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MARIO MACCAFERRI ET LES GUITARES SELMER

par François Charle

  S’il est une guitare fabriquée en France, qui par ses qualités va s’imposer dès sa création et aujourd’hui posséder une renommée internationale, c’est incontestablement la guitare Selmer. Créée au début des années 30  par Mario Maccaferri elle sera très vite adoptée par les premiers guitaristes de jazz français et anglais. Mais c’est bien sûr Django Reinhardt qui en fera la promotion tout au long de sa carrière. Il trouva tout de suite en elle l’instrument idéal à son jeu et ne jouera plus que sur ces guitares. Elle sera très vite et est encore complètement associée à son style. Les nombreux guitaristes influencés par Django utilisèrent et continuent d’utiliser les guitares Selmer, tant elles sont incontournables pour qui recherche leur sonorité si personnelle. On les verra également entre les mains des guitaristes des grands orchestres de jazz et de swing des années 30/40, dans celles des accompagnateurs de chanteurs comme Edith Piaf, Charles Trenet ou Yves Montand et auprès de l’accordéon des petites formations musette. Elles sont aujourd'hui très prisées et recherchées aussi bien par les collectionneurs que par les guitaristes partout dans le monde. 

     Mais tout commence au début du siècle avec un petit bonhomme au destin prometteur, fils d’une famille nombreuse du nord de l’Italie, qui n’apprécie guère le travail des champs. Il se révèle très vite plein de qualités artistiques, ses frères le surnomment très tôt le Professeur. 

 Mario Maccaferri (1900 - 1993)

     Mario Maccaferri est né en 1900 à Cento près de Bologne en Italie. Très jeune, en 1911, il devient apprenti luthier dans l’atelier du maître  italien Luiggi Mozzani, luthier et guitariste. Très influencé par Mozzani il suivra la même démarche que lui. En même temps qu’il apprend la lutherie, il étudie la guitare classique. En 1916 il entre à l’académie de musique de Sienne dont il ressortira diplômé. Il abandonne alors momentanément la lutherie pour se consacrer à une carrière de guitariste de concert. Ses tournées lui feront parcourir l’Europe. 

    En 1929 il réside à Londres où il donne des cours de guitare. Toujours  passionné de lutherie il rêve d’améliorer les qualités de la guitare, de construire une guitare plus sonore. Il fabrique alors quelques prototypes et dépose à Londres en 1931, un brevet d’invention relatif à l’adjonction d’un résonateur à l’intérieur de la guitare. 

    Cette année là il présente  ses dernières créations à Ben Davis qui dirige la succursale Selmer de Londres. Celui - ci le met immédiatement en rapport avec Henri Selmer à Paris, qui accepte l’idée de construire des guitares dans son usine d’instruments à vent qui est en pleine expansion. Fin 1931 M. Maccaferri est donc chargé de créer un atelier de construction de guitares au sein de l’usine Selmer de Mantes-la-Ville, près de Paris. L’atelier est assez rapidement installé sous les directives de Maccaferri qui dessine lui même les moules, les gabarits et donne toutes les instructions. 

    Dès cette époque les premières guitares sont produites et Maccaferri supervise la fabrication de chaque modèle. Maccaferri qui avait essentiellement  travaillé sur un modèle de guitare classique dut, à la demande de Ben Davis, se pencher sur les  modèles de guitares à cordes métalliques. Le jazz est en pleine expansion et la demande pour ce type de guitares se fait de plus en plus grande. A la création de l’atelier des guitares Selmer, début 1932, 2 types de guitares étaient donc proposés, celles pour cordes en boyau et celles pour cordes en métal. 

    Trois modèles pour cordes en boyau étaient fabriqués. Un modèle classique, un modèle "Espagnol" et un modèle "Concert". Ce dernier était le modèle fétiche de  Maccaferri, celui sur lequel il avait le plus travaillé. Il possédait une caisse assez volumineuse qui renfermait une caisse interne ou résonateur. Elle possédait un pan coupé, ce qui était une nouveauté pour l’époque et une large bouche en D qui  permettait au son de sortir du résonateur et de la caisse. Enfin quelques très rares guitares harpes, dont Maccaferri se servait volontiers en concert, furent fabriquées. 

    Par contre les modèles pour cordes métalliques étaient plus nombreux. Le modèle "Orchestre" ou plus communément appelé "jazz" fut celui qui remporta le plus de succès, c’est celui que Django adopta. Sous l’appellation "Orchestre" un modèle pour 4 cordes fut également fabriqué, ainsi que le modèle spécial "Eddie Freeman" qui était une véritable guitare à 4 cordes et non pas une guitare ténor. Enfin un modèle "Hawaïen" et un modèle "Ténor" étaient également disponibles. 

     En 1933 la production est opérationnelle et Maccaferri a moins besoin d’être présent à l’atelier. Il désire reprendre ses tournées en tant que guitariste et parcourt à nouveau l’Europe. Mais une dispute à propos de son contrat, semble-t-il, avec Henri Selmer le fait quitter définitivement la maison Selmer en 1934. 

    Lors de son séjour  dans les ateliers Selmer, il avait découvert et appris la technique de la fabrication des anches pour saxophone et clarinette. Il s’oriente alors vers cette nouvelle activité. Après avoir créé sa propre entreprise de fabrication d’anches à Paris, il part en 1939 s’installer  à New York. Les anches qu’il fabrique eurent immédiatement un vif succès et furent très appréciées des musiciens. Cette nouvelle société qu’il baptisa "French American Reed" est encore en activité aujourd’hui. C’est beaucoup plus tard, dans les années 50, qu’il fera construire des guitares en plastique, mais elles n’auront pas beaucoup de succès. Par contre il fabriquera et vendra plus de 9 millions de ukulélés en plastique. Jusqu’à sa mort en mai 93, toujours passionné de lutherie, il continuera inlassablement à travailler sur la mise au point d’un violon en plastique. 

    Si Maccaferri est finalement resté très peu de temps en activité chez Selmer, seulement deux ans, de 1932 à 1933, il reste néanmoins le créateur de l’atelier d’où sortiront ces guitares tant prisées. 

     Après le départ de M Maccaferri, la construction des résonateurs fut progressivement interrompue. Elle est trop compliquée, trop longue à réaliser et leur présence n’a pas réellement fait ses preuves. On dit que Django lui-même avait demandé qu’on l’enlève. Enfin, c’est un obstacle pour la réparation des éventuelles cassures de la caisse. C’est courant 1935, alors que Maccaferri a quitté la maison Selmer et que l’atelier est certainement désorganisé, que les premiers modèles avec la petite bouche ovale vont faire leur apparition. Quelques modèles intermédiaires verront le jour un temps mais en faible quantité. Très vite tous les autres modèles vont disparaître pour finalement laisser la place à l’unique modèle "Jazz", avec une petite bouche ovale, un manche étroit à 14 cases et une caisse sans résonateur. Il répond en fait à la demande des guitaristes qui ont besoin d’un manche plus fin offrant 14 cases hors de la caisse. Ce modèle sera fabriqué jusqu’en 1952, date à laquelle l’atelier des guitares Selmer cesse son activité. Ce modèle reste le plus connu des amateurs. Il peut toute fois paraître assez éloigné des conceptions de Maccaferri, qui n’en a d’ailleurs jamais revendiqué la paternité. Il en reste néanmoins l’architecte. 

Construction :

    Très inspiré par ce qu’il avait vu et appris chez  Mozzani, Maccaferri reprendra de nombreux aspects de la fabrication des guitares déjà pensés par Mozzani, comme le sillet de chevalet en deux parties, le pan coupé de la caisse, les renforts de manche. Par contre son soucis d’efficacité lui fera toujours préférer une lutherie  sobre mais élégante, ce qui reste l’apanage des grands luthiers. Sa principale innovation sera bien sûr l’adjonction d’une boîte de résonance fixée à l’intérieur de la caisse. Mais tout son mérite consistera à avoir créé le modèle "jazz" au moment où il n’en existait pas encore et où la demande se faisait de plus en plus grande. 

    Les principales caractéristiques des modèles "Selmer Maccaferri" étaient originales pour l’époque et firent très vite école. 

    Le manche  généralement en 3 parties de noyer  est renforcé par des réglettes en aluminium et offre 12 cases hors de la caisse. L’extrémité de la touche, du côté des cordes aiguës, se prolonge au-dessus de la rosace et permettait d’obtenir 24 cases pour la première corde. Il existe toujours une frette zéro et le sillet de tête ne sert qu’à guider les cordes. 

    Si le barrage de la table est en éventail sur les modèles classiques, celui des modèles pour cordes métalliques présente 4 barres horizontales principales. 

    La caisse qui est presque toujours en palissandre  plaqué ou en acajou, parfois en érable massif, renferme un résonateur. Ce résonateur, qui est la caractéristique principale des modèles Maccaferri, est en fait une chambre ou boîte de résonance placée à l’intérieur de la caisse. Une sorte de deuxième caisse collée sous la table et ouverte sous la rosace. Elle devait pouvoir vibrer sans aucune contrainte.  La large  rosace en forme de D si typique, avait été dessinée pour permettre au son enfermé dans le résonateur et la caisse de s’échapper. Pour certains guitaristes l’adjonction du résonateur apportait une qualité de son, notamment pour les modèles à cordes en boyau, mais pour d’autres la preuve n’était pas faite, surtout pour les modèles à cordes métalliques. 

    Pour les modèles à cordes en boyau, le chevalet est en ébène de type classique avec un sillet en 2 parties pour plus de justesse. Par contre le chevalet des  modèles à cordes métalliques n’est pas collé mais repose sur la table, comme sur les mandolines.  Il est entouré de 2 moustaches pointues qui sont collées sur la table. Elles ont un rôle esthétique et permettent de repositionner le chevalet rapidement. Différentes hauteurs de chevalet étaient proposées et permettaient d’ajuster facilement l’action et donc le confort de jeu. 

      Une autre innovation apportée par Maccaferri consistera à enfermer l’engrenage des mécaniques sous un capot. Elles deviennent plus fiables et plus résistantes,  ce principe très efficace est toujours utilisé. 

    Le cordier, original pour l’époque, des modèles à cordes métalliques fut pensé encore une fois par Maccaferri dans le même esprit que ceux utilisés sur les mandolines. Les  six plots ronds sont percés  pour accepter les cordes à boules ou à boucles et permettent le changement rapide des cordes. 

     Comme on l’a vu les ouvriers en charge de l’atelier abandonnèrent donc la fabrication des différents modèles "Maccaferri" ainsi que celle du résonateur. Ils  changèrent également la forme de la rosace qui n’avait plus besoin d’être aussi large. Elle devint plus petite et sa forme ovale reste une des caractéristiques de cette guitare. Puis très rapidement le manche sera plus étroit et  présentera 14 cases en dehors de la caisse.  Le barrage de la table sera  renforcé d’une barre horizontale  supplémentaire car la longueur des cordes fut allongée. L’extrémité de la touche ne surplombe plus la rosace mais devient concave et  s’arrête avant elle, offrant ainsi 21 cases. Par contre les autres caractéristiques de construction restent inchangées. 

Les marques

    Deux marques identifiaient les guitares Selmer. Une sur la tête, l’autre à l’intérieur de la caisse. Durant les deux premières années le nom de Maccaferri suivi d’un numéro de brevet était gravé au dessus du logo Selmer. Ensuite seul le logo apparaîtra, lorsque la maison Selmer poursuivra la fabrication des guitares sans la collaboration de Maccaferri. A l’intérieur de la caisse une étiquette était collée sur le fond. Sur cette étiquette figurait le numéro de la guitare et le nom du modèle. Après le départ de Maccaferri, son nom sur les étiquettes fut rayé à l’encre noire en même temps que son nom n’apparaissait plus sur la tête de la guitare. Lorsque seul le modèle Jazz 6 cordes, manche à 14 cases et petite bouche fut fabriqué, le nom du modèle n’était plus mentionné mais le numéro de la guitare était simplement répété. 

La production

    A côté de la production des instruments à vent de l’usine Selmer, la fabrication des guitares était accessoire. Elle ne représentait qu’une très faible partie de l’activité de la compagnie qui n’en faisait grand cas. Seuls deux carnets d’atelier ont survécu et nous donnent de précieuses informations, le premier sur la période avant guerre, le deuxième sur la période après guerre. La production des guitares commence  donc au début de l’année 1932 pour s’achever en 1952. 

     La production totale des guitares Selmer se situe  autour de 900 instruments. Sur ce total près de 200 sont des guitares  4 cordes et environ 200 des guitares  Orchestre et Concert de type Maccaferri. On peut donc estimer à environ 500 le nombre de guitares (non Maccaferri) modèle Jazz avec manche à 14 cases et petite bouche. Leur rareté aujourd’hui s’explique par la faible quantité des guitares produites et par l’engouement du public pour cette guitare. 

    C’est très tard par rapport aux américains et pas avant 1946/47, que Django cherchera à amplifier sa Selmer pour répondre aux nouvelles exigences de l’époque. Il adoptera finalement en 1948 le fameux micro magnétique Stimer, le ST48, spécialement créé pour cette guitare. 

    Si les modèles pour cordes en boyau n’eurent pas le succès escompté par Maccaferri, le modèle jazz se révéla  avoir une très grande personnalité. "Selmer Maccaferri" d’abord, "Selmer" tout court ensuite, rien ne la fait ressembler à une guitare jazz  à table bombée ou à une guitare à table plate. Le pan coupé n’existait pas encore sur les guitares  américaines. Elle est plus "rude" à jouer et ne possède pas la chaleur et la douceur des américaines, tant du point de vue de la sonorité que du jeu. Mais Django et ses condisciples lui trouvèrent les qualités dont ils avaient besoin pour s’exprimer. Elle sut résister aux assauts de leur jeu très puissant. La brillance, la profondeur des basses et la projection en sont ses principales qualités. Associée aux cordes Argentine, elle possède ce timbre si caractéristique qui donne toute sa couleur au jazz acoustique. 

     Dès son apparition elle eut un grand succès, mais son prix était plus important que le prix moyen d'une guitare de l'époque. Les autres fabricants de guitares subirent alors une forte demande de la part des guitaristes pour des guitares en copie. A cette époque de nombreux luthiers d'origine italienne étaient venus s'installer à Paris et fabriquaient, banjos, mandolines et guitares. Les premiers à avoir copié les guitares Selmer furent certainement Jacobacci et Di Mauro. Puis Busato, Olivieri, Anastasio, Pappalardo, Favino et quelques autres fabriquèrent leurs modèles. Certains luthiers de Mirecourt comme Patenotte et les frères Gérome firent également de nombreuses guitares à la manière des Selmer. Aujourd'hui  et après les tentatives japonaises, de nombreux luthiers aussi bien en France qu'à l'étranger continuent de les copier. Seul Maurice Dupont en réalisant de vraies copies s'approche des originales. 

     Les guitares Selmer sont aujourd’hui rares et  recherchées dans le monde entier. Django est devenu universel  et les guitares Selmer mythiques. Elles sont l’instrument incontournable des aficionados de Django et du jazz manouche. Elles sont enfin et à part entière, un des membres remarquables de la grande famille des  guitares nées au 20e siècle. 

     François Charle 
This article is taken, with François Charle's permission, from a wonderful book called Luthiers & Guitares d'en France, written collaboratively by  a number of authorities on French guitars, including Francis Cabrel, Muriel Ferstenberg, and Klaus Blasquiz. It documents, in rich photos and text, the work of more than fifty contemporary luthiers in France, and includes several historical articles, this being one. It is published by Editions Chandelle, and you can obtain a copy by checking in at the website of  R&F Charle
 
 


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