<FILE-date="2008/01/14/19">
<article-nb="2008/01/14/19-1">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1">  Lion d&#38;#39;or au Festival de Venise 2006, &#38;#34;Lust, Caution&#38;#34; a t tourn en Chine par un natif de Tawan avec des acteurs venus aussi bien du continent que de Hongkong. Ce rcit d&#38;#39;une passion sur fond de seconde guerre mondiale met face  face Tony Leung et la dbutante Wei Tang. Un entretien ralis par Thomas Sotinel.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1">   
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-2">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2">  Cdric Anger livre un premier film brillant, entre cinma amricain et Nouvelle Vague.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2">      U n titre tranchant qui convoque l'une des figures les plus uses du
    cinma, comme pour se demander ce que l'on peut faire, aujourd'hui,
    avec un tueur ? Une trame ultrasimple : un tueur  gages tue le temps
    en attendant d'excuter sa cible. Un acteur gnial, sous-exploit dans
    le cinma franais : Grgoire Colin, qui donne l'impression de s'amuser
    comme un enfant dans une immense salle de jeux. Le cinma ne requiert
    pas grand-chose d'autre, semble dire Cdric Anger qui signe avec Le
    Tueur un premier long mtrage enthousiasmant.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    EXCELLENT
 
                                                              
 
 
 
    Le film s'ouvre sous les auspices de la paranoa et de la surveillance.
    Un homme, Lo Zimmerman, financier de haut vol (Gilbert Melki), est
    suivi et film. Un autre, Kopas (Grgoire Colin), dbarque  Orly sur
    fond de musique punk, s'installe  l'htel. Il doit tuer le premier,
    mais ne semble pas press, explore sa chambre d'htel, zappe sur les
    chanes du cble, prend un bain en mangeant une pizza, visionne sur DVD
    les images de sa proie.
 
    En quelques plans et accessoires, deux rpliques au tlphone et une
    srie de petits gestes, un personnage est n. Kopas, jeune tueur
    franais du XXI^e sicle, charrie dans sa large veste en cuir une
    gnalogie de personnages un peu lourde  porter. Dou d'un bon sens de
    la repartie, il est immdiatement sympathique et s'avrera grand
    sentimental.
 
    La morbide parade de reprages peut commencer. Pour jauger son
    adversaire, il va  sa rencontre, dans son bureau, en se faisant passer
    pour un de ses clients. Mais Zimmerman est dj en alerte et,
    rapidement, ayant identifi son chasseur, provoque un coup de thtre
    sur le parking d'un supermarch dsert. L'homme d'affaires entre dans
    la voiture du tueur et ngocie avec lui un sursis d'une semaine - pour
    faire un dernier "gros coup de fric" qui assurera l'avenir de sa fille
    - tout en lui promettant de se livrer  l'heure dite. Droutant.
 
    FIBRE SENTIMENTALE
 
    Cette inversion des rles par laquelle la victime s'arroge la fonction
    de metteur en scne de sa propre mort fait basculer le film. Ds lors,
    celui-ci s'panouit sur des chemins de traverse jusqu'au passage 
    l'acte final - comme si ce temps gagn sur la vie du personnage ouvrait
    une parenthse de libert dans le genre du polar.
 
    Des nouveaux quartiers parisiens de Bercy et de la Grande Bibliothque,
    jusqu'aux galeries chinoises du 13^e arrondissement et aux lumires
    nocturnes de Montparnasse, le film entrane le spectateur dans un
    ailleurs o les rfrences cinmatographiques (de Melville  Ferrara en
    passant par Godard) se conjuguent avec des situations indites
    (dcouverte de fumeries d'opium souterraines en plein Paris, scne
    d'amour conjugale avec jouet sexuel).
 
    Le film est tendu par l'trange relation, quasi filiale, qui se noue
    entre le tueur et sa victime, ainsi que par une mise en scne prcise,
    foisonnante de dtails. Alors que l'on apprend que Lo est fait cocu
    par son associ (Xavier Beauvois) et qu'il se pique  l'hrone, Kopas
    rencontre Stella (Mlanie Laurent, en nuances acidules), en tombe
    amoureux avant de comprendre qu'elle est une call-girl mandate par
    l'homme d'affaires pour le maintenir occup.
 
    Ce film plein d'humour est servi par la belle photographie de Caroline
    Champetier et par la formidable prsence des acteurs. Cdric Anger
    russit son pari : inventer un cinma d'auteur nourri au lait du cinma
    amricain, comme l'ont fait, il y a cinquante ans, les cinastes de la
    Nouvelle Vague. Le Tueur est aussi un film  la fibre sentimentale, o
    se diffuse une grande tendresse.
      __________________________________________________________________
 
    Film franais de Cdric Anger avec Grgoire Colin, Gilbert Melki,
    Mlanie Laurent. (1 h 30.)
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-3">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3">  Le dangereux agitateur a t pris d&#38;#39;un accs bucolique. 
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3">      L e dangereux agitateur a t pris d'un accs bucolique. Avant de
    prsider le jury du 61^e Festival de Cannes, Sean Penn a fait, en guise
    de quatrime film, son retour  la nature. Into the Wild est adapt du
    rcit que le journaliste amricain Jon Krakauer a fait de la vie de
    Christopher McCandless qui s'essaya  la survie en milieu sauvage,
    quelque part en Alaska.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
    POURQUOI PAS
 
                                                              
 
 
 
    Diplm de l'universit d'Emory (Gorgie) en 1990, McCandless a
    brusquement dsert la bonne socit sudiste (son pre tait ingnieur
     la NASA) dans laquelle il avait t lev. Aprs avoir fait don des
    24 000 dollars de son trust fund  l'ONG Oxfam, il a disparu, laissant
    sa famille sans nouvelle. Le fugitif a pris le pseudonyme d'Alexander
    Supertramp et sillonn l'ouest des Etats-Unis avant de partir vers
    l'Alaska. Ce lecteur de Tolsto et de Thoreau voulait passer l'preuve
    de la vie solitaire dans la nature. Le 28 avril 1992, un automobiliste
    le dposait  l'entre d'une piste entre Fairbanks et Anchorage.
 
    La conclusion de cette aventure solitaire a fait la "une" des journaux
    amricains mais Sean Penn refuse d'en faire le creuset de son film.
    Into the Wild n'est pas une tragdie mais une ode  cette tradition
    amricaine de la route qui va de Lewis et Clark  Jack Kerouac.
    Alternant la narration des quatre mois que McCandless a passs en
    Alaska et des croquis de sa vie sur la route, le ralisateur prend un
    plaisir extatique  filmer les paysages amricains, avec pour acolyte
    le chef oprateur franais Eric Gauthier, qui a fait ses preuves de
    routard sur le tournage des Carnets de voyage, de Walter Salles.
 
    En chemin, McCandless rconcilie deux vieux hippies dont le couple va 
    vau-l'eau, se fait presque adopter par un retrait solitaire et suscite
    le dsir d'une fille aussi belle que jeune. Tels que Penn les met en
    scne, ces rencontres ressemblent toutes  la visite que l'enfant Jsus
    fit aux docteurs du Temple.
 
    On ne comprend jamais pourquoi un tre aussi doux et aimable fuit la
    compagnie de ses semblables. Seuls les parents du rebelle, traits sans
    douceur  coups de flash-back, peuvent justifier sa misanthropie. Cette
    opacit du personnage tient sans doute aux limites de l'interprte
    principal, le jeune Emile Hirsch. Capable de communiquer l'exaltation
    qui saisit McCandless lorsque celui-ci dcide de descendre le Colorado
    jusqu'au golfe du Mexique, il ne laisse rien passer de ce qui a men
    son modle au bout de la piste.
      __________________________________________________________________
 
    Film amricain de Sean Penn avec Emile Hirsch, William Hurt, Vince
    Vaughn, Catherine Keener. (2 h 20.)
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-4">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4">  Pavel Lounguine dpeint, sur une le de la mer Blanche, un moine qui fait des miracles.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4">      D e Taxi Blues  Familles  vendre, les films du Russe Pavel Lounguine
    font dfiler une procession d'tres gars,  la recherche de leurs
    racines et d'une ligne de vie authentique. Nationalistes, migrs,
    descendants de victimes du goulag ou de la Shoah, chercheurs de tombes
    et bnficiaires d'hritages. Chacun dtermin  "rformer son me".
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Flics corrompus, buveurs de vodka frelate, artistes parasites, mafieux
    constituent la fresque picaresque dans le secret de laquelle le
    cinaste guette le sursaut rdempteur. Pavel Lounguine est un homme de
    foi.
 
    Rien de surprenant  le voir dpeindre les transes mystiques d'un moine
    orthodoxe dans L'Ile, son nouveau film, impressionnant par sa majest,
    la coexistence de l'humilit et de l'indiscipline. Si conversion il y
    a, elle est d'ordre esthtique.
 
    Flanqu d'un nouveau chef oprateur, Andre Jegalov, Lounguine oublie
    le style des farces frntiques pour une photographie  la fois austre
    et somptueuse, la palette des noirs et des bruns, des blancs et des
    bleuts, un lyrisme souffl par la nature. Paysage aride, de glace, eau
    et cris de mouettes. Le rythme aussi a chang. "Jusqu'alors, dit-il, je
    pensais qu'il fallait imprimer du mouvement, acclrer pour suggrer
    l'nergie dans l'image. L, je me suis rendu compte que plus on
    ralentissait, plus l'nergie tait forte."
 
    GURIR LES MALADES
 
    C'est sur une le perdue de la mer Blanche, dans l'Arctique, que se
    situe le monastre o le pre Anatoli fait des siennes. Ce moine
    perturbe la vie de la congrgation. Il est toujours en retard  la
    messe, o il arrive avec un seul pied chauss et braille au lieu de
    chanter. Iconoclaste, blasphmateur, il houspille le Pre suprieur,
    dont il envoie les bottes au feu pour le dbarrasser des biens
    matriels ("C'est dans les bottes d'vque que se nichent le plus de
    pchs"). Il vit  l'cart dans un taudis, ramassant du charbon pour
    alimenter la chaudire du monastre, tel Sisyphe.
 
    Selon une rumeur, il possderait le pouvoir de gurir les malades,
    d'exorciser les dmons et de prdire l'avenir. Les trangers le
    croient, qui ne cessent de venir le consulter. Anatoli met la foi de
    ces visiteurs  l'preuve ; il conduit une femme enceinte qui voulait
    avorter, fait le ventriloque devant une veuve pour lui prouver que son
    mari est vivant et qu'elle doit abandonner sa ferme pour le rejoindre,
    exige d'une mre venue avec un fils  la jambe gangrene qu'elle reste
    une nuit au monastre pour garantir le miracle.
 
    Humble, priant sans cesse le Seigneur d'avoir piti de lui, de le
    purifier, de ne pas l'abandonner, Anatoli a un secret. A 17 ans, il a
    tu un compatriote pendant la seconde guerre mondiale, sous la
    contrainte des SS (scne filme comme un cauchemar, o l'on ne voit pas
    les visages). Il est depuis min par la culpabilit, se considre
    indigne de l'intrt qu'il suscite. Vou  la prire, mi-fou
    mi-illumin, il s'est impos cette sorte d'emprisonnement pour faire
    acte de repentance et implorer un pardon pour pouvoir mourir en paix.
 
    Cet hallucin est interprt avec charisme par Piotr Mamonov,
    ex-chanteur rock, touch par la grce comme son personnage. Lounguine
    confie qu'il n'aurait pas tourn le film sans lui.
      __________________________________________________________________
 
    Film russe de Pavel Lounguine avec Piotr Mamonov, Viktor Soukhoroukov,
    Vika Issakova. (1 h 52).
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-5">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5">  Succs d&#38;#39;dition mondial, &#38;#34;Death Note&#38;#34; devient un trange thriller pour adolescents.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5">      E n douze tomes, la srie de manga Death Note a tendu son emprise sur
    les adolescents de la plante (21 millions d'exemplaires au Japon, 400
    000 en France selon l'diteur local, Kana). Comment pourrait-il en
    aller autrement puisque le hros est un lycen qui trouve un jour un
    cahier gar par une divinit de la mort ? Si l'on y crit le nom
    complet d'une personne que l'on a dj vue, celle-ci meurt d'un arrt
    cardiaque (du genre de ceux qui font se tordre de douleur et grimacer).
    Un produit idal pour tous les clients de l'enseignement secondaire.
 
 
 
 
           L'avis du "Monde"
 
 
 
     VOIR
 
                                                              
 
 
 
    Le manga du dessinateur Takeshi Obata et du mystrieux scnariste
    Tsugumi Ohba fait tomber ce cahier entre les mains de Light, fils de
    policier destin  la magistrature, rvolt par l'impunit dont
    jouissent au Japon les criminels de toutes obdiences. En plus de cet
    instrument, Light gagne la compagnie du dieu de la mort qui en tait le
    propritaire, une crature grimaante qui voque certains musiciens
    britanniques de la fin des annes 1970.
 
    Le succs colossal de Death Note a entran son adaptation au cinma.
    La mme quipe a ralis en deux longs mtrages en prises de vues
    relles qui sortent simultanment en salles (le premier est ds
    aujourd'hui disponible en DVD), aprs avoir t distribus  cinq mois
    d'intervalle en 2006 au Japon. Ils avaient alors occup la premire
    place au box-office. L'occasion de voir en salles des films sur
    lesquels les Japonais se sont prcipits en masse est assez rare pour
    que la sortie franaise de Death Note veille l'intrt.
 
    Ces deux films n'en font qu'un, et les distinguer dans la critique
    quivaudrait  faire de chaque pisode des Vampires, de Feuillade, un
    film  part entire. De fait, le plaisir que procure la vision de ce
    long rcit qui met aux prises Light, le criminel, et L, l'adolescent
    dtective, est inscrit au tableau des stupfiants dans la mme
    catgorie que les grands feuilletons criminels. Les rebondissements
    sont abracadabrants, les personnages - mis  part les deux principaux -
    tombent comme des mouches, le rcit est ponctu de figures et de gestes
    rcurrents qui contribuent  une inquitante familiarit dans laquelle
    il fait bon se plonger.
 
    A cette jouissance immdiate, il faut ajouter l'exotisme japonais.
    Light et L incarnent deux types d'adolescents qu'opposent souvent les
    mangas : le brillant sujet et l'otaku, enfant sinistre  la limite de
    l'autisme dont il faut deviner la beaut et l'intelligence sous
    l'anomie. Il y a aussi les dieux de la mort surgis d'un pass
    ancestral, les procds de la police japonaise qui feraient aimer bien
    d'autres forces de l'ordre. Le tout est mis en scne avec une
    efficacit tlvisuelle bienvenue - elle pourrait presque passer pour
    de la sobrit.
      __________________________________________________________________
 
    Films japonais de Shusuke Kaneko avec Tatsuya Fujiwara, Kenichi
    Matsuyama. (2 h 06 et 2 h 20.)
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-6">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6">  Un palmars priv de crmonie par la grve des scnaristes.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6">      V ue de Paris, la remise des 65^e^s Golden Globe Awards  Los Angeles,
    dimanche 14 janvier, fait figure de triomphe pour le cinma franais :
    le trophe de la meilleure actrice dans une comdie ou un film musical
    est all  Marion Cotillard, pour son interprtation d'Edith Piaf dans
    La Mme, d'Olivier Dahan ; Le Scaphandre et le papillon, film franais
    de l'Amricain Julian Schnabel, l'a emport dans les catgories
    meilleur film tranger et meilleur ralisateur.
 
 
    Mais  Hollywood, cette distribution des prix dcerns par
    l'association de la presse trangre  Hollywood restera comme celle de
    la grve des scnaristes. Aprs que leur syndicat, la Writers Guild of
    America (WGA), eut menac de former des piquets  l'entre d'une
    ventuelle crmonie, les acteurs ont renonc  assister  la remise
    des prix et les organisateurs ont d transformer cette rptition
    gnrale des Oscars en simple confrence de presse. Jointe au tlphone
     Los Angeles, Marion Cotillard ne regrette pas le rituel d'une
    crmonie traditionnelle : "J'ai pu vivre ce moment au milieu de tous
    les gens avec qui je travaille au jour le jour, en France comme aux
    Etats-Unis, des gens qui n'auraient pas forcment pu assister avec moi
     la crmonie", explique-t-elle.
 
    Le grand vnement mondain a clat en dizaines de ftes prives
    improvises par les vainqueurs du jour, rapporte la presse de Los
    Angeles. L'actrice franaise a appris sa victoire dans sa chambre
    d'htel, devant sa tlvision. La chane NBC, partenaire des Globes,
    avait produit avec sa rdaction une mission de deux heures pour
    combler le vide laiss par l'annulation de la crmonie, pendant que
    plusieurs chanes cbles retransmettaient en direct la confrence de
    presse organise par l'association de la presse trangre.
 
    Les autres grands vainqueurs de la soire sont Reviens-moi, de Joe
    Wright, laurat du prestigieux prix du meilleur film dramatique, et
    Sweeney Todd, de Tim Burton, et Non, ce pays n'est pas pour le vieil
    homme, de Joel et Ethan Coen.
 
    Le producteur de La Mme, Ilan Goldman, rest  Paris, estime que ce
    trophe "obtenu aux Etats-Unis par une actrice qui a travaill en
    franais" fait "entrer le film dans l'histoire" mais ne changera pas sa
    carrire, dj trs avance dans le monde entier. Le succs de son
    actrice lui fait regretter plus encore que La Mme n'ait pas t choisi
    pour reprsenter la France  l'Oscar du meilleur film tranger, puisque
    Persepolis lui a t prfr. Le producteur estime que la commission
    charge de ce choix n'a pas retenu "le candidat qui avait le plus de
    chances de gagner".
 
    A Hollywood, l'absence de crmonie a suscit des ractions assez
    vives. L'impact mdiatique des Golden Globes a t plus fort que jamais
    : il s'agissait de la premire preuve de force publique entre
    grvistes et studios. L'inquitude est vive  l'approche des Oscars,
    prvus le 24 fvrier et dont la crmonie risque d'tre annule.
    Richard Zanuck, le producteur de Sweeney Todd, a dclar au Los Angeles
    Times son "indignation", estimant que la grve provoquait "des dgts
    de plus en plus graves".
 
<article-nb="2008/01/14/19-7">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7">  Le film commence par un raid dans une salle de postproduction de Pkin, o des policiers en civil prennent  partie les personnes prsentes, dont un professeur de cinma et un ingnieur du son connus.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7">      L e film commence par un raid dans une salle de postproduction de
    Pkin, o des policiers en civil prennent  partie les personnes
    prsentes, dont un professeur de cinma et un ingnieur du son connus.
    L'un d'eux proteste qu'ils sont en train de travailler. "Et a c'est du
    travail ?", rpond un inspecteur, montrant une bote avec des pilules.
    La camra pntre ensuite dans un hall d'immeuble, derrire les
    policiers, qui frappent  une porte.
 
 
    Le cinaste Zhang Yuan, 45 ans, figure du cinma chinois indpendant,
    Lion d'argent  la Mostra de Venise en 1999, apparat. Gn par la
    lumire de la camra, il proteste plusieurs fois qu'il est chez lui,
    que "ce n'est pas humain de se comporter comme a". Des amis du
    cinaste sont l. Certains sont menotts. Les policiers montrent la
    poudre blanche sur une table et les rsultats des tests d'urines
    effectus sur place.
 
    Diffuse sur Beijing TV, la tlvision de Pkin, dans le cadre de ces
    omniprsentes missions policires du petit cran chinois,
    l'interpellation du cinaste Zhang Yuan pour usage de stupfiants (de
    l'ice et de la ktamine), mercredi 9 janvier, est visiblement destine
     frapper les esprits : la presse chinoise a eu tout le loisir d'en
    parler et les images de l'mission sont reprises sur tous les grands
    portails Internet.
 
    Les commentaires,  la tlvision et dans la presse, insistent sur la
    ncessit d'une socit propre pour l'anne des Jeux olympiques, et sur
    le fait que "personne ne sera pargn". Mais certains se demandent si
    l'arrestation de Zhang Yuan ne sanctionne pas aussi le contenu de ses
    films : "Il est quand mme tonnant que ce soit quelqu'un du cinma, et
    un indpendant, qui ait t choisi, c'est--dire qu'on vite bien de
    s'attaquer  des personnalits trop connues", juge un observateur
    tranger.
 
    Un protagoniste du milieu du cinma pkinois est plus circonspect :
    "C'est strictement personnel, il n'y a rien de drangeant dans ce qu'il
    a fait rcemment comme cinaste." Zhang Yuan fut l'un des premiers
    cinastes de la sixime gnration  percer en Occident, avec Mama,
    Beijing Bastards, puis West Palace, East Palace.
 
    Montr  Cannes en 1997, ce film, qui dcrit le dsir d'un policier
    pour un jeune tudiant homosexuel qu'il arrte, brisait un tabou et fut
    interdit en Chine. Depuis la fin des annes 1990, Zhang Yuan ralise
    des films plus commerciaux, tous autoriss en Chine. Son dernier,
    Little Red Flowers, tir d'un roman de l'crivain Wang Shuo, raconte la
    rvolte d'un enfant contre son institutrice, dans une critique voile
    d'un systme qui oppresse les valeurs individuelles.
 
<article-nb="2008/01/14/19-8">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8">  Frquentation en baisse et exportations quasiment stables.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8">      T rois indicateurs chiffrs tmoignent d'une morosit du cinma
    franais en 2007. La frquentation en salle baisse. La diffusion des
    films franais  l'tranger ne progresse pas. Quant aux tournages de
    films trangers  Paris, ils raccourcissent dans la dure.
 
    Frquentation maussade
 
    En 2007, les entres - 178,14 millions - ont baiss de 5,6 % par
    rapport  2006, selon le Centre national de la cinmatographie mais
    elles restent dans la moyenne des dix dernires annes (177,30
    millions). Les spectateurs ont dsert les salles obscures en avril et
    novembre mais tmoign d'une assiduit particulire en juillet. Cinq
    gros films amricains, destins notamment au jeune public, ont permis
    d'endiguer, en 2007, les rsultats moroses. Ratatouille, de Brad Bird,
    Spider-Man 3, de Sam Raimi et Harry Potter et l'Ordre du phoenix, de
    David Yates ; le troisime pisode de la saga Pirates des Carabes, de
    Gore Verbinski, et Shrek le Troisime, de Chris Miller, ont, en
    fidlisant chacun plus de 5,5 millions de spectateurs, frein la baisse
    des entres. Ratatouille arrive en tte avec 7,7 millions de
    spectateurs.
 
 
    Deux films franais, contre sept en 2006, La Mme d'Olivier Dahan, et
    Taxi 4 de Grard Krawczyck ont franchi les 4 millions d'entres. En
    l'absence de trs gros films porteurs comme Les Bronzs 3, la part de
    march des films hexagonaux s'est tasse,  36,5 % (44,6 % en 2006).
    Cette part de march, que de nombreux pays europens nous envient,
    demeure suprieure  son niveau de la dcennie (35,9 %).
 
    Aprs une anne 2006 exceptionnelle, les films franais reculent  tous
    les niveaux : l o neuf films franchissaient les 2 millions d'entres,
    il n'y en a plus que trois en 2007. Douze films, et non plus dix-huit
    comme en 2006, dpassent le million d'entres et vingt-sept (contre
    trente-neuf en 2006) en comptent plus de 500 000.
 
    Ces rsultats maussades ont profit aux films amricains (49,9 % de
    part de march contre 44,2 % en 2006) et aux longs mtrages d'autres
    nationalits. Le succs de La Vie des autres, de l'Allemand Florian
    Henckel von Donnersmarck, avec plus de 1,5 million d'entres, y a
    largement contribu.
 
    Exportations tales
 
    En dehors de l'Hexagone, le cinma franais devrait presque atteindre,
    sur l'anne 2007, les 60 millions de spectateurs. Le rsultat est
    quasiment similaire  celui de 2006, selon les chiffres qui devaient
    tre publis, jeudi 10 janvier, par Unifrance, l'organisme charg de
    promouvoir les films franais dans le monde. C'est moins que les films
    franais vus en France (64,95 millions d'entres l'an dernier).
 
    Les pays europens restent toujours le principal march du cinma
    hexagonal, avec l'Allemagne en tte (5,8 millions d'entres) suivie par
    l'Italie (3 millions). Les grosses "machines" comme Arthur et les
    Minimoys de Luc Besson, La Mme ou Taxi 4 ont sduit  l'tranger (avec
    respectivement 9, 4,5 et 4,2 millions d'entres). Mais aux Etats-Unis
    par exemple, Lady Chatterley de Pascale Ferran a fidlis 100 000
    spectateurs, l o le collectif Paris je t'aime a ralis 750 000
    entres et 2 Days in Paris de Julie Delpy, 675 000. A noter aussi, le
    succs inattendu d'Ensemble c'est tout de Claude Berri en Allemagne
    (820 000 entres). Si les films franais ont plutt reu un accueil
    favorable dans le monde anglo-saxon et en Russie, ils subissent en
    revanche un mchant revers au Japon.
 
    Des tournages amricains moins longs  Paris
 
    Les tournages des gros films hollywoodiens, les plus rentables, se
    rarfient  Paris. Sur les quinze films trangers, les six amricains
    ont fortement diminu leurs journes de tournage (deux jours en
    moyenne), hormis La Panthre rose 2 d'Harald Zwart (six jours). Cela
    s'explique par la concurrence des pays d'Europe de l'Est, dont les
    conditions financires sont attractives et par l'absence d'incitation
    financire en France, les studios amricains prfrant tourner en
    Allemagne ou en Grande-Bretagne. Toutefois, le nombre de tournages de
    films s'est accru (108 contre 97 en 2006), avec des longs mtrages
    signs Philippe Garrel, Christophe Honor, Etienne Chatiliez ou
    Jean-Franois Richet.
 
<article-nb="2008/01/14/19-9">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9">  Les couleurs du film fantastique de Dario Argento sont restaures.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9">      E n mai 2007, trente ans aprs sa sortie dans les salles franaises, le
    film Suspiria a t prsent, dans une copie numrique restaure, au
    Festival de Cannes, dans la section Cannes Classic. Son auteur, Dario
    Argento, y voit un signe : "J'ai toujours t davantage reconnu en
    France qu'en Italie, o mes films ont peut-tre t des succs publics
    mais pas critiques. Et la restauration du film a t faite 
    l'initiative d'une socit franaise." Cette version restaure sert de
    base au superbe DVD dit par Wild Side.
 
 
    Avant Suspiria, Dario Argento s'tait rendu clbre pour avoir rajeuni
    le thriller d'angoisse transalpin, le giallo, mlange d'rotisme
    malsain, d'angoisse et de violence explicite. Son premier film,
    L'Oiseau au plumage de cristal , relevait de ce genre et fut un
    succs. En 1977, Suspiria est un pari audacieux. Aprs quatre thrillers
    et une comdie historique, Argento aborde, pour la premire fois, le
    fantastique pur avec une sanglante histoire de sorcires.
 
    L'actrice Daria Nicolodi, alors compagne du cinaste, crit le
    scnario. Pourquoi avoir install une dynastie de sorcires dans une
    cole de danse ? "Pour mon premier film d'horreur fantastique, j'ai
    prfr la sorcellerie, rpond Argento. L'sotrisme est une culture
    trs intressante. Le diable ne m'a jamais fascin. C'est un personnage
    plus rustique, moins passionnant."
 
    Le cinaste veut se rapprocher du conte de fes, reconstruire un
    expressionnisme en couleurs, retrouver l'irralit chromatique de
    Blanche-Neige et les sept nains, de Walt Disney, tout en dpassant les
    limites de la violence gore. Il fait alors, contre toute logique, appel
    au chef oprateur Luciano Tovoli. Celui-ci se souvient : "A l'poque,
    je relevais d'une cinmatographie italienne qui n'est pas du genre film
    d'pouvante ou thriller, Antonioni, Zurlini, Ferreri. Quand Argento m'a
    appel, j'ai d'abord refus. J'avais des prjugs que, heureusement, je
    suis arriv  dtruire, grce  Argento."
 
    PORT EN TRIOMPHE
 
    Pour mener  bien leur entreprise, les deux hommes cherchent le support
    idal et finissent par arrter leur choix sur un stock de vieilles
    pellicules Technicolor. Suspiria sera le dernier film ralis avec ce
    support qui exige que chacune des couleurs soit dveloppe sparment.
    "J'ai t forc de me restreindre en fonction du stock de pellicules
    que nous avons trouv, raconte Argento. On a donc fait beaucoup de
    rptitions en ne tournant que lorsque c'tait parfait."
 
    Le voyage initiatique de Suzie (Jessica Harper, qui vient alors de
    tourner dans Phantom of the Paradise, de Brian De Palma), situ dans
    une Allemagne de cauchemar, devient entre les mains d'Argento une
    exprience sensorielle unique, une transe dclenche par une symphonie
    de bruits (le groupe rock Goblin compose la musique) et de couleurs,
    dtache de toute psychologie et de tout naturalisme.
 
    En 1978, au Festival du film fantastique du Grand Rex,  Paris, les
    fans portent le ralisateur en triomphe, comme le rappelle l'un des
    supplments du DVD. La restauration de la copie a t supervise par
    Luciano Tovoli. Il a corrig numriquement les dfauts du ngatif
    original, qui tait assez dgrad. Le rsultat ne renvoie pas
    exactement  l'oeuvre telle qu'elle a t projete  sa sortie, comme
    le reconnat le chef oprateur : "J'ai reu des lettres de fanatiques
    de Suspiria avec lesquels je suis en correspondance depuis vingt ans
    qui taient mcontents. Je les comprends, ce n'est pas une copie
    Technicolor, c'est une copie numrique qui a un autre type de qualit."
 
    Sur les crans LCD ou plasma, le rouge sanguinolent et le bleu
    vertigineux de Suspiria gardent le pouvoir subjuguant qu'ils avaient,
    il y a trente ans, sur les toiles blanches.
      __________________________________________________________________
 
    Suspiria, de Dario Argento, un double DVD Wild Side.
 
<article-nb="2008/01/14/19-10">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10">  L&#38;#39;acteur rput au cinma ou dans la vie relle pour ses rles de teigneux signe avec son quatrime long mtrage une histoire qui lui ressemble,  rebours d&#38;#39;une Amrique conformiste.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10">      L a couverture du livre tait trop belle pour ne pas tre utilise
    immdiatement : la photo en noir et blanc d'un bus, en pleine nature, 
    moiti recouvert par la neige. Puis le titre, Into the Wild, incrust
    en majuscules sur le clich, comme si les lettres faisaient partie du
    paysage. Ds le premier coup d'oeil, Sean Penn savait qu'il porterait 
    l'cran le rcit du journaliste Jon Krakauer. "Mon sang n'a fait qu'un
    tour. Je pensais en faire ma lecture du week-end, mais les images sont
    venues avec les mots. Je devais l'adapter." Cet impratif s'appuie sur
    un besoin. Une affirmation de Sean Penn se ponctue toujours avec une
    cigarette allume.
 
 
 
 
           Parcours
 
 
 
    1960
    Naissance  Santa Monica (Etats-Unis).
 
    1981
    Premier rle au cinma dans "Taps", d'Harold Becker.
 
    1991
    Ralise son premier film, "Indian Runner".
 
    2002
    Se rend en Irak quelques mois avant l'intervention amricaine.
 
    2004
    Oscar du meilleur acteur pour "Mystic River", de Clint Eastwood.
 
    2008
    Sortie, le 9 janvier, d'"Into the Wild", le quatrime film qu'il
    ralise.
 
                                                              
 
 
 
    Best-seller aux Etats-Unis, Into the Wild (Presses de la Cit, 312 p.,
    19 euros) relate un fait divers qui a dfray la chronique. En 1992, le
    cadavre d'un jeune homme, Christopher McCandless, tait dcouvert dans
    un bus abandonn en Alaska, loin de tout lieu habit. Ce dernier, fils
    de bonne famille, frachement diplm de l'universit, avait tourn le
    dos  une brillante carrire professionnelle et rompu tout contact avec
    sa famille pour sillonner, sous un nom d'emprunt, le sud des Etats-Unis
    avant de s'installer au coeur de l'Alaska.
 
    Sean Penn avait dj prouv un tel coup de foudre pour une autre
    couverture de livre. Celle du Chant du bourreau (Robert Laffont, 1980),
    de Norman Mailer, un document consacr  Gary Gilmore, le seul condamn
    dans les annales de la justice amricaine  avoir demand, en 1977, la
    peine capitale  sa propre encontre. Aussi nigmatique que celle
    figurant en couverture d'Into the Wild, la photo du Chant du bourreau
    montre un champ noirci par le crpuscule, un ciel rougi par le soleil
    couchant, et des poteaux tlgraphiques qui s'tendent  perte de vue.
    Il est facile d'y voir avec le recul ce qu'y a puis Penn. Cette vision
    d'une americana dserte et hante est devenue la signature visuelle de
    ses quatre films : Indian Runner , Crossing Guard , The
    Pledge  et Into the Wild (sortie le 9 janvier).
 
    L'itinraire d'un jeune homme refusant, comme dans Into the Wild, le
    confort d'une socit prospre pour retourner  l'tat de nature devait
     l'vidence fasciner un acteur qui n'a jamais rien fait comme tout le
    monde. Opposant dclar  George Bush, Sean Penn prend un malin plaisir
     visiter les pays placs sur la liste noire du prsident amricain.
    L'acteur s'est ainsi rendu en dcembre 2002 en Irak, juste avant
    l'invasion amricaine. Puis de longues semaines en Iran, voyage dont il
    a donn un rcit dtaill dans un reportage, publi en 2005 dans le San
    Francisco Chronicle. Le ralisateur d'Into the Wild se trouvait en aot
    2007 au Venezuela, o il a rencontr le prsident Chavez.
 
    L'entourage direct de Penn est, depuis toujours, tranger au
    show-business et se compose en grande partie d'crivains. Parmi eux, le
    dramaturge David Rabe et Charles Bukowski, qui a tenu, jusqu' sa mort,
    en 1994, un rle de pre spirituel pour le comdien. "Lui et sa femme
    ont t comme des parents. Nous tions trs souvent ensemble, c'tait
    dans les annes 1980, et ils ont rempli un manque." On ajoutera aussi
    le romancier Harry Crews, qui apparat brivement dans Indian Runner,
    et dont Penn avait tent d'adapter Le Roi du K.O. (Gallimard, 1999),
    l'histoire d'un boxeur qui se met K.O. tout seul dans les botes
    underground de La Nouvelle-Orlans.
 
    "Crews est le pote des marges. Sa langue me hante", reconnat Penn.
    Comme celle de Jon Krakauer dans Into the Wild. Il a d'abord entendu
    des sons, puis des murmures. Et ces murmures faisaient cho  un autre
    point crucial du livre. "L'itinraire de Christopher McCandless est
    ponctu par ses lectures : L'Appel de la fort, de Jack London, La Mort
    d'Ivan Ilitch, de Tolsto, Le Docteur Jivago, de Boris Pasternak.
    L'ide d'un voyage  travers un espace comme  travers les livres me
    sduisait puisque c'est ainsi que j'envisage une existence : parmi les
    livres."
 
    Choisir un livre est une dmarche rcente chez lui. Auparavant - avant
    d'atteindre la quarantaine -, il attendait davantage que les livres
    viennent  sa rencontre. C'est ainsi que s'tait mont The Pledge. A la
    recherche d'un roman policier susceptible de donner envie  Jack
    Nicholson, la star de son prcdent film, Crossing Guard, de
    retravailler avec lui, Penn s'tait vu proposer par son producteur La
    Promesse (Albin Michel, 1990), de Friedrich Drrenmatt. "Chaque tape
    de ma vie correspond  la lecture d'un livre. J'ai commenc par
    Salinger, puis Dostoevski. Crime et chtiment m'a hant. Les
    monologues de Raskolnikov sur la raison et la folie ont jou un rle
    dcisif dans ma carrire d'acteur."
 
    L'effet Dostoevski, avec cette fascination pour la psych torture
    d'un criminel qui l'accompagne, a aurol d'un astre malfique la
    carrire du comdien Sean Penn. Il s'est longtemps conduit en enfoir.
    A l'cran, s'entend. Ses rles dans Comme un chien enrag, de James
    Foley, Outrages et L'Impasse, de Brian De Palma, La Dernire Marche, de
    Tim Robbins, ou Mystic River, de Clint Eastwood, ont contribu 
    faonner la lgende d'un acteur qui fascine, effraie et exaspre.
    Robert Duvall reconnaissait n'avoir accept un rle  son ct dans
    Colors, de Dennis Hopper, que pour une scne o il lui tape dessus. "Je
    devais le cogner dans un vestiaire. C'tait le rve de chaque
    Amricain. Je n'allais quand mme pas passer  ct d'une occasion
    pareille."
 
    En 1987, Penn a pass trente-trois jours en prison au pnitencier de
    Los Angeles County. Un fan, suspect de suivre de trop prs sa premire
    femme, la chanteuse Madonna, avait suscit l'ire du comdien.
    L'exprience carcrale a pris valeur d'piphanie. "Je devais choisir
    mes livres avant de subir ma peine, c'est la rgle, et je n'avais
    aucune garantie de trouver sur place ce que je voulais." Il a vit
    d'emporter les livres qui feraient mal en milieu confin. Lire Raymond
    Carver s'est rvl par exemple une trs mauvaise ide. Dcouvrir
    William Burroughs n'tait pas non plus trs opportun. Mais le
    ralisateur a vis juste avec Les Essais de Montaigne. "Je les ai lus
    en deux jours. On ne rptera jamais assez combien la prison est un
    lieu propice  la concentration, vous lisez  la vitesse de la lumire.
    Montaigne tait l'crivain idal pour conceptualiser ce qui
    m'arrivait."
 
    Avant d'aller en prison, Penn crivait de la posie. Il ne prenait la
    plume que sous l'emprise de l'alcool. En cessant de boire, il a arrt
    d'crire. Ses pomes, reconnat-il, ne valaient rien. Il a dcouvert la
    cigarette depuis, et est devenu ralisateur en chemin. On dira ce qu'on
    veut : dans son cas, le tabac ne nuit pas  la sant.
 
 
<article-nb="2008/01/14/19-11">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11">  Le cinaste, prsent au festival de Marrakech, a lanc des fondations pour prserver la mmoire du cinma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11">      I l est devenu un pilier du festival de cinma de Marrakech, au Maroc,
    qui a eu lieu du 7 au 15 dcembre. Aprs avoir reu un hommage en 2006,
    le ralisateur amricain Martin Scorsese a, cette anne, donn une
    leon de cinma et propos deux films en projection sur la place Jamaa
    El-Fna : son Aviator, qu'il a prsent avec Leonardo DiCaprio, et
    Transes, un documentaire ralis en 1981 par le Marocain Ahmed
    El-Maanouni.
 
 
 
 
           Les autres projets de la fondation
 
 
 
    Martin Scorsese a inaugur sa World Cinema Foundation au Festival de
    Cannes, en mai, avec le soutien de sponsors comme Giorgio Armani,
    Cartier et Qatar Airways. Outre le documentaire Transes, la Fondation
    restaure deux films - Limite , du Brsilien Mario Peixoto, et
    Padurea Spanzuratilor , du Roumain Liviu Ciulei. Quatre autres
    projets sont annoncs pour 2008. Un site Internet est sur le point
    d'tre lanc, qui devrait servir  collecter les dons de particuliers
    dans le monde entier.
 
                                                              
 
 
 
    Ce dernier film a t restaur par la World Cinema Foundation, que
    Martin Scorsese vient de crer et qui vise  restaurer des
    chefs-d'oeuvre "ngligs" du patrimoine mondial, pour beaucoup hors
    Etats-Unis : des "films clbres qui ne sont plus projets et dont il
    n'existe pas de vido ou des films inconnus  dcouvrir".
 
    C'est la dernire tape du combat que le ralisateur de Raging Bull
    mne depuis plus d'un quart de sicle pour la prservation du
    patrimoine cinmatographique. En 1979, il est le premier  lancer un
    cri d'alarme face  la dgradation des ngatifs dtenus par les grands
    studios. En 1990, il cre avec d'autres grands d'Hollywood (Clint
    Eastwood, Francis Coppola...) la Film Foundation qui se consacre  la
    restauration de classiques comme La Nuit du chasseur, de Charles
    Laughton, ou Le Fleuve, de Jean Renoir. Dans le calme d'un riad, le
    cinaste a rpondu, avec son enthousiasme habituel,  nos questions sur
    sa nouvelle entreprise cinphile.
 
    Pourquoi avoir choisi Transes comme premier film  restaurer ?
 
    La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la
    cinmathque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le
    responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film
    comptait beaucoup pour moi. J'ai trouv que c'tait une merveilleuse
    ide.
 
    La premire fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film
    La Valse des pantins, en 1981. A l'poque, on montait les films la
    nuit, et je travaillais avec la tlvision allume. Mon attention a t
    retenue par les images d'un concert, et le film est pass en boucle
    toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'tait la vie au
    Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'tait
    quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocains, pas de la
    position des classes suprieures. Je suis tomb amoureux de cette
    posie. J'ai ensuite achet la musique, et elle m'a inspir pour les
    images de La Dernire Tentation du Christ, que j'ai tourn au Maroc en
    1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie.
 
    Qu'est-ce qui vous a pouss  crer cette fondation ?
    La World Cinema Foundation s'inscrit dans le sillage de l'American Film
    Foundation, avec laquelle on a fait beaucoup de progrs pour veiller
    la conscience de ceux qui ont le pouvoir sur les films, les dtenteurs
    de droits, pour dvelopper l'ide du cinma comme culture, comme
    patrimoine. L'ide de cette fondation tait de faire travailler
    ensemble les studios et les archives de film.
 
    Le fait que cette ide pouvait se rvler rentable tait important pour
    les studios, et nous avons propos qu'ils restent propritaires de
    leurs droits, et que deux nouvelles copies soient tires pour chaque
    film, une pour eux, et l'autre pour les archives. A ce jour, 480 films
    ont t restaurs. Rcemment, nous nous sommes dit qu'il faudrait
    poursuivre cette action dans des pays qui n'ont pas les moyens de cette
    tche.
 
    Quel est son fonctionnement ?
    L'ide est de faire appel  un groupe de cinastes qui ont le mme
    sentiment, et qui peuvent chacun apporter un ou deux titres de films
    qu'ils voudraient voir restaurer. Gianluca Farinelli se met alors en
    qute du ngatif, des droits, et dtermine ce qu'il est possible de
    faire. C'est beaucoup plus compliqu qu' Hollywood, o les droits sont
    aux mains des studios. Chaque film a son histoire, et chaque
    restauration est un processus unique. Le but est aussi de lever de
    l'argent pour aider les archives des diffrents pays, leur permettre
    d'accrotre leurs capacits de stockage par exemple, ou crer des bases
    de donnes.
 
    Que vous inspire le fait qu'il y ait de moins en moins de salles en
    Afrique ?
    J'ai appris qu'En attendant le bonheur, le trs beau film du
    Mauritanien Abderrahmane Sissako, n'tait vu qu'en DVD dans son pays,
    comme Abouna, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun. Je dois aller voir
    Souleymane Ciss (le ralisateur malien de Yeelen et Waati) au Mali
    pour parler de la cration cinmatographique en Afrique. Mais pourrons
    aussi parler de l'importance de crer une salle de cinma pour montrer
    ces films. Cela ne fait pas partie des objectifs de la fondation, mais
    si nous arrivons  trouver les ngatifs et  les restaurer, alors
    l'exposition des films s'impose comme l'tape suivante. L'exposition,
    c'est d'abord les festivals, mais la salle vient juste aprs. Il nous
    appartient de soulever tous les problmes. Les rsoudre, c'est une
    autre affaire...
 
    Et le DVD ?
    L'dition DVD et la diffusion sur Internet font partie du plan, ce qui
    devrait beaucoup nous aider financirement. Mais le DVD en soi n'est
    pas un enjeu. Ce qui compte, c'est le ngatif ; le numrique ne dure
    pas.
 
 
