Présentation : un grand fleuve influencé par les
activités humaines
Le Saint-Laurent est le plus important cours d’eau du Québec
et l’un des grands fleuves du monde. En plus d’être au cœur de nos activités
économiques, il représente un habitat essentiel pour un grand nombre
d’espèces animales et végétales, possède un très bon potentiel
récréotouristique et constitue la source d’approvisionnement en eau potable
de près de la moitié des Québécois. L’urbanisation, l’industrialisation et
l’intensification des activités agricoles liées à un changement du mode de
production ont toutefois contribué, au cours du 20e siècle, à la
détérioration de la qualité de ses eaux. Au cours des 20 dernières années
cependant, des efforts financiers et techniques considérables ont été
consacrés à l'assainissement urbain et industriel. Ces interventions ont
permis une amélioration notable de la qualité de l'eau du fleuve, mais des
actions restent à entreprendre, notamment en ce qui concerne la désinfection
des eaux usées municipales et les débordements des réseaux d’égouts par
temps de pluie. Des efforts ont aussi été consacrés à la réduction de la
pollution d’origine agricole, notamment par la mise en place de programmes
visant à encourager l’utilisation de pratiques plus respectueuses de
l’environnement.
Le présent document dresse un portrait de la qualité de
l’eau du fleuve Saint-Laurent à partir des données recueillies au cours des
étés 2000 et 2001. La portée géographique de cette étude se limite au
corridor fluvial compris entre le lac Saint-François et l’île d’Orléans et
les données de qualité d’eau se réfèrent exclusivement aux paramètres
conventionnels (substances nutritives, matières en suspension, coliformes
fécaux, etc.). Ce document fait également le point sur l’évolution de la
qualité des eaux du fleuve depuis 1990 et tente de déterminer les causes des
changements observés. La qualité bactériologique de 16 sites potentiels de
baignade caractérisés au cours de l’été 2003 est également présentée.

Caractéristiques
générales
-
Source : Grands
Lacs;
-
Superficie du
bassin versant du Saint-Laurent et des Grands Lacs : 1 610 000 km2;
-
Superficie du
bassin versant des Grands Lacs : 770 500 km2;
-
Superficie du
bassin versant du Saint-Laurent à la hauteur de Québec : 1 025 000 km2;
-
Longueur du
tronçon fluvial en territoire québécois (Cornwall – Québec) : 400 km.
Caractéristiques
hydrographiques
-
de Cornwall
à Pointe-du-Lac : 0,3 à 1,0 m/s;
-
dans les
baies des lacs fluviaux : inférieure à 0,1 m/s;
-
dans les
rapides : de 1,5 à 2,8 m/s;
-
en aval du
lac Saint-Pierre : 0,6 à 1,5 m/s dans le chenal de navigation et
peut atteindre 3,0 m/s au moment de la marée baissante.
Plusieurs masses
d’eau, aux caractéristiques physico-chimiques naturelles bien
distinctes, s’écoulent côte à côte avant de se mélanger :
-
les eaux
vertes des Grands Lacs contribuent en moyenne à 80 % du débit du
fleuve à la hauteur de Sorel;
-
les eaux
brunes de la rivière des Outaouais contribuent en moyenne à 16 % du
débit du fleuve à la hauteur de Sorel mais, au moment des crues
printanières, elles peuvent constituer jusqu’à 50 % du débit;
-
les eaux de
mélange des tributaires de la rive nord et des Grands Lacs;
-
les eaux de
mélange des tributaires de la rive sud et des Grands Lacs;
-
les eaux
bien mélangées de la région de Québec.
Selon
l’importance décroissante du débit, on retrouve les rivières suivantes :
des Outaouais (1 937 m3/s), Saint-Maurice (700 m3/s),
Richelieu (374 m3/s), Saint‑François (219 m3/s),
Chaudière (137 m3/s), Batiscan (105 m3/s), Yamaska
(87 m3/s), Sainte-Anne (86 m3/s), L’Assomption
(79 m3/s), Nicolet (77 m3/s), Jacques‑Cartier
(74 m3/s), Bécancour (52 m3/s), Etchemin (37 m3/s)
et Châteauguay (33 m3/s).
Le Saint-Laurent est principalement alimenté par les Grands
Lacs et la rivière des Outaouais. Les contributions en eau de ces deux
grands bassins versants dépendent des conditions climatiques et de la
régularisation des eaux effectuée au barrage Moses-Saunders, à la sortie du
lac Ontario, et aux différents barrages situés sur la rivière des Outaouais.


Pressions humaines exercées sur le milieu
Environ 60 % de la population du Québec vit sur les rives du
Saint-Laurent entre Cornwall et Québec. La population des municipalités
riveraines du fleuve a augmenté de 300 000 personnes depuis 1990, pour
atteindre 3 300 000 personnes en 2001. Pendant la même période, la
population du Québec, dont 97 % vit à l’intérieur des limites du bassin
versant, est passée de 6 540 000 personnes à 7 322 300 personnes.
Les principales initiatives visant à réduire la
contamination des rivières et du fleuve Saint-Laurent auront été sans
conteste le Programme d’assainissement des eaux du Québec (PAEQ) lancé en
1978 et les autres programmes qui lui ont succédé. Ces interventions ont
permis l’interception, le traitement et, dans certains cas, la désinfection
des eaux usées autrefois rejetées dans le fleuve et les rivières. Ainsi,
aujourd’hui, plus de 98 % des municipalités desservies par un réseau
d’égouts sont dotées d’une station d’épuration. Le traitement des eaux
usées, presque inexistant au début des années 1980, est maintenant
généralisé.

Ces programmes d’assainissement auront permis en 20 ans de
réduire les rejets municipaux d’une façon importante. Les rejets de matières
organiques (DBO5) ont ainsi diminué de 72 %, les rejets de
matières en suspension (MES) de 78 % et les rejets de phosphore de 56 %.



Au cours des 20 dernières années, la
construction de plus de 600 stations d’épuration aura permis de diminuer les
rejets des municipalités de façon importante. Toutefois, des problèmes persistent à certains endroits à cause des
débordements des réseaux d'égouts par temps de pluie. Dans la plupart des
municipalités du Québec, les mêmes conduites évacuent les eaux de pluie et
les eaux usées domestiques. Au moment de pluies importantes, les stations
d'épuration ne peuvent recevoir toutes ces eaux, et des débordements d'eaux
usées non traitées mélangées à de l’eau de pluie s'ensuivent. Dans certaines
municipalités, de tels débordements peuvent se produire plus de 50 fois par
année, le plus souvent en été. Ces débordements contaminent les cours d'eau
et compromettent notamment les activités récréatives à cause de la
contamination bactériologique ainsi engendrée. Depuis 1980, les nouveaux
réseaux d’égouts sont de type « séparatif », c'est‑à‑dire que des conduites
séparées sont prévues pour évacuer les eaux pluviales vers les cours d’eau
et les eaux usées vers les stations d'épuration.
Une autre cause de contamination des eaux du fleuve
Saint-Laurent est le rejet d'eaux usées qui, même si elles ont été traitées,
n'ont pas été désinfectées. Au Québec, 60 % des eaux usées traitées sont
rejetées sans désinfection. À elles seules, les stations d’épuration de
Montréal, Longueuil et Repentigny, qui traitent 47 % des eaux usées de tout
le Québec, rejettent dans le fleuve Saint‑Laurent les eaux non désinfectées
de 2,2 millions de personnes.
Depuis les années 1970, diverses mesures ont été mises en
œuvre au Québec en vue d’assainir les eaux usées industrielles. Depuis le
début des années 1990, le Programme de réduction des rejets industriels
(PRRI) a permis une réduction importante des rejets des industries des pâtes
et papiers localisées le long du Saint-Laurent et sur ses affluents. Ainsi,
de 1981 à 2001, on a observé une réduction de 96 % des rejets de matière
organique (DBO5), de 87 % des rejets de matières en suspension
(MES) et de 39 % de la quantité globale des rejets d’eaux usées, alors même
que la production de cette industrie augmentait de 33 %. L’ensemble des
fabriques de pâtes et papiers a grandement réduit ses rejets, ce qui a
contribué à améliorer la qualité des eaux du fleuve.

Trois raffineries de pétrole sont actuellement en
exploitation au Québec et rejettent leurs effluents au fleuve. Entre 1975 et
1995, ces trois industries ont réduit leurs rejets d’azote ammoniacal de
810 tonnes/an à 67 tonnes/an et de matières en suspension de 446 tonnes/an à
262 tonnes/an. Si l’on comptabilise les rejets des quatre raffineries qui
ont fermé au cours de cette période, les rejets d’azote ammoniacal et de
matières en suspension étaient respectivement, en 1975, de 1 132 tonnes/an
et de 2 698 tonnes/an. Ces efforts d’assainissement combinés à ceux réalisés
par les autres industries visées par le programme Saint-Laurent Vision 2000
ont tous contribué à améliorer la qualité des eaux du Saint‑Laurent.
L’agriculture québécoise s’est grandement transformée depuis
1950. La production globale a augmenté en raison de la spécialisation et de
l’intensification des productions agricoles. Cette transformation de
l’agriculture a aussi entraîné une plus grande pression sur l’environnement
sous forme de rejets ou de modifications physiques du territoire et des
milieux. Depuis 1991, on note une augmentation des superficies en culture et
du cheptel. On observe, entre autres, une augmentation de 48 % des
superficies en maïs et de 46 % du cheptel porcin.

De façon générale, la pollution d’origine agricole affecte
plus fortement les tributaires que le fleuve lui-même, et ce, pour toutes
les formes de pollution (matières nutritives, contamination bactériologique,
matières en suspension et pesticides). Les activités agricoles sont, en
effet, beaucoup plus importantes à l’intérieur des terres, qui sont drainées
vers les rivières, que le long des rives du fleuve. De plus, étant donné le
débit élevé du Saint-Laurent, les différents contaminants qui le rejoignent
par les tributaires y subissent une dilution importante. Les impacts des
activités agricoles se font donc surtout sentir à l’embouchure des rivières
et dans leur zone d’influence. Les activités agricoles contribuent tout de
même à l’augmentation des concentrations de phosphore, d’azote et de
matières en suspension observées entre Montréal et Québec et à
l’eutrophisation de certains secteurs comme le lac Saint-Pierre où la
profondeur est faible et l’écoulement lent.

Usages de l’eau
Barrages
En plus des barrages servant à la régularisation des
eaux du fleuve, trois barrages hydroélectriques ont été érigés entre le
lac Ontario et l’île de Montréal : Moses-Saunders, Les Cèdres et
Beauharnois.
Au Québec, environ 45 % de la population puise son eau
potable dans le fleuve. On trouve 36 prises d’eau dans le corridor
fluvial entre le lac Saint-François et l’île d’Orléans :
Baignade
Plusieurs plages sont sous la surveillance du programme
Environnement‑Plage :
-
Salaberry-de-Valleyfield (2 plages au parc des îles de
Saint-Timothée);
-
lac Saint-François (plage du parc de la Baie-du-Village à
Saint‑Anicet et plage municipale de Saint-Zotique);
-
Trois-Rivières (plage du parc de l’île Saint-Quentin, à
l’embouchure du Saint-Maurice).
Navigation de plaisance
Il y avait 40 754 embarcations de plaisance enregistrées sur le
Saint-Laurent en 1988 (dernières données disponibles).
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Cornwall-Montréal |
Montréal-Grondines |
Grondines-Québec |
|
Nombre de marinas : |
25 |
10 |
4 |
|
Nombre de quais : |
15 |
11 |
7 |
|
Nombre de marinas et de quais : |
6 |
5 |
2 |
Pêche sportive
En 2000, plus de 78 000 pêcheurs sportifs ont mis leur ligne à
l’eau entre le lac Saint‑François et l’île d’Orléans. Les principales espèces
recherchées sont le brochet, la perchaude, le doré, l’achigan et le poulamon
atlantique.
Pêche commerciale
Entre le lac Saint-François et l’île d’Orléans, les
débarquements commerciaux totalisaient un peu plus de 800 tonnes en 2001 et
représentaient une valeur de 2,3 millions de dollars. Les principales
espèces pêchées sont la barbotte brune, l’anguille d’Amérique, la perchaude
et l’esturgeon jaune.
Navigation commerciale
Entre 1978 et 1996, le trafic maritime en provenance de
l’étranger, a peu changé et atteignait en moyenne 1 972 navires/an :
-
250 navires se rendaient jusqu’aux Grands Lacs;
-
1 048 accostaient dans un port du secteur fluvial;
-
674 accostaient dans un port du secteur marin.
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