Formulaire 74 – 10 août 2004

Rapport de Machsom Watch pour le mois d'août 2004

Des cellules de prison ont été établies au barrage de Naplouse. Ce sont des bâtiments extrêmement étroits dans lesquels un seul prisonnier peut se tenir, debout ou accroupi, et munis de portes en fer. Quand la température grimpe, ces portes sont tellement chaudes qu'on ne peut même plus les toucher.

Quelques minutes après notre arrivée, les soldats ont mis une jeune Palestinienne dans une cellule, sous prétexte qu'elle les avait insultés et qu'elle avait été impertinente. La jeune fille était debout dans la cellule, elle regardait à l'extérieur par-dessus la porte en fer, criait et appelait. Nous lui avons donné de l'eau. Elle n'a été relâchée que près d'une heure plus tard, sur l'intervention d'officiers du bureau de coordination et de liaison. (Beit Ebba, 16/8/2004)

Nous avons vu un enfant de dix ans dans une cellule, la tête dépassant par la porte. Ses mains étaient menottées. Les gens bloqués au barrage ont raconté qu'un soldat entrait de temps en temps dans la cellule et frappait l'enfant avec la crosse d son fusil. L'enfant transportait des choses d'un barrage à un autre. Les soldats voulaient se débarrasser de lui, mais il leur échappait. Il a finalement été relâché, après des contacts avec l'organisation. (Barrage de Hawwara, 14/8/2004)

Voici quelques observations concernant le mois d'août 2004

Le comportement des soldats

Malgré les recommandations du rapport Spiegel, nous notons une dégradation sensible dans le comportement des soldats postés aux barrages. L'humiliation et l'irone ont remplacé la violence physique. Un barrage de sécurité est devenu un terrain de jeu où les Palestiniens sont les jouets, et les soldats les joueurs et le public.

Un homme bloqué au barrage a demandé à une soldate de l'autoriser à remplir une bouteille d'eau. Elle lui a fait signe de s'approcher de deux jerricans placés derrière elle. Mais, dès u'il eut rempli sa bouteille, un soldat est venu la lui prendre et l'a reversée par terre, en hurlant qu'il était interdit d'utiliser l'eau de ce récipient, réservé aux seuls soldats. Le récipient dans lequel il avait le droit de se servir se trouvait de l'autre côté de la route. (Hawwara, 26/8/2004)

Comme il y avait un couvre-feu au village de Beit Foreik, il n'y avait pratiquement personne au barrage. Les rares personnes qui le traversaient devaient au préalable avoir une petite interview avec le commandant du barrage pour s'expliquer. Le commandant leur posait des questions sur un ton extrêmement violent. Par exemple : « Connaissiez-vous Hanani (le terroriste qui a tué un agent de sécurité dans la colonie d'Etamar) ? Vous est-il arrivé de lancer des pierres sur des Israéliens ? Avez-vous dansé de joie en apprenant sa mort hier ? Fêtez-vous l'assassinat de juifs ? Etes-vous membre du Hamas ? Quand allez-vous arrêter d'assassiner des juifs ? », et d'autres questions. Bien sûr, les Palestiniens humiliés répondaient en fonction de ce qu'on attendait d'eux, et les autres soldats s'exclamaient : « Regardez comme ils nous mentent en face ! ». Les soldats se sont mis à lancer des insultes, avec enthousiasme et joie, et pas forcément en bon hébreu. A ce moment-là, deux soldats qui étaient partis à la poursuite d'une voiture suspecte sont revenus. Ils étaient en colère parce qu'ils n'avaient pas réussi à tirer sur la voiture, et maintenant, l'heure de la vengeance avait sonné. Ils ont décidé de punir le chauffeur d'un camion rempli de légumes, qui n'avait évidemment aucun rapport avec l'autre voiture. Ils ont décidé de l'obliger à vider toute sa marchandise, puis à la charger à nouveau sur son camion, pus à revenir en arrière. Et c'est ce qu'ils ont fait, avec l'air de dire : « Nous allons leur montrer ». (Beit Foreik, 14/8/2004)

Les conditions matérielles

Quelques améliorations ont été apportées, en conformité avec le rapport Spiegel, par exemple la construction de toits et l'installation de tuyaux d'eau. Des tourniquets en fer et des cellules en béton armé ont été installés aux barrages. Ces tourniquets sont tellement étroits qu'ils ne permettent même pas le passage aisé d'une femme enceinte, d'une personne portant un enfant dans ses bras, d'un homme chargé ou d'un handicapé. Les enfants sont obligés de s'éloigner de leurs parents, les bagages et les autres affaires traînent partout, et le désordre règne. Les tourniquets sont comme une souricière, et ils retardent le passage par le barrage. (Ces tourniquets existent dans un modèle plus large).

Beaucoup de femmes étaient bloquées autour du tourniquet, ne sachant pas comment l'utiliser (ne sont-elles jamais allées à un centre commercial ?...) Elles tentaient de passer à trois en même temps, et ne pouvaient plus ni avancer ni reculer. Leurs enfants étaient suspendus à elles. La confusion et la colère régnaient. Les bagages étaient pris entre les barres de fer. Tout cela, sans que les soldats y prêtent la moindre attention. (Hawwara, 26/8/2004)

Derrière les tourniquets s'entassent 200 personnes. C'est un spectacle effrayant : des femmes qui pleurent, des enfants pris au piège dans les tourniquets en fer, des hommes en colère… (Beit Ebba, 22/8/2004)

Les cellules récemment construites font environ 20 mètres carrés . Parfois, on enferme dans une seule cellule jusqu'à cent personnes et on leur demande de s'asseoir par terre ou sur des bancs cassés.

Le bureau de coordination et de liaison à Atsion

Nous avions déposé une demande à ce sujet auprès du président de l'administration civile, le général Eilan Baz. Un comité présidé par Afif Baigel a alors été mis en place, et nous avons reçu des promesses concernant une amélioration des services dispensés par les bureaux de coordination et de liaison.

En réalité, rien n'a changé au bureau de coordination d'Atsion. Les promesses n'étaient que de belles paroles creuses. Le bâtiment est trop étroit pour recevoir les centaines de personnes qui s'y rendent et qui se trouvent obligées de s'y entasser comme dans un coffre brûlant. Le système d'aération n'est pas adapté au strict minimum requis. En fait, l'aération n'est mise en route que si on le réclame instamment. Le réservoir d'eau ne fonctionne que par intermittence. La saleté et les mauvaises odeurs sont insupportables. Les horaires d'ouverture du barrage ne sont pas clairement déterminés, et ils ne sont pas annoncés.

Le barrage du Container

C'est un barrage interne, aux abords de Sawahreh. C'est le seul passage entre le nord et le sud de la Cisjordanie. Pour arriver à cet endroit éloigné et isolé, les Palestiniens sont obligés de se déplacer sur des routes difficiles. Les véhicules privés ne sont pas autorisés. Aux horaires de fermeture, la circulation est complètement bloquée, même pour les véhicules à caractère humanitaire.

Ces derniers temps, des travaux de construction à large échelle sont en cours au niveau de ce barrage, ce qui révèle l'intention de le transformer en barrage central et permanent. En réalité, ce barrage divise la Cisjordanie en deux parties.

Nous mettons de nouveau en garde

Bien qu la confiscation des pièces d'identité et leur perte soient contraires à la loi, cela reste un phénomène courant à tous les barrages. Nous avons été maintes fois témoins de ce phénomène et l'avons signalé, mais malgré tout, il reste vivace.

Le comportement anormal qui consiste à détenir des gens comme punition infligée par les soldats se poursuit sans être le moins du monde dénoncé. Y aurait-il un accord tacite de la part des hauts responsables ?

En conclusion : il n'existe pas de barrages « civilisés »

Si les soldats postés aux barrages se comportaient avec les gens qui les traversent comme avec des êtres humains égaux, il aurait été possible qu'ils se posent des questions sur la nature même de leur service (Amira Has, Haretz, 2/9/2004).

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www.machsomwatch.org

Rapport du mois d'août

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