<FILE-date="2008/01/08/19">
<article-nb="2008/01/08/19-1">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  Jamais les relations entre les Etats-Unis et Isral n&#38;#39;ont t aussi bonnes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      J amais les relations entre les Etats-Unis et Isral n'ont t aussi
    bonnes. George Bush, au cours de ses sept annes d'exercice du pouvoir,
    a toujours soutenu, sans sourciller, la politique de l'Etat juif.
    L'administration amricaine l'a mme souvent dtermine. Aucune
    dcision importante n'a t prise, que ce soit par le gouvernement
    d'Ariel Sharon ou par celui d'Ehoud Olmert, sans que Washington n'ait
    t inform, sond et qu'une ligne d'action soit choisie en commun.
 
 
    Les proches conseillers des deux premiers ministres israliens ont
    effectu, au cours de ces sept annes, d'innombrables alles et venues
     la Maison Blanche. Les chefs de gouvernement aussi. De hauts
    responsables amricains comme Anthony Zinni, George Mitchell, George
    Tenet ont fait de longs sjours  Jrusalem pour se pencher sur le
    conflit isralo-palestinien. La concertation a t permanente,
    complte. Le fidle alli de Washington n'a jamais outrepass les
    lignes rouges fixes par l'administration Bush  tel point que certains
    analystes ont parl d'Isral comme du 51^e Etat de l'Union.
 
    En dpit de cet accord parfait, le prsident Bush ne s'est jamais rendu
    en Isral dans l'exercice de ses fonctions. Il tait encore gouverneur
    du Texas lorsque, en 1998, Ariel Sharon, qui n'tait pas premier
    ministre, lui a fait faire un tour en hlicoptre au-dessus de la
    Cisjordanie. Il en garde un souvenir mu, et ce n'est pas sans une
    certaine nostalgie, comme il l'a confi la semaine dernire au
    quotidien Yedioth Aharonot, qu'il doit se retrouver pour trois jours,
    du 9 au 11 janvier, dans la ville sainte. George Bush s'est fix trois
    objectifs pour cette visite qui va se poursuivre au Kowet,  Bahrein,
    aux Emirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Egypte : tout
    d'abord, a-t-il dit, "convaincre les Etats arabes qu'Isral est un
    partenaire pour la paix et que c'est dans l'intrt des Palestiniens et
    du monde arabe" ; ensuite "faire avancer le processus de paix en
    rappelant aux allis de l'Amrique au Moyen-Orient l'importance de la
    solution de deux Etats (Isral , Palestine) et voir ce qui peut tre
    fait pour la mettre en place" ; enfin, "comment renforcer les rgimes
    de ces pays pour qu'ils servent de barrire  l'agression iranienne".
 
    La premire tape de cette tourne va tre la plus facile. George Bush
    a qualifi Ehoud Olmert de "visionnaire", car "il a compris
    l'importance de crer un espoir pour les Palestiniens dans l'Etat
    qu'ils veulent crer". De son ct, le premier ministre isralien, dans
    un entretien au Jerusalem Post, a estim que le prsident Bush tait
    "un homme avis", "c'est l'homme qui a t le plus proche d'Isral
    depuis Gerald Ford", avant d'ajouter : "Il ne fait rien avec quoi je ne
    suis pas d'accord. Il ne soutient rien auquel je suis oppos. Il fait
    attention  ne rien dire qui pourrait causer du tort  Isral." Dans
    ces conditions, la visite de George Bush  Jrusalem ne peut tre que
    la conscration de cette bonne entente. Une vritable osmose !
    L'aboutissement d'une politique de proximit et de connivence depuis
    l'accession au pouvoir de George Bush, qui a concid avec celle
    d'Ariel Sharon en fvrier 2001. Les deux hommes ont pratiquement
    toujours t sur la mme longueur d'onde. Ils ont dcid en commun de
    mettre "hors-jeu" Yasser Arafat. Ils se sont retrouvs en phase pour
    dclarer la guerre  l'Irak. Ils se sont mis d'accord pour dcider du
    retrait unilatral de la bande de Gaza pendant l't 2005. Ce
    partenariat s'est poursuivi sans nuage avec Ehoud Olmert. L'appui a t
    total lors de la deuxime guerre du Liban pendant l't 2006. Les
    Etats-Unis ont fourni  l'une de leurs principales ttes de pont au
    Proche-Orient toute l'assistance militaire et diplomatique dont Isral
    avait besoin.
 
    Il y a eu quelques crispations du ct isralien lors de la publication
    du rapport Baker-Hamilton en dcembre 2006 (qui appelait Washington 
    un effort srieux et urgent sur le conflit isralo-palestinien).
    Finalement, les choses sont rentres dans l'ordre lorsque
    l'administration Bush a jet par-dessus bord les suggestions du rapport
    qui ne lui convenaient pas. Le prsident Bush n'a gure montr que le
    conflit isralo-palestinien tait l'une de ses proccupations. Il a
    laiss carte blanche  son alli. Il y a bien eu le fameux discours du
    24 juin 2002, au cours duquel, pour la premire fois, George Bush a
    exprim la volont de crer un Etat palestinien "viable, continu,
    souverain et indpendant". Cette intention n'a gure t suivie d'effet
    en dpit du lancement de la feuille de route, le plan de paix
    international, le 4 juin 2003  Akaba, en Jordanie, lors d'un sommet
    entre MM. Bush, Sharon et Mahmoud Abbas, alors premier ministre. Par la
    suite, le Quartet (entit compose des Etats-Unis, de l'ONU, de la
    Russie et de l'Union europenne) sera incapable d'imposer une solution
    car, comme l'a dnonc Alvaro de Soto, ancien envoy spcial du
    secrtaire gnral de l'ONU, il est totalement soumis au bon vouloir
    des autorits amricaines qui, sur le conflit isralo-palestinien, ont
    toujours impos leur loi, dicte en troite collaboration avec Isral.
 
    PAS D'AVANCE
 
    La victoire du Hamas aux lections de janvier 2006 et la prise du
    pouvoir par la force dans la bande de Gaza par cette organisation
    islamiste ont soudain rveill l'administration Bush. Jusqu' prsent,
    cette dernire se contentait de grer de faon lointaine une crise
    considre comme subalterne par rapport aux menaces surgies dans des
    contres orientales plus loignes. Et ce d'autant qu'Isral tait jug
    suffisamment solide pour y faire face.
 
    Ralisant soudain que la menace islamiste pouvait galement saper la
    scurit d'Isral, George Bush a eu l'ide, au mois de juillet, de
    lancer une confrence internationale. Cette initiative n'a pas rjoui
    le gouvernement isralien, qui se mfie comme d'une peste des grandes
    messes internationales destines  trouver une solution  un conflit
    dont il veut tre le seul matre. Mais, comme il s'agissait de l'ami
    amricain, le gouvernement s'est pli de bonne grce aux volonts du
    grand frre. C'est ainsi, que le 27 novembre 2007  Annapolis, dans le
    Maryland, la mise en orbite d'un nouveau processus de paix a t
    effectue.
 
    Depuis, en dpit de deux runions entre les dlgations palestinienne
    et isralienne, et de deux rencontres entre MM. Olmert et Abbas, le
    processus de paix n'a pas avanc d'un iota. La venue de George Bush ne
    devrait rien changer  l'affaire. Le prsident amricain est dans un
    rle de bons offices. C'est aux Israliens et aux Palestiniens de
    s'entendre, dit-il. Un nouvel missaire amricain va veiller au bon
    droulement des ngociations. Il s'agit du gnral James Jones, un
    marine qui fut secrtaire gnral de l'OTAN. Esprons qu'il aura plus
    de chance que ses prdcesseurs.
 
<article-nb="2008/01/08/19-2">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  La rlection de Mikhel Saakachvili  la prsidence de la Gorgie illustre la difficult des Etats issus de la disparition de l&#38;#39;URSS  sortir du sovitisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      L a rlection de Mikhel Saakachvili  la prsidence de la Gorgie
    illustre la difficult des Etats issus de la disparition de l'URSS 
    sortir du sovitisme. La bonne nouvelle, c'est que le score d'environ
    52 %, mme contest et contestable, est plus conforme aux rsultats
    gnralement obtenus dans les dmocraties adultes que les 96 %, dignes
    des rgimes totalitaires, obtenus par le mme Saakachvili en 2004, au
    lendemain de la "rvolution des roses". Le culte du chef ou du hros a
    fait place  une apprciation plus contraste de son action, c'est le
    moins qu'on puisse dire.
 
 
    La mauvaise nouvelle, c'est que les conditions du scrutin laissent
    encore  dsirer, malgr les satisfecit ambigus dlivrs par
    l'Organisation pour la scurit et la coopration en Europe (OSCE). La
    culture des consultations libres, transparentes, dmocratiques, est
    loin de s'tre implante en Gorgie, comme dans d'autres rpubliques de
    l'ex-URSS.
 
    Les mauvaises habitudes ne se perdent pas du jour au lendemain. Les
    lections y sont toujours conues comme une manire de donner un vernis
    populaire au pouvoir et non comme un moyen d'assurer l'alternance. Le
    premier rflexe des autorits est de manipuler le vote en empruntant
    des voies diverses, plus ou moins grossires ou sophistiques selon les
    cas. Celui de l'opposition est de contester le rsultat avant mme la
    tenue du scrutin. Nulle part la bataille politique n'est exempte de
    coups bas mais le "kompromat", le matriel compromettant, archiv ou
    fabriqu par les services de scurit, reste, dans ces pays, une
    pratique courante pour dconsidrer les adversaires politiques. Celui
    qui pense autrement n'est pas un adversaire mais un ennemi  abattre.
    C'est le plus souvent un tratre, issu des mmes rangs que les nouveaux
    matres, d'autant plus dangereux qu'il connat les mauvaises manires
    du pouvoir.
 
    Au cours des quatre dernires annes, la Gorgie "dmocratique" de
    "Micha" Saakachvili n'a pas chapp  ces drives. Au point que
    l'ancien dissident polonais Adam Michnik, envoy en mission  Tbilissi
    par l'OSCE pour veiller  la libert de la presse, a menac de comparer
    le prsident gorgien aux potentats d'Asie centrale.
 
    La Gorgie n'est pas l'Ouzbkistan. Ni la Bilorussie. Parmi les trois
    rpubliques ex-sovitiques  avoir connu une "rvolution de couleur",
    elle ne s'en sort pas trop mal. Le Kirghizstan est retomb dans le
    despotisme asiatique. L'Ukraine souffre des maux postcommunistes accrus
    par l'instabilit. A Kiev, les divisions passent entre les prorusses et
    les pro-occidentaux. A Tbilissi, le gouvernement et l'opposition sont
    favorables  l'ancrage  l'Ouest dont M. Saakachvili a t rig en
    symbole. Le drapeau bleu toil de l'Union europenne flotte partout et
    l'adhsion  l'OTAN est un objectif prioritaire.
 
    Le chemin sera plus long que les dirigeants gorgiens ne l'imaginaient
    avant la crise de novembre 2007, avec les manifestations de
    l'opposition finalement disperses par la force, l'tat d'urgence et
    ces lections anticipes. La Gorgie n'est pas la Bilorussie. Elle
    n'est pas non plus la Pologne ou la Hongrie. Outre un niveau de
    dveloppement plus avanc, les pays d'Europe centrale et orientale ont,
    pour russir leur transition, bnfici ds le dbut des annes 1990 de
    la perspective europenne et otanienne. Les Gorgiens devront patienter
    avant d'tre accepts dans l'Alliance atlantique et plus longtemps
    encore avant de pouvoir seulement envisager des liens troits avec une
    UE gave d'largissements. Sous la surveillance d'une Russie prte 
    exploiter le moindre faux pas pour reconqurir le terrain perdu.
 
    P.S. : depuis qu'il est entr en politique, M. Saakachvili a toujours
    t prnomm Mikhal. Il insiste aujourd'hui pour tre appel Mikhel,
    sans doute pour bien montrer que son prnom n'est pas russe. Dont acte.
 
<article-nb="2008/01/08/19-3">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  C&#38;#39;tait le cas, lundi 7 janvier sur Canal Plus, avec deux chefs papous invits  passer quatre mois en France par un photographe, Marc Dozier, qui les connat depuis des annes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">      L e principe est celui de l'exploration inverse. Les Europens ont t
    les explorateurs du reste du monde. A leur tour d'tre minutieusement
    tudis par de lointains visiteurs. C'tait le cas, lundi 7 janvier sur
    Canal Plus, avec deux chefs papous invits  passer quatre mois en
    France par un photographe, Marc Dozier, qui les connat depuis des
    annes. On voit donc Mudeya Kepanga et Polobi Palia dbarquer  Roissy
    en vtements occidentaux, mais, en ce qui concerne Mudeya, le nez perc
    transversalement d'une longue tige vgtale qui ne passe pas inaperue.
    Leur premire impression, dans le quartier d'affaires de la Dfense,
    est celle de l'hyperactivit des autochtones.
 
 
    "Les Blancs ne s'arrtent jamais. Ils ne s'assoient jamais. Ils vont et
    viennent sans cesse", constatent-ils. Ce tour de France de deux Papous
    donne lieu  d'innombrables gags. On assiste par exemple  leur
    rencontre avec des chtelains du Prigord. "Il y a de la pierre
    partout. C'est comme une grotte", s'extasie Mudeya en dambulant dans
    le chteau. Le dner est toute une affaire. Les deux Papous sont
    initis  l'art de dresser une table avec assiettes, couteaux,
    fourchettes et verres  pied. "Les Blancs ont vraiment des coutumes
    tranges. Ce n'est pas facile de manger avec eux. Pour manger, il leur
    faut autant d'outils que pour rparer une voiture", remarque encore
    Mudeya. Les deux Papous, dcouvrant qu'il s'agit d'un dner trs
    habill, mettent leurs plus belles plumes et leurs plus beaux colliers.
 
    "Ici, on ne dit pas bon apptit", leur explique une convive. "Chez nous
    non plus", rtorquent-ils. Le tour de France se poursuit avec la visite
    d'une cit dlabre, d'un salon de coiffure, d'un supermarch, d'un
    club de musculation. Les deux voyageurs apprcient les appareils
    nickels et les haltres, beaucoup moins les boissons protines qu'on
    leur fait ingurgiter. "Les Blancs veulent toujours rester jeunes. Ils
    sont toujours inquiets pour leur visage et pour leur corps",
    constatent-ils. Le cochon est trs important en Papouasie-Nouvelle
    Guine, o il sert  mesurer la richesse. "L-bas, pour se marier avec
    une femme, il faut payer sa dot en cochons. Alors, je me suis dit que
    si j'emmenais mes amis dans un levage industriel, ce serait comme leur
    faire visiter la salle des coffres de la Banque de France", raconte
    leur guide photographe. Ce qui surprend le plus les deux Papous, c'est
    l'attitude modeste de l'leveur breton. Il a six cents cochons, et il
    ne se considre pourtant pas comme un homme riche! On suit encore les
    voyageurs sur les champs de bataille de la premire guerre mondiale,
    aux sports d'hiver, au Palais-Bourbon. Retour au pays natal : ils
    dballent un buste de Marianne, objet totem de l'trange pays qu'ils
    viennent de parcourir.
 
<article-nb="2008/01/08/19-4">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  La crise acclre le basculement de l&#38;#39;conomie mondialise vers le Sud.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      L 'anne 2008 sera domine au plan conomique par la crise financire
    ne  l't 2007 et dont l'impact principal reste  venir. La crise est
    multiforme, cumulant un retournement du cycle mondial aprs le point
    haut de 2006, un krach immobilier et le dgonflement de la bulle sur la
    liquidit qui se traduit par le rationnement des crdits bancaires et
    par la hausse des taux qui accompagne la rvaluation des risques. La
    crise est globale, s'tendant de l'conomie financire  l'conomie
    relle  travers la baisse de la consommation et de l'investissement,
    des Etats-Unis au Japon et  l'Europe puis aux pays mergents. La crise
    est structurelle et durable car elle marque la fin d'un modle de
    croissance fond sur la rassurance de l'activit par le consommateur
    amricain, sur l'abondance et le faible cot du crdit, sur la baisse
    parallle de l'inflation, des taux d'intrt, des cots des matires
    premires et des biens industriels qui cde aujourd'hui la place  une
    pousse gnralise des prix et des salaires - de la Chine aux
    Etats-Unis en passant par l'Allemagne.
 
 
    L'anne 2008 concentrera l'essentiel du choc, avec le blocage du crdit
    bancaire, la remonte du cot du risque, l'acclration de la baisse
    des prix de l'immobilier aux Etats-Unis mais aussi au Royaume-Uni et en
    Espagne, la menace de faillites en chane d'entreprises ou de mnages
    (plus de 2 millions pour les seuls Etats-Unis). Avec  la cl un net
    recul de la croissance mondiale de 5,2 % autour de 3,5 %, une rcession
    potentielle aux Etats-Unis, une croissance molle de l'ordre de 1,5 % en
    Europe et au Japon, un ralentissement des pays mergents.
 
    La crise acclre le basculement de l'conomie mondialise vers le Sud.
    Le choc de 2007 se prsente comme l'envers de la crise asiatique de
    1997. Les Etats-Unis avaient alors rassur les pays mergents au prix
    de l'ouverture de leurs frontires et d'une forte dvaluation qui
    avaient favoris l'entre en force des capitaux du Nord dans les
    entreprises des pays du Pacifique. Aujourd'hui, la crise venue du
    systme financier amricain contraint les pays du Nord  accepter le
    sauvetage de leurs institutions financires par les fonds souverains
    des superpuissances du Sud et des ptromonarchies. Le Sud prend ainsi
    le pouvoir, non seulement au plan du travail et de l'activit (la
    moiti du PIB mondial), mais du capital et de la proprit via la
    mobilisation de ses rserves de change (75 % du total mondial), la
    monte en puissance de son capitalisme d'Etat (quatre entreprises
    chinoises et une russe figurent parmi les dix premires
    capitalisations), l'activation des quelque 3 500 milliards de dollars
    des fonds souverains. Le Nord ne perd pas seulement le monopole de la
    production et de l'innovation, mais celui du contrle des actifs
    stratgiques et de la rgulation du capitalisme mondialis.
 
    Ainsi, 2008 n'est pas 1929. Trois facteurs de rsistance majeurs
    excluent en effet une dflation ou un krach plantaires. D'abord, la
    mondialisation continue  produire ses effets positifs en termes
    d'ouverture, d'innovation, de sortie de la pauvret et d'enrichissement
    des populations des pays mergents. Ensuite, la crise frappe de plein
    fouet le secteur financier mais non les groupes industriels qui
    conservent des structures financires saines et une rentabilit leve.
    Enfin, contrairement aux annes 1920 ou 1990, on ne constate aucune
    bulle ou survaluation des marchs d'actions.
 
    De nombreux moyens restent disponibles pour prvenir les risques
    d'effondrement du crdit ou de rcession. Au plan mondial, l'volution
    du modle de dveloppement du Sud en faveur de la demande intrieure et
    la poursuite du recyclage des excdents commerciaux pour rassurer le
    systme financier. Au plan des pays dvelopps, la coordination de
    l'action des banques centrales qui doit privilgier la rgulation de la
    liquidit bancaire et la baisse des taux d'intrt. Cela implique
    notamment que la Banque centrale europenne (BCE) rompe avec une
    stratgie schizophrne accommodante sur le plan de la liquidit et
    restrictive dans son refus de diminuer les taux et dans sa dfense d'un
    euro survalu. Au plan des Etats, la mobilisation des marges de
    manoeuvre budgtaires pour viter les faillites en chane des banques,
    des PME ou des mnages.
 
    Pour tous, le durcissement de l'environnement conomique est porteur de
    difficults mais aussi d'opportunits. Ceci s'applique  la France, o
    le freinage de la conjoncture justifie non pas la pause mais
    l'acclration des rformes. Parce qu'elle est la moins comptitive de
    la zone euro, l'conomie franaise connatra des performances trs
    mdiocres en 2008 avec une croissance en baisse de 1,9 %  1,5 %, une
    inflation de l'ordre de 2,5 %, un dficit et une dette publics de 3 %
    et 65 % du PIB.
 
    Mais le pays peut se placer en situation idale pour profiter
    pleinement de la reprise de 2009-2010 s'il libralise le march du
    travail, supprime les rentes des secteurs protgs, rinvestit dans
    l'enseignement suprieur et la recherche, mne  bien la rforme de
    l'Etat.
 
    Alors que le modle de croissance amricain tir par l'innovation
    financire est enray, que les rformes marquent le pas au Japon et en
    Allemagne, que la crise financire et immobilire dstabilise le
    Royaume-Uni et l'Espagne, une France modernise peut devenir l'un des
    grands gagnants de la dcennie 2010, comme une France immobile compta
    parmi les grands perdants des miraculeuses dcennies 1990-2000.
      __________________________________________________________________
 
    Nicolas Baverez est conomiste et historien.
 
<article-nb="2008/01/08/19-5">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  C&#38;#39;est le cas de Vladimir Poutine qui a fait rflchir les milieux politiques franais et donn naissance  ce projet de loi.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      C 'est le cas de Vladimir Poutine qui a fait rflchir les milieux
    politiques franais et donn naissance  ce projet de loi. Peut-on se
    priver d'un dirigeant utile  la nation ? D'o l'ide de retenir, aprs
    l'expiration de leur mandat, les lus dont le caractre indispensable
    aura t tabli. La dure de la rtention est fixe  un an, mais
    pourra tre renouvele indfiniment. La loi n'tant pas rtroactive,
    les premiers placements en rtention n'interviendront pas avant 2023, 
    moins de voter un amendement.
 
 
    Aussitt des protestations ont fus. N'est-ce pas une atteinte  la
    prsomption d'incomptence ou d'inutilit ? Qui peut vraiment affirmer
    qu'aprs avoir purg son mandat un responsable politique reste
    indispensable ? Est-il normal de le retenir "pour ce qu'il est et non
    pour ce qu'il a fait" ?
 
    Au-del de ces arguments juridiques, il faudrait tenir compte du
    facteur humain : des lus comme Christian Poncelet, Jean-Marie Rausch
    ou Jean-Pierre Soisson, qui occupent des fauteuils depuis quatre ou
    cinq dcennies, n'ont-ils pas le droit de se reposer ? Pourquoi leur
    infliger une peine supplmentaire ? Librez les rcidivistes !
 
<article-nb="2008/01/08/19-6">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  Extraits de l&#38;#39;mission &#38;#34;Le Franc-Parler&#38;#34; (France Inter-i-Tl-&#38;#34;Le Monde&#38;#34;). Invit du lundi 7 janvier : Edgar Morin, sociologue.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      V ous prnez dans votre "politique de civilisation", dont Nicolas
    Sarkozy a repris la formule, de remettre l'humain et non plus la seule
    croissance conomique au coeur de tout programme de gouvernement. Aucun
    rgime, ni en Occident ni dans les pays en voie de dveloppement, ne
    prne pourtant autre chose que la croissance... Tout d'abord, c'est un
    processus d'occidentalisation du monde. Cette ide de dveloppement, ce
    sont les Occidentaux qui l'ont dit aux pays qu'on appelait auparavant
    sous-dvelopps. Ils se sont rus sur cette voie alors que nous
    commencions  avoir des dsillusions. Il peut y avoir des acclrations
    de prise de conscience si les catastrophes deviennent extrmement
    visibles. Au dbut, personne ne croyait au rapport sur l'environnement
    du club de Rome. Il a fallu quelques catastrophes : des pluies acides,
    la dpopulation des ocans, l'annonce par des gographes du
    rchauffement climatique... Nous allons vers l'abme et ce qui pourrait
    nous sauver, c'est qu'on approche assez prs de l'abme pour pouvoir
    faire le sursaut, mais ce n'est pas garanti.
 
 
    Les Amricains parlent de downshifting : moins consommer. Est-ce une
    piste intressante pour sortir de cette surconsommation ?
 
    Surconsommation pour une grande partie et sous-consommation pour une
    autre grande partie. Vous avez tellement de gens qui recherchent une
    harmonie avec eux-mmes, avec les autres. Nous nous en satisfaisons
    quand nous partons en vacances, en week-end. Nous avons une aspiration
    chacun en nous  ce que j'appelle la posie de la vie, vivre dans
    l'amiti, dans l'amour, dans la communion, dans la fraternit contre
    cette prose : la chronomtrie, la quantit, l'hyperspcialisation.
 
    Vous tes un intellectuel de gauche. Comment expliquez-vous que la
    gauche ne vous entende plus ?
 
    J'ai souhait irriguer la gauche, je ne l'ai jamais irrigue. Dans les
    annes 1970, on avait dit aux socialistes : on peut vous faire des
    sminaires sur la complexit... Ils s'en foutaient. Ils ont toujours vu
    en termes de pouvoir. Ils se disaient : quand la droite prendra le
    pouvoir, ils vont se dconsidrer et on prendra leur place. Cela a
    march pendant pas mal de temps. Maintenant, cela ne marche plus.
 
    Vous avez pourtant vot Sgolne Royal ?
 
    Oui. Au dbut, elle avait un ton nouveau. Elle avait quelque chose
    d'autre. Et je me suis dit : elle est inspire. Progressivement, j'ai
    vu qu'elle se banalisait. Elle a un peu titub. Et cela m'a dcourag.
    Mais j'ai quand mme vot pour elle.
 
    Vous dites que les mutations historiques sont souvent cres par un
    phnomne dviant ou un accident. Nicolas Sarkozy est-il un dviant ou
    un accident qui pourrait provoquer la rupture ?
    Il mlange en lui le dviant et le conformiste. Dans le fond, il n'a
    pas le style normal de l'UMP. Sa campagne lectorale est digne de la
    campagne de Bonaparte en Italie. Il a russi  enfoncer sa droite, 
    enfoncer sa gauche et rcuprer les voix,  contourner son centre, 
    dire qu'il faisait la rupture en prenant la continuit du parti. C'est
    un stratge gnial. Dans la condition actuelle, je pense qu'il est
    coinc par la situation et par toutes ces promesses quantitatives qui
    ne peuvent pas se raliser. (...) Mais je n'exclus pas qu'il puisse
    pratiquer une reconversion. S'il a dit ce mot de "politique de
    civilisation", c'est qu'il a senti qu'il y avait un vide dans la
    politique. C'est un intuitif.
 
<article-nb="2008/01/08/19-7">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  Avec la &#38;#34;rtention de sret&#38;#34;, dont il serait menac ds le prononc de sa condamnation, le dtenu sait que, mme s&#38;#39;il se comporte bien en prison, il pourra y tre maintenu pour sa &#38;#34;dangerosit&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      D ix jours aprs avoir promulgu une nouvelle loi sur la prvention de
    la rcidive, Nicolas Sarkozy dcidait, en plein mois d'aot 2007,  la
    suite de l'motion lgitimement suscite par le viol du petit Enis 
    Roubaix par un pdophile rcidiviste, de durcir de nouveau la
    lgislation. C'est ainsi qu'est n, par raction  un crime odieux, ce
    concept de "rtention de sret" qui est au coeur du projet de loi
    examin,  partir du mardi 8 janvier, par l'Assemble nationale. En
    clair, des pdophiles, des violeurs, des meurtriers de mineurs, ayant
    t condamns  au moins quinze ans de prison, pourront se voir
    infliger par une commission pluridisciplinaire une deuxime peine qui
    conduira  leur enfermement dans une "prison-hpital", pour une dure
    sans cesse renouvelable.
 
 
    Au-del de la confirmation d'une tendance proccupante depuis une
    dizaine d'annes, consistant  durcir sans cesse le droit pnal  la
    suite de faits divers particulirement abominables - et il en est ainsi
    des crimes pdophiles -, l'invention de cette "rtention de sret"
    ouvre la voie  de multiples drives. Va-t-on, avec cette double peine,
    rintroduire de fait les condamnations  perptuit  l'encontre de
    personnes maintenues en dtention en raison d'une "dangerosit sociale"
    suppose, non plus pour une infraction commise, mais pour une
    infraction ventuelle ? L'ancien garde des sceaux Pascal Clment a dj
    mis en garde contre le risque d'inconstitutionnalit d'un tel texte.
 
    Ce projet rend tout  fait illusoires les chances de rinsertion et
    l'ide mme que la sanction pnale ait la moindre valeur rdemptrice.
    Les dfenseurs du texte de Rachida Dati mettent en avant son caractre
    protecteur de la socit mais aussi des victimes, face au danger de
    voir des criminels rcidiver ; ils se flicitent de la fin du principe
    de l'automaticit des remises de peine ; ils soulignent enfin que
    l'enfermement pour dangerosit relvera d'une dcision collgiale,
    susceptible de recours. Mais c'est oublier que, si la dtention est une
    punition, elle a aussi pour but la rinsertion du coupable. Avec la
    "rtention de sret", dont il serait menac ds le prononc de sa
    condamnation, le dtenu sait que, mme s'il se comporte bien en prison,
    il pourra y tre maintenu pour sa "dangerosit".
 
    M. Sarkozy fait de l'efficacit de son action un matre mot de sa
    politique, mais plutt que de dfaire ou de refaire sans cesse des lois
    encore faudrait-il commencer par appliquer celles qui existent. Sur la
    rcidive, du suivi socio-judiciaire avec injonction de soins  
    la surveillance lectronique par bracelet mobile , les lois se
    sont multiplies. Mais les moyens n'ont pas suivi, et la psychiatrie
    souffre d'un manque criant de praticiens. Alors, sous le coup de
    l'motion, on cre  la hte de nouveaux outils. A risques.
 
<article-nb="2008/01/08/19-8">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  Amis lecteurs, il n&#38;#39;est pas simple de vous clairer sur notre situation complexe. Il le faut cependant.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      A mis lecteurs, il n'est pas simple de vous clairer sur notre
    situation complexe. Il le faut cependant. Depuis le 4 janvier, le
    directoire du groupe Le Monde ne compte plus qu'un membre, en
    l'occurrence le directeur du quotidien que je suis. Priv de son
    prsident, le directoire ne peut donc plus fonctionner en droit.
 
 
    Dans ces conditions, la porte est ouverte  la saisine du tribunal de
    commerce par le prsident du conseil de surveillance, Alain Minc ;
    saisine qui conduirait  la nomination au Monde d'un administrateur
    provisoire.
 
    Une telle issue est impensable. Elle serait dvastatrice en termes
    d'image. Dvastatrice aussi pour une entreprise qui vivrait cette
    intrusion comme un traumatisme injustifi. Un dur plan d'conomies -
    par ailleurs ncessaire - serait appliqu par un mandataire tranger 
    notre histoire et  notre culture. Ce serait pour Le Monde et
    l'ensemble du groupe, pour ses personnels, la perte de la matrise de
    leur destine. Le constat d'chec collectif de n'avoir pas su oprer
    nous-mmes notre redressement.
 
    C'est pourquoi j'ai annonc au prsident du conseil de surveillance et
     nos actionnaires ma candidature  la prsidence du directoire.
 
    Si nos actionnaires, internes et externes, appuient cette proposition,
    je constituerai autour de moi une quipe resserre qui enclenchera trs
    vite, de faon rsolue et irrversible, les mesures d'conomie qui
    s'imposent. Je suis conscient de leur ncessit.
 
    Nous ne sommes pas de purs esprits qui trouveraient vulgaires ou
    drisoires les questions de gestion. Mais, entre les rsoudre par
    nous-mmes et en confier le rglement  la justice, nous avons choisi
    la premire solution. Je forme l'espoir que nos actionnaires, dont je
    sais l'immense attachement au Monde et  ses valeurs d'indpendance,
    approuveront ce choix.
 
    Le moment venu, je souhaite qu'ils se prononcent en toute libert. Avec
    une pleine conscience des enjeux.
 
<article-nb="2008/01/08/19-9">
<filnamedate="20080108"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080108"><AAMMJJHH="2008010819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Les rvlations de l&#38;#39;ADN sur le petit Emmanuel donnent raison au prsident colombien sur les otages.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      L e diable en Colombie, c'est dsormais la gurilla, et non plus Alvaro
    Uribe, pour le public franais. Une page se tourne enfin. Vilipend
    jour aprs jour depuis six ans par la mre, la soeur, la fille et
    l'ex-mari d'Ingrid Betancourt, avec l'aide de Dominique de Villepin et
    de Jacques Chirac, le prsident de Colombie a fait d'un coup chec et
    mat aux narcoterroristes des FARC et  ceux qui pousaient leurs
    mensonges. Non pas aprs une offensive arme de grande envergure, mais
    par la grce d'un enfant, Emmanuel.
 
 
    Ingrid Betancourt et son chef de campagne pour la prsidentielle de mai
    2002 pour le parti Oxygne en Colombie, Claraleti Rojas, ont t
    enleves le 23 fvrier de cette anne-l par les FARC, pour rejoindre
    le lot tragique des 3 000 otages d'une gurilla qui ne vit que du
    trafic de cocane et du ranonnement des civils squestrs, pour un
    revenu  hauteur de 400 millions de dollars par an. Paris n'avait
    jamais prouv le moindre intrt pour cette effrayante injustice
    jusqu' la captivit d'Ingrid.
 
    En Colombie, Ingrid n'a jamais t que l'un des 3 000 Colombiens aux
    mains des rebelles, et nul n'ignore qu'elle s'tait jete dans la
    gueule du loup en refusant d'obir aux objurgations des services
    secrets de son pays qui l'avaient incite, en vain,  ne pas poursuivre
    son chemin vers le repaire de la gurilla le 23 fvrier 2002 (je garde
    par-devers moi un document secret qui le prouve). L'intervention
    publique de Jacques Chirac en sa faveur, sous la pression de Dominique
    de Villepin, a russi  dformer la vision des mdias franais sur la
    tragdie colombienne. La scne y a longtemps oppos un mchant, Alvaro
    Uribe,  une gurilla "romantique" mprise par le chef de l'Etat. Dans
    cette intrigue rpte sans relche par la famille Betancourt, le
    prsident colombien endossait le rle d'accus.
 
    Ni la famille Betancourt ni les mdias franais n'ont jamais reconnu
    les concessions faites par Alvaro Uribe, incapable il est vrai de
    s'assurer les services d'un organe de communication comptent. Ce
    prsident, lu au suffrage universel en 2002 avec 54 % des voix, a t
    rlu en 2006 avec 64 %, sur une plate-forme de "gant de fer contre les
    terroristes" (les FARC sont ainsi qualifies officiellement par l'Union
    europenne). Contre tous ses engagements initiaux "de ne pas librer un
    millimtre du territoire national au profit de la gurilla", cet ancien
    gouverneur de Medellin a accept de ngocier avec ces mmes FARC qui
    avaient abattu son pre, Alberto, en 1983, dans leur ferme. Le 13
    dcembre 2005, Uribe accepte mme d'offrir 180 km^2 de la Colombie aux
    FARC pour ngocier un change humanitaire sous l'gide de la France, de
    l'Espagne et de la Suisse. La gurilla rejette l'offre, et invoque son
    "refus de ngocier avec le prsident colombien". Les mdias franais
    n'voquent jamais cet pisode.
 
    En 2007, les FARC paraissent en mesure de mettre  genoux Alvaro Uribe.
    Sous la pression internationale de pays dont la France, il avait dj
    accept en juin de librer un commandant de cette gurilla, Rodrigo
    Granda, sur la demande expresse de Nicolas Sarkozy, puis 152 rebelles,
    mais sans aucune contrepartie connue. Le prsident colombien fait un
    nouveau pas sur son chemin de Canossa. Il accepte alors en dcembre
    2007 de laisser son homologue du Venezuela - ha en Colombie pour ses
    relations avec le rgime castriste - recevoir les trois otages que la
    gurilla veut librer pour les lui confier  Caracas : Claraleti Rojas,
    son fils Emmanuel (conu en captivit avec un gurillero), et une
    parlementaire, Consuelo de Perdomo. Ce "geste" des FARC confirme les
    relations troites entre Hugo Chavez et les rebelles, qui disposent de
    centaines de camps de repli au Venezuela sur les 2 300 km de frontire
    commune entre les deux pays.
 
    Un vritable cirque mdiatique est alors mont par le prsident
    vnzulien, avec la complicit d'une snatrice colombienne d'extrme
    gauche, Piedad Cordoba. Huit pays dont la France envoient des dlgus
    de haut rang : ambassadeurs, ministres, ou ex-prsident comme
    l'Argentin Nestor Kirchner. Le CICR de Genve attend comme eux la
    libration des otages. Le suspense se prolonge pendant cinq longues
    journes.
 
    La dsillusion est totale. Les FARC annoncent le 31 dcembre 2007 leur
    refus de librer les deux femmes et l'enfant Emmanuel, sous un prtexte
    fallacieux. La vrit sort alors de son puits. Emmanuel n'tait plus
    chez les FARC, annonce dans la soire Alvaro Uribe. Sous le faux nom de
    Juan David Gomez Tapiero, souffrait de malnutrition, paludisme et
    leishmaniose quand il avait t confi par les rebelles  un certain
    Jos Cristiano Gomez en juillet 2005. Quand les FARC ont voulu
    rcuprer le bb en dcembre dernier, ils ignoraient qu'Emmanuel avait
    t transfr dans la capitale.
 
    Les rvlations du prsident colombien suscitent aussitt la suspicion
    de la gurilla et de ses complices. Fabrice Delloye, l'ex-mari d'Ingrid
    Betancourt, dnonce le "machiavlisme" d'Alvaro Uribe le 3 janvier.
    Depuis prs de six ans, il n'a cess de vouer le chef de l'Etat aux
    gmonies, pour son refus des diktats de la gurilla. Hugo Chavez accuse
    son homologue colombien d'avoir "dynamit" la libration des otages par
    ses assertions.
 
    La fourberie des FARC a renforc Alvaro Uribe, dstabilis Hugo Chavez
    - muet depuis ces rvlations - et, hlas, ridiculis tous les pays qui
    avaient oubli d'imiter Ulysse en ne se faisant pas attacher au mt
    pour chapper  l'appel de sirnes encore plus dangereuses que dans la
    mythologie : la sanglante gurilla colombienne.
      __________________________________________________________________
 
    Jacques Thomet est ancien directeur de l'AFP en Colombie et au
    Venezuela (1999-2004).
 
