<FILE-date="2008/01/15/19">
<article-nb="2008/01/15/19-1">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1">  Le ralisateur tawanais Ang Lee entrane une belle espionne et un collaborateur des Japonais, en 1942, dans un tourbillon de doubles jeux.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1">      O n entend Marlene Dietrich chanter You Do Something to Me, de Cole
    Porter. On voit Tang Wei arborer le chapeau cloche pris par Greta
    Garbo. Il y a un ct Shanghai Express dans Lust, Caution, o l'hrone
    arbore de magnifiques robes  fleurs moulantes chipao et se livre  des
    scnes rotiques sans prcdent dans le cinma chinois, jouant avec la
    chair et le diable. Il est essentiellement question de l'art d'une
    femme  simuler, faire l'actrice, dans ce film d'espionnage rtro, o
    la belle tnbreuse se met  chanter un air des Anges du boulevard,
    film mythique de Yuan Muzhi .
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    "Dsir, prudence" suggre le titre, deux mots qui sonnent l'alarme,
    autant sur les liaisons dangereuses du sexe et de l'amour que sur
    celles du jeu et du rel, de l'art et de la vie. L'histoire mise en
    scne par Ang Lee, d'aprs une nouvelle d'Eileen Chang, romancire
    chinoise morte en 1995, est celle d'une jeune tudiante qui, entre
    dans une troupe de thtre amateur et pousse  se faire passer pour
    quelqu'un d'autre  des fins politiques, succombe aux vertiges du
    faux-semblant. To be or not to be, pourrait-on dire en clin d'oeil au
    film de Lubitsch, telle est sa question...
 
    Nous sommes en 1942, poque o la Chine est partiellement occupe par
    les Japonais. Wong Chia Chi s'est lie  un groupe de comdiens et
    militants du Kuomintang qui lui offrent un rle de longue haleine. Sous
    l'identit de M^me Mak, prtendue pouse d'un homme d'affaires, elle
    doit s'attirer les grces de M^me Yee, entrer dans son cercle de
    grandes bourgeoises adeptes du mah-jong.
 
    "STRATAGME DE LA BEAUT"
 
    Mthode : se servir de sa connaissance de la langue cantonaise pour
    aider M^me Yee  marchander des produits de luxe sans tre floue, dans
    un monde o fleurit le march noir, lui procurer parfums, montres, bas
    de soie. But : une fois dans la place, sduire M. Yee, chef de la
    police d'un gouvernement qui collabore avec les Japonais, afin de
    l'attirer dans un guet-apens et de l'assassiner. L'histoire est
    authentique. En 1939, une espionne servit ainsi d'appt pour le chef
    des services secrets des collabos, considr par le parti nationaliste
    comme un tratre, un certain Ting Mo-ts'un. Emmanuelle Pchenart,
    traductrice des textes d'Eileen Chang chez Robert Laffont, rappelle que
    les rcits chinois regorgent de ce type de personnage fminin, vou par
    abngation  tendre un pige  l'ennemi par le "stratagme de la
    beaut".
 
    L'astuce du film est d'entretenir paralllement deux suspenses. M^me
    Mak parviendra-t-elle  ensorceler ce flic froid, imperturbable, qui
    semble touffer d'ennui autant qu'il suinte de mfiance, et son
    organisation secrte pourra-t-elle l'liminer ? M^me Mak ira-t-elle
    jusqu'au bout de sa mission, lasse de se voir manipule par ses
    camarades de complot, et trouble par les ivresses qu'elle a
    dcouvertes dans les draps de M. Yee ? Le doute s'installe. Subit-elle
    les vnements qui entravent le crime politique, ou les provoque-t-elle
    ?
 
    LE DNI DE SOI
 
    Ang Lee joue lui aussi sur deux tableaux. Soignant d'un ct sa
    reconstitution du Shangha de la premire moiti du XX^e sicle, semant
    de l'autre des rfrences  Alfred Hitchcock, ici une affiche de
    Soupons, l une dmonstration de la difficult  trucider un homme
    (scne de tuerie au couteau digne du Rideau dchir). Mais, au-del de
    sa mise en scne, qui s'attarde sur les subterfuges par lesquels M^me
    Mak trompe ses htes (maniement du tlphone, dextrit  manoeuvrer
    les pices du mah-jong, ajustement d'une boucle de cheveux), Ang Lee
    dmontre une ncessit du travestissement des sentiments et de
    l'identit. Sign par un homme qui se dfinit comme un "faux Chinois 
    Tawan qui vit en tranger aux Etats-Unis", Lust, Caution est un film
    sur le dni de soi.
 
    C'est aussi le cinaste des amours caches, entraves par les codes
    sociaux (thme aveuglant du Secret de Brokeback Mountain). Ici, la
    question qui trouble le spectateur est celle de savoir si M^me Mak joue
    vraiment la comdie au lit. Fausse identit, mah-jong, rcrations
    sensuelles : Wong Chia Chi est entrane dans un tourbillon de doubles
    jeux ; elle joue  jouer. Et, entre les amants, les rles se
    brouillent. Elle lui avoue ne pas savoir faire semblant, tandis qu'il
    confesse tre "la putain".
 
    Assez crues, isolant un porte-jarretelles, une ceinture de cuir, des
    poils d'aisselle, ces scnes d'alcve sont peintes avec un mlange de
    tension rotique et de brutalit, chorgraphie de corps  la fois
    dominants et soumis, dans un change SM. Elle malmene, ligote, dans
    la dlicieuse confusion du "je t'aime, je te tue", et lui ferr autant
    qu'pris, ayant l'air de souffrir mille morts en jouissant. Sexe ou
    compromission politique, prudence... A ce que l'on courtise, on risque
    de s'attacher.
      __________________________________________________________________
 
    Film sino-amricain d'Ang Lee avec Tang Wei, Tony Leung, Joan Chen. (2
    h 38.)
 
 
<article-nb="2008/01/15/19-2">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2">  Un lu texan au secours des moudjahidins. Un regard drle et pertinent sur la politique trangre amricaine.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2">      A en croire Mike Nichols, c'est dans un Jacuzzi de Las Vegas que s'est
    jou le sort de la plante, ou presque. Aprs un bref prologue, La
    Guerre selon Charlie Wilson commence par le spectacle du hros,
    reprsentant dmocrate du Texas au Congrs des Etats-Unis, pataugeant
    entre quelques cratures de la nuit, discutant avec des compagnons qui
    nourrissent leurs arguments  la cocane.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Lorsque soudain l'attention de Charlie Wilson (Tom Hanks) est distraite
    par le spectacle du prsentateur Dan Rather, vtu  l'afghane,
    interviewant des combattants qui se lamentent de ne pas disposer des
    armes ncessaires pour barrer la route aux Sovitiques qui ont envahi
    leur pays. On est en 1980 et le politicien, jusqu'ici proccup surtout
    de se faire rlire, a trouv la cause de sa vie.
 
    Commenons par rendre grce  Mike Nichols de tout ce qu'il n'a pas
    fait : un film moralisateur, une vie de saint, une charge unilatrale
    contre la politique amricaine. C'est que Mike Nichols, ralisateur
    plus qu'ingal, est avant tout un ironiste, qui s'panouit dans
    l'ambigut. Le Laurat, son premier film, en est le plus bel exemple.
    Sur le fond le plus tragique qui soit (le martyre de l'Afghanistan aux
    mains des Sovitiques, la dictature militaire au Pakistan), il a donc
    ralis une comdie.
 
    La russite de ce projet tient d'abord  son interprte principal. Tom
    Hanks sait susciter la sympathie et il met ce talent au service de son
    personnage. Charlie Wilson boit, fornique, jure, et pourtant ses
    lecteurs les plus religieux continuent de voter pour lui. C'est parce
    qu'il est sympa.
 
    Mais voil ce troisime couteau de la politique amricaine prcipit
    dans la cour des grands, par la concidence d'un accs de conscience et
    de deux rencontres. Pour mener le combat qu'il a choisi, Charlie Wilson
    reoit le concours d'une milliardaire texane intgriste et d'un agent
    de la CIA.
 
    MILLIARDAIRE ET BARBOUZE
 
    Joanne Herring a les traits de la nouvelle Julia Roberts, toute en
    angles, toujours sduisante mais manifestement dangereuse. Gust
    Avratakos, un type qui se vante d'avoir aid les colonels grecs 
    pourchasser les militants de gauche, est incarn par Philip Seymour
    Hoffman. De la brutalit obscne d'Avratakos  la sduction fragile de
    Truman Capote, on dispose maintenant des deux extrmes du registre de
    Philip Seymour Hoffman.
 
    Inspir d'un livre du journaliste George Crile, le scnario qui met en
    mouvement ce trio d'lite est l'oeuvre d'Aaron Sorkin, ci-devant
    producteur et scnariste d'"A la Maison blanche". Sorkin utilise sa
    formidable connaissance des mcanismes du pouvoir amricain  rebours
    de ce qu'il faisait dans le feuilleton. La clbration de la dmocratie
    cde la place  une satire d'autant plus prcise qu'elle reste  la
    bonne distance de ses objets.
 
    Charlie Wilson est un peu corrompu, bien sr, mais aussi tout  fait
    sincre, qui sait  merveille grer son stock de faveurs  rendre o 
    demander. Ses allis, la milliardaire et la barbouze, sont de vrais
    croiss, capables aussi de fantaisie. Le spectacle d'Avratakos-Hoffman
    insultant son bureaucrate de prdilection  Langley, dans l'un des
    bureaux du sige de la CIA, rjouira tous les employs brims du monde.
 
    Ces facties n'enlvent rien  la pertinence politique du film. Un des
    interlocuteurs de Charlie Wilson, un espion isralien, s'inquite de le
    voir faire appel  l'Egypte et aux Saoudiens pour armer les
    moudjahidins afghans : "Je ne comprends pas comment un homme avec ton
    exprience n'a toujours pas compris qu'il faut regarder des deux cts
    de la rue", lui dit-il.
 
    A la fin de La Guerre selon Charlie Wilson, un peu rapidement, le film
    balaie les consquences  long terme de l'engagement amricain en
    Afghanistan : le surarmement dans la rgion, le poids accord aux
    services secrets pakistanais, le dsintrt de Washington pour la
    reconstruction du pays. A ce moment, mme Mike Nichols n'arrive plus 
    faire rire.
      __________________________________________________________________
 
    Film amricain de Mike Nichols avec Tom Hanks, Julia Roberts, Philip
    Seymour Hoffman. (1 h 45.)
 
 
<article-nb="2008/01/15/19-3">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3">  Le film d&#38;#39;Hugo Vieira da Silva vite avec bonheur toute psychologie.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3">      C 'est un carton qui l'annonce en dbut de film. Dans le cadre de
    projets ducatifs et de rducation sociale, des adolescents allemands,
    que l'on suppose " problmes", sont envoys au sud du Portugal. Il
    n'en faudra pas plus pour comprendre les raisons de la prsence des
    silhouettes mutiques errant dans des paysages de soleil et de poussire
    qui peuplent le premier film d'Hugo Vieira da Silva.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Des plans longs, parfois fixes, parfois lentement mouvants, languides
    travellings suivant un personnage dambulant, se sdimentent pour
    travailler un certain tat du spectateur, entre l'intrt, le
    vagabondage mental et une sorte de fascination hypnotique.
 
    La poigne d'individus qui constituent les protagonistes du film,
    Katrin, Julia et Pedro, relvent de la catgorie "adolescents
    d'aujourd'hui". Taciturnes, amorphes, avachis ou tranant les pieds -
    c'est le sentiment d'un certain vide existentiel qui s'impose.
 
    PULSION INFERNALE
    Cette absence au monde pourrait superficiellement agacer si elle
    n'tait pas la manifestation moderne d'une mlancolie profonde et
    contemporaine. C'est l'clatante qualit du film d'Hugo Vieira da Silva
    que de proposer cette hypothse, gnreuse et inattendue  la fois. La
    beaut des corps adolescents  la fois relchs et en transe, la
    pulsion infernale de la bande-son, l'abandon apparent des silhouettes
    dansantes pourraient tre ainsi une manire de figuration plastique du
    spleen gnral. De quel mal du sicle s'agit-il ? Body Rice vite avec
    bonheur toute psychologie. On ne saura  peu prs rien de la vie, des
    antcdents et des problmes personnels des personnages.
 
    La pure extriorit de la mise en scne et des partis pris retenus de
    la narration ouvre le film vers des abmes plus vertigineux. Le
    gnrique du film est constitu d'images noir et blanc de Berlin et du
    Mur, provenant de 3 302, de Christoph Dring, un film underground de la
    fin des annes 1970. Le parcours de ces adolescents dessine un paysage
    mental dsaffect, celui d'une Europe d'aprs l'Histoire, en qute d'un
    destin pour l'instant introuvable.
      __________________________________________________________________
 
    Film portugais d'Hugo Vieira da Silva avec Sylta Fee Wegmann, Alice
    Dwyer, Andr Hennicke. (2 heures.)
 
 
<article-nb="2008/01/15/19-4">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4">  Le plus gros succs de l&#38;#39;anne 2007 en Allemagne souffre d&#38;#39;une surenchre de pathos.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4">      U ne clbre marque de cacahutes avait invent jadis un personnage
    pour les besoins de sa rclame. Cet individu, nomm "M. Plus",
    incarnait un argument de vente trs simple, consistant  en rajouter
    une bonne dose au contenu de la marchandise. La formule a depuis fait
    flors dans d'autres domaines, du cinma (le blockbuster comme produit
    plus)  la politique (travailler plus pour gagner plus). On se
    cantonnera au premier de ces domaines en prcisant que Chris Kraus, le
    ralisateur de Quatre minutes (plus gros succs de l'anne 2007 en
    Allemagne), s'inscrit dans la droite ligne de cette philosophie, non
    pas tant par la dbauche des effets que par le rajout immodr de la
    psychologie et du pathos.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    POURQUOI PAS
 
                                                              
 
 
 
    Son film, logiquement distribu chez nous par le "M. Plus" du cinma
    franais Luc Besson, raconte l'histoire d'une rencontre surprenante et
    d'une rdemption plus stupfiante encore. Une jeune dtenue
    hyperviolente, emprisonne pour meurtre, y est confronte  une vieille
    professeur de piano trs digne, travaillant dans l'institution, qui a
    dtect en elle la marque du gnie et veut la prsenter au concours du
    Conservatoire. L'essentiel du film tient videmment  la manire, riche
    en pripties, dont ces deux femmes que tout oppose vont s'apprivoiser,
    et mme, plus tonnamment, finir par s'unir dans leur opposition
    respective  la violence normative de la socit allemande.
 
    On aurait a priori tendance  penser que cette histoire un peu tire
    par les cheveux mais somme toute acceptable pour les besoins du
    romanesque se suffit amplement  elle-mme. On aurait tort. Car Chris
    Kraus, non content de signer une mise en scne inutilement manire
    (image phosphorescente, prises de vue acrobatiques...), ne cesse de
    rajouter  cette trame exceptionnelle des couches narratives qui ne
    sont pas moins pimentes et finissent par provoquer l'indigestion.
 
    Retours en arrire rguliers vers la priode nazie, vocation
    sulfureuse d'une liaison homosexuelle, viol commis sur une mineure par
    son beau-pre : autant d'lments qui prtendent enrichir la texture et
    la profondeur du rcit, et qui le plombent non sans une certaine
    complaisance.
 
    Autant dire que ce film ne cesse de dmentir la leon morale qu'il
    prtend administrer, telle que l'illustre le morceau de bravoure final,
    au cours duquel la jeune femme livre, devant le jury du Conservatoire,
    une dconstruction rageuse et inspire de la discipline et de
    l'harmonie pianistiques. Quoi qu'il en paraisse, ce n'est donc pas avec
    ce genre de film que s'exerce le sens de la libert et de
    l'insubordination du jeune cinma allemand.
      __________________________________________________________________
 
    Film allemand de Chris Kraus avec Monica Bleibtreu, Hannah Herzsprung,
    Sven Pippig, Richy Muller, Jasmin Tabatatai. (1 h 52.)
 
 
<article-nb="2008/01/15/19-5">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5">  Les festivals et l&#38;#39;action ducative sont inquiets.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5">      C ela ressemble  un jeu de chaises musicales. Destine  redonner de
    l'oxygne au spectacle vivant dans un contexte financier tendu, la
    rallonge budgtaire de 34,8 millions d'euros, promise par le ministre
    de la culture et de la communication (Le Monde du 17 dcembre 2007),
    devra finalement tre partage avec le cinma. Les principales victimes
    des arbitrages budgtaires en 2008, comme les petits festivals et les
    actions ducatives, pourraient rcuprer 5 millions d'euros sur ce
    total.
 
 
    Pas de quoi rjouir le spectacle vivant, pour lequel cette rallonge ne
    suffisait dj pas  compenser le "gel" de 6 % de l'ensemble des
    crdits de la culture dans le budget 2008. "Si nous sommes solidaires
    du cinma dans cette enveloppe, il faut que l'Etat trouve de l'argent
    supplmentaire", commente Franois Le Pillour, prsident du Syndicat
    des directeurs de scnes subventionnes (Syndeac).
 
    L'intgration du secteur cinmatographique  la rallonge budgtaire qui
    ne lui tait initialement pas destine est une premire rponse de la
    Rue de Valois  la menace de forte baisse des crdits dconcentrs
    accords par les directions rgionales des affaires culturelles (DRAC).
    Celle-ci inquite les organisateurs de festivals, les associations
    rgionales de cinma et les associations lies  l'ducation
    artistique, notamment en milieu scolaire.
 
    Vendredi 11 janvier, la salle du cinma Saint-Andr-des-Arts,  Paris,
    tait pleine  craquer de ralisateurs (Nicolas Klotz, Nicolas
    Philibert, Lucas Belvaux...), de producteurs, de distributeurs et de
    reprsentants des associations, souvent rgionales, qui travaillent
    dans les petites structures lies au cinma, pour raffirmer  quel
    point "toute baisse du soutien de l'Etat menace la diffusion culturelle
    du cinma" et serait "catastrophique pour l'ensemble de la filire".
    Leur ambition : "redonner un sens  la part non rentable" du cinma.
 
    PROFESSION DE FOI
 
    Le ministre apporte une seconde rponse aux problmes budgtaires des
    festivals : une trentaine parmi les plus importants, comme ceux de
    Marseille (documentaire), de Clermont-Ferrand (courts mtrages),
    d'Annecy (animation), de La Rochelle (films internationaux), seront
    dsormais financs exclusivement par le Centre national de la
    cinmatographie (CNC).
 
    Grce  la taxe supplmentaire applique aux nouveaux distributeurs de
    tlvision, comme les fournisseurs d'accs  Internet, le fonds de
    soutien du CNC augmente. 1,5 million d'euros servira  maintenir le
    financement de ces gros festivals. L'incertitude reste entire pour des
    centaines d'autres petits festivals, dont le sort demeure li  celui
    des DRAC.
 
    Dans ce climat houleux, le ministre de la culture cherche  calmer le
    jeu et affirme que l'ducation au cinma reste une priorit. Malgr
    cette profession de foi, aucune rallonge budgtaire dans ce secteur
    n'est envisage avant 2009. Et l'assurance de la Rue de Valois que les
    budgets 2008 seront quivalents  ceux de 2007 ne suffit pas  rassurer
    les professionnels.
 
<article-nb="2008/01/15/19-6">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6">  Repris en salles, le documentaire de Jack Hazan reste un portrait fascinant du peintre britannique.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6">      E n 1972, David Hockney peint une de ses toiles les plus clbres,
    Portrait of an Artist, dans laquelle il reprsente la scne suivante :
    pench au bord d'une piscine, sur fond de montagnes verdoyantes, un
    jeune homme vtu d'une veste rose s'abme dans la contemplation d'un
    nageur qui avance dans sa direction. Figure du pop art, le peintre
    britannique, n en 1937, fait alors de frquents sjours en Californie.
    Quelques mois plus tt, il a fait la connaissance de Jack Hazan, un
    jeune cinaste -  qui l'on devra Rude Boy, un film qui fera date sur
    les Clash - qui le convainc de lui ouvrir sa vie pour qu'il en fasse un
    film.
 
 
    Prsent  Cannes en 1974,  la Semaine de la critique, puis
    rcompens, la mme anne, par le Lopard d'argent au Festival de
    Locarno, A Bigger Splash - dont le titre est emprunt  une autre toile
    de l'artiste - s'ouvre juste aprs l'achvement de Portrait of an
    Artist, pour ensuite remonter le temps jusqu'en 1971. Il progresse
    alors chronologiquement pour retracer son cheminement d'une oeuvre 
    une autre, tout en offrant un reflet du Londres du dbut des annes
    1970 et du vent libertaire qui soufflait alors dans les milieux de la
    cration. Au moment de sa sortie, le film fut d'ailleurs interdit par
    la censure britannique - notamment en raison d'une scne d'amour entre
    deux hommes -, avant d'tre autoris aux plus de 15 ans. En France, sa
    sortie en salles fut assortie d'une interdiction aux moins de 18 ans,
    qui a perdur jusqu'en 2002, quand il a obtenu un visa "tous publics".
 
    EBLOUISSANT JEU DE MIROIRS
 
    Fascinante vocation du geste artistique, A Bigger Splash est n d'une
    intuition. En 1970, quand il a dcouvert la peinture d'Hockney, Jack
    Hazan s'est dit : "C'est gnial. Je pourrais juxtaposer les personnes
    et leur portrait. C'taient des doubles portraits. Il y avait une
    espce de tension au sein mme des tableaux." Conu comme la chronique
    de la fin d'un amour entre Hockney et son jeune amant Peter Schlesinger
    (l'homme  la veste rose de Portrait of an Artist), son film fonctionne
    comme un blouissant jeu de miroirs sans fin entre l'art et la vie,
    entre la fiction et le documentaire.
 
    Tourn sur les lieux de vie de David Hockney, A Bigger Splash met en
    scne des personnages dans leur propre rle, sans pour autant les
    filmer de manire documentaire. La plupart des scnes trouvent leur
    origine dans une proposition ne de l'imagination d'Hazan, mais se
    poursuivent sur un mode improvis, par lequel la ralit se reconstitue
    artificiellement.
 
    Baign dans une musique envotante et une lumire sophistique qui
    contribuent  donner au film une tonalit tragique, voire des accents
    de thriller, A Bigger Splash met sur le mme plan les mthodes de
    travail du peintre, ses relations avec ses proches, ses tats d'me, et
    saisit ainsi, avec une rare acuit, la manire tortueuse dont peut
    s'engendrer la cration. L'absence de transition entre des squences,
    apparemment autonomes, donne au film une allure de patchwork qui voque
    les collages photographiques  partir desquels Hockney construit ses
    peintures, Portrait of an Artist est ainsi n de la juxtaposition
    fortuite de deux photographies prises  des poques et dans des lieux
    diffrents.
 
    Trente-quatre ans aprs sa prsentation  Cannes, alors que le genre
    "biopic" est en pleine floraison, la redcouverte de ce film rvle son
    moment fondateur, en mme temps que son expression la plus aboutie. En
    se focalisant, comme le fit rcemment Bennett Miller dans Capote, sur
    un court segment de la vie de l'artiste, Hazan a peru et restitu une
    part du mystre, de la vibration mlancolique qui court le long des
    piscines bleues et de la froide architecture californienne qui ont fait
    la rputation de David Hockney.
      __________________________________________________________________
 
    Film britannique de Jack Hazan avec David Hockney, Peter Schlesinger,
    Celia Birtwell, Henry Geldzahler. (1 h 40.)
 
<article-nb="2008/01/15/19-7">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7">  Un palmars priv de crmonie par la grve des scnaristes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7">      V ue de Paris, la remise des 65^e^s Golden Globe Awards  Los Angeles,
    dimanche 14 janvier, fait figure de triomphe pour le cinma franais :
    le trophe de la meilleure actrice dans une comdie ou un film musical
    est all  Marion Cotillard, pour son interprtation d'Edith Piaf dans
    La Mme, d'Olivier Dahan ; Le Scaphandre et le papillon, film franais
    de l'Amricain Julian Schnabel, l'a emport dans les catgories
    meilleur film tranger et meilleur ralisateur.
 
 
    Mais  Hollywood, cette distribution des prix dcerns par
    l'association de la presse trangre  Hollywood restera comme celle de
    la grve des scnaristes. Aprs que leur syndicat, la Writers Guild of
    America (WGA), eut menac de former des piquets  l'entre d'une
    ventuelle crmonie, les acteurs ont renonc  assister  la remise
    des prix et les organisateurs ont d transformer cette rptition
    gnrale des Oscars en simple confrence de presse. Jointe au tlphone
     Los Angeles, Marion Cotillard ne regrette pas le rituel d'une
    crmonie traditionnelle : "J'ai pu vivre ce moment au milieu de tous
    les gens avec qui je travaille au jour le jour, en France comme aux
    Etats-Unis, des gens qui n'auraient pas forcment pu assister avec moi
     la crmonie", explique-t-elle.
 
    Le grand vnement mondain a clat en dizaines de ftes prives
    improvises par les vainqueurs du jour, rapporte la presse de Los
    Angeles. L'actrice franaise a appris sa victoire dans sa chambre
    d'htel, devant sa tlvision. La chane NBC, partenaire des Globes,
    avait produit avec sa rdaction une mission de deux heures pour
    combler le vide laiss par l'annulation de la crmonie, pendant que
    plusieurs chanes cbles retransmettaient en direct la confrence de
    presse organise par l'association de la presse trangre.
 
    Les autres grands vainqueurs de la soire sont Reviens-moi, de Joe
    Wright, laurat du prestigieux prix du meilleur film dramatique, et
    Sweeney Todd, de Tim Burton, et Non, ce pays n'est pas pour le vieil
    homme, de Joel et Ethan Coen.
 
    Le producteur de La Mme, Ilan Goldman, rest  Paris, estime que ce
    trophe "obtenu aux Etats-Unis par une actrice qui a travaill en
    franais" fait "entrer le film dans l'histoire" mais ne changera pas sa
    carrire, dj trs avance dans le monde entier. Le succs de son
    actrice lui fait regretter plus encore que La Mme n'ait pas t choisi
    pour reprsenter la France  l'Oscar du meilleur film tranger, puisque
    Persepolis lui a t prfr. Le producteur estime que la commission
    charge de ce choix n'a pas retenu "le candidat qui avait le plus de
    chances de gagner".
 
    A Hollywood, l'absence de crmonie a suscit des ractions assez
    vives. L'impact mdiatique des Golden Globes a t plus fort que jamais
    : il s'agissait de la premire preuve de force publique entre
    grvistes et studios. L'inquitude est vive  l'approche des Oscars,
    prvus le 24 fvrier et dont la crmonie risque d'tre annule.
    Richard Zanuck, le producteur de Sweeney Todd, a dclar au Los Angeles
    Times son "indignation", estimant que la grve provoquait "des dgts
    de plus en plus graves".
 
<article-nb="2008/01/15/19-8">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8">  Les couleurs du film fantastique de Dario Argento sont restaures.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8">      E n mai 2007, trente ans aprs sa sortie dans les salles franaises, le
    film Suspiria a t prsent, dans une copie numrique restaure, au
    Festival de Cannes, dans la section Cannes Classic. Son auteur, Dario
    Argento, y voit un signe : "J'ai toujours t davantage reconnu en
    France qu'en Italie, o mes films ont peut-tre t des succs publics
    mais pas critiques. Et la restauration du film a t faite 
    l'initiative d'une socit franaise." Cette version restaure sert de
    base au superbe DVD dit par Wild Side.
 
 
    Avant Suspiria, Dario Argento s'tait rendu clbre pour avoir rajeuni
    le thriller d'angoisse transalpin, le giallo, mlange d'rotisme
    malsain, d'angoisse et de violence explicite. Son premier film,
    L'Oiseau au plumage de cristal , relevait de ce genre et fut un
    succs. En 1977, Suspiria est un pari audacieux. Aprs quatre thrillers
    et une comdie historique, Argento aborde, pour la premire fois, le
    fantastique pur avec une sanglante histoire de sorcires.
 
    L'actrice Daria Nicolodi, alors compagne du cinaste, crit le
    scnario. Pourquoi avoir install une dynastie de sorcires dans une
    cole de danse ? "Pour mon premier film d'horreur fantastique, j'ai
    prfr la sorcellerie, rpond Argento. L'sotrisme est une culture
    trs intressante. Le diable ne m'a jamais fascin. C'est un personnage
    plus rustique, moins passionnant."
 
    Le cinaste veut se rapprocher du conte de fes, reconstruire un
    expressionnisme en couleurs, retrouver l'irralit chromatique de
    Blanche-Neige et les sept nains, de Walt Disney, tout en dpassant les
    limites de la violence gore. Il fait alors, contre toute logique, appel
    au chef oprateur Luciano Tovoli. Celui-ci se souvient : "A l'poque,
    je relevais d'une cinmatographie italienne qui n'est pas du genre film
    d'pouvante ou thriller, Antonioni, Zurlini, Ferreri. Quand Argento m'a
    appel, j'ai d'abord refus. J'avais des prjugs que, heureusement, je
    suis arriv  dtruire, grce  Argento."
 
    PORT EN TRIOMPHE
 
    Pour mener  bien leur entreprise, les deux hommes cherchent le support
    idal et finissent par arrter leur choix sur un stock de vieilles
    pellicules Technicolor. Suspiria sera le dernier film ralis avec ce
    support qui exige que chacune des couleurs soit dveloppe sparment.
    "J'ai t forc de me restreindre en fonction du stock de pellicules
    que nous avons trouv, raconte Argento. On a donc fait beaucoup de
    rptitions en ne tournant que lorsque c'tait parfait."
 
    Le voyage initiatique de Suzie (Jessica Harper, qui vient alors de
    tourner dans Phantom of the Paradise, de Brian De Palma), situ dans
    une Allemagne de cauchemar, devient entre les mains d'Argento une
    exprience sensorielle unique, une transe dclenche par une symphonie
    de bruits (le groupe rock Goblin compose la musique) et de couleurs,
    dtache de toute psychologie et de tout naturalisme.
 
    En 1978, au Festival du film fantastique du Grand Rex,  Paris, les
    fans portent le ralisateur en triomphe, comme le rappelle l'un des
    supplments du DVD. La restauration de la copie a t supervise par
    Luciano Tovoli. Il a corrig numriquement les dfauts du ngatif
    original, qui tait assez dgrad. Le rsultat ne renvoie pas
    exactement  l'oeuvre telle qu'elle a t projete  sa sortie, comme
    le reconnat le chef oprateur : "J'ai reu des lettres de fanatiques
    de Suspiria avec lesquels je suis en correspondance depuis vingt ans
    qui taient mcontents. Je les comprends, ce n'est pas une copie
    Technicolor, c'est une copie numrique qui a un autre type de qualit."
 
    Sur les crans LCD ou plasma, le rouge sanguinolent et le bleu
    vertigineux de Suspiria gardent le pouvoir subjuguant qu'ils avaient,
    il y a trente ans, sur les toiles blanches.
      __________________________________________________________________
 
    Suspiria, de Dario Argento, un double DVD Wild Side.
 
<article-nb="2008/01/15/19-9">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9">  L&#38;#39;acteur rput au cinma ou dans la vie relle pour ses rles de teigneux signe avec son quatrime long mtrage une histoire qui lui ressemble,  rebours d&#38;#39;une Amrique conformiste.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9">      L a couverture du livre tait trop belle pour ne pas tre utilise
    immdiatement : la photo en noir et blanc d'un bus, en pleine nature, 
    moiti recouvert par la neige. Puis le titre, Into the Wild, incrust
    en majuscules sur le clich, comme si les lettres faisaient partie du
    paysage. Ds le premier coup d'oeil, Sean Penn savait qu'il porterait 
    l'cran le rcit du journaliste Jon Krakauer. "Mon sang n'a fait qu'un
    tour. Je pensais en faire ma lecture du week-end, mais les images sont
    venues avec les mots. Je devais l'adapter." Cet impratif s'appuie sur
    un besoin. Une affirmation de Sean Penn se ponctue toujours avec une
    cigarette allume.
 
 
 
 
           Parcours
 
 
 
    1960
    Naissance  Santa Monica (Etats-Unis).
 
    1981
    Premier rle au cinma dans "Taps", d'Harold Becker.
 
    1991
    Ralise son premier film, "Indian Runner".
 
    2002
    Se rend en Irak quelques mois avant l'intervention amricaine.
 
    2004
    Oscar du meilleur acteur pour "Mystic River", de Clint Eastwood.
 
    2008
    Sortie, le 9 janvier, d'"Into the Wild", le quatrime film qu'il
    ralise.
 
                                                              
 
 
 
    Best-seller aux Etats-Unis, Into the Wild (Presses de la Cit, 312 p.,
    19 euros) relate un fait divers qui a dfray la chronique. En 1992, le
    cadavre d'un jeune homme, Christopher McCandless, tait dcouvert dans
    un bus abandonn en Alaska, loin de tout lieu habit. Ce dernier, fils
    de bonne famille, frachement diplm de l'universit, avait tourn le
    dos  une brillante carrire professionnelle et rompu tout contact avec
    sa famille pour sillonner, sous un nom d'emprunt, le sud des Etats-Unis
    avant de s'installer au coeur de l'Alaska.
 
    Sean Penn avait dj prouv un tel coup de foudre pour une autre
    couverture de livre. Celle du Chant du bourreau (Robert Laffont, 1980),
    de Norman Mailer, un document consacr  Gary Gilmore, le seul condamn
    dans les annales de la justice amricaine  avoir demand, en 1977, la
    peine capitale  sa propre encontre. Aussi nigmatique que celle
    figurant en couverture d'Into the Wild, la photo du Chant du bourreau
    montre un champ noirci par le crpuscule, un ciel rougi par le soleil
    couchant, et des poteaux tlgraphiques qui s'tendent  perte de vue.
    Il est facile d'y voir avec le recul ce qu'y a puis Penn. Cette vision
    d'une americana dserte et hante est devenue la signature visuelle de
    ses quatre films : Indian Runner , Crossing Guard , The
    Pledge  et Into the Wild (sortie le 9 janvier).
 
    L'itinraire d'un jeune homme refusant, comme dans Into the Wild, le
    confort d'une socit prospre pour retourner  l'tat de nature devait
     l'vidence fasciner un acteur qui n'a jamais rien fait comme tout le
    monde. Opposant dclar  George Bush, Sean Penn prend un malin plaisir
     visiter les pays placs sur la liste noire du prsident amricain.
    L'acteur s'est ainsi rendu en dcembre 2002 en Irak, juste avant
    l'invasion amricaine. Puis de longues semaines en Iran, voyage dont il
    a donn un rcit dtaill dans un reportage, publi en 2005 dans le San
    Francisco Chronicle. Le ralisateur d'Into the Wild se trouvait en aot
    2007 au Venezuela, o il a rencontr le prsident Chavez.
 
    L'entourage direct de Penn est, depuis toujours, tranger au
    show-business et se compose en grande partie d'crivains. Parmi eux, le
    dramaturge David Rabe et Charles Bukowski, qui a tenu, jusqu' sa mort,
    en 1994, un rle de pre spirituel pour le comdien. "Lui et sa femme
    ont t comme des parents. Nous tions trs souvent ensemble, c'tait
    dans les annes 1980, et ils ont rempli un manque." On ajoutera aussi
    le romancier Harry Crews, qui apparat brivement dans Indian Runner,
    et dont Penn avait tent d'adapter Le Roi du K.O. (Gallimard, 1999),
    l'histoire d'un boxeur qui se met K.O. tout seul dans les botes
    underground de La Nouvelle-Orlans.
 
    "Crews est le pote des marges. Sa langue me hante", reconnat Penn.
    Comme celle de Jon Krakauer dans Into the Wild. Il a d'abord entendu
    des sons, puis des murmures. Et ces murmures faisaient cho  un autre
    point crucial du livre. "L'itinraire de Christopher McCandless est
    ponctu par ses lectures : L'Appel de la fort, de Jack London, La Mort
    d'Ivan Ilitch, de Tolsto, Le Docteur Jivago, de Boris Pasternak.
    L'ide d'un voyage  travers un espace comme  travers les livres me
    sduisait puisque c'est ainsi que j'envisage une existence : parmi les
    livres."
 
    Choisir un livre est une dmarche rcente chez lui. Auparavant - avant
    d'atteindre la quarantaine -, il attendait davantage que les livres
    viennent  sa rencontre. C'est ainsi que s'tait mont The Pledge. A la
    recherche d'un roman policier susceptible de donner envie  Jack
    Nicholson, la star de son prcdent film, Crossing Guard, de
    retravailler avec lui, Penn s'tait vu proposer par son producteur La
    Promesse (Albin Michel, 1990), de Friedrich Drrenmatt. "Chaque tape
    de ma vie correspond  la lecture d'un livre. J'ai commenc par
    Salinger, puis Dostoevski. Crime et chtiment m'a hant. Les
    monologues de Raskolnikov sur la raison et la folie ont jou un rle
    dcisif dans ma carrire d'acteur."
 
    L'effet Dostoevski, avec cette fascination pour la psych torture
    d'un criminel qui l'accompagne, a aurol d'un astre malfique la
    carrire du comdien Sean Penn. Il s'est longtemps conduit en enfoir.
    A l'cran, s'entend. Ses rles dans Comme un chien enrag, de James
    Foley, Outrages et L'Impasse, de Brian De Palma, La Dernire Marche, de
    Tim Robbins, ou Mystic River, de Clint Eastwood, ont contribu 
    faonner la lgende d'un acteur qui fascine, effraie et exaspre.
    Robert Duvall reconnaissait n'avoir accept un rle  son ct dans
    Colors, de Dennis Hopper, que pour une scne o il lui tape dessus. "Je
    devais le cogner dans un vestiaire. C'tait le rve de chaque
    Amricain. Je n'allais quand mme pas passer  ct d'une occasion
    pareille."
 
    En 1987, Penn a pass trente-trois jours en prison au pnitencier de
    Los Angeles County. Un fan, suspect de suivre de trop prs sa premire
    femme, la chanteuse Madonna, avait suscit l'ire du comdien.
    L'exprience carcrale a pris valeur d'piphanie. "Je devais choisir
    mes livres avant de subir ma peine, c'est la rgle, et je n'avais
    aucune garantie de trouver sur place ce que je voulais." Il a vit
    d'emporter les livres qui feraient mal en milieu confin. Lire Raymond
    Carver s'est rvl par exemple une trs mauvaise ide. Dcouvrir
    William Burroughs n'tait pas non plus trs opportun. Mais le
    ralisateur a vis juste avec Les Essais de Montaigne. "Je les ai lus
    en deux jours. On ne rptera jamais assez combien la prison est un
    lieu propice  la concentration, vous lisez  la vitesse de la lumire.
    Montaigne tait l'crivain idal pour conceptualiser ce qui
    m'arrivait."
 
    Avant d'aller en prison, Penn crivait de la posie. Il ne prenait la
    plume que sous l'emprise de l'alcool. En cessant de boire, il a arrt
    d'crire. Ses pomes, reconnat-il, ne valaient rien. Il a dcouvert la
    cigarette depuis, et est devenu ralisateur en chemin. On dira ce qu'on
    veut : dans son cas, le tabac ne nuit pas  la sant.
 
 
<article-nb="2008/01/15/19-10">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10">  Le cinaste, prsent au festival de Marrakech, a lanc des fondations pour prserver la mmoire du cinma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10">      I l est devenu un pilier du festival de cinma de Marrakech, au Maroc,
    qui a eu lieu du 7 au 15 dcembre. Aprs avoir reu un hommage en 2006,
    le ralisateur amricain Martin Scorsese a, cette anne, donn une
    leon de cinma et propos deux films en projection sur la place Jamaa
    El-Fna : son Aviator, qu'il a prsent avec Leonardo DiCaprio, et
    Transes, un documentaire ralis en 1981 par le Marocain Ahmed
    El-Maanouni.
 
 
 
 
           Les autres projets de la fondation
 
 
 
    Martin Scorsese a inaugur sa World Cinema Foundation au Festival de
    Cannes, en mai, avec le soutien de sponsors comme Giorgio Armani,
    Cartier et Qatar Airways. Outre le documentaire Transes, la Fondation
    restaure deux films - Limite , du Brsilien Mario Peixoto, et
    Padurea Spanzuratilor , du Roumain Liviu Ciulei. Quatre autres
    projets sont annoncs pour 2008. Un site Internet est sur le point
    d'tre lanc, qui devrait servir  collecter les dons de particuliers
    dans le monde entier.
 
                                                              
 
 
 
    Ce dernier film a t restaur par la World Cinema Foundation, que
    Martin Scorsese vient de crer et qui vise  restaurer des
    chefs-d'oeuvre "ngligs" du patrimoine mondial, pour beaucoup hors
    Etats-Unis : des "films clbres qui ne sont plus projets et dont il
    n'existe pas de vido ou des films inconnus  dcouvrir".
 
    C'est la dernire tape du combat que le ralisateur de Raging Bull
    mne depuis plus d'un quart de sicle pour la prservation du
    patrimoine cinmatographique. En 1979, il est le premier  lancer un
    cri d'alarme face  la dgradation des ngatifs dtenus par les grands
    studios. En 1990, il cre avec d'autres grands d'Hollywood (Clint
    Eastwood, Francis Coppola...) la Film Foundation qui se consacre  la
    restauration de classiques comme La Nuit du chasseur, de Charles
    Laughton, ou Le Fleuve, de Jean Renoir. Dans le calme d'un riad, le
    cinaste a rpondu, avec son enthousiasme habituel,  nos questions sur
    sa nouvelle entreprise cinphile.
 
    Pourquoi avoir choisi Transes comme premier film  restaurer ?
 
    La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la
    cinmathque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le
    responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film
    comptait beaucoup pour moi. J'ai trouv que c'tait une merveilleuse
    ide.
 
    La premire fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film
    La Valse des pantins, en 1981. A l'poque, on montait les films la
    nuit, et je travaillais avec la tlvision allume. Mon attention a t
    retenue par les images d'un concert, et le film est pass en boucle
    toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'tait la vie au
    Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'tait
    quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocains, pas de la
    position des classes suprieures. Je suis tomb amoureux de cette
    posie. J'ai ensuite achet la musique, et elle m'a inspir pour les
    images de La Dernire Tentation du Christ, que j'ai tourn au Maroc en
    1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie.
 
    Qu'est-ce qui vous a pouss  crer cette fondation ?
    La World Cinema Foundation s'inscrit dans le sillage de l'American Film
    Foundation, avec laquelle on a fait beaucoup de progrs pour veiller
    la conscience de ceux qui ont le pouvoir sur les films, les dtenteurs
    de droits, pour dvelopper l'ide du cinma comme culture, comme
    patrimoine. L'ide de cette fondation tait de faire travailler
    ensemble les studios et les archives de film.
 
    Le fait que cette ide pouvait se rvler rentable tait important pour
    les studios, et nous avons propos qu'ils restent propritaires de
    leurs droits, et que deux nouvelles copies soient tires pour chaque
    film, une pour eux, et l'autre pour les archives. A ce jour, 480 films
    ont t restaurs. Rcemment, nous nous sommes dit qu'il faudrait
    poursuivre cette action dans des pays qui n'ont pas les moyens de cette
    tche.
 
    Quel est son fonctionnement ?
    L'ide est de faire appel  un groupe de cinastes qui ont le mme
    sentiment, et qui peuvent chacun apporter un ou deux titres de films
    qu'ils voudraient voir restaurer. Gianluca Farinelli se met alors en
    qute du ngatif, des droits, et dtermine ce qu'il est possible de
    faire. C'est beaucoup plus compliqu qu' Hollywood, o les droits sont
    aux mains des studios. Chaque film a son histoire, et chaque
    restauration est un processus unique. Le but est aussi de lever de
    l'argent pour aider les archives des diffrents pays, leur permettre
    d'accrotre leurs capacits de stockage par exemple, ou crer des bases
    de donnes.
 
    Que vous inspire le fait qu'il y ait de moins en moins de salles en
    Afrique ?
    J'ai appris qu'En attendant le bonheur, le trs beau film du
    Mauritanien Abderrahmane Sissako, n'tait vu qu'en DVD dans son pays,
    comme Abouna, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun. Je dois aller voir
    Souleymane Ciss (le ralisateur malien de Yeelen et Waati) au Mali
    pour parler de la cration cinmatographique en Afrique. Mais pourrons
    aussi parler de l'importance de crer une salle de cinma pour montrer
    ces films. Cela ne fait pas partie des objectifs de la fondation, mais
    si nous arrivons  trouver les ngatifs et  les restaurer, alors
    l'exposition des films s'impose comme l'tape suivante. L'exposition,
    c'est d'abord les festivals, mais la salle vient juste aprs. Il nous
    appartient de soulever tous les problmes. Les rsoudre, c'est une
    autre affaire...
 
    Et le DVD ?
    L'dition DVD et la diffusion sur Internet font partie du plan, ce qui
    devrait beaucoup nous aider financirement. Mais le DVD en soi n'est
    pas un enjeu. Ce qui compte, c'est le ngatif ; le numrique ne dure
    pas.
 
 
