<FILE-date="2008/01/07/19">
<article-nb="2008/01/07/19-1">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1">  Le clbre cavalier a dvast, le 21 dcembre, des locaux de l&#38;#39;Etat  Paris.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1">      B artabas persiste et signe. Dans une lettre ouverte adresse 
    Christine Albanel, la ministre de la culture, et dans un entretien au
    Monde, le cavalier fameux, en France comme  l'tranger, avec son
    thtre questre Zingaro, ne regrette pas son "coup de sang" : le 21
    dcembre 2007, il a violemment dvast une partie des locaux de la
    Direction rgionale des affaires culturelles (DRAC) de l'Ile-de-France,
    rue de Charonne  Paris. Alors qu'on venait de lui annoncer une baisse
    de ses subventions.
 
 
    "On ne convoque pas un artiste trois heures avant une reprsentation
    pour lui annoncer une telle nouvelle, crit Bartabas  la ministre de
    la culture, Christine Albanel. Et lorsque celui-ci donne  son
    dsespoir l'expression de la colre, on ne demande pas, deux heures
    aprs les faits, sa mise en garde  vue, l'empchant de se rendre  son
    thtre pour la reprsentation du soir. C'est faire preuve de mpris,
    ou au mieux d'incomptence. Et sur ce point, madame la ministre,
    j'aimerais entendre vos excuses." Cette missive n'est gure apprcie
    au ministre de la culture, qui a demand  la DRAC de porter plainte.
 
    Le directeur de la DRAC, Jean-Franois de Canchy, se souviendra de son
    21 dcembre. Il avait prvu, de longue date, de rencontrer Bartabas, le
    responsable de l'Acadmie du spectacle questre, qui se trouve dans les
    Grandes Ecuries de Versailles (Yvelines) - et non ce dernier en tant
    qu'animateur de Zingaro, log  Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Au
    menu, le dficit de l'Acadmie, qui forme des cavaliers, et le gel de 4
    % des subventions 2008 qui touche l'ensemble du spectacle vivant
    soutenu par l'Etat.
 
    RADIATEURS ARRACHS
    Bartabas fait savoir qu'il ne viendra pas  la runion. Son
    administratrice, Franoise Painblanc, doit le reprsenter. Elle se
    prsente  la DRAC avec le directeur gnral de l'Acadmie, Jean
    Parthenay. Et Bartabas en personne. "Je l'invite alors  faire le bilan
    du dernier trimestre 2007, explique M. de Canchy. Il me demande 
    plusieurs reprises combien la DRAC va lui donner, interdisant 
    Franoise Painblanc d'intervenir. Quand j'voque le gel des 4 %, il
    brandit une chaise en fer qui est partie en direction de
    l'administratrice, puis une deuxime, qui me vise et fracasse une
    armoire de verre. Une troisime pulvrise mon bureau."
 
    Franoise Painblanc fait alors sortir Bartabas. Dans le couloir, le
    cavalier concasse les photocopieuses et arrache les radiateurs. Puis il
    tlphone dans la rue de Charonne, en face de la DRAC, o la police le
    cueille  la demande du ministre de la culture. Bartabas passe la nuit
    au commissariat du XI^e arrondissement de Paris. "On n'a pas eu le
    temps de discuter du problme de fond", regrette Jean-Franois de
    Canchy : la situation de l'Acadmie questre. En 2003, au moment de sa
    cration, Bartabas estime que l'cole peut s'autofinancer (visiteurs
    payants, diffusion de spectacles, mcnat). Mais si le nombre des
    entres est stable (60 000), la diffusion et le mcnat sont en dents
    de scie. "Par rapport aux recettes qui fluctuent, constate Jean
    Parthenay, le directeur gnral de l'Acadmie, il nous faut des
    subventions fixes."
 
    Aprs avoir combl le trou de 2006, l'Etat labore, en juillet 2007, un
    plan de sauvetage sur trois ans. "Pour fonctionner correctement, estime
    Jean Parthenay, nous devons tourner avec un budget de 1,6 million
    d'euros par an. Il fallait donc trouver 450 000 euros de subventions."
    Le plan imagin par l'Etat en prvoit 350 000. Mais le compte n'y est
    pas. A sa subvention de base de 110 000 euros, l'Etat a bien trouv 100
    000 euros supplmentaires. Le dpartement des Yvelines a lch 60 000
    euros. La ville de Versailles a mis un coup de pouce. En revanche, la
    rgion Ile-de-France a refus de donner les 75 000 euros prvus dans le
    plan. La rgion explique que si depuis trois ans, elle a sign 174
    conventions pour soutenir les compagnies franciliennes, pour prs de 10
    millions d'euros, l'Acadmie questre n'en fait pas partie. "Il est
    donc exclu" qu'elle participe au sauvetage "a fortiori quand cette
    participation et son montant sont dcids en son absence".
 
    Dans ce contexte difficile, apprenant, de surcrot, que la subvention
    de base de l'Etat tait gele de 4 %, Bartabas, dont le "gnie" mais
    aussi le "caractre difficile" sont reconnus, "pte les plombs". Il ne
    comprend pas, aujourd'hui, qu'on "chipote sur 100 000 ou 200 000 euros
    alors que l'Acadmie est unique".
 
    Unique mais atypique. Ce centre questre forme une douzaine de jeunes
    cavaliers par an, franais et trangers (une cinquantaine depuis 2003),
    selon des critres que l'administration a du mal  percevoir. Des
    cavaliers dont elle ne sait pas bien o ils se retrouvent une fois
    forms, entre Zingaro et ailleurs. "Il s'agit plus d'un laboratoire que
    d'une cole, reconnat Jean Parthenay. C'est ici que se transmettent
    les rgles de l'art du spectacle questre misent au point par Bartabas,
    aujourd'hui export dans le monde entier."
 
<article-nb="2008/01/07/19-2">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2">  Wagner, Tchakovsky ou Lully :   Paris comme en rgion, le premier semestre  de quoi ravir les mlomanes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2">      P as moins de 150 productions lyriques sont programmes dans les 35
    maisons d'opra de France : voil de quoi tenir jusqu' l't des
    festivals. Donnons quelques pistes afin de rserver ses places. A
    l'Opra de Paris, la troisime mise en scne du Polonais Krzysztof
    Warlikowski, dans Parsifal, de Wagner (4 au 23 mars), est trs attendue
    aprs le succs de son Iphignie en Tauride, de Gluck (repris du 22 mai
    au 8 juin). Autres succs escompts, celui d'Olivier Py, qui monte The
    Rakes's Progress, de Stravinsky (3 au 24 mars) et Wozzeck, de Berg, mis
    en scne par Christoph Marthaler (29 mars-19 avril) avec Simon
    Keenlyside dans le rle-titre. La cration mondiale s'appellera
    Melancholia, de Georg Friedrich Haas, d'aprs le roman ponyme de Jon
    Fosse (9-27 juin).
 
 
    Ct reprises, toujours  l'opra de Paris, on reverra avec plaisir La
    Femme sans ombre, de Strauss, par Bob Wilson (21 janvier-10 fvrier) ou
    deux spectacles mis en scne par Andr Engel : Cardillac, d'Hindemith
    (29 janvier- 16 fvrier) et Louise, de Charpentier (20 juin-10
    juillet). Et surtout Les Capulet et les Montaigu, de Bellini, griff
    Robert Carsen, avec Anna Netrebko en Giulietta (24 mai-15 juin).
 
    A l'Opra-comique,  Paris, Jrme Deschamps ressuscitera Zampa,
    d'Hrold, avec la complicit du chef d'orchestre William Christie
    (10-21 mars), aprs que le metteur en scne Benjamin Lazar et son
    complice, le chef Vincent Dumestre auront mont Cadmus et Hermione de
    Lully (21-27 janvier). Autre Lully, au Thtre des Champs-Elyses, avec
    Thse, mis en scne par Jean-Louis Martinoty (20-29 fvrier), suivi
    d'un Falstaff, de Verdi (19-29 juin).
 
    Au Thtre du Chtelet,  Paris, c'est le grand retour de Vronique,
    d'Andr Messager, avec Fanny Ardant  la mise en scne (21-31 janvier).
    Mais aussi du Padmvat, d'Albert Roussel, lgende indienne confie 
    un cinaste de Bollywood, Sanjay Leela Bhansali (14-24 mars). Et puis,
    la cration mondiale de The Fly (La Mouche), sous la direction de
    Placido Domingo, mis en scne par David Cronenberg, d'aprs son film
    ponyme, sur la musique d'Howard Shore (30 juin-13 juillet).
 
    En rgion, deux Dames de Pique, de Tchakovski, sont annonces. L'une
    sera sans doute plus musicale : au Capitole de Toulouse, le talent du
    jeune chef d'orchestre Tugan Sokhiev devrait crer l'vnement (31
    janvier- 10 fvrier). L'autre, plus visuelle, verra Peter Stein mettre
    la dernire main  la "trilogie Pouchkine", programme par l'Opra de
    Lyon (24 janvier-5 fvrier).
 
    L'Opra national du Rhin poursuit la route du Ring wagnrien initi par
    David McVicar avec une Walkyrie qui ira de Strasbourg  Mulhouse en
    passant par Colmar (18 avril-18 mai).
 
    Paris verra se poursuivre la bataille symphonique  coups d'orchestres
    invits : au Thtre des Champs-Elyses, l'Orchestre Philharmonique de
    Vienne, conduit par Valery Gergiev (21 fvrier) et Riccardo Muti (10
    avril), celui de la Radio Bavaroise par Mariss Jansons (9 mars),
    l'Orchestre philharmonique de Munich par Christian Thielemann (23 mai),
    et Seiji Ozawa  la tte de son Mito Chamber Orchestra (12 juin) ;  la
    Salle Pleyel, parmi les htes de marque, le London Symphony Orchestra,
    sous les baguettes de John Eliot Gardiner (2 et 3 fvrier), Valery
    Gergiev (9 mars) et Bernard Haitink (19 juin), l'Orchestre
    philharmonique de Chine avec Lang Lang (12 mai), sans parler du
    Concertgebouw d'Amsterdam (24 mai) et du Gewandhaus de Leipzig avec
    Riccardo Chailly (7 juin).
 
    Les phalanges franaises poursuivront leur saison. L'Orchestre de Paris
    avec le pianiste Daniel Barenbom (30 et 31 janvier), l'altiste Tabea
    Zimmermann (13 fvrier), la soprano Susan Graham (20 et 21 fvrier) et
    le pianiste Nelson Freire, sous la direction de Jiri Belohlavec (16 et
    17 avril). L'Orchestre de Paris donnera aussi la Symphonie n^o^ 8 de
    Mahler, au Palais omnisports de Bercy (6 et 7 mars).
 
    L'Orchestre national de France verra Riccardo Muti dans Haydn (13
    mars), Tugan Sokhiev dans Borodine (22 mai), avant d'entamer un
    roboratif cycle Beethoven (dont une intgrale des symphonies et
    concertos) sous la direction de son chef de 80 ans, Kurt Masur (26
    juin-12 juillet).
 
    Si l'Orchestre philharmonique de Radio France reoit les chefs russes
    Guennadi Rozhdestvensky dans Prokofiev (18 janvier) et Vladimir
    Fedoseyev dans Dvorak (26 janvier), l'Anne Messiaen devrait permettre
     son patron, Myung-Whun Chung, de briller dans son rpertoire de
    prdilection (4, 11 et 25 avril).
 
    Enfin, question claviers, ne pas rater Denis Matsuev (2 fvrier), Leif
    Ove Andsnes (14 mars) et Arcadi Volodos (2 juin) au Thtre des
    Champs-Elyses. Tandis qu'au Chtelet, se produiront Stephen
    Kovacevitch (23 janvier), Radu Lupu (29 avril), Alfred Brendel (2
    juin), Murray Perahia (10 juin) et Lang Lang (16 juin).
 
<article-nb="2008/01/07/19-3">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3">  &#38;#34;Le Corsaire&#38;#34; est prsent  l&#38;#39;Opra Garnier.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3">      U n quart d'heure aprs le dbut du Corsaire, dvoil samedi 5 janvier
     l'Opra Garnier par le Ballet du Thtre Bolcho de Moscou, des
    applaudissements et des bravos intempestifs ont clat pour saluer la
    performance patante du danseur Yvan Vassiliev. Ces salves vont
    ponctuer tout le spectacle, au point de donner parfois le sentiment de
    passer son temps  claquer des mains aprs chaque virtuosit. Quand on
    sait que le ballet dure trois heures quinze, on mesure le tempo du
    public.
 
 
    Un "show case" ! Voil ce qu'est Le Corsaire, selon Alexe Ratmanski,
    directeur du Bolcho depuis 2004. A savoir un spectacle un brin
    commercial mais honnte. Cette superproduction donne  boire et 
    manger  tous les danseurs tout en lustrant le plumage, un peu terni
    depuis quelques annes, de la prestigieuse troupe moscovite.
 
    En remontant ce ballet historique selon la version originelle
    chorgraphie par Marius Petipa sur la musique d'Adolphe Adam ,
    Ratmanski sait ce qu'il veut pour le Bolcho : un rpertoire original
    (Le Corsaire est quasi inconnu du public franais, car absent des
    productions de l'Opra de Paris), de nouveaux danseurs, une
    interprtation contemporaine de la tradition.
 
    Les trois actes et cinq tableaux font miroiter la technique des
    danseurs. Un exemple donne une ide de la dmesure de ce divertissement
    roboratif : le deuxime acte, d'une dure d'une heure, est presque
    entirement couvert par la squence du "Jardin anim", qui met en scne
    une vole de ballerines levant la jambe au milieu de cerceaux fleuris
    devant un Pacha bat. En solo, duo, trio, en ronds et en diagonales, la
    gomtrie classique se dploie au point d'en faire presque oublier le
    scnario.
 
    CURIEUX EXOTISME
 
    L'histoire de Conrad le pirate (Nikolay Tsiskaridz), tomb amoureux
    d'une esclave grecque nomme Mdora (Svetlana Zakharova), devient-elle
    un pur prtexte ? Oui et non. Le livret, d'abord inspir par un pome
    de Lord Byron (The Corsar, 1814), est si alambiqu qu'on le tient 
    l'oeil, mme si les parenthses chorgraphiques semblent plus longues
    que les pripties rocambolesques, pourtant dbordantes.
 
    De la vente de Mdora au Pacha par le marchand d'esclaves Isaac au
    naufrage (somptueux), en passant par les multiples enlvements, le
    crpage de chignons au harem, les coups bas, les fleurs empoisonnes,
    le bourreau, le mariage truqu, que d'avaries !
 
    Entre femme voile et ballerine en tutu remont sur les fesses, danse
    orientale et hauts faits classiques, drame et comdie, Le Corsaire se
    rvle d'un curieux exotisme. Quelle trange affaire que ce ballet peu
    srieux, pourtant ptri de thmes lourds, comme la religion,
    l'esclavage, le pouvoir de l'argent, le sexe et l'amour... Gentiment
    moqus ou si caricaturaux qu'ils en perdent leur charge, ils passent
    comme une lettre  la poste et font mme sourire.
 
    Avec cette production cre en juin 2007  Moscou, le ballet du Bolcho
    (Grand Thtre en russe) fait un bond. Au regard de leur prcdent
    passage, en 2004, toujours  Garnier, avec Le Lac des Cygnes et La
    Fille du pharaon, l'interprtation des danseurs semble plus nerveuse,
    le jeu thtral moins mcanique.
 
    La compagnie, ne en 1776, devenue dans les annes 1930 le thtre
    officiel de l'Union sovitique, a survcu  tous les rgimes. Sous la
    houlette pendant trente ans (de 1964  1995) de Iouri Grigorovitch,
    dont le fameux Spartacus  clturera le sjour du Bolcho  Paris,
    la compagnie a connu ensuite une baisse de tension qu'Alexe Ratmanski
    compte faire oublier.
 
    Dans les valises de cet ancien danseur pass par des compagnies
    internationales, on trouve des relectures offensives, comme rcemment
    Bolt , tragdie proltarienne sur une musique de Chostakovitch
    qui ne resta qu'un soir  l'affiche, et bientt Flammes de Paris
    , ballet favori de Staline, sur des chants de la Rvolution
    franaise. "On ne peut vacuer l'histoire du ballet sovitique comme
    a, assne Ratmanski. Il faut s'en emparer et faire revivre cet
    hritage."
      __________________________________________________________________
 
    Le Corsaire, par le Bolcho. Opra Garnier, place de l'Opra,
    Paris-9^e. Tl. : 08-92-89-90-90. Jusqu'au 15 janvier, 19 h 30. Soire
    mixte (Marius Petipa - Roland Petit - Alexe Ratmanski), les 11-12
    janvier (14 h 30 et 20 heures), et le 13 (14 h 30).
    Spartacus, de Iouri Grigorovitch, du 19 au 22 janvier, 19 h 30. De 6 
    80 .
 
<article-nb="2008/01/07/19-4">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4">  L&#38;#39;acteur rput au cinma ou dans la vie relle pour ses rles de teigneux signe avec son quatrime long mtrage une histoire qui lui ressemble,  rebours d&#38;#39;une Amrique conformiste.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4">      L a couverture du livre tait trop belle pour ne pas tre utilise
    immdiatement : la photo en noir et blanc d'un bus, en pleine nature, 
    moiti recouvert par la neige. Puis le titre, Into the Wild, incrust
    en majuscules sur le clich, comme si les lettres faisaient partie du
    paysage. Ds le premier coup d'oeil, Sean Penn savait qu'il porterait 
    l'cran le rcit du journaliste Jon Krakauer. "Mon sang n'a fait qu'un
    tour. Je pensais en faire ma lecture du week-end, mais les images sont
    venues avec les mots. Je devais l'adapter." Cet impratif s'appuie sur
    un besoin. Une affirmation de Sean Penn se ponctue toujours avec une
    cigarette allume.
 
 
 
 
           Parcours
 
 
 
    1960
    Naissance  Santa Monica (Etats-Unis).
 
    1981
    Premier rle au cinma dans "Taps", d'Harold Becker.
 
    1991
    Ralise son premier film, "Indian Runner".
 
    2002
    Se rend en Irak quelques mois avant l'intervention amricaine.
 
    2004
    Oscar du meilleur acteur pour "Mystic River", de Clint Eastwood.
 
    2008
    Sortie, le 9 janvier, d'"Into the Wild", le quatrime film qu'il
    ralise.
 
                                                              
 
 
 
    Best-seller aux Etats-Unis, Into the Wild (Presses de la Cit, 312 p.,
    19 euros) relate un fait divers qui a dfray la chronique. En 1992, le
    cadavre d'un jeune homme, Christopher McCandless, tait dcouvert dans
    un bus abandonn en Alaska, loin de tout lieu habit. Ce dernier, fils
    de bonne famille, frachement diplm de l'universit, avait tourn le
    dos  une brillante carrire professionnelle et rompu tout contact avec
    sa famille pour sillonner, sous un nom d'emprunt, le sud des Etats-Unis
    avant de s'installer au coeur de l'Alaska.
 
    Sean Penn avait dj prouv un tel coup de foudre pour une autre
    couverture de livre. Celle du Chant du bourreau (Robert Laffont, 1980),
    de Norman Mailer, un document consacr  Gary Gilmore, le seul condamn
    dans les annales de la justice amricaine  avoir demand, en 1977, la
    peine capitale  sa propre encontre. Aussi nigmatique que celle
    figurant en couverture d'Into the Wild, la photo du Chant du bourreau
    montre un champ noirci par le crpuscule, un ciel rougi par le soleil
    couchant, et des poteaux tlgraphiques qui s'tendent  perte de vue.
    Il est facile d'y voir avec le recul ce qu'y a puis Penn. Cette vision
    d'une americana dserte et hante est devenue la signature visuelle de
    ses quatre films : Indian Runner , Crossing Guard , The
    Pledge  et Into the Wild (sortie le 9 janvier).
 
    L'itinraire d'un jeune homme refusant, comme dans Into the Wild, le
    confort d'une socit prospre pour retourner  l'tat de nature devait
     l'vidence fasciner un acteur qui n'a jamais rien fait comme tout le
    monde. Opposant dclar  George Bush, Sean Penn prend un malin plaisir
     visiter les pays placs sur la liste noire du prsident amricain.
    L'acteur s'est ainsi rendu en dcembre 2002 en Irak, juste avant
    l'invasion amricaine. Puis de longues semaines en Iran, voyage dont il
    a donn un rcit dtaill dans un reportage, publi en 2005 dans le San
    Francisco Chronicle. Le ralisateur d'Into the Wild se trouvait en aot
    2007 au Venezuela, o il a rencontr le prsident Chavez.
 
    L'entourage direct de Penn est, depuis toujours, tranger au
    show-business et se compose en grande partie d'crivains. Parmi eux, le
    dramaturge David Rabe et Charles Bukowski, qui a tenu, jusqu' sa mort,
    en 1994, un rle de pre spirituel pour le comdien. "Lui et sa femme
    ont t comme des parents. Nous tions trs souvent ensemble, c'tait
    dans les annes 1980, et ils ont rempli un manque." On ajoutera aussi
    le romancier Harry Crews, qui apparat brivement dans Indian Runner,
    et dont Penn avait tent d'adapter Le Roi du K.O. (Gallimard, 1999),
    l'histoire d'un boxeur qui se met K.O. tout seul dans les botes
    underground de La Nouvelle-Orlans.
 
    "Crews est le pote des marges. Sa langue me hante", reconnat Penn.
    Comme celle de Jon Krakauer dans Into the Wild. Il a d'abord entendu
    des sons, puis des murmures. Et ces murmures faisaient cho  un autre
    point crucial du livre. "L'itinraire de Christopher McCandless est
    ponctu par ses lectures : L'Appel de la fort, de Jack London, La Mort
    d'Ivan Ilitch, de Tolsto, Le Docteur Jivago, de Boris Pasternak.
    L'ide d'un voyage  travers un espace comme  travers les livres me
    sduisait puisque c'est ainsi que j'envisage une existence : parmi les
    livres."
 
    Choisir un livre est une dmarche rcente chez lui. Auparavant - avant
    d'atteindre la quarantaine -, il attendait davantage que les livres
    viennent  sa rencontre. C'est ainsi que s'tait mont The Pledge. A la
    recherche d'un roman policier susceptible de donner envie  Jack
    Nicholson, la star de son prcdent film, Crossing Guard, de
    retravailler avec lui, Penn s'tait vu proposer par son producteur La
    Promesse (Albin Michel, 1990), de Friedrich Drrenmatt. "Chaque tape
    de ma vie correspond  la lecture d'un livre. J'ai commenc par
    Salinger, puis Dostoevski. Crime et chtiment m'a hant. Les
    monologues de Raskolnikov sur la raison et la folie ont jou un rle
    dcisif dans ma carrire d'acteur."
 
    L'effet Dostoevski, avec cette fascination pour la psych torture
    d'un criminel qui l'accompagne, a aurol d'un astre malfique la
    carrire du comdien Sean Penn. Il s'est longtemps conduit en enfoir.
    A l'cran, s'entend. Ses rles dans Comme un chien enrag, de James
    Foley, Outrages et L'Impasse, de Brian De Palma, La Dernire Marche, de
    Tim Robbins, ou Mystic River, de Clint Eastwood, ont contribu 
    faonner la lgende d'un acteur qui fascine, effraie et exaspre.
    Robert Duvall reconnaissait n'avoir accept un rle  son ct dans
    Colors, de Dennis Hopper, que pour une scne o il lui tape dessus. "Je
    devais le cogner dans un vestiaire. C'tait le rve de chaque
    Amricain. Je n'allais quand mme pas passer  ct d'une occasion
    pareille."
 
    En 1987, Penn a pass trente-trois jours en prison au pnitencier de
    Los Angeles County. Un fan, suspect de suivre de trop prs sa premire
    femme, la chanteuse Madonna, avait suscit l'ire du comdien.
    L'exprience carcrale a pris valeur d'piphanie. "Je devais choisir
    mes livres avant de subir ma peine, c'est la rgle, et je n'avais
    aucune garantie de trouver sur place ce que je voulais." Il a vit
    d'emporter les livres qui feraient mal en milieu confin. Lire Raymond
    Carver s'est rvl par exemple une trs mauvaise ide. Dcouvrir
    William Burroughs n'tait pas non plus trs opportun. Mais le
    ralisateur a vis juste avec Les Essais de Montaigne. "Je les ai lus
    en deux jours. On ne rptera jamais assez combien la prison est un
    lieu propice  la concentration, vous lisez  la vitesse de la lumire.
    Montaigne tait l'crivain idal pour conceptualiser ce qui
    m'arrivait."
 
    Avant d'aller en prison, Penn crivait de la posie. Il ne prenait la
    plume que sous l'emprise de l'alcool. En cessant de boire, il a arrt
    d'crire. Ses pomes, reconnat-il, ne valaient rien. Il a dcouvert la
    cigarette depuis, et est devenu ralisateur en chemin. On dira ce qu'on
    veut : dans son cas, le tabac ne nuit pas  la sant.
 
 
