<FILE-date="2008/01/15/19">
<article-nb="2008/01/15/19-1">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  En concluant un accord pour moderniser le march du travail, les syndicats et le patronat ont fait la dmonstration d&#38;#39;un relatif savoir-faire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      E n concluant un accord pour moderniser le march du travail, les
    syndicats et le patronat ont fait la dmonstration d'un relatif
    savoir-faire. Sur la forme plus que sur le fond, puisque le texte final
    ne reprsente gure la rvolution annonce du contrat de travail ou du
    droit du licenciement. Tout juste un dbut de rforme, de l'avis mme
    des dfenseurs de l'accord. Le changement n'est donc pas  chercher
    dans les rgles nouvelles qui vont rgir les relations entre le salari
    et son employeur. L'accord tmoigne d'abord d'une attitude nouvelle,
    une "maturit", selon la formule de Raymond Soubie, le conseiller
    social de Nicolas Sarkozy, des partenaires sociaux. Et, en tout premier
    lieu, des syndicats.
 
 
    Signataires ou non, tous ont voulu dire au gouvernement et  une
    opinion qui n'a pas t en empathie avec leurs actions lors du conflit
    sur la rforme des rgimes spciaux de retraite, qu'ils pouvaient
    s'atteler  des chantiers d'ampleur. Les syndicats et le patronat ont
    voulu dmontrer qu'ils savaient discuter, voire se mettre d'accord sur
    des rformes juges ncessaires. Jusqu' la CGT qui, bien qu'ayant dj
    fait savoir qu'elle ne parapherait pas l'accord, "trop dsquilibr",
    "accroissant la prcarit pour les salaris", a tenu le 11 janvier au
    soir, par la voix de Maryse Dumas,  souligner les avances opres par
    le patronat au cours de la dernire tape. En reconnaissant que le
    patronat "avait enfin boug parce que les organisations syndicales
    avaient su peser ensemble jusqu'au bout", la responsable cgtiste a
    ouvert la voie  la signature des autres confdrations, sans
    stigmatiser une suppose "tratrise" ou "volte-face" de ses homologues.
 
    Le front uni syndical, pour la premire fois depuis longtemps dans une
    ngociation, s'est maintenu et a su rester une force de proposition qui
    a, un temps, dstabilis les organisations patronales. A la diffrence
    de ce qui s'tait pass en 2003 lors de la rforme des retraites ou
    pour d'autres ngociations interprofessionnelles, la CGT a fait
    jusqu'au bout des propositions concrtes. En tmoigne le texte qu'elle
    a encore dpos le 9 janvier sur la table des ngociateurs sur la
    "rupture  l'amiable". Son secrtaire gnral, Bernard Thibault, remis
    au centre de la scne lors du conflit des rgimes spciaux, a rencontr
    la prsidente du Medef, Laurence Parisot, deux jours avant la dernire
    sance de ngociation. Et il retrouvera le ministre du travail, Xavier
    Bertrand, jeudi 17 janvier, preuve qu'il entend rester acteur de
    premier plan du dialogue social.
 
    Pour ou contre l'accord, tous les syndicats ont jou le jeu de la
    ngociation. Seule  ne pas signer, la CGT n'a pas voulu s'isoler  la
    veille de nouvelles ngociations importantes, comme celle sur la
    reprsentativit, o elle veut jouer en quipe avec la CFDT. Les deux
    principaux syndicats entendent ensemble faire valoir des rgles qui
    assoient la reprsentativit sur des rsultats lectoraux les plaant
    loin devant les autres centrales. La CGT ne veut pas prendre le risque
    de se retrouver en tte--tte avec Solidaires dans un hypothtique
    camp "radical" o elle risquerait d'tre victime des surenchres
    revendicatives des syndicats SUD. A ce titre, les grves contre la
    rforme des rgimes spciaux lui ont servi d'avertissement.
 
    Les quatre signataires - FO et la CFTC ont donn leur accord lundi, la
    CFE-CGC et la CFDT devraient suivre - font aussi preuve d'un certain
    pragmatisme. FO, en signant l'accord avec le patronat,  la diffrence
    de ce qu'il avait fait pour la convention de l'assurance-chmage, fin
    2005, indique son retour sur la scne du paritarisme. La gestion de
    l'assurance-chmage, la future rforme des retraites et, bien sr,
    celle de la reprsentativit, sont autant d'lments qui psent sur
    l'orientation de FO. Chaque syndicat a donc ses raisons pour signer et
    faire ainsi acte "constructif". Chacun a en tte les lections
    prud'homales de dcembre. Avant ces dernires, la rforme de la
    reprsentativit devra dterminer, selon une nouvelle grille de
    lecture, la place de chaque confdration dans le paysage syndical.
 
    UNE "OBLIGATION DE RSULTAT"
 
    En ce dbut d'anne, les dirigeants syndicaux connaissent par coeur
    l'agenda social trs charg que leur a propos le chef de l'Etat, lors
    de la confrence du 19 dcembre 2007. De fait, les syndicats et, dans
    une moindre mesure, le patronat ont ngoci sous la pression directe de
    l'Elyse. Absent bien sr de la table de ngociation, Nicolas Sarkozy a
    pes sur les discussions.
 
    Par ncessit de montrer au chef de l'Etat la bonne sant du dialogue
    social, par volont de maintenir le gouvernement  distance d'un sujet
     risque ou encore par lassitude de se voir convoqus sans cesse par
    l'intarissable locataire de l'Elyse, pour quelque raison que ce soit,
    les partenaires sociaux avaient une "obligation de rsultat", selon les
    mots du secrtaire gnral de la CFDT, Franois Chrque, en juillet
    2007. Tant pis, d'une certaine manire, si les rsultats ne sont pas 
    la hauteur des attentes. L'accord vaut plus par l'aboutissement des
    discussions que par son contenu.
 
    La "flexiscurit"  la franaise n'est encore qu'un patchwork de
    mesures o la flexibilit l'emporte sur la scurisation des parcours
    professionnels. A la place du contrat unique souhait un temps par le
    chef de l'Etat, les partenaires sociaux ont cr un CDD supplmentaire,
     "objet dfini". Le patronat a, d'une certaine faon, ressuscit
    l'"autorisation pralable de licenciement" par l'administration avec la
    "rupture conventionnelle", une proposition juge "cocasse" par les
    syndicats. Quant  la transfrabilit des droits d'une entreprise  une
    autre par un salari, elle reste  dfinir concrtement mme si
    certains principes en ont t arrts. Les "points durs" encore
    souligns par les syndicats  la veille de la fin des ngociations sont
    devenus des paramtres variables. Ils ont transform leurs dclarations
    volontaristes en "cela aurait pu tre pire". Ainsi que le rsume
    Jean-Claude Mailly, secrtaire gnral de FO, "le patronat considre
    qu'il a trop lch et les syndicats qu'ils auraient pu avoir plus,
    c'est un compromis".
 
    Au final, la scurisation pour les salaris est encore  construire ou,
    pour le moins,  consolider. Tous les syndicats veulent croire en des
    capacits nouvelles du patronat d'accepter de financer la future
    scurisation professionnelle. C'est un pari. Rien ne dit que lorsqu'il
    s'agira de financer des droits nouveaux pour les salaris, les
    reprsentants des chefs d'entreprise trouveront plus pertinents des
    arguments syndicaux qu'ils ont refuss jusqu' ce jour dans la
    ngociation sur la pnibilit par exemple. Au "pire", le gouvernement
    et, au premier chef, Nicolas Sarkozy - qui dit avoir fait sien le
    concept de "scurit sociale professionnelle" - devront alors presser
    les partenaires sociaux pour qu'ils se remettent autour d'une table.
 
<article-nb="2008/01/15/19-2">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  George W. Bush est arriv lundi 14 janvier en Arabie saoudite, environ une heure aprs le dpart de Nicolas Sarkozy.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      G eorge W. Bush est arriv lundi 14 janvier en Arabie saoudite, environ
    une heure aprs le dpart de Nicolas Sarkozy. Les deux hommes auraient
    pratiquement pu se croiser. C'tait curieusement la premire visite de
    l'un comme de l'autre dans ce pays. Au hasard des chanes, on
    retrouvait le mme crmonial, avec des variantes, et des commentaires
    comparables.
 
 
    Sur la chane arabe Al-Jazira, on voyait Bush descendre allgrement la
    passerelle de son norme Boeing 747 pour embrasser sur les deux joues
    le roi Abdallah.
 
    On suivait ensuite le prsident amricain, qui suivait lui-mme un
    militaire saoudien en grand uniforme tenant un sabre dress devant lui
    pendant que sonnaient les trompettes.
 
    On voyait encore George Bush tenant le roi par la main ou buvant une
    tasse de th avec lui. Un journaliste d'Al-Jazira expliquait que la
    visite du prsident amricain avait trois objectifs : signer un accord
    de ventes d'armes de 20 milliards de dollars, mettre en garde les
    Saoudiens contre le danger reprsent par l'Iran et solliciter leur
    soutien pour la recherche de la paix entre Israliens et Palestiniens.
    "Je pense qu'il serait naf de croire que les Saoudiens sont prts 
    faire ce que leur demandent les Amricains. Ceux-ci insistent pour que
    les Saoudiens reconnaissent Isral, et les Saoudiens ne veulent tout
    simplement pas le faire. Je ne vois pas les Saoudiens reconnaissant
    Isral avant que tous les problmes en suspens dans la rgion ne soient
    rgls", affirmait un expert. Comment les dirigeants saoudiens ont-ils
    reu la mise en garde concernant l'Iran ? "La monarchie saoudienne n'a
    pas pour habitude de clamer sur les toits ses sentiments et ses
    ractions", rpondait sobrement un reporter d'Al-Jazira.
 
    Dans le journal tlvis de TF1, lundi soir, on pouvait voir l'arrive
    de Nicolas Sarkozy  Riyad. Le prsident franais rappelait au roi
    Abdallah que ce dernier l'avait jadis qualifi de "cheval fougueux",
    une formule qui a manifestement plu  l'intress.
 
    Beaucoup de sabres, ensuite, comme pour Bush. Nicolas Sarkozy en
    recevait un en cadeau. "Avec ma collection de sabres saoudiens, je
    n'aurai plus aucun adversaire  ma taille", disait-il. La visite
    prenait ensuite un tour diffrent. On apercevait le prsident franais
    devant un auditoire bien clairsem d'investisseurs saoudiens
    potentiels. Des contrats ? "Je veux tirer les leons d'un certain
    nombre d'erreurs qui ont pu tre faites dans le pass, o des
    protocoles taient signs, re-signs, re-re-signs, pendant quinze ans
    parfois, sans qu' l'arrive on soit au rendez-vous", disait Nicolas
    Sarkozy.
 
    Les proccupations taient distinctes, mais voisines. A Riyad, George
    Bush pensait  Mahmoud Ahmadinejad, sa bte noire, Nicolas Sarkozy 
    Jacques Chirac, son prdcesseur.
 
<article-nb="2008/01/15/19-3">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  Un pas de plus est franchi dans la citation anonyme avec la &#38;#34;source proche d&#38;#39;un tmoin&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">      L e site Internet de L'Est rpublicain l'affirme : "Selon une source
    proche d'un tmoin ayant assist  leur union", Nicolas Sarkozy et
    Carla Bruni "se seraient maris" jeudi,  l'Elyse. C'est une premire.
    Jusqu'ici, quand elle n'osait pas prendre la responsabilit de ce
    qu'elle affirmait, la presse disait mystrieusement : "selon un membre
    de l'entourage", "selon des sources biens informes" ou, de manire
    plus subtile, "selon une source proche du dossier". Et l'on se prenait
     imaginer la source blottie contre le dossier, le dossier clabouss
    par la source...
 
 
    Un pas de plus est franchi dans la citation anonyme avec la "source
    proche d'un tmoin". Le mtier de journaliste, qui avait dj la cote
    dans l'opinion -  galit avec celui de voleur  la tire et de
    trafiquant d'alcool frelat -, va encore gagner des points.
 
    Mais revenons au sujet qui nous intresse et relance le dbat politique
    dans tous les bars (sans tabac) de France : se sont-ils maris ?
    Avons-nous de nouveau une First Lady ? Ce matin,  la caftria du
    Monde, un collgue proche d'une journaliste du service politique a
    estim devant moi que, selon une source, le mariage n'tait pas
    confirm. Je peux en tmoigner.
 
<article-nb="2008/01/15/19-4">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  La dfiance des Allemands et des Italiens  l&#38;#39;gard des statisticiens s&#38;#39;est calme, pas celle des Franais.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      "P lus personne ne croit dans les statistiques", a dclar Nicolas
    Sarkozy le 8 janvier,  l'appui du lancement d'une rflexion sur la
    mesure du produit intrieur brut (PIB) qu'il a confie  deux
    conomistes, Amartya Sen et Joseph Stiglitz. Le jugement, sans dtours,
    pose plusieurs questions : est-ce vrai ? est-ce grave ? est-ce justifi
    ? que faire ?
 
 
    Est-ce vrai ? Sur l'inflation, le pouvoir d'achat, le chmage, les
    ingalits, les Franais doutent de la fiabilit et surtout de
    l'objectivit des donnes publiques. C'est pour l'inflation que
    l'incrdulit est la plus nette. Jusqu' l'arrive des pices et
    billets en euro, la hausse des prix perue par les mnages concidait
    avec celle mesure par les statisticiens. Depuis, les deux mesures ont
    diverg : les statisticiens estiment que l'impact de l'euro a t
    ponctuel et faible, les mnages qu'il a t durable et important. Et
    c'est le cas en France plus qu'ailleurs : aprs beaucoup de
    rcriminations, la dfiance des Allemands et des Italiens s'est calme,
    pas celle des Franais.
 
    Sur les autres indicateurs, il n'y a pas eu rupture franche, mais
    monte de la suspicion. Les estimations indiquent que le pouvoir
    d'achat des mnages a augment de 3,3 % en 2007, mais le dbat public
    prend pour acquis qu'il a au mieux stagn. La mesure du chmage a fait
    polmique tout au long de l'hiver dernier, aprs que l'Insee eut
    maladroitement report l'exploitation des rsultats d'une enqute dont
    il n'tait pas sr. Les chiffres disent que les ingalits n'ont gure
    augment en France, mais les citoyens pensent le contraire. On pourrait
    multiplier les exemples : entre les perceptions et les chiffres, c'est
    effectivement le divorce.
 
    Est-ce grave ? Dans un petit livre rcent (La Socit de dfiance,
    Cepremap, 2007), Yann Algan et Pierre Cahuc ont soulign combien la
    dfiance  l'gard des autres, et  l'gard des institutions, tait
    marque en France en comparaison des autres pays dvelopps, et combien
    cela nuisait  notre efficacit collective.
 
    La suspicion  l'gard des chiffres est de mme nature. Pour prendre la
    mesure des problmes ou apprcier les effets des politiques, une
    socit volue a besoin de donnes  l'abri du soupon. En l'absence
    d'une base objective reconnue, c'est sa capacit  dialoguer avec
    elle-mme qui est en cause. Dans les annes 1970, la CGT publiait un
    indice des prix qu'elle voulait concurrent de celui de l'Insee. La
    campagne de 2007, au cours de laquelle les principaux candidats ont
    fait assaut de critiques  l'gard des chiffres, a montr que nous ne
    sommes plus trs loin de ces errements.
 
    Est-ce justifi ? Les citoyens ont motif  douter, et d'abord en raison
    de l'usage que font des chiffres ceux-l mmes qui devraient s'imposer
    une rigueur sans faille. Le ministre des finances, auquel appartient
    l'Insee, publie avec une touchante rgularit des prvisions
    conomiques subtilement optimistes et des projections budgtaires
    franchement irralistes. Certes, les initis savent o se situent les
    murailles de Chine, et quelle confiance accorder  un chiffre selon
    qu'il concerne l'anne passe ou  venir, qu'il porte l'empreinte du
    ministre ou qu'il est technique. Mais comment les Franais
    pourraient-il faire la diffrence, comment imaginer que la faible
    crdibilit des uns ne finisse pas par affecter celle des autres ?
 
    Les statisticiens ont ensuite leur part de responsabilit. En
    techniciens assurs de leur objectivit, ils sont souvent longs 
    reconnatre, derrire telle protestation apparemment mal informe, la
    ralit d'un nouveau phnomne. La controverse sur le pouvoir d'achat
    en a tmoign, qui a rvl une srie de facteurs explicatifs de
    l'cart entre mesure et perception : les salaires  plein temps ont
    progress, mais le revenu des salaris a stagn en raison de
    l'augmentation de la prcarit ; le revenu des mnages a cr, mais leur
    niveau de vie bien moins, dans une socit o ils sont de plus en plus
    souvent composs d'une seule personne ; le poids des dpenses
    contraintes (loyer, chauffage, remboursements d'emprunts) s'est accru,
    et la part disponible pour la consommation discrtionnaire a diminu
    d'autant. Les chiffres usuels n'taient pas faux, mais ils refltaient
    mal une ralit en transformation.
 
    Que faire ? Il est utile de rflchir  la mesure du PIB par tte,
    parce qu'il est loin d'tre une jauge satisfaisante du bien-tre. On
    connat dj l'indicateur de dveloppement humain de l'ONU, qui agrge
    au revenu des indicateurs de sant et d'ducation. Rcemment, Marc
    Fleurbaey et Guillaume Gaulier ont recalcul le niveau de vie des pays
    industrialiss en donnant une valeur montaire positive au loisir et 
    l'esprance de vie, ngative  la prcarit, aux ingalits et aux
    dommages  l'environnement (la "Lettre du Cepii", octobre 2006,
    www.cepii.fr). Dans le classement qui en rsulte, la France gagne des
    places ( cause du loisir) et les Etats-Unis en perdent ( cause des
    ingalits).
 
    Traduire des travaux de recherche en rforme du PIB sera cependant une
    oeuvre de longue haleine, qui n'affectera pas avant longtemps la mesure
    de la croissance. Cela ne suffira pas  restaurer la confiance dans les
    statistiques. Pour rconcilier les Franais avec leurs chiffres, mieux
    vaudrait commencer par aligner la France sur le droit commun europen,
    en garantissant juridiquement l'indpendance professionnelle de
    l'Insee, et largir, au-del des pratiques actuelles, le dialogue avec
    la socit civile sur les priorits de la statistique publique.
      __________________________________________________________________
 
    Jean Pisani-Ferry est conomiste et directeur du centre Bruegel
    (Brussels European and Global Economic Laboratory).
 
<article-nb="2008/01/15/19-5">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  Angela Merkel a mang son pain blanc. Au cours des deux premires annes de son mandat entam  l&#38;#39;automne 2005, la chancelire allemande a surf sur les rformes engages par le prcdent gouvernement rouge-vert.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      A ngela Merkel a mang son pain blanc. Au cours des deux premires
    annes de son mandat entam  l'automne 2005, la chancelire allemande
    a surf sur les rformes engages par le prcdent gouvernement
    rouge-vert. En 2007, elle s'est taill un costume international  la
    prsidence de l'Union europenne et du G8 (les plus grands pays
    industriels du monde). Elle bat encore des records de popularit, loin
    devant ses concurrents potentiels.
 
 
    Malgr les escarmouches avec les sociaux-dmocrates au sein de la
    grande coalition, le front intrieur a t relativement calme. Cette
    anne, changement de dcor. M^me Merkel doit affronter des lections
    rgionales. En janvier en Hesse et en Basse-Saxe, en fvrier 
    Hambourg, puis en septembre en Bavire, quatre Lnder gouverns par ses
    amis chrtiens-dmocrates. Son poste n'est certes pas en jeu mais les
    lections rgionales jouent un peu en Allemagne le rle des lections
    intermdiaires ou partielles en France. Ces consultations servent
    d'exutoire  un mcontentement aux dpens du parti qui occupe la
    chancellerie. Elles dchanent aussi des polmiques froces entre
    concurrents qui sont parfois, comme aujourd'hui, des allis dans le
    gouvernement fdral.
 
    C'est le cas cette fois, notamment en Hesse o le ministre-prsident
    sortant, Roland Koch, un ancien rival de M^me Merkel pour le leadership
    de la dmocratie chrtienne, s'est lanc dans une campagne aux forts
    relents xnophobes. Il s'est empar du thme de la criminalit des
    jeunes, et surtout des jeunes trangers, pour tenter de remonter dans
    les sondages. Il a remis au got du jour les maisons de redressement et
    les expulsions expditives.
 
    Ce n'est pas la premire fois que M. Koch s'aventure sur des terrains
    douteux. En 1999 dj, il avait inflig un camouflet aux
    sociaux-dmocrates qui venaient d'arriver au pouvoir  Berlin, en
    organisant des ptitions contre l'instauration de la double nationalit
    pour les Turcs d'Allemagne.
 
    Gerhard Schrder ne l'a pas oubli. L'ancien chancelier, reconverti en
    VRP de luxe pour le russe Gazprom, en profite pour effectuer un retour
    inattendu dans la politique allemande. Devant des militants ravis de
    retrouver le lutteur capable de sauver des causes perdues, il exerce sa
    verve contre Angela Merkel et Roland Koch rests inactifs quand il
    s'agissait de combattre la violence des nonazis. "De toute vidence,
    tous les deux sont aveugles de l'oeil droit", dit-il. Pour ne pas se
    laisser dborder, la chancelire s'est range derrire les thses du
    ministre-prsident de Hesse. Sans grand enthousiasme.
 
    M. Koch se fait un malin plaisir d'exhumer une citation de M. Schrder
    datant de 1997. "Nous ne devons plus tre aussi hsitants avec les
    dlinquants trangers. Pour celui qui bafoue notre droit, il n'y a
    qu'une solution : dehors et vite !" Et la polmique bat son plein entre
    les deux partis. Ces changes ne seraient que des propos de campagne
    sans consquence s'ils n'taient prononcs par des gens qui, au
    lendemain du vote, devront continuer  cooprer dans le gouvernement
    fdral, en principe pendant plus d'un an et demi. Non seulement les
    invectives laisseront des traces personnelles mais la concurrence
    lectorale donne lieu  des surenchres, sur la rpression de la
    dlinquance du ct de la dmocratie chrtienne, sur la politique
    sociale du ct de la social-dmocratie, qui vont mettre la grande
    coalition dans l'embarras.
 
    L'irruption sur la scne de M. Schrder a cependant un double avantage.
    N'engageant pas le SPD, il peut se permettre d'tre plus mordant que
    les ministres qui frquentent tous les jours leurs collgues de la CDU.
    Et son bagout remonte le moral d'une base social-dmocrate dboussole
    par l'alliance force avec la droite et orpheline d'un chef capable de
    rivaliser avec M^me Merkel.
 
<article-nb="2008/01/15/19-6">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  Il est des projets qui suscitent l&#38;#39;unanimit  droite comme  gauche. Les ples de comptitivit en font partie.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      I l est des projets qui suscitent l'unanimit  droite comme  gauche.
    Les ples de comptitivit en font partie. Il semblait vident  tous
    que ce qui avait russi  la Californie devait aussi russir  la
    France et qu'il suffisait d'essayer de reproduire le modle de la
    Silicon Valley pour doper la comptitivit du pays.
 
 
    En incitant entreprises, grandes et petites, et laboratoires de
    recherche publics d'un secteur dtermin,  se regrouper sur un mme
    territoire, il devenait, croyait-on, possible de faire merger des
    pliades d'entreprises innovantes, futures championnes de demain. Ainsi
    le gouvernement franais dcida-t-il, le 12 juillet 2005, de crer des
    "ples de comptitivit" et de leur accorder globalement 1,5 milliard
    d'euros de subventions entre 2006 et 2008, ainsi que des exonrations
    fiscales et des allgements de charges sociales. Actuellement, 71 ples
    existent sur le territoire franais.
 
    Des conomistes de renom viennent bousculer ces certitudes. Dans
    l'ouvrage Les Ples de comptitivit. Que peut-on en attendre ? paru
    aux ditions Rue d'Ulm, dans la collection du Centre pour la recherche
    conomique et ses applications (Cepremap), Gilles Duranton, Philippe
    Martin, Thierry Mayer et Florian Mayneris jettent un pav dans cette
    marre consensuelle. Non seulement les ples ne sont pas la panace,
    mais ils pourraient quelquefois tre nuisibles.
 
    Ainsi, dans certains secteurs, les entreprises ont plus avantage  tre
    disperses que concentres, ont-ils observ. Car "une plus grande
    dispersion permet aux entreprises de bnficier de salaires et de prix
    fonciers plus faibles dans des rgions dsertes par leurs
    concurrentes", par exemple.
 
    A l'inverse, quand des entreprises et des laboratoires de recherche ont
    intrt  se regrouper, ils le font naturellement, comme cela a t le
    cas dans la rgion grenobloise ou sur le plateau de Saclay, en
    Ile-de-France, pour les technologies de l'information et de la
    communication (TIC) ou  Toulouse pour l'aronautique.
 
    L'intervention tatique privilgie galement les acteurs en place, les
    grandes entreprises, et non les petites et moyennes entreprises, qui
    ont fait la fortune de la Silicon Valley. Selon le Comit Richelieu,
    groupe de pression reprsentant les PME innovantes, celles-ci ne
    peroivent que le sixime des subventions distribues aux entreprises
    des ples.
 
    Cette politique qui fait que "l'Etat dcide quelle entreprise, quel
    territoire, quel secteur il va aider nous inquite", explique M.
    Martin. Par intrt politique, et pour ne fcher personne, "elle
    maximise le nombre de secteurs et le nombre de dpartements touchs, ce
    qui n'est pas forcment optimal", poursuit-il, jouant de l'euphmisme.
 
    Plutt que de distribuer des subventions aux entreprises, les pouvoirs
    publics devraient plutt prendre des mesures pour lever les obstacles
    aux regroupements conomiquement utiles, estiment les auteurs. En
    facilitant la mobilit des salaris, par exemple, en rendant le droit
    au logement social transfrable d'une commune  une autre, ou en
    participant  l'amlioration des services publics dans ces territoires.
 
<article-nb="2008/01/15/19-7">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  Extraits de l&#38;#39;mission &#38;#34;Le Franc-Parler&#38;#34; (France Inter-i-Tl-&#38;#34;Le Monde&#38;#34;). Invit du lundi 14 janvier : Pierre Moscovici (PS).
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      N icolas Sarkozy a reu l'ancien premier ministre travailliste Tony
    Blair,  l'UMP. Comme vivez-vous cette nouvelle forme d'ouverture ?
    Mal. Cela m'a un peu mis en colre. Car franchement, c'est gonfl de la
    part de Tony Blair. Voil un homme du centre-gauche, qui a battu les
    conservateurs aprs dix-huit ans de rgne en Grande-Bretagne, qui
    appartient  la famille sociale-dmocrate europenne et qui vient
    soutenir les conservateurs franais ! C'est le Tony Blair que je n'aime
    pas. Celui qui signait les manifestes avec Jos-Maria Aznar, avec
    Silvio Berlusconi sur la libralisation absolue de l'conomie, celui
    qui a approuv aussi la guerre en Irak avec George Bush, celui qui fait
    de la politique cynique.
 
 
    Il cherche le soutien de Nicolas Sarkozy  la tte de l'Union
    europenne. Est-ce une bonne ide ?
    Tony Blair est le plus proeuropen des premiers ministres britanniques.
    Il a fait des choses formidables. Mais comme europen, il est trop
    britannique, trop atlantiste. Il a milit en 2005 pour le chque
    britannique, pour le dmantlement de la politique agricole commune,
    pour la libralisation des services publics. En politique trangre,
    c'est l'option atlantiste qu'il dfend (...). Il est extrmement
    compliqu que l'Union europenne soit prside par un homme qui
    reprsentera un pays qui n'est pas membre de l'euro.
 
    Qui pourrait  vos yeux prsider l'UE ?
 
    Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois, pourrait
    s'imposer assez facilement. Voil un premier ministre d'un pays
    fondateur de l'Union europenne. C'est un proeuropen, un chrtien
    social.
 
    Le PS est trs confus sur le trait europen simplifi et sur son mode
    de ratification. Etes-vous pour le trait, vous rendrez-vous au
    Congrs, voterez-vous la rvision constitutionnelle ncessaire  la
    ratification du trait ?
    Les socialistes dans leur majorit ont dcid de voter le trait de
    Lisbonne. On ne doit pas faire obstacle  la rvision
    constitutionnelle. Il ne faut donc pas voter non. Mais on peut
    s'abstenir...
 
    Pourquoi s'abstenir si vous tes pour ?
    Parce que le Parti socialiste - ce n'est pas mon cas - avait demand
    pendant la campagne lectorale un rfrendum (...). L'abstention sur
    cette rvision constitutionnelle ne ferait pas obstacle  son adoption,
    puisqu'au Congrs, il faut une majorit des trois cinquimes des
    exprims (...). Je propose de voter oui au trait, s'abstenir ou ne pas
    prendre part au vote en allant toutefois au Congrs. Le boycott du
    Congrs n'est pas l'expression juste. Allons  Versailles pour nous
    abstenir, ou ne pas participer au vote. Puis votons le trait.
 
    Un livre donne  Ccilia Sarkozy un rle dterminant dans la libration
    des infirmires bulgares. L'avez-vous appele pour lui demander de
    venir tmoigner devant la commission d'enqute ?
    La rponse est non. J'ai sollicit un vote de la commission, compose 
    la proportionnelle des groupes sur son tmoignage. Sur 30 membres, il y
    en a 17 de l'UMP. Ils ont vot contre. Sur instruction de l'Elyse.
    Tous les tmoins venus devant la commission disent pourtant la mme
    chose : c'est elle qui a ngoci en tte--tte avec Kadhafi la
    libration des infirmires. L'empcher de tmoigner, c'est un dni de
    dmocratie.
 
    Vous tes candidat au poste de premier secrtaire du PS et oppos  la
    dsignation en 2008 du candidat  la prsidentielle. Pourquoi ?
    Il ne faut pas que le Congrs 2008 soit un congrs de prdsignation du
    candidat socialiste  l'lection prsidentielle. Laissons mrir les
    choses, laissons travailler le Parti socialiste de manire collective.
    Pour le moment, ce sont les municipales. Mais le moment venu, je m'y
    intresserai. Je suis dtermin, j'en ai envie. Parce que je pense en
    tre capable.
 
<article-nb="2008/01/15/19-8">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  Sans tre une science exacte, l&#38;#39;conomie obit  quelques principes assez simples.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      S ans tre une science exacte, l'conomie obit  quelques principes
    assez simples. Le premier est qu'entre une entreprise  la recherche
    d'argent et une institution dispose  lui en apporter les relations ne
    sont pas quilibres. Le deuxime est qu'une entreprise cote en Bourse
    ne choisit pas ses actionnaires.
 
 
    Les Etats-Unis sont en train d'en faire la douloureuse exprience. Eux
    qui avaient refus, en 2005, de cder leurs ports  un fonds de
    l'mirat de Duba ou qui s'taient levs contre le rachat du groupe
    ptrolier Unocal par l'entreprise publique chinoise Cnooc n'ont d'autre
    choix, aujourd'hui, que d'accepter que des fonds crs par des Etats
    trangers prennent des participations importantes dans les fleurons de
    Wall Street.
 
    En France, ces fonds se sont invits depuis plusieurs annes dans la
    plupart des grands groupes cots en Bourse. L'attitude du gouvernement
     leur gard est ambigu. Lors de sa confrence de presse du 8 janvier,
    Nicolas Sarkozy s'tait plac dans le droit-fil du patriotisme
    conomique de Dominique de Villepin. "Face  la monte en puissance de
    fonds spculatifs extrmement agressifs et des fonds souverains, qui
    n'obissent  aucune logique conomique, il n'est pas question que la
    France reste sans ragir (...). La France assume le choix politique,
    stratgique, de protger ses entreprises." Selon le chef de l'Etat, la
    Caisse des dpts doit tre l'"instrument" de cette politique.
 
    En dplacement en Arabie saoudite, lundi 14 janvier, Nicolas Sarkozy a
    chang de ton : "La France sera toujours ouverte aux fonds souverains
    dont les intentions sont sans ambigut, dont la gouvernance est
    transparente et dont le pays d'origine pratique la mme ouverture 
    l'gard des capitaux trangers", a-t-il expliqu. Ce n'est pas un
    hasard si Nicolas Sarkozy a tenu ces propos  Riyad et non  Moscou ou
    Pkin. Quoiqu'ils s'en dfendent, les Occidentaux accueillent
    aujourd'hui plus volontiers les capitaux arabes car, dans le pass,
    leurs dtenteurs n'ont jamais cherch  prendre le contrle des
    entreprises dans lesquelles ils investissaient. En revanche, ils se
    mfient des capitaux russes et chinois, nouveaux venus sur la scne
    mondiale et dtenus par des Etats pour lesquels l'conomie est une arme
    diplomatique.
 
    Face  ces fonds, les Occidentaux ont peu de prise. Etablir des rgles
    explicites est une gageure : les dboires du dcret de Thierry Breton
    sur le patriotisme conomique l'ont prouv. La prsence de la Caisse
    des dpts dans le capital d'une entreprise ne peut tre que
    symbolique, et les critiques mises lors de son entre dans le capital
    d'EADS montrent que sa stratgie est loin de faire l'unanimit. Pour
    l'heure, la France, comme les autres pays occidentaux, est donc pige.
    On n'impose pas sa loi  son crancier.
 
<article-nb="2008/01/15/19-9">
<filnamedate="20080115"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080115"><AAMMJJHH="2008011519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Ce n&#38;#39;est pas d&#38;#39;un nime plan qu&#38;#39;ont besoin les quartiers difficiles. Mais d&#38;#39;une dynamique globale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      V oil prs de trente ans que la politique de la ville s'efforce, en
    mobilisant toutes sortes de dispositifs, de lutter contre toutes les
    formes d'exclusion en milieu urbain. Dix-huit ministres de bonne
    volont. Des milliards d'euros investis. Plusieurs plans tents pour
    renverser la vapeur et corriger les consquences dramatiques de trois
    dcennies de politiques urbaines dstructurantes qui ont
    progressivement organis la sgrgation, devenue relgation, d'une
    partie de notre nation. Hlas, les diffrentes meutes et notamment
    celles de novembre 2005 forcent chacun d'entre nous  plier son orgueil
    devant les faits.
 
 
    Cette situation, je la connais. C'est pour cette raison que, ds ma
    prise de fonctions, alors qu'on me pressait de sortir un plan, j'ai
    voulu une autre politique. C'est pour cette raison que j'ai voulu
    organiser les rencontres territoriales et que j'ai demand  la
    jeunesse de ce pays de s'exprimer et de s'impliquer : le blog que j'ai
    ouvert le 1er aot 2007 a t un succs. C'est pour cette raison que
    j'ai sillonn les quartiers que l'on appelle difficiles, que j'ai
    arpent des cages d'escaliers, que j'ai organis des runions
    d'appartement.
 
    J'ai rencontr des milliers de mres, de pres, de jeunes qui m'ont dit
    leurs espoirs et leur rage. J'ai vu les logements et les espaces
    publics mal entretenus, les mres seules, sans emploi, les drames de la
    discrimination, le sexisme, le repli sur soi, la rsignation face au
    regard des autres. J'ai vu l'conomie parallle, le dsuvrement de
    notre jeunesse, le repli identitaire et le communautarisme. J'ai vu des
    coproprits dont l'tat de dlabrement est indigne. J'ai vu une partie
    de la France  l'abandon. J'ai vu la violence rampante et gratuite qui
    dtruit le peu de choses qui font le patrimoine de ces quartiers. J'ai
    aussi vu la trouille, le mal-tre.
 
    Mais j'ai vu aussi des tres humains plus humains qu'ailleurs; des gens
    plus dous, plus forts, plus volontaires qu'ailleurs. J'ai vu un
    potentiel  faire plir d'envie la tour Eiffel. J'ai rencontr aussi
    des lus de bonne volont, abandonns  leur sort. J'ai vu des ttes
    qui se relvent. J'ai vu des gens qui se dressent et qui se redressent.
    Ces hommes et ces femmes incarnent l'espoir. Parier sur la banlieue et
    sa jeunesse, c'est parier sur la France. Je suis convaincue qu'il est
    urgent d'crire une nouvelle page. Ambitieuse.
 
    Car qui peut croire aujourd'hui qu'il suffit d'un catalogue de mesures
    pour rgler la question des banlieues? Qui oserait dire qu'il suffit de
    rajouter un dispositif sur un autre pour rgler le fond du problme?
    Alors que tous les acteurs disent le contraire. Personne n'est dupe. Et
    c'est pour cette raison que le prsident de la Rpublique dit son
    ambition pour la banlieue. Je me rjouis qu'enfin des voix s'lvent
    pour dire qu'il faut faire autre chose. J'aurais tout simplement
    souhait avoir t entendue en temps et en heure, pour viter cette
    cacophonie. La banlieue mrite du srieux et de la responsabilit.
 
    Dj, lors du conseil des ministres du 7septembre, je proposais de
    changer d'attitude et de mthode, de briser les tabous, d'agir en
    profondeur. Comment tre efficace si on n'a aucune prise sur les
    bailleurs sociaux? Si ceux-ci ignorent les recommandations
    gouvernementales en matire de hausse de loyer? Comment parler de
    l'insertion et de la formation des jeunes quand on n'a mme pas le
    droit d'voquer une quelconque rforme du financement de la formation
    professionnelle? Comment parler de dsenclavement quand l'gosme
    territorial gangrne profondment notre Rpublique et nous empche
    d'agir? Est-il normal que les crdits de la politique de la ville
    servent  compenser les faiblesses du droit commun? Dj, je
    prconisais de tout faire pour rapprocher la police de la population
    des quartiers.
 
    La France d'aujourd'hui n'est plus celle des annes 1980. Elle est
    fortement dcentralise. Les collectivits locales ont des comptences
    tendues, et leur responsabilit est totalement engage. Voil
    pourquoi, dans la continuit et la logique du programme de rnovation
    urbaine engag par Jean-Louis Borloo, j'ai toujours propos d'aller
    au-del. La politique de la ville, aujourd'hui, exige de nouvelles
    mthodes.
 
    Ainsi, si nous avons l'obligation d'aider les villes pauvres dont la
    population est en difficult, nous avons aussi le devoir de sommer les
    villes parmi les moins pauvres de s'occuper de leurs populations en
    difficult. Parce qu'il y a une diffrence entre les villes pauvres et
    les villes o il y a des pauvres. Parce qu'une commune comme
    Clichy-sous-Bois ne peut tre traite comme une ville telle que Nantes,
    de mme que Montfermeil ne peut tre trait comme Toulouse. La rforme
    des dotations de solidarit de l'Etat aux communes doit tre un lment
    essentiel et pertinent de cette nouvelle dynamique. C'est sur la base
    d'un tel principe que l'on peut, au nom de l'galit territoriale,
    organiser une solidarit financire locale active et efficace; une
    solidarit locale qui fait confiance aux lus locaux, qui valorise les
    bonnes pratiques et qui privilgie le sur-mesure, ainsi que la culture
    du rsultat et de l'valuation. De la mme manire se pose la question
    de la pertinence des primtres de la coopration intercommunale.
 
    La politique mene  l'gard des quartiers prioritaires doit tre une
    vraie politique publique prioritaire. Elle doit tre conduite au plus
    haut niveau, mobiliser toutes les administrations, engages vers un
    objectif unique : rduire les carts. Elle doit tre value,
    rgulirement, avec des indicateurs pertinents, qui permettent de
    corriger en tant que de besoin les actions menes. Elle doit
    responsabiliser les acteurs de terrain, les lus, l'Etat aussi. Elle
    doit redevenir exigeante. Parce que l'exigence, c'est aussi le respect.
 
    N'en dplaise aux experts et consommateurs de mesures, nos banlieues et
    nos quartiers difficiles n'ont besoin ni d'assistanat ni de charit.
    Ils ne veulent plus de pansements Urgo ni qu'on leur achte la paix
    sociale. Ils veulent un avenir, de la justice sociale, une dynamique
    nationale qui donne du sens  la solidarit locale, qui reconnat la
    notion de priorit, qui rassemble un seul peuple, avec ses diffrences,
    ses couleurs, ses cultures, vers un destin commun. Ils veulent prendre
    la place qu'ils mritent dans la construction du projet France, comme
    ils veulent tre aussi ceux qui incarnent les valeurs de la Rpublique.
 
