<FILE-date="2008/01/08/19">
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<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1">  L&#38;#39;crivain Franois Nourissier, g de 80 ans, a quitt l&#38;#39;Acadmie Goncourt &#38;#34;pour raisons de sant&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1">      L 'crivain Franois Nourissier, g de 80 ans, a dmissionn de
    l'Acadmie Goncourt "pour raisons de sant" . Auteur de nombreux
    romans, souvent autobiographiques, depuis L'Eau grise en 1951, il tait
    membre de l'institution depuis 1977 et l'a prside de 1996  2002.
 
    Son successeur au sein du jury Goncourt sera dsign dans les prochains
    mois et une rforme des statuts de l'Acadmie "prvoyant un passage
    automatique  l'honorariat (permettant de conserver le titre aprs
    avoir cess d'exercer la fonction)  partir d'un certain ge" va par
    ailleurs tre engage, a prcis l'institution dans son communiqu.
 
 
    L'Acadmie Goncourt, prside depuis 2002 par Edmonde Charles-Roux, a
    galement modifi son rglement intrieur mardi, lors de son djeuner
    de rentre. Dornavant, seul le vote des membres du jury prsents sera
    pris en considration lors du vote pour le prix Goncourt. Un dbat sur
    la composition du jury avait surgi lors de l'attribution du dernier
    Goncourt au 14^e tour de scrutin en novembre : Gilles Leroy avait
    dcroch le prix par quatre voix seulement, alors que le jury compte
    dix membres.
 
<article-nb="2008/01/08/19-2">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2">  Auteur, notamment, du &#38;#34;Rivage des Syrtes&#38;#34; et de &#38;#34;Eaux Etroites&#38;#34;, Julien Gracq est mort, samedi,  l&#38;#39;ge de 97 ans
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2">      A dmir, clbr, prsent  l'gal d'un Commandeur altier et quasi
    invisible, Julien Gracq devait souvent se demander par quelle sournoise
    maldiction il se trouvait  ce point pris pour un autre. Sa mort
    discrte  Angers, samedi 22 dcembre,  l'ge de 97 ans,
    modifiera-t-elle l'image d'crivain intemporel et quelque peu hautain
    qui tait attache  son nom? Des premires pages du "Chteau d'Argol"
    aux derniers feuillets des "Carnets du grand chemin", n'avait-il pas
    suffisamment mis en uvre les pouvoirs d'une libert qu'il voulait
    illimite, merveilleuse, excessive et,  l'occasion, dmoniaque? A la
    diffrence des esthtes mi-sourds mi-aveugles, ses lecteurs fervents
    savaient  quoi s'en tenir.
 
 
    Pourtant, s'il demeurait scrupuleusement  l'cart du milieu littraire
    et de ses murs, cet homme  la discrtion tranchante et  la pudeur
    acre n'avanait nullement masqu dans ses romans, ses rcits, ses
    essais ni, bien sr, dans La Littrature  l'estomac, le pamphlet de
    haute vole publi en 1950. On percevait au contraire chez lui, et
    clairement exprime, une tension intraitable veille au contact du
    surralisme et qui le gardait en tat de rvolte froide,  la fois
    inquiet et charm, prt  toutes les subversions lucides,  toutes les
    aventures vraies. Aussi saluait-il comme une trace incandescente,
    toujours exemplaire, toujours actuelle, "cette vertu essentielle de
    revendiquer  tout instant l'expression de la totalit de l'homme, qui
    est refus et acceptation mls, sparation constante et aussi constante
    rintgration () en maintenant  leur point extrme de tension les deux
    attitudes simultanes que ne cesse d'appeler ce monde fascinant et
    invivable o nous sommes : l'blouissement et la fureur" (Prfrences,
    Jos Corti, 1961).
 
    Loin d'tre  l'cart de tout, Gracq cherchait prcisment, par des
    chemins singuliers,  participer de ce Tout,  ne jamais se couper de
    son mystrieux champ d'attraction. C'tait pour ne pas rompre cet
    accord fragile, incertain, avec l'unit du monde qu'il ignorait
    avant-scnes et parades. Il ne dsertait que le jeu de miroirs, l'cume
    drisoire, pas le flux profond, pas la prsence alerte aux tres et
    aux choses. Comme Novalis dont il se disait proche, il concevait un
    rel plus vaste, mais sans flure, ouvert  toutes les lignes de fuite,
    mais sans vasion radicale. "De la vie banale au sommet de l'art, il
    n'y a pas de rupture, mais panouissement magique, qui tient  une
    inversion intime de l'attention,  une manire tout autre, tout
    autrement oriente, infiniment plus riche en harmoniques, d'couter et
    de regarder." (Julien Gracq qui tes-vous ? Entretiens avec Jean
    Carrire, La Manufacture, 1986) L'uvre de Julien Gracq porte d'abord
    tmoignage de cette "inversion intime" qui fait soudain de la parole
    potique une force aimante. Une force qui n'a d'ailleurs de compte 
    rendre  personne et qui ne s'accomplit que dans le mouvement mme de
    l'criture qui la cre. Gracq, l aussi  rebours de l'poque, ne s'est
    jamais beaucoup souci de ces dbats de professeurs ou de philosophes
    qui n'en finissaient pas de mettre la littrature  la question,
    s'interrogeant sur sa validit, son efficacit, sa vrit. Avec une
    assurance assez provocatrice, l'auteur du Rivage des Syrtes soulignait
    qu'il importait "d'crire comme on se jette  l'eau, en faisant un acte
    de confiance dans l'lment porteur" ("Entre l'criture et la lecture",
    NRF, mai 1969). Et il ne craignait pas,  l'occasion, de se montrer
    plus dsinvolte encore en affirmant : "Aprs tout, si la littrature
    n'est pas pour le lecteur un rpertoire de femmes fatales et de
    cratures de perdition, elle ne vaut pas qu'on s'en occupe." (En
    lisant, en crivant, Jos Corti, 1980).
 
    Par de telles notations, Gracq n'entendait videmment pas rduire
    l'criture  un pur divertissement, mais bel et bien marquer son refus
    de tout embrigadement thorique et rappeler le rle dcisif du dsir,
    de la passion, voire de l'instinct dans l'acte crateur. "Ce qui me
    plat chez Breton, prcisait-il, ce qui me plat dans un autre ordre
    chez Ren Char, c'est ce ton rest majeur d'une posie qui se dispense
    d'abord de toute excuse, qui n'a pas  se justifier d'tre, tant
    prcisment et d'abord ce par quoi toutes choses sont justifies."
    (Prfrences).
 
    UNE CRITURE CHARNELLE
 
    Intuitivement, il prenait donc deux paris : qu'un "univers de mots"
    puisse tre le lieu privilgi de "l'panouissement magique" dont il
    voulait hter l'mergence, et que cet univers fictif devienne en
    quelque sorte le rvlateur de la "merveille irremplaable" qu'tait, 
    ses yeux, le monde donn, la plante entire. C'est un sentiment de
    connivence blouie entre l'homme et la terre qui, non pas guidait, mais
    sous-tendait ses parcours imagins comme ses drives de promeneur. S'il
    tait  l'vidence un tre des confins, des lisires, des frontires,
    ce n'tait pas tant par got de l'estomp, de l'indistinct, du fuyant,
    que par besoin de risquer le pas de trop, l'lan imprvu qui laisse sur
    le qui-vive, hors limite, dans une zone inexplore, dans un pays
    secret. En cela, Gracq fut un initatieur,  dfaut d'tre un initi.
    "Je ne crois pas, confiait-il, avoir l'esprit religieux : les questions
    qui passent pour obsder les esprits de ce genre, je ne me les pose 
    peu prs jamais. En revanche dpourvu que je suis de croyances
    religieuses je reste, par une inconsquence que je m'explique mal,
    extrmement sensibilis  toutes les formes que peut revtir le sacr."
    (Julien Gracq qui tes-vous ?).
 
    Tous les livres de Julien Gracq manifestent cette aptitude, cette
    sensibilisation extrme, qui change le plus simple dplacement, la plus
    courte errance, en lments d'une qute o le Graal n'est qu'un
    souffle, une nergie conquise sur l'imaginaire, une subversion du
    destin. Pour Gracq, le roman n'est pas un territoire balis, une
    construction planifie, mais un mouvement plus ou moins brusqu, avec
    lan, sursaut, suspens, dont la tentation premire est une prise de
    possession de l'espace.
 
    D'o ces personnages au bout et au bord d'eux-mmes, dstabiliss,
    dsancrs, en tat de disponibilit, de vacance, prts  se dcouvrir,
    se dvoiler ou mourir en situation de perptuel dpart. D'o cette
    mobilit des images, cette simultanit des perceptions, des
    sentiments, des penses, comme si l'auteur-sourcier captait dans le
    monde et les songes toutes les sources  la fois et tentait, par le
    glissement des mots, par le dversement des phrases, de transmuer cette
    ivresse pure en possible plnitude.
 
    En plnitude physique s'entend, car rien n'est moins ineffable que
    l'criture hautement charnelle de Gracq, car rien n'est moins
    dsincarn que sa bouleversante respiration.
 
    "Ce matin tout  coup, en me levant, j'ai senti au plein cur de l't,
    comme au cur d'un fruit, la piqre du ver dont il mourra, la prsence
    miraculeuse de l'automne. C'tait sur cette journe, douce, chaude
    encore,  la merveilleuse lumire voile (mais je ne sais quoi d'un peu
    attnu, d'un peu lointain : cet affinement vaporeux d'un beau visage
    aux approches de la consomption) un grand flux d'air frais, rgulier,
    salubre, emportant l'espace soudain sensible, clair et liquide, comme
    une chose qu'on peut boire, qu'on peut absorber une de ces sensations
    purement spatiales, loges au creux de la poitrine, les plus
    enivrantes, les plus pleines de toutes, o la beaut se fait pure
    inspiration, qu'on mesure  un certain gonflement surnaturel de la
    poitrine, comme une Victoire antique." Cette citation d'Un beau
    tnbreux, par son amplitude et sa souple avidit  tout transmettre, 
    tout traduire,  tout relier, entre en rsonance avec maints passages
    de l'uvre. Elle voque aussi ce passage d'un entretien avec Jean
    Roudaut : "J'ai l'impression que la temporalit qui rgne dans la
    fiction est beaucoup plus inexorable que celle qui s'coule dans la vie
    relle." Dans l'une de ses notations brves, Julien Gracq, voquant
    l'Aubrac, crivait : "Il faut si peu pour vivre ici." De ce peu, de
    cette vie, de cet ici, il semble que Gracq ait su, comme personne,
    restituer l'pret et le faste, la noblesse et les puissants malfices,
    le plaisir et l'insondable envotement.
 
<article-nb="2008/01/08/19-3">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3">  Ecrite d&#38;#39;un trait  la fin d&#38;#39;octobre en guise de &#38;#34;preuve de vie&#38;#34; dans les ngociations en cours, adresse  sa mre et  ses proches, la lettre poignante de 12 pages d&#38;#39;Ingrid Betancourt vient de paratre en intgralit dans une vingtaine de pays, assortie d&#38;#39;une rponse de ses enfants.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3">      D 'autres otages qu'elle, parmi ceux qui ont eu la chance d'en sortir
    vivants, ont tmoign de leur calvaire une fois redevenus libres. Aux
    mains de la gurilla des FARC (Forces armes rvolutionnaires de
    Colombie) depuis bientt six ans, la Franco-Colombienne Ingrid
    Betancourt, dont on tait sans nouvelles depuis 2003, a d se livrer 
    cet exercice dlicat du fond de sa dtresse. En prenant garde de
    n'offusquer ni ses geliers ni le prsident colombien Alvaro Uribe,
    accus par sa famille de "multiplier les obstacles"  chaque fois qu'un
    accord pour un change humanitaire semble en vue.
 
 
    Ecrite d'un trait  la fin d'octobre en guise de "preuve de vie" dans
    les ngociations en cours, adresse  sa mre et  ses proches, sa
    lettre poignante de 12 pages, dont Le Monde a publi des extraits le 4
    dcembre 2007, vient de paratre en intgralit dans une vingtaine de
    pays, assortie d'une rponse de ses enfants et d'une prface d'Elie
    Wiesel, Prix Nobel de la paix, ancien dport des camps nazis. La vido
    qui tait, avec la lettre, en possession de trois membres des FARC,
    arrts fin novembre  Bogota, a montr que la battante aux yeux
    ptillants de 2002, candidate du parti Vert qu'elle avait fond pour la
    prsidentielle de cette anne-l, est devenue l'ombre d'elle-mme.
    Ingrid Betancourt est apparue amaigrie, tte et regard baisss, muette
    devant la camra, recroqueville dans un dcor de vgtation dense.
 
    Elle confie dans sa missive, sans s'apitoyer sur son sort, qu'elle va
    "mal physiquement", ne "mange plus" et se sent "vaincue". Elle confirme
    qu'elle a tent de s'enfuir  plusieurs reprises (cinq, selon un
    ex-otage). On se doute que ses gardiens gurilleros l'en ont punie, en
    la privant de ses rares effets personnels et en la sparant d'un groupe
    au sein duquel elle supportait relativement mieux sa captivit. Elle
    esquisse la vacuit de jours sans fin, en perptuelle errance dans la
    jungle, au rythme des alertes de la gurilla. D'emble, elle voque
    Dieu et le seul lien avec l'extrieur qui la tienne en survie psychique
    : une vieille radio sur laquelle elle capte (mal), via RFI en espagnol,
    peu aprs 5 heures chaque matin, les messages que sa mre n'a jamais
    cess de lui adresser, sans savoir si elle les entendait. Son souhait
    d'couter rgulirement ses enfants a rcemment t exauc. Tous les
    otages l'ont dit : le pire pour eux est la crainte d'avoir t oublis.
 
    Cette femme brise de 46 ans, pour qui "la mort apparat comme une
    douce option", mobilise, tendue sur son papier, son intelligence, sa
    sensibilit et sa culture pour livrer, avec lgance et dignit, une
    sorte de testament d'amour  chacun de ses proches. Au cas o le pire
    survienne. Quitte  demander parfois pardon. Au fil des lignes,
    l'espoir d'une libration reprend corps, sans doute port par la joie
    de s'adresser enfin aux siens. Presse par ses gardiens de terminer sa
    missive, l'ancienne lve de Sciences Po remercie un  un tous les
    responsables politiques colombiens et trangers (dont le prsident
    Sarkozy et son homologue vnzulien Hugo Chavez) qui continuent d'agir
    en faveur de la libration des otages politiques, actuellement au
    nombre de 47, sur les 3 000 personnes kidnappes. Elle insiste sur sa
    gratitude envers le "peuple franais".
 
    Tout aussi mouvante est la rponse de ses enfants, Mlanie et Lorenzo,
    susceptible de redonner tous les courages  une mre. Ils avouent
    qu'ils avaient fini par douter qu'elle ait t toujours en vie avant
    cette lettre. Ils se disent galvaniss par "l'lectrochoc" de son
    contenu, dans le combat qu'ils mnent avec leur pre, Fabrice Delloye.
 
    La cause des otages politiques colombiens est devenue plus
    internationale. Mais l'issue de ce dossier, li  un conflit national
    vieux de prs de quarante ans, continue de rester tout aussi alatoire.
      __________________________________________________________________
 
    LETTRES  MAMAN PAR-DEL L'ENFER. Ingrid Betancourt, Mlanie et Lorenzo
    Delloye-Betancourt. Seuil, 64 p., 7 .
 
