<FILE-date="2008/01/10/19">
<article-nb="2008/01/10/19-1">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1">  Sur le papier, pourtant, le PS a les outils pour jouer son rle de premier parti d&#38;#39;opposition.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1">      J our ordinaire au Parti socialiste. En ce mardi 8 janvier, alors que
    le prsident de la Rpublique runit plus de 600 journalistes 
    l'Elyse pour sa premire confrence de presse prsidentielle, le PS
    connat des bullitions d'appareil qui sont devenues tout  fait
    banales depuis sa double dfaite prsidentielle et lgislative.
    L'ancien ministre Pierre Moscovici, dput du Doubs, redit, comme en
    2007, qu'il est "prt"  briguer le poste de premier secrtaire que
    Franois Hollande abandonnera, en principe, au lendemain du congrs
    prvu en novembre. Au risque de provoquer les hurlements - et de
    nouveau l'indiscipline - des "nonistes", Jean-Marc Ayrault, le
    prsident du groupe socialiste de l'Assemble nationale, annonce, sans
    que le bureau national en ait dlibr, que les parlementaires
    socialistes boycotteront, le 4 fvrier, le Congrs de Versailles sur la
    rvision de la Constitution, pralable ncessaire  la ratification du
    trait europen de Lisbonne. Un jour ordinaire.
 
 
    Pour autant, le PS se prpare  opposer sa parole  celle du prsident
    de la Rpublique. A peine la confrence de presse est-elle termine
    qu'une batterie de rpliques se met en mouvement. M. Hollande juge que
    M. Sarkozy "a dissert philosophie et civilisation pour viter de
    rpondre aux questions essentielles o il tait attendu : croissance,
    pouvoir d'achat, vie chre, salaires et emploi". Sgolne Royal, qui,
    ds le dbut de l'anne, a fait un pas dans sa volont de prendre la
    direction du PS, si elle arrive  "rassembler", convoque la presse, 
    son QG parisien du boulevard Raspail, pour affirmer que "le temps des
    illusions se termine et celui de l'inquitude commence".
 
    Quitte  transformer la rplique en exercice de cacophonie, d'autres
    socialistes se font entendre, de Laurent Fabius  Julien Dray, en tant
    que porte-parole du PS, en passant par les dputs Manuel Valls et
    Aurlie Filippetti. Piqu au vif par une attaque de M. Sarkozy, se
    disant dcid  "ne pas laisser s'enliser" le projet de "Grand Paris",
    Bertrand Delano, sous sa casquette de maire de la capitale, dfend un
    "processus de concertation authentique, auquel l'Etat ne s'est pas
    associ jusqu' ce jour". Bref,  la fin de la journe, toutes les
    sensibilits socialistes ont livr leurs ractions aux propos
    prsidentiels. Le rsultat est qu'il est probable qu'aucune n'ait t
    vraiment entendue.
 
    Sur le papier, pourtant, le PS a les outils pour jouer son rle de
    premier parti d'opposition. Ds juin 2007, il s'est dot d'une sorte de
    "contre-gouvernement", dont les membres sont chargs de contrer les
    ministres. L'initiative est venue non de la direction du parti, rue de
    Solfrino, mais de M. Ayrault. Rsultat ? Le "contre-gouvernement" est
    une fiction et ne joue pas son rle. A l'automne, Franois Hollande a
    invent un secrtariat national " la riposte" qu'il a confi  Razzye
    Hammadi, ancien prsident du Mouvement des jeunes socialistes (MJS),
    aussi dynamique qu'anti-sgolniste. Mais l'innovation a vite tourn au
    gadget, dans la mesure o c'est le propre de tout opposant de riposter
    - sans se priver de faire des contre-propositions - au gouvernement
    qu'il combat.
 
    Depuis quelques semaines - et ce sera de plus en plus le cas avec la
    proximit de la bataille des lections municipales des 9 et 16 mars,
    qu'il espre bien emporter -, le PS a russi, en menant une campagne
    presque syndicale sur la dfense du pouvoir d'achat,  sortir de la
    phase o il tait inaudible. Mais l'opposition de gauche souffre d'un
    handicap majeur, celui de ne pas tre incarne par un porte-parole
    ayant une autorit et un charisme suffisants pour jouer le
    "contre-prsident" face au super-activisme de l'"hyperprsident"
    Sarkozy. Cette panne de leadership - un PS "aux abonns absents ?",
    s'interroge L'Humanit du 9 janvier, bien place pour livrer une telle
    expertise compte tenu de l'vanescence du Parti communiste - contraste
    singulirement avec les priodes 1974-1981 ou 1995-1997 quand Franois
    Mitterrand, face  Valry Giscard d'Estaing, et Lionel Jospin, face 
    Jacques Chirac, portaient pleinement la parole de l'opposition  des
    prsidents qui occupaient beaucoup moins la scne mdiatique.
 
    PANNE DE LEADERSHIP
 
    Cette panne de leadership est d'autant plus prjudiciable qu'elle se
    double d'une panne de contre-projet alors que M. Sarkozy, oblig par sa
    baisse dans les sondages  passer dj  la seconde tape de son
    quinquennat, continue de labourer soigneusement et mthodiquement les
    terres de la gauche. Ainsi, le 8 janvier, comme lors de ses voeux, il a
    repris  son compte, au nom d'une "nouvelle Renaissance", le concept de
    "politique de civilisation" forg par Edgar Morin, dans un livre crit
    avec le chevnementiste Sami Nar, Pour une politique de civilisation
    (Arlea, 1997). Sociologue de gauche, Edgar Morin, qui a vot pour M^me
    Royal, entend "promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-tre". En
    mettant  sa sauce cette "politique de la vie", M. Sarkozy a utilis
    des mots - "rconcilier l'ordre et le mouvement, l'identit et la
    modernit, rhumaniser la socit" - qu'aurait pu employer la
    prsidente de la rgion Poitou-Charentes.
 
    Le chef de l'Etat fait dsormais son "march"  gauche aussi au niveau
    international. Quitte  brouiller les travaux de la commission prside
    par Jacques Attali, il s'est adress  deux Prix Nobel d'conomie,
    l'Indien Amartya Sen et l'Amricain Joseph Stiglitz, pour rflchir 
    la mise en oeuvre d'un nouvel instrument, plus qualitatif, de mesure de
    la croissance. Le premier, spcialiste des ingalits et du
    dveloppement humain, n'est pas  proprement parler un conservateur. Le
    second a travaill avec Bill Clinton et les dmocrates et a vivement
    critiqu, dans ses travaux, le capitalisme financier.
 
    Tant que le PS n'aura pas men  son terme sa rnovation et rgl son
    problme de leadership, il sera sous-quip pour exercer son magistre
    de premier opposant, mme s'il tait confort par une ventuelle
    victoire municipale. Sur la rnovation - mene  coups de forums vite
    expdis en quelques heures et dont le dernier, le 20 janvier, portera
    sur l'individu et le "nouveau contrat social" -, la dmarche engage
    par M. Hollande a le mrite d'exister mais elle est loin d'tre  la
    hauteur de l'ambition affiche. A partir du 20 janvier, une commission
    doit procder  l'actualisation d'une dclaration de principes qui date
    de 1990. Elle actera la reconnaissance de l'conomie de march,
    souhaite par M. Hollande, mais l'aggiornamento idologique attendra au
    mieux le congrs de novembre. Sur le dpart, et (souvent trs
    injustement) contest, le premier secrtaire n'est pas en situation
    d'incarner l'opposition  M. Sarkozy. M^me Royal a la lgitimit d'un
    score honorable le 6 mai 2007, mais elle n'a pas de statut. On voit mal
    comment cette absence de leadership pourrait encore perdurer dix mois
    sans dommages.
 
<article-nb="2008/01/10/19-2">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2">  L&#38;#39;assassinat de John Kennedy, le 22 novembre 1963  Dallas, reste une des grandes nigmes du XXe sicle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2">      L 'assassinat de John Kennedy, le 22 novembre 1963  Dallas, reste une
    des grandes nigmes du XX^e sicle. "Un prsident des Etats-Unis se
    fait assassiner en plein jour, en pleine rue, sous les yeux de quelque
    500 badauds. Au moins 38 d'entre eux filment ou photographient la
    scne. Mais, aujourd'hui, plus de quarante ans plus tard, on ne sait
    toujours pas ce qui s'est pass", constate un historien au dbut du
    remarquable documentaire de Robert Stone diffus mercredi 9 janvier sur
    Arte. Cet assassinat est comme un fantme qui continue de hanter
    l'Amrique. "Le vritable choc a t philosophique. Comme si Dieu avait
    tout  coup retir sa bndiction  l'Amrique", affirme le romancier
    Norman Mailer, rcemment disparu. Mailer est un de ceux qui ont
    longtemps adhr  la thorie d'un complot dissimul par les autorits,
    avant d'admettre,  la fin de sa vie, qu'il n'tait plus sr de rien.
 
 
    Au dpart, les preuves accumules contre Lee Harvey Oswald, un jeune
    homme instable travaillant dans l'immeuble du dpt des livres
    scolaires du Texas, d'o sont partis les coups de feu, paraissent
    accablantes. On a vu Oswald entrer et sortir du btiment. On a retrouv
    son fusil avec ses empreintes. Il a tir au revolver, un peu plus tard,
    sur le policier qui venait l'arrter, et l'a tu. Ancien marine, il
    tait rput particulirement habile au maniement des armes. Il est 
    son tour tu, devant les camras lui aussi, dans le commissariat
    central de Dallas, le 24 novembre 1963, par Jack Ruby, patron d'un club
    de strip-tease, alors qu'il allait tre prsent au palais de justice
    de la ville. Le documentaire de Robert Stone montre l'volution rapide
    des esprits aux Etats-Unis. La commission d'enqute dirige par Earl
    Warren, prsident de la Cour suprme, affirme en septembre 1964
    qu'Oswald a bien assassin John Kennedy et qu'il a agi seul. Ses
    conclusions sont alors admises par les principaux mdias amricains.
 
    Quelques annes plus tard, l'opinion se renverse. Si les autorits
    mentent  propos de la guerre alors mene au Vietnam, pourquoi ne
    mentiraient-elles pas aussi au sujet de cet assassinat ? Les images
    tournes au moment de l'attentat par un cinaste amateur, Abraham
    Zapruder, cadrent mal avec l'hypothse d'un tireur unique situ
    derrire le prsident. La tte du prsident parat en effet projete en
    arrire. Il est bientt question de deux autres tireurs, donc d'un
    complot, dont on accuse, ple-mle, Castro, le KGB, la mafia, la CIA,
    et mme Lyndon Johnson, le vice-prsident devenu prsident. Rien de
    concret n'a jamais t dmontr, mais 70 % des Amricains pensent
    dsormais qu'il y a eu complot. "Ce qui est abominable et dsesprant
    avec les fantmes, c'est qu'on n'obtient jamais de rponse", remarque
    Mailer.
 
<article-nb="2008/01/10/19-3">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3">  La coordination des politiques conomiques, version officielle du &#38;#34;gouvernement conomique&#38;#34; de l&#38;#39;Europe, est une des ambitions majeures de l&#38;#39;Union.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3">      L a coordination des politiques conomiques, version officielle du
    "gouvernement conomique" de l'Europe, est une des ambitions majeures
    de l'Union. Elle est inscrite en toutes lettres dans les traits. Le
    dfunt projet de Constitution en affirmait, une fois de plus, la
    ncessit. Le trait de Lisbonne ne droge pas  la rgle. Il indique
    que "les Etats membres considrent leurs politiques conomiques comme
    une question d'intrt commun et les coordonnent au sein du Conseil".
    Il insiste sur "l'troite coordination des politiques conomiques des
    Etats membres". Comme le rappellent deux snateurs franais dans un
    rcent rapport, Jol Bourdin, UMP, et Yvon Collin, radical de gauche,
    cette coordination est "un engagement international solennel, lment 
    part entire de l'quilibre sur lequel repose la construction
    europenne".
 
 
    Or il suffit d'observer la ralit des politiques conduites par les
    Etats membres pour constater que cet engagement, aussi solennel
    soit-il, est loin d'tre tenu. C'est un cri d'alarme que poussent les
    deux rapporteurs. La coordination des politiques conomiques, "pilier
    fondamental de l'Union europenne", est, selon eux, "brise, 
    l'abandon". Ce renoncement fait courir, affirment-ils, "un risque
    mortel"  l'Europe, "le droulement d'un processus d'hyper-comptition
    entre les Etats ruinant le projet politique europen, qui repose sur
    une solidarit minimale". Une "prise de conscience" est devenue
    urgente. "Les enjeux d'un redressement de la situation sont
    considrables, concluent les auteurs. Il s'agit de rien de moins que la
    survie mme de la construction europenne."
 
    Ce n'est pas la premire fois que des experts s'inquitent des
    insuffisances de la coordination conomique. En 2000,  la veille de la
    prcdente prsidence franaise de l'Union, deux chercheurs, Pierre
    Jacquet et Jean Pisani-Ferry, soulignaient, dans un rapport du Conseil
    d'analyse conomique, les "limites" du pacte de stabilit et appelaient
     "l'invention de formes nouvelles de coopration", au nom de
    l'interdpendance croissante des conomies.
 
    Des dclarations semblables se sont multiplies. En 2003, l'conomiste
    Jean-Paul Fitoussi notait que "l'Europe conomique est organise
    davantage sur le mode de la concurrence que sur celui de la
    coopration". En 2004, Jacques Delors regrettait l'absence d'un "pacte
    de coordination des politiques conomiques" tel qu'il l'avait propos
    en 1997 pour "quilibrer le pacte de stabilit montaire".
 
    Le rapport des deux snateurs va plus loin et tape plus fort en
    dramatisant les enjeux. A les en croire, la prfrence donne  la
    "confrontation" sur la coordination "entrane l'Europe dans le dclin
    et compromet srieusement toutes ses ambitions". Prlvements
    obligatoires, dpenses des administrations publiques, partage de la
    valeur ajoute : les divergences entre les Etats membres, notamment
    entre l'Allemagne et la France, se sont traduites par des politiques
    antagonistes qui ont affaibli la croissance de l'Union, au risque de
    transformer la stratgie de Lisbonne en "un exercice purement
    incantatoire". Les auteurs n'hsitent pas  parler d'une "faute
    historique" qui porte en elle une "menace de dislocation".
 
    Il y a plusieurs manires de renforcer l'unit des politiques
    europennes. L'une est d'harmoniser les lgislations des Etats dans les
    domaines o ils ont choisi d'agir en commun. Une autre est de dlguer
    une partie de leurs pouvoirs souverains  un organe communautaire tel
    que la Commission ou la Banque centrale. La coordination reprsente une
    troisime voie, plus respectueuse des prrogatives nationales mais plus
    dpendante de la volont politique des Vingt-Sept. Si celle-ci continue
    de manquer, la perspective d'un "gouvernement conomique" de l'Union
    demeurera une chimre.
 
<article-nb="2008/01/10/19-4">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4">  Les funrailles nationales, depuis 1920, quand les trois couleurs recouvrirent la bire d&#38;#39;Anatole France, ne portent pas spcialement bonheur aux crivains.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4">      S ans fleurs ni couronnes ni photos. Pas de crmonie. Cercueil au feu
    et cendres au caveau de famille. "Notre plus grand crivain vivant",
    Julien Gracq, avait stipul par crit que sa mort soit un
    non-vnement, et ainsi fut fait, aprs Nol. Nous en avions ri de bon
    coeur, quelques semaines auparavant, dans sa maison de Saint-Florent
    (personne de plus imprvisiblement drolatique, disert et sociable que
    ce faux ronchon). "Quand la mort viendra, disait un prudent, j'aimerais
    mieux tre absent. Moi aussi, je crois bien.
 
 
    - Le fait de disparatre ne vous effraie pas ?
 
    - Non. On ne disparat pas compltement, on peut se souvenir de vous.
    Et puis, je suis gographe. Le mot de passe en gographie, c'est
    l'rosion. On s'teint comme les plantes."
 
    L'homme du oui  la nature voyait venir sa fin avec la lucidit
    impeccable et enjoue du stocien. Pas important. "Mon corps, ma vie,
    vous savez, je n'y suis pas ou si peu." Julien Gracq fuyait trop
    l'emphase et la posture pour se vouloir, tel Saint-John Perse, "la
    mauvaise conscience de son temps". Ce fondu au noir, logique chez un
    furtif sans carrire ni biographie, pose nanmoins une question gnante
     une poque pour laquelle c'est son niveau de visibilit sociale qui
    fixe  chacun son degr d'existence. Par-del la place faite  la
    littrature dans la Cit du show-biz, nagure  l'estomac, bientt  la
    poubelle, il s'agit de savoir si survie et postrit font encore sens.
 
    Notre civilisation est sans doute la premire qui, refusant de se
    laisser interroger par la mort, n'a cure des pitaphes et des tombeaux.
    Soit. La gloire aujourd'hui est anthume ou n'est pas, pixels et
    dcibels obligent. Nos rituels funraires sont des lapsus, ou des
    aveux. Ils disent l'histoire intime de nos modles d'excellence et de
    nos machines  rves. Le complice d'Andr Breton, qui ne se prenait pas
    pour un mage et tenait  rester n'importe qui, n'tait pas l'ami des
    hommages officiels. Simplement indiffrent, ou goguenard.
 
    Les funrailles nationales, depuis 1920, quand les trois couleurs
    recouvrirent la bire d'Anatole France, ne portent pas spcialement
    bonheur aux crivains. Proust se porte mieux que Barrs. Et Mallarm
    que France. Mais les honneurs dcerns ou non aux dpouilles de ceux
    qu'il est convenu d'appeler des grands hommes en disent long sur notre
    type idal d'humanit. Le prsident Sarkozy pourrait accorder sans
    doute demain des funrailles nationales  Johnny Hallyday, comme de
    Gaulle l'a fait, en 1945, pour Paul Valry. Au nom d'une certaine ide
    de la russite. Les totems de la Bibliothque nationale ne sont pas
    ceux de Disneyland, mais la "Star Ac'" aussi a son merveilleux
    (inverser une hirarchie n'est pas verser dans le nihilisme). A chaque
    poque, ses incomparables qu'on voudrait contagieux. L'accompli
    d'aprs-guerre crivait ; le ntre chante. Il rvait en franais ; le
    ntre se rve amricain. La vidosphre a chang son hros d'paule.
    Affaire de gnrations.
 
    On jugera candide ou ringarde l'ide, hrite de la Renaissance, que
    les arts et les lettres sont les seuls aptes  triompher de la mort. Se
    dduisait de cette honorable prsomption que l'oeuvre d'un artiste, qui
    fera lever, telle une ligne de fuite, un jeu d'chos infini, importe
    plus que son carnet d'adresses, sa bobine ou ses vices. Qui connat la
    gueule de Lautramont ? Il alla longtemps de soi qu'il y avait un
    hiatus entre une fugitive personne physique et son alter ego qui nous
    lgue un monde, ou un nouvel accent. Les deux ne relvent pas du mme
    univers. Une photo et un tableau, le nu et son modle, non plus.
 
    C'tait le privilge des souverains et des prsidents, oints par
    l'huile sainte ou le suffrage universel, d'avoir deux corps. La
    carcasse prcaire d'un individu inhum dans son village, Colombey ou
    Chteau-Chinon, et son double sublim, abstrait, immortel et
    symbolique, qu'on dpose dans la nef de Notre-Dame. Le double
    enterrement tait de rigueur quand on savait distinguer entre le nous
    d'une nation et le moi-je d'un champion de passage, en charge d'une
    communaut qui le prcde, l'excde et lui succde. Maintenant que les
    rock stars ont annex les chefs d'Etat  leur univers survolt et
    volatil, la chanson politique ne survivra pas au chanteur.
 
    Le tout--l'ego ne fait pas l'affaire du dveloppement durable. C'est
    dsormais aux crivains, aux artistes qui souhaitent chapper au temps
    par la forme qu'il incombe de rhabiliter la tradition en pril du
    ddoublement des corps. Pour que l'oeuvre survive  l'ouvrier. Louis
    Poirier s'est teint comme le protagoniste du Balcon en fort,
    l'aspirant Grange,  l'tat civil vasif : "Il tira la couverture sur
    sa tte et s'endormit." Julien Gracq, lui, n'a pas dit son dernier mot
    en s'endormant.
 
    Qui sera le plus fantomatique en 2108 ? L'omniprsent du jour ou
    l'hyperabsent d'hier ? Le premier vit dans la prunelle de millions
    d'berlus et s'clipsera avec eux. Le second hantera longtemps encore
    l'imaginaire de 10 000 liseurs, puisque tel est, en France, l'effectif
    mystrieusement stable des envots du style. La secte littraire est
    mal vue, mais elle voit plus loin que les hypnotiss de l'image. Le
    temps a ses vaincus, ceux qui lui courent aprs, sur les covers, au
    hit-parade. Et ses vainqueurs, ceux qui lui tournent le dos, les gris
    artisans du mot juste. A eux le rebond des renaissances posthumes, 
    eux la belle vie, la vraie. Un pari encore assez plausible pour sauver
    de l'coeurement les dprims du Nouvel An.
      __________________________________________________________________
 
    Rgis Debray est crivain, directeur de la revue "MdiuM".
 
<article-nb="2008/01/10/19-5">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5">  Une bonne nouvelle : le Taser - ce pistolet  impulsion lectrique capable de paralyser totalement la personne vise pendant plusieurs minutes - est dsormais  la porte de quiconque.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5">      U ne bonne nouvelle : le Taser - ce pistolet  impulsion lectrique
    capable de paralyser totalement la personne vise pendant plusieurs
    minutes - est dsormais  la porte de quiconque. Aux Etats-Unis en
    tout cas. A la grande foire lectronique de Las Vegas, le fabricant
    prsente un modle lgant et fonctionnel, dans un choix de trois
    couleurs (rose, rouge ou lopard), avec un lecteur MP3 intgr et des
    couteurs. Le C2 personal protector est vendu 349,99 dollars, 
    domicile, sur le modle des runions Tupperware. On le conseille
    notamment aux femmes qui veulent faire du jogging en toute scurit.
 
 
    Ainsi, le mme appareil permet d'couter Mozart et de terrasser un
    individu dans la seconde qui suit. Un regret tout de mme : cette
    petite merveille, capable de cracher 50 000 volts, n'assure pas la
    messagerie lectronique. Le C2 ne fait mme pas tlphone ! On aurait
    au moins aim qu'il serve d'agenda, donne la mto, prenne des
    photos...
 
    A quand un vritable appareil de compagnie, un pistolet complet, pour
    se dfendre, se divertir, s'organiser et communiquer ? a viendra
    certainement. Armons-nous de patience.
 
<article-nb="2008/01/10/19-6">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6">  Les ventes d&#38;#39;Airbus et de TGV ne doivent pas faire illusion : l&#38;#39;industrie franaise va mal.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6">      L es ventes d'Airbus et de TGV ne doivent pas faire illusion :
    l'industrie franaise va mal. Elle a russi la contre-performance de
    contribuer  l'aggravation du dficit du commerce extrieur en 2006,
    alors mme que la croissance mondiale tait forte et que la plupart des
    autres pays europens en profitaient gaillardement. La situation a
    continu de se dtriorer en 2007. La force de l'euro face au dollar
    est souvent invoque pour expliquer les dboires de l'industrie
    franaise. Elle n'explique pas tout. Ce handicap n'empche pas
    l'Allemagne de tailler des croupires  la France.
 
 
    Jusqu'en 2006, la France importait plus de produits allemands qu'elle
    n'exportait de produits franais vers l'Allemagne. Mais ces
    exportations vers notre principal partenaire conomique allaient
    croissant. Depuis 2007, les Franais ont continu d'acheter plus
    outre-Rhin, tandis que les Allemands diminuaient leur consommation de
    produits tricolores. Dans de nombreux secteurs, les produits franais
    ne sont plus comptitifs. Pire : la France est absente de nombre de
    secteurs d'avenir.
 
    La France n'a pas su gnrer des champions industriels dans les
    nouvelles technologies comme c'est le cas aux Etats-Unis. Dans ce pays,
    l'environnement favorise l'mergence perptuelle de nouvelles petites
    socits trs innovantes et dynamiques, qui soit grossissent et
    deviennent les nouveaux champions,  l'instar de Microsoft et Google,
    soit se font racheter par ces dernires. La France n'a pas su davantage
    crer suffisamment de grosses PME dans des secteurs plus traditionnels,
    comme il en existe en Allemagne, o elles continuent de tirer
    l'industrie. C'est grce  elles que l'excdent commercial allemand
    vient de battre un nouveau record.
 
    Grce aux aides de l'Etat et aux incitations fiscales, la France a, en
    revanche, russi  doper la cration d'entreprises. Mais, faute de
    grandes soeurs, plus de la moiti de ces firmes se font ensuite
    reprendre par des socits trangres, amricaines pour la plupart. La
    cration d'un dispositif destin  inciter les administrations et les
    grands groupes franais  confier une part plus importante de leurs
    achats  des PME, comme cela se fait aux Etats-Unis, est rgulirement
    invoque. Mais ce voeu ne se matrialise pas. Or comment gagner des
    contrats  l'export si les entreprises de votre propre pays ne vous
    donnent pas vos premires rfrences ?
 
    Le 8 janvier, Nicolas Sarkozy s'est dit "convaincu qu'une France sans
    industrie, sans usines, sans ouvriers, serait une France appauvrie, non
    seulement conomiquement, mais aussi culturellement et moralement".
    Certes. Mais ces bonnes paroles ne suffisent pas. La France a besoin
    d'aider ses petites entreprises  grossir. Ce n'est malheureusement pas
    dans sa culture industrielle. C'est celle-ci qu'il faut changer.
 
<article-nb="2008/01/10/19-7">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7">  Nous tions une demi-douzaine de femmes en cette fin d&#38;#39;aprs-midi de juin 1973, dans un caf aujourd&#38;#39;hui disparu de la place Denfert-Rochereau.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7">      N ous tions une demi-douzaine de femmes en cette fin d'aprs-midi de
    juin 1973, dans un caf aujourd'hui disparu de la place
    Denfert-Rochereau. Intimides, anxieuses, tonnes de notre propre
    hardiesse. Nous avions rendez-vous, un quart d'heure plus tard, avec
    Simone de Beauvoir. Ordre du jour : lui demander si elle accepterait de
    publier "deux ou trois articles sur les femmes" dans Les Temps
    modernes. Nous avions afft nos arguments : nombre de revues avaient
    dj consacr dossiers et numros spciaux au mouvement fministe
    rcemment ressurgi, pourquoi pas la revue fonde et dirige par
    l'auteur du Deuxime Sexe ?
 
 
    Nous n'en menions pas large : crire au fil de la plume dans le Torchon
    brle, Partisans ou Actuel, envoyer des lettres  L'Express, au Nouvel
    Obs ou au Figaro, rien de plus facile pour les enrages que nous tions
    ; mais Les Temps modernes, c'tait tout de mme autre chose : un
    monument prhistorique pour les unes, une revue d'intellos un peu
    barbante pour les autres ; pour moi, ne  quelque 2 000 kilomtres de
    la place Denfert-Rochereau, Les Temps modernes, c'tait tout
    simplement... la France.
 
    Deux heures plus tard, nous sortions de chez Simone de Beauvoir,
    passablement berlues par son accueil. Nous avions propos quelques
    articles, nous revenions avec deux commandes fermes,  livrer dans les
    plus brefs dlais : un numro spcial sur les femmes, et une chronique
    rgulire, mensuelle, dnonant les discours les plus misogynes
    cueillis  droite et  gauche (il tait bien spcifi " gauche aussi,
    si ncessaire !").
 
    Le numro spcial, intitul Les femmes s'enttent fut publi au
    printemps 1974, et rapidement puis. Il fit l'objet de plusieurs
    retirages, fut traduit en quelques langues, et repris un an plus tard
    chez Gallimard, en collection de poche. Quant aux chroniques du
    "Sexisme ordinaire", inaugures en dcembre 1973 avec une mmorable
    prsentation de Simone de Beauvoir, elles vcurent - et svirent -
    joyeusement, contre protestations et lamentations, une bonne dizaine
    d'annes.
 
    Simone de Beauvoir fit quelques remarques et critiques sur les deux
    premires chroniques, aprs quoi le rituel s'installa : chaque mois
    nous dposions chez elle nos textes, et la rencontrions quelques jours
    plus tard. Elle les commentait rapidement, puis nous interrogeait sur
    le Mouvement, les dbats entre "tendances", nos projets...
 
    Elle avait croqu dans ses romans quelques personnages calamiteux de
    jeunes pestes, rebelles, emmerdeuses, et pleines de vie ; je me dis
    aujourd'hui que c'est peut-tre ainsi qu'elle nous voyait. Mais les
    "pestes" des Temps modernes, l'air de rien, se dfonaient  l'ouvrage,
    et avaient mme quelques ides en tte. Les slogans des manifestations,
    l'"humour" que l'on nous attribuait, se voulaient les analyseurs de la
    socit de l'poque.
      __________________________________________________________________
 
    Liliane Kandel est sociologue, membre du comit de rdaction des "Temps
    modernes".
 
<article-nb="2008/01/10/19-8">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8">  La rforme de la politique agricole commune explique l&#38;#39;attitude rserve, voire ngative, des leveurs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8">      C 'est  n'y rien comprendre ! Les prix du lait explosent et pourtant,
    l'offre ne rpond pas. Il manque 2 milliards  3 milliards de litres en
    Europe et 200 000 vaches laitires en France. L'Union europenne
    propose d'augmenter les quotas (un plafond au-del duquel les leveurs
    sont pnaliss par le paiement d'une taxe), rien n'y fait. Les leveurs
    boudent. A peine se rsignent-ils  des expdients en maintenant des
    vaches  la traite alors qu'elles auraient t dclasses en "vaches de
    rforme" et conduites  l'abattoir.
 
 
    L'accus est tout trouv : le paysan, ou plutt l'leveur, qui fait la
    sourde oreille alors que la profession a t ultra-aide pendant des
    annes, que la solidarit europenne imposerait des gestes, et que ses
    revenus ont progress en 2007 bien plus que ceux de n'importe quelle
    catgorie...
 
    Et si l'une des causes de la crise tait dans la rforme de la
    politique agricole commune (PAC) elle-mme ? Cette rforme, dcide en
    2003, est btie sur un principe simple : le dcouplage. Il s'agit de
    sparer - dcoupler - l'aide financire du volume de production. Le
    droit  paiement unique est calcul sur des critres physiques
    indpendants de la production.
 
    Quatre ans plus tard, deux inconvnients majeurs apparaissent. En
    premier lieu, la rforme tait conue pour casser les surproductions et
    faire baisser les prix. Or, aujourd'hui, le contexte est trs
    exactement inverse de la situation qui prvalait en 2003. La Commission
    ne s'est absolument pas adapte au revirement de conjoncture, et tente
    tant bien que mal de rajuster le systme en majorant les quotas, mais
    sans succs. D'ailleurs, tout changement brutal dans un secteur se
    traduit par des dsquilibres dans les autres, et il ne faut pas
    oublier une rgle lmentaire : il n'y a pas de lait sans veau, et
    l'augmentation du nombre des vaches laitires se traduirait par une
    augmentation du cheptel de viande. Aprs s'tre sortis de la crise
    bovine des annes 1990, les leveurs ne sont pas enthousiastes  cette
    perspective.
 
    LA CONFIANCE EN BERNE
 
    En second lieu, la rforme de la PAC a entran un changement de la
    philosophie mme de l'aide europenne. La PAC a chang de nature : elle
    a perdu son ct "politique industrielle" encourageant la productivit,
    et elle est devenue une politique sociale, en transformant l'aide
    europenne en une simple aide aux revenus. Ce faisant, en perdant ce
    lien avec la production, la rforme de la PAC a cass le systme et la
    confiance. Car les agriculteurs se rendent bien compte que ce rgime ne
    peut durer indfiniment !
 
    Il n'y a aucune raison que l'Union europenne soutienne les revenus
    d'une catgorie sociale particulire, d'ailleurs de moins en moins
    importante en termes statistiques. Pourquoi soutenir les revenus des
    paysans et non ceux des chmeurs ? La rforme de la PAC avait en son
    sein mme des ferments de dynamite. Ds lors, les leveurs n'ont fait
    qu'anticiper ce "lchage" et se sont dtourns de la production de lait
    pour prfrer des productions moins contraignantes. Les courbes de
    production sont limpides : le dclin des collectes a commenc en 2004,
    premire anne d'application de la rforme.
 
    La crise du lait n'a pas t provoque par la rforme de la PAC, mais
    elle a t aggrave par elle. Pourtant, le plus frappant dans cette
    crise est l'incapacit de l'UE  se remettre en cause. Le bilan de
    sant de la PAC annonc sous prsidence franaise devrait tenir compte
    de cette exprience.
      __________________________________________________________________
 
    Nicolas-Jean Brehon est enseignant  Paris-I-Panthon-Sorbonne. Sur
    Internet : www.finances-europe.com.
 
 
<article-nb="2008/01/10/19-9">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9">  Dans les entreprises qui la pratiquent, ces fonds ont une valeur inestimable pour la cohsion sociale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9">      P arce qu'Auchan fait partie des entreprises pionnires de la
    participation, que nous pratiquons depuis quarante ans, nous estimons
    qu'il est de notre devoir de prendre la parole au sujet des actuels
    projets de dblocage des fonds provenant de la participation. Les
    annonces rcentes du prsident de la Rpublique concernant
    l'largissement  tous les salaris et l'augmentation des montants
    potentiels de la participation apparaissent trs positives. Mais
    seulement  condition de ne pas se tromper d'objectif. En effet,  un
    moment o certains lorgnent sur ce qui apparat,  leurs yeux, comme un
    trsor susceptible de crer un petit mouvement de consommation
    supplmentaire, nous souhaitons dire et redire qu'ils font erreur sur
    la nature de ce trsor !
 
 
    Remettons les choses  leur place : la participation est une "cagnotte"
    bien modeste au regard d'autres formes de placement. D'aprs l'Autorit
    des marchs financiers, le total des encours des fonds communs de
    placement d'entreprise (FCPE) d'pargne salariale s'levait, fin 2006,
     85 milliards d'euros contre 1 065 milliards pour l'assurance-vie.
 
    En revanche, la participation reprsente une valeur inestimable pour la
    cohsion sociale au sein des entreprises qui la pratiquent. En effet,
    l'pargne salariale repose sur une conception de la socit o le
    salari est considr comme un partenaire avec lequel l'entreprise
    s'efforce de btir une relation de partage. Partage du savoir avec la
    formation. Partage du pouvoir afin qu'il puisse prendre des initiatives
    et mettre en pratique ses "bonnes ides". Partage de l'avoir, enfin,
    car la participation rcompense la contribution au rsultat de
    l'entreprise et s'ajoute au salaire qui rmunre le travail. En 2007,
    Auchan a ainsi distribu l'quivalent de 50 % de son rsultat net 2006
     ses collaborateurs.
 
    Il est possible d'aller plus loin encore, grce  l'actionnariat, qui
    permet au salari de devenir copropritaire de sa socit. A condition
    que tous les collaborateurs puissent effectivement devenir
    actionnaires. C'est possible si l'entreprise verse plus que le minimum
    lgal en bnficiant d'un accord drogatoire, plutt que de favoriser
    un systme d'abondement qui profite essentiellement aux salaris
    capables d'pargner, donc aux plus riches. C'est ce que nous nous
    efforons de faire chez Auchan depuis 1977. Le rsultat, c'est
    qu'aujourd'hui 97 % de nos 50 000 salaris en France sont actionnaires.
    De plus, pour qu'ils s'approprient la dmarche, ils sont forms 
    l'conomie d'entreprise, ce qui leur permet de mieux comprendre les
    politiques conomiques des entreprises et, par ricochet, celles des
    gouvernements.
 
    La combinaison de la participation et de l'actionnariat salari permet
    au collaborateur d'entrer "naturellement" dans un flux d'pargne, grce
     la possibilit de verser sa participation dans le fonds commun de
    placement et de devenir co-associ d'une entreprise qu'il connat. Il
    dispose ainsi au bout de plusieurs annes d'un capital qui lui permet
    de raliser des projets (enfants, habitation principale, tudes...) ou
    de vivre plus facilement certaines tapes ou preuves de la vie :
    invalidit, divorce, retraite... Il bnficie ainsi d'un pouvoir
    d'achat supplmentaire au bon moment : celui auquel il en a le plus
    besoin.
 
    Des salaris plus motivs et plus soucieux du bien de leur socit, des
    actionnaires connus et fidles... Quelle entreprise, grande ou petite,
    ne souhaite pas cela ? C'est ce que peut lui apporter l'actionnariat
    salari qui lui permet aussi de bnficier de fonds propres stables et
    ncessaires au financement de son dveloppement. Des fonds sur lesquels
    aucune "menace" de dblocage ne doit donc peser, sauf  devoir
    dsinvestir ou  vendre !
 
    Au vu de ces avantages, on peut s'interroger sur les raisons qui
    conduisent  traiter ainsi la participation dans les entreprises alors
    qu'on laisse dormir la participation investie dans des plans
    d'pargne-retraite collectifs (Perco) ou l'pargne investie en
    assurance-vie ? Pourquoi "casser" ce qui n'a pu tre construit qu'avec
    le temps et une stabilit des lois ?
 
    Un dblocage, mme massif, n'aurait qu'un effet limit sur la
    consommation de produits franais et la croissance conomique,
    profitant surtout aux achats de produits high-tech imports. C'est ce
    que nous avons constat en 2004 lors du dernier dblocage. En revanche,
    ce choix de court terme prsenterait de graves inconvnients, notamment
    pour les salaris aux revenus les plus faibles :
 
    - parce qu'il est essentiel que la participation soit considre par
    ces salaris comme un supplment et non comme part intgrante du
    salaire qu'on peut consommer immdiatement. La participation varie
    selon les annes : en cas de moins bons rsultats de l'entreprise, sa
    baisse serait perue comme une baisse du pouvoir d'achat ! Le blocage
    de cinq ans constitue un lissage bnfique dans le temps ;
 
    - parce que ces salaris sont peu sensibles  l'incitation fiscale et
    avant tout concentrs sur le court terme. C'est pourquoi seule la rgle
    du blocage de cinq ans peut les aider  se constituer une pargne, qui
    est pour eux une vritable rserve de scurit et, par l mme, un
    trsor rel !
 
    La question de la participation interroge notre socit :
    souhaitons-nous une socit "court terme", volatile, prte  tout car
    elle n'a pas plus d'esprance, parce qu'elle n'a plus rien  perdre ?
    Ou une plus solide, qui se construit dans et avec le temps ? Il y a l
    un enjeu de dveloppement durable. Non, ne vous mprenez pas sur la
    nature du "trsor" que reprsentent les fonds provenant de la
    participation : bien plus que des capitaux, ils sont porteurs d'une
    certaine conception de la socit.
      __________________________________________________________________
 
    Arnaud Mulliez est prsident d'Auchan France.
 
    Laurent Darras est prsident de Valauchan France.
 
<article-nb="2008/01/10/19-10">
<filnamedate="20080110"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080110"><AAMMJJHH="2008011019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10">  Le totalitarisme, c&#38;#39;est de faire croire que l&#38;#39;addiction  la cigarette n&#38;#39;est pas plus grave que de manger du foie gras.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10">      L es mfaits du tabagisme actif et passif sur la sant de l'tre humain
    sont connus, archi-connus. La cigarette, c'est un mort toutes les dix
    secondes dans le monde. Le plus "serial" de tous les "killers" de
    l'univers. C'est aussi une industrie sans scrupules qui s'attaque aux
    adolescents ds le plus jeune ge par une srie de moyens marketing
    aussi sournois qu'efficaces.
 
 
    Pourtant, dans les colonnes du Monde (dat du 2 janvier), un
    contributeur "mdecin", Micheline Benatar, ose nous assner avec une
    vigueur hallucinante les arguments les plus spcieux de l'industrie du
    tabac. Allant jusqu' voir dans l'interdiction de fumer dans les lieux
    publics dmarre ce 1^e^r janvier sur le territoire franais une drive
    "totalitaire" ! Le tout agrment d'une sauce "appel  la convivialit"
    qui brouille opportunment les pistes, dsignant le fumeur comme une
    victime et le non-fumeur comme son oppresseur. Ces arguments, on
    pourrait les comprendre (mais pas les admettre) s'ils venaient d'un
    lobbyiste chevronn de l'industrie du tabac ou d'un inculte total,
    c'est au choix. Mais pas d'un mdecin.
 
    Comment, en effet, oser comparer l'addiction  la nicotine  la
    consommation de foie gras ? Qui connat un consommateur de foie gras
    qui a besoin de sa tranche quinze fois par jour tous les jours de sa
    vie adolescente et adulte ? Et existe-t-il une consommation de foie
    gras "passive" qui augmenterait le taux de cholestrol de votre voisin
    de table au restaurant pendant qu'il mange sa salade ?
 
    Mais le plus surprenant est  venir. Ds le 2 janvier, une vritable
    campagne de presse mondiale dferle sur le cas franais. Le Washington
    Post, le Los Angeles Times, le Guardian et la BBC reprennent pour
    certains l'argumentation de totalitarisme nonce dans Le Monde, en
    viennent  parler de "la perte d'identit culturelle franaise"  la
    suite de la disparition de la fume de cigarette dans les lieux
    publics. Sous-entendant que Sartre et Simone de Beauvoir n'auraient pas
    vraiment t eux-mmes sans la cigarette. Allez donc dire cela aux
    fantmes de Jacques Brel, George Harrison et Serge Gainsbourg...
 
    Le fil conducteur de cette campagne ? Une protestation vhmente contre
    une interdiction imaginaire de la cigarette. En effet, il n'est
    nullement interdit de fumer, nulle part dans le monde sauf au Bhoutan.
    Il est simplement dsormais interdit d'imposer sa fume de cigarette 
    des non- fumeurs, y compris des enfants, et ce dans les lieux publics.
    Une reprise de libert donc pour les non-fumeurs, qui pourront enfin
    respirer mieux tout en laissant aux fumeurs le loisir d'en griller une
    dehors.
 
    Comment alors oser parler de la "libert du fumeur" ? Quelle libert ?
    Celle d'enfumer ses voisins dans des lieux publics ? Particulirement
    quand ces derniers sont souvent des lieux de bouche o les dgustations
    d'un repas et d'une boisson sont malmenes automatiquement par la fume
    qui s'installe. Comment oser parler de libert tout court face  une
    industrie criminelle qui a 100 millions de morts sur la conscience pour
    le seul XX^e sicle, n'a pas hsit  mentir pendant des dcennies sur
    les mfaits de son produit unique et n'a pas non plus hsit  financer
    des scientifiques, dont des mdecins, pour qu'ils vantent les bienfaits
    de la cigarette.
 
    SYNDROME DE STOCKHOLM
 
    Le vrai totalitarisme, ce n'est pas d'interdire la cigarette dans les
    lieux publics, c'est de continuer envers et contre tout  promouvoir de
    manire perverse et indirecte la consommation de la cigarette chez des
    jeunes de 12 ans et plus, qui, sans s'en rendre compte, mettent le pied
    dans une addiction dont la plupart ne sortiront que morts touffs des
    dcennies de tabagisme plus tard.
 
    Le totalitarisme, c'est la campagne Internet visant  faire croire aux
    ados que la fume de la chicha est moins nocive que celle de la
    cigarette, alors qu'une tude de l'Organisation mondiale de la sant
    (OMS) nous dit qu'une heure de chicha quivaut  la consommation de 5 
    10 paquets de cigarettes... Le totalitarisme, c'est d'essayer de
    transformer le cancer du poumon en un symbole de la libert.
 
    Curieux syndrome de Stockholm qui touche la plupart des fumeurs, prts
     dfendre bec et ongles une industrie qui ne mrite en aucune manire
    la moindre considration, surtout quand on sait quelles sont ses
    mthodes de marketing et de communication, ses moyens financiers
    illimits et son manque de scrupules total vis--vis de la sant des
    jeunes.
      __________________________________________________________________
 
    Gricha Safarian est licenci en sciences politiques et relations
    internationales (ULB), blogueur.
 
