<FILE-date="2008/01/03/19">
<article-nb="2008/01/03/19-1">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  La Chine est une bndiction. Certes, pas pour les droits de l&#38;#39;homme ou pour l&#38;#39;environnement ; mais pour l&#38;#39;conomie mondiale, si.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">   
    L a Chine est une bndiction. Certes, pas pour les droits de l'homme
    ou pour l'environnement ; mais pour l'conomie mondiale, si. C'est
    pourtant la ptition de principe inverse qui a cours en Occident.
    Interrogs du 10 au 24 septembre 2007 par l'institut TNS Opinion pour
    le compte du German Marshall Fund, une fondation amricaine, 51 % des
    Amricains et 55 % des Europens peroivent la croissance chinoise
    comme une menace. Ce pourcentage grimpe  57 % chez les Allemands,  60
    % chez les Italiens et  64 % chez les Franais.
 
 
    Parce que les usines textiles et les fabricants de jouets ont dsert
    leurs vieilles conomies, les habitants des pays industrialiss sont
    persuads que la Chine est la grande responsable des destructions
    d'emplois qui en ont rsult. Faute de pouvoir lui reprocher les
    salaires misrables de ses travailleurs, ils ont fait de la monnaie
    chinoise, le yuan, leur bte noire. Ainsi 63 % des Amricains et 55 %
    des Europens interrogs par TNS Opinion jugent qu'une rvaluation du
    yuan contribuerait  protger leurs emplois contre la concurrence venue
    d'Asie.
 
    C'est dire si les responsables occidentaux qui, en novembre et dcembre
    2007, se sont rendus en foule  Pkin pour rclamer un yuan plus fort,
    taient les porte-parole de leurs salaris. La chancelire Angela
    Merkel, le prsident Nicolas Sarkozy, le gouverneur de la Banque
    centrale europenne Jean-Claude Trichet, le commissaire europen
    Joaquin Almunia et le secrtaire d'Etat amricain Henry Paulson ont
    tenu au prsident Hu Jintao et  ses ministres  peu prs le mme
    discours. "Nous ne pouvons plus supporter que vous nous infligiez des
    dficits commerciaux aussi normes : 158 milliards d'euros pour les
    Etats-Unis et 112 milliards pour l'Europe des Vingt-Sept en 2006, et
    sans aucun doute beaucoup plus en 2007, se sont-ils laments. Nos
    industries traditionnelles ont t mises  mal par votre concurrence
    effrne. Il faut que vous cessiez d'exporter dans de telles
    proportions. Pour cela, vous devez rendre vos produits plus coteux en
    alourdissant vos salaires avec une protection sociale minimale et,
    surtout, en rvaluant votre monnaie. Son niveau est infrieur de 20 %
     30 %  son cours normal, ce qui vous confre un avantage anormal."
 
    Les dirigeants de Pkin leur ont rpondu : "Pas question que nous
    acclrions le train de nos rformes, au risque de tuer la croissance
    annuelle  deux chiffres dont nous avons besoin pour tirer au plus vite
    de la misre notre population de 1,3 milliard d'habitants ! Nous
    faisons dj de notre mieux."
 
    Et c'est vrai. Pour atteindre la "socit harmonieuse" prne par le
    prsident Hu Jintao, Pkin serre mthodiquement les boulons montaires
    et financiers, depuis des mois. Le 21 dcembre, la banque centrale a
    relev ses taux pour la sixime fois depuis le dbut de l'anne, soit
    7,47 % pour les prts et 4,14 % pour les dpts,  un an. Il est
    question de rduire le taux de croissance des prts bancaires  12 %,
    cette anne, contre 22 % raliss en 2007. Le yuan s'en est mieux port
    puisque son cours face au dollar a progress de prs de 7 % en un an,
    contre 3,3 % en 2006. Le gouvernement tudie la possibilit d'largir
    la bande de fluctuation du yuan.
 
    Ses efforts ne sont pas moins rels pour doper la demande. En 2008,
    dans trois provinces, des dizaines de millions de paysans profiteront
    d'un rabais exprimental de 13 % sur les tlviseurs, les tlphones
    portables, les rfrigrateurs et les climatiseurs. Le seuil  partir
    duquel un Chinois est imposable sur son revenu serait relev de 1 600
    yuans (150 euros)  2 000 yuans, ce qui permettrait d'exempter 70 % des
    salaris, contre 50 % aujourd'hui.
 
    Mieux encore, est entre en vigueur, le 1^er janvier, une vraie
    lgislation sur le travail, qui rduit la prcarit des salaris,
    prvoit des indemnits de licenciement et oblige enfin l'employeur 
    payer des charges sociales (retraite, chmage, sant) sur les salaires.
    Les pnalits prvues laissent  penser que ces normes finiront par
    s'appliquer. Le cot du travail et les prix des exportations de la
    Chine s'en trouveront automatiquement alourdis,  la satisfaction
    gnrale.
 
    RECONNAISSANCE OFFICIELLE
 
    L'hystrie antichinoise, aggrave par la campagne lectorale aux
    Etats-Unis, n'est donc pas fonde. Les cris d'orfraie pousss par les
    parlementaires amricains, qui veulent taxer les produits venus de
    Chine tant que le cours du yuan ne sera pas fortement relev, ont t
    contredits, le 19 dcembre, par le rapport biannuel du Trsor sur les
    changes, o il est reconnu que Pkin ne manipule pas sa monnaie pour en
    tirer des bnfices commerciaux. Ce rapport juge "bienvenue"
    l'acclration du yuan et se flicite des "progrs en cours ou
    attendus". Il va mme jusqu' affirmer que "la forte performance
    conomique de la Chine a insuffl de la vigueur  l'conomie mondiale".
 
    Cette reconnaissance officielle n'est que justice venant d'un pays qui
    aurait pu, cet t, faire basculer dans la rcession l'conomie de la
    plante en raison de la dfaillance de son systme bancaire, incapable
    de contrler ses prts hypothcaires  risque. Qui empche le taux de
    croissance mondiale de tomber sous les 4,5 % ? Pas les Etats-Unis, qui
    frlent la rcession en ce dbut d'anne, ni l'Europe, avec ses 2 %
    anmiques, mais la locomotive chinoise, qui continuera  la cadence de
    11 %.
 
    Qui empche le dollar de s'effondrer dramatiquement, sinon la Chine,
    qui place en bons du Trsor amricain environ 70 % de sa gigantesque
    rserve en devises de 1 400 milliards de dollars (955 milliards
    d'euros) ? Qui apporte de l'argent frais aux banques amricaines Bear
    Stearns ou Morgan Stanley pour leur permettre de surmonter d'normes
    dficits dus  leurs erreurs de gestion ? Pas les fonds de pension
    cots  Wall Street ou  Londres, mais le fonds souverain de Pkin.
 
    En Occident, les bas prix chinois ont contribu  maintenir, jusqu'
    prsent, une inflation modre et, donc,  prserver le pouvoir d'achat
    des habitants des pays industrialiss. La Chine achte massivement 
    l'Afrique ses matires premires, contribuant  faire monter les cours
    des mtaux comme des produits agricoles. Non seulement elle apporte
    ainsi des devises  des conomies fragiles, mais elle y vend des
    produits manufacturs moins coteux et souvent plus adapts que ceux
    des pays riches.
 
    Enfin, elle fournit des prts et des dons pour construire les ports,
    les coles, les hpitaux et les lignes lectriques en souffrance. L
    encore, elle supple les dfaillances occidentales : elle a annonc 5
    milliards de dollars d'aide de 2007  2009 qui seront les bienvenus
    puisque les pays du G7 se montrent incapables d'apporter  l'Afrique,
    chaque anne, les 25 milliards de dollars qu'ils ont promis en 2005.
    Oui, tout bien pes, merci la Chine !
 
<article-nb="2008/01/03/19-2">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  Parmi les quelque 1 200 dirigeants d&#38;#39;entreprise interrogs en dcembre 2007, 59 % affirment que la comptitivit a atteint, outre-Rhin, un &#38;#34;bon&#38;#34;, voire un &#38;#34;trs bon&#38;#34;, niveau.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">   
    A ux yeux des managers europens, l'Allemagne semble tre devenue un
    modle en matire de comptitivit. C'est le rsultat d'un sondage
    publi mercredi 2 janvier dans le quotidien conomique allemand
    Handelsblatt : sur six pays europens (l'Allemagne, la France,
    l'Italie, la Suisse, l'Autriche et la Grande-Bretagne), la premire
    conomie de la zone euro obtient la meilleure note, avec la Suisse.
 
 
    Parmi les quelque 1 200 dirigeants d'entreprise interrogs en dcembre
    2007, 59 % affirment que la comptitivit a atteint, outre-Rhin, un
    "bon", voire un "trs bon", niveau. En 2005, ils n'taient que 32 % 
    partager ce jugement. A ct, la France fait ple figure. Seules 23 %
    des personnes interroges lui reconnaissent une "bonne", voire "trs
    bonne", comptitivit, ce qui la place  l'avant-dernier rang.
    L'Hexagone fait  peine mieux que l'Italie, qui obtient 17 % des
    suffrages.
 
    L'Allemagne tire cette excellente rputation d'un certain nombre
    d'volutions. La politique de modration salariale applique depuis
    plusieurs annes et les profondes rformes entreprises par Gerhard
    Schrder (SPD) lorsqu'il tait chancelier ont permis de limiter la
    hausse du cot du travail et de rendre plus flexible le march de
    l'emploi. La croissance est aussi au rendez-vous depuis 2006, et le
    chmage baisse de mois en mois. Autre indice de l'attractivit de
    l'conomie outre-Rhin, un nombre croissant d'investisseurs trangers y
    engagent des fonds. Une tude publie en dcembre par le Handelsblatt
    avait montr que les trente plus grandes entreprises allemandes sont
    dsormais dtenues en majorit par des trangers.
 
    Pour autant, "c'est une btise de mettre l'Allemagne et la Suisse sur
    le mme plan en termes de comptitivit", fustige Alfred Steinherr,
    expert  l'Institut de recherches conomiques de Berlin (DIW). Selon
    lui, d'autres tudes, qui reposent sur des critres objectifs, tels que
    le dpt de brevets ou les procdures administratives, montrent que la
    premire conomie de la zone euro est loin d'tre un modle et continue
    d'afficher un cot du travail trs lev. En outre, les projets du
    gouvernement sur le salaire minimum ou le correctif apport  certaines
    rformes incitent de nombreux experts  douter d'une nouvelle
    augmentation de la comptitivit  moyen terme.
 
    Quant  "la diffrence faite entre la France et l'Allemagne, elle est
    trs exagre", poursuit l'conomiste. Une tude publie par l'Institut
    d'conomie de Cologne (IW) en octobre 2007 montre d'ailleurs que
    l'Allemagne continue de devancer la France en matire de cot du
    travail dans l'industrie. "Il est difficile d'aller contre les clichs,
    les Allemands passeront toujours pour des gens performants et les
    Franais pour des gens lgants", ironise M. Steinherr.
 
<article-nb="2008/01/03/19-3">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  Le sarkozysme pourrait tre &#38;#34;d&#38;#39;abord un narcissisme&#38;#34;, puis un absolutisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">   
    S elon Arnaud Montebourg, dput socialiste de Sane-et-Loire, "le
    sarkozysme est un absolutisme". La veille, Franois Hollande, premier
    secrtaire du PS, affirmait de son ct : "Le sarkozysme, c'est d'abord
    un narcissisme."
 
    Il faudrait s'entendre. Absolutisme ou narcissisme ? Les socialistes
    auraient-ils du mal  accorder leurs violons ? Arnaud Montebourg le
    suggre, en dclarant dans la mme interview : "Le PS est un parti
    nombriliste, repli sur lui-mme. C'est un parti qui n'a plus de
    ciment, min par la division entre curies. Au fond, il y a plusieurs
    partis socialistes..."
 
 
    Mais les dclarations des deux dirigeants ne sont pas forcment
    contradictoires. Le sarkozysme pourrait tre "d'abord un narcissisme",
    puis un absolutisme, et mme un bonapartisme ou un npotisme. Ce qui ne
    lui interdirait pas d'tre aussi un litisme, un pragmatisme, un
    syncrtisme, un jsuitisme, un acrobatisme...
 
    Reprenons calmement. Le narcissisme est un nombrilisme. Or tout
    nombrilisme conduit  l'absolutisme. Donc, le narcissisme est un
    absolutisme. C'est ce qu'on appelle un sophisme.
 
<article-nb="2008/01/03/19-4">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  Lisez l'intgralit de l'article pour plus d'information.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">   
    P our l'Union europenne, l'anne 2008 sera une priode dcisive. Dans
    douze mois, on saura en effet si les nouvelles institutions dont l'a
    dote le trait de Lisbonne sont prtes  entrer en vigueur, si le
    vaste programme que se sont donn les Vingt-Sept dans le secteur-cl de
    l'nergie a quelque chance de voir le jour, si l'action de l'UE dans
    les Balkans, lieu nvralgique de sa politique extrieure et prochaine
    tape de son largissement, a permis la stabilisation de la rgion.
    Institutions, nergie, largissement : sur ces trois dossiers se joue
    en grande partie la crdibilit des Europens au moment o ils
    s'interrogent avec une certaine inquitude sur leur place dans le monde
     l're de la globalisation.
 
 
    Pour que le nouveau trait s'applique en 2009, il faut d'abord qu'il
    soit ratifi avant la fin de l'anne dans tous les Etats membres puis
    que ceux-ci se mettent d'accord sur les noms du prsident de l'Union et
    du haut reprsentant pour la politique trangre, qui incarneront, avec
    le prsident de la Commission, l'Europe de demain. Le choix de ces deux
    personnalits, qui sera ngoci sous la prsidence franaise au second
    semestre, donnera la mesure du rle international que l'UE est
    dtermine  jouer dans l'avenir. Les titulaires de ces deux fonctions,
    dont le trait de Lisbonne va accrotre le poids, animeront en effet la
    diplomatie europenne. De leur action dpendra, pour une large part,
    l'influence de l'Union.
 
    C'est aussi cette anne que se prciseront, ou non, les perspectives
    d'intgration des pays de l'ex-Yougoslavie et de l'Albanie. La question
    du Kosovo sera dterminante : si l'Union europenne parvient  dnouer
    pacifiquement la crise, le temps sera venu d'acclrer l'adhsion
    promise aux Etats de la rgion. La Croatie est aujourd'hui le plus
    avanc, mais les ngociations progressent lentement. La Macdoine,
    l'Albanie, le Montngro attendent. Avec la Serbie et la
    Bosnie-Herzgovine, les difficults s'accumulent. Il serait dangereux
    de laisser les pourparlers s'enliser. L'adhsion restant le principal
    moteur des rformes, les retards compromettent en effet les efforts de
    modernisation.
 
    Troisime chantier : les Vingt-Sept tenteront de donner une traduction
    concrte  l'important "paquet" nergtique et climatique dont ils ont
    pos les principes en 2007. De la scurit des approvisionnements  la
    lutte contre le rchauffement, de la libralisation du march au
    dveloppement des nergies renouvelables, le plan de l'Union europenne
    est ambitieux. Le prsident de la Commission europenne, Jos Manuel
    Barroso, en a fait une des priorits de son mandat. Mais il y a loin
    des dclarations aux actes. Les Europens n'ont pas encore surmont
    toutes leurs divergences ni accept toutes les consquences de leurs
    engagements. Voil pourquoi l'anne qui s'ouvre mettra leur volont
    commune  l'preuve.
 
    L'UE aura certes d'autres dfis  relever en 2008, mais si elle se
    montre capable de mener  bon terme la rvision de ses institutions, de
    remettre les pays des Balkans sur la voie d'une dmocratie pacifie et
    de s'entendre sur une politique de l'nergie qui ne se contente pas de
    bonnes paroles, elle aura beaucoup fait pour affirmer son autorit. Une
    responsabilit particulire incombe  la France, qui assurera la
    prsidence aprs la Slovnie. Cet exercice sera un test pour Nicolas
    Sarkozy, dont la personnalit intrigue et parfois inquite ses
    partenaires europens.
 
    Ceux-ci ne doutent pas que le prsident franais, en bon communicateur,
    saura mettre en valeur l'action de l'Union europenne, quitte  s'en
    attribuer les succs, mais ils se demandent si, au-del de quelques
    gestes spectaculaires, il est prt  jouer vraiment le jeu de l'Europe
    unie, comme l'a fait en 2007,  sa manire patiente et discrte, la
    chancelire allemande, Angela Merkel.
 
<article-nb="2008/01/03/19-5">
<article-nb="2008/01/03/19-6">
<filnamedate="20080103"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080103"><AAMMJJHH="2008010319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  En 2008, on clbrera les quarante ans de Mai. Pour le bloc communiste,  de Varsovie  Prague, cette anne fut funeste. Et sa mmoire divise encore.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">   
    N ous avons tous en tte les photographies strotypes de l'anne 1968
    dans le monde, particulirement de mai 1968 en France. Dans l'Europe
    sovitise, l'image dominante de 1968 est toujours trs mal passe,
    comme si elle tait dchire en deux parties ; d'un ct, la lgret
    et l'insouciance du sourire joyeux de Daniel Cohn-Bendit chantant
    L'Internationale et narguant un CRS impassible, de l'autre, la gravit
    du char sovitique flanqu des drapeaux tchques ensanglants du
    dernier "printemps" du communisme.
 
 
    Soyons juste : l'Est n'est pas totalement absent de la microculture
    qui, petit  petit, quitte le Quartier latin pour englober la France.
    Dans les cinmas d'art et d'essai, prs de la Sorbonne, on s'extasie
    devant l'cole tchque du cinma. La lettre ouverte au Parti ouvrier
    unifi polonais de Jacek Kuron et de Karol Modzelewski, dernier avatar
    de la critique marxiste du rgime communiste, qui n'est plus
    d'actualit  Varsovie, deux mois aprs la rpression violente des
    milieux estudiantins, s'arrache  Paris.
 
    A Paris, certes, on fredonnait Il est 5 heures, Paris s'veille, mais
    aussi, dans les manifestations de rue, un large rpertoire de chants
    rvolutionnaires, L'Internationale et La Varsovienne en tte. On est
    loin des tribunaux et des prisons du gnral Moczar, o on entonne
    L'Internationale par drision et pour irriter les gardiens de prison
    communistes.
 
    Finalement,  l'Ouest, Mai 68 s'tait termin par des vacances, mais
    aussi par l'volution des moeurs et des institutions acadmiques,
    conforme  l'esprit de l'vnement, tandis qu' l'Est l'anne 1968
    dbouche sur une traverse du dsert longue et coteuse. Ces multiples
    contresens sont pourtant secondaires au regard de la diffrence relle
    de ces deux si diffrentes annes 1968. D'un ct, il s'agit de sortir
    du systme de type sovitique, dot des nombreuses caractristiques du
    totalitarisme, de l'autre, la masse demande et obtient (!) "simplement"
    le dblocage du systme dmocratique existant, enkyst dans sa routine
    et son manque d'imagination. On mesure ce dcalage  la diffrence de
    raction de chaque rgime : la dmocratie s'autorformera, alors que le
    systme autoritaire de type sovitique rpliquera par l'touffement de
    toute vellit de changement.
 
    Mai 68 a dj sa trs riche bibliothque et tout aussi riche
    filmothque. Il reste que, malgr cette abondance, ce qui s'est pass
    tout au long de 1968 et notamment en mai en France, garde sa part de
    mystre, lorsqu'on rapporte l'vnement  des schmas d'analyse
    routiniers. Un mouvement d'une telle radicalit, parti d'une socit
    d'abondance, n'a d'explication que dans les motivations non
    matrielles. Mais alors lesquelles ? L'hdonisme  faire valoir, les
    institutions acadmiques contraignantes  abattre la veille des examens
    ? Ou l'explication, comme le veut la nouvelle tendance, par la
    manipulation des intentions nobles de la jeunesse franaise par des
    forces caches, obscures, porteuses du totalitarisme communiste ?
 
    Vue de Paris,  l'Est comme  l'Ouest, la mme logique libratrice
    prsidait aux mobilisations collectives. La rvolution tait mondiale,
    sur le pav parisien on criait dans le mme lan les noms des capitales
    en rvolte : "Rome, Berlin, Tokyo, Paris, Varsovie."
 
    Paradoxalement, le mme cho retentit du ct du ministre de
    l'intrieur franais de l'poque, Raymond Marcellin, pour qui la France
    tait prise dans les filets d'un "complot international" foment par
    une sorte d'"Orchestre rouge" moscovite, pkinois, havanais.
 
    Mais les acteurs et les analystes avaient un besoin comparable pour
    s'expliquer ou expliquer la simultanit, la grandeur, la vague de ce
    "complot international", de Varsovie  Berkeley,  Paris,  Berlin, 
    Tokyo. Une gnration jeune et mondialise s'est leve contre
    l'oppression multiforme. Mais comme on l'a vu, la concidence des
    mobilisations  l'Est et  l'Ouest a t fortuite mme si, devenue un
    fait, elle a d impulser une dynamique nouvelle, comme par exemple  la
    facult de philosophie de l'Universit Charles, o naissait un Akcni
    Komitet prenant peut-tre pour modle les comits d'action franais. A
    Paris, les militants d'extrme gauche manifestaient devant le consulat
    de Pologne aux cris de "Librez Modzelewski et Kuron, librez nos
    camarades !"
 
    Je m'interroge sur le mpris que manifestent les analystes de l'Est
    vis--vis de Mai 68. Pour eux, la vraie anne 1968 n'est qu'une anne
    parmi d'autres dans le combat, celui contre le totalitarisme.
 
    En mai 1968, nous sommes dj deux mois aprs la rpression des milieux
    universitaires polonais. L'ordre rgne  Varsovie, pas encore  Prague.
 
    De clbres prisonniers amorcent une traverse du dsert, en repensant
    les faiblesses de leur stratgie antrieure. Les intellectuels polonais
    de premier rang font leurs bagages. Evnement dj loign, l'anne
    1968 aurait d tre dfinitivement "refroidie", range parmi les objets
    d'observation des sciences sociales. Il n'en est, pourtant, rien. Et
    pas seulement en France.
 
    Gazeta Wyborcza, le quotidien polonais de centre-gauche, cr par la
    gnration soixante-huitarde polonaise, celle de la lutte contre le
    communisme sovitique - de mars 1968 en passant par le Comit de
    dfense des ouvriers,  Solidarnosc - honora en 2001 du titre d'homme
    de l'anne Joschka Fischer, ex-militant du Mai allemand et ex-ministre
    des affaires trangres. Adam Michnik, son rdacteur en chef, y voit un
    symbole et, inspir par le trs trompeur trait d'union gnrationnel,
    organisa, le 7 mai 2001  Varsovie, un dbat entre Daniel Cohn-Bendit,
    ancien leader de Mai 68, aujourd'hui dput Vert au Parlement europen,
    et Alain Madelin, ancien militant d'extrme droite, ex-ministre des
    gouvernements de droite, reconverti au libralisme. Cette runion tait
    motive par la conviction que les acteurs de la mme gnration, d'Est
    en Ouest, aux options radicalement opposes en 1968, s'taient fondus
    dans une communion humaniste : le libralisme, l'anticommunisme, les
    droits de l'homme, l'conomie de march.
 
    Mais le charme fusionnel n'a pas longtemps opr. Alain Madelin,
    militant  l'poque de Mai 68 du mouvement d'extrme droite Occident,
    magnifie  la tribune la grande famille librale, mais s'obstine 
    prsenter le mois de mai 1968 comme l'illustration de l'aveuglement
    communiste et de la tentation totalitaire des amis de "Dany le Rouge".
    Il s'rige en unique hros de la permanence anticommuniste. Cohn-Bendit
    ne se prive pas alors de lui rappeler les barres de fer que ses amis
    maniaient contre les manifestants de gauche. Petr Uhl, le participant
    tchque du dbat, et acteur de premier plan de la lutte contre le
    rgime totalitaire, vole  son secours en rappelant le clivage
    gauche-droite. Le consensus vole en clats.
 
    Ainsi l'histoire de 1968 est encore  vif, elle divise toujours et elle
    ne se laisse pas rcrire facilement.
      __________________________________________________________________
 
    Georges Mink, directeur de recherches, enseignant  l'IEP de Paris et
    au Collge de l'Europe
 
