<FILE-date="2008/01/07/19">
<article-nb="2008/01/07/19-1">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  Pendant quelques jours, le Kenya a vacill, menaant d&#38;#39;tre emport par une spirale autodestructrice amorce par le rsultat contest de l&#38;#39;lection prsidentielle du 27 dcembre.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      P endant quelques jours, le Kenya a vacill, menaant d'tre emport
    par une spirale autodestructrice amorce par le rsultat contest de
    l'lection prsidentielle du 27 dcembre. Au terme d'une semaine de
    violences, alors qu'un calme relatif s'est instaur et que le pays
    s'efforce de panser ses plaies, le bilan est terrible. Plus de 350
    morts, des destructions d'une ampleur indite. Des plaies, enfin,
    ouvertes par des affrontements entre communauts  Nairobi, la
    capitale, comme dans plusieurs provinces.
 
 
    Qu'est-il arriv pour qu'une raction en chane entrane vers l'abme
    un pays qui avait clbr dans la joie une "transition modle" cinq
    annes plus tt ? Le dbut de la crise peut tre dat avec prcision.
    Le feu a pris au Kenya le 30 dcembre, lors de l'annonce des rsultats
    d'un scrutin qui s'tait droul jusqu'ici de manire exemplaire. Aprs
    des oprations de vote parfaites, le dcompte, entach de fraudes
    varies, s'tait conclu par la victoire conteste du prsident sortant,
    Mwai Kibaki, aux dpens de son rival, l'opposant Raila Odinga, dont les
    partisans taient aussitt descendus dans la rue, ouvrant le cycle des
    violences.
 
    Le caractre litigieux des rsultats ne fait aucun doute. Le prsident
    de la Commission lectorale, Samuel Kivuitu, qui les avait proclams,
    accordant la victoire au prsident Kibaki avec 200 000 voix d'avance,
    s'est rtract par la suite, rvlant avoir procd  cette annonce
    aprs avoir subi des "pressions" du pouvoir. Il n'en demeure pas moins
    que la premire vague de violences est imputable aux partisans de Raila
    Odinga. Justifiait-elle la brutalit de la rpression policire, qui a
    eu recours  un "usage disproportionn de la force", selon Louise
    Arbour, haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme ? Un groupe de
    23 organisations knyanes comptant parmi elles la Commission nationale
    des droits de l'homme du Kenya a dnonc, samedi, "l'usage
    extraordinaire de la force par les forces de police kenyanes, allant
    (...) jusqu' des excutions extrajudiciaires." A Kisumu, fief de
    l'opposition, la morgue dborde de corps trous de balles. Seules les
    forces de scurit, selon les tmoignages, semblent avoir fait usage
    d'armes  feu.
 
    Par contamination, d'autres types d'affrontements ont ensuite fait leur
    apparition, notamment dans la valle du Rift. Ces violences ont pris
    une dimension ethnique qui a pu donner l'impression que la clef de la
    crise nationale se trouvait l, alors qu'il s'agissait essentiellement
    d'une superposition de conflits locaux, greffs sur l'embrasement
    initial. Ce ne sont pas les meutes, mais les fraudes, qui sont 
    l'origine du bcher o viennent se consumer les espoirs d'un pays qui a
    travaill, vingt ans durant,  construire patiemment une dmocratie
    envie par beaucoup de pays du continent. La tragdie que vit le Kenya
    n'est pas l'expression du caractre violent de ses lecteurs, mais, au
    moins en partie, le reflet des espoirs immenses qu'ils plaaient dans
    les lections. Ces espoirs sont aussi  la mesure des souffrances de la
    vaste majorit des pauvres d'un pays qui s'enorgueillit  juste titre
    d'une croissance conomique de 6,1 %, mais nglige de redistribuer ses
    richesses.
 
    La premire leon du naufrage lectoral knyan a donc valeur de mise en
    garde contre l'gosme de ses dirigeants. Alors que ces derniers
    comptent parmi les mieux pays au monde, ils n'ont encore jamais song
     se pencher sur le sort des 55 % de Knyans qui vivent avec moins de 2
    dollars par jour et dont les conditions de vie se sont dgrades au
    cours de l'embellie conomique rcente. Ce n'est pas un hasard si Raila
    Odinga, lui-mme homme d'affaires prospre, s'est forg, en flirtant
    avec le populisme, une rputation de "candidat des pauvres" dans les
    bidonvilles.
 
    Mais la porte des violences de la semaine passe dpasse la mise en
    vidence de ces ingalits sociales. Les lecteurs knyans, y compris
    les plus pauvres, ont cru  la promesse d'un pays meilleur sorti du
    fond des urnes, en raison de l'histoire dmocratique particulire de
    leur pays. Ses habitants ont fait preuve de patience et de courage au
    temps de la rpression de l'ex-parti unique, puis du maintien pendant
    dix ans d'un rgime autoritaire aprs la rinstauration du
    multipartisme, sous la contrainte, par l'ex-autocrate Daniel Arap Moi.
 
    Les annes 1990 avaient t marques par des violences politiques
    organises par le prsident Moi pour se maintenir au pouvoir. Le fait
    que la carte des violences de la semaine coule recoupe celle des
    "clashs ethniques" organiss pour les lections de 1992 et 1997 n'est
    pas un hasard. Il y a dix ans, des gangs de voyous, financs, arms et
    transports par les proches du prsident Moi - dont certains se
    trouvent  prsent dans l'opposition et adoptent sans complexe une
    posture vertueuse -, organisaient des campagnes d'puration
    ethnico-lectorale diriges essentiellement contre des Kikuyu, ethnie
    du prsident Kibaki, supposs voter collectivement pour l'opposition de
    l'poque. Les viols, assassinats, pillages et dplacements forcs
    avaient alors pour but d'empcher des populations entires d'exprimer
    leurs suffrages le jour du scrutin.
 
    Le nombre de victimes en 1992, selon les estimations, se situe entre
    plusieurs centaines et plus d'un millier. Ces violences, pour
    lesquelles nul n'a t poursuivi, ont laiss un sillage brlant de
    ressentiments et des situations critiques, aggraves par des conflits
    fonciers. Dans la valle du Rift tout particulirement, les Kikuyu
    avaient t viss par des gangs recruts parmi les Kalenjin de
    l'ex-prsident Moi. Ces mmes Kalenjin sont aujourd'hui allis  Raila
    Odinga, et continuent de s'en prendre aux Kikuyu. En dpit de
    l'ultraviolence lectorale des annes 1990, le Kenya a tenu bon,
    jusqu' arracher la "transition modle" de 2002.
 
    Le Kenya de la raison peut-il l'emporter durablement si le retour au
    calme se traduit par un simple fait accompli de la victoire conteste
    de Mwai Kibaki ? Ce serait prendre un risque considrable, celui de
    remettre en question la lgitimit des institutions nationales. Or,
    lorsque les urnes perdent leur raison d'tre, survient le temps des
    aventuriers, capables de pousser le draisonnement un peu plus loin en
    affirmant que le pouvoir est au bout du kalachnikov sans risque d'tre
    dmentis. Un pays rput "stable" et "prospre" en a fait l'exprience
    amre sur le continent. Il s'agit de la Cte d'Ivoire. L'ex-vitrine
    conomique de l'Afrique de l'Ouest a commenc par ngliger les rgles
    du jeu dmocratique, pour finir par subir un coup d'Etat, une rbellion
    et un cycle de troubles dont elle espre briser la fatalit par des
    lections prvues courant 2008. Il faut souhaiter qu' Abidjan les
    leons de Nairobi soient comprises et entendues. Il faut souhaiter
    qu'elles le soient aussi dans les nombreux pays d'Afrique o les
    lections,  force d'tre voles au nom d'une "stabilit" illusoire,
    ont enlev tout espoir  leurs lecteurs.
 
<article-nb="2008/01/07/19-2">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  Perch en haut de la page depuis sa naissance, il y a quatorze mois, ce billet change lgrement d&#38;#39;emplacement et d&#38;#39;aspect.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      P erch en haut de la page depuis sa naissance, il y a quatorze mois,
    ce billet change lgrement d'emplacement et d'aspect. J'aurais pu en
    profiter pour l'allonger un peu mais, tout compte fait, c'est mieux
    ainsi : restons  1 100 signes, espaces compris.
 
    Interdit de dpasser ! Cet exercice de concision quotidien me fait
    mesurer la valeur des mots. L'affaire se joue parfois  un adjectif
    prs. Souvent frustrante, la concision est aussi le plaisir de jardiner
    dans un texte trop long pour en arracher les mauvaises herbes, tailler
    ce qui dpasse, allger, simplifier, purer.
 
 
    Un billet n'est ni un ditorial ni une analyse : tout juste un clin
    d'oeil, une ide en passant. Forant le trait  la manire d'une
    caricature, il est souvent schmatique, pour ne pas dire injuste. Il
    arrive alors aux lecteurs de remonter les bretelles  l'auteur. Mais,
    le plus souvent, ils rpondent au clin d'oeil, se font eux-mmes
    billettistes, proposant un complment ou une suite...
 
    Je bavarde, je bavarde, et nous approchons dangereusement de la fin. Un
    billet exige une chute. Sans chute, patatras !
 
    Et voil.
 
<article-nb="2008/01/07/19-3">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  Une nouvelle expression est ne. Une expression curieuse, un peu familire : &#38;#34;bling-bling&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">      U ne nouvelle expression est ne. Une expression curieuse, un peu
    familire : "bling-bling". Cette rptition de la mme syllabe, on
    connat. On peut citer au hasard : fifty-fifty, gnangnan,  qui mieux
    mieux... En gnral, ce redoublement d'une syllabe n'annonce rien de
    bon. C'est du moyen-moyen.
 
 
    Ce fameux bling-bling entend aujourd'hui caractriser une forme de
    tape--l'oeil nouveau riche. Les lendemains de la guerre de 1939-1944
    avaient vu fleurir les BOF, ces crmiers qui avaient fait fortune dans
    le march noir en tenant d'une main impitoyable leurs boutiques sur
    lesquelles taient dlicatement peintes les mentions "Beurre, oeufs,
    fromages" : d'o ce BOF gnial, et dsormais oubli. Les parvenus
    d'aujourd'hui sont plus sympathiquement bling-bling. A en croire la
    rumeur - mais faut-il croire la rumeur ? -, ils portent de grosses
    Rolex (c'est peut-tre un plonasme), circulent  bord de gros 4  4
    (c'est probablement encore un plonasme) et s'affichent au bras de
    grands ex-mannequins (c'est dfinitivement plonastique).
 
    Le quotidien Libration s'en est mu  la "une", en titrant, il y a
    quelques jours : "Le prsident bling-bling". Dans ce peu de mots, on
    devinait plus qu'une rticence, la marque d'une franche distance
    teinte de mpris. Comment peut-on tre bling-bling, semblait
    s'interroger notre confrre ? Comment peut-on concilier le fait d'tre
    prsident de la Rpublique et le fait d'tre vulgaire ?
 
    Rflchissons donc sur cette vulgarit, essayons d'en cerner les
    contours. Est-il par exemple vulgaire de se rendre  Disneyland ? Non,
    c'est tout simplement dprimant. Est-il vulgaire de porter de grosses
    lunettes de soleil  tout propos ? Non, c'est recommand si l'on a les
    yeux fragiles et particulirement sensibles  la luminosit. Est-il
    vulgaire de faire preuve de familiarit en multipliant les gestes
    enveloppants avec ses interlocuteurs ? Non, c'est la forme affiche
    d'une chaleur spontane ou calcule.
 
    Ceux qui concluent  la vulgarit sont en ralit heurts par le
    mlange des genres, par le fait de pouvoir sans frmir incarner la
    France  travers la fonction de prsident de la Rpublique tout en ne
    renonant  aucune ostentation. Mais en quoi porter une montre de
    marque prestigieuse est-il contradictoire avec le fait de diriger un
    Etat ? En rien. Donc, ce qui gne, c'est plutt le dcalage entre une
    fonction politique assume et un talage revendiqu. Ce qui gne, c'est
    le foss entre la retraite (intellectuelle, spirituelle) envisage
    aprs la victoire prsidentielle et les quelques jours de farniente
    finalement grappills sur le Paloma, entre le vote des Franais en
    faveur de la rupture, le 6 mai 2007, et la soire du Fouquet's. Ce qui
    gne, c'est ce petit quelque chose de Berlusconi que l'on retrouve en
    Sarkozy. Pouvoir, fric et paillettes.
 
    Mais, voil, le prsident bling-bling n'en a cure. Sans complexe, sans
    tabou, il va. Il prend la symbolique quand elle s'impose, la repousse
    quand elle le gne. Il tutoie volontiers les rois et les pcheurs, mais
    recourt sans problme au vouvoiement lorsqu'il s'adresse  Dominique de
    Villepin. Peut-tre a-t-il compris que l'on est toujours le vulgaire
    des autres, de mme que l'on est toujours le snob ou le plouc de
    service de quelqu'un.
 
    Nous avons connu, il n'y a pas si longtemps, un premier ministre
    (Pierre Brgovoy, 1925-1993) ignorant des usages en vigueur dans la
    bonne bourgeoisie parisienne et portant des chaussettes qui tombaient.
    L'un de ses collgues l'avait relev... Nous avons aussi eu un
    prsident de la Rpublique (Jacques Chirac) qui apprciait follement de
    prendre le frais, l't, au fort de Brganon, en se promenant en
    bermuda, mocassins et chaussettes. Encore les chaussettes ! Et alors ?
 
<article-nb="2008/01/07/19-4">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  Les Cambodgiens sont lancs dans la course  l&#38;#39;ducation pour trouver leur place dans l&#38;#39;conomie mondialise.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      A Phnom Penh, la CIA a pignon sur rue, et personne ne s'en offusque.
    D'aucuns y verraient mme un prsage d'avenir radieux. Car la Cambodia
    International Academy, au mme titre que des dizaines d'autres
    tablissements d'enseignement priv aux noms aussi vocateurs que Bug's
    Bunny Institute ou Royal Irish Academy frachement apposs sur des
    faades aux couleurs vives, rvle au moins une chose : les
    Cambodgiens, eux aussi, sont lancs dans la course  l'ducation pour
    trouver leur place dans l'conomie mondialise.
 
 
    Un certain nombre de parents seront cruellement dus, bien sr, de la
    qualit de la formation donne  leurs rejetons par ces "acadmies"
    dont beaucoup n'ont d'lev que le prix. Pas ceux, en revanche, dont
    les enfants ont l'immense chance d'tudier dans l'institut que dirige
    Hakara Tea, polytechnicien franais d'origine cambodgienne de 31 ans,
    le Centre for Information Systems Training (CIST), ou centre de
    formation informatique.
 
    Ouvert en 2005, le CIST donne - dans un btiment simple mais tout neuf
    o l'on laisse ses tongs en bas de l'escalier pour faciliter
    l'entretien du carrelage - une formation de techniciens en informatique
    de niveau BTS  de jeunes bacheliers cambodgiens de familles pauvres.
    Le Cambodge a un taux de croissance de 9,5 % et un Institut de
    technologie qui forme des ingnieurs, mais manque de techniciens : le
    dveloppement des PME naissantes est limit par la barrire
    informatique. "Le march est l, mais il y a un problme de ressources
    humaines", rsume Hakara Tea. Gr par l'ONG Passerelles numriques,
    grce au soutien de l'association Enfants du Mkong et de la Fondation
    Accenture, le CIST a runi de prestigieux sponsors (Cisco, HP, Novell,
    STMicroelectronics, Veolia...), qui fournissent ordinateurs, rseaux ou
    aide financire. La cl du succs, pour les 150 tudiants, rside dans
    la slection et la motivation : le centre va les chercher dans les
    campagnes, d'o viennent 80 % d'entre eux, mais teste rigoureusement
    leurs capacits et leur maturit, pour minimiser les chances d'abandon.
    Quarante heures de cours par semaine, dont vingt d'anglais, il faut en
    vouloir. "Mrite et rsultats : nous avons des mthodes proches de
    celles du secteur priv, dit le directeur. a choque certains."
 
    Dans un autre secteur, la banque Acleda a russi avec la mme approche.
    Cre en 1993 comme association  but non lucratif spcialise dans le
    microcrdit, elle est devenue Acleda Bank Ltd fin 2000. Une banque
    commerciale : horreur ! L'establishment humanitaire de Phnom Penh a
    cri  la trahison. Mais Acleda, dtenue  51 % par des Cambodgiens,
    dont ses propres employs, est aujourd'hui la deuxime banque du pays,
    compte 180 agences et 180 000 clients. Du microcrdit, elle est passe
    au mso-crdit, qui permet de dpasser le prt de 25 dollars pour
    songer  la cration d'une petite entreprise familiale. Cela rappelle
    le modle de la Grameen Bank du Prix Nobel Muhammad Yunus, au
    Bangladesh. Acleda fait des petits, va ouvrir une banque cette anne au
    Laos puis, d'ici  2013, dans les rgions pauvres de la Chine et du
    Vietnam.
 
    Passerelles numriques, aussi, a des ambitions rgionales. Hakara Tea
    va, dans quelques mois, lancer un autre centre, aux Philippines ou au
    Vietnam. Dans un pays qui connat l'une des plus grosses concentrations
    d'ONG au kilomtre carr, ces deux initiatives, l'une dans l'ducation,
    l'autre dans la finance, ont fait le choix du secteur priv. "Il y a un
    gros dbat au Cambodge sur le rle des ONG, de l'aide internationale et
    du secteur priv, dit Hakara Tea. Moi, on m'a toujours dit qu'une ONG
    doit mettre fin  la cause qui lui a donn naissance."
 
    Faut-il continuer d'assister un pays dont la croissance du PIB est si
    forte depuis dix ans ? Sans doute, mais autrement. Le dveloppement par
    le don a fait son temps. Phnom Penh et, dans une moindre mesure, Siem
    Reap, la ville des temples d'Angkor, prsentent tous les symptmes des
    conomies mergentes en plein boom : fivre foncire, grues  perte de
    vue, embouteillages, pollution, trs riches et trs pauvres cte 
    cte.
 
    Les riches, on les voit au volant de 4  4 Lexus aux plaques
    minralogiques marques RCAF, forces armes du royaume du Cambodge. Le
    rgime a rmunr les militaires  coups de concessions forestires et
    terriennes. "C'est l'argent du bois", soupire Hach Sok, directeur de
    l'Economic Institute of Cambodia, un think tank indpendant. Les
    pauvres, on les voit courir aprs les vhicules qui ramassent les
    travailleurs journaliers, ou manifester contre leur expulsion de la
    terre qu'ils cultivent par des promoteurs. En 2007, le Cambodge a
    accueilli 25 % de touristes de plus qu'en 2006 et augment de 17 % ses
    exportations de vtements. Reste  rpartir le gteau plus
    quitablement. "a dcolle, mais on ne sait pas vers o", se hasarde
    Hakara Tea. Une chose est sre : il y a une vie aprs les Khmers
    rouges.
      __________________________________________________________________
 
    Post-scriptum. Aprs FtNat, J.O. Zhu Ao Yun, 3,1 kg, est n le 1^er
    janvier  Zhoushan, en Chine. M. et M^me Zhu sont trs fiers, mme si
    leur petit Ao Yun partage son prnom avec au moins 3 490 de ses
    compatriotes (dont 3 216 garons) : en mandarin, Ao Yun veut dire
    "Olympique". Les mdias chinois prdisent un boom des naissances le 8
    aot. Non seulement c'est le jour de l'ouverture des JO de Pkin, mais
    le chiffre 8 porte bonheur. Le mieux parti dans la vie sera le petit
    Olympique, n  Pkin le 8.8.08  8 h 08. Sexe : masculin.
 
    Courriel : lettredasie@lemonde.fr.
 
<article-nb="2008/01/07/19-5">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  Laurent Fabius tait, dimanche 6 janvier, l&#38;#39;invit de Serge Moati, sur France 5.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      L aurent Fabius tait, dimanche 6 janvier, l'invit de Serge Moati, sur
    France 5. Ce dernier voulait  toute force savoir quels voeux il aurait
    prsent aux Franais  la place de Nicolas Sarkozy. "Comme vous l'avez
    not, je ne suis pas prsident de la Rpublique", rpondait
    l'intress. Le propos tait videmment ironique, mais il comportait
    une pointe d'amertume. Voil un homme qui a t, il y a plus de vingt
    ans, le plus jeune premier ministre de la V^e Rpublique, et qui voit
    le temps, et les occasions, passer. Serge Moati voquait deux reproches
    qui lui sont souvent faits : son absence de sincrit et son attitude
    en retrait. Il rejetait l'insincrit. A propos du second "dfaut" qui
    lui est imput, il laissait tomber avec une nonchalance trs tudie :
    "C'est vrai que je prfre la sobrit  l'exhibitionnisme." Une pierre
    videmment, dans le jardin de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a t lu il
    y a exactement huit mois et voit sa cote de popularit chuter. "De plus
    en plus de nos concitoyens, y compris un certain nombre de ceux qui ont
    vot pour M. Sarkozy, s'aperoivent au fond qu'il y avait beaucoup de
    fausse monnaie dans tout a", commente Laurent Fabius. Il compare
    l'actuel prsident de la Rpublique  Silvio Berlusconi. Tout d'abord,
    l'un et l'autre ont opr un rapprochement entre la droite et l'extrme
    droite. Il y a ensuite l'"alignement" sur la politique trangre de
    George Bush. Il y a enfin, last but not least, "une concentration
    autour de quelques puissances financires et un cadenassage mdiatique
    qui est extraordinaire".
 
 
    Laurent Fabius a beaucoup regard la tlvision ces derniers temps. Il
    affirme que TF1 et France 2 " dgoulinent de sarkozysme". Il suggre un
    remde : que le temps de parole du prsident de la Rpublique soit
    dsormais pris en compte. Il ne l'tait pas pour ses prdcesseurs,
    mais ceux-ci taient aussi nettement plus conomes de la parole
    prsidentielle ! A propos du Parti socialiste, l'ancien premier
    ministre refuse de se "mler  quelque bagarre que ce soit". Qu'est-ce
    que ce serait s'il le faisait ! Il maintient, comme il l'a rcemment
    crit dans Libration, que Sgolne Royal est une "tlvangliste
    gotiste". Il juge "pas trs opportune" la dclaration de cette
    dernire qui se dit prte  tre candidate au poste de premier
    secrtaire du PS. Lui-mme ne brigue pas cette fonction. L'entretien
    tait suivi d'un dbat avec le ministre du budget Eric Woerth et
    l'conomiste Nicolas Baverez. Las, ces changes taient bientt
    interrompus par un "incident technique" non autrement expliqu. Les
    invits taient tout simplement remplacs par un panneau rptant
    indfiniment : "France 5, c'est 24 heures sur 24 en numrique." Encore
    une publicit mensongre.
 
<article-nb="2008/01/07/19-6">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  Sept mois aprs l&#38;#39;arrive  l&#38;#39;Elyse de Nicolas Sarkozy, tous les indicateurs conomiques sont au rouge.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      S ept mois aprs l'arrive  l'Elyse de Nicolas Sarkozy, tous les
    indicateurs conomiques sont au rouge. La croissance ? En 2007 comme en
    2008, elle devrait tre infrieure  2 %, soit en dessous de la moyenne
    de la zone euro. Le chmage ? Aprs une baisse sensible en 2006, il ne
    diminue plus qu' la marge. Dj, les crations d'emplois sont moindres
    que prvu. Le commerce extrieur ? Il affiche un dficit historique,
    mme si l'on ne tient pas compte des importations nergtiques. Le
    moral des mnages ? Il est proche de son plus bas niveau historique de
    l'automne 1995. L'inflation ? Christine Lagarde a vendu la mche, avant
    de se rtracter : elle devrait tre suprieure  2 % en glissement en
    2007 et encore suprieure en 2008.
 
 
    Impressionnante, la liste n'est pas exhaustive. Il serait injuste d'en
    rendre Nicolas Sarkozy seul responsable. Le prsident franais n'a
    videmment aucune prise sur le prix des matires premires ni sur le
    ralentissement conomique mondial d  la crise des crdits immobiliers
    amricains.
 
    Nanmoins, le gouvernement a commis plusieurs erreurs de taille. La
    premire est d'avoir pch par orgueil. Une fois que vous m'aurez lu,
    la confiance reviendra, et, comme je rhabiliterai le travail,
    l'conomie repartira, avait promis, en substance, le candidat.
    Aujourd'hui, il se heurte, l comme ailleurs, au principe de ralit.
    "Tout ne peut tre rsolu en un jour", a-t-il reconnu lors de ses
    voeux. D'o une dception de l'opinion et la baisse de popularit de
    l'excutif.
 
    Deuxime erreur : tiraills entre ses conseillers keynsiens et
    d'autres plus orthodoxes, M. Sarkozy a toujours refus de choisir entre
    des rformes favorisant l'offre et d'autres soutenant la demande.
    Conclusion : sa politique conomique est illisible. Mme les chefs
    d'entreprise semblent mfiants  l'gard du "travailler plus pour
    gagner plus", un comble !
 
    Troisime erreur : la recherche de boucs missaires, notamment l'euro
    et la Banque centrale europenne, qui a contraint Jean-Pierre Jouyet,
    secrtaire d'Etat aux affaires europennes,  prendre ses distances,
    dans nos colonnes, avec la rhtorique prsidentielle.
 
    Aujourd'hui, comme le remarque une note de BNP-Paribas, "le roi est
    nu". Les caisses sont vides et la croissance, mre de toutes les
    rformes, n'est pas au rendez-vous. M. Sarkozy doit inscrire son action
    dans la dure et surtout cesser de faire cavalier seul. La France ne
    s'en sortira pas sans ses partenaires europens, notamment l'Allemagne.
    Si elle n'est pas suffisante, une politique conomique rellement
    concerte s'impose au sein de la zone euro. La prsidence franaise de
    l'Union europenne au second semestre offre une occasion en or. Pour la
    saisir, encore faudrait-il savoir tre modeste et tre  l'coute des
    autres.
 
<article-nb="2008/01/07/19-7">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  Face  un prsident qui mprise le pacte rpublicain et social franais, il est temps que les progressistes reprennent la parole.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      N ous avons besoin, Monsieur Sarkozy, d'un prsident de la Rpublique,
    pas d'une star. Vous aviez dclar souffrir de la mdiatisation de
    votre vie prive, mais la mise en scne de vos vacances vous montre
    bien imprudent...
 
    Vous, qui en appelez si souvent  l'identit franaise, n'ignorez pas
    pourtant que la Rpublique franaise s'est construite prcisment sur
    la sparation de la sphre publique, o rgne le droit, et de la sphre
    prive, o la conscience, les ides et les croyances sont protges.
    C'est dans notre pays que s'est forg, dans le dbat dmocratique, le
    progrs historique que constituent ces codes du vivre ensemble.
 
 
    Mais vous balayez ces acquis de stabilit en corchant la base mme de
    notre pacte rpublicain, la lacit. Le concept de "lacit positive",
    que vous avez invent au Vatican (!), est mal pens et malvenu,
    dangereux, inutile. Il trahit ce que nous sommes en tant que Franais,
    au moment o la lacit " la franaise" reprsente la seule
    alternative  la vision du monde projete par George W. Bush. Comme le
    dcrit l'conomiste libanais Georges Corm, le "recours au religieux"
    auquel vous appelez se conjugue avec la propagation d'un nolibralisme
    dcomplex.
 
    Et vous, en imitateur, vous pousez cette vision pourtant dj suranne
    qui veut sparer le monde entre les Occidentaux et les autres, ceux qui
    bnficieraient d'un hritage chrtien et les autres, confondant
    progrs et hritage, dans une vision construite sans ralit culturelle
    et historique, corchant mme  Dakar la culture africaine.
 
    Il est temps d'ouvrir un vrai dbat entre nous, en ce dbut d'anne,
    pour savoir quelle vision de la socit vous avez, quelle vision nous
    avons. Le drame du Pakistan nous appelle  ce travail-l. Pour
    contribuer  la paix, nous devons sortir de "l'axe du Mal" de George
    Bush qui a dchir un peu plus le monde en 2001.
 
    PAS DE GARDERIE LE DIMANCHE
 
    Vous mprisez aussi l'autre pilier de notre Rpublique franaise, notre
    pacte social. Pendant vos congs de rve, que la plupart des Franais
    ne connatront jamais, vous dcidez la suppression de la majoration de
    leurs premires heures supplmentaires. Entre deux ftes, votre premier
    ministre annonce la prochaine suppression de la dure lgale du
    travail. N'tait-ce pas assez pour complaire au Medef ? Alors, afin de
    les aider  consolider l'oligopole de la grande distribution, vous avez
    fait voter un amendement pour que certains travaillent le dimanche.
    Savez-vous combien sont pays ces vendeurs et vendeuses ? Moins de 1
    200 euros pour la plupart. Beaucoup d'entre eux vivent en couple et ont
    des enfants. Mais le dimanche, il n'y a pas de garderie, pas
    d'assistantes maternelles : il leur faudra donc payer une baby-sitter 
    7 euros de l'heure...
 
    Vous qui avez parl de ces enfants laisss seuls aprs 17 heures,
    est-ce vous qui les garderez le dimanche ? Vous leur avez propos un
    leurre, votre "travailler plus pour gagner plus", vous jouez avec les
    annonces, vous avez mme russi  faire passer l'augmentation de 4 % du
    prix du gaz pour une bonne nouvelle, ils auraient chapp aux 6 % que
    demandait GDF ! Comme s'il ne s'agissait pas de permettre une opration
    boursire aprs la fusion avec Suez. Vous connaissez les rsultats du
    groupe, Monsieur le prsident, cette augmentation n'est ni ncessaire
    ni juste.
 
    Vous avez oubli l'Etat stratge, qui pourrait penser les lments
    d'une croissance juste, durable, les bases d'une politique industrielle
    pour rpondre aux marchs ouverts dans le monde. Au lieu de quoi, vous
    tirez ce pays vers le bas, en faisant le gros dos devant la nouvelle
    donne mondiale que vous ne lisez qu'en termes de "bas cots" !
 
    Monsieur le prsident, l'anne 2008 sera celle du retour de la gauche.
    Une gauche qui dira comment produire les richesses de notre pays pour
    ensuite les rpartir avec justice. Une gauche qui vous rappellera les
    exigences du respect des droits de l'homme et de la justice, chez nous
    comme partout dans le monde. Une gauche stratge, une gauche rassemble
    dans une volont de transformation sociale durable qui travaillera  la
    construction d'une force unique, respectueuse de toutes les identits
    et de tous les parcours politiques, syndicalistes, mutualistes,
    associatifs. Une gauche qui montrera des visages de dirigeants
    diffrents, rconciliant toutes les gnrations, tous les parcours
    sociaux et tous les territoires.
 
    Bonne anne, Monsieur le prsident, les progressistes vont enfin se
    mobiliser, redresser la tte, reprendre la parole. Vous avez cru
    asscher le dbat politique en offrant quelques postes  des anciens
    politiques de gauche dont les ego ont besoin de reconnaissance, vous
    avez failli russir, je suis dtermine, avec beaucoup d'autres,  vous
    en empcher.
      __________________________________________________________________
 
    Marylise Lebranchu est dpute PS du Finistre.
 
<article-nb="2008/01/07/19-8">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  L&#38;#39;emprisonnement de deux journalistes franais ne rglera pas la crise du pays.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      D epuis dj quinze jours, les journalistes Thomas Dandois et Pierre
    Creisson attendent en cellule d'tre jugs pour "atteinte  la sret
    de l'Etat". Ce pays dont ils auraient mis en pril la scurit est
    celui que vous prsidez, la Rpublique du Niger. Ils ont viol les
    rgles que vous avez fixes aux journalistes trangers en se rendant
    dans une zone interdite. Ils le savent. Les autorits nigriennes les
    ont fait arrter.
 
 
    Ne croyez pas que nous ignorons la situation dans laquelle votre pays
    se trouve aujourd'hui : des dizaines de soldats ont perdu leur vie dans
    les attaques que le Mouvement des Nigriens pour la justice (MNJ) a
    menes contre l'arme nigrienne. Leurs familles sont en deuil et
    mritent le respect. Leur chagrin est celui de victimes et leur colre
    est lgitime.
 
    Le 3 fvrier 2007, un groupe arm jusque-l inconnu a attaqu la
    caserne de l'arme nigrienne  Ifrouane, dans la rgion de l'Ar,
    tuant trois militaires. Quelques jours plus tard, ce coup d'clat
    sanglant tait revendiqu par le MNJ, qui se prsente comme un
    mouvement politico-militaire touareg. Cet pisode meurtrier a t suivi
    par d'autres. Les rebelles ont pos des mines. Des convois de
    ravitaillement sont tombs dans des embuscades. Les attaques se sont
    multiplies dans cette rgion o se trouvent les mines d'uranium, qui
    est la principale ressource de votre pays. La zone a t ferme. Depuis
    ces vnements, la presse nationale et internationale n'est pas
    autorise  se rendre dans la rgion.
 
    Nous savons que la dmocratie nigrienne a t mise en pril par ces
    actes de violence. Depuis quinze jours, nous n'avons eu de cesse de
    rpter que le Niger est un Etat souverain et dmocratique, avec une
    presse libre. Nous avons expliqu que son Parlement a mis un terme,
    dans les rgles dmocratiques, au mandat de l'ancien premier ministre
    Hama Amadou au terme d'un dbat qui a passionn les Nigriens. Nous
    avons parl de la foule de journaux, de radios et de tlvisions
    prives qui, chaque jour, rendent compte de l'actualit du pays,
    n'hsitant pas  gratigner le pouvoir. Nous avons dit et redit que les
    magistrats nigriens taient fiers de leur indpendance.
 
    C'est prcisment pour comprendre ce coup de tonnerre dans un ciel
    calme que Thomas et Pierre ont tromp les services du ministre
    nigrien de la communication et sont alls enquter sur le groupe arm
    qui, dans les montagnes du Nord, conteste par la violence l'autorit de
    l'Etat nigrien.
 
    Pour comprendre et non pour glorifier. Lorsqu'ils ont t arrts, ils
    taient en route pour Niamey, o ils avaient prvu d'couter et de
    filmer les membres de votre gouvernement. Ils n'entendaient pas priver
    le Niger de son droit  la parole, ils voulaient au contraire montrer
    tous les aspects de la crise. Et si Thomas et Pierre sont alls au-del
    de ce qui leur tait autoris, ce n'tait pas pour soutenir la
    rbellion, mais pour vrifier. Leur intention tait de faire un film
    pour que les tlspectateurs d'Arte n'en restent pas aux schmas
    strotyps trop souvent noncs sur l'Afrique et ses guerres. Ils
    n'taient pas prts  se contenter des raccourcis faciles, des
    sympathies irresponsables et dsincarnes pour des rbellions armes.
 
    Nous savons que, au fond de leur cellule, Thomas et Pierre expriment le
    mme besoin de s'expliquer. Nous prenons la parole en leur nom, sachant
    qu'ils craignent d'avoir offens le peuple du Niger qu'ils taient
    venus filmer. Aujourd'hui, ils sont en prison et nous voulons vous
    convaincre de les renvoyer au plus tt en France. Vous en avez le
    pouvoir, sans pour autant vous immiscer dans le cours de la justice.
    Nous savons qu'ils diront publiquement que la crise que traverse le
    Niger ne se rsume pas  quelques clichs. Que la ralit est complexe
    et les enjeux plus importants que la conservation ou la conqute du
    pouvoir. Que le Niger est bless et que le remde  appliquer d'urgence
    s'appelle la vrit. Et rien qu'elle.
      __________________________________________________________________
 
    Marc Dandois, frre de Thomas Dandois ;
 
    Jean-Michel Creisson, frre de Pierre Creisson ;
 
    Sbastien Camicas, associ de Thomas Dandois et Pierre Creisson ;
 
    Robert Mnard, secrtaire gnral de Reporters sans frontires.
 
<article-nb="2008/01/07/19-9">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Il n&#38;#39;y a pas de fatalit  l&#38;#39;rosion de la place de la France dans la vente d&#38;#39;oeuvres importantes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      S otheby's a vendu le 12 dcembre 2007,  Paris, une oeuvre de Francis
    Bacon, Portrait de Muriel Belcher, pour plus de 13 millions d'euros,
    tablissant un record absolu pour une oeuvre d'art contemporain mise
    aux enchres en France. Ce tableau appartenait  une collectionneuse
    amricaine depuis vingt-cinq ans ; il a t import en Europe
    spcialement pour tre mis en vente  Paris. La propritaire et
    Sotheby's ont fait le pari - gagnant - que ce chef-d'oeuvre pourrait
    s'y vendre aussi bien, voire mieux, qu' Londres ou  New York, les
    deux capitales consacres du march de l'art international. Ce choix
    tait loin d'tre vident si on veut considrer le retard pris par le
    march de l'art franais.
 
 
    Car la position de Paris s'est considrablement affaiblie depuis
    quelques dcennies, notamment pour les ventes des oeuvres les plus
    importantes. Ainsi, la France ne "pse" plus dsormais que 7 % du
    march mondial des ventes d'oeuvres d'une valeur suprieure  100 000
    euros, est tombe  2 % pour les oeuvres d'une valeur suprieure  1
    million d'euros, et tait depuis prs de vingt ans compltement sevre
    de ventes d'oeuvres d'art de valeur suprieure  10 millions. Notre
    pays est ainsi rest  l'cart du formidable dveloppement que les
    ventes d'oeuvres d'art ont connu ces dernires annes. Triste constat
    si l'on se souvient qu'il y a cinquante ans la France tait le premier
    march de l'art au monde.
 
    L'une des raisons majeures de ce recul tient au fait que la France ne
    lutte pas  armes gales avec ses grands concurrents sur le plan des
    rglementations applicables et de la fiscalit. Le gouvernement en a
    pris conscience, qui vient de confier  Martin Bethenod, commissaire
    gnral de la FIAC, une mission de rflexion et de propositions sur ces
    sujets.
 
    La priorit est de sortir notre rglementation d'un certain archasme.
    Trois liberts devraient tre reconnues aux socits d'enchres
    franaises pour les mettre aux standards internationaux : elles
    devraient pouvoir proposer des minima garantis  leurs clients
    vendeurs, pouvoir ponctuellement acheter et revendre elles-mmes des
    oeuvres d'art et, enfin, tre autorises  organiser des ventes
    prives. Je ne crois pas, comme on l'entend parfois, que ces facilits
    nouvelles conduiraient en France des maisons comme Sotheby's 
    concurrencer les galeries ou les marchands, ou  priver les plus
    petites charges de commissaires-priseurs de certaines affaires.
 
    Si la propritaire du Portrait de Muriel Belcher avait rclam un prix
    garanti, la vente n'aurait tout simplement pas pu se tenir en France,
    puisque l'octroi d'une telle garantie y est de facto interdit par notre
    rglementation. De mme, pourquoi, alors que Sotheby's a procd, au
    fil de son histoire,  l'achat de fonds de marchands, priver sa filiale
    franaise de la possibilit de mettre en vente  Paris des oeuvres
    ainsi acquises ? C'est que la rglementation franaise, issue de la loi
    du 10 juillet 2000, a certes ouvert le march des ventes aux enchres 
    la concurrence internationale, mais n'a pas os aller au bout de sa
    logique et donner aux socits concernes la totalit des attributs
    commerciaux dont elles devraient disposer. Il est aujourd'hui plus que
    temps de franchir cette tape.
 
    L'amlioration de la fiscalit du march de l'art constitue le deuxime
    grand chantier. La taxe  l'importation qui frappe les oeuvres
    provenant de pays tiers  l'espace communautaire, et le droit de suite,
    qui bnficie aux artistes (et, en France,  leurs descendants),
    dfavorisent incontestablement les marchs de l'art europens. Issus de
    directives de l'Union europenne, ces prlvements ne seront pas
    facilement remis en question, d'autant que la France en a souvent t
    l'inspiratrice ! Mais plusieurs ajustements utiles sont possibles.
 
    Commenons par faire en sorte que la France bnficie des mmes
    dispositions avantageuses que celles en vigueur dans les pays voisins.
    Par exemple en nous inspirant du Royaume-Uni, qui a limit le champ
    d'application du droit de suite aux oeuvres des seuls artistes vivants
    et qui fait peser ce droit sur l'acheteur de l'oeuvre (et non sur le
    seul vendeur, comme la transposition en droit franais de la directive
    en 2006 l'a malheureusement prvu).
 
    Essayons ensuite d'obtenir le soutien de nos partenaires pour largir
    le champ des oeuvres bnficiant du taux rduit de TVA  l'importation
    aux bijoux et au mobilier du XX^e sicle. Ceux-ci sont aujourd'hui
    taxs au taux normal (19,6 %), ce qui dtourne les ventes de Paris vers
    Genve. Enfin, la mise en place d'un crdit d'impt, comme il en existe
    pour d'autres industries culturelles, pourrait permettre aux socits
    de ventes aux enchres franaises de rduire les commissions qu'elles
    appliquent  leurs clients, et donc de compenser pour ces derniers une
    partie de la charge que font peser la taxe  l'importation et le droit
    de suite.
 
    Ces volutions ne seront pas suffisantes pour refaire du jour au
    lendemain des salles des ventes parisiennes les gales de leurs
    homologues anglo-saxonnes. Le renforcement des socits de ventes et
    des galeries franaises sur la scne internationale, l'encouragement et
    la reconnaissance ports aux collectionneurs franais sont ncessaires.
    Mais j'ai la conviction que l'amlioration du contexte rglementaire et
    fiscal serait un premier signal majeur. Un signal qui ferait cho  la
    vente d'un tableau important de Francis Bacon, et qui montrerait que,
    dcidment, quelque chose a chang sur le march de l'art franais.
      __________________________________________________________________
 
    Guillaume Cerutti est PDG de Sotheby's France.
 
<article-nb="2008/01/07/19-10">
<filnamedate="20080107"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080107"><AAMMJJHH="2008010719">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10">  La bonne lve de l&#38;#39;Union europenne dans les Balkans peine  intgrer toutes ses minorits.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10">      A u moment de prsider l'Union europenne - grande premire pour un
    Etat anciennement communiste et issu de l'largissement de 2004 -, la
    Slovnie, grande comme trois dpartements franais et peuple de 2
    millions d'habitants seulement, poursuit son irrsistible ascension
    vers l'excellence : depuis son indpendance obtenue en juin 1991 sous
    la menace des chars de l'arme fdrale yougoslave, elle s'est
    nettement distingue des autres rpubliques yougoslaves en restant 
    l'cart des conflits ethniques et a optimis son dveloppement
    conomique au point d'tre bien plus avance que les autres territoires
    anciennement communistes.
 
 
    La prsidence slovne cherche  faire avancer le dossier du Kosovo,
    arguant du fait que la Slovnie a une grande connaissance des Balkans,
    Ljubljana et Pristina faisant partie du mme Etat yougoslave.
 
    Depuis son indpendance, la Slovnie a habilement jou de sa situation
    gographique en mettant tour  tour en vidence ses caractristiques
    alpine et balkanique. Le dbat entre une Slovnie rattache  l'un ou 
    l'autre fait figure de dbat gopolitique puisque, intgre 
    l'ensemble alpin, elle est perue comme dveloppe, occidentalise et 
    l'cart des conflits ethniques, alors que, lie aux Balkans, elle est
    mise au ban du continent. Du temps de la Yougoslavie, la Slovnie tait
    intgre aux Balkans car le sud de son territoire rappelait les
    paysages du sud de la Fdration. Mais depuis l'indpendance, une
    partie de la corporation a admis que la limite des Balkans tait la
    rivire Kolpa, qui marque la frontire entre la Slovnie et la Croatie.
 
    Aprs 1991, au moment o les guerres interethniques faisaient rage dans
    le reste de l'ex-Yougoslavie, la Slovnie a cherch  se faire
    connatre en inventant le slogan "Du ct ensoleill des Alpes". Depuis
    son adhsion  l'Union europenne en 2004, la Slovnie se prsente
    comme un acteur intermdiaire entre les Etats membres et le reste de
    l'ancienne Yougoslavie, toujours  l'cart. Vu de l'tranger, il peut
    apparatre logique que la Slovnie s'intresse davantage au Kosovo que
    bien d'autres Etats de l'UE. Mais, vu de Ljubljana, les rcents
    problmes qu'ont poss les questions ethniques ne plaident pas en
    faveur d'une si grande lgitimit.
 
    Au cours de ces dernires annes, la socit slovne a connu une
    inhabituelle aggravation des tensions ethniques, lies  l'acceptation
    des populations balkaniques. En 2003, la Cour constitutionnelle a
    ordonn au gouvernement de rgulariser la situation de prs de 20 000
    personnes effaces secrtement et illgalement des registres nationaux
    au motif que ces dernires n'avaient pas rgl  temps leur statut dans
    la nouvelle Slovnie indpendante. Cette "affaire des effacs" a activ
    un discours haineux  l'gard des Serbes, des communistes, et a
    contribu  la victoire des partis de droite mene par l'actuel premier
    ministre Janez Jansa aux dernires lections lgislatives de 2004.
    Puis, le dbat sur la construction d'une mosque  Ljubljana a provoqu
    un discours hostile aux musulmans. A l'automne 2006, c'est un village
    non loin de Ljubljana qui s'est rvolt contre une famille rom.
 
    La Slovnie a un niveau de vie et de dveloppement politique plus
    proche de l'Europe occidentale mais intgre aussi de nombreux enjeux
    valables pour le reste de la Yougoslavie, notamment sur les rapports
    entre la politique et les questions ethniques. Cela n'a d'ailleurs rien
    de surprenant : les Slovnes ont la mme conception de l'appartenance 
    la nation que le reste de la Yougoslavie. En France, nous ne
    distinguons pas l'Etat de la nation, mais dans l'ex-Yougoslavie,
    l'appartenance ethnique prime sur le lien avec l'Etat : ainsi, si prs
    de 98 % de la population slovne possdent la citoyennet, 83 % se
    dclarent "slovnes", montrant ainsi que 17 % ne sont pas perus comme
    faisant partie de la nation. Mais la majorit des non-Slovnes est
    issue d'une immigration rcente, preuve de la grande attractivit
    conomique et sociale de la Slovnie,  l'gal des Etats les plus
    dvelopps.
 
    Pour l'heure, les Slovnes limitent l'tude des problmes ethniques
    surtout aux statuts des minorits italienne et hongroise (0,5 % de la
    population) ou des minorits slovnes en Italie ou en Autriche, qui
    posent pourtant des problmes beaucoup moins grands. Mais  l'heure de
    prsider l'UE, il serait aussi utile d'ouvrir un dbat serein sur
    l'intgration des non-Slovnes, dbat qui paradoxalement fait de la
    Slovnie un pays dvelopp  l'instar des autres grandes nations
    europennes.
      __________________________________________________________________
 
    Laurent Hassid est chercheur associ  l'universit Bordeaux-III.
 
