<FILE-date="2008/01/08/19">
<article-nb="2008/01/08/19-1">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1">  Pavel Lounguine dpeint, sur une le de la mer Blanche, un moine qui fait des miracles.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1">      D e Taxi Blues  Familles  vendre, les films du Russe Pavel Lounguine
    font dfiler une procession d'tres gars,  la recherche de leurs
    racines et d'une ligne de vie authentique. Nationalistes, migrs,
    descendants de victimes du goulag ou de la Shoah, chercheurs de tombes
    et bnficiaires d'hritages. Chacun dtermin  "rformer son me".
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Flics corrompus, buveurs de vodka frelate, artistes parasites, mafieux
    constituent la fresque picaresque dans le secret de laquelle le
    cinaste guette le sursaut rdempteur. Pavel Lounguine est un homme de
    foi.
 
    Rien de surprenant  le voir dpeindre les transes mystiques d'un moine
    orthodoxe dans L'Ile, son nouveau film, impressionnant par sa majest,
    la coexistence de l'humilit et de l'indiscipline. Si conversion il y
    a, elle est d'ordre esthtique.
 
    Flanqu d'un nouveau chef oprateur, Andre Jegalov, Lounguine oublie
    le style des farces frntiques pour une photographie  la fois austre
    et somptueuse, la palette des noirs et des bruns, des blancs et des
    bleuts, un lyrisme souffl par la nature. Paysage aride, de glace, eau
    et cris de mouettes. Le rythme aussi a chang. "Jusqu'alors, dit-il, je
    pensais qu'il fallait imprimer du mouvement, acclrer pour suggrer
    l'nergie dans l'image. L, je me suis rendu compte que plus on
    ralentissait, plus l'nergie tait forte."
 
    GURIR LES MALADES
 
    C'est sur une le perdue de la mer Blanche, dans l'Arctique, que se
    situe le monastre o le pre Anatoli fait des siennes. Ce moine
    perturbe la vie de la congrgation. Il est toujours en retard  la
    messe, o il arrive avec un seul pied chauss et braille au lieu de
    chanter. Iconoclaste, blasphmateur, il houspille le Pre suprieur,
    dont il envoie les bottes au feu pour le dbarrasser des biens
    matriels ("C'est dans les bottes d'vque que se nichent le plus de
    pchs"). Il vit  l'cart dans un taudis, ramassant du charbon pour
    alimenter la chaudire du monastre, tel Sisyphe.
 
    Selon une rumeur, il possderait le pouvoir de gurir les malades,
    d'exorciser les dmons et de prdire l'avenir. Les trangers le
    croient, qui ne cessent de venir le consulter. Anatoli met la foi de
    ces visiteurs  l'preuve ; il conduit une femme enceinte qui voulait
    avorter, fait le ventriloque devant une veuve pour lui prouver que son
    mari est vivant et qu'elle doit abandonner sa ferme pour le rejoindre,
    exige d'une mre venue avec un fils  la jambe gangrene qu'elle reste
    une nuit au monastre pour garantir le miracle.
 
    Humble, priant sans cesse le Seigneur d'avoir piti de lui, de le
    purifier, de ne pas l'abandonner, Anatoli a un secret. A 17 ans, il a
    tu un compatriote pendant la seconde guerre mondiale, sous la
    contrainte des SS (scne filme comme un cauchemar, o l'on ne voit pas
    les visages). Il est depuis min par la culpabilit, se considre
    indigne de l'intrt qu'il suscite. Vou  la prire, mi-fou
    mi-illumin, il s'est impos cette sorte d'emprisonnement pour faire
    acte de repentance et implorer un pardon pour pouvoir mourir en paix.
 
    Cet hallucin est interprt avec charisme par Piotr Mamonov,
    ex-chanteur rock, touch par la grce comme son personnage. Lounguine
    confie qu'il n'aurait pas tourn le film sans lui.
      __________________________________________________________________
 
    Film russe de Pavel Lounguine avec Piotr Mamonov, Viktor Soukhoroukov,
    Vika Issakova. (1 h 52).
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-2">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2">  Cdric Anger livre un premier film brillant, entre cinma amricain et Nouvelle Vague.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2">      U n titre tranchant qui convoque l'une des figures les plus uses du
    cinma, comme pour se demander ce que l'on peut faire, aujourd'hui,
    avec un tueur ? Une trame ultrasimple : un tueur  gages tue le temps
    en attendant d'excuter sa cible. Un acteur gnial, sous-exploit dans
    le cinma franais : Grgoire Colin, qui donne l'impression de s'amuser
    comme un enfant dans une immense salle de jeux. Le cinma ne requiert
    pas grand-chose d'autre, semble dire Cdric Anger qui signe avec Le
    Tueur un premier long mtrage enthousiasmant.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    EXCELLENT
 
                                                              
 
 
 
    Le film s'ouvre sous les auspices de la paranoa et de la surveillance.
    Un homme, Lo Zimmerman, financier de haut vol (Gilbert Melki), est
    suivi et film. Un autre, Kopas (Grgoire Colin), dbarque  Orly sur
    fond de musique punk, s'installe  l'htel. Il doit tuer le premier,
    mais ne semble pas press, explore sa chambre d'htel, zappe sur les
    chanes du cble, prend un bain en mangeant une pizza, visionne sur DVD
    les images de sa proie.
 
    En quelques plans et accessoires, deux rpliques au tlphone et une
    srie de petits gestes, un personnage est n. Kopas, jeune tueur
    franais du XXI^e sicle, charrie dans sa large veste en cuir une
    gnalogie de personnages un peu lourde  porter. Dou d'un bon sens de
    la repartie, il est immdiatement sympathique et s'avrera grand
    sentimental.
 
    La morbide parade de reprages peut commencer. Pour jauger son
    adversaire, il va  sa rencontre, dans son bureau, en se faisant passer
    pour un de ses clients. Mais Zimmerman est dj en alerte et,
    rapidement, ayant identifi son chasseur, provoque un coup de thtre
    sur le parking d'un supermarch dsert. L'homme d'affaires entre dans
    la voiture du tueur et ngocie avec lui un sursis d'une semaine - pour
    faire un dernier "gros coup de fric" qui assurera l'avenir de sa fille
    - tout en lui promettant de se livrer  l'heure dite. Droutant.
 
    FIBRE SENTIMENTALE
 
    Cette inversion des rles par laquelle la victime s'arroge la fonction
    de metteur en scne de sa propre mort fait basculer le film. Ds lors,
    celui-ci s'panouit sur des chemins de traverse jusqu'au passage 
    l'acte final - comme si ce temps gagn sur la vie du personnage ouvrait
    une parenthse de libert dans le genre du polar.
 
    Des nouveaux quartiers parisiens de Bercy et de la Grande Bibliothque,
    jusqu'aux galeries chinoises du 13^e arrondissement et aux lumires
    nocturnes de Montparnasse, le film entrane le spectateur dans un
    ailleurs o les rfrences cinmatographiques (de Melville  Ferrara en
    passant par Godard) se conjuguent avec des situations indites
    (dcouverte de fumeries d'opium souterraines en plein Paris, scne
    d'amour conjugale avec jouet sexuel).
 
    Le film est tendu par l'trange relation, quasi filiale, qui se noue
    entre le tueur et sa victime, ainsi que par une mise en scne prcise,
    foisonnante de dtails. Alors que l'on apprend que Lo est fait cocu
    par son associ (Xavier Beauvois) et qu'il se pique  l'hrone, Kopas
    rencontre Stella (Mlanie Laurent, en nuances acidules), en tombe
    amoureux avant de comprendre qu'elle est une call-girl mandate par
    l'homme d'affaires pour le maintenir occup.
 
    Ce film plein d'humour est servi par la belle photographie de Caroline
    Champetier et par la formidable prsence des acteurs. Cdric Anger
    russit son pari : inventer un cinma d'auteur nourri au lait du cinma
    amricain, comme l'ont fait, il y a cinquante ans, les cinastes de la
    Nouvelle Vague. Le Tueur est aussi un film  la fibre sentimentale, o
    se diffuse une grande tendresse.
      __________________________________________________________________
 
    Film franais de Cdric Anger avec Grgoire Colin, Gilbert Melki,
    Mlanie Laurent. (1 h 30.)
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-3">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3">  Le dangereux agitateur a t pris d&#38;#39;un accs bucolique. 
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3">      L e dangereux agitateur a t pris d'un accs bucolique. Avant de
    prsider le jury du 61^e Festival de Cannes, Sean Penn a fait, en guise
    de quatrime film, son retour  la nature. Into the Wild est adapt du
    rcit que le journaliste amricain Jon Krakauer a fait de la vie de
    Christopher McCandless qui s'essaya  la survie en milieu sauvage,
    quelque part en Alaska.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    POURQUOI PAS
 
                                                              
 
 
 
    Diplm de l'universit d'Emory (Gorgie) en 1990, McCandless a
    brusquement dsert la bonne socit sudiste (son pre tait ingnieur
     la NASA) dans laquelle il avait t lev. Aprs avoir fait don des
    24 000 dollars de son trust fund  l'ONG Oxfam, il a disparu, laissant
    sa famille sans nouvelle. Le fugitif a pris le pseudonyme d'Alexander
    Supertramp et sillonn l'ouest des Etats-Unis avant de partir vers
    l'Alaska. Ce lecteur de Tolsto et de Thoreau voulait passer l'preuve
    de la vie solitaire dans la nature. Le 28 avril 1992, un automobiliste
    le dposait  l'entre d'une piste entre Fairbanks et Anchorage.
 
    La conclusion de cette aventure solitaire a fait la "une" des journaux
    amricains mais Sean Penn refuse d'en faire le creuset de son film.
    Into the Wild n'est pas une tragdie mais une ode  cette tradition
    amricaine de la route qui va de Lewis et Clark  Jack Kerouac.
    Alternant la narration des quatre mois que McCandless a passs en
    Alaska et des croquis de sa vie sur la route, le ralisateur prend un
    plaisir extatique  filmer les paysages amricains, avec pour acolyte
    le chef oprateur franais Eric Gauthier, qui a fait ses preuves de
    routard sur le tournage des Carnets de voyage, de Walter Salles.
 
    En chemin, McCandless rconcilie deux vieux hippies dont le couple va 
    vau-l'eau, se fait presque adopter par un retrait solitaire et suscite
    le dsir d'une fille aussi belle que jeune. Tels que Penn les met en
    scne, ces rencontres ressemblent toutes  la visite que l'enfant Jsus
    fit aux docteurs du Temple.
 
    On ne comprend jamais pourquoi un tre aussi doux et aimable fuit la
    compagnie de ses semblables. Seuls les parents du rebelle, traits sans
    douceur  coups de flash-back, peuvent justifier sa misanthropie. Cette
    opacit du personnage tient sans doute aux limites de l'interprte
    principal, le jeune Emile Hirsch. Capable de communiquer l'exaltation
    qui saisit McCandless lorsque celui-ci dcide de descendre le Colorado
    jusqu'au golfe du Mexique, il ne laisse rien passer de ce qui a men
    son modle au bout de la piste.
      __________________________________________________________________
 
    Film amricain de Sean Penn avec Emile Hirsch, William Hurt, Vince
    Vaughn, Catherine Keener. (2 h 20.)
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-4">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4">  Succs d&#38;#39;dition mondial, &#38;#34;Death Note&#38;#34; devient un trange thriller pour adolescents.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4">      E n douze tomes, la srie de manga Death Note a tendu son emprise sur
    les adolescents de la plante (21 millions d'exemplaires au Japon, 400
    000 en France selon l'diteur local, Kana). Comment pourrait-il en
    aller autrement puisque le hros est un lycen qui trouve un jour un
    cahier gar par une divinit de la mort ? Si l'on y crit le nom
    complet d'une personne que l'on a dj vue, celle-ci meurt d'un arrt
    cardiaque (du genre de ceux qui font se tordre de douleur et grimacer).
    Un produit idal pour tous les clients de l'enseignement secondaire.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Le manga du dessinateur Takeshi Obata et du mystrieux scnariste
    Tsugumi Ohba fait tomber ce cahier entre les mains de Light, fils de
    policier destin  la magistrature, rvolt par l'impunit dont
    jouissent au Japon les criminels de toutes obdiences. En plus de cet
    instrument, Light gagne la compagnie du dieu de la mort qui en tait le
    propritaire, une crature grimaante qui voque certains musiciens
    britanniques de la fin des annes 1970.
 
    Le succs colossal de Death Note a entran son adaptation au cinma.
    La mme quipe a ralis en deux longs mtrages en prises de vues
    relles qui sortent simultanment en salles (le premier est ds
    aujourd'hui disponible en DVD), aprs avoir t distribus  cinq mois
    d'intervalle en 2006 au Japon. Ils avaient alors occup la premire
    place au box-office. L'occasion de voir en salles des films sur
    lesquels les Japonais se sont prcipits en masse est assez rare pour
    que la sortie franaise de Death Note veille l'intrt.
 
    Ces deux films n'en font qu'un, et les distinguer dans la critique
    quivaudrait  faire de chaque pisode des Vampires, de Feuillade, un
    film  part entire. De fait, le plaisir que procure la vision de ce
    long rcit qui met aux prises Light, le criminel, et L, l'adolescent
    dtective, est inscrit au tableau des stupfiants dans la mme
    catgorie que les grands feuilletons criminels. Les rebondissements
    sont abracadabrants, les personnages - mis  part les deux principaux -
    tombent comme des mouches, le rcit est ponctu de figures et de gestes
    rcurrents qui contribuent  une inquitante familiarit dans laquelle
    il fait bon se plonger.
 
    A cette jouissance immdiate, il faut ajouter l'exotisme japonais.
    Light et L incarnent deux types d'adolescents qu'opposent souvent les
    mangas : le brillant sujet et l'otaku, enfant sinistre  la limite de
    l'autisme dont il faut deviner la beaut et l'intelligence sous
    l'anomie. Il y a aussi les dieux de la mort surgis d'un pass
    ancestral, les procds de la police japonaise qui feraient aimer bien
    d'autres forces de l'ordre. Le tout est mis en scne avec une
    efficacit tlvisuelle bienvenue - elle pourrait presque passer pour
    de la sobrit.
      __________________________________________________________________
 
    Films japonais de Shusuke Kaneko avec Tatsuya Fujiwara, Kenichi
    Matsuyama. (2 h 06 et 2 h 20.)
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-5">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5">  L&#38;#39;acteur rput au cinma ou dans la vie relle pour ses rles de teigneux signe avec son quatrime long mtrage une histoire qui lui ressemble,  rebours d&#38;#39;une Amrique conformiste.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5">      L a couverture du livre tait trop belle pour ne pas tre utilise
    immdiatement : la photo en noir et blanc d'un bus, en pleine nature, 
    moiti recouvert par la neige. Puis le titre, Into the Wild, incrust
    en majuscules sur le clich, comme si les lettres faisaient partie du
    paysage. Ds le premier coup d'oeil, Sean Penn savait qu'il porterait 
    l'cran le rcit du journaliste Jon Krakauer. "Mon sang n'a fait qu'un
    tour. Je pensais en faire ma lecture du week-end, mais les images sont
    venues avec les mots. Je devais l'adapter." Cet impratif s'appuie sur
    un besoin. Une affirmation de Sean Penn se ponctue toujours avec une
    cigarette allume.
 
 
 
 
           Parcours
 
 
 
    1960
    Naissance  Santa Monica (Etats-Unis).
 
    1981
    Premier rle au cinma dans "Taps", d'Harold Becker.
 
    1991
    Ralise son premier film, "Indian Runner".
 
    2002
    Se rend en Irak quelques mois avant l'intervention amricaine.
 
    2004
    Oscar du meilleur acteur pour "Mystic River", de Clint Eastwood.
 
    2008
    Sortie, le 9 janvier, d'"Into the Wild", le quatrime film qu'il
    ralise.
 
                                                              
 
 
 
    Best-seller aux Etats-Unis, Into the Wild (Presses de la Cit, 312 p.,
    19 euros) relate un fait divers qui a dfray la chronique. En 1992, le
    cadavre d'un jeune homme, Christopher McCandless, tait dcouvert dans
    un bus abandonn en Alaska, loin de tout lieu habit. Ce dernier, fils
    de bonne famille, frachement diplm de l'universit, avait tourn le
    dos  une brillante carrire professionnelle et rompu tout contact avec
    sa famille pour sillonner, sous un nom d'emprunt, le sud des Etats-Unis
    avant de s'installer au coeur de l'Alaska.
 
    Sean Penn avait dj prouv un tel coup de foudre pour une autre
    couverture de livre. Celle du Chant du bourreau (Robert Laffont, 1980),
    de Norman Mailer, un document consacr  Gary Gilmore, le seul condamn
    dans les annales de la justice amricaine  avoir demand, en 1977, la
    peine capitale  sa propre encontre. Aussi nigmatique que celle
    figurant en couverture d'Into the Wild, la photo du Chant du bourreau
    montre un champ noirci par le crpuscule, un ciel rougi par le soleil
    couchant, et des poteaux tlgraphiques qui s'tendent  perte de vue.
    Il est facile d'y voir avec le recul ce qu'y a puis Penn. Cette vision
    d'une americana dserte et hante est devenue la signature visuelle de
    ses quatre films : Indian Runner , Crossing Guard , The
    Pledge  et Into the Wild (sortie le 9 janvier).
 
    L'itinraire d'un jeune homme refusant, comme dans Into the Wild, le
    confort d'une socit prospre pour retourner  l'tat de nature devait
     l'vidence fasciner un acteur qui n'a jamais rien fait comme tout le
    monde. Opposant dclar  George Bush, Sean Penn prend un malin plaisir
     visiter les pays placs sur la liste noire du prsident amricain.
    L'acteur s'est ainsi rendu en dcembre 2002 en Irak, juste avant
    l'invasion amricaine. Puis de longues semaines en Iran, voyage dont il
    a donn un rcit dtaill dans un reportage, publi en 2005 dans le San
    Francisco Chronicle. Le ralisateur d'Into the Wild se trouvait en aot
    2007 au Venezuela, o il a rencontr le prsident Chavez.
 
    L'entourage direct de Penn est, depuis toujours, tranger au
    show-business et se compose en grande partie d'crivains. Parmi eux, le
    dramaturge David Rabe et Charles Bukowski, qui a tenu, jusqu' sa mort,
    en 1994, un rle de pre spirituel pour le comdien. "Lui et sa femme
    ont t comme des parents. Nous tions trs souvent ensemble, c'tait
    dans les annes 1980, et ils ont rempli un manque." On ajoutera aussi
    le romancier Harry Crews, qui apparat brivement dans Indian Runner,
    et dont Penn avait tent d'adapter Le Roi du K.O. (Gallimard, 1999),
    l'histoire d'un boxeur qui se met K.O. tout seul dans les botes
    underground de La Nouvelle-Orlans.
 
    "Crews est le pote des marges. Sa langue me hante", reconnat Penn.
    Comme celle de Jon Krakauer dans Into the Wild. Il a d'abord entendu
    des sons, puis des murmures. Et ces murmures faisaient cho  un autre
    point crucial du livre. "L'itinraire de Christopher McCandless est
    ponctu par ses lectures : L'Appel de la fort, de Jack London, La Mort
    d'Ivan Ilitch, de Tolsto, Le Docteur Jivago, de Boris Pasternak.
    L'ide d'un voyage  travers un espace comme  travers les livres me
    sduisait puisque c'est ainsi que j'envisage une existence : parmi les
    livres."
 
    Choisir un livre est une dmarche rcente chez lui. Auparavant - avant
    d'atteindre la quarantaine -, il attendait davantage que les livres
    viennent  sa rencontre. C'est ainsi que s'tait mont The Pledge. A la
    recherche d'un roman policier susceptible de donner envie  Jack
    Nicholson, la star de son prcdent film, Crossing Guard, de
    retravailler avec lui, Penn s'tait vu proposer par son producteur La
    Promesse (Albin Michel, 1990), de Friedrich Drrenmatt. "Chaque tape
    de ma vie correspond  la lecture d'un livre. J'ai commenc par
    Salinger, puis Dostoevski. Crime et chtiment m'a hant. Les
    monologues de Raskolnikov sur la raison et la folie ont jou un rle
    dcisif dans ma carrire d'acteur."
 
    L'effet Dostoevski, avec cette fascination pour la psych torture
    d'un criminel qui l'accompagne, a aurol d'un astre malfique la
    carrire du comdien Sean Penn. Il s'est longtemps conduit en enfoir.
    A l'cran, s'entend. Ses rles dans Comme un chien enrag, de James
    Foley, Outrages et L'Impasse, de Brian De Palma, La Dernire Marche, de
    Tim Robbins, ou Mystic River, de Clint Eastwood, ont contribu 
    faonner la lgende d'un acteur qui fascine, effraie et exaspre.
    Robert Duvall reconnaissait n'avoir accept un rle  son ct dans
    Colors, de Dennis Hopper, que pour une scne o il lui tape dessus. "Je
    devais le cogner dans un vestiaire. C'tait le rve de chaque
    Amricain. Je n'allais quand mme pas passer  ct d'une occasion
    pareille."
 
    En 1987, Penn a pass trente-trois jours en prison au pnitencier de
    Los Angeles County. Un fan, suspect de suivre de trop prs sa premire
    femme, la chanteuse Madonna, avait suscit l'ire du comdien.
    L'exprience carcrale a pris valeur d'piphanie. "Je devais choisir
    mes livres avant de subir ma peine, c'est la rgle, et je n'avais
    aucune garantie de trouver sur place ce que je voulais." Il a vit
    d'emporter les livres qui feraient mal en milieu confin. Lire Raymond
    Carver s'est rvl par exemple une trs mauvaise ide. Dcouvrir
    William Burroughs n'tait pas non plus trs opportun. Mais le
    ralisateur a vis juste avec Les Essais de Montaigne. "Je les ai lus
    en deux jours. On ne rptera jamais assez combien la prison est un
    lieu propice  la concentration, vous lisez  la vitesse de la lumire.
    Montaigne tait l'crivain idal pour conceptualiser ce qui
    m'arrivait."
 
    Avant d'aller en prison, Penn crivait de la posie. Il ne prenait la
    plume que sous l'emprise de l'alcool. En cessant de boire, il a arrt
    d'crire. Ses pomes, reconnat-il, ne valaient rien. Il a dcouvert la
    cigarette depuis, et est devenu ralisateur en chemin. On dira ce qu'on
    veut : dans son cas, le tabac ne nuit pas  la sant.
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-6">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6">  Les bandes-annonces de films sont au coeur d&#38;#39;un conflit sur les tarifs des spots promotionnels.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6">      L es bandes-annonces de films sont au coeur d'un conflit. Car si les
    salles indpendantes diffusent gratuitement ces spots promotionnels,
    les gros circuits - les plus nombreux - les font souvent payer plus en
    plus cher. L'enjeu est de taille car, selon Olivier Bardolle, PDG de la
    rgie publicitaire Talent Group, un spectateur sur quatre choisirait un
    film en voyant la bande-annonce. "Contrairement  l'affichage ou la
    radio, la bande-annonce est un mdium captif, qui vise la totalit des
    amateurs de cinma", dit-il.
 
 
 
 
           Explosion des dpenses de promotion des films
 
 
 
 
    Selon le Centre national de la cinmatographie, les dpenses consacres
     la promotion des films en France ont explos, passant de 129 millions
    d'euros en 1998  391 millions en 2006. Le phnomne Internet est
    central : les publicits et bandes-annonces payantes sur les sites
    comme AlloCin ont atteint 60 millions d'euros en 2006, ce qui classe
    Internet au 3^e rang des mdias les plus priss par les distributeurs
    de films, aprs l'affichage (160 millions) et la presse (72 millions),
    et devant les bandes-annonces en salles (52 millions). Des prestations
    auparavant gratuites sont devenues payantes (bandes-annonces, certains
    types d'affichage), d'autres ont t cres (caissons lumineux dans les
    halls des salles, magazines de programmes en salles). Alain Sussfeld,
    d'UGC, note que les dpenses de promotion des films sont plus leves
    aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, o "les distributeurs dpensent
    des fortunes  la tlvision, ce qui est interdit en France".
 
                                                              
 
 
 
    Talent Group, qui sous-traite la commercialisation des bandes-annonces
    pour les rgies Mediavision et Screenvision (ex-Circuit A), fixe les
    tarifs en fonction de la longueur du spot et du nombre de salles d'UGC,
    Path, Gaumont, CGR dans lesquelles il est diffus. Ces tarifs portent
    les noms vocateurs de Ecran Premium, Select, Screen Elite, Ecran Gold
    ou Silver.
 
    Commercialises uniquement pour Europalace (Path et Gaumont), les
    bandes-annonces les plus chres sont projetes dans le noir, colles au
    film qui dmarre. Les prix s'chelonnent, pour deux semaines, entre 9
    000 euros et 165 000 euros. Plus gnralement, le cot de diffusion
    d'une bande-annonce d'une minute et demi peut s'lever  100 000 euros
    pour une campagne de deux semaines dans plus de 500 salles. Ces tarifs
    sont moins levs, de l'ordre de 30 %, que les spots publicitaires qui
    vantent Hollywood Chewing Gum, L'Oral ou Heineken.
 
    "Seuls les gros distributeurs, les filiales de groupes, les studios
    amricains ont les moyens de payer de grosses campagnes", dplore Eric
    Lagesse, directeur gnral de Pyramide, qui distribue des films
    d'auteurs franais et trangers. Ces derniers, plus fragiles, qui
    auraient justement besoin de campagnes publicitaires pour trouver leur
    public, n'ont pas ces moyens. "Nous sommes une fois de plus confronts
     un systme de domination et de discrimination par l'argent", estime
    Eric Lagesse.
 
    "PROBLME D'ENGORGEMENT"
    Par ailleurs, la multiplication du nombre de films, et le fait que les
    exploitants se battent pour obtenir les plus porteurs, aboutit  une
    moindre diffusion des bandes-annonces gratuites. "Auparavant, elles
    taient diffuses quatre ou cinq semaines avant la sortie du film. Mais
    avec l'encombrement des salles, ce dlai a t raccourci  une ou deux
    semaines, explique Anne Pouliquen, dlgue gnrale de Distributeurs
    indpendants runis europens. Le distributeur n'est jamais oblig
    d'acheter les espaces payants, sauf s'il veut tre sr que sa
    bande-annonce passe."
 
    Olivier Bardolle reconnat que la bande-annonce est fragilise par un
    "problme d'engorgement". Mais pas par son cot. Il ajoute que
    l'avant-sance ne peut pas durer, sous peine de lasser, plus d'une
    demi-heure et que, gnralement, les publicits et les bandes-annonces
    payantes ne dpassent pas les douze minutes.
 
    M. Bardolle affirme qu'il entend "depuis vingt ans une plainte
    permanente pour demander davantage de bandes-annonces gratuites". Mais,
    selon lui, leur nombre n'a pas baiss : quand il y en avait trois dans
    les annes 1980, il y en aurait trois aujourd'hui. Pour autant, elles
    ne concernent pas forcment le cinma le plus fragile.
 
    Chez UGC, Alain Sussfeld, son directeur, prcise que "le choix des
    bandes-annonces gratuites fait partie de l'image que nous voulons
    donner au rseau. Nous privilgions Les Promesses de l'ombre, de David
    Cronenberg, au dernier Harry Potter". Chez MK2, qui assure sa propre
    rgie, on assure que tous les films diffuss dans les salles de ce
    rseau bnficient de bandes-annonces gratuites. Europalace (Path et
    Gaumont), pour sa part, se refuse  tout commentaire sur ce sujet de
    discorde avec les distributeurs indpendants.
 
 
<article-nb="2008/01/08/19-7">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7">  Rdition des quatre films avec le comique raliss par le cinaste hollywoodien.   
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7">      D ans une nouvelle livraison par la Paramount de DVD de films
    interprts par Jerry Lewis, quatre ont t raliss par Frank Tashlin.
    De tous ceux qui eurent  un moment ou  un autre  diriger l'acteur
    amricain, Tashlin, qui avait fait de Jayne Mansfield une sorte d'icne
    avec La Blonde et moi, est sans doute le cinaste  l'oeuvre la plus
    personnelle. En effet, lui seul a su plonger la silhouette grimaante
    et rgressive de Jerry Lewis au sein d'un univers qui en accentuait la
    force comique et lui donnait un sens plus profond qu' l'accoutume.
 
 
    Car Tashlin occupe une place importante dans le cinma hollywoodien des
    annes 1950 et 1960. C'est une sorte de chanon manquant. Venu du
    dessin anim et de la bande dessine, il a un univers burlesque, qui
    reste imprgn de la dmesure du cartoon. Mais c'est en fait la culture
    populaire amricaine, telle que les annes 1950 l'ont fige, qui
    passionne Tashlin, acharn  en faire surgir une signification moins
    vidente et moins infantile que l'on croit.
 
    Ainsi dans Artistes et modles , les protagonistes tentent de
    faire une carrire dans la bande dessine. Une squence dans Trois
    bbs sur les bras  met en bote la tlvision qui,  ce moment
    mme, retire au cinma son public, pendant que la comdie musicale fait
    l'objet d'un traitement hilarant. Le Kid en kimono  brocarde Le
    Pont de la rivire Kwa, alors succs plantaire, tandis que les
    aventures du lapin blanc du personnage principal y rappellent certains
    cartoons de Chuck Jones ou Tex Avery. Jerry chez les cinoques 
    est sans doute le film qui contient le plus de gags absurdes, des
    feuilles mortes balayes sous une pelouse qui se soulve comme un tapis
     l'homme entirement pltr qui tombe et se fracasse contre un arbre,
    les dbris de sa carapace de pltre ne dcouvrant que le vide.
 
    L'IRONIE DU POP ART
 
    Les quatre films de Jerry Lewis rcemment distribus par Paramount
    dvoilent donc un auteur qui s'est moqu de l'immature et candide
    Amrique eisenhowerienne et, conscutivement, en a annonc la mutation
    et la fin. Le gag dans Jerry chez les cinoques au cours duquel
    apparat, dans la vitrine d'une agence de la TWA, la propre affiche du
    film annonant en vedette Jerry Lewis, donne la mesure de ce
    bouleversement.
 
    Avec Tashlin, le cinma amricain devient conscient de soi et voit
    dsormais avec distance ses mythologies comme une culture drisoire.
    Tashlin, avant l'heure, pourrait bien tre celui qui a introduit
    l'ironie du pop art dans le divertissement cinmatographique.
 
    Le DVD de Jerry chez les cinoques contient en supplments des prises de
    vue rates ou rejetes au cours desquelles on voit Lewis faire le pitre
    pour amuser l'quipe technique. Un document prcieux et amusant en
    provenance des archives de la Paramount.
      __________________________________________________________________
 
    "Artistes et modles", "Le Kid en kimono", "Trois bbs sur les bras",
    "Jerry chez les cinoques" , 4 DVD Paramount.
 
<article-nb="2008/01/08/19-8">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8">  En raison de la grve des scnaristes, la crmonie des Golden Globes, prvue dimanche 13 janvier, sera remplace par une simple confrence de presse. La socit de production United Artists a t la premire  conclure un accord, lundi, avec le syndicat des scnaristes, depuis la grve dbute en novembre. 
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8">      P as de tapis rouge, de stars, ni de dner au champagne pour la
    soixante-cinquime crmonie des Golden Globes, prvue dimanche 13
    janvier. En raison de la grve des scnaristes, elle sera remplace par
    une simple confrence de presse, ont annonc, lundi 7 janvier, ses
    organisateurs, la chane de tlvision NBC et l'association de la
    presse trangre de Hollywood. NBC retransmettra malgr tout cet
    vnement " chelle rduite", entre 18 et 19 heures, heure locale
    (entre 3 et 4 heures, heure de Paris, lundi matin), depuis l'Htel
    Hilton de Beverly Hills en Californie. La confrence de presse sera
    entrecoupe d'extraits de films et d'entretiens avec les laurats des
    vingt-cinq catgories.
    Cette  dcision intervient  la suite de l'chec des pourparlers avec
    le   syndicat des scnaristes de cinma et de tlvision, le Writers
    Guild of   America (WGA), qui avait prvu d'installer des piquets de
    grve    l'entre de la crmonie. Vendredi,   le puissant syndicat
    des acteurs de cinma et de tlvision, le Screen   Actors Guild (SGA),
    avait port un autre coup dur en   annonant que ses membres ne
    franchiraient pas ces piquets de grve. Parmi   les vedettes invites 
    cette soire figuraient George Clooney,   Jodie Foster, Angelina Jolie,
    Johnny Depp et Tom Hanks, dont l'absence    la tlvision aurait fait
    plonger l'audience de NBC.
 
 
    ACCORD ENTRE UNITED ARTISTS ET LES SYNDICATS DE SCNARISTES
 
    La   WGA est en conflit avec le syndicat des producteurs sur la
    question des droits d'auteur dcoulant de l'exploitation du travail des
      scnaristes sur les nouveaux mdias numriques. La socit de
    production United Artists (UA), dirige par l'acteur Tom   Cruise, a
    t la premire  conclure un accord, lundi 7 janvier, avec   la WGA.
    Selon le prsident de la WGA, "l'accord ngoci remettra tout le monde
    au travail". La maison mre d'UA, la Metro-Goldwyn-Mayer, a indiqu
    qu'elle "comprenait le dsir d'UA de reprendre ses activits mais
    manifestait son dsaccord face  la dcision de signer un accord
    intrimaire".
 
    Le mouvement de grve des scnaristes, dbut en novembre 2007, bloque
    le tournage de nombreuses sries tlvises et de plusieurs grosses
    productions hollywoodiennes. En dcembre, des ngociations,   associant
    la WGA et les reprsentants de plusieurs studios, avaient   chou,
    conduisant les socits de production  tenter de trouver des   accords
    indpendants. Le syndicat des acteurs et celui   des ralisateurs
    doivent galement engager des ngociations avec   les studios dans les
    mois  venir sur la question des salaires.
 
<article-nb="2008/01/08/19-9">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9">  Le cinaste, prsent au festival de Marrakech, a lanc des fondations pour prserver la mmoire du cinma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9">      I l est devenu un pilier du festival de cinma de Marrakech, au Maroc,
    qui a eu lieu du 7 au 15 dcembre. Aprs avoir reu un hommage en 2006,
    le ralisateur amricain Martin Scorsese a, cette anne, donn une
    leon de cinma et propos deux films en projection sur la place Jamaa
    El-Fna : son Aviator, qu'il a prsent avec Leonardo DiCaprio, et
    Transes, un documentaire ralis en 1981 par le Marocain Ahmed
    El-Maanouni.
 
 
 
 
           Les autres projets de la fondation
 
 
 
    Martin Scorsese a inaugur sa World Cinema Foundation au Festival de
    Cannes, en mai, avec le soutien de sponsors comme Giorgio Armani,
    Cartier et Qatar Airways. Outre le documentaire Transes, la Fondation
    restaure deux films - Limite , du Brsilien Mario Peixoto, et
    Padurea Spanzuratilor , du Roumain Liviu Ciulei. Quatre autres
    projets sont annoncs pour 2008. Un site Internet est sur le point
    d'tre lanc, qui devrait servir  collecter les dons de particuliers
    dans le monde entier.
 
                                                              
 
 
 
    Ce dernier film a t restaur par la World Cinema Foundation, que
    Martin Scorsese vient de crer et qui vise  restaurer des
    chefs-d'oeuvre "ngligs" du patrimoine mondial, pour beaucoup hors
    Etats-Unis : des "films clbres qui ne sont plus projets et dont il
    n'existe pas de vido ou des films inconnus  dcouvrir".
 
    C'est la dernire tape du combat que le ralisateur de Raging Bull
    mne depuis plus d'un quart de sicle pour la prservation du
    patrimoine cinmatographique. En 1979, il est le premier  lancer un
    cri d'alarme face  la dgradation des ngatifs dtenus par les grands
    studios. En 1990, il cre avec d'autres grands d'Hollywood (Clint
    Eastwood, Francis Coppola...) la Film Foundation qui se consacre  la
    restauration de classiques comme La Nuit du chasseur, de Charles
    Laughton, ou Le Fleuve, de Jean Renoir. Dans le calme d'un riad, le
    cinaste a rpondu, avec son enthousiasme habituel,  nos questions sur
    sa nouvelle entreprise cinphile.
 
    Pourquoi avoir choisi Transes comme premier film  restaurer ?
 
    La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la
    cinmathque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le
    responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film
    comptait beaucoup pour moi. J'ai trouv que c'tait une merveilleuse
    ide.
 
    La premire fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film
    La Valse des pantins, en 1981. A l'poque, on montait les films la
    nuit, et je travaillais avec la tlvision allume. Mon attention a t
    retenue par les images d'un concert, et le film est pass en boucle
    toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'tait la vie au
    Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'tait
    quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocains, pas de la
    position des classes suprieures. Je suis tomb amoureux de cette
    posie. J'ai ensuite achet la musique, et elle m'a inspir pour les
    images de La Dernire Tentation du Christ, que j'ai tourn au Maroc en
    1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie.
 
    Qu'est-ce qui vous a pouss  crer cette fondation ?
    La World Cinema Foundation s'inscrit dans le sillage de l'American Film
    Foundation, avec laquelle on a fait beaucoup de progrs pour veiller
    la conscience de ceux qui ont le pouvoir sur les films, les dtenteurs
    de droits, pour dvelopper l'ide du cinma comme culture, comme
    patrimoine. L'ide de cette fondation tait de faire travailler
    ensemble les studios et les archives de film.
 
    Le fait que cette ide pouvait se rvler rentable tait important pour
    les studios, et nous avons propos qu'ils restent propritaires de
    leurs droits, et que deux nouvelles copies soient tires pour chaque
    film, une pour eux, et l'autre pour les archives. A ce jour, 480 films
    ont t restaurs. Rcemment, nous nous sommes dit qu'il faudrait
    poursuivre cette action dans des pays qui n'ont pas les moyens de cette
    tche.
 
    Quel est son fonctionnement ?
    L'ide est de faire appel  un groupe de cinastes qui ont le mme
    sentiment, et qui peuvent chacun apporter un ou deux titres de films
    qu'ils voudraient voir restaurer. Gianluca Farinelli se met alors en
    qute du ngatif, des droits, et dtermine ce qu'il est possible de
    faire. C'est beaucoup plus compliqu qu' Hollywood, o les droits sont
    aux mains des studios. Chaque film a son histoire, et chaque
    restauration est un processus unique. Le but est aussi de lever de
    l'argent pour aider les archives des diffrents pays, leur permettre
    d'accrotre leurs capacits de stockage par exemple, ou crer des bases
    de donnes.
 
    Que vous inspire le fait qu'il y ait de moins en moins de salles en
    Afrique ?
    J'ai appris qu'En attendant le bonheur, le trs beau film du
    Mauritanien Abderrahmane Sissako, n'tait vu qu'en DVD dans son pays,
    comme Abouna, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun. Je dois aller voir
    Souleymane Ciss (le ralisateur malien de Yeelen et Waati) au Mali
    pour parler de la cration cinmatographique en Afrique. Mais pourrons
    aussi parler de l'importance de crer une salle de cinma pour montrer
    ces films. Cela ne fait pas partie des objectifs de la fondation, mais
    si nous arrivons  trouver les ngatifs et  les restaurer, alors
    l'exposition des films s'impose comme l'tape suivante. L'exposition,
    c'est d'abord les festivals, mais la salle vient juste aprs. Il nous
    appartient de soulever tous les problmes. Les rsoudre, c'est une
    autre affaire...
 
    Et le DVD ?
    L'dition DVD et la diffusion sur Internet font partie du plan, ce qui
    devrait beaucoup nous aider financirement. Mais le DVD en soi n'est
    pas un enjeu. Ce qui compte, c'est le ngatif ; le numrique ne dure
    pas.
 
 
