<FILE-date="2008/01/03/19">
<article-nb="2008/01/03/19-1">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1">  L&#38;#39;artiste franais dnonce une &#38;#34;ngligence gnrale&#38;#34; sur les commandes publiques
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1">   
    N  en 1938, Daniel Buren est un des artistes franais les plus connus
    internationalement. Laurat en septembre 2007 du prix Praemium
    Imperiale, dcern par le Japon, il est considr comme le "Nobel" des
    arts plastiques. Il a rcemment dclench une polmique en se dclarant
    "prt  demander qu'on dmonte" son oeuvre la plus clbre, Les Deux
    Plateaux, les fameuses "colonnes" du Palais Royal.
 
 
 
 
           La loi du ct de l'oeuvre et de son auteur
 
 
 
    Daniel Buren peut-il exiger la destruction de son oeuvre ds lors
    qu'elle appartient au patrimoine public ? Oui, si on en croit
    l'exercice du droit moral que le code de la proprit intellectuelle
    reconnat aux auteurs, et particulirement le "droit au respect de
    l'intgrit de l'oeuvre" qui stipule que l'auteur peut s'opposer 
    toutes modifications, dformations ou mutilations de son oeuvre.
 
    En 1936, dj, le sculpteur Sudre avait gagn contre une municipalit
    qui avait mal entretenu sa fontaine. Le commissaire du gouvernement
    d'alors avait estimque la collectivit publique devait, "bien plus
    qu'un particulier, veiller  ce qu'aucune atteinte ne soit porte aux
    droits d'auteur, la collectivit tant gardienne de l'oeuvre dans
    l'intrt gnral".
 
                                                              
 
 
 
    S'agissait-il de propos de table ?
    Je djeunais effectivement avec Olivier Schmitt (Le Monde 2 du 15
    dcembre). C'est de son article que tout est parti. Ce n'tait pas une
    volont de ma part, j'aurai prfr en parler avant avec Christine
    Albanel, la ministre de la culture. Mais les ractions ont t
    incroyables, et j'en suis un peu tonn. Cela repart comme en 1986,
    avec les polmiques qui ont accompagn l'installation de l'oeuvre. Je
    reois plein de mots doux, beaucoup venus de gens ravis  l'ide qu'on
    pourrait se dbarrasser enfin de mon oeuvre !
 
    Mais les ractions les plus surprenantes viennent du ministre mme.
    Quelqu'un a ainsi affirm, de l-bas, que les colonnes avaient t
    dmontes pour restauration. C'est faux : elles ont t polies, pas
    dmontes. C'est d'ailleurs un cautre sur une jambe de bois.
 
    Quel est le problme ?
    Si on rsume cette oeuvre aux colonnes, qui sont en ralit des
    polygones, aucun : c'est mme la seule chose impeccable. Sur les 260
    installes, la seule qui a t abme, en vingt ans, l'a t par un
    vhicule de service ! Mais ce n'est que la partie d'un ensemble qui
    intgre des plots lumineux, et des canaux o s'coule de l'eau. Les
    colonnes doivent s'y reflter, mais c'est un dispositif sonore autant
    que visuel. Et l'eau nettoyait aussi le fond des tranches.
    Aujourd'hui, ce sont des poubelles. Car l'eau ne coule plus depuis sept
    ans. Idem pour les plots lectriques. L'un d'eux s'tait descell il y
    a sept ou huit ans. Il a t rebouch avec du ciment, ce qui a provoqu
    un court-circuit dans l'ensemble du dispositif.
 
    Le ministre affirme que les travaux sont programms.
    En 2003,  la demande du ministre, nous avons dj eu une runion avec
    l'architecte en chef des btiments de France, et des ingnieurs. Le
    cot des rparations tait chiffr au centime prs. Rien. Il y a deux
    ans, on m'a dit  nouveau que des fonds taient dbloqus. Rien.
    Jean-Jacques Aillagon, puis Renaud Donnedieu de Vabres, les
    prdcesseurs de M^me Albanel, se sont saisi successivement du
    problme, mais en dessous, cela ne suit pas.
 
    Si vous ne changez pas une tuile de votre toit lorsqu'elle est brise,
    au bout de quelques annes, vous n'avez plus de maison. Les Deux
    Plateaux sont aussi une fontaine : l'eau n'y coule plus depuis sept
    ans. Six mois, je comprends, mais sept ans !
 
    Votre oeuvre n'est pas seule en cause ?
    Ds le dbut, les travaux ont t compliqus par la cohabitation avec
    la Comdie-Franaise, qui a une salle de rptition sous la place.
    C'est la raison pour laquelle le sol est lgrement bomb, ce qui m'a
    d'ailleurs donn l'ide de compenser cette courbe par mes polygones.
 
    Il y a aussi un local technique pour les plots et les canaux, et un
    autre qui tait prvu  l'origine pour un local de tlcoms. Ce dernier
    est cocasse : l'architecte dfendait son dossier depuis une vingtaine
    d'annes, et l'installation de mon oeuvre a t pour lui l'occasion de
    l'imposer. Sauf que dans ce laps de temps, la technique avait tellement
    progress que les instruments ne ncessitaient plus qu'une grosse
    armoire. Franois Lotard a transform l'espace en une salle de
    restaurant pour les employs du ministre !
 
    Les divers travaux ont t conduits en dpit du bon sens. Quand j'ai vu
    Renaud Donnedieu de Vabres, ils avaient dj entam la rfection de la
    salle de la Comdie-Franaise, en dessous. Cela veut dire des
    prcautions supplmentaires lorsqu'on reprendra l'tanchit de la
    cour.
 
    Vous avez ralis de nombreuses commandes publiques. Est-ce le seul
    souci auquel vous tes confront ?
    Non. A Lyon, la place des Terreaux est abme depuis quatorze ans. Elle
    a t conue comme une place pitonne : la municipalit n'a pas trouv
    mieux que d'y organiser des jeux avec des camions... Ils ont enfonc
    les dalles autour des fontaines qui, du coup, dbordent. A l'poque o
    il tait maire, Raymond Barre a fait faire des travaux minimaux, mais
    ses successeurs n'ont rien fait.
 
    A contrario, j'ai une oeuvre  Srignan (Hrault), une ville qui ne
    doit pas excder 7 000 habitants. De deux  trois fois plus importante
    en dimensions que celle du Palais Royal, elle est pourtant intacte
    depuis son inauguration il y a cinq ans. Une voiture a heurt un des
    piliers : dans les quinze jours, il tait chang.
 
    Par-del mon cas, la ngligence est gnrale sur toutes les commandes
    publiques. Et pour le patrimoine ancien, c'est pareil !
 
    On vous reproche le cot de vos interventions et de leur entretien. Les
    Deux Plateaux en seraient le symbole...
    Evidemment, c'est devenu un symbole, mais aussi celui d'une ngligence
    gnralise envers les oeuvres contemporaines. Cela sert galement de
    dfouloir  tous ceux qui sont contre le simple fait que cela existe.
    Dans les commentaires actuels, je sens l'extrme droite qui se rveille
    : je retrouve les anciens slogans anti-Lang, les vieilles insultes
    antismites. Mais les artistes ont un droit moral sur leur oeuvre.
    C'est pour cela que je me bats. Jusqu'au procs, s'il le faut. Mais
    dmolir les colonnes coterait aussi cher que de les rparer. C'est la
    solution de loin la plus absurde, et j'espre qu'on n'en arrivera pas
    l.
 
 
<article-nb="2008/01/03/19-2">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2">  Deux sites proposent des plates-formes musicales participatives pour les producteurs amateurs et les musiciens.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2">   
    V oil des annes, que les labels alertent le public avec le mme
    refrain : les plates-formes de tlchargement illgales sont en train
    de tuer l'industrie musicale. Pendant ce temps, les marchands de
    disques ont le moral en berne et les artistes triment pour faire
    produire leurs albums. Que faire ? Rvolutionner le systme, en
    permettant, par exemple, au public de s'impliquer directement et
    financirement dans la production de l'album d'un artiste de son choix.
    Voici en tout cas ce que proposent Spidart.com, dont le slogan "You are
    the label" (Vous tes le label) rsume assez bien le principe, et
    Nomajormusik.com qui entend placer l'artiste et le public "au coeur de
    la cration artistique".
 
 
    Sur la page d'accueil de Spidart, on dcouvre la photo de Lucette
    Royal, une grand-mre un brin bouriffe et  l'allure plutt
    rock'n'roll. Lucette existe-elle vraiment ou n'est-elle qu'un
    personnage virtuel cr pour faire la promotion du site ? Le mystre
    demeure. Toujours est-il qu'en cliquant sur son profil, on apprend que
    la vieille dame a pris des parts dans la production des albums de
    quatre artistes. Elle invite les visiteurs  faire comme elle en
    donnant un peu (ou beaucoup) d'argent pour permettre "aux petits jeunes
    de montrer leur talent".
 
    PARTAGE DES GAINS
 
    Aux musiciens, Spidart et Nomajormusik permettent de crer une page de
    prsentation avec biographies, informations diverses, concerts, liens,
    mp3... Les visiteurs ont ainsi la possibilit de choisir le ou les
    artistes qu'ils souhaitent aider en prenant des parts de production.
    Lorsque les investissements runis atteignent une somme minimale, les
    partenaires professionnels des deux sites (arrangeurs, ingnieurs du
    son, producteurs...) entrent en jeu pour donner vie au projet.
 
    Le partage des gains raliss par la vente de l'album s'effectue
    ensuite entre les internautes coproducteurs (35 %), l'artiste financ
    (35 %) et le site Spidart (30 %). Sur Nomajormusik, les parts
    respectives sont de 40 % pour l'artiste et les internautes et 20 % pour
    le site.
 
    Pour les visiteurs tents par l'aventure, l'ide consiste donc  lancer
    de nouveaux groupes et musiciens mais aussi  rcuprer une partie de
    l'investissement grce au succs de l'album ou du titre. Nomajormusik
    invite ainsi les internautes  participer  la promotion de "leurs"
    artistes
 
    A ce jour, aucun artiste inscrit sur le site Spidart ne semble avoir
    encore eu la chance d'atteindre les 50 000 euros de sponsors
    ncessaires. Avec quelque 3 080 euros d'investissements, le chanteur
    folk Naosol fait figure de grand favori. La route est donc encore
    longue, mais tous les espoirs sont permis.
      __________________________________________________________________
 
    spidart.com et nomajormusik.com
 
 
<article-nb="2008/01/03/19-3">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3">  Ces &#38;#34;petits pts&#38;#34;, comme les appelait Voltaire, sont dcoups en dix squences avec pour lien la mme ide : sus  l&#38;#39;intolrance,  la btise et au fanatisme religieux d&#38;#39;o qu&#38;#39;il vienne.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3">   
    T rente-sept ans que a dure ! Trente-sept annes coules depuis que
    Jean-Franois Prvand a mis en scne pour la premire fois ces
    Voltaire's Folies, qu'il reprend au Thtre de l'uvre, avec pour titre
    Les Nouvelles Voltaire's Folies. Entre-temps, le spectacle s'est jou
    des milliers de fois et on l'a mme vu un soir de 1974  la tlvision
    sur FR3, en "prime time".
 
 
    Le spectacle a d'abord t conu en 1970 pour le caf-thtre. C'est
    Grard Maro, l'actuel directeur du Thtre de l'uvre, qui l'a accueilli
    pour la premire fois au thtre,  la Comdie de Paris, de 1987 
    1993. Il rempile donc.
 
    Ces "petits pts", comme les appelait Voltaire, sont dcoups en dix
    squences avec pour lien la mme ide : sus  l'intolrance,  la
    btise et au fanatisme religieux d'o qu'il vienne. Au fil du temps,
    les textes prennent sans doute un sens diffrent mais,  en juger par
    l'accueil du public, ce virulent anticlricalisme remplit aujourd'hui
    une fonction ncessaire.
 
    La belle ide de mise en scne consiste  commencer par de la franche
    rigolade (pas toujours d'une grande finesse) et de terminer sur un ton
    beaucoup plus grave, beaucoup plus srieux. Cela donne l'occasion aux
    comdiens (Charles Ardillon, Olivier Claverie, Grard Maro et
    Jean-Jacques Moreau), jusque-l plutt entre comiques troupiers et
    chansonniers fantaisistes, de changer de registre : les voix se posent,
    le ton devient philosophe, le pas prend de la grandeur, et le texte
    passe dans une autre dimension.
 
    
    Voltaire's folies - Thtre de L'Oeuvre
    envoy par visioscene
      __________________________________________________________________
 
    Thtre de l'uvre, 55, rue de Clichy, Paris-9^e, tl. : 01-44-53-88-88.
 
 
<article-nb="2008/01/03/19-4">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4">  Ancien matre d&#38;#39;htel, il est aujourd&#38;#39;hui l&#38;#39;historien de la clbre brasserie. Spcialiste de la basilique Saint-Denis, il a quitt le Moyen Age pour les Annes folles. Un simple changement de cathdrale.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4">   
    I l est devenu l'historien d'un restaurant mythique : La Coupole,
    boulevard Montparnasse dans le 14^e arrondissement de Paris, qui a ft
    ses 80 ans, en dcembre. Pourtant, Georges Viaud, g de 52 ans, n'a
    rien connu des annes de lgende du lieu, un ancien dpt de charbon.
 
    Il ne l'a pas connu lorsqu'il n'tait architecturalement qu'une dent
    creuse et avant qu'on ne lui ajoute, en 1988, huit tages. Il ne l'a
    pas connu non plus dans ses premires annes, avec sa terrasse et son
    jeu de boules, ni avec le restaurant en mezzanine  l'tage, et les
    clients qui lanaient des victuailles sur ceux d'en bas. Il n'a pas non
    plus vu Josphine Baker y dbarquant avec un lionceau en laisse ou
    encore Albert Camus venir fter son prix Nobel en 1957.
 
 
 
 
           PARCOURS
 
 
 
    1955
 
    Naissance  Lisbonne.
 
    1972
 
    Quitte le Portugal et rejoint sa mre dans la rgion parisienne.
 
    1973
 
    Groom au Terminus Saint-Lazare.
 
    1990
 
    Embauch comme matre d'htel  La Coupole.
 
    2002
 
    Devient charg du patrimoine historique des brasseries Flo.
 
    2007
 
    80^e anniversaire de la brasserie ; parution de "La Coupole, ABCdaire".
 
                                                              
 
 
 
    Mais il sait tout du lieu, de ses excentricits, des peintres, grands
    ou petits matres, des crivains prestigieux ou rats qui
    s'ternisaient en regardant leur verre se vider et leur cendrier se
    remplir tout en gribouillant les nappes de papier, de prfrence 
    gauche, prs du bar.
 
    La Coupole est non fumeur depuis juin 2007 ; elle a devanc avec zle
    la prohibition tabagique dans les lieux publics. Georges Viaud pense
    que les illustres dfunts y survivront, comme Jean-Paul Sartre, dont
    les pieux mgots ont donn un peu de parfum et d'me aux 800 mtres
    carrs de l'tablissement, au point que l'un d'entre eux fut fig dans
    du plastique par le sculpteur Arman et vendu aux enchres, en 1973,
    pour financer les dbuts du quotidien Libration. Georges Viaud, en
    collaboration avec le peintre Thomas Dufresne, raconte ce monde perdu
    dans La Coupole ABCdaire (Le Cherche-Midi, 192 p., 30 euros).
 
    Il entretient le culte des anciens, veille au respect des amnagements
    intrieurs, jusqu' l'intensit des clairages. Il organise des
    confrences publiques et forme les nouveaux employs  relayer le pass
    et  proposer, en sus des commandes, les recettes qui ne figurent ni 
    la carte ni dans les cuisines. Il grne, presque tremblant, mille
    anecdotes. Il veut croire que La Coupole poursuit son aventure, avec en
    elle tous ceux qui ont fait ce lieu mme s'il n'y a plus les Simenon,
    Aragon, Dos Passos ou les Giacometti. Selon lui, la magie subsiste.
 
    Gilles de Bure, un habitu de la clbre brasserie depuis plus de
    cinquante ans, met au crdit de Georges Viaud d'avoir "procd  un
    inventaire de toutes les peintures des 16 piliers et 17 pilastres".
    L'historien a authentifi les 33 oeuvres peintes, tordant le cou aux
    lgendes qui circulaient sur les auteurs.
 
    Avant de devenir, en 2002, charg du patrimoine historique des
    brasseries du groupe Flo - qui, outre La Coupole, possde une douzaine
    d'tablissements  Paris et en province, dont Bofinger, Le Vaudeville
    ou Julien -, Georges Viaud a su conqurir des cohortes de dneurs qui
    ne se fiaient qu' lui. A chacun il voulait infliger l'ide qu'il
    serait le seul  prparer le tartare de la meilleure manire ou encore
     leur garantir que le fameux curry d'agneau,  la carte depuis 1927,
    serait incomparable. "Je servais le client et c'est encore ce que je
    fais aujourd'hui dans ma nouvelle fonction. Je me considre comme un
    passeur." Lorsqu'il tait matre d'htel, il allait racketter en toute
    impunit le chef cailler de quelques bigorneaux et autres dlices de
    la mer pour les offrir  ses clients. "Je l'aimais bien, Georges, mais
    il charriait avec ses numros", raconte un ancien chef cailler qui
    n'apprciait pas ses incursions brutales. Georges Viaud s'tait fait sa
    clientle au point de crer une lgion d'habitus, buvant en premier
    lieu ses paroles et qui repartaient repus, tte et panse.
 
    "Oui, il parlait beaucoup avec les clients, mais s'il n'avait pas t
    un bon professionnel, je ne l'aurais pas encourag dans sa passion pour
    l'histoire et je l'aurais vir. Il avait tout compris du rve",
    explique le rugueux Jean-Paul Bucher, qui a rachet La Coupole en 1987,
    avant de la revendre avec l'ensemble des brasseries du groupe Flo en
    2006  Albert Frre. Pendant la premire guerre du Golfe, en 1991, il
    avait runi les employs. "Nous entrons dans une priode difficile,
    mais je vous demande de toujours garder  l'esprit que dans ce
    restaurant nous demeurons des marchands de rves", leur avait-il dit.
    Georges Viaud n'tait  La Coupole que depuis quelques mois et cette
    histoire de rve l'avait touch, plus que les autres.
 
    Il a toujours vcu dans les rves. Celui d'une mre un peu fantasme,
    de nationalit portugaise, modle, artiste, traductrice de franais.
    Celui d'un pre, originaire de la Charente, exil en Afrique du Nord et
    install au Portugal, mort quand il n'avait que 6 ans. Il a rv ses
    parents avec qui il a peu ou pas vcu, lev par sa grand-mre
    maternelle  Lisbonne.
 
    Adolescent perturb, il s'adapte mal  sa nouvelle vie en France,
    quitte l'cole. "Pendant un an, je n'ai rien fait sauf me laisser
    pousser les cheveux." Sa mre, alors ouvrire chez Hollywood Chewing
    Gum  Montreuil, le bouscule. Il commence,  18 ans, sa vie
    professionnelle comme groom au Terminus Saint Lazare. Il enchane les
    emplois dans les mtiers de la restauration, pizzeria, caf portugais,
    chef de rang  la Maison de l'Alsace, chez les frres Blanc, une cole
    o il se familiarise avec les rgles d'un secteur exigeant.
 
    C'est encore une part de rve qui le pique  25 ans, quand il se prend
    de passion pour la basilique Saint-Denis. Bien sr, il habitait  ct.
    "Mais comment peut-on construire des choses pareilles ?" se demande le
    jeune homme. Autodidacte boulimique, il se prend de passion pour ces
    btisseurs d'un autre temps. Il ctoie alors des historiens chevronns
    et deviendra mme conseiller technique au Mmorial de France 
    Saint-Denis ; il participe en 2000  l'organisation d'une exposition
    consacre  Henri IV. Il n'a pos aucune frontire entre lui et son
    sujet. "Je suis un Orlans libral, un lgitimiste. On est monarchiste
    ou on ne l'est pas."
 
    La profession est amusante, venant d'un homme qui voque avec fiert
    son grand-pre communiste, son arrire-grand-pre anarchiste et
    sorcier, sa mre soixante-huitarde, son pre gaulliste. "Atypique, moi
    ? Non je suis  l'image de ma famille." Une famille baroque, avec un
    arrire-grand-pre marquis de la noblesse portugaise et une
    arrire-grand-mre gouvernante des princes.
 
    Son engouement pour La Coupole et Montparnasse procde d'un mme
    merveillement d'enfant. "J'aime l'me de ce quartier, elle est l dans
    ce restaurant, elle suinte." Sa passion relve de la conversion
    brutale. Pour lui, un homme du Moyen Age, le XIX^e sicle et les Annes
    folles, "ce n'tait que des histoires de sauvages". Pourtant, il s'y
    est plong sans rserve et s'est laiss envahir par ce nouveau monde,
    certain d'avoir dcouvert avec La Coupole une autre cathdrale.
 
 
<article-nb="2008/01/03/19-5">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5">  Alain Franon propose au Thtre de la Colline &#38;#34;L&#38;#39;Htel du libre-change&#38;#34;, une pice crite en 1894.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5">   
    F eydeau est inoxydable. Il traverse toutes les modes, tous les
    changements de socit. Depuis sa mort, en 1921, il n'a pas quitt
    l'affiche du boulevard, qui a assur son triomphe. Longtemps regard de
    haut par le thtre public, qui considrait ses vaudevilles comme de la
    gaudriole, il a aujourd'hui acquis ses lettres de noblesse sur toutes
    les scnes, toutes gnrations de metteurs en scne confondues.
 
 
    L'un d'eux, Alain Franon, s'est pench sur Feydeau pour la premire
    fois en 1990, avec une mise en scne irrsistible de La Dame de chez
    Maxim. Dans la foule, il a imagin Saute, Marquis, un spectacle
    constitu de monologues de Feydeau (en 1992). Et voici maintenant
    L'Htel du libre-change.
 
    Feydeau a crit cette pice en 1894, une anne faste, celle d'Un fil 
    la patte, un des plus grands triomphes du vaudevilliste. Au dpart,
    L'Htel du libre-change portait comme titre Les Maris des deux ples.
    Soit un homme mari depuis vingt ans, qui n'prouve plus de dsir pour
    sa femme et aimerait varier son quotidien. Soit,  l'autre ple, un
    homme mari depuis cinq ans, qui s'occupe plus de son travail que de sa
    femme, laquelle se plaint d'tre nglige.
 
    Feydeau travaille la pice avec un auteur aujourd'hui oubli, Maurice
    Desvallires, dont la vertu principale est de "tenir" son ami, qui
    consacre beaucoup de temps  sa vie nocturne. Mari depuis cinq ans,
    Feydeau s'y connat en infidlits. C'est un collectionneur sans
    illusion et un observateur redoutable de son milieu : la bourgeoisie
    franaise de la fin du XIX^e sicle.
 
    Ce regard est  son acm dans L'Htel du libre-change, qui reprend
    l'intrigue des Maris des deux ples. Les hommes de la pice s'appellent
    Pinglet et Paillardin. Ils sont voisins et amis. Architecte, Pinglet
    est flanqu d'une femme pouse vingt ans plus tt. Il se sent comme
    "un volcan sans cratre", quand Paillardin s'avoue "sans temprament".
    Mari depuis cinq ans, cet entrepreneur passe ses journes sur les
    chantiers, rentre et dort. Marcelle, sa jeune femme, trouve qu'il lui
    "manque de respect". Pinglet s'offre comme amant. Marcelle accepte,
    pour se venger, dit-elle.
 
    March conclu. Encore faut-il trouver un endroit pour hberger ces
    amours interdites. Ce sera le bien nomm Htel du libre-change, un
    htel borgne et minable, qui accueille "un tas de gens maris, et
    jamais entre eux", selon Bastien, le garon d'tage. Ce personnage est
    l'une des trouvailles merveilleuses de la pice : un second rle dans
    la grande tradition. Une figure  part entire.
 
    A chaque nouveau couple qui s'annonce  l'htel, Bastien sert le mme
    couplet : que "madame est bien mignonne, monsieur, bien mignonne !" Et,
    chaque fois, il vante une chambre en disant que "la princesse hritire
    de Pologne est venue (y) faire son voyage de noces... avec son premier
    chambellan". Effet garanti. Les amants prennent ladite chambre, aussi
    pourrie que les autres, Bastien les regarde fermer la porte en lchant
    : "Ils me dgotent."
 
    Tout, d'ailleurs, semble dgoter Bastien, dans ce "sicle pourri".
    Mais cela ne l'empche pas d'arnaquer les clients ni de faire des trous
    dans les murs avec un vilebrequin, quand il trouve la "madame" vraiment
    mignonne.
 
    Bastien traduit la vision du monde de Feydeau : il n'y a pas plus
    cynique ni plus dsabus. Cette vision est beaucoup plus clatante dans
    L'Htel du libre-change que dans La Dame de chez Maxim, Le Dindon ou
    Un fil  la patte. Car, dans cette pice, on ne consomme pas. Il est
    sans cesse question de coucher, mais personne n'y arrive. Tout se joue
    sur la frustration, qui tient le rle, trs psychanalytique, de miroir
    de l'tat d'esprit des bourgeois de Feydeau.
 
    Ces bourgeois sont "sans vergogne", comme on dit dans les montagnes.
    Ils se rfugient derrire les conventions, qui assurent l'impunit
    apparente de leur classe, mais, quand ils se sentent en danger, tout
    craque : ils deviennent grossiers et lches. Alors ils courent,
    hbts, jusqu' la premire porte de sortie, qui leur rendra leur
    statut.
 
    Cette course folle va crescendo dans L'Htel du libre-change, dont le
    deuxime acte - celui qui se passe dans l'htel - est un sommet du
    vaudeville. D'une scne  l'autre, les rires montent et s'enflamment :
    en vertu d'une loi ancestrale du comique, plus c'est pitoyable, plus
    c'est drle. Et Alain Franon sait dbusquer le pitoyable, qu'il met en
    scne dans un dcor ad hoc, dpouill.
 
    Cependant, sa mise en scne n'est pas sans limites. Question de
    distribution et de rythme. Si Jean-Yves Chatelais est exceptionnel dans
    le rle de Bastien, si Gilles Privat est patant dans la peau de
    Mathieu, l'ami bgue et naf flanqu de ses quatre filles, si Clovis
    Cornillac ne dment pas son talent dans celui de Pinglet, d'autres
    rles souffrent d'tre tenus par des acteurs au jeu appliqu, comme la
    mise en scne.
 
    Est-ce l un effet des premires reprsentations ? Avec le temps, le
    spectacle trouvera peut-tre l'ivresse qui lui manque. A la cration de
    la pice, qui fit un triomphe en 1894, un critique crivait : "Les
    cochers de fiacre s'esclaffent et leurs chevaux se tiennent les ctes."
    Souhaitons qu'en 2008 les Vlib' s'affolent devant la Colline.
      __________________________________________________________________
 
    "L'Htel du libre-change", de Feydeau. Mise en scne : Alain Franon.
    Thtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris-20^e. M^o
    Gambetta. Tl. : 01-44-62-52-52. Mardi,  19 h 30. Du mercredi au
    vendredi,  20 h 30 ; samedi et dimanche,  20 h 30. De 13  27 .
    Jusqu'au 24 fvrier.
 
