<FILE-date="2008/01/06/19">
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<filnamedate="20080106"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080106"><AAMMJJHH="2008010619">
<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-1">  &#38;#34;L&#38;#39;Exploration inverse&#38;#34; sur Canal+ raconte le priple de deux chefs de tribus de Papouasie-Nouvelle-Guine
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-1">      P olobi et Mudeya avouent n'avoir pas tout compris des Blancs : il en
    est ainsi du Nouvel An ("cette crmonie") et des vacances ("pourquoi
    ils aiment a, on ne sait pas ?"). Polobi Palia et Mudeya Kepanga sont
    deux cousins, chefs de la tribu des Hulis en Papouasie-Nouvelle-Guine.
 
    A deux reprises, en 2003-2004 et en 2006-2007, ils ont parcouru pendant
    quelques mois l'Hexagone. "On a fait le tour de la France, on n'a
    jamais march. On a tout fait en voiture", dit Mudeya, presque
    dsabus. L'Exploration inverse, un film de Jean-Marie Barrire et
    Marc Dozier diffus sur Canal+ lundi 7 janvier, a voulu rendre compte
    de ce priple pas ordinaire.
 
 
    M. Dozier connat la Papouasie depuis dix ans. Chez les Hulis, il dit
    tre "accept comme un frre". L'ide de cette exploration inverse
    serait venue des chefs. Puisque lui, le photographe, porte son regard
    d'explorateur sur leur univers, pourquoi ne pas les convier, eux, 
    porter les leurs sur le ntre. Des Ctes-d'Armor  l'Isre, de la
    Dordogne  Paris, curieux, rarement crdules, ravis mais aussi trs
    critiques envers nos excs, Polobi le pragmatique et Mudeya le candide,
    pars de leurs belles coiffes en plumes multicolores, dcouvrent leur
    nouveau monde.
 
    APPRENTIS VOYAGEURS
 
    Moment fort du voyage : le Moulin-Rouge. "Je crois que c'est le plus
    beau spectacle du monde", s'meut Polobi. Les deux hommes se demandent
    s'ils ne rvent pas. Que les danseuses du clbre music-hall parisien
    montrent leurs seins, leurs fesses et surtout leurs jambes (une partie
    du corps considre comme trs intime chez les Hulis) passe encore.
    Mais elles ont aussi de grandes plumes. Chez les Papous, leur
    connaissance et la matrise de leur agencement sont rserves aux seuls
    hommes. La scne o Nicole Fvrier, l'une des dernires plumassires de
    France, entrane Polobi et Mudeya dans son saint des saints, est, 
    bien des gards, l'une des plus touchantes du film.
 
    Grce  l'aplomb de ses apprentis voyageurs, L'Exploration inverse ne
    manque pas d'attrait et d'humour. On apprend ainsi que c'est parce que
    les Franais sont "obsds" qu'ils ont choisi une femme (Marianne),
    pour symbole ou bien cette remarque, digne de Coluche, aprs un dner
    trs bourgeois dans un chteau du Prigord : "Il leur faut autant
    d'outils pour manger que pour rparer une voiture." Seul dfaut du film
    : son manque de rythme. Inutilement long (quatre-vingt-dix minutes), il
    est encombr d'instants sans pertinence qui altrent la clart du
    propos de ces singuliers visiteurs.
      __________________________________________________________________
 
    L'Exploration inverse (le Tour de France de deux Papous). Lundi 7
    janvier  20 h 55 sur Canal+.
 
<article-nb="2008/01/06/19-2">
<filnamedate="20080106"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080106"><AAMMJJHH="2008010619">
<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-2">  Lisez l'intgralit de l'article pour plus d'information.
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-2">      L e Monde traverse une grave crise de gouvernance. Cette dernire a t
    ponctue, vendredi 4 janvier, par la dmission de Pierre Jeantet,
    prsident du directoire du groupe, de tous ses postes. Bruno Patino,
    vice-prsident du directoire, galement dmissionnaire de cette
    instance, conserve la prsidence du directoire de Tlrama, du Monde
    interactif et de Publicat.
 
 
    Cette crise complexe n'est pas la premire que connat Le Monde. Nous
    n'avons pas l'intention de nous y complaire ni de la subir comme une
    fatalit. Nous avons au contraire le devoir de nous comporter en
    hritiers responsables de l'aventure intellectuelle et collective de
    votre quotidien. C'est pourquoi, en ma qualit de directeur de ce
    journal, j'ai souhait reprendre ma dmission du directoire. Par
    attachement au Monde,  ses valeurs,  ceux qui chaque jour le
    ralisent. Par attachement  tous les personnels du groupe et  ses
    titres. Par attachement  l'ide d'indpendance qui a toujours anim
    mes prdcesseurs depuis Hubert Beuve-Mry.
 
    Le Monde doit rester un journal de journalistes. L est son socle de
    naissance, sa raison d'tre et sa destine. En demeurant  mon poste,
    j'entends prserver le dialogue ncessaire entre nos socits de
    personnels et nos actionnaires dits externes, si proches et si
    prcieux, qui nous accompagnent avec constance et dvouement dans notre
    aventure, unique en ce pays.
 
    "Le chemin n'est pas difficile, c'est le difficile qui est le chemin",
    crivait Kierkegaard. Nous sommes familiers de ces difficults. Elles
    sont le prix de notre libert. Nos matres mots doivent tre
    l'indpendance  l'gard de tous les pouvoirs et une gestion ferme,
    rigoureuse, sans dmagogie.
 
    Grce  votre fidlit,  votre exigence, grce au travail de nos
    quipes, Le Monde a retrouv une qualit et une crdibilit reconnues.
    Notre ambition est de les garantir dans la dure. La nomination d'un
    administrateur judiciaire, dont nous sommes menacs, ruinerait notre
    oeuvre collective.
 
<article-nb="2008/01/06/19-3">
<filnamedate="20080106"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080106"><AAMMJJHH="2008010619">
<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-3">  Jean-Franois Kahn aime bousculer les conformismes, manier les banderilles de la critique acerbe, voire de la polmique. Pour ce journaliste et crateur de journaux parvenu au terme d&#38;#39;une longue carrire, &#38;#34;si nous tions dans une pure conomie de march, il n&#38;#39;y aurait plus de quotidiens&#38;#34;
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-3">      V ous avez dirig trois journaux, dont deux que vous avez crs.
    Comment analysez-vous la crise sans prcdent que traverse aujourd'hui
    la presse crite ?
 
    On oublie souvent que c'est un phnomne plus gnral encore. Sur les
    dix dernires annes, la baisse d'coute des tlvisions et des radios
    est aussi trs frappante. C'est une crise cataclysmique, le mot n'est
    pas trop fort. Les gens ne s'en rendent pas toujours compte car cette
    crise a t progressive. Mais si nous tions dans une pure conomie de
    march, il n'y aurait plus de quotidiens. C'est une crise de la
    dmocratie, la tlvision tant par ailleurs contrle par le pouvoir,
    soit en raison des liens d'amiti du patron de TF1 avec Nicolas
    Sarkozy, soit parce que la tlvision publique est une tlvision
    d'Etat.
 
 
    Vous dites qu'il faut "tout repenser" dans la presse. De quelle faon
    l'entendez-vous ?
 
    Il faut tout remettre  plat. D'abord sur un plan technique : il n'y a
    pas de concurrence dans l'imprimerie et les cots d'impression sont
    trs chers. Malgr tous les efforts des Nouvelles Messageries de la
    presse parisienne (NMPP), le prix de distribution est trop lev. Quand
    j'explique  des industriels le pourcentage qui passe dans la
    distribution, ils sont effars. Idologiquement, je suis favorable au
    systme coopratif des NMPP, qui permet  tous d'tre distribu
    partout. Mais c'est parce que Marianne a quitt les NMPP (dbut 2000)
    que nous nous en sommes sortis : 8 millions de francs (1,3 million
    d'euros) de cots en moins sur une anne ! Enfin, tous les ans, on nous
    explique qu'on va rouvrir des kiosques. Or, tous les ans, il y en a de
    moins en moins.
 
    Mais les gens lisent la presse gratuite...
 
    Ah, parlons-en ! Si un boulanger dcrtait qu' partir de demain, il
    distribuera des baguettes gratuites, ds le lendemain, ce serait
    interdit par la commission de la concurrence. Pourquoi n'y a-t-il qu'un
    produit dans notre socit librale, la presse, qui peut tre gratuit
    sans que la commission de la concurrence intervienne pour concurrence
    dloyale ? Quelque part, le journal est identifi  un tract et il est
    distribu comme tel... Comment une profession malade a-t-elle pu
    accepter cette profusion de journaux gratuits ? C'est une folie !
 
    N'est-ce pas aussi une crise du contenu de la presse ?
 
    La presse a beaucoup perdu en abandonnant la polmique. Quand j'ai
    dbut, il y avait 13 ou 14 quotidiens, d'obdiences politiques trs
    diffrentes, qui s'invectivaient entre eux, craient des polmiques
    internes. Les gens achetaient avec leur quotidien une patrie de
    substitution, une bulle idologique. Aujourd'hui, le consensus gnral
    est mortifre. On n'a pas assez analys le phnomne qui a eu lieu 
    Libration au lendemain du rfrendum sur la Constitution europenne,
    lorsque Serge July a injuri, dans son ditorial, ses lecteurs qui
    avaient vot "non". C'tait courageux de la part de July de rester
    favorable au "oui". Mais on n'injurie pas ses lecteurs.
 
    Regardez  la prsidentielle : 19 % des lecteurs ont vot Bayrou.
    Libration, Le Figaro, Le Monde ont pris position contre Bayrou. Or,
    ces 19 % reprsentent 30 % des lecteurs de journaux. De la mme faon,
    on voit aujourd'hui des cheminots qui ne veulent plus lire la presse,
    des tudiants qui ne veulent plus la lire... La gauche sociale n'a plus
    de journaux, les centristo-dmocrates chrtiens, les gaullistes non
    plus, etc. Et voil comment on perd des lecteurs.
 
    Ajoutez  cela une crise du march publicitaire, et la presse n'a plus
    de revenus...
 
    Arrtons-nous l-dessus, parce qu' mes yeux, les deux sont lis. On a
    eu un moment, il y a quinze ans, o les recettes publicitaires taient
    trs hautes, juste au moment o dbutait l'rosion des ventes. Les
    journaux, surtout les magazines et les hebdomadaires, ont pens que
    l'important tait d'avoir des recettes publicitaires. Dans certains
    hebdomadaires, les recettes publicitaires ont atteint 80 % des recettes
    globales. On a donc gonfl artificiellement les ventes pour justifier
    les tarifs de vente des pages de publicit. Quand on arrive  vous
    offrir pour un abonnement un stylo, une petite chane hi-fi et une
    montre, les gens n'ont plus le sentiment d'acheter un magazine pour ce
    qu'il est. Surtout, cela a modifi les contenus.
 
    Nous avions fait un audit  Marianne pour comprendre pourquoi les
    annonceurs ne venaient pas. Ils voulaient une nouvelle maquette,
    enlever les rubriques de faits divers et de brves que l'on appelait
    "Tu l'as dit bouffi", trop peu chics pour la pub. Faire un cahier
    conomique alors que les gens veulent de l'conomie dans l'info, pas en
    cahier. Le rapport disait aussi : "Vous dfendez le petit commerce
    contre la grande distribution, donc ne vous attendez pas  avoir de la
    pub de la part de celle-ci..." Or ce que les annonceurs veulent pour
    faire de la pub, les lecteurs n'en veulent plus.
 
    Faut-il aussi repenser la faon de faire du journalisme ?
 
    Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir changer notre mode
    d'criture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette,
    parce que je suis d'une gnration qui aime ces phrases cicroniennes,
    c'est--dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il
    faut des phrases plus courtes. Mais surtout intgrer que tout accident
    grammatical rend la phrase moins accessible. S'il y a huit ou neuf mots
    aprs le sujet, eh bien il faut rpter le sujet. Les gens ne
    connaissent plus beaucoup des mots que nous employons.
 
    Il faudrait donc appauvrir son vocabulaire et ses rfrences ?
 
    Oui, car beaucoup de gens de moins de 40 ans n'ont plus les rfrences
    d'avant. Je reois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne
    comprennent pas tout ce que j'cris. J'avais parl du boulangisme, en
    rfrence au gnral Boulanger, ils pensaient que j'voquais un
    ptissier. J'ai crit : "C'est une division du monde  la Yalta." Mais
    qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastroph que les jeunes ne
    connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les
    journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas
    faire comme les marxistes qui dcrivent la ralit comme ils voudraient
    qu'elle soit, il faut s'adapter  elle.
 
