<FILE-date="2008/01/02/19">
<article-nb="2008/01/02/19-1">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1">  Une centaine de spectacles sont annoncs, dont beaucoup de crations. Kleist et Marlowe dominent le rpertoire.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1">   
    E n thtre, janvier ne faillit pas  sa rputation. Comme chaque
    anne, il va falloir faire des choix : une centaine de spectacles
    s'annoncent, dont beaucoup de crations, et quelques vnements.
 
    L'Italien Pippo Delbono ouvre le bal avec son nouveau spectacle, Questo
    buio feroce (Cette obscurit froce), au Rond-Point,  Paris ( partir
    du 9). Franois Mitterrand lui embote le pas. L'ancien prsident de la
    Rpublique sera reprsent sur la scne de Nanterre-Amandiers, dans
    Mitterrand et Sankara, une pice de Jacques Jouet, cre par Jean-Louis
    Martinelli (le 18).
 
 
    Puis Yasmina Reza mettra en scne sa nouvelle pice, Le Dieu du
    carnage, avec un quatuor trs choisi : Isabelle Huppert, Andr Marcon,
    Valrie Bonneton et Eric Elmosnino (au Thtre Antoine,  partir du
    25). C'est la cration la plus attendue du thtre priv parisien, qui
    n'annonce rien de fracassant.
 
    Dans un tout autre registre, le Thtre 2 Gennevilliers accueillera une
    trilogie de Jol Pommerat, Au monde, D'une seule main, et Les Marchands
    ( partir du 19). Ce sera l'occasion, pour ceux qui ne le connatraient
    pas, de dcouvrir un auteur-metteur en scne qui compte.
 
    Au rayon des contemporains, la rentre propose galement une nouvelle
    pice du Sudois Lars Noren, Dtails, mise en scne par Jean-Louis
    Martinelli  Nanterre-Amandiers ( partir du 11), la dcouverte de
    l'Allemand Falk Richter, dont Stanislas Nordey crera Sept secondes, In
    God We Trust, au Rond-Point ( partir du 18 mars), et l'entre au
    rpertoire de la Comdie-Franaise de Juste la fin du monde, de
    Jean-Luc Lagarce, dans une mise en scne de Michel Raskine ( partir du
    1er mars).
 
    Un autre auteur fait son entre au rpertoire de la Comdie-Franaise :
    Heinrich von Kleist, avec Penthsile, mise en scne par Jean Liermier
    (partir du 26 janvier). Dans le mme temps, Andr Engel mettra en scne
     l'Odon-Thtre de l'Europe La Petite Catherine de Heilbronn, elle
    aussi de Kleist ( partir du 10).
 
    Ce plaisir trop rare d'entendre plusieurs pices d'un mme auteur est
    galement offert avec Christopher Marlowe, le contemporain de
    Shakespeare, dont s'emparent deux jeunes metteurs en scne : Guillaume
    Delaveau, avec Massacre  Paris, au Thtre national de Strasbourg (
    partir du 11), et Anne-Laure Ligeois, avec Edouard II, au Festin, 
    Montluon ( partir du 15).
 
    A ct de Kleist et de Marlowe, il y a un Tchekhov (Les Trois Soeurs,
    dans la mise en scne de Patrick Pineau,  la MC2 de Bobigny,  partir
    du 7), un Brecht (Matre Puntila et son valet Matti, mis en scne par
    Omar Porras, au Thtre de la Ville,  partir du 8), un Molire
    (L'Ecole des femmes, dans une mise en scne de Jean-Pierre Vincent, 
    l'Odon-Thtre de l'Europe,  partir du 22).
 
    Trois pices de Beckett sont runies sous le titre de Fragments et
    mises en scne par Peter Brook aux Bouffes du Nord ( partir du 28
    mars).
 
    Beaucoup de ces spectacles tourneront en province, o 2008 s'annonce de
    belle tenue. A Toulouse, Laurent Pelly inaugure son mandat de
    codirecteur (avec Agathe Mlinand) du Thtre de la Cit, en mettant en
    scne Le Roi nu, d'Evgueni Schwartz ( partir du 11 janvier). Au TNP de
    Villeurbanne, Christian Schiaretti crera la version intgrale de
    Par-dessus bord, de Michel Vinaver ( partir du 8 mars). A Strasbourg,
    Stphane Braunschweig signera une mise en scne du Tartuffe, de Molire
    ( partir du 29 avril).
 
    Du ct des metteurs en scne trangers, l'Allemand Thomas Ostermeier
    sera au Thtre national de Chaillot avec Le Songe d'une nuit d't, de
    Shakespeare (en allemand,  partir du 31 janvier). Les autres viendront
    plus tard. Le Hongrois Tamas Ascher prsentera deux spectacles : l'un
    dans sa langue natale, Ivanov, de Tchekhov,  l'Odon-Thtre de
    l'Europe ( partir du 22 mai), l'autre en franais - Figaro divorce, de
    Horvath, qui fera son entre au rpertoire de la Comdie-Franaise, 
    partir du 31 mai.
 
    Le Polonais Krzysztof Warlikowski reprendra, au Rond-Point, Angels in
    America, de Tony Kushner (en polonais,  partir du 13 mai), qui a t
    prsent au Festival d'Avignon, en 2007. Et c'est en mai toujours
    qu'aura lieu un des vnements marquants du dbut 2008 : l'anniversaire
    de 1968, au Thtre national populaire de Villeurbanne.
 
    Au cours de quatre jours (les 22, 23, 24 et 25) de discussion, les
    "anciens" et les "nouveaux" du thtre se runiront pour confronter la
    "Dclaration de Villeurbanne" de mai 1968  l'tat des lieux de la
    culture aujourd'hui. Tout un programme.
 
<article-nb="2008/01/02/19-2">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2">  Jean-Christophe Maillot moins inventif qu&#38;#39; l&#38;#39;ordinaire.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2">   
    R ares sont les chorgraphes qui ont pris d'assaut le mythe de Faust.
    Roland Petit , Maurice Bjart (1964 et 1975), George Balanchine
    , Franois Verret  et Robyn Orlin  ont tent leur
    chance, extirpant du fameux pacte avec le Diable des versions
    radicalement contrastes.
 
    C'est au tour de Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de
    Monte-Carlo, de se mesurer  ce conte populaire allemand, immortalis
    par la version littraire qu'en offrira Goethe, en 1806.
 
 
    Trois actes dans la Faust-Symphonie  de Franz Liszt, interprt
    sur scne par l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, dterminent
    les trois personnages principaux autour desquels se cristallise
    l'action. Faust (Asier Uriagereka), Marguerite (Mimoza Koike), la fille
    sduite et abandonne, Mphisto (Jrme Marchand) composent un triangle
    fatal.
 
    S'y adjoint, en joker implacable, la figure vorace et rdeuse de la
    Mort (Bernice Coppieters), particulirement prsente dans le spectacle
    comme le rappel d'une situation plie d'avance. Marguerite mourra.
    Faust aussi, qui donnera son me, monnaye contre la jeunesse ternelle
    et le plaisir, au trop sduisant Mphisto.
 
    Les motifs les plus visibles, les plus faciles  mettre en scne du
    scnario faustien, comme l'attrait du sexe, l'amour romantique, la
    solitude de Marguerite et son dsespoir, trouvent dans la vision de
    Maillot une traduction visuelle efficace. Aprs un premier acte assez
    confus, la mise en place du quatuor s'opre, relanant sans fin les ds
    d'un jeu pip mais rduisant le propos philosophique  des scnes de
    conflit, des pas de deux tiraills.
 
    SENSATION DE FLOTTEMENT
 
    Les soubresauts intimes de Faust, complexes  incarner, le destin
    terrifiant de Marguerite qui tue le fils qu'elle a eu de Faust, sont
    vacus. D'un cheveau de fils embrouills, ne reste chez Maillot qu'un
    canevas trop simple, aussi impeccablement color soit-il, en rouge,
    noir et blanc.
 
    L'esthtique de trs bon got de ce Faust, dont l'imagerie flirte
    d'abord avec la bande dessine, aplatit encore la tragdie. Le design
    pur de la scnographie (Rolf Sachs), l'lgance subtile des costumes
    (Philippe Guillotel) procurent un plaisir plastique sans rapport avec
    l'motion inconfortable attendue. Des trouvailles comme les grosses
    gouttes de sang suspendues ou l'escalier en nons blancs aveuglants que
    la Mort va escalader pour monter au ciel, restent de belles et
    luxueuses ides, un point c'est tout.
 
    La gense de cette pice explique peut-tre la sensation trange de
    flottement. En avril 2007, Jean-Christophe Maillot a mis en scne
    l'opra Faust sur la musique de Charles Gounod, au Thtre national de
    Wiesbaden (Allemagne). Il imaginait dj une suite uniquement
    chorgraphique sur une partition contemporaine de Yan Maresz. Le projet
    a capot : Jean-Christophe Maillot a persist.
 
    Dsireux de se confronter  une oeuvre symphonique, il a opt
    finalement pour la musique de Liszt. Ces obstacles ont srement
    perturb la mise  feu de la pice, qui semble curieusement contrainte,
    empche, malgr la juvnile nergie des danseurs. Beaucoup moins
    inventive du point de vue de l'criture chorgraphique que les
    spectacles prcdents de Jean-Christophe Maillot, elle peine  exploser
    les contraintes narratives du scnario. Deux Faust en un an  peine,
    n'est-ce pas tout de mme un peu trop pour un seul homme ?
      __________________________________________________________________
 
    "Faust", de Franz Liszt. Chorgraphie : Jean-Christophe Maillot. Avec
    les Ballets de Monte-Carlo. Grimaldi Forum, salle des Princes, 10,
    avenue de la Princesse-Grace, Monaco. Jusqu'au 4 janvier, 20 h 30.
    Tl. : 00377-99-99-3000. De 12  29 (enfants 8 ).
 
<article-nb="2008/01/02/19-3">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3">  Lanc, il y a dix ans,  Bruxelles, par l&#38;#39;historien isralien Elie Barnavi, le Muse de l&#38;#39;Europe (site Tour et Taxis, 86, avenue du Port) organise, jusqu&#38;#39;au 23 mars, sa troisime exposition de prfiguration, &#38;#34;C&#38;#39;est notre histoire&#38;#34;. Entretien avec l&#38;#39;historien isralien.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3">   
    L anc, il y a dix ans,  Bruxelles, par l'historien isralien Elie
    Barnavi, le Muse de l'Europe (site Tour et Taxis, 86, avenue du Port)
    organise, jusqu'au 23 mars, sa troisime exposition de prfiguration,
    "C'est notre histoire".
 
    Pensez-vous qu'un muse est ncessaire  la construction europenne ?
 
 
    L'Europe a besoin de lieux culturels, de lieux de mmoire. Elle souffre
    de ne pas s'tre impose  ses citoyens comme une ralit vivante. Elle
    n'est plus un idal. Les gens vivent l'Europe sans la pleine conscience
    de ce qui les unit. Sans doute parce qu'ils ont des cadres de rfrence
    plus puissants, comme la nation. Mais aussi parce que l'Europe
    elle-mme n'a pas su exalter les esprits. Or, en tant qu'historien, il
    est vrai ptri d'une idologie, je suis convaincu que l'Europe existe,
    qu'il y a une civilisation europenne singulire, dont des lments
    sont reprables ailleurs mais qui, tous ensemble, ne se retrouvent
    qu'ici. Nous voulons montrer que le projet politique europen ne peut
    vivre et russir que s'il s'adosse  un pass, une histoire, une
    dimension idologique.
 
    Les expositions que nous prsentons  Bruxelles, un peu  la manire
    d'un feuilleton, mettent en scne le destin de l'Europe comme une srie
    d'unifications et de ruptures. "C'est notre histoire", qui devrait
    fournir l'ossature permanente du muse, insiste sur la lente
    construction europenne depuis 1945, notamment  travers les
    tmoignages de vingt-sept personnes reprsentant les Etats de l'Union.
    Vingt-sept destins individuels, une "micro-histoire" qui indique
    clairement que l'on peut tre un acteur de cette construction
    europenne, mme  un niveau modeste.
 
    Faut-il vraiment un muse europen  Bruxelles alors qu'il y en a dj
    un  Berlin et qu'un autre est projet  Marseille ?
    L'une de nos premires initiatives, fut de crer un rseau des muses
    de l'Europe, car nous ne voulions pas donner l'impression qu'une fois
    de plus "Bruxelles" tait  la manoeuvre. Mais la coopration est
    relle. L'ide tant que chacun montre un aspect de la civilisation
    europenne. Marseille, avec son Muse des arts et civilisations
    populaires, est sans doute handicap par la richesse de ses collections
    mais finira par aboutir. Berlin s'attache  l'aspect ethnographique et
    folklorique. A Bruxelles, notre muse privilgie l'Histoire. Il doit
    montrer comment l'Europe s'est constitue au fil des sicles et
    s'installera sans doute dans le centre d'exposition de Tour et Taxis.
 
    N'est-il pas dommage que Bruxelles se prive de la grande ralisation
    architecturale qui aurait pu vous abriter ?
    Dans notre esprit, un muse est d'abord un projet culturel. On peut
    avoir un btiment magnifique, comme le Muse juif de Berlin, ou le
    Guggenheim de Bilbao qui mritent une visite en soi mais qui sont en
    fait de somptueuses coquilles vides.
 
    Sans doute, un jour, faudra-t-il un grand "geste architectural" qui,
    c'est vrai, ferait du bien  Bruxelles. Mais n'oubliez pas que notre
    projet rsulte d'une initiative de personnes issues de la socit
    civile, qui ont pris leur bton de plerin pour s'en aller convaincre
    tous les dcideurs europens, nationaux et privs, et ont t regards
    comme des hurluberlus.
 
    Que l'Europe officielle n'ait pas pris elle-mme l'initiative de crer
    un tel lieu de mmoire est significatif. Cela montre  la fois l'esprit
    dans lequel l'Union s'est btie et la peur face  des sentiments
    anti-europens qui montent.
 
    Quand faites-vous dmarrer votre ide de l'Europe ?
    A la fin des annes 1990, nous avons organis notre premier collgue
    international sur la question des frontires, et  cette occasion, j'ai
    eu le malheur, de dire une banalit : "L'Europe est ne au Moyen Age."
    Deux journalistes grecs prsents ont immdiatement lanc une campagne
    affirmant que Barnavi voulait chasser les Grecs de l'Union !
 
    J'ai d me rendre  Athnes pour rappeler que si les Grecs avaient
    effectivement donn un nom  l'Europe, ils s'en moquaient. Le continent
    n'tait pour eux qu'une notion gographique. Les Romains avaient la
    mme vision, mme s'il existait une romanit mditerranenne. L'Europe
    n'a acquis un sens que lorsqu'elle s'est replie sur ses frontires,
    sous l'influence du christianisme.
 
    Toujours est-il qu'un journaliste grec a affirm que le Muse de
    l'Europe tait une affaire vaticane et que, pour masquer cette ralit,
    la papaut avait engag un intellectuel juif. Moi ! L'affaire s'est
    solde par un compromis : nous avons commenc l'histoire de l'Europe
    ds l'Antiquit, sans trahir pour autant les cours d'histoire.
 
    Existe-t-il rellement une conscience europenne ?
    Elle est difficile  dfinir. Elle se rveille lorsque deux Europens
    se rencontrent  l'tranger... L'idologie affiche du Muse de
    l'Europe est prcisment la mise en place d'un lieu o les Europens
    pourraient retrouver leurs racines communes. Nous esprons qu'ils
    ressortiront de l avec la conviction que ce qui nous unit est plus
    important que ce qui nous divise. La vrit historique, dmontrable,
    est que l'Europe existe.
 
    On peut dire, comme Max Gallo, que cela n'intresse pas. C'est son
    droit et cela ne le disqualifie en rien comme dmocrate et comme
    citoyen. Mais nous pensons qu'il vaut mieux s'unir pour prsenter au
    monde un modle diffrent. Effacer volontairement les frontires, cder
    des morceaux de souverainet, crer un espace de paix et mettre la
    guerre hors la loi : je crois que l'humanit peut s'inspirer de cela.
 
<article-nb="2008/01/02/19-4">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4">  A la Fondation Cartier, un matre amricain du paysage.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4">   
    Q u'ils sont loin, les grands espaces des westerns ! L'Ouest amricain
    vu par Robert Adams n'a rien de flamboyant ni de spectaculaire. Cent
    cinquante petits formats noir et blanc, d'une sobrit monacale,
    s'alignent sans tapage sur les murs blancs au sous-sol de la Fondation
    Cartier,  Paris.
 
    D'un ct, une fort en lambeaux aux allures de champ de bataille. De
    l'autre, une mer silencieuse et mlancolique qui s'tale  l'infini.
    Ces oeuvres retenues et subtiles, tout en dgrads de gris, demandent -
    et mritent - qu'on s'y attarde. Car c'est le temps, autant que
    l'espace, qui est au coeur de l'oeuvre de ce matre du paysage, dont la
    Fondation Cartier accueille la premire grande exposition en France.
    "Aux Etats-Unis, les gens dmnagent tous les quatre ans. Il y rgne un
    sentiment d'phmre, explique Robert Adams au tlphone. La
    photographie est un moyen de ralentir. De sortir de la contingence."
 
 
    Robert Adams, g de 70 ans, vit au bout de l'Amrique, dans l'Oregon,
    avec sa femme, Kerstin, et son chien. Depuis quarante ans, cet ancien
    professeur de littrature conte inlassablement la dfiguration par
    l'homme de son environnement  coups d'autoroutes, d'usines et de
    lotissements. Ses images lucides et ses crits thoriques lui ont
    taill une place importante dans l'histoire de la photographie. Et
    pourtant il est peu connu en Europe o, quand on pense au paysage
    amricain, c'est plutt Ansel Adams (1902-1984) qui vient  l'esprit.
    Le clbre an avait nourri le mythe de l'Ouest sauvage avec des
    images romantiques et grandioses de canyons pittoresques, de clairires
    berces par la lune.
 
    Chez Robert Adams, la terre promise, dnature, n'est plus qu'un
    paradis perdu dont il collecte les traces et les outrages. "Ansel Adams
    a photographi l'Ouest trente ans avant moi. Il l'a montr comme une
    terre prserve..., mme quand ce n'tait plus vrai. Aujourd'hui, il
    n'y a plus un mtre carr des Etats-Unis qui ne porte la marque de
    l'homme. Les Rocheuses ne sont pas loin de ressembler  la Suisse."
 
    Pour cette exposition, le photographe a situ le point de vue prs de
    chez lui,  l'extrme ouest des Etats-Unis, l o la rivire Columbia
    se jette dans la mer. L o, il y a cent cinquante ans, l'ocan
    Pacifique a mis un terme  la course des pionniers, fermant
    dfinitivement la frontire. L'exposition, compose  partir de trois
    sries, est scinde en deux parties opposes, apparemment
    irrconciliables. A l'Est, les vestiges des dernires forts primaires,
    ventres par les coupes claires. Les images sont tragiques,
    apocalyptiques : arbres millnaires semblables  des gants dcapits,
    massifs forestiers saigns par des troues bantes, machines
    forestires quasi militaires. Ce n'est pas la srie la plus subtile
    qu'ait ralise le photographe : "Ce sont des photos de guerre ! Je ne
    pouvais pas rester indiffrent devant cette catastrophe."
 
    Ct mer, l'oeil se perd dans l'infini de l'ocan : un monde
    harmonieux, quasi intact. Seul un dessin d'enfant sur le sable ou un
    grillage tmoignent de la prsence humaine. Au fur et  mesure des
    images, l'ombre gagne les nuages et la mer. Quelques lumires
    scintillent au loin, puis le monde entier sombre dans la paix et
    l'oubli.
 
    La force de ces images sobres et quilibres tient pour beaucoup au
    talent narratif d'Adams. Le photographe, qui ne vend jamais ses tirages
    isolment, compose ses accrochages de la mme faon que ses mticuleux
    livres d'artistes, galement exposs : par glissements successifs.
    C'est l'exposition dans son ensemble qui rsume la vision duale chre 
    l'artiste, fonde sur l'affirmation du mal et sa possible rdemption.
 
    Ces termes un peu grandiloquents contrastent avec l'apparente
    neutralit documentaire de l'oeuvre. Mais c'est le paradoxe Robert
    Adams : il a beau avoir t class dans les annes 1970 parmi les New
    Topographics, ces photographes qui ont tmoign des nouveaux paysages
    urbains et suburbains par un compte rendu frontal et glac, Robert
    Adams se fait volontiers l'aptre dans ses crits des valeurs
    "traditionnelles".
 
    Contre l'ironie qui rgne en ces temps postmodernes, le photographe
    dfend le beau et la forme. Au-del de leur propos environnemental, ses
    paysages se veulent "une qute de sens au coeur de l'apocalypse" ainsi
    qu'une rflexion sur la libert humaine. Plus simplement, dit-il, "la
    photographie permet de se rconcilier avec le monde, de s'y sentir chez
    soi. Et d'y prendre ses responsabilits".
      __________________________________________________________________
 
    "On the Edge", Robert Adams. Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail,
    Paris-14^e. M^o Raspail. Tl. : 01-42-28-56-50.
    Jusqu'au 27 janvier.
 
    Rdition des livres Essais sur le beau en photographie, d. Fanlac ;
    Times Passes, d. Fondation Cartier ; En longeant quelques rivires,
    d. Actes Sud.
 
<article-nb="2008/01/02/19-5">
<filnamedate="20080102"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080102"><AAMMJJHH="2008010219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5">  &#38;#34;Les spectateurs redcouvrent le plaisir de la projection sur grand cran, alors que la piraterie avait acclr la crise de l&#38;#39;exploitation et que La Paz en tait rduite  trois salles&#38;#34;, se rjouit sa directrice.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5">   
    L a Cinmathque bolivienne se dresse sur une faille de terrain et
    surprend par l'lgance de ses lignes. A l'intrieur, une rampe en
    spirale relie les trois tages. L'esthtique moderne n'a pas t le
    seul critre retenu. L'immeuble est conforme aux normes de scurit et
    de conservation prnes par la Fdration internationale des archives
    du film, base  Bruxelles.
 
 
    De lourdes portes mtalliques et des parois en bton isolent les
    chambres, o s'entassent les botes de films qui prsentent des signes
    de dcomposition. La directrice, Vanessa de Britto, 32 ans, a fait le
    voyage  Paris pour s'assurer l'expertise des Archives du film de
    Bois-d'Arcy et de la Cinmathque franaise.
 
    Les ouvriers sont encore  pied d'oeuvre mais depuis novembre 2007, la
    programmation des trois salles de projection remporte l'adhsion du
    public. "Les spectateurs redcouvrent le plaisir de la projection sur
    grand cran, alors que la piraterie avait acclr la crise de
    l'exploitation et que La Paz en tait rduite  trois salles", se
    rjouit Vanessa de Britto.
 
    Aprs avoir tudi la gestion culturelle en Espagne, cette jeune
    cinphile a trouv la Cinmathque inacheve. Les deux animateurs de
    l'institution avaient t happs par la politique : Carlos Mesa tait
    alors le prsident de la Bolivie, tandis que Pedro Susz devenait le
    bras droit du maire de La Paz. "Pour achever les travaux, nous avons
    pris la dcision douloureuse de suspendre la programmation, longtemps
    hberge par les jsuites", rappelle M. Susz.
 
    En 2007, de nombreux Boliviens ont sombr dans le pessimisme, puiss
    par la crise politique. L'inauguration de la Cinmathque constitue un
    pari sur l'avenir. "Il s'agit du plus important investissement culturel
    jamais ralis en Bolivie", assure la directrice. Le btiment a cot 2
    millions de dollars (1, 36 million d'euros). Une somme quivalente a
    t dpense pour l'quipement et la formation du personnel. Les fonds
    proviennent de la coopration internationale, notamment de la Chine, du
    Japon et de l'Espagne. Des entreprises boliviennes ont aussi apport
    leur contribution.
 
