<FILE-date="2008/01/14/19">
<article-nb="2008/01/14/19-1">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  L&#38;#39;tat de grce de Mikhel Saakachvili a dur deux heures. Vainqueur de l&#38;#39;lection prsidentielle gorgienne, le 5 janvier, avec 53,3 % des voix, il a clbr cette performance devant ses partisans, avant que ses adversaires lancent l&#38;#39;offensive contre les fraudes lectorales.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      L 'tat de grce de Mikhel Saakachvili a dur deux heures. Vainqueur
    de l'lection prsidentielle gorgienne, le 5 janvier, avec 53,3 % des
    voix, il a clbr cette performance devant ses partisans, avant que
    ses adversaires lancent l'offensive contre les fraudes lectorales. Le
    13 janvier, une grande manifestation tait destine  donner la parole
     la rue contre les urnes. Le confort politique a disparu de la vie du
    prsident, lu pour son premier mandat, en 2004, avec un score
    tourdissant (96 %).
 
 
    En quelques mois, l'incarnation de la "rvolution des roses" a vu
    monter l'opposition intrieure et fondre une partie de son crdit 
    l'tranger. Pourtant, le procs fait  M. Saakachvili, qui comporte des
    pices  charge relles, inspire des doutes sur la crdibilit de ses
    accusateurs publics. Une ambigut traverse la coalition des partis
    d'opposition, nourrie par le flou de leurs projets : revendiquent-ils
    la rvolution de 2003, en considrant que M. Saakachvili l'a dvoye,
    ou bien s'inscrivent-ils dans une sorte de contre-rvolution cache ?
 
    Beaucoup de reproches peuvent tre adresss  M. Saakachvili : sur son
    mode de gouvernement brutal ; sur sa dcouverte tardive des
    traumatismes subis par une partie de la population au gr de rformes
    extraordinairement ambitieuses, menes au pas de charge et sans
    consultation ; sur sa stratgie de la tension vis--vis de la Russie,
    qui le conduit  exploiter ou  exagrer le moindre incident entre les
    deux pays en Abkhazie et en Osstie-du-Sud, les deux rgions
    sparatistes.
 
    Mais les procureurs les plus svres doivent admettre que la
    transformation de la Gorgie est visible  l'oeil nu. Il faut entendre
    les habitants de la capitale, Tbilissi, voquer ces temps rcents o
    l'inscurit les empchait de sortir le soir, o l'lectricit manquait
    dans de nombreuses rues du centre, o les routes taient toutes
    dfonces. Aujourd'hui, la croissance semble forte, malgr l'inflation
    ; la Banque mondiale vient de classer le pays parmi les 25 les plus
    favorables au monde pour les investisseurs ; l'puration dans les
    administrations et la lutte contre la corruption ont constitu des
    preuves douloureuses, mais indispensables, jamais entames en Russie.
 
    Il est curieux de voir comment l'image de M. Saakachvili a bascul 
    l'tranger. En 2003, la rvolution pacifique l'avait consacr pionnier
    de la dmocratie dans l'ex-URSS. Pendant trois ans, il fut lou pour sa
    modernit et ses rformes librales, soutenu sans conditions. On
    pardonnait tout  David parce qu'il sentait le souffle du Goliath russe
    sur sa nuque fragile. L'automne 2007 a plong la plupart des
    observateurs dans un excs inverse. Le pouvoir a t accus d'usage
    dmesur de la force, de rpression contre les mdias et
    d'autoritarisme.
 
    Le 7 novembre, le recours aux balles en caoutchouc et au gaz
    lacrymogne contre les manifestants, l'instauration de l'tat d'urgence
    et le raid contre la chane prive Imedi ont constitu le point d'orgue
    d'une escalade dommageable pour le pouvoir. Ds lors, le prsident
    gorgien a dcid d'abrger son mandat de seize mois pour se prsenter
    de nouveau devant les lecteurs. Un fait unique dans la zone.
 
    Existe-t-il des doubles standards  l'gard de la Gorgie ? Oublie-t-on
     quelles pesanteurs sovitiques - mentales et structurelles - le pays
    continue de s'arracher ? On reproche  M. Saakachvili d'avoir fait un
    coup politique en dcidant d'organiser des lections anticipes. Mais
    la stratgie est autorise en dmocratie et on connat des exemples o
    elle tourne mal, lorsqu'on dissout l'Assemble nationale pour disposer
    d'une majorit plus confortable. M. Saakachvili a refus de dbattre
    avec l'opposition avant le premier tour ? L encore, l'exemple de
    l'lection prsidentielle franaises montre que ce cas n'est pas
    unique. On le dit narcissique ; on en connat d'autres. On fustige sa
    communication  l'amricaine, formate pour la tlvision ; quel
    candidat majeur, dans les pays dmocratiques de la plante, se
    passe-t-il de ces recettes ?
 
    UNE DMOCRATIE FAITE D'ARGILE
 
    Argument plus srieux, l'opposition s'est plainte d'une campagne
    lectorale inquitable et de falsifications, qui l'auraient prive de
    plus de 100 000 voix. La mobilisation des ressources administratives et
    la fermeture pendant un mois de la chane Imedi ont t soulignes par
    les observateurs. Le dsquilibre tait clair. On est tout de mme loin
    du contexte russe : les candidats d'opposition passaient
    quotidiennement  la tlvision, sans parler de la diffusion de leurs
    clips sur toutes les chanes. En outre, leurs reprsentants ont
    scrupuleusement surveill les bureaux de vote, ce qui explique le
    nombre de contestations. Il y eut des irrgularits - volontaires ou
    causes par l'amateurisme des autorits locales -, qu'a soulignes
    l'OSCE en termes embarrasss : un mauvais usage de l'encre marquant
    chaque lecteur sur le pouce ; une prsence policire exagre prs des
    bureaux ; des transmissions de protocoles suspectes.
 
    Difficile de savoir si l'opposition a t ainsi prive d'un second
    tour. Mais celle-ci a conquis Tbilissi, la capitale, malgr une absence
    de programme et un candidat mdiocre. Le seul projet de Levan
    Gatchetchiladze consistait  dmissionner en cas de victoire, pour
    supprimer le rgime prsidentiel. Si les tricheries taient massives,
    comment aurait-il obtenu ce succs symbolique ?
 
    Autre point soulev par l'opposition : elle s'est dite dpourvue de
    financements d'entrepreneurs privs. Or le plus riche d'entre eux,
    Badri Patarkatsichvili, lui-mme candidat, se disait prt au dbut de
    la campagne  financer les partis opposs  M. Saakachvili,
    dmobilisant les contributeurs moins clbres. La coalition prtend ne
    rien avoir touch. Toutefois, sa crdibilit a t entame par la
    tentation du recours au milliardaire.
 
    L'ambition de M. Patarkatsichvili et sa dtestation pour le prsident
    taient telles qu'il avait bti un scnario de coup d'Etat, prvoyant
    ds le 5 janvier des manifestations pour dnoncer les fraudes
    lectorales et la neutralisation du ministre de l'intrieur, pour
    contrler la police. Ce plan a t djou par la rvlation,  dix
    jours du vote, d'une vido hallucinante o il converse avec un haut
    responsable du ministre de l'intrieur. Aujourd'hui poursuivi pour
    "complot terroriste" et "conspiration contre l'Etat", M.
    Patarkatsichvili croyait acheter ses faveurs avec 100 millions de
    dollars ; le fonctionnaire, lui, enregistrait tout grce  un micro
    dissimul dans une chaussure. Des mthodes dignes de la Russie des
    annes 1990 o sifflaient comme des balles les documents
    compromettants. Des mthodes qui tmoignent d'une vidence : la
    dmocratie gorgienne est faite d'argile, et pas encore de l'airain de
    ses modles.
 
<article-nb="2008/01/14/19-2">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  Une journaliste de France 3, Marie-Agns Peleran, a film pendant plusieurs mois l&#38;#39;activit de L&#38;#39;Arche de Zo, l&#38;#39;association qui se faisait fort d&#38;#39;amener en France, hors de tout cadre lgal, des orphelins du Darfour.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      U ne journaliste de France 3, Marie-Agns Peleran, a film pendant
    plusieurs mois l'activit de L'Arche de Zo, l'association qui se
    faisait fort d'amener en France, hors de tout cadre lgal, des
    orphelins du Darfour. Son tmoignage, accablant pour les deux
    dirigeants de cette trange organisation, tait diffus dimanche 13
    janvier sur France 5. Ce rcit  la premire personne commence ainsi :
    "Je surfe sur Internet. Je tombe sur cet appel : "Il faut sauver les
    enfants du Darfour pendant qu'il en est encore temps." C'est la
    premire fois que j'entends parler de L'Arche de Zo." Elle contacte
    l'association par mail. Elle souhaite s'occuper d'un de ces enfants.
    Elle filme les runions au cours desquelles, Eric Breteau, prsident de
    L'Arche de Zo, tente de recruter des familles d'accueil. Celui-ci est
    formel : "C'est une opration humanitaire d'vacuation d'urgence. En
    aucun cas, ce n'est une adoption." Il joue sur les mots. Il bluffe
    aussi. "On a des contacts au plus haut niveau de l'Etat", dit-il d'un
    air entendu. En ralit, il a t convoqu  la brigade des mineurs de
    la Prfecture de police et,  plusieurs reprises, au Quai d'Orsay, o
    il a t mis en garde. Mais ce pompier bnvole ne retient qu'une chose
    : il n'a pas t mis en examen, donc il peut continuer. Ces images
    montrent ses talents de persuasion. On n'est pas loin de l'atmosphre
    d'une secte, avec ses deux lments-cls : un chef charismatique et la
    certitude qu'il y a urgence...
 
 
    Le carnet de route se poursuit au Tchad. L'association change de nom.
    Elle s'appelle dsormais "Children Rescue".
 
    Elle installe son quartier gnral  Abch, dans l'est du Tchad, et un
    poste avanc  Adr, tout prs de la frontire avec le Soudan,
    c'est--dire avec le Darfour.
 
    Des chefs de village amnent des enfants en prtendant qu'ils sont
    orphelins et originaires du Darfour. Ils ne sont ni l'un ni l'autre,
    comme Marie-Agns Peleran le dcouvre assez vite. Lors d'une scne
    terrible, on voit Emilie Lelouch, l'assistante d'Eric Breteau, faire la
    leon  des mres venues rcuprer leur enfant, ou qui hsitent  le
    lui confier. Si elles ne sont pas capables de s'en occuper, qu'elles le
    lui laissent ! Il s'agit videmment de trouver des enfants pour les
    familles d'accueil qui s'impatientent en France. Ceux-ci doivent tre
    suffisamment jeunes. Lors d'une autre scne, on voit Emilie Lelouch
    vrifier l'ge des enfants en inspectant leur dentition. "J'ai
    l'impression que nous venons faire notre march", commente Marie-Agns
    Peleran.
 
    Assaillie de doutes, celle-ci arrte de filmer. "La suite, vous la
    connaissez tous. Le 25 octobre, nous sommes arrts sur le chemin de
    l'aroport", conclut-elle. La journaliste a t ramene en France le 4
    novembre dans l'avion de Nicolas Sarkozy.
 
<article-nb="2008/01/14/19-3">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  Lisez l'intgralit de l'article pour plus d'information.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">      P ersonne n'a vcu la grandeur et la dcadence conomique de l'Empire
    britannique face aux Etats-Unis plus intensment que Winston Churchill,
    mort en 1965  l'ge de 90 ans.
 
    Erige  Parliament square, la statue de bronze du "Vieux Lion" va
    pouvoir retrouver son allure fire et dominatrice : pour la premire
    fois depuis la fin du XIX^e sicle, l'ancienne puissance impriale
    dtrnerait son ex-colonie au hit-parade conomique.
 
 
    A lire une tude du consultant Oxford Economics, le produit intrieur
    brut (PIB) par tte du Royaume-Uni a dpass celui constat
    outre-Atlantique : 23 500 livres sterling par an, compar  23 250
    livres (31 127 euros, contre 30 796 euros). L'cart est certes faible,
    mais suffisant pour autoriser le Sunday Times  clamer victoire sur la
    superpuissance : "Nous vivons mieux que les Amricains."
 
    "Hritage des profondes rformes des annes 1980-1990, le Royaume-Uni
    est le champion des grands pays industrialiss", assure l'auteur du
    rapport et directeur d'Oxford Economics, Adrian Cooper.
 
    A l'actif d'Albion : une monnaie stable, une inflation matrise et un
    march du travail libralis. La nouvelle prminence de la City sur
    Wall Street atteste de cette formidable russite. A titre de
    comparaison, la France et l'Allemagne sont respectivement  21 700 et
    21 665 livres sterling.
 
    Ce constat est toutefois loin de faire l'unanimit. "Depuis le milieu
    des annes 1990, la croissance britannique a t artificiellement
    gonfle par une politique fiscale laxiste, l'essor de l'immobilier et
    la pompe du crdit  la consommation", rplique Michael Saunders,
    conomiste en chef de la banque Citigroup. En 2008, celui que l'on
    surnomme la "pythie de la place boursire londonienne" prvoit un taux
    de croissance pour le Royaume-Uni de 1,7 %, contre 2 % pour les
    Etats-Unis.
 
    Un pessimisme partag par la majorit des conomistes rcemment
    interrogs par le Financial Times, qui prdisent la pire anne
    conomique depuis l'clatement de la bulle Internet en 2001.
 
    Par ailleurs, en raison d'un cot de la vie moindre, les Amricains
    disposent d'un pouvoir d'achat largement suprieur aux sujets de Sa
    Majest. La productivit de la main-d'oeuvre britannique est galement
    plus faible.
 
    Ecout tout aussi religieusement par les investisseurs, Martin Weale,
    du National Institute of Economics and Social Research, appelle  la
    prudence dans l'interprtation des donnes brutes. "Le taux de change
    fausse les comparaisons nationales, dit-il. Les diffrences de pouvoir
    d'achat restent difficiles  valuer. Si le dollar devait continuer 
    monter face  la livre, comme c'est le cas depuis deux mois, le
    Royaume-Uni risque de retrouver derrire les Etats-Unis au printemps."
 
    M. Weale a calcul qu'en terme de taille du PIB, en ce dbut 2008, la
    France est dsormais repasse devant le Royaume-Uni ! La faiblesse de
    la livre sterling par rapport  l'euro, plutt que l'activit dans
    l'Hexagone, est  l'origine de ce recul d'Albion  la sixime place
    derrire les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la Chine et la France.
    Churchill qui rit, Churchill qui pleure.
 
<article-nb="2008/01/14/19-4">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  Voici donc la &#38;#34;flexiscurit  la franaise&#38;#34;. Le projet d&#38;#39;accord entre syndicats et patronat permettrait  l&#38;#39;employeur de licencier plus facilement et au salari de mieux conserver ses droits.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      V oici donc la "flexiscurit  la franaise". Le projet d'accord entre
    syndicats et patronat permettrait  l'employeur de licencier plus
    facilement et au salari de mieux conserver ses droits.
    Donnant-donnant, gagnant-gagnant.
 
    L'ex-France binaire (gauche/droite, laques/catholiques,
    public/priv...) devient de plus en plus un pays de compromis. La
    dernire campagne prsidentielle avait t celle de l'"ordre juste" et
    de la "rupture tranquille". Mais il fallait aller au-del de ces
    oxymores : non plus seulement allier deux mots de sens contraire, mais
    les marier, les fusionner, baptiser d'un seul terme l'obscure clart et
    le dormeur veill. Voici donc, emprunte  l'Europe du Nord, la
    flexiscurit.
 
 
    Rien  voir avec la proxiscurit que propose Michle Alliot-Marie. La
    ministre de l'intrieur veut mettre en place "une police qui soit
    proche des gens". Rien  voir, sinon que, l aussi, les clivages
    politiques disparaissent, mais sans oser le dire : il s'agit tout
    simplement de la police de proximit, mise en place par la gauche, et
    que la droite s'tait employe  dtruire... C'est maxipetit.
 
<article-nb="2008/01/14/19-5">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  C&#38;#39;est compliqu, l&#38;#39;Europe. C&#38;#39;est compliqu, la politique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      C 'est compliqu, l'Europe. C'est compliqu, la politique. Entendue
    vendredi soir, cette dclaration du premier secrtaire du Parti
    socialiste  propos de l'Europe et du nouveau trait que le Congrs est
    invit  ratifier dbut fvrier : "Nous avons, dans un bureau national
    du mois de novembre, pris la position de ratifier le trait de
    Lisbonne. La position que moi j'ai trouve la plus simple  exprimer,
    c'est que pour le premier vote, qui portera sur la rvision de la
    Constitution, pralable  la ratification, puisqu'il y aura deux votes,
    le mieux, c'est de ne pas participer  ce vote, pour marquer notre
    opposition  cette procdure et notre prfrence, qui aurait t vers
    le rfrendum."
 
 
    Vous roulez tranquillement en coutant la radio et vous vous surprenez
     froncer les sourcils dans un effort dsespr de comprhension.
    Inutile. Vous venez d'entendre une dclaration d'anthologie. Est-ce une
    erreur de communication ? Une simple difficult d'expression ? Un
    malheureux pataqus ? L'ultime synthse par Franois Hollande des
    positions antagonistes au sein de son parti ? Donnons notre langue au
    chat et constatons que nous allons d'erreur en erreur, plus ou moins
    hilarante, plus ou moins inquitante.
 
    Prenons l'affaire Bartabas, cuyer de haut vol. Furieux d'une baisse
    des subventions accordes  l'Acadmie du spectacle questre de
    Versailles, il vandalise le bureau du directeur de la direction
    rgionale des affaires culturelles (DRAC), puis saccage quelques
    photocopieuses et secoue vigoureusement des radiateurs. Deux heures
    plus tard, le cavalier se retrouve en garde  vue et s'tonne. On lui
    reproche d'avoir perdu ses nerfs alors qu'il a, selon lui, exprim une
    juste colre...
 
    Quelques jours passent, et le directeur fondateur du Thtre questre
    Zingaro fait la leon  la ministre de la culture dans une lettre
    ouverte publie par Le Nouvel Observateur : "On ne convoque pas un
    artiste trois heures avant une reprsentation pour lui annoncer une
    telle nouvelle ; et lorsque celui-ci donne  son dsespoir l'expression
    de la colre, on ne demande pas deux heures aprs les faits sa mise en
    garde  vue, l'empchant de se rendre  son thtre pour la
    reprsentation du soir. C'est faire preuve de mpris ou, au mieux,
    d'incomptence. Et sur ce point, Madame la ministre, j'aimerais
    entendre vos excuses."
 
    Cherchez l'erreur ! Christine Albanel, ministre de la culture, lui
    rappelle tous les efforts que l'Etat a dj consentis envers son
    Acadmie, et s'interroge : " (...) Je vous le demande au nom de mon
    amiti blesse, qui doit prsenter ses excuses  l'autre ?" Oui, on
    aimerait bien connatre la rponse du fougueux cavalier.
 
    On aimerait aussi connatre le point de vue de Simone de Beauvoir, dont
    le mme hebdomadaire,  l'occasion de l'anniversaire du centenaire de
    sa naissance, a publi, il y a une dizaine de jours en couverture, une
    photo de dos. Nue. Se serait-elle indigne, scandalise ? Aurait-elle
    souri, applaudi ? Qui sait ?
 
    Et que rpondrait-elle  tous ceux qui rcusent son oeuvre ? Trop
    intellectuelle, trop fministe. Que dirait-elle aux blass qui
    affirment premptoirement que Les Mandarins tombent des mains ? Ceci :
    prenez seulement la peine de l'ouvrir. Et de fait, le prix Goncourt
    1954 permet de dcouvrir Beauvoir derrire la jeune fille range et la
    dame au turban. Derrire son image.
 
    En la lisant, on comprend  quel point tout ce qui se dit sur elle et
    sur sa manire d'analyser la socit est souvent erron. Dans ce roman
     cls, on retrouve Sartre et Camus, les relations entre le premier et
    le deuxime sexe. Sans parti pris. On renoue avec les dbats de
    l'poque - faut-il parler des camps sovitiques ? faut-il s'allier avec
    le Parti communiste ? - et on salue l'artiste. Oui, on peut encore lire
    Les Mandarins.
 
<article-nb="2008/01/14/19-6">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  L&#38;#39;industriel indien a vu merger une classe moyenne qui ne peut plus se satisfaire des trajets  cinq sur une moto.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      D ans les annes 1970, Citron fut tent de mettre fin  la production
    de la 2 CV et proposa de la revendre au gouvernement indien. Toute
    socialiste qu'elle tait, l'Inde ddaigna l'offre des Franais : ce
    n'tait pas une voiture du pauvre qu'il lui fallait, mais une
    automobile haut de gamme pour transporter ses apparatchiks. Les choses
    se seraient-elles passes autrement si Ratan Tata, le pre de la Tata
    Nano, avait t au gouvernement ?
 
 
    Pas forcment. D'abord, Ratan Tata n'aurait pas t au gouvernement.
    L'homme qui passera  la postrit comme l'Indien qui a lanc, le 10
    janvier 2008, la voiture la moins chre du monde vient d'une longue
    ligne d'entrepreneurs. Son arrire-grand-pre, Jamshedji Nusserwanji
    Tata, a commenc dans le textile, en crant l'entreprise familiale en
    1870. Architecte et ingnieur form  Cornell puis  Harvard, Ratan a
    pris la tte de Tata Sons en 1991. Depuis, le groupe Tata a rachet
    Tetley Tea, la premire socit de th britannique, Corus Steel, le
    gant anglo-nerlandais de l'acier, il fait le tiers de son chiffre
    d'affaires  l'tranger et s'apprte  avaler Jaguar et Land Rover.
 
    Ensuite, Ratan Tata aurait peut-tre jug que le march indien n'tait
    pas prt pour la "voiture du peuple". Lorsqu'il a conu l'ide de la
    voiture  100 000 roupies (1 700 euros), en 2003, lui qui n'avait que
    cinq ans d'exprience dans l'industrie automobile, les experts ont
    rican. Mais Tata avait fait ses calculs. "En Inde, expliqua-t-il en
    2006  une revue spcialise, on a 1 milliard d'habitants, 17-18
    millions de plus chaque anne, et une classe de consommateurs de 250
    millions. Dans le secteur automobile, on ne s'intresse qu'au haut de
    la pyramide, et c'est l qu'ont t vendues 1 million de voitures l'an
    dernier. Est-ce l le vrai potentiel du march indien ? On a aussi
    vendu l'an dernier 6 millions de motos et de trois-roues : si un
    constructeur peut atteindre ce march-l, les perspectives sont
    immenses. Et Tata pense que c'est faisable. Si on a une petite voiture
    en tte, alors il faut tre audacieux, prendre quelques risques et
    avoir une chelle de consommation du produit bien plus large, en Inde
    ou ailleurs. Si on ne le fait pas, les Chinois le feront." Tata a vu
    merger une classe moyenne qui ne peut plus se satisfaire des trajets 
    cinq sur une moto, y compris la belle-mre et le dernier-n, mais pour
    laquelle les vhicules proposs sur le march ne sont pas abordables.
 
    Il n'est pas le premier  avoir cette vision. "La rvolution, c'tait
    la Ford T, affirme Patrick Fridenson, historien de l'industrie
    automobile  l'EHESS, et l'ouverture  un crneau de masse avec un
    vhicule simple et robuste." C'tait en 1908, exactement un sicle
    avant la Tata Nano. Il en a t vendu 15 millions, plus qu'aucun autre
    modle. Entre-temps, plusieurs constructeurs europens ont adapt la
    recette d'Henry Ford, dont Citron, qui avait donn comme cahier des
    charges au concepteur de la 2CV, en 1936 : "Quatre roues sous un
    parapluie, un vhicule conomique et sr, capable de transporter 4
    personnes et 50 kg de bagages." La "voiture du peuple", Volkswagen en
    allemand, c'est Hitler qui l'a impose, en prsentant ses exigences 
    Ferdinand Porsche en 1933 : conue pour une famille de cinq, elle
    devait atteindre 100 km/h et coter 1 000 Reichsmark - le prix d'une
    moto. Cela donna la Coccinelle. Plus prs de nous, la Logan de Renault
    a renouvel le genre. Pour tous ces modles, la cl de la russite,
    souligne Patrick Fridenson, "c'tait la qualit, l'innovation,
    l'ingniosit. Constituer un progrs rel. La voiture du peuple ne doit
    pas tre celle du riche appauvrie".
 
    La Tata Nano rpond  ces critres et fait de Ratan Tata,  70 ans, le
    digne hritier d'Henry Ford. Ce n'est pas la seule chose qu'ils aient
    en commun : l'industriel indien et son groupe sont trs impliqus dans
    la philanthropie. Et, comme Ford, dont le succs de la Ford T a
    contribu  l'adoption du Federal Aid Road Act en 1916, Tata pense que
    l'augmentation du nombre de conducteurs contraindra le gouvernement
    indien  acclrer son programme d'infrastructures routires. Mais,
    au-del de l'hritage, Tata apporte une autre vision aux pays mergents
    et au milliard de consommateurs potentiels qu'ils reclent. Il envisage
    pour la Nano un systme d'assemblage dans des units  bas cot un peu
    partout dans le pays, places sous la responsabilit de "jeunes
    entrepreneurs" forms par Tata Motors, et aussi en Indonsie ou en
    Afrique. Tout cela, dit-il, "c'est faisable, mais on n'est pas obligs
    de le faire de la manire conventionnelle dont l'Occident aborde ces
    produits. L'Occident, lui, ne vise pas le bas de la pyramide".
 
    S'il remporte le pari de la Nano, avec le talent de l'ingnierie
    indienne, Ratan Tata aura redfini pour ce milliard d'acheteurs la
    notion d'accessibilit. Voil son innovation.
      __________________________________________________________________
 
    Post-scriptum. Le 9 janvier, la Chine a annonc que les magasins ne
    pourraient plus distribuer de sacs en plastique  partir du 1^er juin
    et que la production des sacs trs fins serait, elle, carrment
    interdite : il faut 37 millions de barils de ptrole par an pour
    fabriquer les trois milliards - oui, trois milliards - de sacs que les
    Chinois utilisent chaque jour et jettent un peu partout. Le 10 janvier,
    le ministre australien de l'environnement, Peter Garrett, a annonc son
    intention d'en finir avec le sac plastique d'ici un an. Toll dans
    l'opposition, qui pense qu'il faut d'abord rflchir au cot et aux
    alternatives. Finalement, c'est plus simple en Chine.
 
    Courriel : lettredasie@lemonde.fr.
 
<article-nb="2008/01/14/19-7">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  En tourne dans les pays du Golfe, George Bush a accus l&#38;#39;Iran, dimanche 13 janvier, d&#38;#39;tre &#38;#34;une menace pour la scurit des nations&#38;#34; et &#38;#34;le premier parrain tatique du terrorisme&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      E n tourne dans les pays du Golfe, George Bush a accus l'Iran,
    dimanche 13 janvier, d'tre "une menace pour la scurit des nations"
    et "le premier parrain tatique du terrorisme". Il faut prendre garde 
    ces propos parce que M. Bush, si affaibli soit-il dans sa dernire
    anne de prsidence, n'en est pas moins responsable de la politique
    amricaine, notamment sur le dossier iranien. Or ce problme n'a pas
    disparu, loin s'en faut.
 
 
    Plusieurs vnements viennent de rappeler l'ampleur des dfis poss par
    l'Iran aux Etats-Unis, aux pays voisins et  la scurit
    internationale. Dans les eaux du dtroit d'Ormuz, le 6 janvier, un
    incident naval dont les dtails restent  claircir a mis aux prises
    des btiments militaires amricains et des vedettes des Gardes
    rvolutionnaires iraniens. Dans le face--face entre l'Iran et les
    Etats-Unis, le danger qu'un accrochage militaire mette le feu aux
    poudres reste une ralit.
 
    M. Bush a hauss le ton contre la Rpublique islamique alors qu'il se
    trouvait  Abu Dhabi. Le prsident amricain voulait sans doute
    rassurer les pays arabes sunnites, qui craignent un affrontement
    gnral avec l'Iran, puissance chiite montante. Au Liban, aussi, le
    poids de l'Iran se fait sentir via le relais du Hezbollah. L'impasse
    politique perdure dans ce pays, o le scrutin prsidentiel, prvu
    depuis novembre, a de nouveau t report, cette fois au 21 janvier.
 
    Le regain rhtorique amricain contre l'Iran rappelle aussi que la
    diplomatie n'est toujours pas parvenue  rsoudre l'imbroglio
    nuclaire. Le 3 dcembre, un rapport des agences de renseignement
    amricaines affirmait que l'Iran avait arrt  l'automne 2003 ses
    activits nuclaires de nature militaire. La pression diplomatique que
    Washington, Londres et Paris voulaient maintenir sur Thran, avec une
    menace de nouvelles sanctions  l'ONU, s'en est trouve singulirement
    affaiblie. Mais il faut regarder de prs le texte de ce rapport, ainsi
    que ses notes de bas de page, pour comprendre qu'un seul des volets
    problmatiques du programme iranien a peut-tre t arrt, celui qu'il
    est le plus facile de reprendre. La partie la plus difficile du travail
    pouvant conduire  une bombe nuclaire,  savoir l'enrichissement
    d'uranium, continue.
 
    Le directeur de l'Agence internationale de l'nergie atomique, Mohamed
    ElBaradei, vient de se rendre  Thran, o il a conclu un accord sur
    un dlai de quatre semaines pour que les Iraniens expliquent leurs
    activits scientifiques passes. Ce dlai sera-t-il respect ? Le
    calendrier, initialement fix au mois de dcembre 2007, ne cesse de
    glisser. L'Iran, pendant ce temps, ne s'est toujours pas conform aux
    demandes du Conseil de scurit de l'ONU, qui exige la suspension de
    l'enrichissement. Sur le front nuclaire, comme sur les autres enjeux
    rgionaux dans lesquels l'Iran est impliqu, rien n'est rgl.
 
<article-nb="2008/01/14/19-8">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  L&#38;#39;interdiction de fumer dans les lieux publics laisse libre cours  un vritable &#38;#34;sadisme social&#38;#34;.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      L 'inclination hyginiste et puritaine des Etats-Unis accouche, tous
    les soixante-dix ans environ, d'un diable  pourfendre. Dans les annes
    1850, l'alcool fut dsign comme le monstre  abattre. Dans les annes
    1920, il fut totalement prohib, avec le succs que l'on sait. Les
    adorateurs de la vertu s'attaqurent, en 1990, au tabac. Avec un
    certain retard, l'Europe a suivi, non en raison d'une quelconque
    directive ou d'un rglement bruxellois honni, mais par une imitation
    qui a, de la bien-pensance, le caractre moutonnier et vindicatif.
 
 
    Un dlectable sadisme social s'applique dsormais aux fumeurs,
    contraints d'offrir, dans le froid glac, le spectacle de leur intimit
    mise  nu. Il y a quelque chose d'obscne dans ces troupeaux de
    misrables, rassembls au pied des bureaux et des tours pour exposer au
    mpris gnral leur honteux vice, rendu ridicule par la hte et l'effet
    de horde. Modernes bannis,  qui il ne manque plus qu'une crcelle ou
    une rouelle, dsigns  la rprobation des "purs" aux poumons tout
    roses et au souffle parfum qui tiennent dsormais le haut du pav.
 
    Ren Andrieu, le brillant ditorialiste du quotidien L'Humanit, au
    temps o le Parti communiste ralliait les suffrages d'un lecteur sur
    quatre, avait coutume de remarquer qu'il n'existait, aux yeux des
    conservateurs, que trois sortes de bons communistes : les communistes
    trangers ; les communistes repentis ; enfin les communistes morts. Il
    semble que, pour les non-fumeurs triomphants d'aujourd'hui, il
    n'existe, pareillement, que trois sortes de fumeurs acceptables. Le
    cinaste David Lynch est tranger, tout comme Fidel Castro. Sigmund
    Freud, qui mourut d'un cancer de la gorge  cause de ses cigares,
    Winston Churchill, Andr Malraux, Melina Mercouri et bien d'autres ont
    rejoint la demeure de leurs pres et de leurs mres sans avoir connu
    l'opprobre qui frappe les fumeurs de 2008.
 
    Reste les fumeurs repentis ou repentants. Avec une hypocrisie
    fascinante, c'est eux, et exclusivement eux, qu'interrogent les grands
    mdias. Leur unanimit est touchante : les yeux humides, tous
    confessent qu'ils sont d'anciens fumeurs en puissance, ne rvent que
    d'arrter et remercient la maternelle puissance publique qui les
    protge d'eux-mmes. Pas une voix discordante dans cette propagande
    bien orchestre, qui dgouline de bons sentiments et o parat, dans
    toute sa splendeur, la vertu, appuye, nous dit-on, par des sondages
    formels : tout le monde est pour, voui, Madame, mme les fumeurs !
 
    La ralit est bien sr diffrente. L'radication totale du tabac des
    lieux de rencontre accoutums est vcue par beaucoup comme une
    disposition liberticide et excessive, qui est moins le signe du souci
    de protger la sant que de la volont d'habituer les gens  voir
    rogner les liberts individuelles et  leur assigner un statut
    d'enfant, de mineur incapable de se gouverner sans l'ombre tutlaire de
    la loi. Intrusive et totalitaire, celle-ci dpasse les bornes.
 
    Pourquoi ne pas avoir, comme en Belgique ou en Espagne, laiss le choix
    aux tablissements de se dclarer fumeurs ou non-fumeurs ? Au nom de
    quelle idale puret obliger tout le monde  vivre de la mme faon ?
    Si un patron de bar fume, pourquoi empcherait-il ses clients de
    sacrifier  leur got ? L'hyginisme a bon dos. Sans barguigner,
    d'ailleurs, il s'accommode d'une pollution galopante et de bien
    d'autres causes de mortalit prcoce.
 
    DICTATURE DE LA VERTU
 
    Non, non, c'est le tabac qu'il faut radiquer, toutes affaires
    cessantes, c'est lui qu'il faut fltrir, c'est sur lui qu'il faut
    polariser toutes les tendances haineuses que recle une socit. Le
    fumeur, voil l'ennemi ! De doctes professeurs agitent le spectre des
    infarctus du myocarde - il est urgent d'en faire reculer le nombre,
    Monseigneur -, de pontifiants ministres assurent que la sant publique
    est  ce prix et que le cigare de ce pauvre Andr Santini fait courir
    des risques aussi mortels que, tenez, la rception d'une lettre
    recommande vous annonant sans coup frir votre licenciement, ou les
    gaz d'chappement des automobiles placs juste  la hauteur des
    poussettes des bambins.
 
    L'crivain Eugne Le Roy disait que "les jeunes mdecins font les
    cimetires bossus". Les apprentis sorciers de 2008 appliquent une
    mdication radicale qui, croient-ils, supprimera progressivement
    l'usage d'une drogue en vente libre, au moins pour l'instant. Leur rve
    d'une socit exempte de ce qu'ils considrent comme un vice
    intolrable ressemble  un cauchemar. La dictature de la vertu n'a
    jamais, sous aucun ciel, produit que des vices pires encore, couverts
    du manteau de l'hypocrisie et de la violence sociale.
 
    Les assurances vont bientt s'engouffrer dans la brche, proposant, 
    l'aide de la mdecine prdictive, des produits pour purs et des
    produits pour impurs - pouah ! par ici la monnaie s'iou plat. La
    convivialit, la tolrance, la solidarit, le vivre ensemble, le tissu
    social, qu'est-ce donc que ces vieilleries ? La vertu, vous dis-je !
    J'ai bien peur que notre monde ne ressemble de plus en plus  une
    nouvelle de Philip K. Dick, l'auteur amricain de science-fiction qui
    dcrivait un monde d'hyper-scurit et d'hyperviolence, dans les
    blements d'agneau de la propagande, toujours suave, toujours dlicate
    et toujours, bien sr, en images.
      __________________________________________________________________
 
    Anne Parlange est crivain.
 
<article-nb="2008/01/14/19-9">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Sous prtexte de rformer le code du travail, on adapte le droit des salaris au programme du prsident Nicolas Sarkozy et au projet politique de l&#38;#39;UMP.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      "D codification : processus qui consiste  oeuvrer en faveur de
    l'inaccessibilit et de l'absurdit du droit". Cette dfinition de
    l'oeuvre ralise par la majorit actuelle, cense "simplifier  droit
    constant" le code du travail, n'a pas pour auteur un responsable de
    l'opposition, mais un professeur de droit.
 
 
    Prcisons d'abord ce qu'est, dans notre droit, une codification. Le
    Conseil d'Etat rappelait le 26 novembre 2001, reprenant les termes du
    Conseil constitutionnel, que "le gouvernement ne saurait,  l'occasion
    de la codification autorise par la loi, apporter des modifications de
    fond aux dispositions lgislatives existantes, et qu'il n'est fait
    exception  ce principe que s'il s'agit d'assurer le respect de la
    hirarchie des normes ou de procder  l'harmonisation du droit, cette
    dernire devant se borner  remdier aux incompatibilits pouvant
    apparatre entre les dispositions soumises  la codification". Une
    recodification ne peut donc tre ralise qu' droit constant pour
    rendre la lgislation plus lisible et plus accessible.
 
    Qu'en est-il en l'espce ? Incontestablement, la recodification
    propose n'a pas t ralise  droit constant. De nombreuses
    dispositions du code initial ont t vinces du nouveau code, ou
    rduites dans leur champ d'application. Plusieurs prrogatives de
    l'inspection du travail et de la mdecine du travail ont disparu, ainsi
    que des obligations pesant sur l'employeur d'information des salaris
    sur le statut conventionnel applicable ou les horaires de travail, ou
    encore des prrogatives des reprsentants du personnel en matire
    d'amnagement du temps de travail. Oublis ou manoeuvres dlibrs, ces
    rgressions sociales ont, pour certaines, t corriges dans le nouveau
    code  l'issue du dbat parlementaire grce aux amendements dposs par
    la gauche au Snat et  l'Assemble nationale. Il en demeure toutefois
    de nombreuses, qui heurtent le principe mme de la codification  droit
    constant.
 
    Ces reculs "objectifs" ne sont pas les plus graves, et comme souvent en
    droit, le diable se cache dans les dtails. Trs insidieusement, le
    nouveau texte remet en cause  maintes reprises des lments
    fondamentaux du code du travail sans vincer purement et simplement une
    rgle de droit, rendant beaucoup plus dlicate la caractrisation d'une
    recodification  "droit variant".
 
    Quelques exemples saillants :
 
    Plusieurs catgories de salaris ont t exclues du code du travail.
    Certes, les rgles de droit qui les concernent n'ont pas disparu, mais
    ont t externalises vers d'autres codes : les salaris agricoles, les
    assistants maternels, les salaris du transport, des mines, de
    l'ducation, les marins, etc. Or on sait que l'laboration du droit du
    travail ces cent trente dernires annes a d'abord consist  unifier
    le statut des travailleurs subordonns, de manire  forger une
    condition salariale protectrice et galitaire. A la suite d'autres
    offensives de la droite ces dernires annes tendant  soustraire des
    catgories de salaris au code du travail, cette externalisation ne
    peut tre juge fortuite. Le dtricotage, demain, des garanties
    sociales de ces travailleurs sera d'autant plus ais qu'il n'impliquera
    pas de toucher au code du travail.
 
    Dans l'ancien code, un article prvoyait que toute rupture du contrat
    de travail pour des raisons conomiques rpondait aux dispositions du
    code sur les licenciements conomiques. Cela revenait  dire que mme
    si la fin du contrat prenait la forme d'une rupture amiable,
    l'employeur devait respecter la procdure du licenciement conomique,
    et notamment consulter le comit d'entreprise. En d'autres termes,
    l'employeur ne pouvait chapper  ces dispositions protectrices des
    salaris au motif qu'il avait obtenu l'accord du salari, accord dont
    on sait dans quelles conditions il peut tre obtenu. Le Medef combat
    depuis des annes cette disposition, qui a disparu du nouveau code,
    laissant la porte ouverte  un contournement banalis du droit du
    licenciement conomique ds qu'une rupture relve d'un accord amiable,
    tant observ que le gouvernement prvoit justement de faire plus de
    place ... la rupture amiable des contrats.
 
    Avant la recodification, une disposition prvoyait qu'aprs tout
    licenciement conomique, un employeur, s'il embauche  nouveau pendant
    une priode donne, a l'obligation de proposer le poste en priorit 
    la personne licencie. Cette priorit de rembauchage a t introduite
    dans le nouveau code, mais dans une section qui ne concerne que les
    licenciements de plus de dix salaris dans une priode de trente jours.
    Ainsi, tous les salaris victimes de petits licenciements conomiques
    risquent dsormais d'tre privs de ce droit. De mme, les articles sur
    la rmunration et ceux sur le temps de travail ont t runis dans une
    mme partie. O la philosophie du "travailler plus pour gagner plus" de
    Nicolas Sarkozy pntre mme le code du travail... Quant aux
    dispositions sur le travail le dimanche, elles sont runies sous le
    nouveau vocable "besoins du public", en cho au projet gouvernemental
    d'extension des autorisations du travail dominical.
 
    Enfin, environ 500 articles de l'ancien code ont purement et simplement
    disparu de la partie lgislative du nouveau, au motif qu'ils
    relveraient du pouvoir rglementaire. Ds lors, des dispositions aussi
    importantes que le montant de l'indemnit de pravis due en cas de
    licenciement pourront, grce  cette manoeuvre, tre modifies 
    l'avenir par simple dcret, sans dbat parlementaire.
 
    Ce travail de codification, suppos neutre, a en ralit pour principal
    objet d'adapter l'architecture et la philosophie du code du travail au
    projet politique de l'UMP. Cens tre ralis  droit constant, il
    supprime des dispositions, met en cause l'unit du droit du travail,
    dclasse et fragilise des garanties sociales. Destin en principe 
    clarifier le droit et  en faciliter la comprhension par nos
    concitoyens, il se traduit par une inflation du nombre d'articles et
    suit un ordonnancement incomprhensible qui en fera un outil
    exclusivement rserv aux juristes spcialiss en droit social.
 
    Le texte de ce nouveau code a pour support une ordonnance datant du 12
    mars 2007. La prcipitation avec laquelle le gouvernement a impos le
    dbat parlementaire sur la loi ncessaire  la transposition de cette
    ordonnance tait exclusivement destine  court-circuiter le Conseil
    d'Etat, appel  se prononcer sur la lgalit du texte. Le vote
    dfinitif de la loi de transposition rendant caduc le recours devant le
    Conseil d'Etat, seul le Conseil constitutionnel sera dsormais amen 
    apprcier la conformit de cette bizarrerie juridique aux principes
    constitutionnels. Les arguments dvelopps par les auteurs de la
    saisine, ici sommairement exposs, tablissent clairement la
    non-conformit du texte  la dfinition donne avec constance par le
    Conseil constitutionnel  la codification.
 
    De l'aveu mme de l'expert qui a coordonn ce travail, "plusieurs mois,
    voire plusieurs annes, seront ncessaires pour que ce nouveau code
    rvle tous ses secrets". Du "droit constant" qui cache des secrets, la
    formule relverait d'une mauvaise plaisanterie si elle ne concernait
    pas le quotidien de 22 millions de salaris.
      __________________________________________________________________
 
    Alain Vidalies, dput socialiste des Landes, est secrtaire national
    du Parti socialiste aux entreprises.
 
<article-nb="2008/01/14/19-10">
<filnamedate="20080114"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080114"><AAMMJJHH="2008011419">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10">  Supprimer la publicit ? Pourquoi pas. Si de srieux financements suivent.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10">      L 'annonce surprise (encore un feu d'artifice, ou plutt, esprons-le,
    encore un ptard mouill) par le prsident de la Rpublique de la
    suppression de la publicit sur les chanes du service public est un
    mauvais coup port  France Tlvisions, mais aussi, osons les grands
    mots,  la culture (franaise, en l'occurrence - mais le problme
    dborde de beaucoup la France).
 
 
    Encore faut-il comprendre pourquoi. Evitons ici les batailles de
    principe et les dogmes. On peut avoir un service public puissant,
    soutenant les genres majeurs, la fiction, le documentaire, de vrais
    magazines d'information (qui ne soient pas des ersatz de reality-show),
    de vrais dbats (qui ne soient pas des talk-shows poubelles) et mme de
    vrais jeux (oui, il y a des jeux qui servent le service public mieux
    que d'autres) avec ou sans publicit.
 
    L'absence de publicit a beaucoup d'avantages : elle permet de
    construire des programmes diffremment (sans se soucier des services
    qu'ils rendent  l'audience de l'cran publicitaire qui suit ou qui
    prcde). Elle offre au spectateur des programmes, mme du plus humble
    des jeux, un sentiment qu'aprs tout ce flot d'images n'est pas une
    sorte de gigantesque annexe de la machine  vendre qui est pour
    beaucoup, aujourd'hui, le moteur de nos socits.
 
    ALIBI MDIOCRE
 
    De surcrot, et contrairement  ce qui s'crit parfois, la suppression
    de la publicit n'entrane pas invitablement une baisse de l'audience.
    Une chane de tlvision nationale a besoin d'audience, non seulement
    pour l'argent des annonceurs, mais aussi pour sa propre lgitimit,
    quasi dmocratique, pour parler au nom d'un grand public qu'elle
    russit  atteindre.
 
    Avant l'arrive de la publicit sur les chanes publiques europennes,
    entre la fin des annes 1950 et le milieu des annes 1960, dans la
    plupart des cas, on mesurait l'audience tout simplement pour dire :
    nous sommes l, dans la socit. La BBC a veill sur son audience avec
    le plus grand soin tout au long de son histoire. Sans publicit.
 
    Alors, pourquoi ne pas applaudir M. Sarkozy ? Tout simplement parce
    qu'il faut penser, d'abord, et surtout, en termes de ressources du
    service public. Qu'une grande tlvision, capable de faire de bons
    programmes, est riche. Que l'appareil de production audiovisuelle
    franais demeure, en comparaison avec l'allemand et l'anglais, trs
    faible, et que l'explication historique  long terme tient d'abord  la
    faiblesse du taux de redevance. L'annonce de suppression de la
    publicit n'a de sens qu'avec un plan clair, mis en oeuvre en mme
    temps, d'quilibrage, ou mieux, beaucoup mieux, d'augmentation sensible
    des ressources.
 
    Les ides fumeuses de taxation,  demi labores, sentent l'alibi
    mdiocre. Faut-il augmenter massivement la redevance ? C'est
    impopulaire ! Alors que les cots phnomnaux du tlphone portable,
    qui frappent bien des mnages populaires, passent inaperus. Il faut
    dire non, tout de suite. Ou bien tre optimiste, et attendre un vrai
    plan de rquilibrage des ressources. Je veux esprer, tout m'invite 
    douter.
      __________________________________________________________________
 
    Jrme Bourdon, historien des mdias, est directeur du dpartement de
    communication de l'universit de Tel-Aviv.
 
