez puissantes pour alimenter en électricité environ 275 000 foyers chinois.

Présentement, la production électrique chinoise est essentiellement basée sur la combustion du charbon utilisé dans des centrales thermiques. Ces centrales sont une grande cause de pollution et en 1999, il a été déterminé que huit des dix villes dont l'air était le plus pollué au monde se retrouvaient en Chine. Ces villes étaient dans l'ordre, Taiyuan, Urumqi, Bejing, Shanghai, Shenyang, Chongqing, Xi'an et Guangzhou. Non seulement la Chine est le premier producteur mondial de charbon, mais il en est aussi le principal consommateur. La combustion du charbon émet des polluants tels que le dioxyde de carbone, le dioxyde de soufre et des oxydes d'azote, provoquent des pluies acides, affectent la couche d'ozone ainsi que la santé des citoyens.

De nombreuses centrales thermiques se trouvent près de la ville de Shanghai. Comme elles polluent l'atmosphère sur un grand territoire, quelques-unes seront sûrement fermées suite à la production d'électricité aux Trois Gorges. C'est très intéressant pour la protection de l'environnement, car la production d'énergie grâce à la force hydraulique ne provoque aucun gaz à effet de serre. Pourtant, même si l'on voit beaucoup d'avantages à cette énergie verte, un grand nombre de personnes demeure toujours hostile. Ceux-ci pensent que l'énergie produite par le barrage sera très chère, qu'il faudra la transporter sur de longues distances et que de toute manière, puisqu'il faudra attendre une douzaine d'années, le projet ne pourra résorber le manque d'électricité à court terme. (Est-ce valide puisque la production électrique a déjà débuté?)

Figure 5. Adduction de l'eau du sud au Nord de la Chine.

Le projet des Trois Gorges ne se termine cependant pas là; au contraire, il ouvre la porte à un tout nouveau projet tout aussi audacieux : celui de l'adduction de l'eau du sud vers le Nord.

Transfert de l'eau

Un autre point très important est le transport de l'eau du réservoir vers le nord. Il a été estimé que la Chine a suffisamment d'eau douce pour faire vivre de façon durable la moitié seulement de sa population actuelle, soit 650 millions d'habitants (Hinrichsen et al., 1998). Comme le sud reçoit plus de précipitations que le nord, il y a un important manque d'eau dans le nord de la Chine. Ce manque d'eau menace la production alimentaire, entrave le développement économique et endommage les écosystèmes. Il est donc vital pour les régions qui souffrent de pénuries que cette ressource puisse y être acheminée.

La mise en œuvre de ce méga projet de l'adduction des eaux du Sud vers le Nord a tout juste débuté le 27 décembre 2002. Celui-ci permettra aux régions concernées de renforcer et d'étendre leurs industries et leur agriculture. Il permettra de plus d'accroître la prospérité économique, de créer de nouveaux emplois et d'améliorer les conditions de vie des populations des régions touchées par le projet. Mentionnons que comme le barrage des Trois Gorges, la construction de ce système d'adduction aura comme conséquence le déplacement de certains groupes de population.

Ce gigantesque projet illustré sur la figure 6 consiste à creuser pour le transferts d'eau du sud vers le nord trois imposants canaux de drainage : oriental, central et occidental. Il permettra la communication entre quatre fleuves soit le Yangtsé, le Huaihe, le Huanghe ou fleuve Jaune et le Haihe ( Le Quotidien du peuple en ligne, 30 décembre 2002, Marie, 2002 et Ambassade de Chine, 2001).

Le canal occidental est situé à l'est. On y pompera de l'eau du fleuve Yangtsé pour l'amener vers Tianjin et Bejing en suivant l'ancien Grand canal. On entend ainsi détourner 600 m3/s du Yangtsé. À partir de la province de Hubei, on pompera de l'eau du Yangtsé pour la conduire graduellement vers le nord en suivant le canal central nouvellement construit. On prévoit le prélèvement de 1 300 m3/s d'eau.

Enfin, l'itinéraire ouest consiste quant à lui à amener de l'eau du Yangtsé vers le fleuve jaune, c'est-à-dire construire un barrage et un réservoir sur les trois rivières, soit Tongtian, Yanlong et Dadu, affluent à la limite du Quighai et du Shichuan. Il faudra creuser un tunnel viaduc, car la topographie de ces régions montagneuses rend ardue le détournement de l'eau.

Le coût du projet est énorme. On estime que la construction de ces canaux sera terminée vers le milieu du 21e siècle et qu'il en coûtera 59 milliards de dollars US. Ce grand concept avait déjà été avancé par le président Mao Zedong le 30 octobre 1952. Il avait alors dit : " Le Sud du pays est abondant en eaux tandis que le Nord en manque beaucoup. Si c'est possible, on pourra emprunter un peu d'eau du Sud au Nord ". Mais cette idée a disparue des préoccupations officielles au début des années 1980 pour laisser place aux débats sur le projet des Trois Gorges. Les régions qui bénéficieront le plus de ce projet sont les provinces de Hebei, Jiangsu, Shandong et Shanxi, Shaanxi, Qinghai, Ningxia, Gansu et la Mongolie intérieure. Des villes comme Beijing et Tianjin tireront un grand profit de ce nouvel apport d'eau (Quotidien du Peuple en ligne 30, décembre 2002).

Les inondations au Sud et les sécheresses au Nord sont à la base des raisons pour lesquelles l'adduction de l'eau du Yangtsé pour alimenter les régions septentrionales est si importante. Il consiste à assurer un développement harmonieux économique, social et écologique entre les deux grandes zones.

Conclusion

Le projet d'un barrage aux Trois Gorges hante les esprits chinois depuis très longtemps. Il y a maintenant presque un siècle, Sun Yat Sen, le fondateur de la République de Chine, souhaitait voir construire un barrage à cet endroit afin d'améliorer le potentiel de navigation du Yangtsé et d'assurer un meilleur usage des ressources du fleuve. Plusieurs décennies de tergiversation ont suivi et ce n'est qu'en 1959 que le projet des Trois Gorges a finalement été approuvé. Sa construction a débuté en 1993 et sa réalisation devrait être complétée en 2009. Depuis le début des années 1990, plusieurs études ont porté sur les impacts du projet et celles-ci ont montré que les retombées de la construction du barrage pouvaient être autant positives ainsi que négatives

Les retombées positives

Même s'il a fallu pratiquer la déforestation le long du fleuve Yangtsé, les experts prévoit que la vie écologique reprendra son cours habituelle et même sera améliorée. Il n'y aura plus d'inondation donc moins de pertes de vies humaines et moins de dommages matériels. De plus, grâce à la production d'hydroélectricité, il n'y aura moins de gaz à effet de serre généré en Chine.

Au point de vue social, il y a aura une baisse considérable des pertes de vies relié aux inondations ce qui est extrêmement encourageant. Pour ce qui est des populations déplacées, certains auront la chance d'être logées dans de nouvelle habitation.

Enfin le secteur de l'économie est celui où il y a le plus de retombées positives. Un nombre important d'infrastructures destinées à l'industrie du touriste seront édifiées. De nombreux emplois directs ou indirects seront créés et la navigation fluviale sera améliorée, ce qui permettra un plus grand achalandage de marchandises. La production d'électricité par la centrale des trois Gorges procurera une énorme quantité d'énergie, ce qui alimentera de nombreuses villes. Les régions qui étaient jadis aux prises avec de graves inondations, pourront ainsi se développer. De plus, grâce au barrage des Trois Gorges, d'autres projets pourront être mis de l'avant comme celui de la construction de canaux pour l'adduction de l'eau du sud de la Chine vers le nord.

Les retombées négatives

Le problème majeur relié au barrage des Trois Gorges est la destruction d'habitat. De nombreuses espèces animales et végétales risquent de disparaître. C'est le cas du dauphin Baiji dont la population est déjà en déclin. De plus, les cultivateurs qui n'utilisaient jamais de pesticides pour leur récolte devront peut-être s'orienter vers cette alternative pour arriver à cultiver leur terre en perte de nutriments. Aussi, il y a les risques associés aux tremblements de terre. Quoique fortement improbable, une rupture dubarrage suite à un tel cataclysme aurait des conséquences incalculables sur les villes et les populations en aval de celui-ci.

Le point de vue social comporte également des désavantages. Un grand nombre de gens qui habitaient dans des villes submergées ou à l'être, sont pour la plupart insatisfaits, puisqu'ils doivent être déplacés, la plupart du temps, à l'extérieur, voire même dans une autre province. Certains cultivateurs verront leurs terres et leurs maisons englouties sous l'eau. Le gouvernement leur viendra en aide mais, ils devront défricher de nouvelles terres, ce qui résultera en une attente de quelques années avant que celles-ci produisent de façon satisfaisante.

En ce qui concerne l'aspect économique, l'un des points négatifs c'est qu'il p y aura probablement des pertes d'emploi dû à la fermeture de centrales thermiques, puisque celles-ci produisent de l'électricité au charbon et occasionnent trop de pollution. Par ailleurs, même si l'on prévoit un plus grand achalandage touristique certains sites archéologiques et historiques seront à tout jamais perdus au fond du fleuve Yangtsé, ce qui constitue une grande perte quant à l'histoire de la Chine.


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VertigO no 4, vol 3