<FILE-date="2008/01/11/19">
<article-nb="2008/01/11/19-1">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1">  Querelles d&#38;#39;hritiers, pices manquantes, soupons de contrefaon... Le partage des biens du sculpteur, mort en 1998, n&#38;#39;est toujours pas rgl. Un procs va s&#38;#39;ouvrir, Bercy est saisi.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1">      A ssise dans le bureau de son avocat, la dernire compagne de Csar,
    mort en dcembre 1998, aimerait enfin parler de "choses positives".
    Comme cette exposition ddie au sculpteur, qui ouvrira ses portes  la
    Fondation Cartier,  Paris, au mois de juin. Mais l'ordre du jour est
    "encore" la succession de l'artiste, soupire Stphanie Busuttil : un
    long feuilleton sur les oeuvres disparues ou contrefaites, qui devrait
    connatre, sous peu, de nouveaux rebondissements.
 
 
    Neuf ans aprs la mort de Csar, la succession n'est toujours pas
    rgle - elle est place sous administration judiciaire - et le partage
    des biens n'a pas eu lieu. Deux clans s'affrontent depuis 2000 : d'un
    ct, la famille de Csar, sa veuve, Rosine Baldaccini, son unique
    fille, Anna Baldaccini-Puigsegur et le mari de cette dernire, Didier
    Puigsegur. De l'autre, Stphanie Busuttil,  qui Csar a lgu le droit
    moral et la moiti de sa fortune.
 
    Qui n'tait pas mince. N pauvre en 1921,  Marseille, o son pre
    tait tonnelier, Csar tait devenu un des artistes franais les plus
    populaires. Sa faconde et sa malice, ses tenues tudies d'ouvrier
    mtallurgiste arbores chez Castel, les reportages rguliers que lui
    consacrait Paris Match, ont souvent fait oublier qu'il tait un des
    plus importants sculpteurs franais du sicle. Un grand amoureux des
    femmes, aussi.
 
    Sa jeune hritire a reu le soutien d'Alain-Dominique Perrin, ancien
    PDG des "must de Cartier", crateur de la Fondation Cartier pour l'art
    contemporain et actuel patron de Richemont, groupe de luxe mondial. Un
    homme influent, ami de Csar qui se trouve tre aujourd'hui son
    excuteur testamentaire.
 
    Ennemies devant les tribunaux, les deux parties sont bien obliges de
    s'entendre pour rgler les affaires courantes : un jour, c'est la
    verrire de l'atelier de la rue Roger,  Paris, qui doit tre rpare ;
    un autre, c'est le propritaire du local o sont entreposes les
    oeuvres de Csar qui rclame son loyer. "On vend une sculpture et on
    paie celui qui crie le plus fort", rsume l'avocat de M^me Busuttil,
    M^e Stphane Guillotteau, que ce dossier "empoisonne".
 
    Au Muse national d'art moderne du Centre Pompidou,  Paris, on
    s'impatiente aussi : alors que les hritiers ont propos une
    quarantaine de pices du sculpteur en dation, en 1999, les experts de
    Beaubourg n'ont toujours pas accs aux oeuvres. "Si une telle situation
    devait se prolonger, elle finirait par faire chouer la procdure",
    prvient le prsident de Beaubourg, Alain Seban, ancien conseiller de
    Jacques Chirac  l'Elyse.
 
    Les avocats ne dsesprent pas, pourtant, de conclure enfin cette
    affaire : le droit moral et la qualit de lgataire de M^me Busuttil,
    contests par la famille de Csar, ont t reconnus jusque devant la
    Cour de cassation, le dernier arrt datant de novembre 2007. M^e
    Olivier Schnerb, qui dfend la fille et l'ancienne pouse du sculpteur,
    a perdu tous ses procs. L'avocat n'en revient pas. Au moins, se
    console-t-il, ce chapitre est clos.
 
    Car un autre va bientt s'ouvrir : le procs des "faux Csar", devant
    le tribunal correctionnel de Grasse (Alpes-Maritimes). Ds l'automne
    2001, les gendarmes de la section de Marseille avaient saisi des faux,
    parmi lesquels des dessins. Trois personnes taient mises en examen,
    dont le principal faussaire du rseau, Eric Piedoie. Selon l'enqute,
    M^me Busuttil a fourni des certificats d'authenticit  des oeuvres qui
    se sont rvles fausses. "Elle s'est trompe. Cela peut arriver aux
    meilleurs connaisseurs", assure son avocat, qui tient  minimiser
    l'impact du trafic. Toute cette publicit n'est pas bonne pour la cote
    de l'artiste...
 
    Mais le sujet le plus sensible, celui qui est au centre de toutes les
    discussions entre avocats, concerne les oeuvres dites manquantes.
    L'imbroglio a commenc  l't 2000 : l'administration fiscale a
    rclam des explications sur prs de 350 oeuvres qui restaient
    introuvables, sur un stock de 1 200 (compressions, bronzes, fers
    souds...). Aprs moult recoupements, le nombre d'oeuvres disparues a,
    certes, t revu  la baisse, autour de 170.
 
    Mais, mme  ce niveau-l, le montant du redressement fiscal atteignait
    des sommets vertigineux. La famille de Csar a vite souponn Stphanie
    Busuttil d'avoir dtourn des pices  son profit. En tant que
    cogrante de la Socit civile atelier Csar (SCAC), n'avait-elle pas
    particip activement  la gestion des oeuvres de l'artiste ?
 
    "DES CADEAUX"
 
    En 2001, une information tait ouverte contre X... En dcembre 2004, la
    brigade de rpression de la dlinquance astucieuse (BRDA) concluait que
    M^me Busuttil avait dissip sciemment quelque 200 oeuvres et commis
    l'infraction d'abus de confiance. "Un rapport  charge !", dnonce
    l'avocat de la jeune hritire, M^e Gattigneau. En avril 2006, M^me
    Busuttil a t blanchie par une ordonnance de non-lieu, d'o il ressort
    que seule une trentaine de pices manquent  l'appel, parmi lesquelles
    "aucune oeuvre majeure".
 
    Comment en est-on arriv l ? "Au fur et  mesure de l'instruction, il
    est apparu que certaines oeuvres comportaient une incohrence de
    numrotation, d'autres n'avaient pas t tires, d'autres avaient t
    retrouves sur les diffrents inventaires de 1999, d'autres avaient
    chang de nom, d'autres encore taient en ralit des oeuvres rputes
    vendues ou dtruites, des oeuvres non identifies (...), revendiques
    par des tiers comme tant des cadeaux", lit-on dans l'ordonnance de
    renvoi. La dcision de justice confirme par ailleurs le point de vue de
    Denyse Durand-Ruel, auteure du catalogue raisonn de l'oeuvre de Csar.
 
    L'histoire n'est pas finie ! C'est le fisc qui fixera le nombre
    d'oeuvres manquantes. En effet, l'administration fiscale n'est pas
    tenue par les dcisions de justice. En l'espce, suivra-t-elle les
    conclusions de l'ordonnance de non-lieu ? Les deux parties y ont
    intrt et jouent dsormais sur le mme terrain. Concrtement,
    l'affaire va se rgler dans les cabinets ministriels, et tout
    particulirement  Bercy. "Csar est un artiste majeur du XX^e sicle.
    Il faut rgler cette affaire le plus intelligemment possible. On avait
    nou des contacts avec l'ancien ministre dlgu au budget,
    Jean-Franois Cop. Maintenant, on travaille avec l'quipe d'Eric
    Woerth", indique M^e Guilloteau. En esprant qu'un prochain remaniement
    gouvernemental ne vienne pas compromettre le dnouement tant attendu...
 
<article-nb="2008/01/11/19-2">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2">  La galerie Claudine Papillon prsente des oeuvres de la priode 1960 de l&#38;#39;artiste sudois.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2">      E n 1959 vient  Paris un jeune artiste sudois de 22 ans, Erik
    Dietman. Il ne connat personne  son arrive et, quelques mois plus
    tard, est dj proche des futurs inventeurs du nouveau ralisme et de
    Fluxus. Pour autant, Dietman n'a jamais t membre de ces mouvements.
    "Deux, c'est dj une arme", avait-il coutume de dire pour dfendre
    son indpendance, demeure intacte jusqu' sa mort, en 2002.
 
 
    Ses annes 1960, auxquelles Claudine Papillon consacre exclusivement
    son exposition, sont celles des inventions ironiques, des petits riens
    destructeurs, des parodies meurtrires. Il rinvente le monochrome et
    se paie la tte du pop. "Matre du sparadrap", il en recouvre
    minutieusement toutes sortes d'objets et d'images.
 
    INCERTAIN ET FLOTTANT
 
    Il fait semblant de les panser, en bon infirmier, mais, en ralit, les
    mtamorphose en ftiches et en nigmes. Tout y passe, emballages et
    cartons envelopps avec une prcision absurde, photos encadres ou
    caches par l'adhsif rose, peintures et mots masqus. Le sparadrap,
    que l'on ne souponnait pas de tant de qualits artistiques, devient le
    moyen d'une opration gnrale d'allgement et de dsamarrage du monde,
    rendu alors incertain et flottant.
 
    Avec le temps, le matriau a gagn une patine rose sombre du plus bel
    effet. Beaut que Dietman n'aurait pas refuse : car ce no ou
    ultradadaste agit avec un souci constant de l'lgance.
 
    Qu'il conoive le sac  main en Plexi inutilisable ou son cousin en
    pain, non moins obstinment ferm, l'incongruit de l'invention va de
    pair avec un souci d'excution impeccable. Mme grce dans les
    minuscules dessins et critures, les collages et les dchirures de
    petit format : pourquoi faire grand quand quelques centimtres d'ironie
    suffisent ? L'esprit de dmonstration et l'argument d'autorit lui sont
    trangers. L'exposition doit permettre de prendre la mesure de cet art
    qui ne s'est jamais pris au srieux - et n'en est donc que plus
    enchanteur.
      __________________________________________________________________
 
    Erik Dietman, Galerie Claudine Papillon, 13, rue Chapon, Paris-3^e.
    Tl. : 01-40-29-07-20. Du mardi au samedi, de 14 heures  19 heures.
    Jusqu'au 23 fvrier.
 
<article-nb="2008/01/11/19-3">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3">  Lyon-Duba City devrait voir le jour dans quatre ans.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3">      A prs le Louvre d'Abu Dhabi, Duba, l'mirat voisin, veut s'offrir
    "l'me" de Lyon. D'ici quatre ans, Lyon-Duba City devrait voir le
    jour. Soit une petite ville de 400 hectares, inspire du modle urbain
    lyonnais et s'articulant autour de ses principales institutions
    culturelles : le Muse des tissus, l'universit, l'Institut Lumire,
    l'Institut Paul Bocuse, et mme le club de football de l'Olympique
    lyonnais.
 
 
    A l'origine de ce projet, on trouve Butti Saeed Al-Gandhi, le prsident
    d'Emivest, le plus gros investisseur dubaote. Ce dernier dit tre
    "tomb amoureux" de l'ancienne capitale des Gaules. L'homme d'affaires
    a sign, mercredi 9 janvier, avec la ville et diffrentes institutions
    lyonnaises, un protocole d'accord. Cette opration indite, dont les
    contenus culturels, ainsi que la localisation -  l'intrieur ou 
    l'extrieur de la mtropole dubaote - restent  dfinir, a t dcide
    en  peine deux mois. Ce projet assez fou intervient alors que de
    nombreux Etats du Golfe multiplient les projets culturels ambitieux en
    partenariat avec la France - le Louvre  Abu Dhabi - ou d'autres pays.
 
    Fabriquer un morceau de Lyon  Duba intervient aprs un partenariat
    conclu en juin 2007 entre l'universit Lyon-II et l'universit
    canadienne de Duba qui vise  crer "l'universit franaise de Duba".
    Ds le mois d'aot, le directeur de cabinet du maire de Lyon et le
    charg des affaires internationales mis en contact avec Butti Saeed
    Al-Gandhi s'envolaient pour Duba. L'investisseur, rput grand
    francophile et homme de culture, leur a indiqu qu'il souhaitait aller
    trs au-del de ce simple partenariat afin de crer un ensemble urbain.
 
    Allche par les capacits d'investissements de ses interlocuteurs, la
    ville de Lyon s'est engouffre dans le projet, proposant de faire
    travailler l'urbaniste Jean-Paul Lebas, un connaisseur de cette rgion,
    qui supervise notamment la construction de North Bahren, une ville
    nouvelle du royaume du Golfe. Il aura neuf mois pour prsenter ses
    esquisses et convaincre.
 
    Quels seront les contours de ce Lyon des sables ? La mairie comme
    l'urbaniste assurent qu'il ne s'agit pas de crer une sorte de Las
    Vegas en pastichant les quartiers Renaissance ou haussmanniens -
    classs au patrimoine mondial de l'humanit - qui font la renomme de
    Lyon, mais d'importer "l'urbanit lyonnaise" et "l'esprit de la ville".
 
    L'EXEMPLE DU LOUVRE
 
    "Le projet permettra de reproduire en plein dsert le meilleur du style
    et de la qualit de vie lyonnais", s'enorgueillit le maire de Lyon,
    Grard Collomb. L'objectif, selon Jean-Paul Lebas, est "qu'un habitant
    retrouve l'atmosphre, l'art de vivre de Lyon, des places, des espaces
    publics, des rues pitonnes, des immeubles bas, des cafs, qui
    n'existent pas aujourd'hui dans cette ville verticale". Ce dernier
    voque un quartier sans voitures, ax sur le dveloppement durable,
    avec une architecture contemporaine. Dans une premire tranche, la
    ville comportera trois mille logements, des commerces et des bureaux.
    Un concours d'urbanisme devrait tre lanc. Les contenus des
    partenariats avec les institutions culturelles sont encore flous. La
    mairie dit tudier les hypothses mais prte attention  l'exemple du
    Louvre d'Abu Dhabi.
 
    Le Muse des tissus lyonnais, riche d'une exceptionnelle collection,
    sous-exploite  Lyon, pourrait prter ses trsors, livrer des
    expositions "cls en main" en change de contreparties financires.
    "C'est un moyen de valoriser nos collections et de trouver des moyens
    financiers pour dvelopper nos muses", indique la mairie.
 
    L'Institut Lumire, dirig par le cinaste Bertrand Tavernier et par
    Thierry Frmaux, responsable du Festival de Cannes, pourrait crer une
    "cinmathque du monde" regroupant des productions aujourd'hui
    disperses. L'Institut Bocuse envisage de dvelopper une cole
    htelire et l'Olympique lyonnais un centre de formation de joueurs.
    D'autres institutions, comme le Muse des beaux-arts, pourraient aussi
    tre associes.
 
    Derrire les changes culturels et la volont affiche par la mairie de
    "contribuer au rayonnement international de Lyon", l'entourage du maire
    ne cache pas son intrt d'attirer dans la ville ces riches
    investisseurs et de faciliter l'accs des entreprises lyonnaises 
    Duba. Jean-Michel Aulas, le prsident de l'Olympique lyonnais, pour
    qui le business n'est jamais loin, voque la possibilit d'implanter
    sur place une brasserie  l'enseigne du club.
 
    Interrog sur le cot de ce projet, Butti Saeed Al-Gandhi a seulement
    indiqu qu'un "rve n'a pas de cot". Jean-Paul Lebas parle d'un
    investissement de l'ordre de 1,8 milliard d'euros  l'horizon 2015. La
    collectivit lyonnaise n'entend pas apporter sa contribution. Duba,
    selon Grard Collomb, "ne compte pas sur l'argent des Lyonnais".
 
<article-nb="2008/01/11/19-4">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4">  &#38;#34;Questo buio feroce&#38;#34; (cette obscurit froce), du dramaturge italien, est prsent au Thtre du Rond-Point.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4">      L 'Italien Pippo Delbono n'est pas un dramaturge, c'est un homme de
    thtre, pour qui le texte n'est qu'un lment, ni plus mince ni plus
    fort que les autres : les maquillages, les costumes, les lumires, le
    dcor et les acteurs. Il met en scne des gens, des visages, des corps,
    des mots, et toujours de la musique (de Joan Baez  Frank Sinatra en
    passant par Lully, Penderecki et Bach).
 
 
    Les hommes et les femmes qui composent la troupe ne sont pas tous 
    l'origine des gens de spectacle : Bobo, une vedette  lui tout seul,
    microcphale, sourd-muet, a pass les deux tiers de sa vie en hpital
    psychiatrique ; Gianluca Ballar, trisomique, tait l'lve de la maman
    de Pippo ; Nelson Larricia tait clochard... Tous ou presque, trop
    grands, trop maigres, trop gros, trop petits, trop cabosss, dfient
    les canons de la beaut qu'ils font natre.
 
    Au dbut de Questo buio feroce ("Cette obscurit froce"), que Pippo
    Delbono prsente au Thtre du Rond-Point,  Paris, le plateau reste
    dans le noir un moment, puis la lumire monte inexorablement, blanche
    sur murs blancs, jusqu' l'blouissement.
 
    Au centre, un corps d'homme, squelettique, allong sur le ct, un
    masque sur le visage qui ne laisse passer qu'un regard fendu. Off, la
    voix de Pippo Delbono, rythme par une respiration lourde, fivreuse,
    explique que cette "obscurit froce" est le titre du livre du
    romancier amricain Harold Brodkey, trouv par hasard lors d'un voyage
    en Birmanie, qui "raconte son voyage vers la mort frapp par le sida".
 
    Pippo, sropositif, s'est appropri cette chronique rageuse, tendre,
    ironique, orgueilleuse, pour n'en garder que quelques phrases, qu'il
    illustre, faisant monter une motion qui laissera des spectateurs en
    tat de choc, au bord des larmes, et d'autres agacs, lasss.
 
    Il joue sur les nerfs, il provoque, il fait surgir une beaut
    effarante, des silhouettes felliniennes, des visages grims,
    grimaants, comme sortis du cinma expressionniste allemand, ou des
    peintures noires de Goya. Il intercale une version poignante et
    terrible de My Way, des moments de tendresse et de posie, et mme de
    la drlerie. Sans une erreur. La seule faute de got - une femme
    grenant vulgairement des petites annonces rotiques - tant
    indispensable et ncessaire.
 
    PNITENTS OU BOURREAUX
 
    Sur la scne du Thtre du Rond-Point, on voit des silhouettes
    impossibles de malades dpouills de leurs noms dans la salle d'attente
    d'un hpital, qui attendent sans impatience que leur "numro" sorte
    comme  la loterie. Il y a encore les cauchemars "des corps mordus" et
    de celui, supplici, cartel entre ciel et terre, d'un homme aux yeux
    bands et au corps labour de cicatrices rouges. Un pisode Cendrillon
    met la gagnante du tournoi de chaussure entre les bras d'un Prince
    charmant qui tient de Casanova et de Thomas Diafoirus, ridicule et
    lubrique.
 
    Deux Arlequins (Bobo et Gianluca) excutent avec une infinie douceur
    une danse lente. Un dfil de mode sur la musique du film In the Mood
    for Love, le film de Wong Kar-wai, mlangeant hommes et femmes et
    travestis, fait clater la somptuosit des costumes et se termine sur
    des pnitents sans visages,  moins qu'ils ne soient bourreaux.
 
    DANSE FOLLE
 
    Les comdiens sont souvent muets, laissant la place  la musique. La
    voix de Pippo vient en commentaire, grenant l'amour des hommes sans
    noms et sans visages, regardant Venise en train de mourir, hurlant
    comme un enfant "Regardez-moi, je disparais", regardant la mort qui le
    regarde.
 
    Sa danse folle sur Emmenez-moi chant par Aznavour rappelle ce qu'il
    doit  la chorgraphe allemande Pina Bausch, en dcalage avec la vision
    de mort qui s'installe, prcde d'un cortge funbre, visages
    blafards, lvres et yeux peints de noir. Le triomphe de la mort est
    total et magnifique. Si le spectacle commence dans l'ombre, il se
    termine en pleine lumire. Les comdiens viennent saluer sans que le
    noir se fasse, laissant les applaudissements en suspens.
      __________________________________________________________________
 
    Questo buio feroce, de Pippo Delbono. Thtre du Rond-Point. 2 bis,
    avenue Franklin-Roosevelt. Paris-8^e. M^o : Franklin-Roosevelt ou
    Rond-Point-des-Champs-Elyses. Jusqu'au 9 fvrier. Du mardi au samedi,
     21 heures (galement samedi  18 h 30) ; dimanche,  15 heures, sauf
    le 13 janvier. Dure : 1 h 30. De 14  33 .
    Pippo Delbono jouera Les Rcits de juin, les lundis 21 et 28 janvier 
    21 heures. Le livre vient de paratre chez Actes Sud.
 
<article-nb="2008/01/11/19-5">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5">  Affichant un rpertoire large, ce brillant contre-tnor veut en finir avec l&#38;#39;image fantasme du castrat.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5">      I l s'en amuse : le contre-tnor Philippe Jaroussky est l'un de ces
    rares chanteurs lyriques, qui,  l'instar de Roberto Alagna ou
    deNatalie Dessay, passent au journal tlvis de France 2, ou dans
    l'mission "T'empches tout le monde de dormir", de Marc-Olivier
    Fogiel, sur M 6. Lui, est d'ailleurs terriblement veill, chaleureux,
    volubile,  l'image de cette voix haut perche, qui associe dans un
    corps d'homme la voix aigu de l'enfant ou de la femme. Une voix
    rayonnante, qu'il fourbit avec des armes de musicien jeune premier, 
    dcouvrir dans deux disques qu'il vient de publier.
 
 
    Philippe Jaroussky est atypique, comme son mentor, Grard Lesne, qui
    l'a fait dbuter. "J'ai eu au collge un professeur de musique gnial
    qui nous a fait enregistrer un CD distribu par la Fnac. Je n'avais pas
    encore mu et je chantais une chanson intitule Le Petit Prince",
    raconte-t-il.
 
    Devenu violoniste "boulimique et passionnel", puis pianiste
    "obsessionnel et dvoreur de partitions", Philippe Jaroussky s'est
    reconnu contre-tnor en entendant le sopraniste martiniquais Fabrice di
    Falco : "Jusqu'alors, je m'amusais en chantant "Casta diva" avec Callas
    ! Je suis alors all voir Nicole Fallien, qui a fait travailler les
    contre-tnors Henri Ledroit, Dominique Visse et Grard Lesne. Onze ans
    plus tard, j'y suis toujours." C'est nanmoins au Conservatoire
    national de rgion,  Paris, o enseignent alors les pionniers en la
    matire, qu'il fait ses classes baroques : "Nous, les baroqueux de la
    quatrime gnration, ne faisons que faire fructifier les fruits de
    leur travail", affirme-t-il.
 
    Philippe Jaroussky aura 30 ans le 13 fvrier, jour des Victoires de la
    musique, dont il est l'enfant chri - "Rvlation artiste" de l'anne
    2004 et "Artiste lyrique" de l'anne 2007. Timbre de lumire et
    musicalit solaire, raffin comme il sied, pyrotechnique comme il se
    doit, le chanteur est  la tte d'une discographie dont certains albums
    ont cartonn. Ainsi Heroes, o il arbore, en costume cravate
    dcontract, des allures de yuppie en rupture de ban : un poustouflant
    rcital Vivaldi, paru en 2006 chez Virgin Classics, dsormais Disque
    d'or.
 
    Philippe Jaroussky veut en finir avec le fantasme des castrats, ces
    garonnets que l'on oprait avant la pubert afin qu'ils conservent
    leur voix d'enfant, dans l'Italie des XVII^e et XVIII^e sicles. Le
    chanteur revendique en effet pour lui et ses pairs (ils seraient
    quelque cinq cents contre-tnors dans le monde) le mme statut que les
    autres chanteurs. "C'est une voix de tte dont la tessiture pouse
    celle des femmes, mais sa technique n'est pas diffrente de celle des
    autres, affirme-t-il. Dans l'opra Sant'Alessio, de Landi, que nous
    reprenons  Nancy ces jours-ci, il y a neuf contre-tnors sur scne.
    Bien sr, c'est excitant, mais on entend trs vite des chanteurs et non
    une catgorie de voix." Envole l'aura des Senesino, Farinelli,
    Caffarelli, Carestini, ces castrats qui stupfiaient les scnes
    europennes de leurs excentricits vocales et de leurs extravagances
    personnelles ? Rvrence en forme de contre-pied ludique, le beau
    disque Virgin Classics consacr  Carestini, qui voit Philippe
    Jaroussky le visage couvert d'un loup noir en forme de papillon  la
    Casanova. "Bien sr, concde-t-il, mon rpertoire est  90 % celui des
    castrats. J'ai d'ailleurs pouss l'identification jusqu' copier leurs
    excs. Je crois que ma version du Scherza infida, dans l'Ariodante de
    Haendel, est l'une des plus ornementes. Au point qu'on me l'a
    reproch."
 
    Si Philippe Jaroussky refuse de faire l'ange, il ne fait pas pour
    autant la bte, abordant des rpertoires plus intimes. Ainsi le
    magnifique Nisi dominus de Vivaldi, qui sort chez Nave et, pour mai,
    un rcital en concert de mlodies franaises. "La mlodie n'est pas
    crite pour la voix mais pour l'expression d'un pome, dit-il. Je ne
    vois pas pourquoi je ne pourrais pas les chanter ." Tout comme il
    crera, le 8 mars  Lyon, un cycle crit pour lui par le compositeur
    Marc-Andr Dalbavie sur des sonnets de Louise Lab. "Aujourd'hui, la
    voix de contre-tnor est entre dans les moeurs, conclut-t-il. Elle
    intresse les compositeurs pour sa simplicit et son pure, qui
    rappellent l'enfance." Une enfance qui n'a pas quitt les traits
    gracieux de Jaroussky.
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    Carestini, histoire d'un castrat, 1 CD Virgin Classics ; Nisi dominus
    et Stabat Mater de Vivaldi, avec Marie-Nicole Lemieux (contralto), 1 CD
    Nave.
 
