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1942 Stalingrad I


Crée par Albanovic, 3116 lectures depuis le 11/02/2005

1942 Stalingrad Partie I :

AVEC LES COMBATTANTS DE L'ARMÉE ROUGE

Pour écrire l'histoire de la bataille de Stalingrad, l'écrivain britannique Ronald Seth a consulté les archives des deux adversaires, dépouillé correspondance et récits des combattants, interrogé de nombreux rescapés de la tragédie. II a tiré de son enquête un compte rendu au jour le jour de cet affrontement sans merci, le parsemant d'inoubliables portraits et de scènes étonnamment imagées. Voici, par exemple, ce que furent les efforts des défenseurs de la ville martyre.


Ruines de Stalingrad...



Pavlov et tous ceux qui prirent part à cette affaire se souviendront de cette date jusqu'à la fin de leurs jours.
Le 27 septembre 1942, dans la soirée, Zoukov, le commandant du bataillon, convoqua le sergent Pavlov à son P. C. installé dans une ancienne minoterie. II le conduisit devant le plan du secteur, accroché au mur, et lui montra l'emplacement d'une grosse bâtisse de quatre étages située à quelque 200 mètres de la minoterie et à la même distance de la Volga. Les Allemands l'avaient occupée pendant deux jours, mais au cours des douze heures qui venaient de s'écouler, un silence complet y avait régné et on n'y avait plus détecté aucun signe de vie.
Le commandant du bataillon n'eut pas besoin de développer ses intentions : Pavlov avait appris à deviner ce qu'on attendait de lui dès qu'on l'amenait devant une carte et qu'on lui indiquait un objectif. Il voyait donc très bien pourquoi le capitaine Zoukov attachait tant d'importance à la prise de cet édifice; il dominait entièrement une place publique et, bien que les Allemands occupassent toutes les maisons alentour, il leur serait presque impossible d'attaquer dans cette direction-là, à moins d'employer des blindés sur une grande échelle, et encore! La position avait un autre avantage : légèrement à l'écart des premières lignes, elle se présentait comme un redoutable point d'appui.
Pavlov regagna sa section et désigna trois hommes pour l'accompagner : Gloutchenko, un vétéran, Alexandrov, un petit homme trapu qui avait déjà participé à des coups de main avec Pavlov et Tchernogolov, autre spécialiste de ce genre d'opération.
En file indienne, les quatre hommes se mirent en route : Alexandrov le premier, Pavlov à 10 mètres derrière lui, puis Gloutchenko et Tchernogolov en serre-file. C'était la pleine lune, le temps était clair et les fusées qui, de temps en temps, étaient tirées par l'un ou l'autre des adversaires ne changeaient rien à la lumière froide ni aux ombres précises de cette nuit.

Les quatre hommes avançaient prudemment. Enfin ils atteignirent sans incident l'un des accès de la maison. Quoique le silence régnât à l'intérieur, Pavlov prit les précautions habituelles. Laissant Alexandrov et Gloutchenko en bas des escaliers pour surveiller tant l'entrée et la place que tout mouvement suspect provenant des étages supérieurs, Tchernogolov et le sergent inspectèrent le rez-de-chaussée sans y découvrir la trace d'aucune présence. Puis ce fut le tour des sous-sols où ils eurent la surprise de trouver tout un groupe de, femmes russes avec un ou deux vieillards et quelques enfants. Ces réfugiés avaient tenté d'arriver jusqu'à la berge de la Volga, mais les violents combats qui se déroulaient autour des points de passage les avaient empêchés de traverser. De ces caves, ils avaient fait leur abri. Pavlov sut d'eux que cette partie du bâtiment était vide mais que les Allemands occupaient l'autre côté.
Pavlov n'arrivait pas à comprendre pourquoi l'ennemi n'avait pas garni toute la maison et il en concluait que les civils se trompaient dans leurs renseignements. II rassembla ses trois hommes et, d'un bond, le petit détachement franchit les 15 mètres, éclairés par la lune, qui le séparaient de l'autre porte d'entrée. Pavlov, reprenant la tactique déjà utilisée, entreprit d'explorer le rez-de-chaussée avec Tchernogolov. Il n'avait pas fait trois pas qu'il distingua un bruit de voix allemandes provenant d'une pièce à l'autre bout du couloir. Faisant signe à Tchernogolov de le suivre, il longea le couloir à pas de loup, écoutant à chaque porte. II n'entendit rien d'autre que la conversation se poursuivant dans la pièce la plus éloignée.
A hauteur de cette pièce, il s'arrêta, prit une grenade à sa ceinture et la dégoupilla, puis, d'un seul mouvement, il entrouvrit la porte, lança la grenade à l'intérieur, et referma rapidement en tenant la poignée. Trois secondes. La porte éclata, le sol frémit. Avant même que l'écho de l'explosion eût

   cessé, il avait rouvert la porte d'un coup de pied et arrosé la pièce enfumée d'une rafale de mitraillette. La fumée se dispersa, et l'on vit trois cadavres de soldats allemands parmi les débris d'un mobilier naguère confortable. Sur le rebord de la fenêtre était posée une mitrailleuse battant la place.
Tchernogolov avait rejoint le sergent dans la pièce, suivi bientôt par Gloutchenko et Alexandrov.
Sur la place, des hommes couraient et criaient : les quatre Russes coururent à la fenêtre et virent une douzaine d'Allemands qui se hâtaient vers l'autre extrémité de la place. Pavlov sauta sur la mitrailleuse, intacte malgré l'explosion; une bande y était déjà engagée et Pavlov n'eut qu'à faire feu sur les fuyards. II en abattit plusieurs.
Il laissa Alexandrov dans la pièce et dit à Gloutchenko de retourner à la porte d'entrée; puis il monta dans les étages supérieurs en compagnie de Tchernogolov. Dès la première pièce où ils pénétrèrent, ils se rendirent compte qu'il ne restait plus un seul Allemand dans toute la maison; des chaises renversées autour d'une table, sur la table même, une gamelle de soupe brûlante indiquaient clairement que les anciens occupants avaient fui en un clin d'oeil.
Après avoir visité les quatre étages de fond en comble avec, partout, la même impression de départ précipité, ils descendirent au sous-sol. Ils y trouvèrent un certain nombre de civils et deux soldats de l'armée rouge blessés sous la protection d'un infirmier militaire nommé Kalinine.
Pavlov et ses trois hommes, accompagnés de Kalinine, se rendirent à la troisième entrée du bâtiment. Là encore, ils trouvèrent des civils qui leur annoncèrent que les Allemands avaient évacué cette partie de la maison depuis plusieurs jours. Pavlov nomma une femme responsable de ce groupe et promit de revenir dès qu'il le pourrait pour examiner
ce qu'il convenait de faire d'eux. Puis on s'en retourna dans l'aile que les Allemands venaient de quitter.
Les cinq Russes se mirent à aveugler les fenêtres au moyen de meubles, en laissant d'étroites embrasures pour tenir la place sous le feu de leurs armes. Lorsque ce travail fut achevé et qu'un factionnaire eut été placé à chaque meurtrière, Pavlov se tourna vers Kalinine qui, ayant aidé ses compatriotes à barricader les ouvertures, se demandait à quoi il pourrait encore servir.
Camarade, veux-tu porter un message?
Kalinine accepta. Le message disait ceci : Au capitaine Zoukov, commandant le bataillon. Maison occupée. Attendons ordres ultérieurs. Le 27-9-1942. Sergent Pavlov.
A peine l'infirmier était-il sorti qu'on se mit à tirer depuis l'autre bout de la place. Pavlov pensa tout de suite que le pauvre Kalinine était l'objet de cette fusillade et qu'il y avait peut-être lieu d'envoyer Alexandrov avec un message identique, quand il entendit Gloutchenko crier par la fenêtre de la rue voisine. Pavlov se rua vers son propre poste et il aperçut plusieurs Allemands qui rampaient sur la place baignée de lune. II en compta quinze.
" Gloutchenko, tu m'entends? Cria-t-il.
Oui, camarade sergent.
Bon! On ne tire pas avant mon signal! Fais passer aux deux autres. "
Gloutchenko retransmit la consigne.
Pavlov était sûr qu'à un moment donné les Allemands se remettraient debout et qu'ils franchiraient d'un bond les derniers mètres. Ce serait alors qu'il faudrait les cueillir.
Tout en guettant les Allemands, Pavlov pouvait à peine s'empêcher d'éclater de rire aux attitudes grotesques des rampeurs. Certains d'entre eux paraissaient se livrer à quelque danse érotique à laquelle la lumière de la lune, froide et nette, conférait une allure obscène: d'autres ressemblaient à des nageurs plongés dans une eau pas assez profonde pour les porter. En se tortillant de la sorte, ils progressaient lentement. Pavlov sentit que l'instant décisif approchait. II était sûr que les Allemands s'étonnaient que les nouveaux occupants de la maison n'eussent pas encore ouvert le feu. Peut-être pensaient-ils, peut-être espéraient-ils que le bâtiment serait vide.
Pavlov leva lentement sa mitraillette et visa, le doigt un peu crispé sur la détente. Soudain, l'un des Allemands poussa un cri et tous se dressèrent et bondirent vers l'avant.



A cet instant précis, Pavlov hurla : " Feu! " et les quatre mitraillettes crachèrent leurs rafales sur les Allemands, surpris dans des postures ridicules. Six d'entre eux avaient été foudroyés et les autres s'étaient allongés, hésitants. Qu'allaient-ils faire? Avancer ou battre en retraite? Pavlov attendait, prêt à recommencer le tir. L'un des Allemands se souleva à demi sur un genou et s'effondra tout de suite sous les balles des quatre armes russes. C'en fut assez pour ceux qui restaient : ils firent volte-face et se remirent à ramper dans la direction d'où ils étaient arrivés.
Pendant un bon quart d'heure, il y eut une accalmie, puis les Allemands revinrent à la charge. Une fois de plus, ils se heurtèrent au feu meurtrier de Pavlov et de ses trois camarades et repartirent en laissant de nombreux morts sur le terrain. Pavlov ne se rappelait pas de position défensive plus favorable depuis qu'il était dans la ville. Après de telles pertes, les Allemands auraient dû renoncer à prendre la maison par une attaque frontale. A chaque nouvelle vague d'assaut lancée â travers la place au cours des trois heures qui suivirent, Pavlov se renforçait dans l'idée qu'un des officiers allemands du secteur, sévèrement réprimandé pour avoir perdu une aussi bonne position, s'obstinait à la reprendre et risquait inutilement la vie de ses soldats.
Le jour se leva, mais il n'était pas question de dormir. Bien des gens depuis lors se sont étonnés que les hommes de Stalingrad eussent si peu dormi pendant la bataille. A vrai dire, eux-mêmes n'auraient pas su expliquer le phénomène. Ils se battaient la nuit et, souvent aussi, dans la journée. Quand ils ne se battaient pas, ils guettaient ou bien consolidaient leurs positions. " Nous dormions quand nous pouvions, dans n'importe quel recoin, toutes les fois qu'il ne fallait pas combattre, guetter ou travailler. Le sommeil durait une demi-heure, une heure de suite tout au plus. Nous nous étions accoutumés à ces petits sommes. Oui, c'est vrai, il nous arrivait d'être éreintés, mais, en général, nous n'avions guère le temps de songer à notre fatigue. " Voilà tout ce que l'on tire des hommes qui vécurent cette bataille.
Selon ces principes, Pavlov occupa ses hommes à améliorer leur blockhaus improvisé. Une des premières choses à faire était d'abattre les murs séparant les caves les unes des autres. On acquerrait ainsi une plus grande liberté de mouvement, ayant la faculté de passer indifféremment d'une partie à l'autre de la maison par les sous-sols sans avoir à circuler à l'extérieur.
En attendant que le ravitaillement arrive, il faudrait "se contenter des restes des Allemands. Il y avait la gamelle de soupe et du pain. Dans une des autres pièces, Tchernogolov découvrit un petit sac de farine et du sel : Pavlov malaxa la farine avec de l'eau tirée d'une citerne et confectionna des " galouchky " (espèce de ravioli). Le premier jour donc, ils se nourrirent de galouchky, de soupe et de pain.
Pavlov se demandait ce qui avait bien pu arriver à Kalinine. Soudain, Tchernogolov, qui faisait le guet, repéra un certain nombre de formes qui se glissaient vers la maison, provenant non, pas de la place, mais des bords de la Volga. Pavlov fit reprendre leurs postes de combat à ses hommes.
Ne tirez pas sans ordre, leur dit-il je ne suis pas sûr, mais je crois bien que..., peut-être...
Lorsque la ligne rampante fut à portée de voix, il cria :
" Qui va là?
Ravi de te voir, mon vieux! " Fut la réponse, et Pavlov reconnut la voix d'Afansieff. Celui-ci commandait le détachement de renfort envoyé par le capitaine Zoukov, qui avait bien reçu le message confié à Kalinine.
Pavlov se précipita à l'entrée pour les accueillir. Il y avait l'élégant Elie Voronov, l'un des meilleurs mitrailleurs du régiment, Sabgaïda, Demtchenko et Dovjenko, tous trois ukrainiens comme Gloutchenko, et qui apportaient une mitrailleuse. D'autres encore, avec en tout trois fusils antichars et deux mortiers, sans compter les mitrailleuses.
   Maintenant, ils étaient vingt au lieu de quatre pour défendre la maison, avec assez d'armes pour la transformer en une véritable forteresse. Pavlov se sentait soulagé. Avec de tels hommes et de telles armes, on pouvait résister à la vie armée allemande tout entière.
Devant un pareil changement de la situation, il fallait s'employer à rendre la position inexpugnable. On commença par poster les armes lourdes. Puis, comme on jugeait devoir séjourner quelque temps dans ce bâtiment, on ne négligea pas d'apporter un peu de confort aux locaux d'habitation. Dans les sous-sols, on établit une sorte de P. C. pour Pavlov et une pièce commune pour les autres,
avec deux tables pour les repas, un lit pour Pavlov et, près de la porte, un bureau avec deux chaises et un fauteuil, emprunté à l'un des étages supérieurs et bientôt connu sous le nom de " trône de Pavlov ". Il y avait bien aussi un phonographe, mais on n'avait trouvé qu'un seul disque qu'on fit jouer en permanence jusqu'au moment où, les sillons étant faussés, la mélodie devint méconnaissable et même perdit toute nature musicale.
Cette salle commune avait d'autres fonctions que celles de P. C. et de réfectoire ; le long d'un des murs étaient soigneusement empilées toutes sortes de munitions. De l'autre côté étaient disposés des pioches, des pelles et autres outils de terrassement.
Pour approvisionner cette petite armée, il devenait urgent de creuser un boyau de communication avec le P. C. du bataillon, de sorte que les roulantes pussent envoyer des repas chauds sans trop de danger. Depuis leurs positions de l'autre côté de la place, les Allemands observaient l'activité fébrile des soldats soviétiques avec une vigilance accrue, sans d'ailleurs intervenir les deux premiers jours. Avant d'ouvrir le boyau,
Pavlov sema de mines les abords de la maison de façon à se prémunir contre toute attaque brusquée de l'infanterie ennemie.
On passa cinq nuits à creuser le boyau. Les hommes se plaignaient, quoique Pavlov les relevât souvent. Ils préféraient cent fois le combat à ce labeur ingrat. Au début, les Allemands tirèrent sur ces sapeurs improvisés. Alors, pour protéger ses hommes, Pavlov fit transporter dans la rue tout le mobilier de la maison et on l'entassa à la manière d'une barricade, à l'abri de laquelle on pouvait creuser sans danger. Les Allemands tirèrent à balles incendiaires et mirent le feu à cet écran protecteur. On réussit pourtant à maîtriser l'incendie et les travaux se poursuivirent jusqu'à ce qu'on eût atteint une profondeur suffisante qui annulât les néfastes effets du tir ennemi. Pavlov expliqua : " Nous n'aurions jamais pu terminer cet ouvrage aussi rapidement si les femmes, réfugiées dans la cave, ne nous avaient aidés, ce qu'elles firent toutes, sans rechigner devant la besogne. "
Et puis, on installa une ligne téléphonique reliant la maison avec le P. C. du bataillon! Tous les soirs, on téléphonait le rapport au commandant.
En peu de temps donc, la petite garnison s'était installée dans son blockhaus, chacun exécutant les tâches pour lesquelles il était le mieux qualifié, en dehors des activités normales du service. Ainsi, Tourdiev, le Tadjik. Lorsqu'il n'était pas de service, il montait au grenier avec son fusil et il s'amusait à faire des cartons sur tout soldat allemand qui avait le malheur d'apparaître dans son champ de tir. Il se vantait, à bon droit : " A chaque cartouche, un Allemand mort! "



Quant aux civils des sous-sols, Pavlov se serait bien passé d'en être le protecteur. Quand les Allemands canonnèrent la maison, à partir du troisième jour - jamais d'ailleurs leur feu ne fut aussi puissant que ce jour-là; en moins de deux heures, ils tirèrent près de cent obus - il fit descendre les réfugiés à l'abri dans les égouts avec ordre de ne revenir à la surface qu'après la fin du bombardement. Parmi ces gens se trouvaient deux jeunes garçons, Djenya, un blond frisé de quatorze ans, et son frère Timocha, d'un an son cadet. Ils se présentèrent un jour à Pavlov et lui annoncèrent leur intention de se battre. Quand il refusa, leur mère protesta : " Pourquoi pas? Il y a certainement quelque chose à leur donner à faire! " Il accepta de leur confier le transport des munitions.
Les accalmies étaient rares: tous les moments de répit servaient à échafauder des stratagèmes qui rendissent la vie intenable aux Allemands. L'histoire des fusées est à cet égard significative. La Luftwaffe continuait à envoyer des bombardiers au-dessus de la ville. Dans ce secteur, les raids étaient rendus malaisés par la proximité des deux adversaires, si bien que les pilotes ne pouvaient pas être sûrs de leurs objectifs. Pour y remédier, les Allemands tiraient des fusées de couleur, balisant ainsi la ligne du front.
Pavlov et ses hommes avaient remarqué ces fusées et qu'elles partaient d'une maison située à moins de 100 mètres de la leur. Si proche même que, bien des fois, ils pouvaient entendre les Allemands leur crier : " Ah! Rousskis, réveillez-vous! Il est l'heure d'allumer le fourneau! " A quoi un des Russes finissait toujours par répondre : " Notre fourneau, il est allumé, merci! Bientôt on va vous envoyer des beignets à la mode de Stalingrad ", lesquels beignets avaient généralement la forme d'obus de mortier, des mortiers en batterie dans l'une des caves.
Un jour, les Russes de Pavlov contemplaient ces fusées. Quelqu'un suggéra alors que l'astuce serait de saboter ces signaux. Une seule chose à faire, qui était d'observer de quelle couleur étaient les premières fusées et en quelle quantité. Après quoi, on enverrait un signal identique, mais dans la direction de l'ouest, c'est-à-dire au-dessus des lignes de la Wehrmacht. Pavlov téléphona au commandant du bataillon et exposa l'idée. Il reçut tout de suite un pistolet spécial et des fusées de couleur.
La première fois qu'ils mirent le projet à exécution et bien que l'écart dans la direction des fusées ne fût pas bien considérable, ils eurent la joie de voir un chapelet de bombes tomber sur les positions allemandes. A quatre reprises, ils purent répéter la manoeuvre avec succès. Enfin, les Allemands se rendirent compte de l'origine de ces erreurs et les raids cessèrent sur cette partie de la ville.
Ainsi la maison de Pavlov jouait le rôle d'une énorme dent cariée dans la mâchoire germanique. Tant qu'elle subsistait, il était hors de question pour les nazis de sortir de leurs retranchements, ni d'un côté ni de l'autre. En désespoir de cause, ils devraient bien un jour monter une attaque massive pour l'éliminer. Aussi Pavlov avait-il mis sur pied un plan de résistance.
En effet, la première semaine d'octobre, les Allemands commencèrent leurs préparatifs. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la contre-offensive ne débuta pas par un intense barrage d'artillerie destiné à enterrer les Russes, mais par une opération psychologique. Des haut-parleurs furent installés et diffusèrent à longueur de journée un flot de propagande ininterrompu à l'usage de la maison de Pavlov, dans lequel les menaces alternaient avec les amabilités. Tantôt le speaker Allemand promettait que la maison serait calcinée jusque dans ses fondations, tantôt il implorait les défenseurs de se retirer avant qu'il ne fût trop tard.
La plupart du temps, ces tentatives de saper le moral des Russes étaient interrompues par de longues rafales de mitrailleuse.
Lorsque enfin, le 15 octobre à 9 heures, les Allemands déchaînèrent contre la maison de Pavlov une force d'artillerie qui passait en violence tout ce qu'ils avaient pu entreprendre jusqu'à ce jour, aucun des occupants de la bâtisse ne fut surpris outre mesure. L'apparition, vers 10 heures, de quatre chars lourds allemands, suivis d'une cinquantaine de fantassins portant des armes automatiques, ne suffit pas non plus à ébranler les hommes du sergent Pavlov. Les Panzers, dans un tintamarre effrayant, se portèrent à une centaine de mètres de la maison, s'arrêtèrent et tirèrent à hausse zéro, sans doute avec l'espoir d'abattre le mur extérieur.
En réalité, ils avaient commis une grave erreur en venant tout près du nid soviétique. Si proches, les pièces sous tourelle ne jouissaient pas d'un battement suffisant pour atteindre les étages supérieurs ou les sous-sols. Pavlov comprit quel parti on pouvait tirer de cette faute et regroupa ses hommes; il envoya les fusils antichars dans les sous-sols et les armes automatiques au grenier. En vingt ou trente minutes, les mitrailleurs russes semèrent la mort dans les rangs des fantassins allemands et Sabgaïda, l'Ukrainien, immobilisa l'un des blindés au moyen d'un projectile antichar. Les Allemands n'insistèrent pas et, remorquant le char endommagé, s'enfuirent à la hâte.
Pavlov s'attendait à ce qu'ils revinssent, sinon le jour même, du moins le lendemain. Mais comme on ne les vit ni le lendemain ni le jour suivant, il jugea chose assurée qu'ils organiseraient un baroud en l'honneur du 6 novembre, 25e anniversaire de la révolution d'Octobre.
La population de la maison, civils compris, - sans compter cependant le nombre variable de tireurs d'élite, observateurs d'artillerie et autres vedettes envoyés par le P. C. - était d'environ soixante personnes. Malgré le strict rationnement de l'eau, les réserves s'épuisaient très vite. Bien que chaque personne se rendant au P. C. eût pour mission de rapporter un seau d'eau, il devint bientôt nécessaire d'affecter un homme à cette seule tâche, laquelle comportait bien des dangers.

   Le boyau mesurait plus de 100 mètres de long et les Allemands en connaissaient le tracé exact. Pendant les heures du jour, ils le tenaient sous un tir constant de mortier. La nuit, les obus ne tombaient que par hasard dans le boyau, ce qui n'empêcha pas Alexandrov, un des trois soldats du détachement original, d'être assez grièvement blessé par des éclats au cours d'une de ces missions de ravitaillement en eau. Plusieurs civils se portèrent volontaires pour le transport du précieux liquide, mais la situation devenait chaque jour plus sérieuse à cet égard. D'ailleurs, le quarantième jour de l'occupation du bâtiment, à savoir le 5 novembre, le capitaine Zoukov téléphona à Pavlov pour lui demander d'évacuer tous les civils pendant la nuit. Si, d'une part, les soldats ressentaient un certain soulagement d'être débarrassés de cette responsabilité, d'autre part ils étaient peinés de voir partir des gens avec qui ils s'étaient liés d'amitié. Après avoir réuni leur maigre bagage, les civils forcèrent les soldats à accepter tous les vêtements, pull-overs, chaussettes et écharpes, dont ils pouvaient se passer. A la nuit tombée, des guides du bataillon arrivèrent et emmenèrent femmes, enfants et vieillards par les tranchées sur l'autre rive de la Volga où ils se trouveraient en sécurité.
Le lendemain, anniversaire de la Révolution soviétique, Pavlov et ses hommes, pleins d'anxiété, attendaient les Allemands, qui ne manqueraient pas d'attaquer. Or, la journée se déroula dans un calme surprenant. Les Allemands devaient s'attendre à une offensive soviétique et ils préféraient rester sur la défensive. Aussi, dans la soirée, ayant doublé les sentinelles, les Soviétiques organisèrent une petite cérémonie au sous-sol. Des officiers vinrent du P. C. du bataillon, on fit de brèves allocutions, on porta des toasts à la Révolution et à la victoire finale et on servit des rations spéciales. Le général Rodimtsev, commandant la 13e division de la garde, avait envoyé un message ainsi conçu : " Mes compliments à l'occasion du 25e anniversaire de la Grande Révolution socialiste. Je vous souhaite de nouveaux succès dans votre combat contre l'ennemi. Je vous félicite de votre courage dans l'exécution de la mission qui vous était impartie. Et rappelez-vous que tous les regards sont sur nous. Le 7-11-1942. Signé : Rodimtsev. "
Et ainsi la première semaine de novembre s'écoula, puis la deuxième, puis la troisième.
Le 19 novembre, à 4 heures du matin, la maison de Pavlov fut secouée jusque dans ses fondations par un tir de barrage d'une violence inouïe. Tous ceux qui reposaient sautèrent à bas de leur couchette et prirent leurs armes. Dehors, il faisait aussi clair qu'en plein jour. Quelqu'un dit enfin :
Mais, c'est notre artillerie!
Pourtant, personne n'osait exprimer l'espoir de tous.
A 4 h 20, le lieutenant Avaguimov, commissaire politique de la section mitrailleurs, arriva hors d'haleine :
Camarades, hurla-t-il, nous avançons!
Ces braves furent alors saisis d'une sorte de frénésie. Certains d'entre eux se précipitèrent même sur la place, mais Pavlov coupa court à ces manifestations.
Deux heures plus tard, le capitaine Zoukov téléphona :
Pavlov, tu as entendu? demanda-t-il.
Oui, à moins d'être sourd..., répondit Pavlov.
Nous avons progressé de 5 kilomètres. Puis ce furent des coups de téléphone toute la journée. Des émissaires accouraient :
" Nous avons avancé de 2 kilomètres..., 2 kilomètres de plus..., 2 kilomètres encore... "
Dans la soirée, on sut que les Soviétiques avaient repris 20 kilomètres.
Les trois jours qui suivirent furent marqués par une furieuse bataille. Tous les soirs, les Russes avaient gagné du terrain.
Les Allemands du secteur se comportaient bizarrement : ils étaient extrêmement discrets, à tel point qu'on eût pu croire qu'ils étaient partis. Pavlov appela le P. C. du bataillon pour demander s'il devait y aller en reconnaissance; à quoi on lui répondit d'attendre.
Enfin, le 24 novembre, 58e jour de l'occupation de la maison de Pavlov, le sergent reçut un message lui demandant de désamorcer le champ de mines, car une contre-offensive devait déboucher à hauteur de sa maison. On vit arriver trois sapeurs-mineurs à qui Pavlov montra la position des mines. Ils se mirent à l'oeuvre au nez des Allemands et la mission fut exécutée sans un coup de fusil.
A environ 100 mètres de la maison se dressaient les ruines noircies d'une ancienne laiterie, longue bâtisse en bordure même de la place. Une poignée d'Allemands s'y tenaient toujours et il fallait les en déloger.
Les Russes s'aventurèrent dans la laiterie par petits groupes. Les Allemands sortirent enfin de leur réserve et se mirent à tirer à la mitrailleuse et au mortier. Il fallut quatre jours pour les anéantir, quatre jours d'attaques et de retraites et de contre-attaques. Enfin, on chassa les Allemands jusqu'au dernier.
Aucun des défenseurs de la maison Pavlov ne sortit indemne de cette opération. Gloutchenko reçut une grave blessure à la jambe droite et Pavlov lui-même fut atteint, plus légèrement, il est vrai. Il se fit un pansement de fortune et put ramper jusqu'à sa maison.
Pendant la nuit, Pavlov fut transporté sur la rive gauche de la Volga avec les autres blessés et se retrouva en fin de compte à l'hôpital d'Engels. Sa blessure guérit rapidement. Bientôt il regagnait son unité et, avec elle, devait reconquérir l'Ukraine, avancer jusqu'à l'Oder, jusqu'à Stettin et... Berlin.

Dans l'histoire de cet homme est résumée l'histoire de la bataille de Stalingrad vue par les combattants soviétiques.

Fin de la première partie.


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