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<filnamedate="20080113"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080113"><AAMMJJHH="2008011319">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  Jusqu&#38;#39;ici, les affaires de famille dans le rock se rsumaient aux fratries. 
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      A la place du mort, il y avait le fils. Sur le tabouret du batteur John
    Bonham officiait sa progniture, Jason, lors de l'autoproclam "concert
    du sicle", la reformation du groupe britannique Led Zeppelin  l'O2
    Arena de Londres, le 10 dcembre 2007. Jason Bonham venait d'entrer
    dans sa quatorzime anne quand le foie de son pre, en 1980, ne
    rsista pas  l'ingestion de 80 vodkas. Vingt-sept ans plus tard, dans
    cette symbolique transmission de baguettes, il devait imiter le pre :
    ponctuer d'une lourde frappe les chansons que l'on entend dans le film
    The Song Remains the Same. Jason y apparat. Il a alors  peine atteint
    l'ge de raison et joue dj de la batterie, comme papa.
 
 
    Led Zeppelin, la formation qui a symbolis mieux que toute autre le
    passage du rock  l'ge industriel dans les annes 1970 - mgatournes
    avec long-courriers et tonnes de matriel, albums vendus par millions 
    partir du triptyque sexe, drogues et rock'n'roll -, est en passe
    d'inventer un nouveau modle : le groupe de rock familial. Dj, un de
    ses hritiers du hard-rock, Van Halen, se reforme  son tour avec une
    attraction  la basse : Wolfgang Van Halen, 16 ans, fils d'Eddie, le
    guitar hero. Et  la batterie son oncle, Alex Van Halen, frre d'Eddie.
    Van Halen, rockers depuis 1974...
 
    S'ils se transforment en entreprises familiales reprises par les
    hritiers, les groupes de rock pourraient dpasser les Rolling Stones
    en longvit. Chez les Who, il a fallu pallier la dfection de Keith
    Moon, disparu pour les mmes causes que Bonham en 1978. L'actuel
    remplaant est son filleul, Zak Starkey. Un autre enfant de la balle,
    puisqu'il est le fils de Ringo Starr, le batteur des Beatles. Chez les
    Who, toujours, la deuxime guitare est tenue par Simon Townsend au ct
    de son frre Pete, le leader.
 
    Jusqu'ici, les affaires de famille dans le rock se rsumaient aux
    fratries. La liste pourrait tre longue : Everly Brothers, Allman
    Brothers Band, les frres Wilson (Beach Boys), Davies (Kinks), Fogerty
    (Creedence Clearwater Revival), Asheton (Stooges), Gibbs (Bee Gees),
    Young (AC/DC) et, pour la soul, les Jackson 5. La tradition a t
    maintenue par les Gallagher (Oasis) ou les Kings of Leon. Mais jamais
    un rocker n'avait envisag de jouer de la musique avec ses parents.
    Plutt mourir. Comme une chambre d'adolescent, le rock tait un espace
    rserv et interdit aux adultes.
 
    La notion de famille musicale avec transmission filiale tait propre au
    gospel (les Staple Singers avec un patriarche et ses trois filles) ou 
    la country (la Carter Family et son arbre gnalogique qui s'tend sur
    cinq gnrations de musiciens). Soit un genre sacr dans le premier
    cas, bigot dans le second, tous deux conservateurs et porteurs des
    valeurs familiales. Le rock, lui, se trouve en totale contradiction
    avec ses origines, puisqu'il est n d'un choc gnrationnel et prnait
    l'mancipation de la jeunesse (le choix des copains contre la famille,
    le groupe de rock comme tribu dsire). Le fameux slogan
    "Laisseriez-vous votre fille sortir avec un Rolling Stone ?" est hors
    sujet. Aujourd'hui, votre fille vous accompagne aux concerts des papys
    britanniques.
 
    Pour les baby-boomers, le rock tait un puissant vecteur identitaire,
    qui marquait la rupture par rapport  la gnration prcdente. Ce que
    les parents pouvaient couter - la musique classique, Tino Rossi et
    Luis Mariano, Brassens et Brel - tait rejet, du moins provisoirement.
    Aujourd'hui, Bob Dylan, Led Zeppelin ou Jimi Hendrix ne menacent plus
    la tranquillit des foyers, ils les fdrent. Mme les Doors de The End
    avec son dsir de meurtre et d'inceste oedipiens. Ces artistes
    appartiennent  la catgorie du "classic rock". Un terme de
    lgitimation, d'institutionnalisation, qui les a vids de tout
    potentiel subversif.
 
    Le rock est devenu la musique la plus intergnrationnelle qui soit, le
    classique et le jazz souffrant d'une image trop litiste. On l'entend
    partout :  la radio, dans la publicit et les hypermarchs. Alli 
    l'industrie, il a accompli ce qu'aucun genre musical n'a su faire avant
    lui. La raison en est simple : les dcideurs dans l'conomie de la
    culture, les mdias et la publicit sont des baby-boomers. Leur got
    s'est impos  tous, la contre-culture de jadis est devenue la culture
    dominante. Non seulement jeans et cheveux longs n'offusquent plus
    personne  l'approche des quarante ans de Mai 68, mais la consommation
    de cannabis ignore les tranches d'ge. La "cool attitude", le jeunisme,
    cette pathologie qui dispute, sinon confisque, l'ge tendre  sa
    descendance, sont la norme.
 
    Du coup, aucun sisme musical ne s'est produit depuis vingt ans, depuis
    le rap et la techno. Deux genres pour lesquels les ans professent
    souvent au mieux de l'incomprhension, au pire du mpris. En dnonant
    dans les deux cas leur suppose indigence musicale, l'absence de
    message dans la techno et son exagration dans le rap. Quant au R'n'B,
    alliance du hip-hop et de la soul visant surtout un public fminin, il
    est strictement hdoniste donc inoffensif.
 
    INTERDIT AUX PLUS DE 18 ANS
 
    Ceux qui continuent de croire au pouvoir des guitares lectriques sont,
    eux, confronts  une intimidation permanente. Souponns de n'tre que
    des clones des gloires du pass, ils sont couts d'une oreille amuse,
     l'afft des citations et des emprunts. Le respect rvrencieux que
    manifestent des groupes comme les White Stripes ou Arcade Fire (pour ne
    citer que les plus dous)  l'gard des anciens n'arrange rien.
 
    Le rock est paradoxalement devenu un spectacle familial au moment o la
    famille traditionnelle se dsagrge. Autrefois, les salles de concert
    taient des lieux o les parents restaient  la porte. Sinon, cela
    aurait signifi se couvrir de ridicule devant ses camarades.
    Aujourd'hui, ils accompagnent leurs enfants - quand ce n'est pas
    l'inverse. Au concert de Bruce Springsteen au Palais omnisports de
    Paris-Bercy, le 17 dcembre 2007, une pancarte dans le public, faisant
    allusion  la chanson My Hometown, avisait ainsi le "Boss" : "Bruce,
    nous avons un garon de 8 ans et il est l."
 
    Les tarifs des concerts, prohibitifs, ncessitent que les parents
    mettent la main au portefeuille. Ils peuvent donc choisir les
    spectacles. Ce qui n'exclut pas des concessions. Car on sort aussi en
    famille pour la nouvelle idole des adolescents, Mika. En pratiquant un
    habile recyclage de Freddie Mercury, des Bee Gees et d'Elton John, ce
    garon a su se rendre familier  tous. Face  cet accaparement, les
    Britanniques ont peut-tre trouv la parade avec la mode des Underage
    Parties : des concerts de trs jeunes artistes, interdits aux plus de
    18 ans.
 
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  Lisez l'intgralit de l'article pour plus d'information.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      L 'euro trop cher ! L'euro inflationniste ! L'euro dans les mains des
    bureaucrates de Francfort ! L'euro incapable de booster la croissance !
    Nicolas Sarkozy, qui aime commander  droite,  gauche, des rapports
    sur tous les sujets, ferait bien de lire celui de l'Institut Bruegel
    sur la monnaie unique. Il ne l'a pas demand, mais il y trouvera, non
    pas de quoi alimenter son ire contre les insuffisances de la
    gouvernance conomique europenne, mais de quoi la raisonner (Coming of
    Age : Report on the Euro Area). Entre les critiques formules de faon
    violente souvent, publiques toujours, mais veuves de propositions de
    rformes, et les dvots des traits de Maastricht et d'Amsterdam, voil
    une liste de modifications intelligentes, abordables et concrtes. Le
    prsident franais devrait les faire siennes pour mettre du contenu
    dans ses vituprations et celles de ses conseillers proches.
 
 
    L'euro est entr dans sa dixime anne. C'est un succs. Personne de
    srieux n'imagine en sortir. Chypre et Malte viennent de rejoindre le
    club, l'Eurozone compte dsormais quinze membres. Mais, dans le mme
    temps, la hausse des prix a dpass 3 % en novembre (dernier indice
    connu), les opinions publiques se plaignent de relvements de prix
    depuis son introduction, la banque centrale ne parvient pas  faire
    cesser les attaques contre son inflexibilit et la croissance de
    l'Union ramollit sans que l'euro n'y puisse rien.
 
    L'largissement conduit  l'entre dans la zone de pays dont le niveau
    conomique est trs lointain de celui des fondateurs. Mais pourtant on
    leur applique mcaniquement les rgles d'hier, en matire d'inflation
    par exemple, en leur imposant des niveaux qu'ils sont incapables
    d'atteindre, sauf  tricher.
 
    Surtout, il y a dix ans, l'euro devait poser les fondations sur
    lesquelles se construirait ensuite l'Europe fdrale. La monnaie tait
    la premire pierre d'un difice conomico-politique. Mais depuis, la
    construction s'est arrte, laissant bant le ct politique.
    L'Eurogroupe n'a ni ligne de conduite d'ensemble ni pouvoir sur les
    conomies des pays membres. " Les politiques conomique et montaire de
    l'Union ne se rduisent (pourtant) pas  l'argent", dplore Jean-Claude
    Juncker, le prsident de cet Eurogroupe.
 
    Vingt ans aprs le document de Jacques Delors, qui posait le principe
    de l'Union montaire, les architectes sont toujours diviss en trois,
    explique Bruegel : les partisans d'une Union minimale, qui s'en
    tiennent  l'indpendance de la Banque centrale,  la discipline
    budgtaire et au bon fonctionnement de la concurrence ; ceux qui
    veulent plus de coordination entre les gouvernements des pays membres ;
    et ceux qui plaident toujours pour une union politique fdrale.
 
    C'est l'indcision du combat de ces trois lignes qui paralyse l'Europe
    et qui, tout en n'empchant pas la machine de fonctionner correctement,
    nourrit l'insatisfaction permanente de tous les passagers. Qui surtout
    ne permet pas de tirer le meilleur parti conomique de l'euro. La
    monnaie unique a beaucoup d'effets positifs (par exemple de permettre 
    de nombreux pays, comme la France, d'accumuler les dficits ou
    d'amortir les effets de la crise financire), mais elle ne suffit pas 
    dynamiser les quinze membres, chacun tirant la couverture  lui.
 
    Il est temps de clarifier, avance Bruegel. La conjoncture devient moins
    porteuse que sur la priode 1999-2007, o les deux moteurs amricain et
    chinois taient en phase. Les Etats-Unis ralentissent aujourd'hui
    fortement, et toutes les autres rgions, dont l'Europe, en subiront les
    consquences.
 
    D'autre part, la runification de la famille europenne autour du
    mini-trait cre un bon climat. Il devrait tre possible d'avancer des
    propositions de rformes.
 
    Bruegel en offre de trois sortes. Sur le plan montaire, d'abord, la
    BCE devrait clairement adopter un ciblage de l'inflation (c'est--dire
    abandonner toute rfrence au montarisme hrit de la Deutsche
    Bundesbank). Et ce choix devrait bien entendu tre soutenu par
    l'Eurogroupe. Par ailleurs, la reprsentation des pays europens au FMI
    devrait tre consolide en la personne du prsident de l'Eurogroupe qui
    deviendrait "M. Euro", le reprsentant extrieur de l'Union. Du coup,
    il serait demand une discipline aux gouvernements, qui n'auraient plus
    le droit de parler, par exemple, du niveau euro-dollar.
 
    Sur le plan budgtaire ensuite, Bruegel estime que l'attention de
    Bruxelles doit tre porte sur la dette (sa progression) mais qu'en
    change les pays devraient obtenir plus d'autonomie par rapport aux
    stricts critres de dficits budgtaires. Sur le plan des rformes
    structurelles enfin, et c'est le sujet principal : le prsident de
    l'Eurogroupe devrait pouvoir intervenir pour les dfinir et les
    promouvoir dans chacun des pays. Le budget europen devrait les
    financer.
 
    L'avantage de ces changements est qu'ils ne demandent que peu de
    modifications institutionnelles. Pas besoin d'un nouveau trait,
    heureusement. Mais une ligne est trace, qui permet d'avancer dans la
    rsolution de la quadrature du cercle : plus de coordination, mais en
    mme temps plus d'autonomie.
 
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