<FILE-date="2008/01/11/19">
<article-nb="2008/01/11/19-1">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  Alors que la rvolution cubaine est entre le 1er janvier dans sa 50e anne, les aspirations au changement s&#38;#39;expriment de plus en plus ouvertement.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      R unis le 31 dcembre pour leurs prdictions annuelles, les prtres de
    la santeria cubaine ont prudemment vit de se prononcer sur l'avenir
    politique de l'le. Attendue avec impatience par de nombreux Cubains,
    la Lettre de l'anne a annonc des catastrophes climatiques, une
    augmentation de la criminalit et des pidmies. Mais les babalaos du
    rite Ifa se sont gards de toute prophtie sur la sant de Fidel
    Castro, loign du pouvoir depuis juillet 2006  la suite d'une grave
    hmorragie intestinale et d'une srie d'interventions chirurgicales.
 
 
    Alors que la rvolution cubaine est entre le 1^er janvier dans sa 50^e
    anne, les aspirations au changement s'expriment de plus en plus
    ouvertement. En dcembre, Fidel Castro a laiss entendre qu'il pourrait
    abandonner le pouvoir qu'il a remis "provisoirement"  son frre Raul,
    le ministre des Forces armes. Ag de 81 ans, le fondateur de la
    rvolution cubaine a soulign que son "devoir lmentaire n'tait pas
    de s'accrocher  des fonctions ni encore moins de fermer la voie  des
    personnes plus jeunes, mais d'apporter des expriences et des ides".
 
    Elabor avant l'annonce de la maladie du Lider maximo, le scnario de
    la succession  la tte de l'Etat cubain se poursuit apparemment comme
    prvu. Il serait pourtant prmatur de proclamer la fin de l're
    Castro. Il faudra attendre le mois de mars, et la fin du long processus
    lectoral cubain, pour savoir s'il renonce dfinitivement  ses
    fonctions de prsident du Conseil d'Etat, instance suprme du pouvoir,
    et de chef du gouvernement.
 
    Sa slection comme candidat  la dputation par les dlgus de
    l'assemble municipale de Santiago de Cuba maintient le suspense. De
    son tat de sant, tenu secret, dpendra sa capacit de demeurer le
    gardien du temple rvolutionnaire.
 
    Nul ne doute que Fidel Castro sera lu dput le 20 janvier, comme les
    613 autres candidats en lice pour les 614 siges  pourvoir. Seule
    inconnue du scrutin : les lecteurs suivront-ils sa consigne de "vote
    uni", d'un bloc en faveur des 614 candidats ? Quel pourcentage choisira
    de fractionner son vote, voire de s'abstenir ? Donnant un caractre
    plbiscitaire  la consultation, le "vote uni" est prsent par les
    mdias officiels comme "une dmonstration d'unit patriotique et un
    ferme appui au socialisme" face aux attaques de Washington.
 
    C'est  la nouvelle Assemble qu'il reviendra de choisir, en son sein
    et dans un dlai maximal de quarante-cinq jours, les trente et un
    membres du Conseil d'Etat. Fidel Castro est galement le premier
    secrtaire du Parti communiste cubain (PCC). Seul le Congrs du PCC,
    qui ne s'est pas runi depuis dix ans, pourrait le remplacer  ce
    poste.
 
    Les "changements structurels et conceptuels" annoncs par Raul Castro,
    le 26 juillet  l'occasion de la fte nationale, tardent  se
    concrtiser. Conscient des difficults de la vie quotidienne et de la
    monte de l'insatisfaction malgr les impressionnants taux de
    croissance officiels, Raul Castro passe pour un partisan de rformes
    conomiques inspires des expriences socialistes asiatiques. Dans son
    discours de fin d'anne devant les parlementaires, il a dnonc
    "l'excs d'interdictions et de mesures lgales qui font plus de mal que
    de bien". Il a aussi affirm que la terre devait tre aux mains de ceux
    qui sont capables de la faire produire efficacement.
 
    Son discours du 26 juillet a t suivi d'une intense priode de dbats,
    encourags par les autorits. Craignant les dbordements qui avaient
    acclr l'effondrement de l'Union sovitique, elles ont encadr cette
    glasnost  la cubaine sous la houlette du Parti communiste et de ses
    "organisations de masse".
 
    "PROCESSUS GRADUEL"
 
    Cinq millions de Cubains ont particip  215 000 runions et fait plus
    de 1,3 million de propositions et de commentaires au discours du 26
    juillet, a dit Raul Castro aux parlementaires. Parmi les innombrables
    dolances figurent en bonne place les bas salaires, les prix levs de
    l'alimentation, les transports publics dficients et le manque de
    logements.
 
    La coexistence de la monnaie nationale au pouvoir d'achat drisoire et
    du peso convertible pour l'acquisition de biens de consommation et
    d'aliments dans les marchs libres a t dnonce. Beaucoup de Cubains
    ont exprim le souhait de pouvoir acheter ou vendre des voitures et des
    maisons. Ils rclament aussi de pouvoir s'installer  leur compte ainsi
    que la leve des restrictions limitant les voyages  l'tranger.
 
    Alors que le service lectrique s'est amlior, grce  la mise en
    service de nouvelles centrales et aux mesures d'conomie d'nergie, la
    ractivation de l'agriculture constitue la priorit de Raul Castro.
    Dans un long article  la mi-dcembre, le journal Juventud rebelde
    dresse un bilan calamiteux des campagnes cubaines. 50 % des terres
    agricoles sont en friche, mal exploites ou infestes par le marabu, un
    pineux improductif, dnonce le journal. Les importations de produits
    agricoles totalisent plus de 1 milliard d'euros par an alors que l'le
    pourrait assurer son autosuffisance alimentaire. Selon Orlando Lugo
    Fonte, prsident de l'Association nationale des petits agriculteurs, le
    tiers de la production agricole est perdu en raison des dficiences des
    moyens de transport et des circuits de distribution. Au terme de son
    enqute, Juventud rebelde arrive  la mme conclusion que Raul Castro :
    pour alimenter la population, il faut donner la terre  ceux qui sont
    capables de la cultiver.
 
    Les dissidents dnoncent une recrudescence de la rpression marque par
    des dtentions temporaires et des manifestations d'hostilit 
    l'encontre des opposants. Pour Oswaldo Paya, l'une des figures de proue
    de la dissidence, la grande nouveaut des derniers mois est que "tous
    les Cubains pensent dsormais que la fin du rgime est possible et
    qu'elle va intervenir". Longtemps discrte, l'Eglise catholique
    multiplie les appels en faveur d'un "processus graduel" de changements.
    Selon les vques, ces changements ne peuvent tre reports car ils
    sont attendus "avec anxit" par la population. Pour commmorer le
    dixime anniversaire du voyage du pape Jean Paul II  Cuba, du 21 au 25
    janvier 1998, le cardinal Tarcisio Bertone, secrtaire d'Etat et numro
    deux du Vatican, est attendu  La Havane o il doit rencontrer Raul
    Castro. Il y a dix ans, Jean Paul II avait appel "Cuba  s'ouvrir au
    monde et le monde  s'ouvrir  Cuba". Un appel qui reste d'actualit.
 
<article-nb="2008/01/11/19-2">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  On vote sur tout,  tout de bout de champ. Pourquoi pas sur le vocabulaire ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      O n vote sur tout,  tout de bout de champ. Pourquoi pas sur le
    vocabulaire ? Le "plus beau mot du monde" a t rcemment lu  Berlin,
     l'initiative de l'Institut allemand des relations avec l'extrieur.
    Etaient pris en compte la crativit, la qualit descriptive et
    l'influence culturelle de quelque 2 500 termes, recommands par des
    citoyens d'une soixantaine de pays. C'est le mot turc "yakamoz" qui l'a
    emport : il dsigne, comme chacun sait, le reflet de la lune dans
    l'eau. "Hulu" (ronflement en chinois) a obtenu le deuxime prix.
 
 
    C'est assez vexant pour la langue franaise, la plus belle du monde.
    Avons-nous fait tout ce qu'il fallait pour ne pas tre des losers ?
    Nous aurions d dispatcher davantage l'information dans les mois qui
    ont prcd ce best of, organiser un chat, lancer une newsletter, puis
    booster les deux ou trois mots qui auraient t nomins. Ce n'est pas
    seulement une affaire de seniors : les kids devraient y tre associs.
 
    En prvision du vote de l'anne prochaine, revoyons notre check-list.
    Ne dsesprons pas. Une opportunit a t manque. Nous allons initier
    une nouvelle tape. Courage, guys !
 
<article-nb="2008/01/11/19-3">
<article-nb="2008/01/11/19-4">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  Hillary Clinton a russi grce  sa victoire dans le New Hampshire  contrer le lyrisme de Barack Obama.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      H illary Clinton a russi grce  sa victoire dans le New Hampshire 
    contrer le lyrisme de Barack Obama. "On fait campagne en posie mais on
    gouverne en prose", dclarait-elle rcemment, citant l'ancien maire de
    New York, Mario Cuomo. Rhtorique brillante mais qui ne s'applique pas,
    en l'occurrence,  Obama, qui justement fait campagne en prose et non
    en posie et mme dans une prose fortement narrative. Ses premiers mots
    au soir de sa victoire, le 3 janvier, s'inscrivaient d'emble dans le
    registre du fabuleux et du lgendaire... "Ils disaient que ce jour
    n'arriverait jamais..." Faisant cho au "I have a dream" de Martin
    Luther King, ils rsonnaient comme l'ouverture d'un rcit : une
    histoire de courage personnel et de dvouement  la nation, une
    histoire capable d'incarner un destin individuel et d'inspirer les
    foules... L'aura de la prdestination qui entourait la personnalit
    charismatique d'Obama s'est soudain cristallise "dans ce moment
    dterminant de l'histoire". Et, pour en parler, les commentateurs ont
    adopt le lexique de la rvlation : paroles lgendaires, homme
    providentiel, lection historique...
 
 
    Quel que soit le rsultat final de ces primaires, l'irruption d'Obama
    en ce dbut de campagne a d'ores et dj mis fin  la chronique d'une
    nomination annonce, donnant  la campagne une nouvelle tension
    narrative, relanant le suspense d'une issue incertaine et rvlant 
    cette occasion un formidable acteur.
 
    Derrire ce succs, se cache un homme discret, David Axelrod, ancien
    journaliste du Chicago Tribune devenu consultant politique dans les
    annes 1980, qui a particip aux campagnes nationales de Bill Clinton
    et de John Edwards. Dans son bureau, rapporte le New York Times, les
    murs sont couverts de photos souvenirs : soires de victoire
    lectorale, une photo d'Obama ddicace au-dessus de celle de Cassius
    Clay, boxant Sonny Liston, portraits des maires noirs de Philadelphie,
    de Cleveland, de Detroit et de Chicago qu'Axelrod a contribu  faire
    lire. Une iconographie retraant l'histoire d'une nouvelle gauche
    politique, et la gnalogie d'une gnration de candidats
    afro-amricains dont Axelrod est considr comme l'inspirateur.
 
    Depuis le caucus de l'Iowa, on le prsente comme "le Karl Rove
    d'Obama". Une comparaison qu'il rcuse, tant la conception qu'il se
    fait de son rle est  l'oppos de celle du gourou de George Bush, dont
    les fictions mensongres et les rcits mystificateurs ont pollu la vie
    dmocratique aux Etats-Unis depuis le 11-Septembre... "Je connais mon
    mtier et les techniques de la politique, les sondages, les focus group
    ; tout ce que nous faisons contribue d'une certaine manire  une
    atmosphre de cynisme. J'essaie de combattre cela", dit-il. Selon lui,
    le monde des consultants politiques est victime du "syndrome du
    magicien d'Oz", qui consiste  vouloir faire lire un candidat en lui
    imposant un rcit artificiel et en lui demandant de s'y conformer. Un
    manque d'authenticit qui explique  ses yeux les checs dmocrates aux
    deux dernires lections prsidentielles. "Gardien du message", c'est
    ainsi que se dfinit Axelrod, que le New York Times appelait, il y a
    quelques mois, le "narrateur d'Obama" dans un article qui dmontrait
    comment Axelrod avait labor le message de campagne d'Obama  partir
    de sa vie relle, de sa personnalit contradictoire et de sa
    trajectoire considre comme un roman d'apprentissage...
 
    Axelrod connat Obama depuis quinze ans, lorsque, jeune militant, il
    participait  un programme d'ducation populaire dans les quartiers sud
    de Chicago. A partir des faits connus de sa biographie, il a labor un
    rcit, conjuguant l'histoire amricaine et la vie du candidat dmocrate
    telle que celui-ci la raconte dans ses mmoires, The Audacity of Hope.
    Ce rcit complexe et polyphonique tranche avec ceux strotyps d'un
    Bush sauv par la foi : il est riche en contrastes et en
    contradictions. L'homme des quartiers pauvres et des universits,
    l'animateur social et l'universitaire, le pragmatique et l'idaliste,
    l'homme du compromis et le gardien des principes est un miroir 
    facettes dans lequel chacun peut se reconnatre. "Obama est en
    permanence engag dans une discussion interne entre les diffrentes
    pices de son moi hybride, commente l'ditorialiste conservateur David
    Brooks, le Kenya et Harvard, le Kansas et les quartiers sud de Chicago
    ; et il fait partager  l'extrieur cette conversation." Avec Obama,
    Axelrod a cr une lgende : celle d'un homme global  l're de la
    globalisation. C'est le voyage du hros qui rend sa vie exemplaire :
    Hawa, Djakarta, Los Angeles, Chicago, Washington... Mais aussi un
    voyage dans le temps jalonn par les rfrences  Lincoln ou  Martin
    Luther King qui l'inscrivent dans l'histoire amricaine. Elles
    russissent  faire d'Obama, dont les rivaux critiquent l'inexprience,
    un candidat "historique"...
 
    Quelle que soit la politique que pourrait inspirer Obama un fois lu,
    que vous soyez rpublicain ou dmocrate, blanc ou noir, homme ou femme,
    vous allez lire le premier prsident noir amricain, vous renouez avec
    l'histoire de l'Amrique, vous allez crire une page nouvelle... Vous
    devenez vous-mme le narrateur de cette histoire... "Tant de
    conseillers politiques sont en train de mener des combats
    d'arrire-garde, affirme Mike Murphy, un consultant rpublicain. David
    Axelrod mne quant  lui la prochaine bataille. Et c'est ce qui le rend
    trs, trs dangereux."
      __________________________________________________________________
 
    Christian Salmon est membre du Centre de recherches sur les arts et le
    langage.
 
<article-nb="2008/01/11/19-5">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, se livrait, jeudi 10 janvier,  cet exercice difficile. Elle rpondait aux questions de David Pujadas dans le journal tlvis de France 2.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      C omment accueillir avec enthousiasme une dcision qui vous concerne
    directement mais qui a t prise sans vous, dans le secret le plus
    absolu ? Christine Albanel, ministre de la culture et de la
    communication, se livrait, jeudi 10 janvier,  cet exercice difficile.
 
    Elle rpondait aux questions de David Pujadas dans le journal tlvis
    de France 2. La suppression de la publicit sur les chanes de
    tlvision publiques, annonce  brle-pourpoint mardi par Nicolas
    Sarkozy, est "une dcision trs forte", disait-elle. "On voyait bien
    qu'il y avait un grand cart. On demandait tout le temps plus de
    programmes de qualit, plus de culture en dbut de soire et, en mme
    temps, on disait faites plus de pub, faites plus d'audience, et il y
    avait cette dictature de l'Audimat. Je trouve que cette dcision prise
    par le prsident, c'est la fin de ce grand cart. C'est un choix, et
    c'est un choix courageux, et je pense que cela va tre un trs bon
    choix", poursuivait-elle. Un choix tellement excellent qu'il a t
    accompli en tout petit comit, sans la ministre concerne. Celle-ci
    n'tait pas rancunire puisqu'elle en numrait les avantages. "C'est
    une libert, et je crois que c'est une chance", disait-elle. "L'ide
    est de dposer un projet de loi aprs les municipales et de tout faire
    pour qu'il soit vot avant l't", prcisait-elle. Le manque  gagner
    rsultant de cette suppression ? "Il sera intgralement compens, je
    dirais mme compens de manire dynamique, c'est--dire selon un
    systme de taxation qui lui-mme augmentera." La taxe portera
    essentiellement sur les recettes publicitaires accrues des chanes
    prives. Venait enfin la question qui tue. "Est-ce que vous tiez au
    courant ?", demandait David Pujadas avec une ingnuit diabolique. La
    rponse tait admirable. "On a eu une grande discussion sur le
    financement, c'tait l't dernier. Diverses pistes avaient t
    explores  ce moment-l. Cette dcision est celle du prsident de la
    Rpublique. A nous tous d'en faire une russite !" concluait-elle. Qui
    dira que le service public n'est pas une cole d'abngation ? Nicolas
    Sarkozy a estim que cette affaire tait trop srieuse pour tre
    confie aux responsables du secteur. Non seulement ils ne lui en
    veulent pas, mais ils applaudissent ! Un des plus rapides  le faire a
    t le prsident de France Tlvisions, Patrick de Carolis. A peine
    Nicolas Sarkozy avait-il parl qu'il saluait cette "clarification", qui
    allait "renforcer encore l'identit du service public". C'est pourtant
    le mme Patrick de Carolis qui rclamait tout rcemment, soit une
    augmentation de la redevance, soit une coupure publicitaire dans les
    missions de divertissement. Il n'aura ni l'un ni l'autre, et il est
    content.
 
 
 
    Dominique Dhombres
 
    Article paru dans l'dition du 12.01.08.
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          La rvolution promise par le gant industriel indien Tata
    aura bien lieu. Il a prsent jeudi 10 janvier, devant plus de 1 200
    journalistes, au Salon automobile de New Delhi, la Nano, la voiture la
    moins chre du monde. ... |          Dessins du jour
    Samedi 12 janvier 2008
 
          La lgislation contre le tabac se renforce en Europe. |
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    Interdiction du tabac : "En 2008 c'est dcid, j'arrte de penser 
    arrter de fumer"
 
          Eric Breteau, prsident de L'Arche de Zo, le 3 novembre 2007
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<article-nb="2008/01/11/19-6">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  Rejouer les lections du printemps 2007, voil le programme qui semble s&#38;#39;annoncer pour le mois de mars.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      R ejouer les lections du printemps 2007, voil le programme qui semble
    s'annoncer pour le mois de mars. Les municipales vont tre une
    chappatoire pour la majorit, alors que les attentes qu'elle a fait
    natre sont en grande partie dues. Et l'opposition y voit une aubaine
    pour faire oublier qu'elle n'a pas de programme alternatif. On
    rembobine le film de l'affrontement droite-gauche et on le repasse.
 
 
    Cette rptition est le choix du prsident de la Rpublique. Prs de
    huit mois aprs l'entre de Nicolas Sarkozy  l'Elyse, le nouveau
    pouvoir n'est pas vraiment install dans l'opinion. Les sondages
    rvlent le trouble d'une partie des Franais, y compris parmi les
    lecteurs de la majorit. Le chef de l'Etat a donc dcid de prendre
    les devants : plutt que de voir les lections municipales (et
    cantonales dans la moiti des cantons) premptes par les mcontents,
    il les "politise" lui-mme en appelant ses partisans  se mobiliser
    contre les adversaires des rformes qu'il a promises et, en partie,
    engages.
 
    La stratgie du prsident parat adapte dans la mesure o, comme il
    l'a dit au cours de sa confrence de presse, mardi 8 janvier, les
    rsultats des lections de mars seront de toute faon interprts en
    termes de succs ou d'chec pour lui-mme et pour le gouvernement.
    Chercher  passer entre les gouttes, en menant des campagnes locales,
    serait plus risqu, pour la droite, que d'assumer un affrontement
    national. Le risque serait d'autant plus grand que la gauche a une
    marge de progression importante, puisqu'elle avait perdu des mairies
    aux lections municipales de 2001 et qu'elle a regagn du terrain,
    depuis, dans l'lectorat urbain.
 
    Mais il y a aussi, dans ce retour presque impatient au combat
    lectoral, l'aveu d'une faiblesse et l'espoir d'une diversion. Le
    pouvoir a d'autant plus  craindre d'un revers dans les urnes, dans
    deux mois, qu'il se sait instable. Faute de rsultats, mais surtout en
    raison de l'cart entre les promesses d'hier et le comportement
    d'aujourd'hui.
 
    Personne n'avait oblig le candidat de l'UMP  proclamer qu'il serait
    "le prsident du pouvoir d'achat". Expliquer, maintenant, qu'il ne peut
    pas "vider des caisses qui sont dj vides" est une rponse un peu
    courte  ceux qui subissent la stagnation de leurs revenus et
    l'augmentation de leurs dpenses. En disputant de nouveau,
    symboliquement, le match de 2007, le prsident va tenter de ressouder
    ceux qui ont vot pour lui, lecteurs de droite, d'extrme droite,
    voire centristes sduits par l'ouverture.
 
    La gauche va l'y aider, car elle a intrt  un dbat pour ou contre
    Nicolas Sarkozy. Mener un combat frontal contre le pouvoir permet au
    Parti socialiste de mettre en sommeil ses divisions et de faire jouer 
    son profit le "vote utile", qui l'a servi  la prsidentielle et aux
    lgislatives. Il a l l'occasion de remporter une victoire sans avoir 
    se soucier du renouvellement de ses ides ou du choix de ses
    dirigeants. Alors que les lecteurs se dclarent majoritairement
    satisfaits de leurs maires, les gains esprs par les socialistes et
    leurs allis dpendront pour beaucoup de l'irritation suscite par le
    pouvoir.
 
    C'est prcisment ce que craignent,  droite, certains maires ou
    candidats  le devenir. La stratgie lysenne peut en effet servir la
    gauche. Dans un climat conomique dgrad, et alors que le style
    prsidentiel provoque un trouble croissant, faire des scrutins de mars
    un test de validation du sarkozysme n'arrange pas toujours des lus en
    qute de rlection ou des candidats qui rvent de s'emparer d'htels
    de ville o les quipes de gauche sont fatigues.
 
    En rgle gnrale, c'est l'opposition qui cherche  politiser les
    lections locales. Inverser les rles est une rupture qui peut coter
    cher.
 
<article-nb="2008/01/11/19-7">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  L&#38;#39;avis, motiv par la dcouverte de faits scientifiques nouveaux depuis l&#38;#39;autorisation initiale donne au MON 810 il y a dix ans, perd ainsi de son autorit.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      D es "doutes srieux" sur l'usage du MON 810, un mas transgnique de
    Monsanto, ont t mis, mercredi 9 janvier, par le snateur (UMP)
    Jean-Franois Le Grand, prsident de la Haute Autorit provisoire sur
    les organismes gntiquement modifis. De tels "doutes" taient la
    condition invoque par Nicolas Sarkozy pour faire jouer une clause de
    sauvegarde entranant la suspension du seul OGM cultiv en France. Mais
    ils ne sont pas mentionns dans le texte de l'avis, qui se contente
    d'voquer des "interrogations".
 
 
    Ce dcalage a mu plusieurs des membres de la Haute Autorit, qui
    jugent, par ailleurs, que les critres de l'expertise collective n'ont
    pas t respects. Une brche dans laquelle se sont engouffrs les
    promoteurs des OGM, qui ont reu le soutien du prsident (UMP) de
    l'Assemble nationale, Bernard Accoyer.
 
    L'avis, motiv par la dcouverte de faits scientifiques nouveaux depuis
    l'autorisation initiale donne au MON 810 il y a dix ans, perd ainsi de
    son autorit. La dcision de s'en prvaloir pour activer la clause de
    sauvegarde n'chappera pas au soupon d'arrire-penses politiques,
    alors que des chances lectorales se profilent. Le report de l'examen
    du projet de loi sur les OGM aprs les lections municipales ajoute 
    la confusion.
 
    Les deux camps n'ignorent pas qu'on ne sort de l'ambigut qu' son
    dtriment. Les opposants  ces nouvelles technologies dnoncent tantt
    le risque qu'elles feraient peser sur l'environnement et la sant,
    tantt la confiscation du vivant par des multinationales. Ils dplorent
    l'absence d'tudes srieuses sur les plantes transgniques, mais
    certains arrachent les parcelles o des exprimentations sont menes
    tout en ignorant celles qui prouvent les ventuels bnfices des OGM,
    vis--vis de mycotoxines par exemple.
 
    Les promoteurs des biotechnologies font, eux, valoir que la culture en
    masse des OGM, ailleurs dans le monde, n'a pas conduit aux catastrophes
    annonces. Sans prciser que les rapports d'expertise sont le plus
    souvent fonds sur les donnes fournies par les semenciers eux-mmes,
    qui n'ont pas pour coutume de collaborer avec des laboratoires
    indpendants.
 
    Le texte de loi, maintes fois report, pourrait enfin permettre de
    clarifier la situation. En dfinissant des rgles du jeu. Sur le type
    d'expertise, scientifique et "socitale", susceptible de rendre compte
    de l'ensemble des dangers et bnfices attachs  ces innovations, au
    cas par cas. Sur le systme d'assurances li  cette forme
    d'agriculture, afin que la responsabilit des risques qui y sont
    attachs soit enfin connue. Sur des aspects plus triviaux, comme les
    distances entre parcelles, qui in fine dfiniront les conditions de la
    coexistence - ou non - entre diverses formes d'agriculture.
 
<article-nb="2008/01/11/19-8">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  Traque par les fondamentalistes islamistes en Inde, l&#38;#39;auteure bengalie tmoigne de l&#38;#39;tendue de son abandon.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      O  suis-je ? Je suis sre que personne ne me croira si je dis que je
    n'ai pas de rponse  cette question qui parat simple, mais la vrit
    est que je n'en ai pas. Je suis comme les morts-vivants : engourdie,
    prive des plaisirs de l'existence et de l'exprience, dans
    l'incapacit de sortir des limites touffantes de ma chambre. Oui,
    c'est ainsi que je survis.
 
 
    Ce cauchemar n'a pas commenc lorsque j'ai t embarque sans
    mnagement de Calcutta - il dure depuis un moment dj. C'est une sorte
    de mort lente et lancinante, comme si je buvais  petites gorges une
    coupe remplie d'un poison  effet lent qui dtruit peu  peu toutes mes
    facults. C'est une conspiration en vue d'assassiner mon tre mme,
    autrefois si courageux, si dynamique et si enjou. Je ne suis plus
    qu'une voix dsincarne. Ceux qui me soutenaient par le pass ont
    disparu dans les tnbres.
 
    Je me demande : quel crime odieux ai-je commis ? Quel genre de vie
    est-ce quand je ne peux ni sortir de chez moi ni connatre les joies de
    la compagnie des autres tres humains ? Quel crime ai-je donc commis
    pour tre oblige de passer ma vie cache, relgue dans l'obscurit ?
    Je me sers des mots, et non pas de la violence, pour exprimer mes
    ides. Jamais je n'ai jet de pierres ni n'ai vers le sang pour faire
    part de mon avis. Pourtant, on me considre comme une criminelle. Je
    suis perscute parce que l'on a estim que le droit des autres 
    donner leur opinion tait plus lgitime que le mien.
 
    L'Inde ralise-t-elle l'immense souffrance que l'on prouve quand on
    doit renoncer  ses convictions les plus chres ? A quel point il a
    fallu que je me sente humilie, effraye et anxieuse pour laisser mes
    mots tre censurs ? Si je n'avais pas accept que mes crits aient t
    expurgs de faon grotesque par ceux qui y tenaient tant, j'aurais t
    traque et poursuivie jusqu' ce que je tombe raide morte. Leur
    politique, leur foi, leur barbarie et leurs intentions diaboliques ont
    pour but d'aspirer mes forces vitales, les vrits que j'cris sont
    trop difficiles pour eux  digrer. Comment puis-je - moi qui n'ai
    aucun pouvoir et aucune protection - combattre la force brute ?
    Toutefois, quoi qu'il advienne, je ne me rsignerai pas au mensonge.
 
    Qu'ai-je  offrir hormis l'amour et la compassion ? Je suis assez
    raliste pour savoir que le conflit, la haine, la cruaut et la
    barbarie font partie intgrante de la condition humaine. Si je venais 
    tre limine ou extermine, le monde s'en ficherait comme d'une
    guigne. Tout cela, je le sais. Pourtant, j'avais imagin que le Bengale
    serait diffrent. J'avais cru que jamais le Bengale que j'aime avec
    tant de passion ne m'abandonnerait. Il l'a fait.
 
    Exile du Bangladesh, durant des annes j'ai err de par le monde comme
    une orpheline perdue. Quand le Bengale occidental m'a offert l'asile,
    j'ai eu le sentiment que toutes ces annes de fatigue et d'hbtude
    taient derrire moi. J'tais en mesure de reprendre une vie normale
    dans un pays aim et familier. Tant que je survivrai, je porterai en
    moi les paysages du Bengale, son soleil, sa terre humide, son essence
    mme. Ce mme Bengale qui a t un sanctuaire que j'ai rejoint aprs
    avoir parcouru des kilomtres entachs de sang vient de me tourner le
    dos. Je suis bengalie,  l'intrieur comme  l'extrieur ; je vis, je
    respire, je rve en bengali. Que l'on ne veuille plus de moi au Bengale
    m'est difficile  croire.
 
    Dans ce pays o je suis une invite, je dois prendre garde  ce que je
    dis, ne rien faire qui enfreigne le code de l'hospitalit. Je ne suis
    pas venue ici dans l'intention de blesser les sentiments de qui que ce
    soit. Meurtrie et blesse dans mon propre pays, j'ai endur des
    affronts et des blessures dans bien d'autres endroits avant d'arriver
    en Inde, o je savais que j'en endurerais de nouveau. Car il s'agit
    d'un pays dmocratique et laque, o le systme lectoral implique que
    la voix d'un lac quivaut  celle d'un fondamentaliste islamiste. Je
    me refuse  le croire. Je refuse de l'entendre. Pourtant, partout
    autour de moi, j'en lis, entends et vois la preuve. Je voudrais parfois
    tre comme ces singes mythiques, indiffrente au mal qui m'entoure. La
    mort qui dsormais me rend visite sous des formes multiples m'apparat
    comme une amie. J'ai envie de lui parler, de me confier  elle. Je n'ai
    personne d'autre  qui parler, personne d'autre  qui me confier.
 
    J'ai perdu mon Bengale tant aim. Aucun enfant arrach au sein de sa
    mre n'a souffert autant que j'ai souffert de cette douloureuse
    sparation. Encore une fois, j'ai perdu la mre dans le ventre de
    laquelle je suis ne. La douleur n'est pas moindre que celle qui a t
    la mienne le jour o j'ai perdu ma mre biologique. Aprs m'tre
    installe  Calcutta, j'ai pu dire  ma mre - qui n'tait alors plus
    qu'un souvenir en moi - qu'enfin j'tais rentre. Quelle importance que
    je sois d'un ct ou de l'autre d'une frontire artificielle ?
    Aujourd'hui, je n'ai pas le coeur de dire  ma mre que j'ai t
    expulse sans crmonie par ceux-l mmes qui m'avaient offert l'asile,
    que ma vie actuelle est celle d'une nomade. Du coup, j'ai fini par me
    convaincre que j'avais d transgresser quelque chose, commettre quelque
    grave erreur. Oser dire la vrit est-il un pch si pouvantable dans
    cette poque de mensonge et de tromperie ? Est-ce parce que je suis une
    femme ?
 
    Je sais que je n'ai pas t condamne par le peuple. Si on lui avait
    demand son avis, je suis certaine que la majorit aurait voulu que je
    reste au Bengale. Mais depuis quand une dmocratie reflte-t-elle la
    voix des masses ? Une dmocratie est dirige par ceux qui tiennent les
    rnes du pouvoir qui agissent comme bon leur semble. Individu
    insignifiant que je suis, je dois maintenant vivre ma vie selon mes
    propres termes et crire sur ce que je crois et qui me tient  coeur.
    Je n'ai aucun dsir de faire du mal, de calomnier ou de tromper. Je ne
    mens pas. J'essaie de ne pas tre insultante. Je ne suis qu'un simple
    crivain qui ne connat ni ne comprend rien  la dynamique politique.
    La force du fondamentalisme,  laquelle je me suis oppose et que j'ai
    combattue pendant des annes, n'a t que renforce par ma dfaite.
 
    Voici mon Inde tant aime, o j'ai vcu et ai crit sur l'humanisme
    laque, les droits de l'homme et l'mancipation des femmes. C'est aussi
    le pays o j'ai d souffrir et payer au prix fort mes convictions les
    plus profondes, o pas un seul parti politique de quelque obdience que
    ce soit n'a pris la parole en ma faveur, o aucune ONG ni aucun groupe
    dfendant les droits des femmes ou les droits de l'homme ne m'a
    soutenue, ni n'a condamn les attaques malveillantes lances  mon
    encontre. Cette Inde-l, je ne l'avais encore jamais connue. Il est
    vrai que des individus, de manire disperse et non organise, se
    battent pour ma cause, et que des journalistes, des crivains et des
    intellectuels se sont exprims en ma faveur, mme s'ils n'ont jamais lu
    une ligne de ce que j'ai crit. Je leur suis reconnaissante de donner
    leur opinion et de me tmoigner leur soutien.
 
    Partout o des individus se rassemblent en groupes, ils semblent perdre
    leur pouvoir de parler. Pour tre franche, cette facette de la nouvelle
    Inde me terrifie. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai considr l'Inde
    comme un grand pays, une nation pleine d'audace. Le pays de mes rves :
    clair, fort, progressiste et tolrant. J'ignore si je survivrai, mais
    l'Inde et ce qu'elle reprsente doit  tout prix survivre.
 
    Traduit de l'anglais par Pascale Haas.
      __________________________________________________________________
 
    Taslima Nasreen, crivaine, a reu le 9 janvier le premier prix
    Simone-de-Beauvoir pour la libert des femmes avec Ayaan Hirsi Ali.
    Elle a donn ce texte  cette occasion.
 
<article-nb="2008/01/11/19-9">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Noter les ministres parat moderne mais n&#38;#39;est pas un progrs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      L e premier ministre a annonc que l'action de ses ministres serait
    dsormais note. La volont que les politiques atteignent leurs
    objectifs est louable, mais la mthode soulve nanmoins quelques
    questions.
 
    Premier problme : qui peut lgitimement faire cette valuation ? Les
    personnes directement concernes constitueraient la rponse la plus
    logique. Mais elle poserait d'vidents problmes techniques qui la
    rendraient irralisable. On imagine mal tous les tudiants et
    professeurs valuer chaque semestre Valrie Pcresse. Cela nous
    ramnerait au rve de la dmocratie directe et aux drives que peut
    contenir le mandat impratif. Une valuation bien mene implique plus
    de distance.
 
 
    On aurait pu aussi laisser cette responsabilit au gouvernement mais
    l'on sait bien que l'auto-valuation est rarement objective. A
    contrario, laisser ce soin  l'opposition aurait conduit  tomber dans
    la critique permanente et strile. Le fonctionnement dmocratique
    apporte galement sa rponse : c'est  l'Assemble que revient le rle
    de contrler l'excutif. Mais le choix du gouvernement, alors qu'il
    parle de revaloriser le Parlement, s'est port sur un organisme priv,
    Mars & Co.
 
    Le second problme est celui des critres retenus. Les chiffres sont
    loin d'tre objectifs : ils portent sur des critres minemment
    politiques et sont, on le sait, facilement manipulables. Ils dpendent
    des mthodes de calcul employes qui ont une fcheuse tendance 
    changer au gr du vent. On peut galement s'interroger sur la
    pertinence d'une valuation exclusivement quantitative, qui encourage
    une politique du chiffre sans tenir compte ni de la qualit ni du
    fondement de celle-ci.
 
    La combinaison des deux aboutit  un rsultat assez absurde. Le
    ministre de l'ducation nationale sera jug sur le nombre d'heures
    supplmentaires effectues par les professeurs. Mais imaginons des
    professeurs surmens. Est-il certain que les lves en sortiront
    gagnants ? Parmi les critres d'valuation des politiques de sant
    figure le taux de consultations ne donnant pas lieu  la prescription
    de mdicaments. Quelles actions seront menes auprs des mdecins pour
    les dissuader de faire ces prescriptions ? S'il faut, sans doute,
    responsabiliser les Franais en la matire, qu'en est-il des patients
    rellement malades ayant besoin d'un traitement ?
 
    En ce qui concerne les critres choisis pour valuer le ministre de
    l'immigration, on trouve le nombre d'expulsions de sans-papiers, et le
    nombre d'trangers admis au titre de l'immigration du travail. Mais ces
    critres ne tiennent aucun compte de qui sont ces gens, ni des raisons
    pour lesquelles ils sont expulss ou admis.
 
    Tout ce qui est dit moderne n'est pas forcment un progrs. En
    l'occurrence cette valuation correspond plutt  une dvaluation, une
    perte de valeur, de la politique.
      __________________________________________________________________
 
    Julie Trassard est tudiante en master  Sciences Po Paris.
 
<article-nb="2008/01/11/19-10">
<filnamedate="20080111"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080111"><AAMMJJHH="2008011119">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10">  La solution est connue et prvue par la loi : un dtenu par cellule. Elle doit s&#38;#39;appliquer ds juin 2008.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10">      O n connat tous la meilleure faon de marcher qui consiste  mettre un
    pied devant l'autre et de recommencer. Assez curieusement, chacun
    semble ignorer la meilleure faon de mettre un terme  la surpopulation
    carcrale. Il s'agit pourtant l aussi d'avancer. Elle consiste 
    n'installer qu'une personne l o il n'y a qu'une place et de ne pas
    droger. Nous avons dit la meilleure faon et, tout aussi affirmatif,
    nous disons la seule. Pour la simple raison qu'il n'y en a pas deux. La
    loi nous dit tout de l'organisation de la dtention (encellulement
    individuel depuis 1875) et tout de la surface dvolue  une personne
    (moins de 11 m = une place).
 
 
    Nous savons qu'une dmocratie se juge aussi  son degr de ractivit
    aux critiques audibles qui lui sont faites. Force est de constater
    qu'en prison, et concernant la surpopulation, nous atteignons le degr
    zro de la dmocratie : les rapports accablent dans le dsert, les
    associations colloquent dans le vide, les mdias informent en rond,
    l'administration pnitentiaire n'en peut plus et les politiques
    affichent tous les signes de l'impuissance. Parce que tout est dit.
    Parce qu'il n'y a rien qui ne se sache. Et parce que rien ne change, ou
    si peu.
 
    Mettre un terme  la surpopulation carcrale ne dpend ni d'un prochain
    tat des lieux - ils sont l tout frais sur nos tagres. Ni d'un
    prochain scandale en cellule - les journaux nous en servent un par
    jour. Ni de la cration d'une nouvelle association spcialise - elles
    existent et font leur travail.
 
    Mettre un terme  la surpopulation carcrale ne dpend pas non plus
    d'un nouveau plan de construction ambitieux : nous aurons construit ces
    vingt dernires annes pas moins de 30 000 places de prison sans rgler
    le problme de la surpopulation, quand bien mme certaines de ces
    places se substituent  des fermetures d'tablissements.
 
    LA COUPE EST PLEINE
 
    Un semblable et nouveau plan peut tre annonc demain : s'il n'est pas
    dit que dans une place n'est installe qu'une personne, la
    surpopulation carcrale et son cortge de plaies infliges au corps du
    dtenu comme  son psychisme subsisteront dans cent ans.
 
    L'usage des sanctions autres que la prison, des amnagements de peine,
    d'un recours limit  la dtention provisoire forgent les cls
    essentielles qui ouvrent  la rsolution du problme. Comme le rptent
    en vain les experts en tous genres. L'autorit de l'Etat est mine
    quand il a l'art de transformer le coupable en victime et quand
    l'indignit s'ajoute  la rpression des infractions, communment
    admise.
 
    La fin de la surpopulation carcrale dpend entirement du prsident
    nouvellement install pour cinq ans au sommet de l'Etat qui dcidera
    sereinement d'en finir dsormais avec une certaine forme de barbarie
    qui consiste  mettre deux, trois, voire quatre personnes dans une
    place, une toute petite place. Exiger le respect des rgles
    pnitentiaires europennes demande-t-il du courage ? Exiger le respect
    de la dignit de la personne appelle-t-il de l'audace ? Pas sr
    aujourd'hui : la coupe est pleine.
 
    La loi du 15 juin 2000 stipulait que le 15 juin 2003 serait la date qui
    verrait la cellule n'tre partage qu' la demande du dtenu. La loi du
    12 juin 2003 relative  la scurit routire repoussait de cinq ans
    l'entre en vigueur de cette disposition. La date du 12 juin 2008
    devra-t-elle souffrir de nouveaux atermoiements ? Sera-t-elle celle qui
    honorera la promesse que le candidat Sarkozy faisait en avril 2007. Au
    collectif Trop c'est trop, campagne pour le respect du numerus clausus
    en prison, qui lui demandait : "Vous engagez-vous  respecter la norme
    qui consiste  ne mettre qu'une personne l o il n'y a qu'une place ?
    Et dans quel dlai ?", il a fait cette rponse : "Oui, je m'y engage et
    le plus vite possible (...). Il ne sera plus possible, en France,
    d'obliger un dtenu  partager sa cellule" .
 
    Inluctablement, la dcision sera prise de mettre un terme  la
    surpopulation carcrale en exigeant qu'une mme place ne soit attribue
    qu' une seule personne. Monsieur Sarkozy, Madame Dati, Mesdames et
    Messieurs les parlementaires, c'est l'heure.
 
     Lyon Capitale, 3 avril 2007.
      __________________________________________________________________
 
    Christian Charrire-Bournazel, avocat au barreau de Paris ;
    Daniel Cohn-Bendit, dput europen ;
    Nancy Huston, romancire, essayiste ;
    Albert Jacquard, gnticien ;
    Michelle Perrot, historienne ;
    Pierre Saglio, prsident d'ATD Quart Monde ;
    Bertrand Tavernier, cinaste ;
    Pierre-Victor Tournier, directeur de recherche, CNRS ;
    Bernard Bolze, coordinateur de Trop c'est trop, Campagne pour le
    respect du numerus clausus en prison.
 
