<FILE-date="2008/01/02/19">
<article-nb="2008/01/02/19-1">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1">  Ken Loach cre un personnage fminin ambigu, Angie, ancienne exploite devenue &#38;#34;exploiteuse&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1">   
    L 'hrone du nouveau film de Ken Loach se prnomme Angie. C'est une
    belle blonde, gnreuse en dcollet, blouson de cuir noir et moto, 
    l'inlassable combativit. Elle incarne un nouveau type de personnage
    dans l'oeuvre de ce cinaste des petites gens et des travailleurs
    maltraits.
 
    En 1985, Ken Loach a ralis un film sur les mineurs en grve contre
    Margaret Thatcher qui s'intitulait Which Side Are You On ? (Dans quel
    camp tes-vous ?). Pour ce dfenseur forcen des combats de la classe
    ouvrire, il n'y a jamais eu d'ambigut.
 
 
    Il fut du ct des travailleurs de Riff-Raff , migrs de rgions
    conomiquement sinistres vers la capitale et condamns aux emplois
    temporaires, sans protection sociale. Du ct des licencis de Raining
    Stones , soumis aux files d'attente de l'aide sociale. Du ct de
    Joe, le chmeur de longue dure de My Name is Joe , condamn aux
    jobs au noir. Ou de Maggie, chanteuse de pub cabosse par la vie
    (Ladybird, 1994), qui se bat pour rcuprer les enfants que lui ont
    retirs les services sociaux. Rien de chang dans It's a Free World ! :
    nous sommes passs de l're Margaret Thatcher  l're Tony Blair, mais
    le cinaste, plus que jamais acharn  dnoncer les injustices et
    rveiller les consciences, est toujours solidaire des exploits. A ce
    dtail prs, qui rend son propos plus complexe : son film montre
    comment une victime du systme devient  son tour un rouage de
    l'exploitation dans ce que l'on appelle "le miracle anglo-saxon".
 
    Angie est un pur produit de la politique librale, voue  l'nergie
    d'entreprendre, au culte des affaires et de l'individualisme. Elle est
    formate pour se tailler cote que cote une place au soleil, peu
    regardante sur les moyens. Au monde de son pre, un docker qui a connu
    l'apoge du syndicalisme, a succd celui de l'argent roi, le rgne de
    la comptitivit et du chacun pour soi. Avec l'invention d'un concept
    dvastateur : celui de la flexibilit, qui favorise la prcarit des
    emplois.
 
    Salarie dans une entreprise londonienne, charge de recruter de la
    main-d'oeuvre  bon march dans les pays de l'Est, cette brave fille
    bosse avec abngation jusqu'au jour o, s'tant rebelle contre le
    harclement sexuel de l'un de ses patrons, elle est mise  la porte.
    Elle dcide de crer son propre cabinet de recrutement.
 
    Angie a connu dix boulots en dix ans, et ne connat qu'une mthode pour
    s'en sortir : jouer des coudes, la recherche du profit. Le film de
    Loach montre comment, pour avoir sa part du gteau, elle devient un
    maillon d'une politique cynique qui nie les acquis syndicaux et les
    droits de l'homme.
 
    Gnreuse au dpart, Angie va tre amene  oublier sa morale et
    devenir une allie de la contrebande humaine. Racontant l'histoire du
    point de vue de l'"exploiteuse" plutt que de celui des exploits, le
    cinaste montre bien comment s'opre cette mutation.
 
    Pour "dmarrer", Angie est oblige de flirter avec l'illgalit, et
    entrane par l'hypocrisie du systme (gruge par des contrematres,
    manipule par la chane des sous-traitances, incapable de payer ses
    clandestins, car elle-mme escroque par des chantiers en faillite),
    elle met le doigt dans un engrenage qui va l'amener  ruser avec les
    taxes, employer des illgaux, diffrer la rtribution des ouvriers
    qu'elle trie chaque matin devant un entrept, dnoncer des sans-papiers
     la police pour rcuprer des logements...
 
    Il y a quelque chose d'implacable, et de dsesprant, dans ce constat
    d'une exploitation des pauvres par les pauvres, chacun oeuvrant pour sa
    survie, oeil pour oeil, chacun ayant ses raisons. L'une de celles
    d'Angie est son statut de mre clibataire, acharne  prouver  la
    socit (famille, administration) qu'elle a des revenus stables et une
    identit sociale crdible pour pouvoir lever un fils dont on lui
    refuse la garde.
 
    Du ct des proltaires, Ken Loach ne juge pas Angie, il juge le
    systme qui rveille son gosme, lui donne des alibis pour commettre
    l'inadmissible.
      __________________________________________________________________
 
    "It's a Free World !" de Ken Loach. Film anglais avec Kierston Wareing,
    Juliet Ellis, Leslaw Zurek,Joe Siffleet, Colin Coughlin. (1 h 33.)
 
<article-nb="2008/01/02/19-2">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2">  Un convoi de l&#38;#39;OTAN est immobilis dans un bourg roumain par un fonctionnaire obtus. Une farce noire magistrale.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2">   
    D ans la forte et noire tradition humoristique d'Europe de l'Est, la
    Roumanie pourrait prtendre remporter la palme de la cruaut. Les
    Ionesco et autres Cioran ont ainsi rcemment trouv de fiers mules
    dans une nouvelle gnration de cinastes, tels Cristi Puiu (La Mort de
    Dante Lazarescu, 2005) ou Corneliu Porumboiu (12 h 08  l'est de
    Bucarest, 2006). California Dreamin', slectionn et prim lors du
    Festival de Cannes 2007 dans la section officielle Un certain regard,
    laisse pourtant tous ses prdcesseurs loin derrire lui.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    A VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Son ralisateur, Cristian Nemescu, jeune cinaste de 28 ans, est mort
    le 24 aot 2006 dans un accident de voiture, sur la route du
    laboratoire o il terminait le montage de ce premier long mtrage. Le
    talent indniable dont tmoigne son film, la stupidit d'une mort qui
    le cueille dans la fleur de sa jeunesse et  l'aube de sa carrire,
    l'atroce ironie du sort rvle par cet accident fatal, le sentiment
    ml d'allgresse et de dsarroi qui saisit le spectateur  la vision
    de ce spectacle pour le coup absolument unique : tout cela place
    Nemescu dans la roumanitude la plus chevele.
 
    Inspir d'un fait divers que le film s'emploie  exagrer jusqu'
    l'absurde mtaphysique, California Dreamin'a lieu dans le trou du cul
    du monde, la bourgade roumaine de Capalnita. L, en 1999, passe un
    train rquisitionn par l'OTAN, qui convoie, sous bonne escorte
    amricaine et avec l'accord des autorits roumaines, un radar
    ultrasophistiqu en direction de la frontire avec la Serbie.
 
    PAS DE PASSAGE
 
    On est en pleine guerre du Kosovo, l'engin doit servir  surveiller les
    mouvements de l'adversaire lors d'un bombardement stratgique imminent
    men par l'OTAN. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des
    mondes si le train, plutt que de passer comme convenu, n'tait arrt
    net par Doairu, chef de gare de Capalnita, trs  cheval sur les
    rglements. L'escorte ne disposant pas des documents ncessaires,
    Doairu fait acheminer le convoi sur une voie secondaire, et l'y laisse
    moisir cinq jours, aussi sourd aux raisons de l'OTAN qui le menace de
    Bucarest, aussi indiffrent  la rputation du prsident Clinton qu'
    celle de son ministre de tutelle. Pas de papiers, pas de passage, la
    loi est la loi.
 
    Ces cinq jours seront donc ceux du film, qui ne demande qu' s'gayer,
    de digression en digression, en compagnie de multiples personnages
    poursuivant chacun un but diffrent. A commencer par Doairu, prototype
    velu de la mdiocrit faite homme, veuf aigri et atrabilaire, mafieux
    et tyranneau local, qui se rfugie derrire la loi pour assumer en
    ralit la vengeance d'un destin rat qui n'est autre que celui de la
    Roumaine sacrifie par les Amricains au lendemain de la seconde guerre
    mondiale.
 
    Sa fille, Monica, ne rve que de quitter son pre et le village, et se
    jette  la tte d'un jeune sergent amricain. Le maire de Capalnita, un
    mou dpourvu d'envergure, voit dans cet incident international un
    formidable moyen d'attirer l'attention des investisseurs sur son trou,
    et organise une grande fte populaire  laquelle il invite le bataillon
    amricain, avant de le mener en fanfare au bordel, o des filles en
    porte-jarretelles rouges donnent une version pure de la Lgende de
    Dracula.
 
    L'AMPLITUDE DU PROPOS
 
    Quant au capitaine de l'escorte, tout en maxillaires, voyant sa mission
    prendre l'eau, il passe de la tentation du mitraillage gnral  une
    harangue publique digne d'un tlvangliste, destine  librer le
    village de l'emprise de Doairu, quitte  l'abandonner  son sort quand
    le train repart.
 
    Avec une foultitude d'intrigues et de personnages secondaires oublis
    au passage, on ne donne ici qu'une mince ide du film, qui pate par
    l'amplitude de son propos, la complexit d'enjeux qui interdisent de le
    rduire  la satire qu'il semble tre, et la libert de ton qui
    l'accompagne.
 
    Le film voquera sans doute aux plus anciens ce sentiment de fracheur
    et de loufoquerie dispens jadis par la nouvelle vague tchque, en
    beaucoup plus sombre, Roumanie oblige, mais aussi notre poque. Car le
    train de California Dreamin'est bel et bien celui d'une Histoire
    dfinie davantage comme lieu sacrificiel que comme horizon
    rdemptionnel.
      __________________________________________________________________
 
    "California Dreamin'" de Cristian Nemescu. Film roumain avec Armand
    Assante, Razvan Vasilescu, Maria Dinulescu, Ion Sadparu. (2 h 35.)
 
 
<article-nb="2008/01/02/19-3">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3">  A 66 ans, le metteur en scne de &#38;#34;More&#38;#34; est all raliser &#38;#34;Inju&#38;#34; au Japon. Familier des plonges dans l&#38;#39;inconnu, il a fait fi de la rputation redoutable des conditions de tournage dans l&#38;#39;Archipel. 
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3">   
    A vant de partir pour le Japon  l't 2007, tourner Inju, son 17e
    film, Barbet Schroeder a dn  Paris avec William Friedkin, le
    ralisateur de L'Exorciste, et l'pouse de ce dernier, Sherry Lansing,
    ex-prsidente de la Paramount et productrice de Black Rain. En 1989, le
    tournage au Japon de ce film de gangsters de Ridley Scott a vir au
    dsastre. Black Rain est devenu, avec le Don Quichotte de Terry Gilliam
    ou La Porte du paradis de Michael Cimino, l'une de ces histoires 
    faire peur qu'on se raconte entre professionnels du cinma. Sherry
    Lansing a bni dans ces termes l'expdition de Barbet Schroeder :
    "Black Rain est la pire exprience que j'aie connue  la Paramount. Au
    Japon, nous nous sommes heurts  de telles impossibilits que nous
    avons d rapatrier le film  Hollywood, il nous en a cot 25 millions
    de dollars. Vous tes fous de partir l-bas."
 
 
    S'il avait fallu un argument pour dcider Barbet Schroeder  partir
    pour le Japon, Sherry Lansing n'en aurait pas trouv de meilleur. Inju
    est un thriller, teint de sadomasochisme. Le genre et le thme sont
    chers au ralisateur. L'environnement en revanche lui tait tout  fait
    tranger.
 
    Le cinaste a fait de la plonge dans des univers inconnus un principe
    de travail. Il fut le producteur d'Eric Rohmer avant de devenir
    ralisateur  la fin des annes 1960. On lui doit des films qui firent
    scandale  l'poque, More , Matresse . Plutt que d'en
    faire une recette, il a prfr apparatre sans cesse l o on ne
    l'attendait pas. Il a film l'un des personnages les plus tragiques et
    absurdes de la fin du XXe sicle (Gnral Idi Amin Dada) et a emmen
    Bulle Ogier, sa compagne, et Jean-Pierre Kalfon dans un film-expdition
    en Nouvelle-Guine (La Valle). Et puis, au milieu des annes 1980, il
    est parti pour Hollywood o il a ralis des thrillers  succs (Le
    Mystre Von Blow, JF partagerait appartement) pour ensuite resurgir en
    Colombie, pays o il a pass une partie de son enfance. La Vierge des
    tueurs, son dernier film de fiction, a t ralis  Medellin en 2000
    au plus fort de la guerre des cartels. Son dernier long mtrage est une
    commande, ralise avec enthousiasme, L'Avocat de la terreur,
    documentaire consacr  Jacques Vergs, le dfenseur de Klaus Barbie,
    prsent  Cannes en 2007.
 
    A 66 ans, Barbet Schroeder s'est embarqu sans hsitation dans
    l'aventure d'un tournage au Japon. Il explique : "J'ai une thorie. La
    priode de grce des ralisateurs ne dure que vingt ans. Sauf pour ceux
    qui changent de pays, comme Buuel ou Hitchcock."
 
    Sur un trottoir de Tokyo, o l'on tourne en extrieur, il rapporte,
    amus, la prophtie de Sherry Lansing. On est  l'approche de l'hiver,
    le tournage d'Inju a commenc il y a bientt deux mois et doit durer
    encore trois semaines. L'quipe veut profiter de "l'heure magique", la
    tombe du jour qui  l'cran donnera l'impression de la nuit. Sur le
    trottoir, devant l'Universit des femmes du Japon de Tokyo, l'quipe a
    install un faux arrt de bus de Kyoto, puisque c'est l que le film
    est cens se passer mais qu'il est impossible de tourner dans
    l'ancienne capitale impriale.
 
    Dans le reste du Japon, il est trs difficile de tourner en extrieur.
    Lorsqu'un Parisien rencontre une quipe de cinma sur son chemin, il se
    trouve toujours un assistant pour lui demander de changer de trottoir.
    Ici, l'assistant salue chaque piton et lui ouvre le passage. Le
    tournage ne peut progresser que s'il n'entrave en rien la marche
    ordinaire des choses.
 
    Le bus finit par arriver et Benot Magimel en descend au milieu d'un
    groupe de figurantes vtues d'uniformes de collgiennes. Magimel est le
    seul acteur franais du film. Inju est adapt d'un roman crit il y a
    trois quarts de sicle par le matre de la littrature policire
    japonaise, Edogawa Rampo. Il y est question d'un auteur de polars qui
    vient au secours d'une femme perscute par un autre crivain. Le
    scnario - le premier d'un jeune Franais tabli  Tokyo, Jean-Armand
    Bougrelle - a fait du preux chevalier un crivain franais, et Barbet
    Schroeder a confi le rle  celui qu'il considre comme le meilleur
    acteur de sa gnration. Devenu Alex Fayard, crivain franais
    cartsien, il se trouve prcipit dans un monde auquel il ne comprend
    rien, passant des maisons de th de Gion, le quartier des geishas de
    Kyoto, aux botes sadomasochistes.
 
    De ses collaborateurs habituels, Barbet Schroeder n'a emmen au Japon
    que Luciano Tovoli, le chef oprateur italien qui a fait l'image de ses
    six films hollywoodiens. Les deux complices sont entours d'une
    douzaine d'Europens, assistant, directeur de production, scripte
    bilingue - les dialogues sont en franais, en japonais ou en anglais...
 
    Tous les autres collaborateurs, acteurs, cadreurs, dcorateur,
    lectriciens, sont japonais. Avant le tournage, Luciano Tovoli
    s'attendait  trouver des techniciens anglophones. Malgr son
    insistance, il a d se rsoudre  travailler avec des quipes qui ne
    comprennent pas un mot de ce qu'il dit, en comptant sur leur bonne
    volont et le concours d'un interprte. Au bout de huit semaines,
    Barbet Schroeder observait que cette quipe jeune, enthousiaste, sans
    grande exprience avait appris " deviner l'endroit exact o Luciano
    veut qu'on place un projecteur".
 
    Cet entrain au travail s'explique entre autres par l'ordinaire frugal
    auquel sont habitus les professionnels japonais du cinma. En dehors
    du cinma d'animation, la production nationale vit chichement. Fumiko
    Sugaya, la costumire, qui travaille d'ordinaire aux Etats-Unis,
    explique que les grands studios, Toho, Toei, ne paient pas les heures
    supplmentaires, ne proposent pas de plan de retraite et que les
    anciens ont fui la profession, qui n'attire plus que de trs jeunes
    gens.
 
    Sur un plateau japonais, les plans de tournage sont respects  la
    lettre. Barbet Schroeder a fait raliser un story-board magnifique et
    trs prcis par un artiste japonais. Il arrive quand mme qu'"on dcide
    de changer l'orientation des rails d'un travelling, explique Luciano
    Tovoli. Dans ce cas, il faut faire un discours  l'quipe camra pour
    lui expliquer le comment et le pourquoi. C'est fastidieux, mais c'est
    ce qu'ils exigent".
 
<article-nb="2008/01/02/19-4">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4">  Premier long mtrage de Yau Nai Hoi, l&#38;#39;un des scnaristes attitrs de Johnnie To.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4">   
    J ohnnie To, prolifique cinaste de Hongkong, est aussi un heureux et
    non moins prolifique producteur. Filatures est ralis par l'un de ses
    scnaristes attitrs (coauteur de plus de vingt de ses films) qui signe
    ici son premier long mtrage comme ralisateur.
 
    Pas tonnant que Filatures ait superficiellement un petit air de
    famille avec une oeuvre qui commence par ailleurs  tre connue en
    Occident. De nombreux acteurs font partie de la troupe de l'auteur de
    The Mission,  commencer par Simon Yam, et les rues de Hongkong ont ici
    quelque chose de familier, une densit concrte qui voque le meilleur
    du cinma de To.
 
 
    Mais ce qui renvoie encore plus srement Filatures au cinma de Johnnie
    To, c'est le parti pris utilis, soit une manire sinon d'inventer tout
    au moins de travailler sur un certain type d'action contenant un fort
    lment ludique.
 
    Une quipe spciale de la police, charge de la surveillance et des
    filatures, tente de remonter la piste d'une dangereuse bande de
    braqueurs. Les techniques modernes de contrle (camras de
    surveillance, tlphones portables) sont ici secondes par les moyens
    plus primitifs de la simple filature. Suivre quelqu'un sans se faire
    reprer, utiliser la rue comme un terrain o se joue un jeu subtil
    consistant  rendre insignifiant et anonyme un comportement pourtant mu
    par une dtermination unique, tel est l'enjeu auquel sont confronts
    les personnages.
 
    L'AMBIGUT DU VISIBLE
 
    La partie se corse lorsque les truands de leur ct dcodent et
    dcryptent les gestes de la police. C'est surveillance contre
    surveillance. C'est celui qui dcodera le plus vite les signaux mis
    par la rue qui gagnera la partie. Rien de plus cinmatographique que
    cette incertitude sur la nature de ce que l'on voit lorsque l'on se
    croit surveill. L'ambigut du visible devient un lment de polar. La
    qualit du film repose donc d'abord dans une capacit  dtacher gestes
    et dplacements de tout vritable enjeu.
 
    La premire squence,  cet gard, est remarquable, qui laisse le
    spectateur dans l'indcision de ne pas distinguer tout de suite, parmi
    les silhouettes qui arpentent les rues de Hongkong, qui est du "bon
    cot" et qui ne l'est pas. Le sentiment d'un maillage urbain, nouvelle
    manire de voir la ville comme thtre du genre, fait ici passer les
    coups de force et invraisemblances d'un scnario plutt rjouissant.
 
    Mme si l'on peut regretter que la mise en scne, tout en zooms et
    camra porte, n'ait pas l'lgance de celle d'un Johnnie To, le film
    de Yau Nai Hoi maintient l'intrt du spectateur avec un minimum de
    consistance.
      __________________________________________________________________
 
    "Filatures" de Yau Nai Hoi. Film chinois (Hongkong) avec Simon Yam,
    Tony Leung Kai Fai, Kate Tsui. (1 h 30.)
 
<article-nb="2008/01/02/19-5">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5">  Le cinaste, prsent au festival de Marrakech, a lanc des fondations pour prserver la mmoire du cinma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5">   
    I l est devenu un pilier du festival de cinma de Marrakech, au Maroc,
    qui a eu lieu du 7 au 15 dcembre. Aprs avoir reu un hommage en 2006,
    le ralisateur amricain Martin Scorsese a, cette anne, donn une
    leon de cinma et propos deux films en projection sur la place Jamaa
    El-Fna : son Aviator, qu'il a prsent avec Leonardo DiCaprio, et
    Transes, un documentaire ralis en 1981 par le Marocain Ahmed
    El-Maanouni.
 
 
 
 
           Les autres projets de la fondation
 
 
 
    Martin Scorsese a inaugur sa World Cinema Foundation au Festival de
    Cannes, en mai, avec le soutien de sponsors comme Giorgio Armani,
    Cartier et Qatar Airways. Outre le documentaire Transes, la Fondation
    restaure deux films - Limite , du Brsilien Mario Peixoto, et
    Padurea Spanzuratilor , du Roumain Liviu Ciulei. Quatre autres
    projets sont annoncs pour 2008. Un site Internet est sur le point
    d'tre lanc, qui devrait servir  collecter les dons de particuliers
    dans le monde entier.
 
                                                              
 
 
 
    Ce dernier film a t restaur par la World Cinema Foundation, que
    Martin Scorsese vient de crer et qui vise  restaurer des
    chefs-d'oeuvre "ngligs" du patrimoine mondial, pour beaucoup hors
    Etats-Unis : des "films clbres qui ne sont plus projets et dont il
    n'existe pas de vido ou des films inconnus  dcouvrir".
 
    C'est la dernire tape du combat que le ralisateur de Raging Bull
    mne depuis plus d'un quart de sicle pour la prservation du
    patrimoine cinmatographique. En 1979, il est le premier  lancer un
    cri d'alarme face  la dgradation des ngatifs dtenus par les grands
    studios. En 1990, il cre avec d'autres grands d'Hollywood (Clint
    Eastwood, Francis Coppola...) la Film Foundation qui se consacre  la
    restauration de classiques comme La Nuit du chasseur, de Charles
    Laughton, ou Le Fleuve, de Jean Renoir. Dans le calme d'un riad, le
    cinaste a rpondu, avec son enthousiasme habituel,  nos questions sur
    sa nouvelle entreprise cinphile.
 
    Pourquoi avoir choisi Transes comme premier film  restaurer ?
 
    La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la
    cinmathque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le
    responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film
    comptait beaucoup pour moi. J'ai trouv que c'tait une merveilleuse
    ide.
 
    La premire fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film
    La Valse des pantins, en 1981. A l'poque, on montait les films la
    nuit, et je travaillais avec la tlvision allume. Mon attention a t
    retenue par les images d'un concert, et le film est pass en boucle
    toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'tait la vie au
    Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'tait
    quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocains, pas de la
    position des classes suprieures. Je suis tomb amoureux de cette
    posie. J'ai ensuite achet la musique, et elle m'a inspir pour les
    images de La Dernire Tentation du Christ, que j'ai tourn au Maroc en
    1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie.
 
    Qu'est-ce qui vous a pouss  crer cette fondation ?
    La World Cinema Foundation s'inscrit dans le sillage de l'American Film
    Foundation, avec laquelle on a fait beaucoup de progrs pour veiller
    la conscience de ceux qui ont le pouvoir sur les films, les dtenteurs
    de droits, pour dvelopper l'ide du cinma comme culture, comme
    patrimoine. L'ide de cette fondation tait de faire travailler
    ensemble les studios et les archives de film.
 
    Le fait que cette ide pouvait se rvler rentable tait important pour
    les studios, et nous avons propos qu'ils restent propritaires de
    leurs droits, et que deux nouvelles copies soient tires pour chaque
    film, une pour eux, et l'autre pour les archives. A ce jour, 480 films
    ont t restaurs. Rcemment, nous nous sommes dit qu'il faudrait
    poursuivre cette action dans des pays qui n'ont pas les moyens de cette
    tche.
 
    Quel est son fonctionnement ?
    L'ide est de faire appel  un groupe de cinastes qui ont le mme
    sentiment, et qui peuvent chacun apporter un ou deux titres de films
    qu'ils voudraient voir restaurer. Gianluca Farinelli se met alors en
    qute du ngatif, des droits, et dtermine ce qu'il est possible de
    faire. C'est beaucoup plus compliqu qu' Hollywood, o les droits sont
    aux mains des studios. Chaque film a son histoire, et chaque
    restauration est un processus unique. Le but est aussi de lever de
    l'argent pour aider les archives des diffrents pays, leur permettre
    d'accrotre leurs capacits de stockage par exemple, ou crer des bases
    de donnes.
 
    Que vous inspire le fait qu'il y ait de moins en moins de salles en
    Afrique ?
    J'ai appris qu'En attendant le bonheur, le trs beau film du
    Mauritanien Abderrahmane Sissako, n'tait vu qu'en DVD dans son pays,
    comme Abouna, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun. Je dois aller voir
    Souleymane Ciss (le ralisateur malien de Yeelen et Waati) au Mali
    pour parler de la cration cinmatographique en Afrique. Mais pourrons
    aussi parler de l'importance de crer une salle de cinma pour montrer
    ces films. Cela ne fait pas partie des objectifs de la fondation, mais
    si nous arrivons  trouver les ngatifs et  les restaurer, alors
    l'exposition des films s'impose comme l'tape suivante. L'exposition,
    c'est d'abord les festivals, mais la salle vient juste aprs. Il nous
    appartient de soulever tous les problmes. Les rsoudre, c'est une
    autre affaire...
 
    Et le DVD ?
    L'dition DVD et la diffusion sur Internet font partie du plan, ce qui
    devrait beaucoup nous aider financirement. Mais le DVD en soi n'est
    pas un enjeu. Ce qui compte, c'est le ngatif ; le numrique ne dure
    pas.
 
 
<article-nb="2008/01/02/19-6">
<article-nb="2008/01/02/19-7">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7">  L&#38;#39;unique long mtrage de Georges Perec avait disparu depuis longtemps des crans faute de copie.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7">   
    G eorges Perec adorait le cinma. Il eut envie de faire un film 
    partir de son roman Un homme qui dort, publi en 1967. L'histoire d'un
    tudiant qui n'a plus de got  vivre, rinvente le mode d'emploi de
    son quotidien : rclusion dans une chambre, errance somnambulique dans
    la ville vue comme un ghetto. Existence au point mort, vaporation de
    tout dsir, contestation radicale de la socit,  la limite de la
    schizophrnie.
 
 
    Sans vedette (le rle de l'tudiant est tenu par Jacques Spiesser),
    coralis par son ami l'crivain Bernard Queysanne, avec une quipe de
    quatre personnes, en noir et blanc, et entirement en voix "off" (celle
    de Ludmila Mikal), Un homme qui dort, prix Jean-Vigo 1974, est
    slectionn la mme anne pour le Festival de Cannes et provoque l'ire
    du secrtaire d'Etat  la culture, Michel Guy. Il sort  Paris dans une
    salle, o il est projet durant six mois.
 
    Le film avait disparu depuis, faute d'argent pour tirer de nouvelles
    copies. Le voici en DVD avec le scnario intgral indit, et plusieurs
    documents passionnants sur Perec. "L'insolite m'attire (...), le
    spectacle insolite flamboie, ardent, pathtique, douloureux", crivait
    Georges Franju dans Positif au moment de la sortie de cette chronique
    d'un tat dpressif.
 
    Loin du Perec factieux, on peut lire dans ce voyage en chambre la
    souffrance d'une exclusion par procuration : celle de grands- parents
    et d'une mre emports dans les camps.
 
    Le film est littraire et bouleversant, les supplments qui compltent
    ce coffret constituent un dossier de premier choix sur l'crivain, d 
    Bernard Queysanne qui a interrog les proches et amis de l'auteur de Je
    me souviens, mort en 1982. Jacques Lederer, Marcel Benabou, Paulette
    Perec, Harry Mathews, Suzanne Lipinska disant la boulimie de mots de ce
    manipulateur de vocables, cet adepte de calembours et de jeux de
    langage qui avait rejoint le groupe littraire de l'Oulipo. "Longtemps,
    je me suis couch par crit", crivit-il, sous la signature d'un
    certain Parcel Mroust.
 
    Aux extraits de textes,  ces "exercices", les tmoignages font tat
    d'un homme dbord par ses fantasmes, d'un clown de charme fascin par
    Jerry Lewis, d'un anthropologue des espaces (on voque ses lieux, ses
    dmnagements et sa fameuse "dpendaison de crmaillre", ou sa
    jouissance  dnombrer, numrer les objets,  accumuler les listes et
    les inventaires en s'amusant des rapprochements de sonorits), en mme
    temps que sont suggres sa psychanalyse avec Pontalis, sa
    dtermination  se dire athe et  nier sa judit.
 
    Sans souvenirs d'enfance, cet obsd de la mmoire se dfiait de faire
    oeuvre autobiographique tout en cultivant le ressassement. Marcheur
    infatigable, il chemine, dans Un homme qui dort, "comme un messager
    porteur d'une lettre sans adresse."
      __________________________________________________________________
 
    "Un homme qui dort", de Bernard Queysanne et Georges Perec : un coffret
    de 2 DVD La Vie est belle.
 
<article-nb="2008/01/02/19-8">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8">  Akiva Goldsman a crit &#38;#34;Je suis une lgende&#38;#34;
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8">   
    L es grvistes qui affrontent les conglomrats transnationaux accordent
    rarement des entretiens dans la suite d'un palace parisien. Akiva
    Goldsman relve de cette exception. Scnariste et producteur de Je suis
    une lgende, ralis par Francis Lawrence, il vient de prendre
    connaissance des premires recettes du film, sorti le 14 dcembre aux
    Etats-Unis : 74 millions de dollars en trois jours.
 
 
    Le producteur est aux anges, le scnariste est en grve. Comme tous les
    membres de son syndicat, la Writers Guild of America (WGA), il a pos
    son crayon. "Je travaillais  l'adaptation d'Angels and Demons, la
    suite du Da Vinci Code, avec les mmes gens (l'acteur Tom Hanks, le
    ralisateur Ron Howard, le producteur Brian Grazer), mais le scnario
    n'est pas termin. J'ai arrt d'crire. Le tournage devait commencer
    en fvrier, il est report sine die, ce qui ne fait plaisir 
    personne."
 
    A 45 ans, Akiva Goldsman a une longue exprience de la condition de
    scnariste. "Il est trs difficile de passer de la toute-puissance que
    l'on ressent au moment de l'criture  l'indiffrence dont tout le
    monde tmoigne  l'gard de l'avis du scnariste, c'est pour a que je
    suis devenu producteur." Il dfend ardemment le processus trs long
    connu sous le nom de dveloppement, qui va de l'criture d'un premier
    jet  la mise en production du film.
 
    Le projet d'une troisime adaptation de Je suis une lgende, roman de
    l'crivain de science-fiction Richard Matheson, languissait depuis plus
    de dix ans  la Warner. Ridley Scott, Arnold Schwarzenegger avaient
    manifest leur intrt. Et c'est quand le studio tait sur le point
    d'abandonner le projet qu'Akiva Goldsman s'est dcid  lui donner une
    dernire chance. Il a d'abord travaill sur le scnario d'un collgue
    puis a soumis le rsultat  Will Smith. L'acteur a donn son accord 
    condition que Goldsman revoie encore une fois sa copie.
 
    "Je prends beaucoup de plaisir  l'invention d'un scnario, mais ce
    n'est pas le summum du plaisir, explique Goldsman. Je le trouve plutt
    dans la rinterprtation continuelle d'une histoire, dans le choc entre
    les ides. Il faut se dcider  abandonner son ego, se rsoudre 
    n'tre jamais grossier ou mesquin avec ses interlocuteurs. Will Smith
    et moi partageons cette thorie sur la manire de faire progresser un
    scnario : il faut toujours continuer  parler."
 
    "SE PRPARER AU FUTUR"
 
    C'est justement ce que ne font plus les studios et la WGA depuis la
    rupture des ngociations. Akiva Goldsman la regrette mais reste
    convaincu du bien-fond du combat de sa profession : "On ne peut pas
    diffuser des films en streaming sur la toile 24 heures sur 24, ce qui
    va arriver incessamment, et proposer aux auteurs une rmunration
    unique de 250 dollars. C'est de l'exploitation."
 
    Le noeud du conflit - le partage des ressources nes de la diffusion
    numrique - lui apparat comme un moteur pour le combat : "C'est une
    grve moderne. Nous mettons en pratique le vieux principe selon lequel
    ceux qui ne se souviennent pas des erreurs du pass sont vous  les
    rpter. Les scnaristes n'ont pas su anticiper l'explosion du DVD.
    Cette fois, il en ira autrement. C'est un sentiment enthousiasmant de
    se prparer au futur. Les scnaristes sont une espce qui culpabilise,
    dprime, reste sur la dfensive. Mais je suis all sur les piquets de
    grve, et les gens sont impliqus. Malheureusement, nos slogans sont
    nuls et nous les scandons affreusement mal..."
 
<article-nb="2008/01/02/19-9">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9">  Rarement les lignes de fracture ont t aussi tranches dans le cinma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9">   
    R arement les lignes de fracture ont t aussi tranches dans le
    cinma. 2007 fut l'anne des balbutiements du numrique en salles, des
    spectaculaires recompositions d'alliances dans le domaine des "cartes
    illimites", des problmes de concurrence aigus entre salles
    municipales et circuits privs.
 
 
    Au coeur de ces enjeux souvent trs conflictuels, Marin Karmitz - g
    de 69 ans -, PDG du groupe indpendant MK2,  la fois producteur et
    distributeur de films exigeants, infatigable diteur de DVD et crateur
    d'un rseau d'une soixantaine de salles parisiennes qui s'toffe depuis
    trente-cinq ans. Ce succs ne va pas sans irritations. L'homme sort de
    sa rserve habituelle. Dans son bureau parisien, o trnent sur les
    murs des photographies de Christian Boltanski et son portrait sign par
    Grard Fromanger, Marin Karmitz dfend ses opinions, tranches, sur ces
    questions d'actualit.
 
    "La question essentielle est de savoir quelle politique culturelle nous
    voulons pour la France", affirme cet homme d'affaires n  Bucarest,
    persuad que rien n'a vraiment chang depuis "la situation laisse par
    Jack Lang au dbut des annes 1990". Mais alors que les moyens des
    pouvoirs publics s'amenuisent, il dplore "qu' aucun moment personne
    n'ait dress la moindre valuation des aides verses par l'Etat, les
    municipalits ou les rgions en fonction d'objectifs qui, malgr la
    rvolution numrique, n'ont pas volu. Or les contradictions ainsi
    engendres sont devenues ingrables, et risquent de dboucher sur des
    consquences dsastreuses".
 
    Marin Karmitz pointe les dconvenues essuyes au cours de l'anne, qui,
    selon lui, justifient ses changements d'alliance au sein de la
    profession. La Ville de Paris, explique-t-il, a dcid avec le
    promoteur immobilier Apsys de dtruire le multiplexe Beaugrenelle - que
    MK2 exploitait depuis trente ans - pour en construire un autre. Or, le
    promoteur a non seulement cart MK2 au profit de Path pour sa
    reconstruction, mais il a confi un autre projet  Path - un
    multiplexe de 16 salles, sur un terrain dtenu par l'Etat, porte de La
    Villette,  Paris. Exaspr par ce qu'il considrait comme une double
    trahison, Marin Karmitz a renonc  son alliance avec Path au sein de
    la "carte illimite" Le Pass pour rejoindre, cet automne, l'offre
    concurrente d'UGC.
 
    Auteurs, ralisateurs et producteurs se sont dchans pour fustiger
    "l'opacit" de ces cartes qui permettent  leurs dtenteurs de
    frquenter un circuit de salles autant de fois qu'ils le veulent aprs
    avoir pay un forfait mensuel. Une partie de la profession redoute une
    fragilisation des salles indpendantes. La commission d'agrment de ces
    formules d'accs au cinma avait donn un avis favorable  l'alliance
    MK2-UGC, mais avait mis des craintes devant la dpendance accrue, sur
    Paris, des distributeurs de films d'auteur vis--vis des nouveaux
    partenaires, MK2 et UGC. Aussi, prudent, le Centre national de la
    cinmatographie (CNC) n'a accord  MK2 que pour dix-huit mois
    l'autorisation d'exploitation de sa nouvelle "carte illimite" au lieu
    des quatre ans lgaux.
 
    Marin Karmitz va dposer un recours contentieux contre cette dcision.
    " Le CNC m'a mis en libert surveille, estime le producteur, alors que
    l'Etat et la Ville de Paris avaient affirm qu'il s'agissait d'une
    affaire entre groupes privs. Le systme bureaucratique qui rgit
    actuellement le cinma ne concourt ni au dynamisme d'une entreprise ni
     la satisfaction des spectateurs."
 
    Autre sujet de polmique : la concurrence entre circuits privs et
    salles subventionnes. Marin Karmitz, comme Guy Verrechia, le PDG
    d'UGC, a port devant la justice un diffrend avec une salle
    municipale. UGC a dpos quatre recours. MK2 n'en est qu' son premier,
    devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, contre le projet
    d'extension de trois  six salles du cinma d'art et essai Le Mlis,
    subventionn par la mairie de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
    Des dizaines de cinastes, dont bon nombre avaient travaill avec Marin
    Karmitz, ont pris fait et cause pour le cinma municipal.
 
    "Les trois salles initiales de Montreuil ne posent pas de problme,
    affirme le PDG de MK2. En revanche, le passage  six salles
    municipales, dans un centre commercial, ne se justifie pas, car
    Montreuil n'est pas sous-quip." Le producteur juge dloyale la
    concurrence de la mairie, qui finance entirement ces salles et propose
    des tickets d'entre  trs bas prix avec une programmation proche de
    la sienne. "La moiti des sances du Mlis offrent les mmes films que
    ceux du MK2 Nation ou du MK2 Gambetta, situs  cinq minutes des salles
    de Montreuil." Le bras de fer entre Marin Karmitz et le maire de
    Montreuil, Jean-Pierre Brard (PC), se poursuit. Pour l'lu,
    "l'existence de salles de proximit en banlieue justifie un soutien
    public".
 
    Reste le passage des salles au numrique. Marin Karmitz estime cette
    mutation inluctable. Mais l'ouverture de 14 salles, forcment
    numriques, situes entre Paris et Aubervilliers a du plomb dans
    l'aile. Marin Karmitz, pourtant choisi comme exploitant sur ce site,
    vient de "renoncer  investir 30 millions dans un projet dont (il)
    n'aurait pas eu la matrise architecturale". Il prfre se concentrer
    sur ses autres mtiers. En 2007, il a mis en chantier une quinzaine de
    films en production, dont ceux d'Olivier Assayas et d'Abbas Kiarostami,
    dit une soixantaine de films en DVD et lanc une plateforme de vido
     la demande de plus de 900 titres.
 
