<FILE-date="2008/01/01/19">
<article-nb="2008/01/01/19-1">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-1">  Plus le monde rtrcit, plus il devient anxiogne, plus les peuples cherchent  se rassurer en revisitant leur pass.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-1">   
    P lus le monde rtrcit, plus il devient anxiogne, plus les peuples
    cherchent  se rassurer en revisitant leur pass. Gnocide armnien,
    colonisation, esclavage... Des drames vieux de plusieurs sicles
    remontent  la surface,  la faveur de cette involution qui prend, pour
    mieux se faire entendre, la plante  tmoin.
 
 
    Sans pass partag, pas de prsent commun. Tel est l'axiome de ce
    retour aux sources, qui globalise l'histoire et la mmoire de chacun.
    C'est ainsi que, dbut octobre, la commission des affaires trangres
    de la Chambre des reprsentants des Etats-Unis a adopt une rsolution
    reconnaissant le gnocide des Armniens de 1915. La Turquie a fait
    pression sur Washington pour que le texte ne soit pas dbattu en sance
    plnire et elle a obtenu gain de cause. Mais cette dispute confirme
    que chacun, aujourd'hui, se sent fond  s'approprier le pass de
    chacun.
 
    Au nom de cette conscience universelle, qui ne connat plus de
    frontires, le Vatican a batifi le 28 octobre sur la place
    Saint-Pierre  Rome 498 religieux, "martyrs", de la guerre civile
    espagnole (1936-1939).
 
    Dbut dcembre, au sommet Union europenne-Afrique de Lisbonne, c'tait
    au tour du colonel Kadhafi d'en appeler  l'histoire, en demandant aux
    pays riches de rembourser aux pays pauvres les ressources "voles" par
    les colonisateurs. Depuis quelque temps dj - les propos du dirigeant
    libyen en tmoignent -, le Sud ne qumande plus l'aide du Nord. Il
    exige des rparations sinon un acte de contrition, comme l'a constat
    Nicolas Sarkozy en visite officielle en Algrie.
 
    Les pays qui regorgent de ptrole et de gaz sont davantage couts,
    mais c'est le continent tout entier qui crie justice,  l'heure o la
    libration des changes l'entrane dans le tourbillon de la
    globalisation.
 
    Il ne se passe gure de semaine sans que l'histoire apostrophe, avec la
    mme insistance, l'opinion mondiale. La Shoah justifiait-elle la
    cration d'Isral ? Pourquoi les Japonais honorent-ils aujourd'hui
    encore la mmoire de leurs criminels de guerre ? Qui porte la
    responsabilit de la mort de Che Guevara il y a quarante ans dans un
    hameau de Bolivie ? Fidel Castro l'aurait-il abandonn  son sort ? Que
    rvlent les archives du glacis sovitique ?
 
    Internet, chambre d'cho plantaire, propage ces dbats  l'infini. Une
    nouvelle exigence se fait jour, qui prne un rexamen sans concession
    du pass. Le philosophe allemand Walter Benjamin (1892-1940)
    prconisait dj un tel tat des lieux. Au rebours d'une lecture
    linaire, hglienne, de l'Histoire, il plaidait pour la complexit.
    L'Histoire, faisait-il valoir, ne doit pas tre crite par les
    vainqueurs. Les vaincus eux aussi ont droit au chapitre.
 
    Cette rcriture est en cours sous nos yeux. Le XX^e sicle tait celui
    des vrits toutes faites. Le XXI^e est celui des rvisions
    drangeantes.
 
    La Turquie refusait d'admettre la ralit du gnocide armnien. Ses
    allis se taisaient. Aujourd'hui ils lui demandent des comptes.
 
    La France s'obstinait  parler de "conflit" et non de "guerre" en
    Algrie (1954-1962). Elle a fini par faire sien le terme adquat, qui a
    dsormais force de loi.
 
    L'Espagne vitait de regarder en face son pass franquiste. Les Cortes
    viennent de voter une "loi sur la mmoire historique" qui rhabilite
    les victimes de la guerre civile et de la dictature (1939-1975).
 
    Les Europens minimisaient les ravages de l'esclavage. Ils prfraient
    exalter son abolition, tel Franois Mitterrand fleurissant la tombe de
    Victor Schoelcher au Panthon, le jour de son investiture . Les
    descendants d'esclaves leur demandent dsormais rparation, en
    prtendant subir, aujourd'hui encore, les consquences de ces
    dportations.
 
    Isral tirait sa lgitimit de quelques mythes fondateurs : la Terre
    promise, l'abngation des pionniers, David contre Goliath. Sous
    l'influence des "nouveaux historiens" israliens, certains
    antisionistes, d'autres "postsionistes", cette histoire idalise a
    perdu son pouvoir de sduction. Le sort que le "peuple juif" rserve au
    "peuple palestinien" renforce chaque jour qui passe la lgitimit du
    second.
 
    UN DROIT D'INGRENCE HISTORIQUE
 
    Ces contestations mmorielles, par leur diversit et leur ampleur,
    concident trop dans le temps pour tre le fruit du hasard. Leur
    simultanit taye au contraire le constat que dans le village global
    il n'y a plus de place pour une histoire purement nationale.
 
    Cette relecture collective libre les consciences mais elle est
    douloureuse. A tant remuer leurs souvenirs, les exclus de l'Histoire
    font oeuvre salutaire bien sr. En mme temps ils clairent des pans du
    pass qu'ils prfraient jusque-l occulter.
 
    Les Algriens le constatent  leurs dpens : chaque fois qu'ils
    rclament  la France des excuses pour la colonisation et la guerre,
    ils braquent les projecteurs sur les harkis, ces suppltifs de l'arme
    franaise excuts par milliers au lendemain de l'indpendance.
    L'histoire officielle, qui a cours au pays d'Abdelaziz Bouteflika, ne
    le dit pas non plus, mais la guerre d'Algrie fut aussi une guerre
    civile sanglante entre Algriens.
 
    Les Armniens  leur tour subissent ce choc en retour. Tout comme le
    Parlement franais en 2001, plusieurs pays - la Russie, le Canada,
    l'Argentine... - ont reconnu la ralit du gnocide de 1915. Mais,
    comme pour l'Algrie, la mmoire de cette catastrophe n'est pas
    univoque. Elle rvle que les Armniens eux aussi se sont livrs  des
    tueries, en 1920. Une implacable purification ethnique qui a provoqu
    la mort de dizaine de milliers de musulmans en Armnie indpendante.
 
    Tout  condamner le franquisme, la gauche espagnole n'aime pas non plus
    qu'on lui rappelle que les rpublicains se sont rendus coupables de
    massacres de religieux et de 85 000 excutions contre 40 000 pour le
    camp d'en face.
 
    A force de dnoncer l'esclavage colonial europen, les exclus de
    l'Histoire -  leur corps dfendant l encore - ont attir l'attention
    sur ses prcdents : l'esclavage des Africains par les Arabes. Et des
    Africains par des Africains. L'un et l'autre pendant des sicles.
 
    Les placards de l'Histoire laissent ainsi chapper leurs secrets,  la
    confusion de ceux qui les ont ouverts. Le droit d'ingrence historique,
    que chacun s'octroie dsormais, ressemble, aprs inventaire,  une
    bote  chagrin.
 
<article-nb="2008/01/01/19-2">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-2">  L&#38;#39;assassinat de Benazir Bhutto compromet l&#38;#39;espoir de dmocratisation du pays.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-2">   
    P rofond dsarroi, incertitude politique, colre et violences
    populaires, risque de chaos : l'assassinat, jeudi 27 dcembre 
    Rawalpindi, de l'ex-premier ministre et chef de l'opposition Benazir
    Bhutto enfonce un peu plus le Pakistan dans la crise. La disparition de
    M^me Bhutto, qui dirigeait le principal parti d'opposition au prsident
    Pervez Musharraf, le Parti du peuple pakistanais (PPP), fait planer le
    doute sur la tenue des lections lgislatives prvues le 8 janvier.
    Pour honorer son chef, le PPP a dcrt un deuil de 40 jours peu
    propice  la poursuite des activits lectorales. L'autre ex-premier
    ministre, Nawaz Sharif, a annonc que son parti, la Ligue musulmane,
    boycotterait le scrutin. Le prsident Musharraf, qui a runi jeudi soir
    un cabinet de crise, n'a donn aucune indication sur les lections,
    mais, selon son entourage, un report serait envisag.
 
 
    L'assassinat de M^me Bhutto est un coup dur pour les Etats-Unis. Ils
    s'inquitent pour la satabilit d'un pays qui est une puissance
    nuclaire. Ils avaient ngoci un futur partage de pouvoir entre M.
    Musharraf, ex-dictateur militaire lu de faon controverse  un
    deuxime mandat prsidentiel, et Benazir Bhutto. Elle aurait pu
    apporter un vernis dmocratique  une alliance dont la principale
    tche, vue de Washington, aurait t la lutte contre l'islamisme arm.
 
    Dans une adresse tlvise  la nation, jeudi soir, le prsident
    Musharraf, qui a lui-mme chapp de justesse en 2003  au moins deux
    attentats attribus  Al-Qaida, a immdiatement accus des
    "terroristes" de la mort de M^me Bhutto.
 
    "C'est l'uvre de ces terroristes avec lesquels nous sommes en guerre, a
    dnonc Pervez Musharraf. J'ai dj dit que ces terroristes
    reprsentent la plus grave menace pour la nation. Aujourd'hui, aprs ce
    tragique incident, je veux exprimer ma ferme rsolution qu'avec la
    coopration, la solidarit et l'aide de la nation que je recherche,
    nous n'arrterons pas notre lutte avant d'liminer une fois pour toutes
    ces terroristes." Le prsident Musharraf a annonc trois jours de deuil
    officiel et appel la population au calme.
 
    Le dfi immdiat pour le prsident pakistanais est de pouvoir contrler
    la situation alors que les incidents se multiplient  travers le pays
    et que beaucoup l'accusent, ainsi que son gouvernement, d'tre
    responsable, au minimum par dfaut, de l'assassinat de M^me Bhutto. Dix
    personnes ont dj t tues et des dizaines d'autres blesses dans la
    nuit de jeudi  vendredi dans des meutes conscutives  l'annonce de
    la mort de Benazir Bhutto.
 
    "NOUS PRENDRONS NOTRE REVANCHE"
 
    Emu et choqu  l'hpital o il s'est recueilli devant la dpouille,
    Nawaz Sharif, qui reste le seul leader pakistanais d'opposition
    d'ampleur national, a lanc aux partisans du PPP : "Ne vous sentez pas
    seuls. Je suis avec vous. Nous prendrons notre revanche sur les
    dirigeants." Dans une confrence de presse tenue peu aprs  Islamabad,
    l'ex-premier ministre a appel le prsident Musharraf " quitter le
    pouvoir sans dlai pour sauver le Pakistan", ajoutant que le chef de
    l'Etat tait "la source de tous les problmes auxquels le pays est
    confront".
 
    Dans un entretien  la BBC, Nawaz Sharif a toutefois reconnu qu'une
    fois les trois jours de deuil passs, il faudrait "rflchir et
    examiner trs srieusement la situation avec le PPP et voir ce que nous
    devons faire". Sans son chef, le PPP va sans doute mettre du temps  se
    rorganiser, tant le parti fond par le pre de Benazir, Zulficar Ali
    Bhutto, tait rest celui de la famille. Benazir Bhutto en avait gard
    la tte durant ses huit annes d'exil et aucune dcision d'importance
    ne pouvait tre prise sans la consulter.
 
    Orphelins, les dirigeants du parti de M^me Bhutto vont devoir, dans une
    situation trs critique, prendre des dcisions cruciales, et notamment
    dcider d'un ventuel boycottage des lections lgislatives, dj
    annonc de son ct par Nawaz Sharif.
 
    L'assassinat de M^me Bhutto qui, selon toute probabilit, est l'uvre de
    groupes extrmistes islamistes, montre la puissance acquise par
    ceux-ci. "C'est la preuve que les extrmistes sont suffisamment
    puissants pour interrompre le processus dmocratique", affirme Rasul
    Baksh Rais, professeur  l'universit de Lahore. "Cet assassinat est le
    revers le plus srieux pour la dmocratie au Pakistan", ajoute-t-il.
 
    Les extrmistes islamistes, qui avaient jur de troubler le processus
    lectoral, avaient dj vis, le 21 dcembre, et ce pour la deuxime
    fois, l'ancien ministre de l'intrieur Aftab Sherpao quand un
    commando-suicide s'tait fait exploser dans la mosque o il priait,
    tuant 56 personnes sans atteindre M. Sherpao. Comme l'affirme le
    gnral (en retraite) Talaat Masood, ces attentats soulignent que "les
    conditions dans le pays sont telles qu'il est trop dangereux pour les
    partis politiques d'oprer".
 
    La dpouille de Benazir Bhutto, accompagne par son mari Asif Zardari
    et ses trois enfants, a d'abord t transporte depuis Islamabad par un
    avion militaire qui a atterri  Sukkur avant d'tre transfre par
    hlicoptre dans le fief familial de Naudero, dans la province du Sind.
    L'ex-premier ministre sera enterre dans le mausole familial de Garhi
    Khuda Bakhsh, prs de la ville de Larkana.
 
<article-nb="2008/01/01/19-3">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-3">  Le philosophe slovne Slavoj Zizek ne veut pas tomber dans le pige du narcissisme culturel qui menace, selon lui, les pays d&#38;#39;Europe de l&#38;#39;Est.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-3">   
    L e philosophe Slavoj Zizek est sans doute aujourd'hui, avec les
    crivains Drago Jancar et Boris Pahor, l'un des intellectuels slovnes
    les plus connus  l'tranger. Mais il refuse avec fougue de se laisser
    enfermer dans une identit ethnique qui ferait de lui le porteur d'un
    "trsor national cach". Dans un recueil de textes publi en France
    sous le titre Que veut l'Europe ? (Flammarion, 198 p., 7,50 euros), il
    affirme qu' chaque fois qu'un journaliste lui demandait, peu avant
    l'adhsion de la Slovnie en 2004, quelle "nouvelle dimension" celle-ci
    apporterait  l'Europe, sa rponse tait "immdiate et sans ambigut :
    rien". Slavoj Zizek ne veut pas tomber dans le pige du narcissisme
    culturel qui menace, selon lui, les pays d'Europe de l'Est. Il n'est
    pas le seul, en Slovnie,  manifester un tel souci.
 
 
    Au moment o le pays s'apprte  exercer pendant six mois,  partir du
    1^er janvier 2008, la prsidence de l'Union europenne, chacun semble
    s'tre donn le mot,  Ljubljana, pour exprimer la mme tranquille
    conviction : la Slovnie est une petite nation, mais elle est avant
    tout ouverte sur la grande Europe. En 1991, lorsque la Slovnie
    nouvellement indpendante tait attaque par l'arme yougoslave, Milan
    Kundera lanait dans Le Monde un appel dans lequel il crivait
    notamment : "Le dsir d'indpendance des Slovnes relve aujourd'hui
    non pas d'un provincialisme exacerb, mais du dsir de l'Occident, du
    dsir de l'Europe, o ils veulent entrer comme une nation adulte parmi
    d'autres." Devenue membre de l'Union, la Slovnie entend y tenir sa
    place, sans se hausser du col,  la mesure de ses moyens.
 
    Parmi les priorits que s'est donnes la prsidence slovne, il en est
    une, passe un peu inaperue : la promotion du dialogue interculturel.
    Au-del des thmes que lui imposera l'actualit - la ratification du
    nouveau trait, le "paquet" nergtique et climatique, la stratgie de
    Lisbonne, la poursuite des ngociations avec les pays des Balkans -,
    c'est en mettant en valeur la "cohabitation dans la diversit" que la
    Slovnie espre imprimer sa marque sur l'agenda europen.
 
    L'anne 2008 tant baptise Anne europenne du dialogue interculturel,
    elle veut profiter de cet vnement pour encourager la comprhension et
    la tolrance par "le dpassement des strotypes et des prjugs". Ce
    principe peut s'appliquer  toutes les politiques europennes,
    l'immigration, l'largissement ou les relations extrieures.
 
    Situ au carrefour de l'Autriche, de l'Italie et des Balkans, le pays
    est bien plac pour servir de trait d'union entre les peuples. Il a
    organis en 2007 des rencontres destines  tablir des ponts entre les
    groupes en conflit et les religions en concurrence. Il continuera de
    combattre, par la confrontation des ides, le "choc des civilisations",
     l'intrieur comme  l'extrieur de l'Union. Le Kosovo sera, bien
    entendu, son premier terrain d'action, mais son objectif est de
    contribuer, d'une faon gnrale,  une meilleure entente entre
    l'Occident et l'Islam. Une brochure officielle se rfre au mot de
    Gandhi selon lequel "aucune culture ne peut vivre si elle prtend tre
    exclusive". Elle souligne galement que l'hymne national slovne,
    extrait d'un pome de France Preseren, exalte la coexistence pacifique
    des nations.
 
    Le pass de l'Europe, reu en hritage, invite au dialogue plutt qu'
    la guerre. Des horreurs du XX^e sicle, un grand peintre slovne, Zoran
    Music (1909-2005), qui fut dport  Dachau, a tmoign mieux que
    quiconque dans une oeuvre saisissante. Les toiles qu'il a rassembles
    sous le titre Nous ne sommes pas les derniers rsonnent  la fois comme
    un appel  la mmoire et comme un avertissement contre le retour de la
    barbarie. C'est cette leon que la Slovnie veut aussi retenir.
 
<article-nb="2008/01/01/19-4">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-4">  Les temps sont durs pour les aptres du libralisme. En quelques mois, Londres, Wall Street, Zurich, les trois places fortes de la mondialisation financire, viennent de lancer d&#38;#39;humiliants SOS  destination d&#38;#39;un adversaire jug jadis moribond : la bonne vieille puissance publique.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-4">   
    L es temps sont durs pour les aptres du libralisme. En quelques mois,
    Londres, Wall Street, Zurich, les trois places fortes de la
    mondialisation financire, viennent de lancer d'humiliants SOS 
    destination d'un adversaire jug jadis moribond : la bonne vieille
    puissance publique. Premire  ouvrir le bal cet t, Northern Rock. La
    banque de Newcastle reut l'aide de la Banque d'Angleterre. Quelques
    semaines aprs son arrive au pouvoir, Gordon Brown entendait mettre
    rapidement un terme  la panique des pargnants. C'tait peu glorieux
    mais Northern Rock n'tait pas une star de la City, et l'affaire fut
    rgle entre gentlemen.
 
 
    Rien de tel de l'autre ct de l'Atlantique. Citigroup, premire banque
    amricaine, elle aussi victime de la crise des subprimes, ces prts
    immobiliers risqus, a d appeler  la rescousse un fonds arabe, celui
    d'Abu Dhabi. En investissant 7,5 milliards de dollars, celui-ci
    dtiendra 4,9 % du capital de ce fleuron de Wall Street. Certes, il
    n'aura pas voix au chapitre mais recevra une coquette rmunration
    garantie : 11 % par an. La dmarche sera imite quelques semaines plus
    tard par Morgan Stanley qui rmunrera 9 % par an le fonds public
    chinois CIC. Pour 5 milliards de dollars, celui-ci s'offre 9,9 % du
    capital de la banque amricaine.
 
    L'Europe continentale n'est pas pargne : confronte aux mmes
    difficults, UBS, premire banque suisse, vient de faire entrer l'Etat
    de Singapour dans son capital. A la diffrence d'Abu Dhabi et de la
    Chine, la cit-Etat n'a accept de verser 9,6 milliards de dollars qu'
    la condition de siger au conseil de la banque dont elle deviendra le
    premier actionnaire. UBS pourrait donc avoir  son conseil Lee Kuan
    Yew, fondateur de l'Etat de Singapour, ou son fils, l'actuel premier
    ministre !
 
    Signe que l'heure est grave : cette crise de l'immobilier pourrait
    amener le gouvernement amricain  intervenir. Mme Alan Greenspan,
    l'ancien prsident de la Rserve fdrale, connu pour ses ides
    librales, y est favorable. L'Etat doit, selon lui, aider les
    propritaires trangls par leur prt immobilier. Comme l'observe,
    amer, le Wall Street Journal (du 14 novembre), "le capitalisme n'est
    pas parfait". Autre enseignement : les fonds souverains, ces structures
    cres par les Etats richissimes pour grer leurs recettes ptrolires
    ou leurs excdents commerciaux, sont devenus les principaux banquiers
    de la plante. Forts d'environ 3 000 milliards de dollars, ils achtent
    ce que bon leur semble. Par une curieuse pirouette de l'histoire,
    mondialisation rime aujourd'hui avec nationalisations.
 
    Les pays mergents ne se contentent pas d'investir, ils achtent
    galement des biens. Ce n'est sans doute pas grandir la fonction
    prsidentielle que de se transformer en VRP, mais Nicolas Sarkozy n'a
    pas le choix : aronautique (EADS), transports (Alstom), environnement
    (Suez, Veolia), nergie (Areva, EDF)... rarement le commerce
    international et la politique ont eu autant partie lie. Ce n'est
    d'ailleurs pas un hasard si les ngociations menes par l'Organisation
    mondiale du commerce (OMC) pour la libralisation des changes
    pitinent.
 
    Les Etats, l aussi, reprennent la main. Nombre d'entre eux prfrent
    signer des accords bilatraux sur lesquels ils ont une prise directe
    que de s'engager dans une dmarche multilatrale qui les dpossde peu
     peu de leurs prrogatives.
 
    Dans la mme logique, les privatisations se font au compte-gouttes. Le
    10 dcembre, le gouvernement nerlandais a gel la privatisation des
    trente dernires entreprises publiques. L'ancien commissaire europen,
    Frits Bolkestein, vilipend en France pour son libralisme, a t, ds
    2006, trs clair : "Il serait naf d'affaiblir les compagnies
    nerlandaises, alors qu'ailleurs dans le monde, en Chine et en Russie
    notamment, les entreprises d'Etat tiennent solidement les rnes",
    a-t-il reconnu.
 
    BRUXELLES : RGULATEUR MONDIAL
 
    L'mergence de nouveaux pays bien peu libraux n'explique pas,  elle
    seule, ce retour en grce des Etats. En Occident notamment, la
    mondialisation est perue comme une des principales raisons de
    l'augmentation des ingalits, une ralit dsormais reconnue par
    l'OCDE, la Banque mondiale, et le FMI. Logiquement, les opinions
    publiques attendent des Etats qu'ils les protgent. C'est sur ce thme
    qu'a t lu M. Sarkozy. Et aux Etats-Unis, o Hillary Clinton semble
    moins librale que ne l'tait son mari, la campagne porte notamment sur
    la mise en place d'une couverture sant universelle. Selon un sondage
    paru dans The Economist du 8 dcembre, une majorit (relative)
    d'Amricains pensent que le gouvernement devrait garantir un systme
    d'assurance-sant mme s'il faut augmenter les impts.
 
    Les libraux le reconnaissent aujourd'hui : la comptitivit d'un pays
    ne se mesure pas  la seule aune de la faiblesse des dpenses
    publiques. En tmoigne le classement tabli par le World Economic
    Forum. Selon cette ONG qui organise le Forum de Davos, les 8 pays les
    plus comptitifs sont, dans l'ordre : les Etats-Unis, la Suisse, le
    Danemark, la Sude, l'Allemagne, la Finlande, Singapour et le Japon.
    Dans la plupart d'entre eux, le poids des impts y est lev. La
    Grande-Bretagne, n'est que 9^e.
 
    Il est vrai que la France est 18^e, signe que des dpenses publiques
    leves ne sont pas forcment un gage de comptitivit ! Stabilit des
    institutions, qualit des infrastructures, politiques de sant et
    d'ducation, dpenses de recherche et dveloppement sont aujourd'hui au
    moins aussi dterminantes que le cot du travail et la flexibilit pour
    valuer un pays ou un espace conomique. La Commission europenne l'a
    intgr : le secteur priv se montre incapable de financer le systme
    de satellites Galileo ? Chose impensable il y a peu, Bruxelles a dcid
    de le financer sur ses propres deniers.
 
    Le retour de la puissance publique dpasse largement le cadre de
    l'conomie. En tmoigne la confrence de Bali sur le climat.
    L'environnement mais aussi l'eau ou la sant deviennent des "biens
    publics mondiaux" qui ne peuvent pas tre laisss aux seules forces du
    march. Mme les nouvelles technologies ne rendent pas forcment
    obsoltes les rgulations politiques, comme on le prvoyait  la fin
    des annes 1990.
 
    Microsoft se croyait tout puissant. Erreur. A l'issue d'un bras de fer
    de plusieurs annes, la Commission europenne a obtenu en 2007 que
    l'entreprise soit condamne pour abus de position dominante. Ce
    faisant, Bruxelles joue le rle d'un rgulateur mondial puisque sa
    dcision a un effet plantaire. Quant aux fournisseurs d'accs 
    Internet, leur honteuse collaboration avec le rgime de Pkin montre
    que la libert d'expression offerte par la Toile reste soumise aux
    contingences politiques nationales. Le retour des Etats n'a pas que des
    avantages.
 
<article-nb="2008/01/01/19-5">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-5">  De toutes les ides brasses par Nicolas Sarkozy avant et lors de son lection  la prsidence de la Rpublique franaise, les Libanais n&#38;#39;ont retenu qu&#38;#39;une seule : la &#38;#34;rupture&#38;#34; avec la politique suivie par son prdcesseur.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-5">   
    D e toutes les ides brasses par Nicolas Sarkozy avant et lors de son
    lection  la prsidence de la Rpublique franaise, les Libanais n'ont
    retenu qu'une seule : la "rupture" avec la politique suivie par son
    prdcesseur. La majorit parlementaire a redout le pire, elle qui
    vouait une gratitude sans limites  Jacques Chirac pour avoir tenu un
    rle clef dans l'affaiblissement du pouvoir de la Syrie au Liban.
    L'opposition, dont la plupart des composantes sont allies au pouvoir
    syrien, a exult  la perspective d'un virage rgional et local de la
    politique de l'Elyse.
 
 
    Dix mois aprs le dbut de la mission de bons offices franaise confie
     Bernard Kouchner, les uns et les autres ont mis de l'eau dans leur
    vin. Nanmoins, et mme si aucun des deux camps ne veut rompre les
    ponts avec Paris, d'un ct comme de l'autre les reproches
    s'accumulent. Sur l'air d'"on vous l'avait bien dit", la majorit
    reproche  la nouvelle administration franaise d'avoir cru pouvoir
    russir l o ont chou ses prdcesseurs et d'autres gouvernements de
    nationalits diverses - dont le saoudien et l'gyptien - pendant des
    annes. Les opposants, eux, tancent la France pour n'avoir pas su
    "prendre nettement ses distances vis--vis des Etats-Unis".
 
    Paris n'a pas carrment "rompu" avec la diplomatie chiraquienne. Il a
    plutt opt pour une politique plus "quilibre" que celle suivie par
    cette dernire, en ouvrant des canaux avec le rgime syrien, encore
    trs influent au Liban. L'ide directrice telle qu'elle a t livre le
    18 dcembre par M. Sarkozy  des journalistes arabes est que
    "l'immobilisme au Proche-Orient et au Maghreb est plus coteux que le
    risque pris dans l'action". La brche, si conditionnelle ft-elle,
    ainsi dgage dans la relation avec Damas n'a toutefois donn  ce jour
    aucun rsultat probant. Pis, dplore la majorit politique libanaise,
    cette ouverture a eu  ce jour l'effet contraire de celui recherch.
 
    Sollicit directement par le sommet de l'Etat franais,  travers des
    missaires de l'Elyse, ou lors de trois appels tlphoniques de M.
    Sarkozy lui-mme  propos du volet prsidentiel de la crise libanaise,
    le prsident syrien Bachar Al-Assad s'est auto-persuad qu'il tait en
    position de force et qu'il pouvait s'offrir le luxe de ne rien cder,
    tout en tenant  ses interlocuteurs des propos lnifiants. Non sans
    railler  l'occasion et sans les nommer tous les missaires qui
    demandent  son pays d'user de son influence au Liban aprs que la
    communaut internationale l'eut somm de ne plus s'ingrer dans les
    affaires de ce pays.
 
    L'un de ses plus proches collaborateurs, le vice-prsident Farouk
    Al-Chareh, ne s'est pas priv de claironner que "la position de la
    Syrie au Liban depuis le retrait de ses troupes n'a jamais t aussi
    bonne" et que Damas dispose dans ce pays "d'une force relle". Et le
    ministre des affaires trangres, Walid Moallem, a surenchri en
    assurant que Paris et Damas sont sur une mme longueur d'onde, qui
    rejoint celle des opposants libanais, et sur laquelle les Etats-Unis et
    leurs allis au Liban jouent les parasites. Propos contredits par M.
    Sarkozy lui-mme, qui, lors du mme entretien  des journalistes
    arabes, affirmait qu'il ne pouvait "plus se contenter des paroles" du
    prsident syrien et qu'il attendait "dsormais des actes".
 
    A distance des protagonistes libanais de la crise aigu que traverse le
    pays du Cdre, Paris n'a pas dispos, ni ne dispose des moyens de sa
    nouvelle orientation diplomatique. La "carotte" lui fait dfaut, qui
    aurait pu rendre sa politique envers Damas efficace. Ni les promesses
    d'amlioration des relations bilatrales syro-europennes, ni
    l'ventuel engagement  oeuvrer pour une reprise des ngociations
    isralo-syriennes ne sont de nature  allcher un pouvoir syrien qui
    estime, non sans quelque raison, que seuls les Etats-Unis tiennent des
    leviers de commande dans la rgion et qui a dj les yeux tourns vers
    les lendemains de la prsidentielle amricaine.
 
    Paris n'est pas non plus dtentrice du "bton" qui aurait pu faire
    rflchir le pouvoir syrien et l'amener  exercer des pressions ou son
    influence sur ses amis et allis au Liban pour qu'ils facilitent une
    solution de la crise. En la matire, les Etats-Unis n'ont rien  envier
     la France dans la conjoncture actuelle. Leurs rodomontades et leurs
    menaces  l'endroit du rgime syrien, assorties de professions de foi
    et d'amiti envers le Liban, ne se sont traduites  ce jour que par le
    gel des avoirs - si tant est qu'ils existent - de certains membres de
    la nomenklatura syrienne et de Libanais amis du rgime syrien. Aprs
    avoir, dans un premier temps, prn un changement de rgime  Damas,
    les Etats-Unis se sont replis sur une demande de "changement de
    comportement", notamment aprs qu'Isral a fait savoir que, en raison
    du risque de l'arrive d'islamistes au pouvoir  Damas, il souhaitait
    le maintien en place du rgime de Bachar Al-Assad.
 
    L'objectif de ce dernier au Liban est clair : maintenir cette carte
    comme une de ses pices matresses sur l'chiquier du Proche-Orient,
    "se venger" de l'humiliation subie lors de son retrait forc du pays du
    Cdre en avril 2005 ; mais avant tout, et de l'avis quasi gnral,
    entraver la mise sur pied du tribunal  caractre international charg
    de juger les prsums coupables de l'assassinat de l'ancien premier
    ministre Rafic Hariri. De lourds soupons psent sur une implication
    syrienne dans cet assassinat commis lorsque les services syriens
    tenaient encore toutes les rnes politiques et scuritaires au pays du
    Cdre.
 
    Fort de ses amitis libanaises dans l'un et l'autre camps antagonistes,
    Bernard Kouchner n'a pas mnag ses efforts pour amener les parties en
    conflit  s'entendre. Mais au fil de sept missions accomplies  ce
    jour, avant et dans la foule d'une sorte d'assemble gnrale de
    seconds couteaux runie en Celle-Saint-Cloud, le chef de la diplomatie
    franaise a d en rabattre. Les rares perces et espoirs qu'il a
    parfois dgags demeuraient, de son propre aveu, extrmement fragiles.
    A peine avait-il le dos tourn que les progrs enregistrs taient
    remis en question par une complication nouvelle. Il a affirm qu'il
    finirait par dnoncer les responsables de l'impasse, mais  ce jour il
    ne l'a jamais fait. Sans doute parce que Paris n'a pas - pas encore ? -
    jet l'ponge, dans l'intrt de Beyrouth, mais aussi pour ne pas
    perdre la face. Or, plus que jamais au cours de ses multiples
    pripties, la crise libanaise chappe aux simples quations politiques
    internes. Comme ce fut le cas de faon plus ou moins dramatique depuis
    son indpendance, le Liban est l'un des thtres d'une pice o se
    mlent les acteurs nationaux rgionaux et internationaux aux intrts
    divergents.
 
<article-nb="2008/01/01/19-6">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-6">  Auteur du &#38;#34;Rivage des Syrtes&#38;#34; et de &#38;#34;Eaux Etroites&#38;#34;, Julien Gracq est mort, samedi,  l&#38;#39;ge de 97 ans, a indiqu dimanche son entourage. Rtif aux honneurs, il avait refus le prix Goncourt en 1951. 
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-6">   
    A uteur notamment du Rivage des Syrtes et de Eaux Etroites, l'crivain
    Julien Gracq est mort, samedi 23 dcembre,  l'ge de 97 ans, a-t-on
    appris dimanche de sources concordantes dans son entourage. Il avait
    t hospitalis au CHU d'Angers en dbut de semaine aprs avoir eu un
    malaise  son domicile de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), o
    il vivait retir depuis de nombreuses annes, ont prcis les mmes
    sources.
    N le 27 juillet 1910 dans ce mme village d'Anjou, en bord de Loire,
    Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, figurait parmi les trs
    grands crivains francais. Il a sign 19 ouvrages (posie, thtre,
    essais et romans). Jamais dit en poche, il est rest fidle  des
    tirages limits qui ne l'ont pas empch de jouir d'un grand prestige
    dans le monde des lettres. Pourquoi avoir choisi le nom de Gracq ? Pour
    des "raisons de rythme et de sonorit", avait-il expliqu.
 
 
    Homme secret et rtif aux honneurs - il menait une vie "trs loigne
    des cercles littraires et des parades mondaines", peut-on lire sur le
    site de son diteur, Jos Corti -, Julien Gracq avait refus le prix
    Goncourt en 1951 pour son chef d'oeuvre Le rivage des Syrtes,
    l'histoire d'un suicide collectif sur fond de pays imaginaires. Il
    avait cependant accept d'entrer en 1989 dans la prestigieuse
    collection de Gallimard, la Pliade et avait ainsi t l'un des rares
    contemporains  tre publi de son vivant dans cette collection.
 
    Agrg d'histoire et de gographie, il crit tout en enseignant dans
    des lyces de Quimper, Nantes, Amiens et Paris.  En 1938, il prsente
    en vain le manuscrit de Au chteau d'Argol  la NRF (Gallimard). Il
    s'adresse alors  l'diteur et libraire Jos Corti,  qui il restera
    fidle durant toute sa vie.
    UNE PERFECTION DE STYLE
 
    En 1939, aprs avoir rencontr Andr Breton, chef de file du
    surralisme, il devient un compagnon de route du mouvement dont il
    s'loigne cependant assez vite.
    Avec une perfection de style frisant parfois la prciosit, il tait
    pamphltaire dans La littrature  l'estomac , o il stigmatisait
    les moeurs littraires, pote dans Libert grande , critique dans
    Prfrences , nouvelliste dans La presqu'le  et, bien sr,
    romancier dans Un beau tnbreux  ou Un balcon en fort .
    Il tait aussi l'auteur de En lisant, en crivant  ou La forme
    d'une ville (Nantes) .
 
    Un balcon en fort, Le roi Cophetua - une des trois nouvelles composant
    La presqu'le - et Un beau tnbreux ont t adapts au cinma
    respectivement par Michel Mitrani, Andr Delvaux et Jean-Christophe
    Averty.
 
    De trs nombreux ouvrages savants sont parus sur son oeuvre, traduite
    en plusieurs langues.
 
<article-nb="2008/01/01/19-7">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-7">  La religion a rarement t aussi prsente dans une campagne lectorale aux Etats-Unis, o les discussions de thologie ont pris le pas sur les orientations conomiques.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-7">   
    L a religion a rarement t aussi prsente dans une campagne lectorale
    aux Etats-Unis, o les discussions de thologie ont pris le pas sur les
    orientations conomiques.
 
    Au coeur du dbat entre les candidats rpublicains figure non pas le
    retrait d'Irak, mais la querelle entre mormons et vangliques sur la
    rincarnation de Jsus-Christ. Tous sont persuads qu'elle aura lieu,
    mais o ? Dans le Missouri, comme le croient les mormons ? Ou sur le
    mont des Oliviers,  Jrusalem, comme l'assurent les vangliques ?
 
 
    Les dmocrates sont moins verss sur le dogme mais se montrent
    assidment  l'glise. La dmocrate Hillary Clinton a assist 
    l'office baptiste, dimanche 23 dcembre,  Waterloo, dans l'Iowa. Une
    semaine plus tt, son rival Barack Obama avait emmen un groupe de
    journalistes  la First Congregational United Church of Christ pour
    souligner qu'il est chrtien, mme si une partie de sa famille
    paternelle, au Kenya, ne l'est pas.
 
    Le chroniqueur du Washington Post Charles Krauthammer, pourtant un
    partisan du prsident George Bush, a dclar souffrir d'une "surdose de
    pit publique". Dans les dbats rpublicains, les candidats ont d
    rpondre  des questions qui auraient t considres ailleurs comme
    relevant de la sphre prive.
 
    "Dieu a-t-il cr le monde en six jours, il y a 6 000 ans ? - Je n'en
    sais rien, je n'y tais pas, a rpondu Mike Huckabee, le pasteur
    baptiste, en tte dans le Sud. Mais il l'a fait, et c'est cela qui
    compte."
 
    Le 29 novembre, un habitant du Texas a demand aux candidats s'ils
    croyaient tout ce qui est crit dans la Bible. "La rponse que vous
    fournirez nous enseignera tout ce que nous avons besoin de savoir 
    votre sujet", a-t-il ajout. "Bien sr, a rpondu Mitt Romney, le
    candidat mormon : c'est le livre de Dieu." Rudolph Giuliani, l'ancien
    maire de New York, catholique peu pratiquant, a fait de son mieux.
    "C'est le plus grand livre jamais crit, a-t-il dit. Mais je ne prends
    pas tout au pied de la lettre ; par exemple, Jonas dans le ventre de la
    baleine, etc. Il me semble qu'il y a l-dedans des allgories." Comme
    le souligne Charles Krauthammer : "Pas un candidat n'a os rpondre :
    "Cela ne vous regarde pas"."
 
    Les Etats-Unis sont-ils encore plus religieux au sortir des annes Bush
    ? Il faut se garder de conclusions htives. Le phnomne de surenchre
    est propre aux lections "primaires". Dans chaque camp, c'est la base
    radicale qui est la plus mobilise et qui se dplace pour voter. Les
    candidats sont obligs de sduire les extrmes s'ils veulent emporter
    l'investiture du parti. Chez les rpublicains, la base religieuse donne
    le ton.
 
    Cette anne, la prsence d'un pasteur - l'ancien gouverneur de
    l'Arkansas Mike Huckabee - et d'un mormon a donn un tour encore plus
    marqu aux questions religieuses. Mitt Romney a t contraint de
    s'expliquer sur son Eglise. Il a beau se prvaloir d'un parcours sans
    faute d'homme d'affaires, de gouverneur et de responsable des Jeux
    olympiques de Salt Lake City, la campagne l'a ramen  la dimension
    mormone. Le 30 novembre, il a d livrer un discours entirement
    consacr  la question religieuse. Il a rappel que les "Pres
    fondateurs" avaient inscrit la libert de religion dans la
    Constitution. Mais il a procd  un ajout qui n'est pas pass
    inaperu, notamment chez les athes, un groupe qui commence  se faire
    entendre dans la socit. Tout comme la religion a besoin de libert,
    a-t-il dit, "la libert a besoin de religion".
 
    Mike Huckabee a su, de son ct, exploiter la suspicion qu'inspirent
    les mormons aux vangliques. L'homme a l'air patelin, mais il sait
    dcocher ses flches. En toute innocence, il a pos la question  un
    journaliste : "N'est-il pas vrai que les mormons croient que Jsus et
    le Diable sont frres ?" Il a d s'excuser, mais la question tait
    lance. A une semaine du dbut du scrutin dans l'Iowa, M. Huckabee est
    en train de rafler le vote vanglique. Dans son message vido de Nol,
    il enfourche le thme prfr des conservateurs  cette poque de
    l'anne : la dfense de Nol face aux non-chrtiens qui tentent d'en
    retirer le sens religieux en disant plutt "Joyeuses ftes !". Bien
    qu'il s'agisse d'un clip de campagne lectorale, il apparat en
    pull-over rouge devant une tagre en forme de croix pour rappeler que
    Nol commmore la naissance du Christ.
 
    Les rpublicains se disputent l'hritage laiss par George Bush et son
    conseiller politique Karl Rove : le vote vanglique, ce ssame cens
    avoir ouvert  M. Bush la porte de la rlection grce  la force de
    mobilisation des rseaux chrtiens conservateurs. A 78 %, les Blancs
    vangliques ont vot pour le tandem Bush-Cheney en 2004. Mais les
    vangliques ne sont plus un bloc monolithique. Les enqutes d'opinion
    montrent une certaine dsaffection pour le Parti rpublicain. Le
    processus de distanciation a commenc depuis plusieurs annes sur les
    questions d'environnement lorsqu'un dbat est apparu entre les
    vangliques, qui estiment que la sauvegarde de la plante est une
    priorit, et ceux qui veulent centrer leur message sur la dfense de la
    "civilisation" et de la "vie", c'est--dire les thmes du mariage, de
    l'avortement, les cellules souches...
 
    Cette prise de distance est particulirement visible chez les jeunes.
    Parmi les vangliques de moins de 30 ans, 55 % se considraient comme
    rpublicains en 2004. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 37 %. Ces
    conservateurs ont largi leurs sujets de proccupation aux questions
    sociales comme la pauvret et l'exclusion. Ils n'excluent pas les
    coalitions,  l'image du pasteur Rick Warren, qui a reu des
    dmocrates, dont Barack Obama, pour une campagne contre le sida, dans
    sa " mga-church" de Californie.
 
    Les vangliques ont t au sommet de leur influence politique au dbut
    des annes 1980 avec la monte de la "majorit morale" du
    tlvangliste Jerry Falwell, puis avec George Bush, mais le paysage a
    volu. Comme l'a expliqu le magazine Time, le "champ de prire s'est
    nivel". Le bloc de la droite chrtienne s'est effrit, au risque de
    perdre son statut de "faiseur de roi".
 
    Cette anne, les tnors se sont dchirs, faute de trouver un candidat
     leur got. Le fondateur de la Coalition chrtienne, Pat Robertson, a
    appel  voter pour Rudolph Giuliani, un hrtique aux yeux des
    fondamentalistes, alors que Mitt Romney a reu le soutien de Bob Jones,
    fondateur de l'universit vanglique de Caroline du Sud. Jerry Falwell
    est mort au printemps. A Colorado Springs, la "Mecque des
    vangliques", la communaut a t branle par le dpart forc du
    pasteur Ted Haggard aprs un scandale sexuel et, dbut dcembre, par
    une fusillade qui a fait trois morts  la New Life Church.
 
    Dans la socit, le phnomne religieux apparat aussi en recul. Selon
    une enqute du Pew Research Center publie en mars, 45 % des Amricains
    affirment que la prire est un moment important de leur vie quotidienne
    : soit 10 % de moins qu'il y a sept ans. En 2003 et 2007, le nombre de
    ceux qui disent ne jamais douter de l'existence de Dieu a diminu de 8
    points (il reste  61 %).
 
    Les analystes du Pew Center relvent que la tendance  l'augmentation
    de la pratique religieuse, constate dans les annes 1990, s'est
    inverse. La proportion d'Amricains agnostiques reste infinitsimale
    (12 %) mais elle est en augmentation chez les jeunes : prs de 20 %
    d'entre eux se dclarent sans affiliation religieuse ou athes.
 
<article-nb="2008/01/01/19-8">
<filnamedate="20080101"><AAMM="200801"><AAMMJJ="20080101"><AAMMJJHH="2008010119">
<filname="SURF-0,2-3404,1-0,0-8">  Pour la premire fois dans l&#38;#39;histoire de la Ve Rpublique, le chef de l&#38;#39;Etat a prsid une confrence sociale avec les cinq confdrations syndicales reprsentatives et les trois organisations patronales.
<filname="PROF-0,2-3404,1-0,0-8">   
    T out juste libr de l'encombrante prsence du colonel Kadhafi et de
    sa tente bdouine, l'Htel de Marigny a t le thtre, mercredi 19
    dcembre, d'un vnement indit. Pour la premire fois dans l'histoire
    de la V^e Rpublique, le chef de l'Etat a prsid une confrence
    sociale avec les cinq confdrations syndicales reprsentatives (CGT,
    CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) et les trois organisations patronales (Medef,
    CGPME et UPA). Dpourvue de la reprsentativit qu'elle rclame,
    l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) n'a pas t convie,
    mais son secrtaire gnral, Alain Olive, a t reu par Nicolas
    Sarkozy. A l'ordre du jour de ce Marigny du social figurait un seul
    sujet : l'agenda social de 2008.
 
 
    Aprs avoir affront sa premire bourrasque sociale - sur les rgimes
    spciaux de retraite -, en russissant, moyennant de coteuses
    contreparties, sa rforme, M. Sarkozy a mis en scne la saison 2 du
    social-sarkozysme, un ambitieux remodelage des relations sociales qu'il
    avait dfini le 18 septembre. M. Sarkozy doit convaincre qu'il est
    capable de russir ses rformes par la carte du dialogue. "Ma volont
    de changement est sans faille parce que notre pays a besoin de
    changement, il l'attend avec impatience", a affirm le prsident de la
    Rpublique le 19 dcembre, en observant que "le tempo du changement
    n'est pas toujours compatible avec celui du dialogue social".
 
    Avec la foi du nophyte, converti de frache date aux vertus de la
    ngociation, M. Sarkozy assure qu'"on ne trouve de bonnes solutions aux
    attentes des salaris et des entreprises que dans un cadre concert
    avec ceux qui les reprsentent". Et il a propos aux partenaires
    sociaux de ne "mettre dans le champ de la ngociation que les sujets
    sur lesquels (ils pensent) avoir des chances srieuses d'aboutir dans
    des dlais raisonnables". Les syndicats veulent dmontrer leur aptitude
     ngocier des compromis. Sur les trois grands dossiers de 2008 (emploi
    et 35 heures, reprsentativit et financement des syndicats,
    retraites), l'objectif est de boucler les ngociations avant l't tant
    la proximit des lections prud'homales, en dcembre, risque d'attiser,
    ds l'automne, les surenchres entre les syndicats. La saison 2 du
    social-sarkozysme ne sera donc pas un long fleuve tranquille.
 
    Le premier chantier, l'emploi, est crucial. Cadre par un "document
    d'orientation" de Franois Fillon, la ngociation sur la modernisation
    du march du travail peine  trouver son quilibre entre la demande
    patronale de plus grande flexibilit et la volont syndicale de
    conqurir de nouvelles scurits. Pourtant, tous les partenaires sont
    en qute d'accord. La prsidente du Medef, Laurence Parisot, aimerait
    russir l o un de ses prdcesseurs, Yvon Gattaz, a chou, en 1984,
    quand la ngociation sur la flexibilit a capot. Mais le patronat
    offre un front trs dsuni, qui s'est traduit, aux yeux des syndicats,
    le 21 dcembre, par une marche arrire de ses propositions.
 
    Trois rounds de ngociations - les 7, 9 et 10 janvier 2008 - sont
    programms, mais le Medef semble plus soucieux d'allonger les priodes
    d'essai pour les salaris, d'inventer un "contrat de projet", dont la
    dure serait limite  la ralisation de son objectif, et une rupture
    "amiable" du contrat  dure indtermine, que d'aller dans la voie de
    la scurisation des parcours professionnels, pourtant encourage par M.
    Sarkozy. Bernard Thibault, artisan du compromis de sortie de crise sur
    les rgimes spciaux, aimerait signer un accord qui lui permettrait de
    montrer une capacit nouvelle  rechercher des compromis dans des
    ngociations nationales. La confdration CGT se mettrait ainsi au
    diapason de ses syndicats d'entreprise qui sont les premiers
    signataires d'accords.
 
    Franois Chrque veut d'autant plus un accord qu' dfaut, dit-il, le
    gouvernement concoctera un projet de loi "sur des positions radicales
    de libralisation du march du travail". Sur la mme ligne que son
    homologue de la CFDT, M. Thibault met en garde le lgislateur contre
    "la tentation de venir comme roue de secours au patronat s'il
    n'obtenait pas gain de cause dans les ngociations". Le cot politique
    d'un chec serait d'autant plus prjudiciable  la mthode Sarkozy
    qu'il aurait peu de chances d'tre compens par une moisson d'accords
    remettant en question les 35 heures. Les syndicats ne sont pas prts 
    s'y engager, mme s'ils auront du mal  barrer la route aux salaris
    qui, pour amliorer un pouvoir d'achat en souffrance, souhaiteront
    "travailler plus pour gagner plus".
 
    Le deuxime chantier - la reprsentativit et le financement des
    syndicats - est trs mal engag au point que nul n'imagine que la
    ngociation, qui doit dmarrer le 24 janvier pour s'achever en mars,
    ait la moindre chance d'aboutir. Selon la dernire enqute du ministre
    du travail, en avril 2007, la prsence syndicale s'est accrue dans les
    tablissements de 20 salaris et plus, passant de 33 % en 1998-1999 
    38 % en 2004-2005. Ce clignotant positif est compens par le mauvais
    indice des lections de 2005 aux comits d'entreprise, o les
    non-syndiqus (23,5 %) sont repasss devant la CGT (22,5 %). Le mal
    franais de la faible syndicalisation se traduit par un tel dficit de
    lgitimit que chacun convient qu'il faut changer la donne mais sans se
    retrouver sur les solutions.
 
    Le Medef redoute, au lendemain de l'affaire Gautier-Sauvagnac qui
    l'oblige dj  un aggiornamento sur son financement, d'avoir 
    discuter de sa propre reprsentativit. La CGT et la CFDT proposent une
    rforme pour rendre la reprsentativit "incontestable" sur la base
    "d'lections professionnelles gnralises  tous les salaris". Au
    Conseil conomique et social, en novembre 2006, l'ide d'une
    reprsentativit fonde sur des lections a t combattue par FO et la
    CFTC. FO refuse dsormais tout "critre lectoral". Quant  la CFTC
    qui, prsente dans 7 % des tablissements, craint de disparatre si le
    seuil de reprsentativit est plac trop haut, elle se rsignerait 
    une mesure par les prud'homales de 2008 o une exprience de vote sur
    Internet est dj prvue  Paris.
 
    Le troisime chantier, celui des retraites, sera lanc, dbut 2008, par
    une nouvelle confrence. La loi du 21 aot 2003 prvoit dj que la
    dure de cotisation pour une retraite  taux plein devrait atteindre 41
    ans en 2012. Mais les syndicats sont d'autant plus rticents  cette
    nouvelle tape qu'ils craignent qu'un recul de l'ge de la retraite se
    traduise par un afflux de chmeurs, l'accord interprofessionnel du 9
    mars 2006 sur l'emploi des seniors, qui a pour objectif de porter le
    taux d'activit des plus de 55 ans de 37,3 % actuellement  50 % en
    2010, tant rest lettre morte. Comme quoi la saison 2 du
    social-sarkozysme ne s'annonce pas sous les meilleurs augures.
 
